Exposé des ACTES des Apôtres

 

William Kelly

 

Paru de janvier 1882 à décembre 1890 dans le Bible Treasury; vol. 14 à 18.

1° édition comme ouvrage à part en 1890.

Traduction faite sur l’édition de 1952

 

Les sous-titres et divisions ont été ajoutés par Bibliquest

 

Sauf cas exceptionnels, les notes de discussions des textes grecs n’ont pas été reprises.

 

La traduction utilisée pour le texte Biblique est celle de JND, mais la traduction propre à W. Kelly a été donnée quand elle générait un commentaire particulier.

 

 

Table des matières abrégée :

 

1 Chapitre 1

2 Chapitre 2

3 Chapitre 3

4 Chapitre 8

 

Table des matières détaillée :

 

1 Chapitre 1

1.1 Sujet et adresse

1.2 Chapitre 1:1-5

1.2.1 1:2 — Puissance dans la vie de résurrection

1.2.2 1:3 — Certitude de la résurrection

1.2.3 1:4-5 — Promesse du Saint Esprit

1.3 Chapitre 1:6-11

1.3.1 1:6-8 — L’évangile et son contenu

1.3.2 1:9-11 — L’espérance du retour du Seigneur

1.4 Chapitre 1:12-14 — La prière. Les femmes. Marie

1.5 Chapitre 1:15-26

1.5.1 1:15-22 — Pierre applique l’Écriture. Sort de Judas

1.5.2 1:23-26 — Le choix d’un douzième apôtre et le tirage au sort

2 Chapitre 2

2.1 Chapitre 2:1-4 — Baptême du Saint Esprit. Les langues

2.2 Chapitre 2:5-11 — Encore les langues

2.2.1 Ce que sont ces langues

2.2.2 Une étape vers la grâce adressée aux nations

2.2.3 Le don du Saint Esprit est une nouveauté bien plus importante

2.3 Chapitre 2:12-21 — Encore le changement radical de la descente du Saint Esprit

2.3.1 Les prophètes l’annonçaient

2.3.2 Un autre accomplissement eu dernier jour

2.3.3 Rôle du Saint Esprit

2.3.4 Suppression des intermédiaires humains avec Dieu

2.4 Chapitre 2:22-36

2.4.1 Chapitre 2:22-23 — Christ démontré être le Messie. La croix

2.4.2 Chapitre 2:24-28 — La citation du Ps. 16

2.4.3 Chapitre 2:29-36 — La citation du Ps. 132

2.4.4 Chapitre 2:33-36 — La citation du Ps. 110

2.5 Chapitre 2:37-47

2.5.1 Chapitre 2:37 — Travail de conscience

2.5.2 Chapitre 2:38 — Baptême du Saint Esprit. Le don du Saint Esprit

2.5.3 Chapitre 2:39 — Une promesse pour tous

2.5.4 Chapitre 2:40 — Sauvez-vous de cette génération perverse

2.5.5 Chapitre 2:41 — Un travail en profondeur

2.5.6 Chapitre 2:42 — Persévérant dans la doctrine, la communion des apôtres, la fraction du pain et les prières

2.5.7 Chapitre 2:43 — Crainte de Dieu, prodiges et miracles

2.5.8 Chapitre 2:44-47 — Tout en commun

3 Chapitre 3

3.1 Chapitre 3:1-10 — Le miracle au temple

3.2 Chapitre 3:11-13 — Pierre accuse les Juifs de renier leur Messie

3.3 Chapitre 3:14-16 — Dieu ressuscite Celui qu’ils ont mis à mort

3.4 Chapitre 3:17-18 — Une iniquité aveugle et un propos de Dieu

3.5 Chapitre 3:19-21 — Conditions pour la restauration d’Israël

3.6 Chapitre 3:22-26 — Le prophète annoncé par Moïse

4 Chapitre 8

4.1 Ch. 8:1-4

4.2 Ch. 8:5-8

4.3 Ch. 8:9-13

4.4 Ch. 8:14-17 — Le don et les dons du Saint Esprit

4.5 Ch. 8:18-24

4.6 Ch. 8:25

4.7 Ch. 8:26-38

4.8 Ch. 8:39-40

 

 

1 Chapitre 1

1.1 Sujet et adresse

Le récit de Luc sur notre Seigneur Jésus était déjà adressé à un chrétien converti, et il en a été de même pour sa suite qui relate le don du Saint Esprit envoyé du ciel, Sa présence, et Son opération, spécialement chez les principaux apôtres, d’abord ceux de la circoncision, puis de l’incirconcision. Mais nous y trouvons aussi les voies et l’œuvre du Saint Esprit en rapport avec beaucoup d’autres personnes, et aussi dans et avec l’assemblée : ceci est une vérité d’importance capitale, quoique pratiquement perdue de vue au grand déshonneur de Dieu, et au détriment irréparable de l’Église.

 

Il semblerait que Théophile ait ou bien cessé d’être gouverneur (ou d’avoir quelque autre position publique de magistrat, comme l’implique le titre de « très excellent » donné par l’historien inspiré ; cf. Actes 23:26 ; 24:3 ; 26:25, et Luc 1:3), ou bien qu’il ait suffisamment mûri dans la foi et la spiritualité, au point de ne plus attribuer de valeur ni au titre ni à la position, quoiqu’on imagine guère un fidèle conservant une telle position. Par ailleurs, il ne faut pas écouter ceux des temps anciens ou modernes qui imaginent que ce nom soit une désignation imagée et générique de quiconque aime Dieu. Non seulement la comparaison de l’Évangile de Luc et des Actes évoque un chrétien vivant auquel l’auteur adresse ces deux écrits, mais la forme même du mot aurait été dans ce cas f????e??, (comme en Timothée ou autre), et non pas ?e?f????.

 

 

1.2 Chapitre 1:1-5

« J’ai composé le premier traité, ô Théophile, sur toutes les choses que Jésus commença de faire et d’enseigner, jusqu’au jour où il fut élevé [au ciel], après avoir donné, par l’Esprit Saint, des ordres aux apôtres qu’il avait choisis ; à qui aussi, après avoir souffert, il se présenta lui-même vivant, avec plusieurs preuves assurées, étant vu par eux durant quarante jours, et parlant des choses qui regardent le royaume de Dieu. Et étant assemblé avec eux, il leur commanda de ne pas partir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, laquelle, [dit-il], vous avez ouïe de moi : car Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint, dans peu de jours » (1:5).

 

Ces cinq premiers versets sont le commencement tout simple de ce livre dont le sujet est les œuvres merveilleuses de Dieu dans la nouvelle création, dont Il voulait rendre témoignage dans l’ancienne création par un témoin non moins compétent que Son propre Esprit. À la croix du Fils de l’homme le péché a été jugé par Dieu, non sur des pécheurs, mais dans le seul Sacrifice qui ait été parfait, afin que Dieu puisse diffuser en toute justice, parmi les Juifs et les Grecs, tous ruinés pareillement, la bonne nouvelle de la grâce qui sauve, et afin que, par la foi, tous puissent aussi être pareillement sauvés. Et maintenant le Sauveur est dans une position de vie et de puissance de résurrection, prémices de ceux qui sont endormis, Esprit vivifiant pour tous ceux qui croient (1 Cor. 15:20, 45). Comme Il avait marché selon l’Esprit de sainteté dans un monde de péché pendant les jours de Sa chair, Il est ainsi déterminé Fils de Dieu en puissance selon ce même Esprit par la résurrection (Rom. 1:4), vainqueur de Satan dans la mort comme dans la vie, ayant épuisé le jugement de Dieu en souffrant pour le péché, afin d’être le chef juste d’une famille nouvelle qui vive de Sa vie comme Il est mort pour leurs péchés. Ainsi l’Évangile de Luc amène à ces « Actes des Apôtres » comme on les appelle habituellement, — mais cette appellation est incorrecte, car il s’agit plutôt du récit inspiré de l’œuvre du Seigneur ressuscité, dans l’énergie du Saint Esprit descendu d’en haut et Lui rendant témoignage, à la fois dans l’assemblée et dans Ses serviteurs, surtout certains apôtres.

 

 

1.2.1 1:2 — Puissance dans la vie de résurrection

Le Seigneur ressuscité d’entre les morts, quoique pas encore élevé au ciel, est vu ici donnant Lui-même des ordres aux apôtres par le Saint Esprit (1:2). Ce n’était pas simplement des ordres avant de mourir ; dans le nouvel état de l’homme au-delà du tombeau, nous avons la preuve de la même puissance bénie. L’Esprit Saint agit dans l’homme ressuscité, et en Jésus, nous voyons cette vérité, comme toutes les autres. Il en sera de même pour nous une fois ressuscités d’entre les morts ; nous ne perdrons pas cette source divine de puissance et de joie quand, ou parce que, nous entrerons dans cet état final de l’homme selon les conseils de Dieu. Ce sera l’état où ce qui est parfait sera venu (1 Cor. 13:10), mais c’est justement pourquoi le Saint Esprit ne cessera pas d’agir en nous ; ou plutôt Il nous formera pour toute l’adoration et le service convenant à ceux qui sont glorifiés avec Christ.

 

 

1.2.2 1:3 — Certitude de la résurrection

Que Christ se soit présenté Lui-même vivant après avoir souffert, c’est le grand fait établi « avec plusieurs preuves » (1:3), et c’est aussi le sujet du témoignage rendu tout le long de ce livre des Actes, et aussi la vérité fondamentale de l’évangile. Le Dieu de grâce est le Dieu de résurrection en Christ qui a souffert une fois pour les péchés, le Juste pour les injustes (1 Pierre 3:18). Les apôtres ont été des faux témoins de Dieu s’Il ne L’a pas ressuscité, et Il ne L’a pas ressuscité si les morts ne ressuscitent pas ; et s’Il n’est pas ressuscité, notre foi est vaine : nous sommes encore dans nos péchés (1 Cor. 15:12-19). Mais Il a été ressuscité d’entre les morts, aussi sûrement que Dieu est vrai et que Sa parole est vraie ; Sa grâce et Sa puissance sont manifestées à la fois dans les témoins qu’Il a choisis que dans les effets transformants de Son témoignage sur d’autres qui croient, autrefois fils de désobéissance et enfants de colère, Ses ennemis. La mission a été confiée aux apôtres de Sa part à Lui, le Ressuscité.

 
Ce n’était pas seulement qu’Il a été vu d’eux, ou qu’Il leur est apparu, pendant 40 jours ; Il a aussi parlé des choses qui regardent le royaume de Dieu, comme l’ont ensuite prêché Ses serviteurs. Ceci était tout autant vrai de l’apôtre des Gentils, et jusqu’à la fin, comme on l’apprend spécifiquement par Actes 20:25 et 28:31.

 

 

1.2.3 1:4-5 — Promesse du Saint Esprit

Étant réuni avec eux, Il leur commanda de ne pas partir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, le baptême du Saint Esprit, peu de jours après (1:4-5). Il est de toute importance de bien comprendre cela : car beaucoup appliquent à tort le baptême de l’Esprit, soit à des manifestations miraculeuses, soit à la nouvelle naissance ; et d’autant plus que, sans aucun doute, Il a abondamment agi de ces deux manières-là au jour de la Pentecôte. Mais le lecteur n’a qu’à considérer Jean 14 à 16 pour apprendre de la Parole de Dieu qu’il n’est pas ici question du premier et grand besoin de l’homme pécheur de tout temps, savoir d’être né de l’Esprit, et encore moins de ces dons ou « charismes » distribués si abondamment parmi ceux qui confessaient le Seigneur en ce temps-là, mais du privilège immense et permanent de l’Église, celui de la présence du Saint Esprit envoyé d’en haut en personne pour demeurer avec les saints et être en eux. C’est Lui que Le Père a donné pour être avec eux éternellement (Jean 14:16) ; c’est Lui que le Fils a envoyé d’auprès du Père (Jean 15:26). Car cet envoi était conditionné par le départ du Fils : s’Il ne s’en était pas allé, cet autre Avocat [ou : Consolateur], l’Esprit de vérité, ne serait pas venu (Jean 16:7). Mais une fois l’œuvre de réconciliation accomplie, Jésus est monté au ciel et a envoyé l’Esprit ici-bas. C’était l’accomplissement de la promesse du Père. Il fallait alors que les saints soient baptisés dans le Saint Esprit.

 

Pour le croyant, on ne peut rien concevoir de plus important et empreint d’autorité, et intrinsèquement pour la gloire de Dieu, et pour la vérité doctrinale, et quant aux conséquences pratiques. Pourtant, y a-t-il rien qui ait été si vite et si généralement oublié ? Sans cela, la place de Christ comme Tête de l’Église est inconnue, et aussi, par conséquent, la vraie relation de l’Église comme Son corps. La rédemption est affaiblie, la position nouvelle et céleste du chrétien n’est ni comprise ni goûtée, et l’espérance propre au chrétien est rabaissée au niveau d’une attente juive avec ses signes et ses dates, ses troubles et ses craintes. Le manque de foi quant au baptême du Saint Esprit affecte encore plus directement la marche et le service de l’individu, l’adoration en commun et l’action publique de l’assemblée. Il n’y a pas de signe plus sûr de la ruine de tout le témoignage rendu à Christ, ni de moyen plus fatal conduisant à cette ruine, que la pure ignorance et la mise complète de côté de cette puissance et de ce privilège incomparables pour le chrétien et l’Église, — or la chrétienté est imprégnée de cette ignorance et de cette mise de côté, et cela a eu lieu dès les temps apostoliques. Oh, quelle miséricorde de la part de Dieu, quel amour pour les Siens, quel honneur pour Christ et Sa croix, que le Saint Esprit ait daigné rester de manière absolument certaine pour l’Église, malgré l’infidélité montrée par l’Église à Son égard ! Le don ou baptême du Saint Esprit était la promesse du Père, et les disciples en ont entendu parler par le Fils. Jean, le plus grand de ceux qui sont nés de femme, a baptisé avec de l’eau, le baptême de repentance ; le Fils de Dieu, tout à la fois Homme ressuscité et exalté, est Celui qui baptise dans (ou avec) le Saint Esprit. Personne ne le pouvait en effet, sinon une personne divine ; pourtant c’est Celui qui, devenu homme pour accomplir la rédemption, a été reçu en haut, dans la gloire, d’où Il a envoyé l’Esprit.

 

 

1.3 Chapitre 1:6-11

« Eux donc étant assemblés, l’interrogèrent, disant : Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu rétablis le royaume pour Israël ? Mais il leur dit : Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les saisons que le Père a réservés à sa propre autorité ; mais vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre. Et ayant dit ces choses, il fut élevé [de la terre], comme ils regardaient, et une nuée le reçut [et l’emporta] de devant leurs yeux. Et comme ils regardaient fixement vers le ciel, tandis qu’il s’en allait, voici, deux hommes en vêtements blancs, se tinrent là à côté d’eux, qui aussi dirent : Hommes galiléens, pourquoi vous tenez-vous ici, regardant vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel » (1:6-11).

 

 

1.3.1 1:6-8 — L’évangile et son contenu

Comme dans l’Évangile (Luc 19:11, et d’autres), le Seigneur corrige l’attente impatiente des disciples : le royaume ne devait pas apparaître immédiatement. La pâque devait être accomplie dans ce royaume quand il prendrait une forme différente (Luc 22:16). Ce n’est pas la forme chrétienne du royaume dont il est parlé ici, parce que la question portait sur la restauration du royaume à Israël en ce temps-là. Or le Seigneur ne nie pas du tout qu’une telle restauration aurait lieu en son temps, mais le salut d’Israël et le rétablissement du royaume pour le peuple élu appartiennent clairement aux voies de Dieu dont traite la prophétie ; et Il leur fait connaître qu’il y a des temps et des saisons que le Père a réservé à Sa propre autorité. Il leur fait voir une autre perspective sur ce qui les attendait immédiatement : « mais vous recevrez de la puissance à la venue du Saint Esprit sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre » (1:8).

 

Ces paroles expliquent la situation avec une précision divine et une grâce ineffable. Il n’allait pas encore y avoir le royaume manifesté qui appartient au siècle [ou : « ère »] à venir et au monde à venir. Il est maintenant question de témoignage dans la puissance du Saint Esprit, — ce témoignage étant lié à la mission et à la présence de ce Saint Esprit. Ils devaient être témoins de Christ, sans encore régner avec Lui, — mais témoins de Lui comme le rejeté et malgré tout ressuscité, méprisé des hommes, spécialement des Juifs et de Jérusalem, mais sur le point d’être exalté par Dieu dans le ciel, et témoins de Lui — car tout est par grâce — à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’au bout de la terre. Comparez la fin de l’Évangile de Luc avec le début des Actes, et vous y verrez que le Sauveur ressuscité commande de prêcher en Son nom la repentance et la rémission des péchés parmi toutes les nations, en commençant par Jérusalem : « Et vous, vous êtes témoins de ces choses ; et voici, moi, j’envoie sur vous la promesse de mon Père. Mais vous, demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de puissance d’en haut » (Luc 24:47-49). Il ne s’agit pas ici de baptême, mais d’une bénédiction vitale, de la repentance pour la vie et de la rémission des péchés scellées du Saint Esprit. Tout a sa place et sa convenance, mais le meilleur fut donné au médecin bien-aimé pour qu’il le communique, par l’inspiration puissante de Dieu, qui allait donner (en honneur de la personne et de l’œuvre de Son Fils) la vie et la liberté avec le sceau de l’Esprit à tous ceux qui croient à l’évangile : sa source est la grâce de Dieu, son juste fondement est la croix de Christ, le caractère de la vie qu’il donne est celui de Sa résurrection ; l’objet d’après lequel il forme est Sa gloire céleste ; et sa puissance est l’Esprit Saint envoyé d’en haut.

 

 

1.3.2 1:9-11 — L’espérance du retour du Seigneur

Mais il manque encore la vraie perspective de l’espérance pour compléter le cercle de bénédiction. Et c’est ce qu’on trouve ensuite, l’espérance du retour du Seigneur, du moins dans la mesure où elle se rapporte à la portée de ce livre des Actes (car il y a un système divinement parfait dans toute l’Écriture et dans chacune de ses parties). « Et ayant dit ces choses, il fut élevé [de la terre], comme ils regardaient, et une nuée le reçut [et l’emporta] de devant leurs yeux. Et comme ils regardaient fixement vers le ciel, tandis qu’il s’en allait, voici, deux hommes en vêtements blancs, se tinrent là à côté d’eux, qui aussi dirent : Hommes galiléens, pourquoi vous tenez-vous ici, regardant vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel ». Il s’agit sans aucun doute de Son retour pour établir le royaume sur toutes langues et nations, pour le rétablissement de toutes choses (3:21) et non pas le moment spécial où Il recevra les Siens auprès de Lui et les présentera dans la maison du Père. C’est l’aspect plus général de Sa venue, non pas le côté céleste. Mais c’est quand même encore un objet personnel pour les saints, le Seigneur revenant en personne aussi sûrement que les témoins choisis l’ont vu s’en allant au ciel. Cela, les disciples l’ont laissé échapper comme espérance réelle et vivante, au déshonneur du Seigneur, attristant par là l’Esprit (Éph. 4:30), et à leur immense détriment. Car si, comme les gens disent, l’essentiel c’est la foi, on ne peut pas obscurcir, affaiblir, ou détruire la vraie espérance sans qu’il en résulte un dommage proportionnel, si l’on en juge par la seule et pleine mesure de la gloire de Dieu en Christ. Nous tombons dans des espérances trompeuses dès que la vérité cesse d’être devant le cœur ; et aucune n’est aussi fausse que d’attendre l’amélioration progressive du monde, ou même de la chrétienté, qui doit être jugée lors du jour du Seigneur ; nous devrions, comme des pèlerins et des étrangers, comme une épouse séparée du monde, attendre Christ qui vient nous chercher pour aller au ciel pour les noces de l’Agneau. C’est là la séparation pour Dieu, en grâce et céleste, au-dessus des attractions et des honneurs du monde, en dehors de tout le mal qui s’y trouve, et qui ne change pas sous l’effet de l’inimitié de ce monde. Que ce soit toujours plus vrai de nous dans Sa grâce !

 

Ce qui est donc ainsi clairement placé devant nous, c’est la position et l’attente des disciples dans ces jours du début. Ils savaient par la parole du Seigneur, que la promesse du Père allait bientôt s’accomplir dans le don du Saint Esprit. Au lieu du rétablissement du royaume pour Israël, ils allaient être des témoins de Christ partout jusqu’au bout de la terre ; et ils avaient l’assurance que le Seigneur Jésus, qui venait juste d’être élevé au ciel, reviendrait de la même manière qu’il L’avait vu s’en aller au ciel.

 

 

1.4 Chapitre 1:12-14 — La prière. Les femmes. Marie

« Alors ils s’en retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des Oliviers, qui est près de Jérusalem, le chemin d’un sabbat. Et quand ils furent entrés [dans la ville], ils montèrent dans la chambre haute où demeuraient Pierre, et Jean, et Jacques, et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques [fils] d’Alphée et Simon Zélote, et Jude [frère] de Jacques. Tous ceux-ci persévéraient d’un commun accord dans la prière, avec les femmes, et avec Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères » (1:12-14).

 

C’est ainsi que les saints passaient leur temps à l’exercice d’une continuelle dépendance de Dieu. Ils avaient été les témoins choisis de la Parole de la vie, tel qu’Il s’était manifesté ici-bas, et en Lui-même, le Fils leur avait montré le Père. Et maintenant ils attendaient cette personne divine qui allait être en eux aussi bien qu’avec eux, selon que le Seigneur les y avait préparés : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur » (Jean 14:15-16). Maintenant donc, ils s’adonnaient tous, et d’un commun accord, à la prière avec persévérance.

 

Il y avait avec eux des femmes croyantes. Combien leur place est différente de celle accordée par les Juifs, puis plus tard par les Musulmans, et de celle de la flatterie ou de la superstition médiévales, même au temps où le christianisme de nom pénétra l’occident ! Il n’y avait pas seulement des femmes mariées, d’où la forme générale de la phrase. Parmi elles, il est nommé spécialement celle devant qui la folie pécheresse allait plus tard se prosterner en lui rendant un culte prétendu secondaire, mais qui a pratiquement prévalu dans les âmes sur celui rendu au Fils et au Père.

 

C’est la première mention de Marie depuis l’ascension du Seigneur, dans cet historique qui est le seul certain et divinement inspiré. Elle a été grandement favorisée, et bénie entre les femmes, et toutes les générations la disent donc bienheureuse (Luc 1:48). Pourtant elle se trouvait en toute humilité avec les autres femmes, et les apôtres aussi avec elles toutes, attendant de Dieu le don du Saint Esprit. Depuis la croix, elle avait été prise au domicile du disciple bien-aimé. Après la résurrection, on ne voit rien dans la Parole qui suggère une apparition du Seigneur à Sa mère. Une autre Marie L’a vu, celle de Magdala, la première de tous, et d’autres femmes peu après ; l’Écriture se tait entièrement sur une quelconque apparition à Sa mère en particulier. Elle peut L’avoir vu ressuscité, comme les 500 en une fois, mais l’Écriture n’en touche pas un mot. C’est que Christ devait absolument ne plus être connu selon la chair (2 Cor. 5:16). Il était mort et ressuscité, et la gloire de Messie né de la Vierge s’effaçait devant la gloire plus éclatante de Commencement, et de Premier-né d’entre les morts (Col. 1:18).

 

C’est aussi la dernière mention de Marie. Chrysostome peut bien supposer que Joseph était mort ; en vérité, il avait disparu depuis longtemps. Il est parlé des deux ensemble pour la dernière fois dans la belle scène du Seigneur à l’âge de douze ans (Luc 2:42-51). Le Seigneur n’était pas encore oint du Saint Esprit, mais Il était pourtant parfaitement homme et véritablement Dieu, enfant de Marie, et soumis non seulement à elle, mais aussi à son mari — Son père du point de vue légal. Mais l’incident fait ressortir clairement Sa perfection comme enfant se nourrissant de la parole de Dieu, et la conscience qu’Il avait d’être le Fils de Dieu (bien au-delà des pensées de Joseph et de Marie), et en même temps Sa soumission à tous les deux, « Ses parents » dans la position humaine où Il était descendu de la gloire divine dans un amour non moins divin. Quand au temps convenable, oint du Saint Esprit, Il est entré dans Son service et qu’a commencé Sa présentation comme Messie, Joseph n’était plus là. C’est ce qu’il fallait. C’est par Joseph qu’Il pouvait revendiquer directement le titre royal de Fils de David ; car Joseph descendait de Salomon, et cela constituait la lignée authentique de la promesse au trône. Marie aussi descendait de David, mais à travers Nathan, qui ne pouvait conférer un tel titre. Légalement et naturellement, Il descendait donc du roi bien-aimé de Dieu, mais Il avait dans Sa propre personne un titre supérieur à David, et évidemment aussi supérieur à Joseph et Marie ; Il était Dieu, l’Éternel, le Seigneur Dieu d’Israël. Il faut bien que la parole de Dieu soit honorée et trouvée vraie dans toutes les particularités humaines que la grâce divine a données et fait connaître, pour l’exercice, la récompense, l’épreuve et la joie de la foi.

 

Ainsi Marie, selon l’Écriture, apparaît pour la dernière fois dans ce saint groupe de prière, avec d’autres, hommes et femmes, où on ne la prie pas, mais c’est elle qui prie. Que la chambre haute ait été dans le temple, c’est une rêverie du Dr. Hammond. Qu’il est étrange que des théologiens sérieux puissent concevoir de telles balourdises, et semblent si dépourvus d’amis bienveillants et fidèles pour les effacer afin qu’on ne les tourne pas à leur honte à leur détriment ! Le temple est le dernier endroit où les disciples auraient pu avoir une telle chambre. Il n’est pas douteux qu’elle se trouvait dans une maison privée où ils séjournaient alors ; nous ne savons pas si c’était la grande chambre garnie où le Seigneur s’est assis pour manger la dernière pâque ; cela n’a d’ailleurs pas d’importance divine, sinon cela nous aurait été dit. De telles chambres étaient courantes parmi les Juifs, spécialement à Jérusalem, nous pouvons en être sûrs, où Dieu avait Ses plans pour la bénédiction par Son Fils et à Son honneur.

 

 

1.5 Chapitre 1:15-26

1.5.1 1:15-22 — Pierre applique l’Écriture. Sort de Judas

« Et en ces jours-là, Pierre se levant au milieu des disciples (le nombre de ceux qui étaient réunis était d’environ cent vingt), dit : Hommes frères, il fallait que fût accomplie cette écriture que l’Esprit Saint a dite d’avance par la bouche de David, touchant Judas, qui a été le guide de ceux qui ont pris Jésus ; car il était compté parmi nous, et il avait reçu en partage ce service ; (celui-ci donc s’était acquis un champ avec le salaire de l’iniquité, et, étant tombé la tête en avant, s’est crevé par le milieu, et toutes ses entrailles ont été répandues. Et ceci a été connu de tous les habitants de Jérusalem, de sorte que ce champ-là est appelé dans leur propre dialecte Aceldama, c’est-à-dire champ de sang ;) car il est écrit dans le livre des Psaumes : «Que sa demeure soit déserte, et qu’il n’y ait personne qui y habite» [Psaume 69:25], et : «Qu’un autre prenne sa charge de surveillant» [Psaume 109:8]. Il faut donc que d’entre les hommes qui se sont rassemblés avec nous pendant tout le temps que le seigneur Jésus entrait et sortait au milieu de nous, en commençant depuis le baptême de Jean, jusqu’au jour auquel il a été élevé [au ciel] d’avec nous, quelqu’un d’entre eux soit (*) témoin avec nous de sa résurrection. Et ils en mirent deux sur les rangs : Joseph, appelé Barsabbas, qui était surnommé Juste, et Matthias. Et priant, ils dirent : Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous, montre lequel de ces deux tu as choisi, afin qu’il reçoive en partage ce service et cet apostolat, duquel Judas est déchu pour s’en aller en son propre lieu. Et ils jetèrent le sort sur eux ; et le sort tomba sur Matthias, qui fut adjoint (**) aux onze apôtres » (1:15-26).

 

(*) C’est à tort que la version autorisée du roi Jacques traduit « soit ordonné pour être ».

 

(**) W. Kelly traduit « compté avec les onze apôtres », de même que JND en anglais et aussi la version autorisée du roi Jacques. « Adjoint » figure dans la traduction JND en français.

 

Les cent vingt n’incluaient pas tous les fidèles du pays, mais probablement tous ceux de Jérusalem. Pierre leur parle avec décision, mais à la lumière de l’Écriture et avec son autorité. La puissance d’en haut n’était pas encore descendue sur lui, mais il y avait à l’évidence une intelligence dont il n’avait jamais fait l’expérience avant la mort et la résurrection du Seigneur. Ces deux choses peuvent coexister maintenant ; on peut trouver de l’intelligence spirituelle sans qu’une puissance spéciale ait été donnée, quoique le Saint Esprit soit (19:2), et qu’il doive demeurer pour toujours. Mais nous apprenons ici le fait important qui les distinguait, et cela d’autant plus clairement que le Saint Esprit n’avait pas encore été répandu. Pierre applique l’Écriture avec clarté. Elle brille à la lumière de la mort et de la résurrection du Seigneur. Elle doit être accomplie non pas seulement en Christ, mais aussi dans l’antichrist ; or Judas en était un, lui qui avait guidé ceux qui ont pris Jésus. Le Saint Esprit a daigné parler du mal et du bien, et tout doit être accompli, même si c’est par des lèvres humaines. L’incrédulité de l’homme peut faire sa ruine, mais ne peut annuler la parole écrite ; pas plus que la part reçue par Judas dans le ministère de Christ ne l’a exempté de son péché et de son châtiment terribles. Et le champ acquis au moyen du salaire d’iniquité rendait un témoignage écrit en lettres de sang, après que Judas ait été déchu de la position de service et d’apostolat qui lui ont été retirés, pour s’en aller en son propre lieu de tourment. Rien d’étonnant que, comme Dieu marquait alors si solennellement son ressentiment devant tous les habitants de Jérusalem, Il ait dû parler auparavant par la bouche de David d’un tel pécheur contre Son propre Fils et aussi contre sa propre âme. Le Psaume 69:25 prononce la malédiction sur lui, et le Psaume 109:8 appelle un successeur pour prendre sa charge vacante. Et pour un tel successeur ayant accompagné les apôtres depuis le baptême de Jean jusqu’à l’ascension, Pierre établit la condition essentielle qu’il devienne avec eux un témoin de Sa résurrection.

 

Une fois de plus, nous voyons la place immensément importante que devait tenir la résurrection dans le témoignage de Christ et de l’évangile, et comment elle fait partie du tissu même du livre des Actes en particulier. Sans elle, il ne peut y avoir ni force ni clarté dans la prédication et l’enseignement. Et en présence de la résurrection, l’homme vain est annihilé ; par elle Christ est justifié, Dieu est glorifié, et le croyant reçoit la justice. Mais dans ce livre, nous apprenons mieux sa puissance et sa valeur aux mains du Saint Esprit en considérant l’usage pratique que Pierre a fait des Psaumes qu’il cite.

 

 

1.5.2 1:23-26 — Le choix d’un douzième apôtre et le tirage au sort

Deux personnes ont donc été mises en avant, Joseph Barsabbas Justus et Matthias, qui, autant qu’on peut voir, possédaient des qualifications équivalentes. C’est pourquoi on a fait appel au Seigneur par la prière. C’était Son œuvre qui était en jeu, et c’était à Lui de choisir l’ouvrier. Ainsi, en Matthieu 9:38, Il dit à Ses disciples de supplier le Seigneur de la moisson d’envoyer des laboureurs dans Sa moisson, puis, au ch. 10, Il appelle à Lui Ses douze disciples, leur donne autorité et les envoie. C’est le même principe ici. Ailleurs, en rapport avec l’assemblée de Dieu, c’est à Son Dieu et Père qu’il peut être tout à fait approprié de s’adresser ; mais c’est quand même au Seigneur qu’on s’adresse en ce qui concerne Son service et les instruments qu’Il peut choisir.

 

Il y a une particularité à relever, le fait de tirer au sort. Ce n’était point du tout la volonté de l’homme qui choisissant celui qu’il voulait, comme plusieurs érudits ont supposé à tort, sous l’effet de préjugés provenant de leurs habitudes particulières, et sans désir de les justifier par l’Écriture. Enfin le mot traduit par « compté avec » (1:26), n’appuie pas la notion d’élection populaire qui, dans son principe, est étrangère à l’Écriture, s’agissant du choix des serviteurs dans la Parole. Le sort était, comme il le sera au dernier jour, une façon spécialement juive pour chercher la direction divine, et ainsi, dans le choix du douzième apôtre (Matt. 19:28), c’est à juste titre qu’on y eut recours. Car on ne bénéficiait pas encore de la présence de l’Esprit, cette puissance nouvelle, où on ne connaît ni Juifs ni Gentils. On s’attendit donc au Seigneur de cette manière, mais on ne tira plus jamais au sort après la descente du Saint Esprit à la Pentecôte.

 

Il n’y a donc pas de raison pour Stier, que cite Alford, de mettre en doute cette phase de choix d’un douzième apôtre, qui semble être entièrement en accord avec la position d’attente des disciples. Par ailleurs, Actes 2:14 et 6:2 impliquent le contraire, selon que pensent la plupart, et ces passages montrent que Luc parle bien des Douze par la suite. Supposer que Paul était prévu pour faire le douzième revient plutôt à rabaisser sa position vraiment spéciale et son appel extraordinaire.

 

 

2 Chapitre 2

2.1 Chapitre 2:1-4 — Baptême du Saint Esprit. Les langues

La mort de Christ comme agneau pascal eut lieu exactement le jour de la pâque, et il en fut de même pour Sa résurrection comme gerbe tournoyée. Aucun saint ne connut la signification de ces deux fêtes avant qu’elles deviennent des faits accomplis. Nous n’avons pas non plus de preuve, malgré l’intelligence manifestée dans l’emploi de l’Écriture après la résurrection (Actes 1, cf. Luc 24:45) que quelqu’un ait compris la signification de la fête des semaines avec ses pains tournoyés avant qu’elle fût accomplie. Les disciples étaient cependant ensemble, dans leur vraie position d’attente et de dépendance. « Et comme le jour de la Pentecôte s’accomplissait, ils étaient tous ensemble dans un même lieu. Et il se fit tout à coup du ciel un son, comme d’un souffle violent et impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et il leur apparut des langues divisées, comme de feu ; et elles se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, et commencèrent à parler d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer » (2:1-4).

 

C’était là le baptême de l’Esprit, quoique la cause puissante n’en soit pas ici dévoilée, ni les effets esquissés. Mais la promesse du Père était maintenant accomplie. Le Saint Esprit était envoyé du ciel selon la parole du Seigneur pour demeurer éternellement avec les Siens : c’est cet autre Avocat [Consolateur] correspondant sur la terre à Christ dans le ciel, — le divin gestionnaire de toutes nos affaires selon la volonté de Dieu. Comme c’était une chose entièrement nouvelle, elle fut accompagnée de signes, ayant un double caractère : non seulement un souffle violent remplit toute la maison, mais des langues divisées, comme de feu, se posèrent sur chacun d’eux. C’est ainsi que fut manifestée la présence de l’Esprit d’une manière générale pour toute la maison, et d’une manière spéciale comme puissance de témoignage pour chacun : c’est une distinction importante qu’on retrouve ailleurs sous d’autres formes.

 

Le témoignage est ici le point majeur, car s’ils furent tous remplis de l’Esprit, ils commencèrent aussi à parler d’autres langues selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer. D’où la justesse de la forme sous laquelle l’Esprit manifesta Son action : non pas une colombe comme quand le Seigneur fut scellé sur la terre, symbole d’Une Personne unique, sainte, innocente, et sans souillure, — mais des langues pour faire connaître les œuvres merveilleuses de Dieu dans la nouvelle création, qui dépassent de loin et à tous égards les merveilles de l’ancienne. Les langues n’étaient pas une, mais divisées. Le Gentil doit entendre, tout autant que le Juif, seul objet de faveur auparavant. La mission de la grâce était maintenant de s’étendre sans discrimination comme il convenait à un Sauveur mort et ressuscité, que Dieu a exalté en haut, après que l’homme, spécialement Israël, L’ait rejeté comme son Messie sur la terre. De plus, les langues étaient comme de feu, ce qui fait ressortir le jugement divin qui ne tolère pas le mal, selon la démonstration qui venait d’en être faite en grâce à l’homme, à la croix de Christ.

 

Mais les langages étaient à la fois très réels et différents de leur langue maternelle ou de toute autre langue apprise naturellement. C’est un fait clairement établi, autant que le don lui-même fut tout à fait significatif et approprié au temps. Pouvait-il y avoir un témoignage plus clair que, si Dieu avait donné Sa loi à Israël, — quoiqu’en elle-même, elle fût l’expression du devoir moral de l’homme, — Il allait maintenant faire connaître Sa grâce dans l’évangile à toutes les races et toutes les langues ? Non seulement Sa grâce pardonne toutes les offenses, mais elle vivifie ensemble avec Christ, de manière à constituer une base nouvelle et éternelle pour l’énergie de l’Esprit, pour que celle-ci produise, dans une vie nouvelle, le fruit de la justice qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu (Phil. 1:11). Ce témoignage de l’amour divin, efficace par la rédemption qui est dans le Christ Jésus (Rom. 3:24), s’adresse à tous, et agit effectivement sur tous ceux qui croient. Ce n’était pas l’élimination des différences de langues, ni la puissance qui fera qu’une fois de plus la terre entière aura une seule bouche et les mêmes paroles (Gen. 11:1), mais c’était la grâce élevant ses objets et ses instruments au-dessus des effets du jugement de Babel, qui confondit l’orgueil de la race humaine par la multiplicité des langues, quand elle cherchait à s’associer et à s’exalter au moyen d’une union des volontés humaines dans l’oubli complet de Dieu (Gen. 11). Mais Dieu se souvint de l’homme coupable et misérable, et dans Sa sagesse et Sa miséricorde, Il se servit de la haine du peuple élu contre Lui et contre Son Fils (Jean 15:24) pour sortir dans la puissance du Saint Esprit envoyé du ciel, et pour signaler ceci d’une manière très touchante à toutes les nations sous le ciel.

 

 

2.2 Chapitre 2:5-11 — Encore les langues

« Or il y avait des Juifs séjournant à Jérusalem, hommes pieux, de toute nation d’entre ceux qui sont sous le ciel. Et le bruit de ceci s’étant répandu, la multitude s’assembla, et fut confondue de ce que chacun les entendait parler dans son propre langage. Et ils étaient tous hors d’eux-mêmes, et s’étonnaient, disant : Voici, tous ceux-ci qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Et comment les entendons-nous, chacun dans son propre langage, [celui du pays] dans lequel nous sommes nés ? Parthes et Mèdes et Élamites, et nous qui habitons la Mésopotamie, la Judée et la Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l’Égypte et les quartiers de la Libye qui est près de Cyrène, et nous, Romains qui séjournons [ici], tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, — nous les entendons annoncer dans nos langues les choses magnifiques de Dieu » (2:5-11).

 

 

2.2.1 Ce que sont ces langues

S’il avait fallu rendre claire et précise la nature du miracle en quelques mots, on aurait pu penser que ces versets y réussiraient à coup sûr. Mais les érudits et scientifiques de ce monde, même ceux qui portent le nom de chrétien, ne manifestent pas moins d’incrédulité aujourd’hui que les Juifs d’autrefois qui, dans leur folie, ont cherché à attribuer ce parler en langue à une simple excitation. Certains ont essayé de trouver dans ce récit la même chose qu’ont fait revivre les Irvingites dans la première moitié du 19° siècle, soit une sorte de jargon dépourvu de sens, soit une langue entièrement nouvelle (*) (comme ses partisans, notamment Meyer, le prétendent). D’autres (comme Bleek, et autres) soutiennent qu’il s’agissait d’une manière de parler très excitée ou extatique appropriée à la communication des merveilles de la grâce ; d’autres comme Olshausen en sont à la pensée de bas niveau de l’existence d’une relation magnétique entre les orateurs et les auditeurs ; d’autres comme Wieseler et autres, y voient de simples exclamations inarticulées de louange ! Les rationalistes plus anciens, comme Paulus, et autres, ne supposent rien d’autre que leur langue maternelle ; d’autres, de Grégoire de Nysse et Cyprien jusqu’à Érasme et des hommes actuels, ont greffé sur cette première idée, l’idée étrange que, par l’Esprit, la multitude des étrangers entendait chacun sa propre langue ! Mais Grégoire de Nazianze rejette cette notion qui fait reposer le miracle sur les auditeurs plutôt que sur les orateurs, l’estimant contraire à la déclaration claire de l’Écriture, — comme c’est d’ailleurs le cas de toutes ces autres hypothèses vaines.

 

 

(*) Il n’est pas douteux que ce qui a donné occasion à cette tromperie de l’ennemi, et a aidé à l’établir, c’est l’insertion du mot inconnu dans la version autorisée du roi Jacques en 1 Cor. 14:2, 4, 13, 19, 27. C’est une preuve, et non des moindres, du mal fait par ces additions non étayées ; mais je ne suis pas le premier à en faire la remarque, quoique cela me soit venu à l’esprit de manière indépendante.

 

Bien que toutes ces idées soient soutenues non seulement par des prédicateurs, mais par des théologiens de niveau supérieur, elles sont en vérité balayées au premier contact de la Parole écrite, qui est toujours la norme de la vérité, et dont on a plus que jamais besoin dans nos jours de fertilité et d’audace intellectuelles. Les disciples furent rendus capables, dans la puissance de l’Esprit, de parler les différentes langues de la terre ; mais il semblerait qu’il y ait eu différentes mesures dans ce don, comme pour les autres dons. L’apôtre rend grâce à Dieu de ce qu’il parlait en langues plus que tous les Corinthiens, lesquels aimaient faire étalage de ces dons-signes ; mais il insiste aussi sur la place subalterne de tous ces dons par rapport à la prophétie, celle-ci étant un don servant de manière caractéristique à l’édification, à l’encouragement et à la consolation. La grande finalité dans l’assemblée, c’est l’édification, et une langue qui n’est pas interprétée n’y contribue pas ; en outre leur emploi fréquent, voire simultané, était une violation évidente de l’ordre, et ces deux déviations font l’objet d’un redressement par le commandement du Seigneur (1 Cor. 14).

 

Les langues jouaient donc un rôle très inférieur dans l’assemblée. Beaucoup, dans les temps anciens et modernes, ont supposé qu’elles ont été conférées pour la diffusion de l’évangile. Elles ont certainement été utilisées pour retenir l’attention des Juifs de pays étrangers qui affluaient à Jérusalem pour cette fête, ou qui y séjournaient par ailleurs. Ce qui a confondu ces étrangers issus de tant de pays était que chacun entendait les disciples parler dans sa propre langue ; et même si telle ou telle langue comme l’Araméen, le Grec ou le Latin, prévalait dans le monde connu alors, il est vain de dire à quelqu’un qui croit cette énumération soigneuse et variée du Nord-Est au Sud et à l’Ouest (ce qui semble être la raison pour laquelle la Judée figure entre la Mésopotamie et la Cappadoce), que l’écrivain inspiré n’entendait évoquer que quelques langues spécifiques. Ceux qui résidaient ou séjournaient à Jérusalem n’en ont pas jugé ainsi ; or leur piété leur donnait du poids, et ils étaient les derniers à être enclins aux innovations religieuses. Pour eux, la preuve était irrécusable, c’était même une preuve impossible si la diversité des langues n’avait pas été une réalité sûre et manifeste dont ils étaient compétents pour juger. « Voici, tous ceux-ci qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Et comment les entendons-nous, chacun dans son propre langage, [celui du pays] dans lequel nous sommes nés ? Parthes et Mèdes et Élamites, … — nous les entendons annoncer dans nos langues les choses magnifiques de Dieu ».

 

 

2.2.2 Une étape vers la grâce adressée aux nations

Pourtant, ceux qui entendirent et crurent l’évangile en ce jour-là n’étaient que des Juifs et des prosélytes. Mais cette forme merveilleuses de témoignage préparait la voie pour ceux qui glanent la pensée de Dieu à la fois à partir des miracles de Sa puissance en grâce et des paroles du Seigneur dans les diverses missions qu’Il a confiées aux disciples, — cette activité à laquelle ils furent appelés et qui consiste à rendre témoignage, au loin, de Son amour. Ces mains qui avaient été tendues en vain vers un peuple désobéissant et contredisant, se tournaient déjà vers toutes les nations qui voudraient écouter. Mais, comme nous le verrons en son temps, le Seigneur allait devoir utiliser des moyens nouveaux pour atteindre les oreilles et ranimer les pieds hésitant des Siens dans cette grâce qui n’attend pas l’homme, et ne dépend pas des fils des hommes (Michée 5:7).

 

 

2.2.3 Le don du Saint Esprit est une nouveauté bien plus importante

L’apôtre explique ailleurs que les langues étaient un signe pour les incrédules (1 Cor. 14:22). Elles avaient pour but de retenir l’attention et de susciter des interrogations. La présence du Saint Esprit promis était un fait incomparablement plus profond et plus fécond. Il fut envoyé du ciel pour former l’assemblée, le nouveau lieu d’habitation de Dieu, le corps de Christ. Il devait être la puissance de témoignage, des bonnes nouvelles de Dieu pour le monde. Il devait être dans les croyants et avec eux éternellement, le Paraclet que Christ allait envoyer après être monté en haut, non seulement pour convaincre le monde de péché, de justice, et de jugement, mais pour conduire les saints dans toute la vérité, leur annonçant les choses qui devaient arriver, et glorifiant Christ comme Lui avait glorifié le Père (Jean 14:16 ; 15:26 ; 16:8, 13, 14). Quelles qu’aient pu être la merveille et l’à-propos plein de grâce des langues, le don de l’Esprit Lui-même les surpasse infiniment ; mais Sa présence et les résultats de toute importance qui en découlent, échappent au monde qui ne Le voit pas et ne Le connaît pas (Jean 14:17). Les signes et les miracles, c’est ce dont les hommes s’occupent.

 

 

2.3 Chapitre 2:12-21 — Encore le changement radical de la descente du Saint Esprit

« Et ils étaient tous hors d’eux-mêmes et en perplexité, disant l’un à l’autre : Que veut dire ceci ? Et d’autres, se moquant, disaient : Ils sont pleins de vin doux. Mais Pierre, s’étant levé avec les onze, éleva sa voix, et leur parla : Hommes juifs, et vous tous qui habitez Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles ; car ceux-ci ne sont pas ivres, comme vous pensez, car c’est la troisième heure du jour ; mais c’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël : Et il arrivera aux derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes hommes verront des visions, et vos vieillards songeront en songes ; et sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces jours-là, je répandrai de mon Esprit, et ils prophétiseront ; et je montrerai des prodiges dans le ciel en haut, et des signes sur la terre en bas, du sang et du feu, et une vapeur de fumée ; le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang, avant que vienne la grande et éclatante journée du Seigneur. Et il arrivera que quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (2:12-21).

 

 

2.3.1 Les prophètes l’annonçaient

Comme d’habitude, les gens se répartissent en plusieurs catégories, les uns surpris, les autres hostiles et méprisants. Pierre prend l’initiative pour donner des explications avec sérieux et précision. Il nie formellement la pensée indigne de l’ivresse, que l’heure matinale aurait dû suffire à écarter comme contraire à la crainte de Dieu de ces hommes. C’était en réalité ce dont Joël avait parlé : évidemment pas son accomplissement comme il aura lieu aux derniers jours, mais une effusion de même nature. En effet, les paroles du prophète allaient au delà de ce qu’on venait de voir s’accomplir ; car il n’est pas juste de limiter « toute chair » à Israël seulement ; et Dieu, qui allait bientôt introduire les Gentils au nom de Christ, bénira les nations dans le royaume futur, quand tous les bouts de la terre se souviendront et se tourneront vers le Seigneur, et que toutes les tribus des nations se prosterneront devant Lui (Ps. 22:27). L’évangile réalisait maintenant cette grâce de Dieu sans discrimination, et même plus profondément que sous Son gouvernement futur, quand Il fera voir que le royaume est à l’Éternel, et qu’Il est celui qui domine au milieu des nations (Ps. 22:28).

 

 

2.3.2 Un autre accomplissement eu dernier jour

Au dernier jour, quand les paroles de Joël s’accompliront en totalité, l’Esprit sera répandu, et la bénédiction dont Israël jouira librement se déversera bien au delà de leurs limites étroites. Les voies de Dieu seront alors connues sur la terre, et Son salut parmi toutes les nations (Ps. 67:2). La bénédiction temporelle sera alors accordée à Israël (Joël 2:19-27), et ils seront débarrassés pour toujours de leur grand ennemi du nord (Joël 2:20) ; car l’Éternel fera de grandes choses pour Son peuple et Son pays (Joel 2:21 ; Ps. 126:3), malgré tout ce que l’ennemi se préparait à faire. « Mon peuple » souligne-t-Il majestueusement, « ne sera jamais honteux » (Joël 2:27). Alors le prophète fait deux annonces bien distinctes : la première, l’effusion du Saint Esprit (Joël 2:28, 29) ; la seconde, des signes extérieurs de jugement introduisant le jour de l’Éternel, dont les circonstances sont détaillées au ch. 3, jusqu’au récit final de la reprise de leurs bénédictions. Des miracles dans le ciel et sur la terre précèderont ce jour, tandis que la repentance d’Israël préparera la voie à leur délivrance et leur bénédiction, spécialement au don de l’Esprit. C’est le même principe qu’ici.

 

 

2.3.3 Rôle du Saint Esprit

En répandant maintenant Son Esprit, Dieu associe par là les croyants à Christ élevé dans le ciel. Donné en vertu de la rédemption, le Saint Esprit verse l’amour de Dieu dans leurs cœurs (Rom. 5:5), les scelle pour le jour de la rédemption, et est les arrhes de leur héritage (Éph 1:13-14). Il demeure en eux maintenant, et vivifiera bientôt leurs corps mortels à la venue de Christ (Rom. 8:9-11). En outre, Il est le lien béni et divin qui fait d’eux le corps de Christ et la maison de Dieu. Beaucoup seront intéressés à ce que je mentionne le jugement formé par le célèbre historien ecclésiastique Neander, qui, comme luthérien, n’avait bien sûr aucun préjugé à l’égard de la vérité de l’Église. Je ne le cite pas comme étant toujours correct ni comme faisant autorité en aucune manière, mais comme le témoignage sérieux d’un chrétien capable et bien informé, — condition contraire à celle de l’église actuellement, qu’elle soit Protestante ou Romaine, Orientale ou Grecque. C’est, donc, dans sa mesure, un hommage fort et involontaire à la vérité révélée sur ce sujet.

 

 

2.3.4 Suppression des intermédiaires humains avec Dieu

« Ce que Moïse a exprimé comme un souhait (Nom. 11:29), à savoir que l’Esprit de Dieu puisse reposer sur tous et que tous puissent être prophètes, me semble une prédiction de ce qui devait être réalisé par Christ. Par Lui devait être instituée une communion de vie divine qui, procédant d’une relation égale et également directe de tous avec le seul Dieu, comme source divine de vie pour tous, devait ôter ces frontières à l’intérieur desquelles était encore confiné le développement de la vie plus élevée, selon la position de l’Ancien Testament ; et par conséquent, la communion qui en dérivait allait se distinguer fondamentalement de la constitution de toutes les sociétés religieuses antérieures. Dans une telle société, il n’y aurait plus de fonction de prêtre ou de prophète, destinée à servir de moyen de propagation et de développement du royaume de Dieu, et de laquelle la conscience religieuse de la communauté devait dépendre. Ce genre de corporation de sacrificateurs comme il en existait dans les systèmes religieux antérieurs, donnait à ses membres le pouvoir de guider d’autres hommes, et ceux-ci restaient ainsi, pour ainsi dire, en état de tutelle religieuse ; une telle corporation avait la charge exclusive de pourvoir aux besoins religieux des hommes, et de servir de médiateurs par lesquels les autres hommes entraient en relation avec Dieu avec les choses divines — une telle caste sacerdotale n’avait pas de place dans le christianisme. En enlevant ce qui séparait les hommes d’avec Dieu, en communiquant à tous la même communion avec Dieu, Christ a également enlevé la barrière qui séparait jusque-là les hommes les uns des autres. Christ, le Prophète et le Souverain Sacrificateur pour l’humanité entière, était la fin de la prêtrise et de la fonction prophétique. Il y avait désormais le même Grand Sacrificateur et Médiateur pour tous, par Lequel tous les hommes, réconciliés et unis avec Dieu (*), sont constitués une race spirituelle et sacerdotale ; il y avait aussi un seul Roi, Conducteur et Maître qui enseigne, qui est céleste et par Lequel tous sont enseignés de Dieu ; une seule foi, un seule espérance, un seul Esprit qui devait tous les vivifier ; un seul oracle dans les cœurs de tous, la voix de l’Esprit procédant du Père ; tous devaient être citoyens d’un seul royaume céleste, et ils seraient munis des pouvoirs célestes de ce royaume, même dans leur condition d’étrangers dans le monde. Quand les apôtres appliquaient l’idée de sacrificature selon l’Ancien Testament au christianisme, il me semble que c’était toujours dans le simple but de prouver qu’aucune sacrificature visible de ce genre ne pouvait avoir sa place dans la nouvelle communauté ; et que, du fait qu’un libre accès à Dieu et au ciel avait été ouvert une fois pour toutes aux croyants par le seul Grand Sacrificateur — Christ Lui-même —, ces croyants, en vertu de leur union avec Lui, étaient devenus, un peuple spirituel, consacré à Dieu ; ils n’étaient appelés à rien moins qu’à consacrer leur vie entière à Dieu en offrande d’action de grâces en réponse à la grâce de la rédemption, en vue de publier au loin la puissance et la grâce de Celui qui les avait appelés du royaume des ténèbres à Sa merveilleuse lumière, pour faire de leur vie une sacrificature continuelle, un culte spirituel jaillissant de la foi opérante par l’amour, un témoignage continuel pour leur Sauveur (comparez 1 Pierre 2:9 ; Romains 12:1 ; ainsi que l’esprit et la ligne de pensée traversant toute l’épître aux Hébreux). Ainsi aussi, l’avancement du royaume de Dieu en général et en particulier, la diffusion du christianisme parmi les païens et le bien de chaque communauté particulière, — tout cela n’était désormais plus le devoir d’une seule classe spéciale de chrétiens, mais l’exercice immédiat de chacun individuellement » (Histoire générale de la religion chrétienne et de l’église, par Neander, i. §2, pp. 248-250, édition de Bohn).

 

(*) L’auteur aurait dû écrire « tous les croyants [et non pas : tous les hommes], réconciliés et unis avec Christ [et non pas : unis avec Dieu].

 

Bornons-nous à noter l’inexactitude vague de « l’humanité entière » d’une part et du « roi » de l’autre, car il ne faut pas s’attendre à ce qu’un Luthérien connaisse la ruine totale de l’homme et les relations nouvelles de Christ. Qu’Il ait goûté la mort pour tout homme, c’est vrai ; mais Il est roi d’Israël et des nations, et aussi Tête de l’Église, mais non pas de l’humanité en tant que telle. Il a autorité sur toute chair pour donner la vie éternelle à tous ceux que le Père lui a donnés (Jean 17:2). Quoi qu’il en soit, ce texte de Neander, malgré de sérieuses inexactitudes, prouve que cet historien moderne avait mieux compris que la plupart le caractère particulier de cette chose nouvelle que Dieu a formée pour Sa gloire au jour de la Pentecôte ; un caractère nullement accidentel ou provisoire, mais qui la distingue essentiellement du début jusqu’à la fin, — ce caractère étant à la fois distinct de ce que Dieu avait établi en Israël et des inventions de Satan parmi les Gentils. Cette chose nouvelle était l’habitation de Dieu par l’Esprit.

 

Telle était la préface du discours de l’apôtre, un démenti à l’excitation charnelle, pour ne pas dire immorale, qui leur était imputée, et l’affirmation de la puissance de l’Esprit manifestée à la fois dans le don des langues, et dans le fait de prophétiser selon Joël.

 

 

2.4 Chapitre 2:22-36

Maintenant Pierre aborde le fondement de leurs espérances comme peuple élu de Dieu, et il fait ressortir les faits qui venaient de s’accomplir à la lumière de Sa parole, surtout les psaumes 16, 110 et 132, comme nous le verrons.

 

« Hommes israélites, écoutez ces paroles : Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous-mêmes vous le savez, ayant été livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, — lui, vous l’avez cloué à [une croix] et vous l’avez fait périr par la main d’hommes iniques, lequel Dieu a ressuscité, ayant délié les douleurs de la mort, puisqu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle. Car David dit de lui : «Je contemplais toujours le *Seigneur devant moi ; car il est à ma droite, afin que je ne sois pas ébranlé. C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui, et ma langue a tressailli de joie ; et plus encore, ma chair aussi reposera en espérance ; car tu ne laisseras pas mon âme en hadès, et tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption. Tu m’as fait connaître les chemins de la vie, tu me rempliras de joie par [le regard de] ta face» [Psaume 16:8-11]. Hommes frères, qu’il me soit permis de vous dire avec liberté, touchant le patriarche David, et qu’il est mort, et qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est au milieu de nous jusqu’à ce jour. Étant donc prophète, et sachant que Dieu lui avait juré, avec serment, qu’il ferait asseoir [quelqu’un suscité] du fruit de ses reins, sur son trône, il a dit de la résurrection du Christ, en la prévoyant, qu’il n’a pas été laissé dans le hadès et que sa chair non plus n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins. Ayant donc été exalté par la droite de Dieu, et ayant reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez. Car David n’est pas monté dans les cieux ; mais lui-même dit : «Le *Seigneur a dit à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds» [Psaume 110:1]. Que toute la maison d’Israël donc sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (2:22-36).

 

 

2.4.1 Chapitre 2:22-23 — Christ démontré être le Messie. La croix

L’apôtre s’adresse à eux selon leur titre national, en tant que théocratie choisie de Dieu ; et tout en ne cachant nullement le nom d’humiliation de son Maître, il revendique pour Lui le caractère de Messie démontré de façon irrécusable. C’est Dieu, affirme-t-il, qui Le leur avait ainsi proclamé (*) par des miracles, des prodiges et des signes ; c’est Dieu qui avait ainsi opéré par Lui parmi eux. Ils ne pouvaient pas nier la manifestation effective de la puissance divine en toutes sortes de bontés et de miséricordes, ni que c’était de cette manière qu’Israël avait attendu l’Oint de Dieu selon les oracles vivants. Les yeux de l’aveugle étaient ouverts, les oreilles du sourd débouchées, le boiteux sautait comme un cerf, et la langue du muet chantait. Tout ceci était-il arrivé sans la personne à laquelle l’Écriture rattache tout cela ? Si ce n’était pas encore accompagné de vengeance, n’était-ce pas certainement d’une grâce manifestement divine ? Certes le sol desséché n’est pas devenu un étang, et il ne jaillit pas d’eau sur les terres assoiffées (És. 35:7) ; le chemin de sainteté n’est visible que pour la foi ; les impurs abondent, « hardis » comme des lions, et les bêtes qui déchirent suscitent toujours la terreur, — parce que le peuple est apostat par rapport à son Roi depuis qu’Il est venu, comme ils avaient autrefois abandonné l’Éternel au profit de toutes les vaines idoles des nations (cf. Ps. 35). Mais Dieu n’avait pas manqué de rendre témoignage à tout ce qui pouvait recommander Son serviteur qu’Il soutenait, Son élu en qui Son âme trouvait Son plaisir (És. 42:1) ; et le peuple l’a su, quoique tentés par Satan de l’imputer à l’ennemi afin de faire échapper leur conscience à la soumission à la vérité. L’imputer à l’ennemi ! quand toutes les paroles et toutes les œuvres de Christ visaient directement la destruction des ruses et de la puissance de méchanceté de Satan ! Mais l’esprit de l’homme quand il est induit en erreur… que n’imaginera-t-il pas et que ne dira-t-il pas pour éviter la grâce qui a pitié de lui et voudrait le sauver, s’il s’inclinait devant Dieu et son Christ ?

 

(*) Note du traducteur : le terme proclamé est celui utilisé par WK dans sa traduction de 2:22, là où JND traduit approuvé de Dieu. Le commentaire de WK suit sa version de la Bible.

 

La croix a-t-elle été une pierre d’achoppement pour quelque Israélite en annulant ce à quoi il avait droit ? Sur la croix pourtant, l’homme — le Juif — étant ce qu’il est, Dieu a tout disposé merveilleusement à Sa propre gloire. D’un côté, l’incrédulité, la rébellion et le blasphème ont pu agir sans frein, au moment convenable ; et Jésus a été rejeté ignominieusement par Son propre peuple, et les Gentils ont été poussés par lui à le crucifier ; tout cela pour que, d’un autre côté, Il puisse devenir une propitiation pour les péchés de ceux qui croient, les Siens, et même pour le monde entier (1 Jean 2:2). Le premier côté, c’est l’iniquité inexcusable de l’homme ; le second, c’est la grâce souveraine de Dieu. D’un côté ils étaient les instruments de leur propre méchanceté, de l’autre côté Dieu a donné Celui qui a été manifesté pour ôter le péché par le sacrifice de Lui-même. Ainsi à cette même croix se sont rencontrés la volonté des créatures, celles de l’homme et de Satan, en hostilité mortelle contre Dieu, et l’amour divin tournant le péché, autrement sans espoir, en l’effusion de ce précieux sang qui lave de tout péché, — ce qui était impossible sans la glorieuse personne qui est Dieu autant qu’homme, impossible si ce n’est par Ses souffrances expiatoires une fois pour toutes pour nos péchés, le Juste pour les injustes (1 Pierre 3:18). « Livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, — lui, vous l’avez cloué à [une croix] et vous l’avez fait périr par la main d’hommes iniques » (2:23).

 

Aussi terrible que soit la croix comme preuve de la culpabilité aveugle de l’homme et de la puissance de Satan, et maintenant qu’on la voit non seulement comme nécessaire pour accomplir l’Écriture, mais comme la porte indispensable et seule possible pour la délivrance du pécheur par la grâce de Dieu, la croix, dis-je, est reconnue comme une partie essentielle et moralement la plus profonde des voies de Dieu, comme elle est aussi la gloire morale la plus élevée du seigneur Jésus. Comme Il l’a dit Lui-même la veille de la croix : « Maintenant le fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même ; et aussitôt il le glorifiera » (Jean 13:31-32).

 

 

2.4.2 Chapitre 2:24-28 — La citation du Ps. 16

Mais la résurrection ! — que dit Dieu par son moyen ? C’est en vain qu’on a menti en prétendant que les disciples étaient venus de nuit et avaient volé le corps de Jésus, tandis que les soldats dormaient. Pierre ne mentionne même pas ce subterfuge si indigne, mais il affirme simplement la grande vérité sur laquelle repose l’évangile : « lequel Dieu a ressuscité, ayant délié les douleurs de la mort, puisqu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle. Car David dit de lui : Je contemplais toujours le Seigneur devant moi… ». La parole de Dieu prononcée par David annonçait la résurrection du Messie, et Dieu L’a ouvertement montré ressuscité à des témoins choisis de Lui à l’avance (10:41). Mais il n’était pas possible en effet qu’il fût retenu dans la mort à laquelle Lui, le Saint, s’était soumis pour le péché et à la gloire de Dieu. Il n’était pas non plus possible que soit annulée l’écriture qui dit : « tu ne laisseras pas mon âme en hadès, et tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption ». Même selon l’ancienne interprétation juive, ces paroles du Psaume 16 ne peuvent s’appliquer qu’au Messie (Schöttgen, 564-8). Pierre ici, et Paul en 13:33-37, déclarent que cette Écriture a été accomplie en ce que Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts, et non pas en David, et encore moins en quelqu’un d’autre. Ainsi il Lui a été montré le chemin de la vie à travers la mort, avec un rassasiement de joie dans la présence de Dieu Son Père (2:28 ; Ps. 16:11).

 

 

2.4.3 Chapitre 2:29-36 — La citation du Ps. 132

Dans son raisonnement, l’apôtre cite le Psaume 132, le grand Psaume du royaume établi pour toujours dans le fils de David. « Hommes frères, qu’il me soit permis de vous dire avec liberté, touchant le patriarche David, et qu’il est mort, et qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est au milieu de nous jusqu’à ce jour. Étant donc prophète, et sachant que Dieu lui avait juré, avec serment, qu’il ferait asseoir [quelqu’un suscité] du fruit de ses reins, sur son trône, il a dit de la résurrection du Christ, en la prévoyant, qu’il n’a pas été laissé dans le hadès et que sa chair non plus n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins ». Ceci, et ceci seulement, explique le caractère particulièrement glorieux du royaume même dans ses relations terrestres. Le Roi est déjà maintenant ressuscité d’entre les morts. Ceci marque la perpétuité comme rien d’autre ne pouvait le faire : pourtant c’est le royaume d’un homme. Seulement c’est l’homme ressuscité d’entre les morts, car en toutes choses Il doit avoir la première place (Col. 1:18).

 

 

2.4.4 Chapitre 2:33-36 — La citation du Ps. 110

Or en fait, la résurrection était directement comme une borne d’étape, non pas vers le royaume qui est encore suspendu dans l’attente de Son apparition en gloire, mais vers Son ascension et Son entrée dans la présence de Dieu ; il y a des raisons pour cela qui touchent de près à la fois la gloire de Dieu maintenant, et ceux qui jouissent maintenant de Sa faveur, selon ce que nous lisons : « Ayant donc été exalté par la droite de Dieu, et ayant reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez. Car David n’est pas monté dans les cieux ; mais lui-même dit : ‘Le Seigneur a dit à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds’ [Psaume 110:1]. Que toute la maison d’Israël donc sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (2:33-36).

 

Du si riche trésor des paroles de Dieu, il est encore tiré une phrase pour démontrer la portée de la vie de Christ, y compris Sa résurrection et Son ascension ; on y trouve non seulement des faits de la plus haute importance, les fondements de la vérité nécessaire pour chaque jour et pour l’éternité, mais aussi des parties du plan infini de Dieu pour manifester Sa propre gloire et pour donner effet à Sa bonté envers nous. Si le Psaume 132 assure au fils de David ressuscité la position de Roi pour toujours sur son trône en Sion, avec les privilèges abondants et appropriés à Son royaume sur la terre et en Israël, la citation du Psaume 110 rend témoignage à Son exaltation actuelle dans le ciel. La preuve la plus déterminante en était donnée dans la promesse du Père accomplie maintenant, le don du Saint Esprit, avec une preuve incontestable de Son effusion sous leurs yeux et à leurs oreilles. Christ avait reçu ce don pour la seconde fois. La première fois Il avait été scellé comme homme sur la terre, Lui le saint et agréable délice de Dieu ; ensuite comme homme dans le ciel, Il a reçu une seconde fois le même Esprit comme Celui qui, ayant achevé l’œuvre de la rédemption, s’en est allé en haut, comme garantie et témoin glorieux de l’acceptation de tous ceux qui, croyant en Son nom, sont justifiés et délivrés, pour pouvoir être unis en un, comme corps de la Tête exaltée. C’est sur ceci que repose la continuation à perpétuité de ce don, la présence du Saint Esprit, si essentielle à l’Église de Dieu. L’Esprit Saint répandu est non seulement le fruit de Son œuvre acceptée, dans tout ce qu’elle a d’amour invariable et éternel, mais Il est donc de nouveau donné à Christ, quoique pour nous. Si Christ a reçu du Père l’Esprit promis et a répandu ce qui a été vu et entendu à la Pentecôte, comment l’Esprit Saint pourrait-il faire autre chose que de demeurer en Son honneur et en l’honneur de Son œuvre ? Rien d’étonnant donc qu’Il demeure en nous et avec nous éternellement, quelles que soient les provocations humiliantes et déplorables qui viennent de nous, et quelles que soient les peines profondes que le Saint Esprit éprouve à l’égard des torts faits au nom de Christ. Il est venu rendre témoignage à ce que Dieu a exalté Jésus, fait Seigneur et Christ, que les hommes, et même les Juifs, ont crucifié.

 

L’effet de cet appel solennel à la conscience, fondé sur des témoignages de l’Écriture indéniables et directs, fut à la fois immédiat et durable. La vérité de Dieu sondait Son peuple sans ménagement : Sa grâce les rencontrait dans Sa bonté souveraine, et les établissait en Christ qu’ils avaient rejeté si aveuglément et si méchamment.

 

 

2.5 Chapitre 2:37-47

« Et ayant ouï [ces choses], ils eurent le cœur saisi de componction, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Que ferons-nous, frères ? Et Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit : car à vous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à lui. Et par plusieurs autres paroles, il conjurait et exhortait, disant : Sauvez-vous de cette génération perverse. Ceux donc qui reçurent sa parole, furent baptisés ; et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes. Et ils persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières. Et toute âme avait de la crainte ; et beaucoup de prodiges et de miracles se faisaient par les apôtres. Et tous les croyants étaient en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes ; et ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon que quelqu’un pouvait en avoir besoin. Et tous les jours ils persévéraient d’un commun accord dans le temple ; et, rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu, et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (2:37-47).

 

 

2.5.1 Chapitre 2:37 — Travail de conscience

C’était un réel travail de Dieu dans la conscience. Ils n’étaient pas seulement persuadés, mais leurs cœurs étaient atteints, et saisis de componction. Il y avait de la soumission à la personne de Celui qu’ils venaient de crucifier, et cela venait par la foi en la parole de Dieu. Ce n’était pas un simple remords, encore moins un simple changement de pensées, mais un vrai jugement de soi devant Dieu (dont ils prenaient le parti contre eux-mêmes et contre leur mauvaise incrédulité du passé), et ils se rejetaient précisément sur Celui qu’ils avaient méprisé si implacablement, pour leur propre ruine. Maintenant ils se repentaient, et ils furent tous baptisés au nom de Jésus en rémission de péchés. C’est par Son nom que le croyant reçoit la rémission de péchés ; il n’y a de salut en aucun autre. Il est exalté pour donner la repentance et la rémission des péchés. Comme ils s’étaient repentis, ils furent donc baptisés en Son nom, selon la mission confiée à Ses serviteurs. Ils prirent la position de morts avec Lui : je ne dis pas qu’ils en comprenaient alors le sens, comme ils l’ont sans doute fait ultérieurement plus ou moins. Le Seigneur avait commandé à Ses serviteurs de baptiser, et les nouveaux convertis s’y soumettaient simplement et sans discuter. C’était Sa manière d’agir, et il n’y en a pas d’autre aussi bonne, bien que beaucoup de Ses serviteurs se soient écartés de Ses ordres, et que beaucoup de convertis paraissent se croire plus sages que leur Maître, en ceci comme en d’autres choses. C’était une rupture nette et définitive d’avec les péchés et le péché, d’avec l’homme et l’homme religieux, et d’avec le Judaïsme. À ce moment solennel de la nouvelle naissance, il faut admettre qu’aucun de ceux qui firent cette confession ne saisissait grand-chose avec intelligence ; mais ils ressentaient devant Dieu leur néant et la toute suffisance du nom de Celui qui était mort sur la croix. Ils étaient alors accueillis à ce précieux privilège du baptême qui leur était conféré, car ils n’auraient jamais pu être reconnus comme disciples, s’ils avaient refusé le baptême en Son nom. C’était la marque qu’on Le confessait, le signe du salut ; et malheur à celui qui repousse avec mépris l’autorité et la grâce de Celui qui l’a institué !

 

 

2.5.2 Chapitre 2:38 — Baptême du Saint Esprit. Le don du Saint Esprit

Mais il s’en suit une autre question d’une importance nouvelle et immense. Ces Juifs repentants qui se soumettaient au baptême au nom de Jésus Christ en rémission de péchés étaient assurés de recevoir ensuite le don de l’Esprit : « Vous recevrez le don du Saint Esprit » (2:38). Ils étaient déjà nés de Dieu, sans quoi il ne pouvait y avoir ni repentance ni foi. Il leur fallait être baptisés d’eau au nom de Jésus en rémission de péchés — sans quoi le Juif croyant ne recevrait pas le Saint Esprit envoyé du ciel ; car c’est ce dont il est question ici, « le don » du Saint Esprit (? d??ea), non pas simplement les dons (ta ?a??sµata) ou pouvoirs qui accompagnaient et attestaient Sa divine présence maintenant sur la terre. Il est d’autant plus nécessaire d’insister sur le caractère spécifique de la vérité, en raison de la confusion répandue dans la chrétienté quant à tout ceci. Le don de l’Esprit dont il est ici parlé, privilège particulier du chrétien et de l’Église, et privilège qui demeure, est différent à la fois de la nouvelle naissance par l’Esprit et des dons dont les Actes des Apôtres et les Épîtres nous entretiennent passablement. Mais il faut noter la différence de circonstances dans la manière du don. Car tandis que le Juif favorisé d’Actes 2 devait être baptisé avant de recevoir ce don merveilleux, le Gentil jusqu’ici méprisé allait recevoir le Saint Esprit avant d’être baptisé au nom du Seigneur : à mon avis, c’est une différence digne de Dieu, et instructive quant à Ses voies envers Ses enfants.

 

 

2.5.3 Chapitre 2:39 — Une promesse pour tous

Ce don inestimable n’était pas passé sous silence dans l’Ancien Testament, ni les bénédictions nouvelles de la rédemption en général, ni celle de l’Esprit en particulier. Et Pierre pouvait dire ici que la promesse était pour eux et pour leurs enfants, oui, pour tous ceux qui étaient loin, autant que le Seigneur leur Dieu devait en appeler à Lui (2:39). Maintenant que le moment était venu de manifester non plus la loi et le gouvernement, mais la grâce, Dieu voulait appeler à Lui les plus éloignés, et bénir pleinement ceux qui en avait besoin. Il n’est pas question maintenant d’un simple signe extérieur, mais de la puissance de Dieu en grâce selon Sa promesse.

 

 

2.5.4 Chapitre 2:40 — Sauvez-vous de cette génération perverse

Ce n’était pas tout ce sur quoi l’apôtre a insisté en ce jour mémorable, mais parmi tout ce qu’il a pu ajouter d’autre, il a suffi au Saint Esprit de rappeler l’exhortation suivante : « Sauvez-vous de cette génération perverse » (2:40). Car Dieu allait maintenant non seulement pardonner et délivrer, mais aussi séparer ; en tout cas, le salut va plus loin que la culpabilité et le péché. Il voulait séparer de cette génération perverse qui se hâtait vers une ruine rapide, et qui rejetait l’évangile comme elle avait rejeté le Messie Lui-même. Ce peuple étant démontré maintenant entièrement tortu et rebelle, Il voulait que les Siens en soient sauvés, à Sa gloire et d’une manière nouvelle. Le reste de ce livre des Actes nous montre comment ; tout cela est pour nous du plus profond intérêt et de haute valeur pratique. Car nous aussi, bien que d’entre les Gentils par nature, nous appartenons à cette nouvelle famille de Dieu et à ce nouveau témoignage de Christ.

 

 

2.5.5 Chapitre 2:41 — Un travail en profondeur

« Ceux donc qui reçurent sa parole, furent baptisés ; et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes » (2:41). « Joyeusement » [« ceux qui reçurent joyeusement sa parole »] selon le Texte Reçu est rejeté par les critiques avec des preuves abondantes, comme ne se trouvant pas dans les textes les plus anciens et les meilleurs. Ce terme semble être avoir été tiré d’Actes 21:17 ou influencé par ce passage, peut-être inconsciemment ; il s’y trouve là (en 21:17) parfaitement à sa place, mais non pas ici. Car, aussi précieux et consolant que puisse être l’évangile, un profond sérieux caractérisait ces âmes qui venaient juste de se repentir, d’autant plus que c’était pour des raisons susceptibles de les sonder jusqu’au plus profond d’eux-mêmes. Une réception « joyeuse » serait mieux en harmonie avec un mouvement de réveil, et les résultats en sont généralement superficiels. L’œuvre à la Pentecôte était profonde et étendue : trois mille âmes ce jour-là, ce n’était pas une petite prise, mais c’était tout à fait convenable pour montrer qu’une personne Divine était venue à la fois en grâce et en puissance, pour sauver et rassembler. Telle est la volonté du Seigneur que nous nous souvenions toujours de Sa présence, et que nous en tenions compte du commencement à la fin. Le Saint Esprit opère par l’évangile et forme l’Église ici-bas pour le ciel.

 

 

2.5.6 Chapitre 2:42 — Persévérant dans la doctrine, la communion des apôtres, la fraction du pain et les prières

De plus, l’Esprit continue à demeurer, ce qui ôte toute excuse à ne pas marcher avec Dieu selon Sa parole et Sa volonté. C’est ainsi qu’il est noté ici qu’ils « persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, la fraction du pain et les prières » (2:42). Tel était le chemin où s’engageaient ces âmes qui venaient de naître à Dieu et d’être bénies par Lui en Christ. La doctrine des apôtres fournissait l’instruction nécessaire, y étant parfaitement adaptée, non seulement en ce que l’Esprit leur faisait ressouvenir de toutes les paroles du Seigneur Jésus, mais en ce que l’Esprit Lui-même leur communiquait, selon la promesse du Sauveur, tout ce qu’ils ne pouvaient pas alors supporter (Jean 14:26 ; 16:12-13). Il n’y avait jamais eu un tel enseignement pour ces âmes dont l’introduction très récente dans les relations divines les rendait affamées et assoiffées de tout ce qui pouvait satisfaire leurs nouveaux besoins spirituels et leurs nouvelles affections. Ils n’ont pas eu cet enseignement seulement sous forme orale, mais bientôt aussi sous forme écrite par l’inspiration, afin que nous aussi puissions avoir « communion » avec eux (1 Jean 1:1-4), incluant désormais non seulement les « douze », mais aussi le grand apôtre des Gentils dont l’appel n’avait pas encore eu lieu. Car la « doctrine », même de grande valeur n’est pas suffisante sans « la communion » ; peu nombreux sont ceux qui réalisent tout ce qu’ils doivent à la présence de commentaires vivants sur la vérité, que leur fournissent en pratique des échange en commun (*). « La fraction du pain » avait alors une place très riche par son influence, à la fois en maintenant continuellement, devant les saints, le Seigneur dans Sa grâce et Ses souffrances inexprimables, et en faisant s’exprimer les plus profonds sentiments du cœur, à un moment où l’exercice et le déploiement de la puissance pouvaient devenir un danger, comme on le voit à Corinthe, où le vrai caractère de la Cène était perdu, et où l’assemblée était devenue une scène pour faire de l’étalage (1 Cor. 11:20-34). Quant à aux « prières », je ne pense pas que cette expression signifie que les prières unies des saints, ou en commun, étaient laissées hors de cette liste importante, car personne ne peut négliger « les prières » sans perte irréparable ; et elles étaient d’autant plus importantes que les saints s’éveillaient à la joie de leur bénédictions nouvelles et éternelles. Car la puissance et les privilèges sont les choses les plus fatales entre toutes si les saints perdent le sentiment du besoin d’une dépendance constante et nécessaire de Dieu.

 

(*) Le chanoine W. G. Humphry voudrait, avec d’autres, appliquer ???????a ici « à la communication des biens mondains », mais ceci ne concorde pas avec le contexte direct, et on le trouve plus loin sous une autre forme. De plus ???????a exige d’être modifié comme en Rom. 15:26, 2 Cor. 8:4 et Héb. 13:16, pour signifier autre chose que « communion », comme ici.

 

 

2.5.7 Chapitre 2:43 — Crainte de Dieu, prodiges et miracles

D’un côté, il y avait un effet moral grand et immédiat (2:43) : « toute âme avait de la crainte », d’autant plus (non pas d’autant moins) que c’était l’effet de la présence de Dieu en grâce, et non pas dans des jugements qui alarment temporairement, mais génèrent rapidement une réaction fatale. « Et beaucoup de prodiges et de miracles [signes] se faisaient par les apôtres ». Les manifestations de puissance étaient non seulement merveilleuses, mais significatives pour révéler Celui qui opérait par le moyen de Ses serviteurs dans Son propre caractère et dans Ses propres voies, hélas, parmi un peuple manifestement traité comme incrédule et apostat : Sa parole aurait autrement suffi et les auraient transportés.

 

 

2.5.8 Chapitre 2:44-47 — Tout en commun

D’un autre côté, quel beau tableau les fidèles ont présenté pendant cette courte période ! « Et tous les croyants étaient en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes ; et ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon que quelqu’un pouvait en avoir besoin. Et tous les jours ils persévéraient d’un commun accord dans le temple ; et, rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu, et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (2:44-47). Jamais auparavant on n’avait vu chose pareille parmi les hommes sur la terre, jamais un tel amour s’élevant au-dessus de l’égoïsme de la nature, non pas simplement dans ce pays et cette race, mais où que ce soit ; et tout cela par la puissance de la grâce divine au nom du Crucifié vu maintenant par la foi dans le ciel. C’était le doux fruit de l’Esprit, aussi loin que possible d’une exigence ou d’un commandement, — même si la voix de l’autorité divine est parfaitement juste à sa place. Mais ici l’amour divin s’épanchait, puissant et spontané, embrassant tous ceux qui étaient nés de Dieu, sans réserve ni restriction dans des cœurs qui répondaient dans leur mesure au Sien qui, avec Son Fils, nous donne toutes choses (Rom. 8:32).

 

C’était, sans doute, une période particulière à caractère transitoire, convenant parfaitement à un état de choses où tous les fidèles étaient dans une seule et même ville, ce qu’en fait on ne retrouve jamais ailleurs, une fois que la grâce a appelé et rassemblé, spécialement parmi les Gentils. L’amour n’a sûrement jamais manqué là, dans la puissance de Dieu, mais il n’a pourtant jamais pris cette forme, mais il en a pris une mieux adaptée au seul corps, où qu’on le trouve sur terre. Ainsi, aussi, nous pouvons les voir persévérer dans le temple, avec constance jusqu’ici, peut-être plus que jamais, tandis qu’ils célébraient la Cène du Seigneur « à la maison » (non pas « de maison en maison ») : joie profonde et solennelle dans le souvenir du Sauveur, mais attachement jusqu’ici sans faiblir au temple et à ses heures de prière. Même les repas ordinaires étaient illuminés du bonheur de Sa présence : combien plus quand toute Son abnégation était devant leurs yeux ! Ils louaient ainsi Dieu, et tout le peuple les regardait avec la faveur avec laquelle ils avaient regardé Christ lui-même aux jours de Son enfance (Luc 2:52).

 

Dans le dernier verset « à l’assemblée » semble être une glose (annotation). « Ensemble » d’Actes 3:1 devrait figurer ici : « Et le Seigneur ajoutait ensemble jour après jour ceux qui devaient être sauvés » (*). C’était l’Église, mais seulement décrite, non pas encore désignée comme telle avant Actes 5:11, où les saints appelés et sortis ensemble sont nommés « l’assemblée » ou église.

 

(*) Il me semble que s?p??te, au v. 40, réfute l’erreur si répandue que « t??? s???µe???? » signifie « ceux en train d’être sauvés » quoique ceci soit grammaticalement possible et facile. Mais voyez Luc 13:23. Ainsi Héb. 10:10 prouve que « t??? a??a??µe???? » au v. 14 ne peut se rapporter au processus actuel. Ce n’est pas une question de temps, mais de caractère.

 

Ainsi Dieu rassemblait au nom du seigneur Jésus ; Son Église commençait à être bâtie. Mais Il n’oubliait pas pour autant Son ancien peuple. En parole et en actes, Il faisait appel à leurs consciences, si peut-être ils pouvaient se repentir, pour qu’alors Il introduise les temps de bénédictions prédits.

 

 

3 Chapitre 3

3.1 Chapitre 3:1-10 — Le miracle au temple

« Et Pierre et Jean montaient ensemble au temple, à l’heure de la prière, qui est la neuvième, et on portait un homme qui était boiteux dès le ventre de sa mère, lequel on mettait tous les jours à la porte du temple, appelée la Belle, pour demander aumône à ceux qui entraient dans le temple : cet homme, voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, leur demanda l’aumône. Et Pierre, ayant, avec Jean, arrêté ses yeux sur lui, dit : Regarde-nous. Et il les regardait attentivement, s’attendant à recevoir quelque chose d’eux. Mais Pierre dit : Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. Et l’ayant pris par la main droite, il le leva ; et à l’instant les plantes et les chevilles de ses pieds devinrent fermes ; et faisant un saut, il se tint debout et marcha ; et il entra avec eux au temple, marchant, et sautant, et louant Dieu. Et tout le peuple le vit marchant et louant Dieu ; et ils le reconnurent comme celui qui était assis, pour demander l’aumône, à la Belle porte du temple, et ils furent remplis d’étonnement et d’admiration de ce qui lui était arrivé » (3:1-10).

 

Les circonstances racontées ici concordent singulièrement avec la forme spéciale que revêt la vérité. Dieu montrait Sa grâce si patiente envers Israël, bien qu’Il ait déjà commencé un témoignage et une œuvre entièrement distincts avec l’évangile et l’Église. On voit ainsi Pierre et Jean, qui ne se tenaient certainement pas en arrière quant à cette nouvelle position et ce nouveau témoignage, montant au temple à l’heure de la prière, la neuvième. En ce temps-là, ils paraissaient être en tout cas les meilleurs juifs puisqu’ils étaient si bénis comme chrétiens. Ni leur dignité apostolique, ni la puissance dont ils venaient d’être revêtus, rien ne les en détachaient. Là, à la Belle porte, au moment d’entrer dans le temple, un homme boiteux de naissance (qu’on avait l’habitude de voir couché là) leur demanda l’aumône, et obtint une bénédiction meilleure. Car Pierre, le regardant avec Jean, arrêta l’attention de celui qui comptait recevoir une petite faveur. Mais s’il fut découragé en entendant « je n’ai ni argent ni or », il entendit quelque chose de plus : « mais ce que j’ai, je te le donne : Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche ». L’apôtre alors, saisissant promptement sa main droite, le releva, et ses pieds et ses chevilles devinrent immédiatement fermes, de sorte qu’en sautant, il se leva, marcha, et entra avec eux dans le temple, louant Dieu. Cela n’était pas passé inaperçu, en cachette. Tout le peuple vit, entendit et reconnut cet homme comme étant le même que celui assis d’habitude pour mendier. Ils furent remplis d’étonnement et d’admiration de ce qui lui était arrivé.

 

C’était en effet un signe admirablement calculé pour éveiller les Juifs, pour rendre témoignage à la grâce de Dieu à l’égard de leur entière faiblesse, et pour manifester la puissance du Messie ressuscité et glorifié, d’autant plus que ce n’était pas l’effet de Sa présence, mais Sa réponse d’en haut à la puissance de Son nom invoqué par Son serviteur sur la terre. Si telle était la vertu instantanée du nom de Jésus pour l’homme boiteux, quelles ne seraient pas les suites de la foi en ce nom, si Israël croyait ?

 

 

3.2 Chapitre 3:11-13 — Pierre accuse les Juifs de renier leur Messie

« Et comme il tenait [par la main] Pierre et Jean, tout le peuple étonné accourut vers eux au portique appelé de Salomon. Et Pierre, voyant cela, répondit au peuple : Hommes israélites, pourquoi vous étonnez-vous de ceci ? Ou pourquoi avez-vous les yeux fixés sur nous, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre propre puissance ou par notre piété ? Le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous, vous avez livré, et que vous avez renié devant Pilate, lorsqu’il avait décidé de le relâcher » (3:11-13). Ceci n’était pas un son incertain, mais tout est en harmonie. C’est le Dieu de nos pères qui a glorifié le Messie, Son serviteur Jésus. La version autorisée du roi Jacques traduit « son fils Jésus » au lieu de « son serviteur Jésus » ; or « fils » n’est pas la pensée du passage, mais bien plutôt celle de « serviteur » de l’Éternel comme en Ésaïe 42, 49, 50, 52, 53, Celui que les Juifs ont renié devant le juge romain quand il était disposé, et même déterminé à Le laisser aller.

 

Mais qui est celui-ci en train d’accuser si hardiment les Juifs d’avoir renié leur propre Messie ? C’est le même homme qui, quelques semaines auparavant, L’avait renié en jurant. Mais Pierre fut immédiatement brisé dans une douleur qui opéra une repentance selon Dieu (2 Cor. 7:10), car il jugea non seulement le fruit mûr, mais la racine de son péché. Maintenant restauré, les pieds lavés, il est purifié si entièrement de la souillure qu’il peut, sans rougir ni trembler, taxer les hommes Israélites du péché même dont il venait d’être libéré si récemment. Car la rédemption par le sang de Jésus était intervenue, et le croyant en jouit d’autant plus qu’il se juge devant Dieu.

 

 

3.3 Chapitre 3:14-16 — Dieu ressuscite Celui qu’ils ont mis à mort

« Mais vous, vous avez renié le saint et le juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier ; et vous avez mis à mort l’auteur [litt. Chef ; JND : prince] de la vie, lequel Dieu a ressuscité d’entre les morts ; ce dont nous, nous sommes témoins. Et, par la foi en son nom, son nom a raffermi cet homme que vous voyez et que vous connaissez ; et la foi qui est par lui a donné à celui-ci cette entière disposition de tous ses membres, en la présence de vous tous » (3:14-16). Personne ne peut prêcher, ni adorer, comme une âme purifiée, qui n’a plus conscience de péchés. Quelle position désespérée était la leur ! Ils avaient renié le Saint et le Juste (Ésaïe 53:11) ; ils avaient demandé la faveur qu’on leur accorde un meurtrier : Dieu était manifestement contre eux en ressuscitant d’entre les morts l’Auteur de la vie qu’ils avaient mis à mort ; et les apôtres en étaient témoins ; Son nom, par la foi en ce nom, avait raffermi l’homme boiteux qu’ils regardaient et connaissaient. Qu’étaient-ils et où en étaient-ils, à rester incrédules et à contredire Celui qui répondait à la foi par Lui et en Lui, en donnant à un tel estropié l’entière disposition de ses membres en présence de tous ?

 

 

3.4 Chapitre 3:17-18 — Une iniquité aveugle et un propos de Dieu

L’apôtre explique alors comment ils en étaient venus à un acte si terrible. « Et maintenant, frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi ; mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait prédit par la bouche de tous les prophètes, [savoir] que son Christ devait souffrir » (3:17-18). Ceci pouvait, en un sens, aggraver la condition dégradée de l’ancien peuple de Dieu ; car comment en étaient-ils venus, eux et leurs chefs, à être si ignorants ? Ils ne connaissaient ni l’Écriture ni la puissance de Dieu (Marc 12:24). Ils n’appréciaient ni la grâce ni la vérité. Ils voyaient des œuvres, ils entendaient des paroles comme on n’en avait jamais vécu auparavant ; et pourtant ils étaient plus abrutis que les païens, plus lourds que leurs bêtes de somme. Mais Celui qui avait souffert pour eux sur la croix, avait prié Son Père de leur pardonner, car ils ne savaient ce qu’ils faisaient ; et maintenant, le Saint Esprit, leur donnait l’assurance par l’apôtre qu’il en était ainsi, pour faire appel à la compassion divine. Que Son Christ dût souffrir n’était pas une pensée ultérieure de Dieu , car Il l’avait prédit par tous les prophètes, et l’avait ainsi accompli. Le peuple devait ainsi apprendre à connaître leur iniquité aveugle ; et Dieu voulait ainsi manifester Sa grâce, qui donnait Christ comme propitiation pour leurs fautes.

 

 

3.5 Chapitre 3:19-21 — Conditions pour la restauration d’Israël

« Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés, en sorte que viennent des temps de rafraîchissement de devant la face du *Seigneur, et qu’il envoie Jésus Christ, qui vous a été préordonné, lequel il faut que le ciel reçoive, jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps » (3:19-21).

 

Nous avons ici la condition nécessaire pour que les Juifs soient bénis. Il est vain de rechercher pour eux, en tant que peuple, des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur, avant qu’ils se soient repentis, et qu’ils se convertissent pour que leurs péchés soient effacés. Le Seigneur l’a indiqué quand Il s’est incliné devant leur rejet, et qu’Il a déclaré que leur maison était laissée déserte : « Dorénavant vous ne me verrez plus jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, — de l’Éternel » (Matt. 23:38-39). Quand leur cœur se tournera vers le Seigneur, le voile sera ôté (2 Cor. 3:16). Ils seront convertis pour que leurs péchés soient effacés. Ils recevront de cœur leur Messie longtemps méprisé, et l’Éternel L’enverra. Il y aura enfin un résidu converti, attendant Sa venue ; et Il apparaîtra pour leur délivrance et la défaite de leurs ennemis, comme tant de passages en rendent témoignage. Parmi ce résidu pieux, un assez grand nombre sera mis à mort, et qu’ils fassent partie soit des premiers soit des derniers martyrs, ils seront ressuscités à temps pour rejoindre les saints déjà glorifiés, et pour pouvoir régner mille ans avec Christ selon Apocalypse 20:4. Ceux qui échapperont et survivront deviendront le premier noyau richement honoré du royaume terrestres, quand il n’y aura plus au ciel un Christ préordonné pour eux, Jésus, et que des temps de rétablissement de toutes choses se lèveront alors sur la terre.

 

Car Dieu se propose de bénir cette création qui soupire depuis longtemps, et Il a inspiré la bouche de Ses saints prophètes pour en parler depuis que le temps a commencé. Ceux donc qui nient l’immensité et l’universalité de la bénédiction en réserve pour Israël, les nations, la terre, et même la création inférieure, se trompent grandement. Ils ne savent pas comment Dieu a l’intention de combler les hommes ici-bas de Sa bonté pleine d’amour et de Sa tendre miséricorde, quand Il ouvrira Sa main pour satisfaire le désir de tout être vivant. Certes le jugement doit tomber au préalable ; et l’Éternel punira l’armée d’en haut en haut, et les rois de la terre sur la terre (És. 24:21). Alors la lune rougira, et le soleil aura honte, quand l’Éternel des armées régnera en la montagne de Sion et à Jérusalem, et devant Ses anciens, en gloire (És. 24:23). Car le grand trait distinctif, en plus de l’exclusion de Satan et de sa puissance, doit être la présence et le règne puissants et bienfaisants de l’Éternel-Jésus, qui jugera avec justice les misérables, et reprendra avec droiture les débonnaires de la terre, après avoir frappé la terre avec la verge de sa bouche, et avoir fait mourir le méchant par le souffle de ses lèvres. « Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité, la ceinture de ses flancs. Et le loup habitera avec l’agneau, et le léopard couchera avec le chevreau ; et le veau et le jeune lion, et la bête grasse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache paîtra avec l’ourse, leurs petits coucheront l’un près de l’autre, et le lion mangera de la paille comme le bœuf. Le nourrisson s’ébattra sur le trou de l’aspic, et l’enfant sevré étendra sa main sur l’antre de la vipère. On ne fera pas de tort, et on ne détruira pas, dans toute ma sainte montagne ; car la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent [le fond de] la mer. Et, en ce jour-là, il y aura une racine d’Isaï, se tenant là comme une bannière des peuples : les nations la rechercheront, et son repos sera gloire » (Ésaïe 11:4-10).

 

Quel carence dans les pensées et les désirs chez les saints qui n’attendent aucun de ces changements grands et glorieux en l’honneur de Jésus ! Quelle déficience dans la vision des choses quand on ne connaît pas les grands propos de Dieu pour inverser la ruine et la misère du monde qui sont là depuis que le péché les a amenées ! On notera qu’il n’est rien dit ici du cercle encore plus magnifique de bénédiction révélé en Éph. 1:10, quand Dieu réunira sous l’autorité de Christ comme Chef toutes les choses qui sont dans le ciel et toutes les choses qui sont sur la terre. Dans notre passage, nous n’avons que les choses terrestres en rapport avec le Messie et Israël, non pas tout l’univers assujetti à Christ et aux saints célestes.

 

 

3.6 Chapitre 3:22-26 — Le prophète annoncé par Moïse

En attendant, les Juifs ont refusé de se repentir, et le royaume, au lieu d’être introduit, a été différé jusqu’à ce qu’ils se convertissent, et que leurs péchés soient effacés, dans un jour futur, en sorte que les temps de rafraîchissement puissent venir de devant la face de l’Éternel, et que le Messie soit envoyé du ciel, selon la parole prophétique.

 

« Moïse déjà a dit : ‘Le *Seigneur, votre Dieu, vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il pourra vous dire ; et il arrivera que toute âme qui n’écoutera pas ce prophète sera exterminée d’entre le peuple’ [Deutéronome 18:15-19]. Et même tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi, tous ceux qui ont parlé, ont aussi annoncé ces jours. Vous, vous êtes les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a établie avec nos pères, disant à Abraham : ‘Et en ta semence seront bénies toutes les familles de la terre’ [Genèse 22:18]. À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun [de vous] de vos méchancetés » (3:22-26).

 

Dans l’intervalle, Dieu transforme la période d’incrédulité juive en appel de l’évangile aux Gentils, et en la formation du corps, l’Église, une avec Christ, où il n’y a ni Juif ni Grec. Pierre les exhorte encore ici à se repentir, et le cas échéant, garantit le retour du Christ pour établir le temps de paix et de bénédiction prévu. Car Jésus était clairement le prophète suscité, comme Moïse, mais incomparablement plus grand que Moïse, selon le témoignage rendu par celui-ci en Deut. 18:15 : personne ne pourrait refuser impunément Ses paroles, sinon à sa propre destruction. « Et même tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi, tous ceux qui ont parlé, ont aussi annoncé ces jours ». Comme les Juifs étaient les fils des prophètes et de l’alliance de Dieu avec leurs pères, selon la bénédiction promise dans la semence d’Abraham, ainsi leur a été envoyé, à eux en premier, Jésus, Son serviteur oint, pour les bénir en les détournant chacun de ses iniquités.

 

Ce n’était pas encore le témoignage céleste de Paul, ni même ce que Pierre a prêché aux convertis et croyants en Christ, comme en Actes 2, mais son appel aux Juifs, responsables d’entendre l’appel final à cette nation.

 

 

4 Chapitre 8

4.1 Ch. 8:1-4

Extérieurement la mort d’Étienne a aussi été l’époque où l’esprit de meurtre, provoqué par son témoignage solennel et sans crainte, a éclaté contre tous ceux qui portaient le nom du Seigneur.

 

« Or en ce temps-là, il y eut une grande persécution contre l’assemblée qui était à Jérusalem ; et tous furent dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie, excepté les apôtres. Et des hommes pieux emportèrent Étienne pour l’ensevelir, et menèrent un grand deuil sur lui. Or Saul ravageait l’assemblée, entrant dans les maisons ; et traînant hommes et femmes, il les livrait [pour être jetés] en prison. Ceux donc qui avaient été dispersés allaient çà et là, évangélisant (*) la parole » (8:1-4).

 

(*) JND traduit « annonçant » ; « évangélisant » est le sens littéral.

 

Aveuglés par leur orgueil religieux et leur jalousie, les Juifs ne faisaient que sceller leur culpabilité irrémédiable. Ceux qui avaient méprisé le Messie dans son humiliation sur la terre se rebellaient maintenant contre Lui glorifié dans le ciel, rejetant en même temps le Saint Esprit qu’Il avait envoyé d’en haut pour rendre un témoignage divin à Sa gloire. L’homme dans son meilleur état n’est pas seulement vanité, mais il est inimitié contre le Dieu d’amour. Comme il est dit ailleurs, ils avaient envoyé à Jésus en haut l’esprit du martyr délogé avec le message : Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous. C’est ainsi que le Seigneur, en son temps, avait représenté la haine des « concitoyens » dans la parabole des mines (Luc 19:11-27) ; Ses paroles se vérifiaient ainsi à la lettre. Cette génération n’a pas passé, et elle ne passera pas, comme Il nous l’apprend, jusqu’à ce qu’arrivent toutes les choses qu’Il a annoncées ; et les malheurs les plus terribles auront lieu à la fin de l’ère terminée par Son apparition en gloire.

 

Mais alors, la rage dans Jérusalem est si intense et si répandue contre l’assemblée, que tous sont dispersés au loin, excepté les apôtres. C’était conforme à la parole du Seigneur que le témoignage de l’évangile de la grâce commence « à Jérusalem », et c’est ce qui eut lieu. Il était nécessaire que la Parole de Dieu fût annoncée premièrement aux Juifs, et c’est ce qui eut lieu. « Le salut de Dieu » devait être transmis aux Gentils, qui l’entendraient aussi, mais il fallait qu’il aille pleinement vers les Juifs d’abord, et c’était maintenant accompli ; les Juifs le rejetaient avec une obstination persécutrice dépassant tout ce qu’on avait vu jusqu’ici sur la terre. Il était réservé à la papauté de surpasser ce temps-là par son opposition sans relâche à la Parole de Dieu, et sa haine sanguinaire de Ses saints. « Ils furent dispersés » dans tous les contrées avoisinantes « excepté les apôtres » : cette persécution est remarquable tant par ce qu’elle a réussi à disperser les objets de sa fureur, que par l’exception qui est mentionnée ; car ceux qui restèrent étaient naturellement les plus exposés de tous.

 

Ceci est d’autant plus frappant au vu de l’instruction de Matt. 10:23 (« quand ils vous persécuteront dans une ville, fuyez dans l’autre ») qui concernait premièrement les douze ; cela paraît si étrange que le Chanoine Humphry devait prendre notre chapitre comme un accomplissement du commandement de notre Seigneur, en estimant que les paroles finales visent plutôt un témoignage futur dans le pays avant la fin de l’ère. Calvin n’est pas plus heureux quand il estime que les apôtres sont restés en arrière comme de bons bergers pour s’occuper de la sécurité du troupeau, car il est évident que les brebis étaient toutes parties. L’idée de l’évêque Pearson (Lect. In Acta App. iv, x, p. 62, Opera Posth, 4to. Londres 1698) est encore moins tolérable ; selon lui la tradition du second siècle mentionnée par Clément d’Alexandrie et par Eusèbe (H.E.) est l’explication de ce fait ; plus précisément notre Seigneur aurait interdit aux apôtres de quitter Jérusalem pendant 12 ans ! Ce chapitre 8 des Actes prouve le contraire. Le Seigneur leur avait commander d’aller et de faire disciples toutes les nations (Matt. 28:19), d’aller dans le monde et de prêcher l’évangile à toute la création (Marc 16:15). La rémission des péchés devait être prêchée en Son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem (Luc 24:47). Ils devaient bien tarder et rester dans la ville, mais c’était expressément jusqu’à ce qu’ils soient revêtus de la puissance d’en haut, sans idée de durée de 12 ans.

 

Pour le moment, devant cette grande persécution, les apôtres restent. La sagesse divine arrange tout parfaitement. Ils restent là ensemble, sans que la tempête qui dispersait tous les autres les fasse bouger ; c’était en vue de desseins importants qui allaient se faire jour. La diffusion de la bonne nouvelle revient alors aux saints dispersés, par la bonne main du Seigneur. Personne auparavant n’aurait pu prévoir un pareil résultat d’un tel débordement. Dieu était rejeté, non seulement dans Son unité comme autrefois, mais aussi dans Son Fils, et maintenant dans Son Esprit. Sa vérité est tenue pour du mensonge, Ses saints comme des brebis pour l’abattoir. Mais si les apôtres restent, les frères dispersés vont dans toutes les directions, annonçant la bonne nouvelle de la Parole. Nous voyons qu’au rejet complet et final de Sa grâce par le peuple, la réponse de Dieu est justement l’action du Saint Esprit dans l’évangile ; ceci est assuré de la meilleure manière et sans laisser place au moindre doute, par les apôtres qui restent, tandis que tous les autres sont dispersés, et la seule impulsion extérieure est le dernier degré de la haine humaine de la part d’Israël rebelle dans la ville même des cérémonies solennelles. L’amour de Christ contraignait (Luc 14:23) : ils croyaient, c’est pourquoi ils parlaient (2 Cor. 4:13).

 

Entre temps « des hommes pieux emportèrent Étienne pour l’ensevelir, et menèrent un grand deuil sur lui » (8:2). L’adjectif utilisé ne contient rien qui oblige à considérer ces hommes comme des disciples. C’était plutôt des Juifs ayant la crainte de Dieu, et dont la conscience était révoltée contre l’aboutissement inique d’une comparution au tribunal qui avait commencé dans les formes de la loi juive, et s’était poursuivi dans la corruption par un témoignage suborné caractéristique alors de la nation élue. Calvin a passé à côté de la question en admettant que c’est pour nous une leçon de comportement du fidèle qui, même au cœur de la persécution, ne se décourage pas et reste zélé à assumer les devoirs selon la piété. Calvin s’est aussi trompé en estimant que Luc fait l’éloge de leur profession de piété et de foi dans le deuil qu’ils ont mené, comme s’ils s’identifiaient eux-mêmes avec la vie et la mort d’Étienne, et qu’ils rendaient témoignage à la grande perte que l’Église de Dieu subissait par son décès. La force de ce récit réside dans ce qu’il y a eu un ensevelissement honorable et de grandes lamentations de la part de Juifs qui ne faisaient pas partie de l’assemblée, au moment où ceux à qui cette charge revenait normalement n’étaient pas là pour rendre ce dernier service d’amour. Il n’est pas nécessaire de traduire, avec Meyer, la particule « et » qui introduit le récit du v. 2 par un « mais » pour souligner une opposition. L’écrivain biblique a été inspiré pour donner ce récit comme un complément de la scène, qui n’est pas sans intérêt et profit pour le croyant qui y voit et apprécie les soins de grâce de Dieu même dans de pareilles circonstances. Un Gamaliel s’est levé au bon moment en faveur d’une sagesse juste, et des hommes pieux ont enterré la martyr avec une grande lamentation au moment le plus inattendu.

 

La vraie opposition se trouve dans ce qui nous est dit ensuite du zèle fanatique et acharné de celui qui devait être le serviteur le plus dévoué du Seigneur, et qui devait aussi faire l’expérience de ce que c’est, dans l’Église, d’être moins aimé pour avoir plus aimé, se dépensant et étant entièrement dépensé pour les âmes des hommes (2 Cor. 12:15). « Or Saul ravageait l’assemblée, entrant dans les maisons ; et traînant hommes et femmes, il les livrait pour être jetés en prison » (8:3). La rage religieuse est, entre toutes, celle qui se relâche le moins ; de nouvelles victimes, au lieu d’en satisfaire l’appétit, ne font que l’exciter, sans égard pour le sexe ni l’âge.

 

Il est bon de remarquer ici que e?a??e???es?a? « annoncer la bonne nouvelle », c’est faire l’œuvre de l’évangile au même titre que ????sse?? « annoncer, ou proclamer » au v. 5. Ni le Dr. Hammond, ni Mr. Brewster dans ses discours (Lectures) sur le livre des Actes ne donnent de raisons valables pour faire une différence, en vue de soutenir ce qu’il appelle « une mission régulière ». D’abord, le premier de ces mots e?a??e???es?a? est utilisé par notre Seigneur Lui-même (Matt. 11:5 ; Luc 4:18, 43 ; 7:22 ; 8:1 ; 20:1) et par les apôtres (Luc 9:6 ; Actes 5:42 ; 8:32 ; 14:7 ; 15:1, 2 ; 2 Cor. 10:16 ; 11:17 ; Gal. 1:8, 11, 16, 23 ; 4:13 ; Éph. 3:8) ; c’est sûrement très largement suffisant pour réfuter le sens ou l’usage vague auquel il voudrait confiner ce mot. Ensuite, le second mot ????sse?? est tellement peu restreint à une classe officielle, qu’il est appliqué au lépreux et au démoniaque guéris proclamant ce que le Seigneur avait fait pour eux (Marc 1:45 ; 5:20), et à ceux qui publiaient la guérison du sourd et muet (Marc 7:36). Le second mot ????sse?? se trouve côte à côte avec le premier mot e?a??e???es?a? en Luc 4:18, 19, 44 ; 8:1 ; 9:2 ; Rom. 10:15 ; 1 Cor. 1:23 ; 9:27 ; 15:11, 12 ; 2 Cor. 11:4. Ensuite, c’est le second mot ????sse?? non pas le premier, qui est utilisé pour ceux de Rome qui prêchaient Christ pendant l’emprisonnement de l’apôtre, certains par envie et par esprit de dispute, pensant susciter de l’affliction pour lui dans ses liens (Phil. 1:15, 16). S’il y avait la moindre parcelle de vérité dans cette prétendue distinction, ce serait justement l’occasion d’utiliser cette expression supposée en rapport avec un simple parler ou une œuvre irrégulière. Mais il n’en est pas ainsi ; l’apôtre décrit la prédication de ceux qui sont sans cœur aussi bien que celle des vrais ouvriers par le terme ????sse?? qui, selon Mr Brewster, serait caractéristique d’un serviteur officiel dûment commissionné.

 

Cette idée est donc entièrement non scripturaire. On ne nie pas bien sûr qu’il y ait une différence entre ces deux mots, car l’un signifie « annoncer de bonnes nouvelles », tandis que l’autre signifie « proclamer » ou « publier » ; mais cela n’a rien à voir avec le désir de restreindre la prédication à ceux qui ont reçu l’ordination pour le faire, — ce qui est une idée purement imaginaire et de toute évidence opposée à l’Écriture. Ceux qui avaient le don n’étaient pas libres de l’exercer, mais ils étaient tenus de le faire comme responsables vis-à-vis de Christ le Seigneur. Les anciens étaient choisis par les apôtres ou les délégués apostoliques, et les diacres l’étaient par la multitude dans d’autres buts, mais ils n’ont jamais prêché en vertu de leur fonction propre. Ils pouvaient être évangélistes comme Philippe. Autrement, ils n’avaient pas plus d’autorisation que le reste des saints, ou que les dispersés de notre chapitre. Les règles et l’ordre sont important dans les choses terrestres, mais c’est totalement distinct de la prédication ou de l’enseignement pour lesquels l’ordination est inconnue dans la Parole de Dieu.

 

Le Dr. Guyse présente une autre classe qui limite « tous » ceux qui furent dispersés au loin aux « prédicateurs ». Il arrive à cela en interprétant de travers le v. 2 comme se rapportant aux « amis religieux d’Étienne » et à ceux qui avaient subi les ravages de Saul (v. 3), et delà il nie la prédication générale en la limitant au « reste des 120 qui était appelé la compagnie des apôtres » (« les leurs » de 4:23), y incluant peut-être plusieurs autres convertis ultérieurs qui avaient reçu le don du Saint Esprit et allaient ça et là prêcher l’évangile en tant qu’évangélistes ! Qu’il est triste de voir des hommes pieux éluder la vérité ! La puissance se fait sentir par elle-même, et les hommes ayant un don devraient être les derniers à réduire au silence un chrétien capable d’évangéliser, quel qu’il soit. Car c’est une question de qualification divine, non pas d’agrément humain, lequel ne fait en réalité que limiter l’Esprit Saint, s’écarter de la grâce de Christ, et entraver le salut des pécheurs — si tant est que l’homme le puisse. Combien la grâce de Dieu est bénie, Lui qui a retourné la dispersion opérée par le monde contre l’assemblée en une diffusion large et étendue des semences de vérité de l’évangile, sans même que les apôtres l’aient recherché, pas plus que n’importe qui d’autre !

 

Parmi la grande armée des dispersés annonçant la Parole du Seigneur, un seul est distingué par l’Esprit de Dieu pour avoir gagné une victoire éclatante pour la grâce là où la loi avait complètement échoué comme toujours. Samarie fut gagnée par l’évangile pour le nom de Jésus ; et le bon soldat qui combattit fut Philippe. Il était l’un des sept choisi par la multitude et nommé par les apôtres pour le travail de diacre à Jérusalem. Mais le Seigneur monté en haut l’avait donné comme évangéliste, selon ce que dit expressément Actes 21:8. Nous le trouvons ici engagé dans l’œuvre en Samarie pour laquelle il avait un don, non pas pour le service auquel il avait été nommé, d’autant que la dispersion des saints loin de Jérusalem l’empêchait désormais de poursuivre sa fonction. Mais comme le don est dans l’unité du corps de Christ (Éph. 4:11-13), ainsi l’exercice du don est au-dessus des circonstances éphémères et a un vaste champ d’application, où la charge locale serait déplacée, comme notre chapitre le montre abondamment. C’est l’exemple de la libre action du Saint Esprit dans les détails d’un individu, comme nous l’avons déjà vu en général chez les dispersés.

 

 

4.2 Ch. 8:5-8

« Et Philippe, étant descendu dans une ville de la Samarie, leur prêcha le Christ. Et les foules, d’un commun accord, étaient attentives aux choses que Philippe disait, l’entendant, et voyant les miracles qu’il faisait ; car les esprits immondes, criant à haute voix, sortaient de plusieurs qui en étaient possédés ; et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris ; et il y eut une grande joie dans cette ville-là » (8:5-8).

 

Le peu de valeur de la tradition est manifesté par Eusèbe (H.E. iii. 31 ; ed. Heinichen, i. 261-263), sans que ce soit intentionnel. Il cite une lettre de Polycrate, évêque d’Éphèse, à Victor, évêque de Rome, avant la fin du second siècle, parlant de Philippe comme étant « l’un des douze apôtres » « et de ses filles ». Mais que peut-on attendre d’un homme qui, dans la même lettre, insère dans la description scripturaire de Jean l’expression « qui devint prêtre portant effectivement la lame de la tiare [mitre] » ou lame (Ex. 28:36) du souverain sacrificateur ? Voir aussi Eusèbe H.E. v. 24. Voilà la rapidité de la perte de la vérité de Christ, si inexcusable en présence des faits clairs de l’Écriture que tous les lecteurs ont devant eux. On peut ridiculiser Papias, mais que dire d’un évêque qui rapporte la fable, et d’un autre (parmi les plus érudits de son temps) qui s’en sert plusieurs fois dans son Histoire de l’Église ? Voilà où en étaient les tout premiers pères chrétiens, ignorants de l’Écriture au dernier degré, et pourtant idolâtrés par des gens superstitieux qui professent recevoir l’Écriture comme inspirée de Dieu.

 

Il est intéressant de noter que la ville en question était la même où le Fils de Dieu s’était fait connaître à un bon nombre de Samaritains qui le confessèrent comme le Sauveur du monde (Jean 4:39-42). Le Christ est maintenant prêché là par quelqu’un dont on peut dire en toute vérité qu’après avoir bien servi comme diacre, il avait acquis pour lui-même un bon degré — ou un niveau d’avance — et une grande hardiesse dans la foi qui est dans le Christ Jésus (1 Tim. 3:13). Il est bien à sa place que ces deux endroits aient été à Sichar (appelée ultérieurement Neapolis, ou Naplouse), l’ancienne Sichem au pied du mont Garizim, la montagne qui cherchait en vain à rivaliser avec Jérusalem — plutôt que dans la ville de Samarie, reconstruite ou étendue peu avant par Hérode le Grand, et dénommée Sébaste en l’honneur d’Auguste (*). Le Seigneur avait daigné demeurer là deux jours, pour approfondir l’impression produite par la femme pécheresse sauvée de la mort, qui les amenait à L’écouter par eux-mêmes et à connaître la vérité qui était en Lui.

 

(*) Nulle part dans ce chapitre ou ailleurs dans le Nouveau Testament, le mot Samarie ne désigne la ville, mais il désigne la contrée, qui comprenait des villes et beaucoup de villages. Sichar était le centre religieux et Sébaste la capitale politique.

 

L’ennemi semblait tout emporter comme un déluge, mais l’Esprit du Seigneur lève un étendard contre lui par la prédication de Philippe, confirmée par les signes opérés sous leurs yeux. Il n’y avait pas eu besoin de miracles quand le Seigneur avait visité ce lieu et avait travaillé comme le grand Prophète reconnu, quoiqu’Il fût en vérité l’objet central et la somme glorieuse de toute la prophétie. Le Père cherchait de vrai adorateurs par le moyen du Fils, et le Fils faisait connaître le Père dans toute la plénitude de la grâce et de la vérité qui surmontait les entraves du judaïsme ; la Parole faisait son effet en puissance, mais non pas sans le Saint Esprit donné par le Fils comme une source divine et intarissable de jouissance. Mais voilà que Satan avait cherché à effacer la vérité et à établir un rival magicien, toujours susceptible de séduire, intéresser et alarmer ceux qui ne connaissent pas le vrai Dieu. Le temps était aussi venu pour Dieu de rendre témoignage dans des hommes, les serviteurs de Christ sur la terre, à Sa victoire sur Satan et à Sa glorification en haut, comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents de ce livre. C’est pourquoi l’énergie de l’Esprit était à l’œuvre en Samarie dans un libre héraut de l’évangile, après que le témoignage ait été refusé à Jérusalem dans une inimitié allant jusqu’à la mort. D’un côté les foules, d’un commun accord, étaient attentives aux choses que Philippe disait ; d’un autre côté les esprits immondes, criant à haute voix, sortaient de plusieurs qui en étaient possédés ; et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris. Est-il étonnant qu’il y ait eu « une grande joie dans cette ville-là » ? Mais au vu de Luc 8:13, je ne peux pas affirmer aussi catégoriquement que Calvin (Opera vi. 71) que cette joie était un fruit de la foi. On peut au moins dire que la « foi » peut ne pas être de Dieu selon l’exemple flagrant que le Saint Esprit met ici devant nous (Simon). Bien des remarques du commentaire de Calvin semblent téméraires.

 

 

4.3 Ch. 8:9-13

Telle était la puissance à l’œuvre que même l’instrument principal de Satan tomba sous l’influence générale des multitudes qu’il avait si longtemps séduites par ses mensonges. « Or, avant cela, il y avait dans la ville un homme nommé Simon, qui exerçait la magie et étonnait le peuple de la Samarie, se disant être quelque grand personnage ; auquel tous s’attachaient, depuis le petit jusqu’au grand, disant : Celui-ci est la puissance de Dieu appelée la grande. Et ils s’attachaient à lui, parce que depuis longtemps il les étonnait par sa magie. Mais quand ils eurent cru Philippe qui leur annonçait les bonnes nouvelles touchant le royaume de Dieu et le nom de Jésus Christ, tant les hommes que les femmes furent baptisés. Et Simon crut aussi lui-même ; et après avoir été baptisé, il se tenait toujours auprès de Philippe ; et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il était dans l’étonnement » (8:9-13).

 

C’est le seul récit fiable sur celui qui figure au premier chef chez les premiers auteurs ecclésiastiques comme un hérétique très hostile à la vérité ; mais tant de fables l’entourent chez ces auteurs que cela ne fait que prouver combien peu on peut se fier à ce qu’ils disent. Certains ne veulent pas le classer dans les meneurs hérétiques, au motif qu’il n’était pas chrétien. Certainement il était « baptisé », et il est dit avoir « cru », et il avait ainsi un meilleur droit (pour autant qu’on s’en réfère à la profession) que son maître samaritain Dositheus, dont on dit qu’il a été disciple de Jean Baptiste, mais qui fut ultérieurement éclipsé par Simon comme leader. Même Justin martyr, qui avait le double avantage d’être natif de Flavia Neapolis — ville bâtie sur les ruines de Sichar — et d’être né moins d’un siècle après, semble être tombé dans l’erreur de confondre la divinité Sabine Semo Sancus (qui avait une statue dressée en son honneur) avec Simon le magicien. Le Dr. E. Burton dans une note de ses discours de Bampton (Bampton Lectures, Oxford, 1829) s’efforce de montrer l’impossibilité d’une telle erreur de la part de Justin, et il a rassemblé tout ce que divers érudits ont pu dire en faveur d’une déification de Simon à Rome. Si cela était vrai, cela n’aurait guère d’importance. Les prétendues disputes entre lui et Pierre, que ce soit à Césarée ou à Rome, sont trop absurdes pour qu’on s’y arrête : c’est évidemment des légendes greffées sur l’histoire inspirée par les mains profanes d’hommes souillés tant dans leur esprit que dans leur conscience. Déchus de la vérité, ils se sont livrés aux élucubrations de l’imagination, qui finalement détournent de l’effet solennel de l’histoire sacrée, sans rien ajouter à la dignité de l’exposé de l’apôtre, ni à la turpitude aveugle du malheureux, qui se condamnait lui-même.

 

Quels que soient les résultats trompeurs de la magie et des faussetés de Simon, qui conduisaient à ses prétentions blasphématoires — il nous est dit ici qu’il séduisait tout le monde alentour, petits et grands (car à quoi servent le rang et l’éducation pour préserver de l’erreur ?) — tout s’efface comme de la fumée devant la lumière de l’évangile. « Le royaume de Dieu » et « le nom de Jésus » anéantissent les vaines impostures et les fraudes impies du Samaritain.

 

Il est instructif de noter la différence de langage entre les v. 12 et 13 ; la différence joue en faveur des hommes et des femmes au v. 12 et contre Simon au v. 13. Au v. 12 il est dit simplement qu’ils ont cru le témoignage et qu’ils ont été baptisés ; la même chose est dite de Simon, avec l’ajout important qu’il se tenait toujours auprès de Philippe, et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il était dans l’étonnement. C’est ceci qui le transportait, non pas l’amour de Dieu, ni la vérité de Christ, ni la grâce de l’évangile même en faveur d’un séducteur, méchant et coupable comme lui-même ; il était impressionné par l’étonnante puissance qui opérait devant ses yeux. Nul n’était frappé plus profondément que Simon par cette réalité irrésistible. D’autres avaient les yeux attirés par le royaume et ses gloires saintes ; d’autres, en esprit, tombaient par terre et saisissaient les pieds de leur Sauveur et Seigneur Jésus Christ qu’ils ne voyaient pas, s’abandonnant à l’émerveillement, l’amour et la louange. Simon était en extase, voyant les signes et les grands actes de puissance, dont personne ne discernait le caractère plus clairement que lui-même. Il cédait devant l’évidence et croyait ce que son esprit trouvait irréfutable. Mais il n’y a pas un mot de jugement de soi-même devant Dieu ; ni un mot d’aucune action de grâce sur son cœur. La conscience n’était pas labourée ; les affections ne découlaient pas du sens de l’immense grâce de Dieu en Christ pour le sauver de ses péchés. Inversement, il n’est pas dit des hommes et des femmes du v. 12 qu’ils « étaient dans l’étonnement », comme Simon qui se tenait auprès de Philippe, non pas pour mieux écouter la vérité ni pour croître dans la grâce et la connaissance du Seigneur Jésus (2 Pierre 3:18), mais « voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient ».

 

L’Esprit de Dieu nous dévoile ainsi dans cette description, me semble-t-il, la source simplement naturelle de la foi de Simon, à bien distinguer de celle des autres. Il en va de même pour toute foi basée sur des « preuves » ou « évidences » que l’esprit juge et accepte en conséquence. Ce n’est pas que ce ne soit pas sincère, et ceux qui ont cru de cette manière peuvent les plus prompts à se battre pour ce qu’ils croient, si nécessaire. Mais il n’y a pas la vie, car il n’y a pas de repentance ; et il n’y a pas de lien avec Christ formé par le Saint Esprit par la réception de la Parole, parce qu’elle est Parole de Dieu, découvrant Dieu à la conscience coupable et apportant en même temps la délivrance par Christ mort et ressuscité.

 

Simon estimait peut-être avoir une conviction honnête de la vérité, et dans la chaleur et la hâte d’un travail si puissant en si peu de temps, Philippe peut n’avoir même pas vu de raison de mettre en doute sa confession. En fait, quand l’esprit est à l’œuvre sans la conscience, les progrès sont beaucoup plus rapides ; tout extérieurement semble prometteur pendant quelque temps, quand l’âme passe ainsi facilement dans les rangs de Christ. Il n’a pas fallu attendre longtemps des circonstances qui ont trahi sans erreur possible l’état non régénéré de l’âme de Simon, délivrant par là les saints de ce qui aurait été autrement un fardeau permanent, et ces circonstances ont donné à Simon lui-même un avertissement solennel que son cœur n’était pas droit avec Dieu.

 

Les nouvelles de l’œuvre de grâce de Dieu en Samarie ne pouvaient manquer de faire une puissante impression sur tous les saints, et aucun d’eux n’estimaient si profondément son importance que les compagnons personnels du Seigneur, Ses serviteurs les plus honorés à Jérusalem. Sa volonté et Sa gloire, aussi bien que l’amour pour les objets de Sa grâce — amour s’exerçant pour qu’ils soient bénis plus abondamment, — attirèrent leur cœur vers l’endroit où Dieu avait opéré de façon si manifeste. En effet le Seigneur ressuscité (1:8) avait nommé spécifiquement la Samarie comme une scène du témoignage futur pour ses disciples. Quel contraste avec les Juifs qui n’avaient pas de relation avec les Samaritains !

 

 

4.4 Ch. 8:14-17 — Le don et les dons du Saint Esprit

« Or les apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, leur envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant descendus, prièrent pour eux, pour qu’ils reçussent l’Esprit Saint : car il n’était encore tombé sur aucun d’eux, mais seulement ils avaient été baptisés pour le nom du seigneur Jésus. Puis ils leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint (8:14-17).

 
On a ici l’illustration de quelques principes important de la vérité, trop longtemps méconnus.

 
L’indépendance du congrégationalisme est démontrée être aussi éloignée qu’il est possible de la volonté de Dieu. Les chefs à Jérusalem ne se tenaient pas à l’écart, quoiqu’on ne voie aucune demande d’intervention de la part des Samaritains. En faveur de ces nouveaux objets de la grâce divine, les apôtres éprouvaient les sentiments de membres du seul corps de Christ, même si le vase élu pour exposer ultérieurement ce grand mystère était encore dans ses péchés et son incrédulité.

 

Il n’y avait pas non plus la moindre jalousie chez Philippe à cause de la venue d’autres serviteurs de Christ dont la place dans l’assemblée était bien plus haute que la sienne. L’amour, ce « chemin bien plus excellent » (1 Cor. 12:31) prévalait jusqu’ici. Les différents membres avaient en général un égal soin les uns des autres (1 Cor. 12:25) ; ceci apparaissait tout spécialement chez ceux que Dieu avait établi en premier dans l’Église ; à cause de Christ et selon Sa Parole, ils étaient au milieu d’eux servant comme des esclaves. Rien n’était plus loin du cœur des chefs qui gouvernaient que d’être appelés Rabbi, père ou maître, ni de prendre des airs de seigneurs pour traiter de haut ou mépriser les Gentils. À tous égards il y avait la puissance de la vie de Christ.

 

Notons encore que les apôtres envoyèrent deux d’entre eux, non pas Jacques (fils d’Alphée) et Thaddée, ni Simon le Zélote et Matthias, mais le duo de choix incontestable, Pierre et Jean. Un croyant pourrait-il être malvoyant au point de ne pas se rendre compte qu’il y avait là un propos de grande portée dans la pensée de Celui qui habite dans l’assemblée, qui connaît la fin avant le commencement, et qui veut donner la lumière certaine de Sa Parole à ceux qui regardent à Lui pour être guidés ? Même Satan, j’ose le penser, ne nourrissait pas encore le rêve d’un siège unique pour la direction par Pierre de l’Église dans son ensemble ; et encore moins celui d’un trône actuel aux commandes des autorités qui existent (Rom. 13:1) avec une triple couronne de prétentions sur le ciel, la terre et l’enfer. Au contraire, sans avoir la moindre pensée de ces vanités d’ambition ecclésiastique et de suppositions profanes, les apôtres, remplis d’amour et de sagesse, envoient Pierre et Jean à ceux qui ont reçu la Parole de Dieu en Samarie. Qui était mieux qualifié, si cela était nécessaire, pour juger et faire un rapport en vérité ? Qui pouvait apporter de meilleures bénédictions d’en haut ? Qui, finalement, serait le plus jaloux de la gloire du « seul Berger », en s’occupant des « autres brebis » qui ne sont pas de la « bergerie » juive (Jean 10:16) ?

 

Qu’est-ce qui pouvait le mieux convenir aux serviteurs de Christ quand ils descendirent ? Ils « prièrent pour eux pour qu’ils reçussent l’Esprit Saint ». Jusque là, Dieu avait retenu ce grand privilège caractéristique du chrétien. Mais les apôtres à Jérusalem allaient selon le courant de Sa volonté et de Ses voies. Pierre et Jean réalisèrent sur le champ la carence, et l’exposèrent à Dieu, sans douter dans leurs pensées, mais se reposant sur Sa fidélité pour accomplir la promesse de l’Esprit. Même à la Pentecôte, Pierre fut conduit à regarder au-delà des Juifs et de leurs enfants, vers tous ceux qui étaient loin, autant que le Seigneur en appellerait à Lui (2:39). « Car il n’était encore tombé sur aucun d’eux, mais seulement ils avaient été baptisés pour le nom du seigneur Jésus » (8:16).

 

La situation mise devant nous est si claire que le doute est inexcusable. D’un côté les Samaritains crurent la Parole, sur la base de quoi ils furent baptisés ; d’un autre côté, aucun d’eux n’avait encore été scellé du Saint Esprit de la promesse, que les saints juifs avaient reçu immédiatement au jour de la Pentecôte à Jérusalem. Pourtant, dès les jours des pères de l’Église — ainsi qu’on les appelle — jusqu’aux Réformateurs, et de là jusqu’à nos jours, tous sont déroutés sur cette question, aussi bien les superstitieux que les plus pieux, capables et érudits, comme s’ils n’avaient pas de cartes. C’est en effet l’une des grandes pages banches de la théologie traditionnelle (catholique ou protestante, arminienne ou calviniste, tous sont pareillement en faute) ; or ceci implique une perte incalculable, aussi bien en pratique que quant à l’intelligence spirituelle, et elle se ressent par dessus tout dans le culte rendu à Dieu. Si l’âme entre dans la vérité, il y a une bénédiction correspondante à la suite, comme le savent bien ceux qui sont passés de l’ignorance de cette vérité jusqu’à sa jouissance.

 

C’est ainsi que Chrysostome (Cat. Pat., iii. 136 édité par Cramer) et Œcumenius parlent des Samaritains convertis recevant l’Esprit pour la rémission, mais non pas comme signe : ceci est un écart manifeste d’avec l’Écriture, car en rapport avec le premier travail de l’évangile par l’Esprit dans une âme, l’Écriture n’utilise jamais l’expression de « don de l’Esprit », et donc pas non plus l’expression de « réception » de l’Esprit (comparer 2:38 ; 19:2).

 

Mais laissons les pères de côté, et voyons les exemples de Calvin dans ses remarques, et du Dr. J. Lightfoot, — ce sera suffisant. Les remarques de Calvin sont citées à dessein dans l’édition de Beveridge de la première version anglaise présentée dans les séries de la Société de Traduction de Calvin [Calvin Traduction Society] (Actes 1:338-339) : « Mais ici se soulève une question, car il dit qu’ils étaient seulement baptisés pour le nom de Christ, et qu’en conséquence ils n’avaient pas encore reçu le Saint Esprit ; mais ou bien le baptême est en vain et sans la grâce, ou bien il a toute la force qu’Il tient du Saint Esprit. Dans le baptême nous sommes lavés de nos péchés ; Paul enseigne que notre lavage est l’œuvre du Saint Esprit (Tite 3:5). L’eau utilisée dans le baptême est un signe du sang de Christ ; mais Pierre dit que c’est par l’Esprit que nous sommes lavés avec le sang de Christ (1 Pierre 1:2). Notre vieil homme est crucifié dans le baptême pour que nous soyons ressuscités en nouveauté de vie (Rom. 6:6) ; et d’où vient tout cela sinon de la sanctification de l’Esprit ? Et finalement, que reste-t-il dans le baptême si on le sépare de l’Esprit ? (Gal. 3:27). C’est pourquoi nous ne devons pas nier que les Samaritains ayant bien revêtu Christ dans le baptême, il leur avait aussi été donné l’Esprit (!). Luc ne parle sûrement pas à cet endroit de la grâce commune de l’Esprit par laquelle Dieu nous régénère pour que nous soyons Ses enfants, mais de ces dons singuliers dont Dieu voulait douer certains au commencement de l’évangile pour orner le royaume de Christ. C’est ainsi qu’on doit comprendre les paroles de Jean (Jean 7:39) selon lesquelles l’Esprit n’avait pas encore été donné aux disciples, puisque Christ était encore dans le monde en train de s’en occuper ; non pas qu’ils fussent entièrement dépourvus de l’Esprit, si l’on considère qu’ils avaient de Lui à la fois la foi et un pieux désir de suivre Christ ; mais parce qu’ils n’étaient pas pourvus de ces dons excellents dans lesquels allaient ensuite apparaître une plus grande gloire du royaume de Christ. Pour conclure, vu que les Samaritains étaient déjà doués de l’Esprit d’adoption, les grâces excellentes de l’Esprit sont rajoutées les unes aux autres sur eux, par quoi Dieu montrait à Son Église, comme si c’était pour un temps, la présence visible de Son Esprit, afin d’établir pour toujours l’autorité de Son évangile, et de rendre témoignage que Son Esprit serait toujours le gouverneur et le directeur des fidèles ».

 

Cela suffit pour montrer à quoi en sont en général des hommes pieux et éclairés par rapport à la vérité de l’Esprit, et même de la rédemption. Ils ne se rendaient pas compte de ce que, d’une part le don (d??ea) de l’Esprit est en plus et au-dessus de la communication de la vie qui est le partage de tous les saints aux temps de l’Ancien et du Nouveau Testament, et d’autre part ce don (d??ea) est tout à fait distinct des dons (?a??sµata, charismes), spécialement des dons de puissance et de langues, les dons-signes que l’Esprit distribua en l’honneur du Seigneur Jésus ressuscité à l’inauguration de cette chose nouvelle, l’Église, le corps de Christ ici-bas. Quant au baptême chrétien, il n’est pas un signe de la vie, mais plutôt de ce que les péchés sont lavés et de ce qu’on est mort avec Christ. Autrement dit, c’est un signe de salut, la demande à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts (1 Pierre 3:21), la libération présente du chrétien, et non pas simplement la part de l’héritier pendant sa minorité sous la loi. Il y avait alors une promesse parfaitement sûre, tandis qu’il y a maintenant le plein accomplissement pour l’âme (1 Pierre 1:9), ce que le baptême exprime en figure. Mais ceci est tout à fait différent de l’Esprit donné au croyant comme sceau de la rédemption et arrhes de l’héritage ; cette distinction en particulier était ignorée du grand Réformateur français, comme l’ignorent aussi les gens d’aujourd’hui. C’est pourquoi, dans son grand souci de se préserver du sacramentalisme (quoique même ici son langage prête à confusion, ce qui a été utilisé à de mauvaises fins par des gens de cette école), il rabaisse la réception de l’Esprit à des manifestations transitoires d’énergie et s’engage ainsi dans une contradiction sans espoir de l’Écriture. Les paroles de Jean 14 à 16 vont bien au-delà de miracles, guérisons ou langues d’aucune sorte. Il faut les comprendre comme visant la présence du Paraclet Lui-même (ce qui est très différent), qui devait demeurer avec les disciples et être en eux ; et ceci non pas « comme si c’était pour un temps », mais pour y demeurer éternellement.

 

Les Samaritains croyants étaient des saints, des enfants de Dieu, mais n’ayant pas encore le don du Saint Esprit, pas plus que les saints de l’Ancien Testament qui, bien que nés de l’Esprit, n’ont jamais reçu ce grand don, lequel n’existait pas et ne pouvait pas exister jusqu’à la rédemption, lorsque Dieu a envoyé l’Esprit de Son Fils dans des cœurs déjà renouvelés, criant Abba, Père. Sans doute à ce moment-là et pour une certaine période de temps, des dons tangibles ont accompagné la présence du Saint Esprit ainsi donné ; mais nous nous trompons grandement si nous confondons le don et les dons, ou si nous nions le privilège nouveau et permanent avec ce que les saints avaient avant la rédemption.

 

Un bref extrait de ce que dit le bien savant Dr. Lightfood suffira (Works viii. 125-128 selon l’édition de Pitman). « Le Saint Esprit ainsi donné ne signifie pas Son travail ordinaire de sanctification et de grâce qui affermit ; mais Son don extraordinaire de langues, de prophéties, et autres choses semblables. Ceci ressort à l’évidence de cette expression « le Saint Esprit » dans l’Écriture quand elle ne dénote pas précisément la personne du Saint Esprit ou la troisième personne de la Trinité ». Ici aussi nous avons la même confusion de la dotation de Dieu, nouvelle et distincte, faite à l’Église, — le don du Saint Esprit qui demeure pour toujours, avec les dons, dont certains ont une forme visible et d’autres non. Il est admis que ce qui est appelé la « sanctification de l’Esprit » (1 Pierre 1:2) est différent et antérieur, de même que le travail vital de séparation d’une âme pour Dieu qui a lieu à la conversion ou vivification, lequel a toujours été et subsistera aussi longtemps que Dieu dans Sa grâce appelle les pécheurs à Lui d’entre les hommes. Ceci correspond en type au lavage de l’impur dans le Lévitique ; ensuite venait l’application du sang de sacrifice, et finalement l’huile de l’onction : c’est elle seule qui est ce que le Nouveau Testament désigne par la réception de l’Esprit, entièrement distincte de la nouvelle naissance (qui correspond à l’eau) ; le sang intermédiaire est le gage de ce qu’on a été amené au bénéfice de la rédemption. Les dons, aussi importants soient-ils à leur place, sont tout à fait accessoires, et certains peuvent n’être que temporaires, bien que tous, bien sûr, étaient là dans toute leur force lorsque l’Esprit fut donné à la Pentecôte.

 

Les chrétiens sont-ils devenus plus sages aujourd’hui ? Laissons le doyen Alford en rendre témoignage (The Greek Test. 5° édition, ii. 88-89). Comme les autres, il se sert des dons accompagnateurs, qui peuvent être vus, pour ignorer le don invisible du Saint Esprit, incomparablement plus important. De plus, il cite les remarques mêmes de Calvin, comme « trop importantes pour qu’on les omettent », alors que nous avons vu que c’est un tas de confusion qui aurait bien à être exposé de manière plus tranchée s’il fallait s’atteler à cette tâche. Ils sont tous d’accord pour soutenir la grande erreur qui ramène le don du Saint Esprit aux « dons miraculeux » extérieurs, au lieu de voir à côté d’eux le privilège sans précédent et transcendant du Saint Esprit Lui-même donné pour être la portion des saints pour toujours. C’est d’autant plus incohérent (l’erreur est facilement incohérente) chez le doyen Alford qu’il reconnaît dans sa note sur Jean 14:7 que « le don de l’Esprit à la Pentecôte et depuis la Pentecôte était et est quelque chose d’ENTIÈREMENT DISTINCT de tout ce qui a été auparavant : une dispensation nouvelle et plus élevée » (c’est Alford qui souligne comme indiqué).

 

Une de leurs objections est que l’imposition des mains précède le don, ici comme au ch. 19 où l’apôtre Paul impose ses mains dans le même but et avec le même résultat sur les douze disciples d’Éphèse. Mais pourquoi en être scandalisé ? Ils peuvent ne pas aimer l’effort des ritualistes qui cherche à baser la confirmation sur l’Écriture, alors qu’elle n’apporte vraiment aucun soutien à cette cérémonie ; il peuvent être attristés ou avoir honte d’une simple forme sans puissance ; ils peuvent à juste titre censurer R. Nelson (ou ceux qui le citent) au motif qu’il se réfère incorrectement à Calvin comme s’il avait la pensée que la confirmation a été instituée par les apôtres. Car en fait dans les Institutes (iv, ch. xix. 76) il désapprouve justement cette pensée qu’on lui attribue. Mais nier que c’est le Saint Esprit Lui-même qui était communiqué en Samarie et à Éphèse par l’imposition des mains apostolique, c’est aller contre la Parole de Dieu ; l’interpréter comme si elle disait les dons de l’Esprit, et non pas le don, c’est ouvrir la porte à l’incrédulité la plus desséchante et à la perte de toute source de vraie puissance. Car qu’est-ce que l’Église sans la présence personnelle du Saint Esprit ? et qu’est-ce que le chrétien sans l’habitation du Saint Esprit en lui ? Ce qui baptise pour l’unité n’existe pas en dehors de ceci ; aucune autre puissance n’est capable de faire du chrétien un membre de Christ ; dans les deux cas, tout dépend du don du Saint Esprit.

 

Observons bien que dans les deux occasions principales où le don a été fait à des croyants juifs (2:4) et à des Gentils (10:44), il n’y a pas un mot, ni dans l’une ni dans l’autre, qui exprime ou implique l’imposition des mains. Il suffit en effet de peser les deux récits (la Pentecôte étant bien sûr le plus complet et le plus important) pour conclure qu’il ne pouvait rien y avoir de la sorte dans aucun de ces deux jours. Les cas particuliers de Samarie et d’Éphèse, que certains voudraient inintelligemment ériger comme une règle détrônant les cas généraux, n’étaient que des événements auxiliaires, quoique la bénédiction conférée fût bien sûr la même. Car dans ces deux cas où il y a eu imposition des mains, il semble que le principe était de préserver contre une rivalité, et de lier étroitement en un l’œuvre de Dieu, et de mettre les signes les plus solennels d’honneur divin sur le apôtres juifs dans le premier cas, et sur l’apôtre de l’incirconcision dans le second cas. Il était important d’y mettre cette marque, mais nous ne trouvons pas qu’on la répète, sauf pour des raisons spéciales et avec d’autres caractéristiques, sur Timothée personnellement (1 Tim. 4:14 ; 2 Tim. 1:6). Dieu a pris soin très tôt d’anticiper et d’éliminer de mauvais usages possibles en employant un disciple, non pas l’apôtre, dans le cas très éminent du grand apôtre lui-même (9:17), comme s’il s’agissait de briser, sans contestation possible, toute idée de chaîne successorale.

 

Il peut être bon de dire que l’effort fait pour soutenir que la forme sans article ne signifie rien de plus qu’un don spécial ou une opération particulière du Saint Esprit n’est pas supporté par l’usage qu’en fait l’Écriture. Car nous trouvons p?e?µa a???? employé avec et sans article, ce qui démontre que cette expression n’exclut nullement la personnalité bénie du Saint Esprit, mais relève des principes usuels du langage. Quand cette expression veut présenter l’Esprit Saint devant la pensée du lecteur comme un objet distinct, l’article apparaît ; quand cette expression se borne à caractériser, la phrase est sans article, comme toujours. Sans aller plus loin, nous avons p?e?µa a???? aux versets 15 et 17 ; mais au v. 18 t? p?e?µa. Si c’était simplement que la forme sans article n’est qu’un don ou une opération de l’Esprit, il faudrait l’article tant au v. 17 qu’au v. 18. La vraie solution n’est pourtant pas ici dans le contexte, mais que l’intention n’est pas de présenter l’Esprit Saint comme ce qui est visé objectivement. Quand il n’en est pas ainsi, l’accusatif régi par un verbe transitif est normalement sans article, car il n’est que le complément de la notion exprimée par le verbe ; quand on cherche à présenter le mot à l’accusatif comme l’objet arrêtant la pensée, alors l’article est ajouté. L’usage est donc très précis. Ainsi en Actes 19:2 nous avons deux fois p?e?µa a???? sans l’article, mais au v. 6 l’article est là comme une duplication d’insistance ; il est vain de prétendre que l’Esprit Saint n’est pas en vue dans tous ces cas. N’y a-t-il alors aucune différence ? Si, il y en a une sans aucun doute, mais la différence ne réside pas dans le contraste entre d’une part un don spécial et d’autre part Son influence générale — comme les gens disent — ou même Sa personne ; la différence réside entre d’un côté (19:2) le caractère sur lequel porte l’interrogation concernant ce qui a été reçu, et dans l’autre cas (19:6) dans l’objet défini placé devant les pensées, cet objet accompagnant de manière très appropriée ce que décrit l’expression « vint sur les hommes ».

 

C’est là la véritable clef de Actes 1:2, 5, non pas les simples circonstances autour de la préposition (on est surpris que certains les estiment exceptionnelles) qui sert à définir ; tandis que la phrase du v. 8 place l’Esprit comme ce qui est en vue objectivement. C’est bien le même Esprit dans tous les cas ; y a-t-il pire erreur que de supposer que Christ n’a donné des instructions que par un don particulier (v. 2) et que les disciples ont eu le privilège d’avoir l’Esprit dans toute Sa plénitude (v. 8). Comparez aussi les v. 38 et 44 de Actes 10. Et encore, au jour mémorable où la promesse du Père a été accomplie, nous trouvons en Actes 2:4 l’Esprit une fois sans article et une fois avec l’article, et c’est bien en accord avec le principe énoncé : quand le mot Esprit est utilisé pour caractériser ce qui a rempli toutes les personnes présentes, l’Esprit est désigné sans article ; quand la phrase met l’accent sur un objet distinct, il y a l’article, et c’est correct. La présence ou l’absence de l’article ne touche pas au Saint Esprit et n’affecte que l’aspect visé — la personne ou la puissance. Comparez les v. 17, 18, 33, 38 ; 4:8, 31 (il y a là une expression très remarquable des plus anciens manuscrits) ; 5:3 ; 6:5 ; 7:55 ; 8:29, 39 ; 9:17, 31 ; 10:38, 44, 45, 47 ; 11:15, 16, 24, 28 ; 13:2, 4, 9, 52 ; 15:28 ; 16:6, 7. Les Épîtres ne feraient qu’ajouter d’autres exemples et confirmer ce qu’on a vu.

 

Ainsi les Samaritains furent scellés du Saint Esprit et faits membres de Christ dans la pleine possession des privilèges de l’Église, tout autant que les saints à Jérusalem au jour de la Pentecôte.

 

La vision de cette bénédiction a mise au jour la vraie condition de Simon. Avant que les apôtres entrent en scène, il était étonné en voyant les signes et prodiges de puissance opérés par Philippe. Maintenant que d’autres parmi les Samaritains ont reçu un pareil pouvoir, Satan pousse son esprit non régénéré au mal.

 

 
4.5 Ch. 8:18-24

« Or Simon, voyant que l’Esprit Saint était donné par l’imposition des mains des apôtres, leur offrit de l’argent, disant : Donnez-moi aussi ce pouvoir, afin que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint. Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l’argent le don de Dieu. Tu n’as ni part ni portion dans cette affaire ; car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. Repens-toi donc de cette méchanceté, et supplie le Seigneur, afin que, si faire se peut, la pensée de ton cœur te soit pardonnée ; car je vois que tu es dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité. Et Simon, répondant, dit : Vous, suppliez le Seigneur pour moi, en sorte que rien ne vienne sur moi de ce dont vous avez parlé » (8:18-24).

 

Sans aucun doute, il y avait quelque chose de visible, mais ceci ne change pas la vérité que l’Esprit était donné intérieurement, et ce n’était pas simplement des « dons », et encore moins les seuls dons miraculeux de l’Esprit, comme les gens les appellent. Les gens soulignent cependant le fait que cela eut lieu par l’imposition des mains des apôtres. Or pourquoi Dieu ne donnerait-il pas l’Esprit de cette manière si cela Lui plait ? C’est à Lui de juger quelles sont Ses meilleures méthodes. Dieu qui avait donné l’Esprit à la Pentecôte sans imposition des mains, se plaisait, dans cette occasion, à honorer les apôtres comme canal de transmission. C’est une question de Sa sagesse et de Sa souveraineté. Que de simples évêques imitent cette forme sans la puissance, cela n’a aucune base de vérité, et c’est véritablement de la présomption. Simon a vu en fait un moyen de s’élever lui-même, et peut-être aussi de gagner de l’argent. Il leur a offert de l’argent en disant : « Donnez-moi aussi ce pouvoir, afin que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint ». Quelle insulte à Dieu ! Ce qui peut être acheté avec de l’argent peut naturellement aussi être vendu pour de l’argent. Ce don divin était-il susceptible de trafic parmi les hommes ?

 

C’est une erreur de supposer que Simon voulait ce don pour lui-même. Il voulait acheter le pouvoir de conférer l’Esprit Saint à d’autres. Il est bien possible néanmoins qu’il n’ait pas reçu le don extérieur pour lui-même ; assurément il n’était pas scellé du Saint Esprit, car ceci implique la nouvelle naissance au préalable, comme nous l’avons vu. Simon ne manifeste pas la moindre pensée ou sentiment de communion avec Dieu. C’était simplement un homme naturel, et même un homme dégradé par tout son caractère et ses pratiques antérieures, spécialement celles qui faisaient un abus du nom de Dieu de manière profane. La vérité qu’il avait entendue n’avait pas pu juger sa conscience ni atteindre son cœur. Il était plutôt stupéfié en présence d’un pouvoir transcendant et avait le vif désir de s’approprier cette puissance à des fins égoïstes. Il jugeait de par lui-même, comme l’homme a l’habitude de le faire, et non pas comme le fait le croyant en partant de Dieu. Comme l’argent est le grand moyen d’action parmi les hommes, il supposait qu’il devait en être de même parmi les apôtres. Christ n’était rien à ses yeux ; la puissance qui éclipsait la sienne méritait d’être acquise à tout prix. Voilà tout ce qu’il se représentait en rapport avec le Saint Esprit, et cela fut la preuve déterminante de l’état de son âme.

 

L’offre de Simon remplit Pierre d’indignation, ce qui lui fit dire : « Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l’argent le don de Dieu ». Christ seul est à l’origine de la réception de ce don, et ne le reçoivent que ceux qui se reposent sur Son sang. Les propos de Simon ont trahi sa ruine. Il était encore perdu. Sa foi n’était pas réelle, auquel cas il n’y a pas de salut. Le baptême est un signe admirable là où il y a la vie et la foi, sans quoi il ne fait qu’aggraver solennellement la culpabilité et la ruine de l’homme naturel. C’est périr en ayant le Sauveur en vue, - le péché, le jugement de Dieu et le Sauveur étant tous pareillement méconnus. Simon n’avait ni part ni portion dans cette affaire, car son cœur n’était pas droit devant Dieu. Cela ne veut pas dire, à mon avis, qu’il n’avait pas ni part ni portion dans les dons-signes, mais dans le Sauveur : l’évangile n’était rien pour lui. Si la parole de la vérité l’avait atteint, son cœur aurait été purifié par la foi, car la grâce de Dieu est suffisante pour sauver les pécheurs les plus vils. Or aucun cœur visité par la grâce ne peut penser offrir de l’argent pour obtenir le pouvoir de donner l’Esprit Saint. Simon s’était démontré totalement étranger à Dieu et à Sa grâce. Le cœur de cet homme, même baptisé, était aussi pervers que jamais, et avait débordé dans un péché plus effronté que ce qui était possible auparavant. La proximité extérieure de la grâce était par dessus tout l’élément qui lui était le plus fatal, lui qui n’était pas soumis à la vérité de Dieu.

 

Pourtant, comme il avait pris place parmi ceux qui avaient professé le nom du Seigneur, Pierre l’appelle à se repentir. La repentance est le devoir évident du pécheur et ce à quoi Dieu l’appelle impérativement. C’est toujours une obligation depuis la chute, mais l’évangile qui jette une lumière plus brillante sur les besoins de l’homme, lui fournit aussi les plus puissants motifs pour agir sur son cœur. « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné Son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3:16). Le plus élevé des devoirs est maintenant de reconnaître et honorer le Fils de Dieu, en confessant ses propres péchés qui L’ont conduit à la croix, dans Son amour divin. D’un autre côté, celui qui croit dans le Fils a la vie éternelle, tandis que celui qui désobéit au Fils, ne se soumettant pas à Celui qui est maintenant pleinement révélé, ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui (Jean 3:36).

 

C’est pourquoi l’apôtre ajoute : « Repens-toi donc de cette méchanceté, et supplie le Seigneur, afin que, si faire se peut, la pensée de ton cœur te soit pardonnée ; car je vois que tu es dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité ». Il est certain que la grâce de Dieu et l’efficacité du sang de Christ sont en mesure de répondre à toute méchanceté de l’homme. Pierre ne l’aurait pas exhorté de la sorte si le pardon avait été une impossibilité. Mais la réponse de Simon montre clairement que, malgré une inquiétude momentanée, il n’y a eu dans son âme aucun sens du péché éhonté qu’il avait commis contre Dieu, spécialement contre le Saint Esprit ; il ne s’en est pas réellement remis à la grâce de Dieu, selon la révélation de Lui-même dans la mort de Son Fils. Pierre n’a pas dit « supplie Dieu », mais « supplie le Seigneur », car ce n’est qu’en Lui et que par Lui, que Dieu peut délivrer une âme coupable ; maintenant que Dieu a envoyé Son Fils, le seul moyen sûr et valable d’honorer le Père est en honorant le Fils. « Celui qui confesse le Fils a aussi le Père » (1 Jean 2:23). La confession du Père seulement, et non pas du Fils, ne sauve pas le pécheur et ne glorifie pas Dieu. C’est pourquoi Pierre appelle Simon à supplier le Seigneur qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14:6). Mais en Simon, il n’y avait pas plus de foi que de repentance, aussi dit-il dans sa réponse « Vous, [le vous est emphatique] suppliez le Seigneur pour moi, en sorte que rien ne vienne sur moi de ce dont vous avez parlé ».

 

Il avait confiance, si on peut s’exprimer ainsi, dans les canaux de la puissance. Lui qui n’avait pas de foi en Christ, confesse sa foi en Pierre ; depuis lors, des millions de personnes ont mis leur confiance dans les saints, les anges ou la vierge Marie. Or en réalité, ceci n’est pas de la foi, mais seulement de la crédulité et de la superstition, car c’est sans fondement, ni dans la nature de ces personnes, ni dans la Parole de Dieu. La foi dans le Seigneur Jésus est seule à fournir un lieu de repos divin ; car Dieu L’a envoyé, Son Fils unique, dans le monde afin que nous vivions par Lui (1 Jean 4:9) et par aucun autre que Lui. « En ceci est l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce que Lui nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 4:10). Simon a été insensible à tout ce salut véritablement divin et infini. Il a vu dans Pierre un instrument de puissance, sans avoir foi dans la parole que lui et Philippe avaient prêchée, et ainsi il supplie les apôtres de prier le Seigneur pour lui afin que rien ne lui arrive de ce dont Pierre avait parlé. Ce qu’il craignait, c’était les conséquences futures, sans ressentir son état présent de ruine et de culpabilité. Désormais, selon l’Écriture, il disparaît de notre vue, et il ne faudrait pas s’étonner que le pire sort arrivât à cet homme impénitent. La réticence de Luc ne plait pas aux historiens ecclésiastiques qui, à leur honte, racontent à leur lecteurs des détails ayant le caractère marqué de fables en l’honneur de Pierre. Où est le Seigneur dans tout cela ? Blessé dans la maison de ses amis (Zach. 13:6), pourrait-on dire comme si souvent.

 

 

4.6 Ch. 8:25

Quelques mots sont rajoutés à propos des deux apôtres. « Eux donc, après avoir rendu témoignage et avoir annoncé la parole du Seigneur, s’en retournaient à Jérusalem ; et ils évangélisaient plusieurs villages des Samaritains ». Ce n’était pas une simple action passagère, selon le texte de la version autorisée du Roi Jacques, mais une œuvre continuelle (*). Leurs cœurs étaient dirigés vers le Seigneur, qui avait créé en eux un esprit droit et fervent, et ils n’avaient pas besoin qu’on les prie de répandre parmi petits et grands la bonne nouvelle de la rédemption. Les villages des Samaritains, et beaucoup (**) d’entre eux, n’étaient pas en dessous des travaux minutieux et répétitifs des apôtres.

 

(*) Les manuscrits les plus anciens et les meilleurs ont ici un imparfait, non pas simplement l’aoriste, ou temps historique, comme dans le Texte Reçu qui suit des autorités de qualités inférieures.

 

(**) version JND : plusieurs.

 

 

4.7 Ch. 8:26-38

L’histoire de l’activité évangélique de Philippe reprend ; elle est pleine d’intérêt et d’instruction.

 

« Et un ange du *Seigneur parla à Philippe, disant : Lève-toi, et va vers le midi, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, lequel est désert. Et lui, se levant, s’en alla. Et voici, un Éthiopien eunuque, homme puissant à la cour de Candace, reine des Éthiopiens, intendant de tous ses trésors, et qui était venu pour adorer à Jérusalem, s’en retournait ; et il était assis dans son char et lisait le prophète Ésaïe. Et l’Esprit dit à Philippe : Approche-toi et joins-toi à ce char. Et Philippe étant accouru, l’entendit qui lisait le prophète Ésaïe ; et il dit : Mais comprends-tu ce que tu lis ? Et il dit : Comment donc le pourrais-je, si quelqu’un ne me conduit ? Et il pria Philippe de monter et de s’asseoir avec lui. Or le passage de l’écriture qu’il lisait était celui-ci :

 

« Il a été mené comme une brebis à la boucherie ; et comme un agneau, muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre point sa bouche ; dans son humiliation, son jugement a été ôté ; et qui racontera sa génération ? car sa vie est ôtée de la terre ».

 

Et l’eunuque, répondant, dit à Philippe : Je te prie, de qui le prophète dit-il cela ? De lui-même, ou de quelque autre ? Et Philippe, ouvrant sa bouche et commençant par cette écriture, lui annonça Jésus. Et comme ils continuaient leur chemin, ils arrivèrent à une eau, et l’eunuque dit : Voici de l’eau, qu’est-ce qui m’empêche d’être baptisé ? Et il donna l’ordre qu’on arrêtât le char, et ils descendirent tous deux à l’eau, et Philippe et l’eunuque ; et [Philippe] le baptisa. Et, quand ils furent remontés hors de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus, car il continua son chemin tout joyeux ; mais Philippe fut trouvé à Azot ; et en passant au travers [du pays], il évangélisa toutes les villes, jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée » (8:26-40).

 

C’est une nouvelle étape pour Philippe. L’ange de l’Éternel le dirige, car il y avait deux routes, et un évangéliste n’aurait pas choisi celle qui était déserte. Mais l’objet de la grâce de Dieu voyageait par celle-ci et un ange est employé comme toujours dans la providence de Dieu : cela est rapporté ici pour que nous n’oubliions pas la vérité et que nous ne prenions pas seulement en compte des pensées ou des sentiments. Ne sont-ils pas des esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut ? (Héb. 1:14). Serviteur prêt à faire la volonté de Dieu, Philippe laisse la multitude en train de se réjouir en Samarie, envers laquelle il avait été béni, et il va promptement sans rien savoir d’autre que la direction d’apparence étrange de son voyage, même pas son but. Ce but était un prosélyte rentrant de Jérusalem, insatisfait mais pensif, et cherchant son chemin en tâtonnant dans la parole prophétique. La bénédiction ne se trouve plus dans la ville des cérémonies solennelles ; Celui qui bénit en avait été chassé. La Samarie se réjouit dans le Sauveur du monde (Jean 4:42 ; Actes 8:8). L’Éthiopien va bientôt étendre ses mains vers Dieu, non pas en prière seulement, mais en louange et dans la conscience de la bénédiction ; toutefois l’Éthiopie doit attendre jusqu’à ce que vienne Celui qui est déjà monté en haut et qui a mené captive la captivité. Ici ce n’est pas un ange, mais « l’Esprit » qui dit à Philippe « approche-toi et joins-toi à ce char ». Les anges ont à faire aux circonstances, l’Esprit conduit en rapport avec les âmes. C’est ce que nous avons vu au ch. 5 et que nous reverrons encore plus clairement en comparant les ch. 12 et 13. La réalité est autant vraie maintenant que toujours, bien qu’elle ait été manifestée à ce moment-là et qu’elle soit écrite dans la Parole de Dieu afin que nous ne soyons pas incrédules, mais croyant (Jean 20:27).

 

L’évangéliste répond promptement à l’appel de l’Esprit, et court vers le trésorier de la reine Candace assis dans le char en train de lire Ésaïe ; il pose la question propre à le sonder : Comprends-tu ce que tu lis ? Hélas, il en était alors comme maintenant dans la chrétienté. La vision de Celui qui est venu faire connaître Dieu, inconnaissable autrement, est transmise par ceux qui sont instruits à ceux qui ne le sont pas, comme si la solution divine de toutes les énigmes était elle-même une énigme insoluble. L’homme instruit, quand on lui demande de lire, répond « je ne peux pas, car il est scellé » ; et l’homme non instruit, entendant le même appel, s’excuse en disant « je ne sais pas lire » (És. 29:11-12). Il n’y a que la foi qui peut comprendre : il en est ainsi et c’est ainsi que cela doit être ; et ainsi il en était dans ce moment où la grâce prenait en charge l’étranger sur le chemin de retour ; car le passage lu était celui d’És. 53:7, 8. Quand la réponse eut trahi la complète ignorance de l’évangile, Philippe lui fait entendre la bonne nouvelle de Jésus.

 

Ce n’était pas sans l’intervention divine que le passage d’Ésaïe en train d’être lu faisait ressortir le Messie souffrant. D’autres parties de la même série de chapitres, avant et après, rendent témoignage à Son exaltation ; mais ici c’est simplement Ses souffrances — la difficulté principale pour un Juif qui pensait exclusivement à Son royaume glorieux. C’est pourquoi le nom de « Jésus » (8:35) utilisé dans l’application de la prophétie faite par Philippe est particulièrement approprié : c’est d’autant plus frappant si l’on considère que l’Esprit qui inspire ces passages avait dit au v. 5 que Philippe proclamait « le Christ » ou Messie aux Samaritains. L’ignorance, qu’elle soit instruite ou non, méconnaît ces distinctions, censure ceux qui les soulignent comme du raffinement sur l’Écriture, mais en réalité ils perdent la force de la vérité. Car Dieu n’a pas écrit un seul mot en vain, et l’intelligence spirituelle glane ses fruits les meilleurs dans ce champ si négligé. Les Samaritains avaient besoin d’entendre que Christ était venu, et l’Éthiopien avait besoin de savoir que le Jésus souffrant et méprisé était sans le moindre doute le Messie, que le prophète introduisait au son de la trompette comme placé très haut en És. 52:13, tout comme dans la fin du passage en És. 53:12. On trouve partout liées ensemble Ses souffrances et Ses gloires qui suivraient (1 Pierre 1:11), mais nulle part plus qu’ici nous trouvons Son humble soumission à la cruauté gratuite de Son peuple coupable. « Jésus » était bien le mot correct pour en parler, car d’un côté il exprime ce qu’Il est devenu dans Son humanité jusqu’à être l’objet du mépris des créatures rebelles, et de l’autre il dit la gloire intrinsèque de Celui qui s’est abaissé si bas pour nous. Il est l’Éternel le Sauveur.

 

La différence de langage d’avec l’Ancien Testament que nous avons dans nos mains provient des Septante, la version grecque utilisée alors ordinairement, spécialement parmi les Égyptiens et d’autres. Le sens reste substantiellement le même, mais nous ne devons pas en déduire que Philippe s’est restreint à ce passage de l’Écriture : il « commença » par là, ce qui implique justement et nous assure qu’il n’a pas fini là, mais qu’il a aussi expliqué d’autres Écritures. Mais ce passage était d’une extrême importance pour quelqu’un qui était dans l’état d’âme du trésorier, selon ce que nous fait voir tout le récit précédant ; il était précieux pour faire entrer des flots de lumière divine dans son cœur.

 

Cependant l’Écriture qui montre l’obscurité dans l’esprit de l’Éthiopien avant que Philippe fasse résonner dans ses oreilles la bonne nouvelle de Jésus pour qu’il puisse être désormais par la foi un enfant de lumière dans le Seigneur, — cette Écriture a été plutôt maltraitée, non pas seulement par les Pères de l’Église, mais à peu près tout autant par Calvin, et d’autres semblables, depuis le temps de la Réformation. Car le grand commentateur français, pour ne pas s’arrêter aux autres, considère que ces versets enseignent que notre Seigneur était tellement brisé qu’Il apparaissait comme un homme abattu au-delà de tout espoir, ce qui est évident, mais aussi qu’Il est sorti des profondeurs de la mort en conquérant, et qu’il est sorti de l’enfer même comme l’auteur de la vie éternelle.

 

Or tirer cette dernière phrase des paroles citées au v. 33 (ou de l’original en És. 53:8) n’a aucun fondement. Le prophète est bien loin d’affirmer ici que Christ devait être tiré de sa grande détresse par la main du Père pour être exalté. Ce n’est pas du tout ce qu’enseigne l’expression que Son jugement a été ôté. Le nouveau commencement d’une gloire à laquelle on ne s’attendait pas, se trouve ailleurs, non pas ici. Et l’exclamation du prophète dans la phrase suivante (« Sa génération, qui la racontera ? ») ne signifie pas non plus que Sa victoire se poursuivra au-delà de tout nombre d’années, au lieu de n’avoir qu’une courte durée. C’est à tort que plusieurs anciens commentateurs ont voulu prouver par ce passage la génération éternelle de la Parole, et que d’autres l’ont compris comme se rapportant à Son incarnation miraculeuse. Mais la pire des perversions est de déduire de ces passages que la vie de Christ durerait pour toujours ; car le passage dans son entier se rapporte exclusivement à Son humiliation.

 

La première phrase du v. 33 paraît exprimer qu’on se moquait de toute justice dans Son jugement ; la seconde parle de la méchanceté inexprimable de cette génération ; la troisième parle de la fin violente de Sa vie sur la terre, à laquelle Il s’est soumise, ce qui en a été l’épreuve. S’il s’était agi de Phil. 2:6-11 ou de l’ensemble du passage de És. 52:13 à 53, et non pas de ces deux versets seulement, Calvin aurait raison, mais ici il a manifestement tort. Ceci est confirmé par le texte hébreu qui n’admet pas plus que le grec la pensée d’une exaltation. Le Messie souffrant n’est vu qu’en Jésus qui, quoi qu’il Lui en coutât, a été le Sauveur du pécheur qui croit en Lui, malgré toute la contradiction possible que peut soulever Son propre peuple à l’encontre du récit béni du fidèle.

 

Le baptême suit l’ouïe de la foi. Aussi quand ils arrivent à de l’eau, l’étranger demande ce qui l’empêche d’être baptisé, et le privilège lui en est conféré sur le champ. Pareillement dans la maison de Corneille, Pierre demanda si quelqu’un pouvait l’empêcher, quand les Gentils avaient reçu l’Esprit Saint comme les Juifs croyants avant eux. Or la marque extérieure du baptême est pire que sans valeur si elle ne s’accompagne pas d’une soumission de cœur au Seigneur et à Sa grâce ; mais elle reste importante de beaucoup de manière, et non des moindres. La perte de la vérité du baptême est aussi manifeste chez ceux qui la méprisent que chez ceux qui l’idolâtrent. Ils ne voient pas que la vie n’est jamais attribuée au baptême ; mais c’est le salut qu’il fait ressortir, le lavage des péchés, et la mort au péché, la portion bénie à laquelle l’évangile rend témoignage en Christ mort et ressuscité pour le croyant.

 

Les saints de l’Ancien Testament avaient déjà la vie, sans rien avoir qui ressemble au baptême chrétien. Abel et Abraham avaient la vie, pas moins que le chrétien ; mais en vertu de l’œuvre accomplie par Christ, le chrétien a un salut d’âme, tandis qu’il attend que son corps soit sauvé et changé à la venue de Christ. Entre temps, le baptême est le signe de ce salut qu’aucun saint de l’Ancien Testament ne pouvait avoir ; c’est pourquoi maintenant le croyant se soumet à ce signe, comme une confession non seulement que Jésus est Seigneur, mais aussi de la délivrance par Sa mort et Sa résurrection. Ceux qui font de tout cela quelque chose de subjectif comme les Quakers, ou quelque chose d’objectif comme les catholiques, souffrent des conséquences de leurs erreurs. Ni les uns ni les autres ne détiennent doctrinalement le vrai privilège actuel du chrétien comme étant en Christ, délivré de toute condamnation (Rom. 8:1), affranchi de la loi du péché et de la mort (Rom. 8:2), et rendu parfait à perpétuité par une seule offrande, celle de Christ (Héb. 10:14). Pour le Quaker comme pour le Papiste, cette doctrine est dangereuse, car les deux soutiennent, quoique sur des fondements différents, que quiconque est justifié est sanctifié, et qu’on est aussi justifié selon la mesure où on est sanctifié, pas plus. C’est pourquoi les deux méconnaissent la Parole de Dieu, la prédication et la foi ; car les deux ignorent entièrement le don du Saint Esprit scellant le croyant pour le jour de la rédemption — les uns vantant le rituel et la prêtrise pour la glorification de l’Église, les autres se reposant pour tout sur ce qu’ils appellent la lumière intérieure, qu’ils prétendent être donnée à tout homme, Juif ou païen, mahométan ou chrétien, la destinée pour toujours résultant de ce qu’on fait de cette lumière intérieure. Ni les uns ni les autres n’acceptent la vie éternelle en Christ pour la foi ; ni les uns ni les autres ne voient, fondées sur l’œuvre de Christ, la quittance de notre ancien état comme enfants d’Adam, et l’entrée dans le nouvel état du Second Homme, dont le baptême n’est pas le canal, mais le symbole. C’est pourquoi ils ignorent, si même ils ne falsifient pas dans leurs citations, des passages de l’Écriture comme Col. 1:12, 13. Ils luttent pour être rendus dignes d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière ; ils espèrent être transportés dans le royaume du Fils de Son amour. S’ils avaient lu le baptême correctement, ils se réjouiraient dans le sentiment d’une délivrance présente et éternelle à la louange de Celui en qui ils ont cru.

 

S’ils sont de vrais croyants, ils sont faibles, c’est certain. Avec l’Éthiopien, tout était simple et assuré. Car ils descendirent tous deux à l’eau, Philippe et l’eunuque ; et il le baptisa (8:38). Il n’y avait aucunement la pensée d’aller devant une assemblée en Samarie. Le baptême est individuel, quel que soit le nombre des personnes qu’on baptise. L’église n’a rien à faire avec cela. Le Seigneur charge Ses serviteurs (non pas l’église comme telle) de baptiser, et ils Lui en sont responsable, comme ils le sont pour la prédication de la Parole. L’Église ne baptise pas, pas plus qu’elle ne prêche ni n’enseigne ; l’évangéliste le fait, quoiqu’il puisse demander à quelqu’un de le faire pour lui, comme Pierre commanda, un peu plus tard, que Corneille et les siens fussent baptisés au nom du Seigneur.

 

 

4.8 Ch. 8:39-40

« Et, quand ils furent remontés hors de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus, car il continua son chemin tout joyeux ; mais Philippe fut trouvé à Azot ; et en passant au travers [du pays], il évangélisa toutes les villes, jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée ».

 

Le miracle n’a fait qu’établir la foi du nouveau converti, et sans aucun doute c’est Dieu qui l’a opéré en vue de cet effet ; car il n’y a pas la moindre indication que Philippe l’ait désiré, et encore moins qu’il l’ait recherché dans la prière. C’était Dieu pour l’honneur de Son Fils en vertu de cette puissance de l’Esprit qui opérait alors sur la terre. Mais il y avait sûrement aussi une sage intention de grâce pour celui qui en a été témoin (et il n’était pas seul) dans son retour au pays natal avec l’évangile du salut. L’Éthiopie (Abyssinie) devait ainsi avoir la bonne nouvelle de Dieu concernant Son Fils, tandis que Philippe transporté à Azot, ou Asdod, continue avec la même simplicité de cœur à être un prédicateur infatigable de la grâce divine (8:40). Car passant au travers du pays, il évangélisa toutes les villes jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée. C’est là que l’histoire inspirée montre qu’il vivait, avec ses quatre filles, longtemps après (21:8).

 

 

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