Exposé des épîtres de l’apôtre Jean
William Kelly
Publié en anglais en 1905 et réimprimé en 1970 par Bible Truth Publishers
Les sous-titres et sous-divisions du texte ont été ajoutés par Bibliquest
Table des matières abrégée :
3 Première méditation publique — 1 Jean 1:1-4 — La communion avec le Père et le Fils
4 Deuxième méditation publique — 1 Jean 1:5-10 — Dieu est lumière, et les « si nous disons »
5 Troisième méditation publique — 1 Jean 2:1-2 — Restauration de la communion
6 Quatrième méditation publique — 1 Jean 2:3-6 — Les deux tests de la vie
7 Cinquième méditation publique — 1 Jean 2:7-11 — Le commandement ancien et le commandement nouveau
Table des matières complète :
2.2 Deuxième et Troisième Épître
3 Première méditation publique — 1 Jean 1:1-4 — La communion avec le Père et le Fils
3.1 Similitudes avec l’épître aux Hébreux
3.2 Ch. 1:1 — Dès le commencement
3.3 Ch. 1:1 — La Parole de vie
3.4.2 Ce qui est spécifique à Jean par rapport à Pierre, Jacques et Paul
3.5 La Personne du Seigneur Jésus, non pas Christ dans la gloire
3.6 Application à des hérésies récentes
3.7 Ch. 1:1 — Christ vrai homme
3.7.3 La Parole de vie pour tous — Ch. 1:2
3.8.2 Identité de « la vie », « la vie éternelle », « la Parole »
3.8.3 Manifestation de la vie éternelle quand le Fils de Dieu est devenu homme
3.8.4 Tirer profit aujourd’hui des communications de l’apôtre
3.9.1 La communion des apôtres demeure
3.9.2 Une communication pour remplir de joie tous les croyants
3.9.3 Des mesures variables de réalisation
3.9.4 Importance de savoir ce qu’est notre vie, la vie de Christ, la vie éternelle
3.9.5 Celui qui a le Fils a la vie — La communion avec le Père et le Fils
4 Deuxième méditation publique — 1 Jean 1:5-10 — Dieu est lumière, et les « si nous disons »
4.1.1 Rappel du contenu du début de l’épître
4.1.2 Un message lié à la manifestation de Dieu
4.1.3 Absence de tout bien dans l’homme (Juifs et Gentils), et grâce de Dieu
4.2.1 Le message de la part de Christ, que Dieu est lumière
4.2.2 Le christianisme fait connaître Dieu comme lumière. Ce que cela signifie
4.3 Ch. 1:6 — Le premier « si nous disons »… communion et marche dans les ténèbres
4.3.1 Un écart flagrant du christianisme. Sens du mot « nous »
4.3.2 Interpréter correctement la Parole : le contexte, la direction de l’Esprit Saint, ne pas rester aux choses élémentaires
4.3.3 La vie éternelle, une réalité vivante à la base de la communion
4.3.4 Signification de marcher dans la lumière et marcher dans les ténèbres
4.3.5 Une relation implique une responsabilité
4.3.5.1 Les professants. Marcher selon ou dans la lumière
4.3.5.2 Dieu prive-t-Il de lumière si on a manqué ?
4.4 Ch. 1:7 — Les trois marques essentielles du chrétien
4.4.1 Le premier privilège chrétien : la marche dans la lumière
4.4.2 Deuxième privilège chrétien : la communion les uns avec les autres
4.4.3 Troisième privilège chrétien : le sang de Jésus Christ purifie de tout péché
4.4.3.1 Efficacité du sang de Christ
4.4.3.2 Égoïsme de l’homme. Communion, gardée et maintenue par la mort de Christ
4.4.3.3 Lavage par l’eau et application du sang
4.4.3.4 Unicité du sacrifice de Christ
4.4.3.5 Purification par le sang
4.5 Ch. 1:8 — Le deuxième « si nous disons »… pas de péché
4.7 Ch. 1:10 — Le troisième « si nous disons »… « nous n’avons pas péché »
4.7.2 L’éthique, ou la morale sans Dieu
4.7.5 « Sa Parole n’est pas en nous »
4.7.6 Ce que veut dire marcher dans les ténèbres sans avoir de lumière — És. 50:10
4.7.7 Le vrai chrétien marche toujours dans la lumière, pas dans les ténèbres
4.7.8 La marche dans la lumière selon le v. 7
5 Troisième méditation publique — 1 Jean 2:1-2 — Restauration de la communion
5.1.1 Les v. 1-2 se rattachent au ch. 1. Le sujet change au v. 3
5.1.2 Rappel du contenu du ch. 1
5.1.3 1 Jean : Faire face à la préparation de l’apostasie
5.2 Ch. 2:1 concerne des manifestations de la chair dans le croyant
5.3 Bien comprendre ch. 1:7. Marcher dans et selon la lumière
5.4.1 Son acharnement contre l’homme. Importance de l’homme pour Dieu
5.4.2 Où mène l’incrédulité quant à la Parole de Dieu
5.5 Dieu est actif. Le Père a des pensées et des affections à partager
5.5.1 Dieu a achevé Sa révélation. Le Saint Esprit demeure
5.5.2 Le plaisir de Dieu dans le Fils est placé devant nous
5.5.3 Les pensées de communion vont au-delà de notre salut personnel
5.6 Ch. 2:1 — Restauration de la communion interrompue
5.6.1 Le chrétien a droit à une joie accomplie
5.6.1.1 Actes 16. La prison de Philippes
5.6.1.2 Tous les saints sont concernés
5.6.2 « … afin que vous ne péchiez pas »
5.6.2.1 Le péché : une offense à la nature de Dieu, non pas une simple infraction à la loi
5.6.2.2 Le péché est plus grave pour un chrétien qu’en Israël
5.6.3.2 Le péché comme un bête sauvage à enchaîner
5.6.3.3 Travail de l’avocat avant même toute repentance
5.6.4 Un avocat en haut, un avocat sur la terre : Le Saint Esprit
5.6.5 Différence entre avocat et sacrificateur
5.6.5.1 L’épître aux Hébreux par rapport à 1 Jean
5.6.5.2 Il n’y a pas d’application répétée du sang
5.6.5.3 Ne pas confondre le lavage d’eau par la Parole et l’application du sang
5.6.5.4 La purification continuelle
5.6.5.5 Le rôle de la sacrificature est de secourir et sympathiser
5.7 Jésus Christ : le Juste et (ch. 2:2) la propitiation pour nos péchés
5.7.2 Ch. 2:2 — La propitiation pour nos péchés
5.7.3 Les deux boucs de Lév. 16
5.7.4 Autres passages sur propitiation et substitution
5.7.5 Propitiation pour le monde entier
5.7.6 Rédemption ou rachat — et achat
5.7.7 Héb. 2:9, 10 — Christ a goûté la mort pour tout
6 Quatrième méditation publique — 1 Jean 2:3-6 — Les deux tests de la vie
6.1 Le chrétien a la même vie que Christ
6.1.1 1 Pierre 1:2 — Sanctifiés pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ
6.1.2 La vie éternelle n’est pas sous condition d’obéissance
6.1.3 Participer dès maintenant aux choses éternelles
6.2 1 Jean 2:3-4 — le premier test de la vie : l’obéissance
6.2.1 L’obéissance premier signe de la vie
6.2.1.1 L’exemple de Paul (Actes 9)
6.2.1.3 L’obéissance de Christ
6.2.1.4 Le cas de Judas et ses miracles
6.2.1.6 Le principe d’obéissance a une très vaste application
6.2.1.7 La place de l’obéissance comme premier test est appropriée
6.2.1.8 Qu’est-ce que garder les commandements ?
6.2.1.9 Obéir est la première étape pour ouvrir l’esprit
6.2.1.10 Garder les commandements, ce n’est pas garder la loi de Moïse
6.2.1.11 Pourquoi Dieu parle avec autorité
6.2.1.12 Commandement de croire et de se repentir
6.2.1.13 La première étape quand on aime, c’est de se plaire à obéir
6.3 1 Jean 2:5 — Garder la Parole
6.3.1 La Cène et la Baptême sont-ils un commandement ?
6.3.2 Une image illustrant ce qu’est garder la Parole
6.3.3 La Parole permet de comprendre ce qu’est la volonté de Dieu
6.3.4 Ch. 2:4 — Garder les commandements est la toute première étape
6.3.5 Ch. 2:5 — L’amour de Dieu pratiqué par l’obéissance
6.3.6 L’exemple du Seigneur selon Ps. 40 et Héb. 10
6.4 Savoir que nous sommes en Lui (2:5b)
6.4.1 Être en Christ : Jean 14:20
6.4.1.1 Le Seigneur dans le Père
6.4.1.2 Les disciples en Christ
6.5 1 Jean 2:6— Deuxième test. Profession de demeurer en Christ
7 Cinquième méditation publique — 1 Jean 2:7-11 — Le commandement ancien et le commandement nouveau
7.1 L’obéissance est le premier test de la vie nouvelle
7.2 Christ est la vie du chrétien. La vie est donnée par Dieu
7.2.1 Christ est la vie du chrétien
7.2.2 Distinction d’avec la vie naturelle, celle des animaux
7.2.3 Immortalité de l’âme. Pas de non-existence pour l’homme. Le suicide
7.2.4 Le croyant reçoit la vie éternelle de Christ Lui-même
7.2.5 La vie nouvelle est source d’amour
7.2.8 2:7. Précisions sur la traduction
7.3 Le commandement ancien (2:7) en Jean 13:34-35
7.3.1 Le commandement de Jean 13
7.3.2 « Dès le commencement » en 2:7
7.3.3 Différence avec aimer son prochain
7.3.4 Un commandement ancien, avant la mort et la résurrection de Christ
7.4 Ch. 2:8 — Le commandement nouveau
7.4.1 Comment le commandement ancien peut-il être nouveau ?
7.4.2 Le commandement est nouveau parce que désormais vrai dans les Siens
7.4.3 Le commandement ancien était sans puissance, contrairement au commandement nouveau
7.5 Ch. 2:8 — Les ténèbres s’en vont, et la vraie lumière luit déjà
7.5.1 Les ténèbres ne sont pas encore passées
7.5.2 Les ténèbres s’en vont dans les saints
7.5.3 La vraie lumière luit déjà
7.6 1 Jean 2:9-10 — Pas de haine des frères quand on est dans la lumière
7.7 1 Jean 2:11— La marche dans les ténèbres et l’aveuglement
7.7.1 Seul celui qui croit vraiment a le droit d’être enfant de Dieu
7.7.2 Pas de doute en Christ ou dans Sa Parole — L’opposé de l’aveuglement
7.8 Sur l’aveuglement ôté : Encore les deux tests de la vie
7.8.1 L’obéissance vient en premier
7.8.3 Obéissance extérieure et loi de la liberté
7.8.4 Obéir en souffrant : Différence d’avec la résistance passive (Actes 5)
7.8.5 L’amour, une énergie qui s’épanche à l’extérieur
7.8.6 Abonder en amour comme les Thessaloniciens
Le lecteur chrétien supportera, je l’espère, quelques mots d’ordre plutôt personnel. Personne aujourd’hui n’a plus de raisons de louer Dieu pour ces épîtres que celui qui présente cet exposé. La première de ces trois épîtres a été extrêmement bénie pour son âme il y a plus de 60 ans. Il avait été converti à Dieu sans intermédiaire humain, mais restait abattu sous le sentiment du péché qui était en lui. Un ami chrétien suggéra que le témoignage de Dieu en 1 Jean 5:9, 10 était Sa réponse aux questions qui me tourmentaient ; le Saint Esprit s’en servit pour donner désormais le repos dans le Fils de Dieu et dans Son œuvre expiatoire.
Depuis lors, cela a été une grande joie, d’abord d’apprendre, puis après avoir appris, d’enseigner d’autres chrétiens selon ma petite mesure. Car presque tous les croyants que j’ai connus ont trouvé particulièrement difficile de s’approprier cette précieuse portion des Écritures. Cela ne vient pourtant pas d’une quelconque difficulté de langage, qui est tout simple, mais en partie de leur propre carence spirituelle, et en partie de la profondeur de la vérité lorsqu’elle développe la dignité personnelle du Sauveur, et la plénitude de Sa grâce envers les enfants de Dieu. Ces croyants donc, étaient déjà lents à comprendre la communion que l’apôtre invite à avoir avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ, et ils étaient encore plus lents à en jouir.
Après des années de travail, un peu partout en Grande Bretagne, et quelque peu aussi à l’étranger, où j’ai aidé les âmes à sonder spécialement ces épîtres par l’Esprit de grâce, je suis reconnaissant de publier ce volume, même s’il ne couvre pas tout ce qu’on serait en droit d’attendre. Toutefois, Celui qui a inspiré cette Parole écrite ne manquera pas de guider dans la vérité ceux qui s’attendent à Lui pour elle. Puisse le lecteur compter sur l’amour divin en Christ, et avoir sa joie accomplie : ce que Jean a écrit a été expressément donné dans ce but.
Londres, le 20 avril 1905
Le plan ou la structure de cette épître courte mais importante, est simple. Son fondement est posé dans les quatre premiers versets du ch. 1, la Parole de vie incarnée. Car la vie éternelle, la vie qui était auprès du Père, a été manifestée à des témoins choisis de la manière la plus complète possible ; et ce qu’ils ont vu et entendu, ils l’ont rapporté aux croyants, pour qu’ils puissent avoir la même communion que les apôtres (Actes 2:42). C’était en effet une communion sans pareille : la communion avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ. Et ces choses, « nous » (comme si c’était au nom de tous) vous les écrivons afin que votre joie soit accomplie.
Cette manifestation de Dieu en Christ est inséparable du message de responsabilité chrétienne des v. 5 à 10. Ce message met en lumière le caractère de Dieu pour influer sur la marche de ceux qui invoquent le nom du Seigneur, et il montre l’inconséquence absolue de ceux qui disent sans faire.
Un supplément est ajouté en 2:1-2 où réapparaît le nom de Père omis dans la partie du ch. 1 relative aux tests. Car bien que tous aient la responsabilité de ne pas pécher, si quelqu’un le fait quand même, l’amour divin opère pour restaurer ; et nous avons un Avocat auprès du Père, Jésus Christ non seulement le Juste, mais la propitiation pour nos péchés, et d’une manière plus générale, pour le monde entier.
Comment alors la réalité dans le chrétien est-elle prouvée ? Les v. 3 à 11 le montrent. D’abord par l’obéissance (2:3-6), mais aussi nécessairement par l’amour (2:7-11) — ce qui est authentique est mis en évidence positivement, et ce qui est faux est mis en évidence négativement.
Ensuite (2:12-28) nous avons un développement sur les différents degrés de maturité dans la famille de Dieu. Vus comme ensemble, ils sont les chers enfants (te???a) — comme en 2:1, 12, 28 et 3:7, 18 et 5:21 — auxquels l’apôtre écrit parce que leur péchés leur ont été pardonnés par le nom de Christ. Mais dans cette parenthèse instructive, la famille comprend 1) des « pères », parce qu’ils connaissaient Celui qui est dès le commencement, la Parole éternelle manifestée en chair ; 2) des « jeunes gens » parce qu’ils étaient forts, avec la Parole de Dieu demeurant en eux, et qu’ils avaient vaincu le méchant ; et 3) « les petits enfants » parce qu’ils connaissaient le Père. L’apôtre repasse tout en revue, répétant la même chose pour les pères, allant plus loin pour les jeunes gens, et encore plus pour les petits enfants qui sont spécialement visés par les antichrists et leurs efforts pour égarer ; les petits enfants sont donc spécialement prémunis.
Puis à partir de 2:28, le sujet général est repris sous forme d’une exhortation aux « chers enfants » vus dans leur ensemble, cette exhortation étant de demeurer en Christ, afin que, s’Il est manifesté comme Il le sera sûrement, les ouvriers parmi lesquels se met l’apôtre aient de l’assurance au lieu d’être honteux de leur défection. Puis il passe (2:29) à la justice pratique comme témoin de ce qu’on est né de Dieu. Une nouvelle fois ici, l’apôtre bifurque vers une digression courte, mais bien à propos, en 3:1-3 sur l’amour du Père, qui est le motif et la puissance nécessaires pour fortifier et encourager l’âme dans le chemin étroit de la justice pratique. Alors en 3:4-7, viennent bien à leur place la personne et l’œuvre de Christ dans une séparation absolue du mal, et son efficace pour ôter nos péchés, — tout cela pour inculquer que quiconque demeure en Lui ne pèche pas, et que quiconque pèche ne l’a pas vu, ni ne l’a pas connu. Le reste du chapitre est consacré au contraste de ceux qui sont du diable, d’abord avec la justice des enfants de Dieu, en principe et en pratique, ensuite à partir de 3:11, avec l’amour mutuel des enfants de Dieu, contrairement à Caïn et au monde où règne la haine. Il n’y a que Dieu pour regarder à la réalité jusqu’au fond, dans les petites choses comme dans les grandes, tandis que nous devons assurer nos cœurs devant Lui, ce qui ne peut avoir lieu que dans l’obéissance et la foi au nom de Son Fils Jésus Christ. Or celui qui obéit ainsi, demeure en Dieu et Dieu en lui, et l’Esprit qui a été donné en est la puissance.
Ici cependant, il faut un discernement spécial, et la vérité est essentielle pour ne pas être égaré. Le moyen de protection est donc fourni en 4:1-6. Le premier test contre l’erreur est Jésus Christ venu en chair que le Saint Esprit glorifie toujours, tandis que l’esprit qui ne le confesse pas n’est pas de Dieu. Le second test n’est pas la loi et les prophètes (pourtant parfaitement inspirés), mais le nouveau témoignage de Christ rendu par les apôtres et prophètes. Celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas. Le Nouveau Testament aussi est indispensable pour préserver de l’esprit d’erreur.
À partir de 4:7 le sujet de l’amour mutuel est repris et largement développé ; il est montré que cet amour mutuel est de Dieu et est inséparable du fait de L’aimer et Le connaître Lui. Ceci introduit la manifestation de l’amour de Dieu à notre égard, parce qu’Il a envoyé Son Fils unique afin que nous vivions par Lui, car nous étions morts, et plus encore, afin qu’Il meure comme propitiation pour nos péchés, car nous étions des coupables. Dès lors que Dieu nous a tant aimé, nous devons assurément nous aimer l’un l’autre ; et si nous le faisons, Dieu demeure en nous et Son amour est consommé [rendu parfait] en nous, au lieu d’être entravé. Si Christ au commencement a fait connaître Dieu que personne n’a jamais vu, c’est ce à quoi nous sommes aussi appelés maintenant. Or il y a une puissance suffisante en ce qu’Il nous a donné de Son Esprit ; et ceci est vrai de tous ceux qui confessent que Jésus est le Fils de Dieu, selon le témoignage que le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde : Son amour en nous que nous avons connu et cru. Mais ceci n’est pas encore son niveau maximum. Car l’amour est consommé [rendu parfait] en nous afin que nous ayons toute hardiesse au jour du jugement, par ce que tel qu’Il est Lui, ainsi nous sommes aussi dans ce monde — déclaration d’autant plus surprenante quand on la compare à 3:2. La crainte est ainsi chassée par l’amour parfait, et l’on peut affirmer pleinement : Nous, nous aimons parce que Lui nous a aimés le premier. Ce chapitre se termine par l’exposé des fausses prétentions à aimer Dieu sans aimer son frère : les deux choses vont nécessairement ensemble.
5:1-5 suppose la question suivante, et y répond : Qui est notre frère ? « Quiconque croit que Jésus est le Christ est engendré de Dieu ». Ainsi l’apôtre souligne le côté élevé de la relation, mais il n’est pas moins explicite qu’aimer le Père implique qu’on aime l’enfant, et que la preuve qu’on aime Ses enfants est quand on L’aime Lui et qu’on garde Ses commandements. L’aimer c’est obéir ; et ses commandements ne sont pas pénibles, mais bons et remplis de bénédiction et de consolation. Ce n’est pas étonnant, car quiconque est engendré de Dieu est victorieux du monde ; et c’est la foi qui a acquis cette victoire. Voulez-vous plus de précision ? « Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? »
En 5:6-12, nous avons les trois témoins avec un seul témoignage à Jésus et à la vérité qui est en Lui — l’Esprit, l’eau et le sang : non pas seulement la purification et l’expiation, mais le Saint Esprit comme puissance de réalisation. Dans le premier homme, il y avait le péché et la mort ; la vie éternelle est dans le Second Homme pour jouir en Esprit du Père et du Fils, ce qui ne peut être que parce qu’Il a donné cette vie éternelle et que nous l’avons dans Son Fils.
À partir de 5:13, nous avons la conclusion. Comme l’apôtre avait commencé avec le Fils incarné comme objet de la foi, et avec les moyens de cette communion merveilleuse jusqu’à une plénitude de joie, ainsi il termine en disant qu’il a écrit ces choses afin que nous sachions dans notre conscience intérieure que, comme croyants, nous avons la vie éternelle. Il parle à nouveau de la hardiesse qu’une telle grâce inspire lorsqu’elle demande ce qui est en accord avec la volonté de Dieu ; la seule exception qu’il fasse est le cas d’un croyant qui est sous la discipline de Dieu pour avoir péché dans des circonstances spéciales, et qui, à cause de cela, n’est plus laissé ici-bas. Dans les dernières paroles à partir de 5:18, l’apôtre répond aux brumes naissantes du Gnosticisme, qui apprend toujours sans jamais parvenir à la connaissance de la vérité (2 Tim. 3:7), par le moyen de la conscience intérieure des saints, profonde et éclatante, d’abord d’une manière abstraite dans le fait que celui qui est né de Dieu est préservé du péché et de Satan ; deuxièmement dans la connaissance personnelle que nous sommes de Dieu, faisant ainsi contraste avec le monde entier qui est sous la puissance du méchant ; et troisièmement, dans la même connaissance personnelle du grand objet de la foi, le Fils, avec l’intelligence qu’Il a donné pour connaître le Véritable, et pour être en Lui, dans Son Fils Jésus Christ : Lui est le Dieu véritable et la vie éternelle. Il est aussi le moyen d’être gardé des idoles.
Ces épîtres sont si simples dans leur objet et dans leur structure, — même si elles sont très importantes pour la vérité et ceux qui l’aiment — que quelques mots suffiront.
La sœur, une dame qui n’est pas nommée, est avertie solennellement de ne pas recevoir quelqu’un qui n’est pas vrai quant à la doctrine de Christ, c’est-à-dire la doctrine de Sa personne, fondement et substance de toute vérité.
Le frère, qui est bien sûr nommé, se trouvait en face de l’opposition d’une personne ou d’un parti ; il est exhorté à persévérer dans l’amour qui l’a caractérisé, et à recevoir les âmes fidèles sorties pour le Nom, même s’il s’agit d’étrangers.
La sagesse, tout comme la valeur, de ces lettres sont grandes. Les femmes en particulier peuvent éprouver une grande difficulté à refuser des hommes de bonne apparence et apparemment zélés pour l’œuvre du Seigneur. Ce peut être un évangéliste, béni en son temps pour gagner des âmes, ou un ancien comme certains d’Éphèse, que Paul signale comme allant s’écarter. Mais quand l’esprit d’erreur est répandu, la vérité décide, et non pas le service simplement. Par ailleurs le bon frère n’a pas à s’inquiéter de la colère d’un Diotrèphe, mais à accueillir ceux qui vont de l’avant vraiment pour le nom du Seigneur ; c’est ainsi qu’il encourage un Démétrius qui aurait pu autrement être mis au silence avec sévérité. Combien le Saint Esprit est admirable pour donner des conseils pour nous guider au mauvais jour !
La Première Épître de Jean
Le lecteur qui n’est pas un érudit peut être tranquille que les meilleurs et les plus anciens manuscrits n’ont aucune variante de quelque importance doctrinale [note Bibliquest : le reste de la note n’a pas été traduit, et ne traite que de variantes mineures du texte]
Aucune autre épître ne commence de manière plus NOBLE, — quoique l’épître aux Hébreux soutienne bien la comparaison, — mais son style est différent de celui de toutes les autres épîtres, avec de bonnes raisons pour cela. Ces deux épîtres, sans aucune préface d’aucune sorte, introduisent d’emblée le Fils incarné, la Parole faite chair : l’une le fait pour fixer l’œil de la foi chez les Juifs qui confessaient Jésus comme le Christ, sur Sa personne glorieuse et Son office dans le ciel, fondé sur Son œuvre rédemptrice ; l’autre épître le fait pour préserver partout les croyants de toute innovation doctrinale ou pratique en leur rappelant « Ce qui était dès les commencement » dans la grâce et la gloire immuables de Sa personne tel qu’Il s’est manifesté sur la terre, réellement Dieu et homme unis en Lui pour toujours. La caractéristique de ces épîtres, c’est l’Homme monté au ciel pour l’une, et Dieu descendu en Christ donnant la vie éternelle, pour l’autre. Néanmoins, l’épître aux Hébreux donne aussi un riche déploiement de Sa personne, et cette première épître de Jean présente pleinement Son œuvre expiatoire tout du long.
Il est à noter aussi que ces deux épîtres [Hébreux et 1 Jean] omettent à la fois le nom de l’auteur et l’identité des destinataires. Comme raisons principales de cette particularité — même si d’autres raisons peuvent s’y être rajoutées — il y a la suprématie de Christ mise devant les cœurs, et le désir de la graver le plus possible sur les lecteurs selon la volonté de Dieu le Père. Dans la sphère directe de son ministère parmi les nations, l’apôtre s’adressant aux Gentils n’avait pas manqué de dire — ni d’agir en conséquence, — que l’évangile est la puissance de Dieu en salut à quiconque croit, au Juif premièrement et au Grec (Rom. 1:16) ; et vers la fin, dans l’épître aux Hébreux, il envoie son dernier message aux croyants en s’effaçant lui-même d’une manière précieuse. En effet, tandis qu’il présente le Seigneur comme l’Apôtre et le Souverain Sacrificateur de la confession chrétienne (combinant les types de Moïse et d’Aaron, tout en étant bien au-dessus d’eux), il n’applique ces titres ni aux Douze ni à lui-même ; et tout du long de l’épître, il écrit plutôt comme un docteur chrétien le ferait en expliquant l’Ancien Testament (quoique seul un homme inspiré le pouvait), que comme quelqu’un qui révélait des vérités nouvelles avec l’autorité d’un apôtre et prophète.
En outre, son amour pour ses frères selon la chair pouvait bien suggérer, au moins au commencement, de laisser son nom en retrait, car il connaissait leurs préjugés contre quelqu’un de si jaloux envers tout ce qui enfreignait la liberté des Gentils ; tandis que son allusion à Timothée à la fin de l’épître (Héb. 13:23) désignait le grand ami de Timothée, auteur de l’épître, une fois le terrain préparé par celle-ci, et les cœurs remplis, par le moyen de la vérité, de Celui qui leur parlait des cieux (Héb. 12:25).
Une autre considération peut avoir joué : c’est le principe figurant dans la recommandation de notre Seigneur (aux Douze en Luc 9, non pas aux soixante-dix en Luc 10:4) de ne saluer personne en chemin. C’était une mission finale. Les temps de danger grave et de ruine imminente requièrent d’agir en urgence, et la déférence montrée par une salutation en chemin devait céder le pas à la solennité d’un message accompagné d’une malédiction terrible sur ceux qui le méprisaient. Ceci peut avoir aussi compté pour ces serviteurs de Dieu inspirés. Car l’un apportait ses dernières paroles à ses frères Juifs avant la destruction de la ville et du temple, pour qu’ils aient désormais leurs cœurs fixés sur le sanctuaire céleste, et qu’ils sortent vers Lui hors du camp, portant Son opprobre, avant que la crise de jugement ne les y contraigne. L’autre serviteur écrivait à la famille de Dieu de manière toute aussi pressante, en face non pas simplement du mal en train de s’infiltrer, mais devant le caractère encore bien plus terrible de la « dernière heure » arrivée pour les chrétiens, et à cause de « plusieurs antichrists » sortis du milieu d’eux en opposition ouverte, mais « ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous » (2:18, 19).
Quoi qu’il en soit, tout croyant a la certitude que le Saint Esprit avait les meilleures raisons pour guider ces deux apôtres à écrire de cette manière si inhabituelle consistant à cacher leur nom. Passons maintenant au début de cette première épître de Jean.
Le premier verset implique que l’évangile de Jean était déjà écrit et connu des lecteurs. Sinon comment pouvait-on comprendre la Parole de Vie ? Une telle phraséologie serait incompréhensible si nous n’avions pas Jean 1 qui nous révèle beaucoup au sujet de Celui qui est cette Parole de Vie. Mais si l’évangile tout seul prépare la voie pour les paroles introductives de cette épître, il y a pourtant une différence notable, qui est non seulement du plus haut intérêt, mais d’une immense valeur comme témoignage à la vérité.
Dans cet évangile nous lisons : « Au commencement était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu et la Parole était Dieu ». Ce déploiement unique de grâce et de vérité était dû à Celui dont la gloire n’avait jamais été révélée si simplement, et pourtant si profondément, et il était bien digne de Lui. Il y a un contraste frappant avec le mysticisme philosophique de Philon, le Juif d’Alexandrie, partiellement contemporain de l’apôtre, mais le croyant voit bien qu’il en est totalement différent. Aucun des évangiles n’a une introduction telle que celle des 18 premiers versets de ce chapitre. Le premier titre de Christ qu’on y trouve est « la Parole ». « Au commencement » (Jean 1:1, 2) signifie avant la création : la preuve en est clairement donnée au v. 3 qui attribue à la Parole l’existence de tout l’univers. Il a donné à toutes choses leur existence de manière si absolue que rien n’a existé en dehors de Lui. Mais remontez dans le temps aussi loin que vous pouvez en pensée, Il était en essence auprès de Dieu, ayant pourtant son existence personnelle comme Dieu, en contraste avec toutes les créatures. Il n’est pas question de durée qu’on pourrait isoler dans l’éternité avant la création ; mais Lui était « au commencement ». L’absence d’article en grec [litt.: « en commencement »] est une belle manière de faire passer une vérité que notre langue n’arrive pas à exprimer ici. S’il y avait eu l’article en grec, cela aurait fixé l’attention sur un point déterminé et connu, tandis que l’idée est justement d’exclure une telle pensée et de caractériser Son être incréé par une phrase qui admet ce qui est sans limite. « Au commencement Dieu créa » etc…, c’est ce qui commence le temps ; « au commencement était la Parole » laisse la porte ouverte à ce qui est éternel. C’est pourquoi il est juste de dire que Jean 1:1 est antérieur à Genèse 1:1. Mais s’il nous est là dit qu’ « au commencement était la Parole », le v. 14 nous dit que « la Parole devint chair » dans le temps. La première épître commence avec le fait si merveilleux du côté de Dieu, si riche en bénédiction pour les saints, et pour les pécheurs aussi, car nous en étions tous auparavant. Non seulement la Parole était éternellement, mais au temps convenable la Parole est devenue chair. En conséquence dans l’épître, nous ne trouvons pas ce qui était « au commencement » mais « dès le commencement ».
C’est la même expression dont se sert Luc, écrivain inspiré, pour donner sa présentation si caractéristique de la vie du Seigneur ici-bas — sous la direction du Saint Esprit bien sûr. Il ne commence pas comme Marc avec le ministère du Seigneur dans l’évangile, le « commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu ». Luc remonte plus loin, ayant suivi toutes choses depuis le commencement. En conséquence, il est celui qui, plus que tout autre, nous présente le Seigneur dans les premiers jours de Sa jeunesse. Sa sainte humanité est précisée, et nous voyons le bébé dans la crèche et dans le temple, avec Siméon et Anne pour lui rendre hommage, et avec tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la délivrance pour lui rendre témoignage. Quel coup d’œil sur Sa croissance dans la maison paternelle, avant et après la scène touchante du temple où il était assis parmi les docteurs, les écoutant et posant des questions ! Tous Ses auditeurs étaient étonnés de Son intelligence et de Ses réponses. En bref, Luc présente donc le Seigneur « depuis le commencement » (1:3) comme homme sur la terre, plus pleinement que tout autre. Même s’il nous parle d’autres qui ont transmis les choses qui sont reçues parmi nous, il les décrit comme ceux qui, « dès le commencement » (1:2), ont été les témoins oculaires et les ministres de la Parole.
Nous notons ensuite cette expression singulière : « la Parole de Vie ». Elle est en effet en liaison très étroite avec l’objet principal de l’épître ; mais la première mention est amenée sans aucune préparation, et sans l’introduction de Jean 1 dans l’évangile. Nous sommes soudain introduits tout d’un coup dans le thème auguste et divin que le Saint Esprit a daigné aborder et nous communiquer. Quel témoignage au Seigneur n’était-ce pas, de commencer là par la Parole, un Nom éternel, mais avec l’humanité entrée maintenant dans Sa personne ! Les petits enfants, et même l’apôtre Jean, doivent se retirer ; personne ne doit être mentionné sinon l’objet de la foi pour l’homme. La Parole, la Parole de vie, est introduite d’emblée devant les yeux du croyant. Pouvait-on mieux montrer la révérence qui remplissait le cœur de l’apôtre, ou celle que nos cœurs Lui doivent ? Mais ici, il vaut la peine de le noter, nous commençons avec l’Homme-Parole de vie, et on peut ajouter comme un autre point important, avec l’Homme-Parole de vie sur la terre, non pas dans les cieux. L’homme glorifié sur le trône de Dieu en haut a beaucoup d’importance chez l’apôtre Paul. Ici, d’un autre côté, il est pris le plus grand soin pour montrer d’abord la Parole lorsqu’Il marchait ici-bas, non pas avant d’être fait chair comme au v. 2, ni après Sa mort et Sa résurrection comme ailleurs dans l’épître. Ces positions ou ces états de notre Seigneur apparaissent de façon appropriée à leur place, mais l’apôtre traite ici de la vie éternelle manifestée sur la terre avec des preuves exactes et complètes, ainsi que de son importance majeure pour avoir communion avec le Père et le Fils, pour la plénitude de joie de tous ceux qui partagent cette communion dans la grâce de Dieu. C’est pourquoi, ce que l’apôtre nous fait entendre tout de suite, c’est son rapport sur la Parole de vie telle que les disciples L’ont vu et entendu (*) sur la terre.
(*) Note Bibliquest : nous maintenons « vu et entendu » au masculin, car W. Kelly vise bien le Seigneur-Homme lorsqu’il parle de « la Parole ».
« Ce qui était dès le commencement ». C’était vrai avant que quiconque L’ait vu. « Ce que nous avons entendu ». C’est le moyen par lequel les nouvelles sur le Seigneur Jésus ont atteint leurs oreilles. Les premiers apôtres étaient disciples de Jean Baptiste ; et le privilège de Jean (bien que ce ne soit pas spécifié ici) était d’avoir été l’un des premiers à rejoindre le Seigneur Jésus. Eux, comme d’autres, ont entendu parler du Seigneur par le moyen de Son héraut, avant de L’avoir vu. Ce fut en fait le témoignage de Jean le Baptiseur rendu au Seigneur qui amena deux de ses disciples à le quitter, au moins ultérieurement, pour suivre Christ. L’un d’eux ne fut pas Simon Pierre, mais André le frère de Simon. Il n’y a pas lieu d’avoir aucun doute ou de voir aucune difficulté à identifier son compagnon — l’écrivain de l’Évangile et des épîtres [Jean]. C’est bien sûr d’un grand intérêt pour tous de savoir que Jean a été si tôt dans le champ, avec André. Pour cette raison, et pour d’autres encore meilleures, Jean convenait le mieux pour nous parler de la Parole de Vie. Mais le Saint Esprit l’a conduit à parler de « nous », les témoins choisis, en termes assez généraux : « ce que nous avons vu de nos yeux ». C’est exactement ce qu’ils avaient entendu : « Voilà l’Agneau de Dieu ». Ils avaient entendu ce témoignage, ils avaient vu de leurs yeux cette Personne bénie ; ils « suivirent Jésus » et « demeurèrent avec Lui ce jour-là ». Tel a été le commencement du lien divin entre le Seigneur Jésus et les disciples. Qui mieux que Jean, surtout si nous tenons compte de la place particulière qu’il a eue dans les affections du Seigneur même parmi les Douze, — qui mieux que Jean avec son style si particulier, convenait pour tout nous exposer, dans la puissance du Saint Esprit ?
Mais le retard est aussi remarquable. Nous aurions pensé que le meilleur moment pour faire connaître aux saints tous ces souvenirs intimes, c’était quand ils étaient encore tous frais dans le cœur et dans la mémoire. Mais Dieu a dirigé les choses pour que la vérité soit retenue de la plume de l’apôtre pendant au moins 50 ans, sans pour autant, bien sûr, être cachée dans son cœur. Or la manière de Dieu est toujours la plus sage et la meilleure pour tous, même si l’homme vain préfère la sienne [dont l’intérieur est comme l’apparence, tout creux]. Mais le Saint Esprit veillait à donner ici la manière plus intelligente de s’attendre à Dieu pour que Sa volonté soit faite. C’était Son temps et Sa manière que l’apôtre Jean, qui était parmi les premiers témoins, demeure pour être le dernier. C’est à lui qu’il revint de communiquer à l’Ange de l’assemblée à Éphèse (si brillante au temps où l’apôtre Paul lui écrivait, sur le tard dans sa vie) l’appel du Seigneur à se repentir et à faire les premières œuvres ; autrement il ôterait la lampe, à moins qu’ils se repentent. C’est à lui qu’il revint de communiquer à l’Ange de l’assemblée à Laodicée la menace du Seigneur de la vomir de Sa bouche, sans condition de repentance, quoiqu’il lui soit ordonné de se repentir. C’est avant l’envoi des lettres du Seigneur aux sept assemblées d’Asie que le dernier apôtre a écrit sur le mal fatal qui surgissait, et sur la « dernière heure » qui venait avec ses « plusieurs antichrists ».
Ceci donne un caractère à cette épître de Jean qui va au-delà de ce nous avons dans celles de Pierre et Jacques. Il y a un portrait de l’antichrist dans l’une des premières épîtres de Paul, bien qu’il ne soit pas nommé antichrist, mais homme de péché, fils de perdition et inique (2 Thes. 2:2). L’apôtre Jean est le seul à parler de l’ « antichrist », ainsi que de plusieurs antichrists déjà présents, précurseurs du grand antichrist à venir représenté en Apoc. 13:11-18 comme la Bête qui monte de la terre, avec ses deux cornes comme un Agneau, le faux prophète. Nous pouvons comprendre que celui à qui il a été donné de présenter Christ de manière si vivante dans Sa dignité divine, il lui soit aussi donné de faire le tableau de Son adversaire humain, rempli de et gouverné par Son ennemi spirituel Satan, et nommé antichrist. S’il y avait un cœur sur la terre capable de ressentir n’importe quel coup porté au Seigneur Jésus, c’est bien notre apôtre, qui jouissait de Son amour plus que les autres, et qui l’aimait, peut-être plus que les autres. En règle générale, le pécheur qui ressent le plus profondément ses péchés entre proportionnellement plus dans l’amour du Sauveur, comme Il l’a prouvé à l’homme et par l’homme qui n’avait aucun vrai sens ni de l’un ni de l’autre : celui à qui il a été beaucoup pardonné aime plus. Mais qui pourrait douter que le disciple bien-aimé ait eu un sens exquis de l’amour de Son Seigneur envers lui personnellement, et parallèlement un sens profond du péché ? Les apôtres Pierre et Paul appréciaient et ressentaient Son amour d’une autre manière, mais pas vraiment de la même manière. Rien d’étonnant donc à ce que Jean ait été choisi pour nous écrire des paroles d’amour fervent et de solennité profonde, des paroles de grâce et de vérité remarquablement adaptées à assurer le croyant en face des pires dangers pour les chrétiens sur la terre, et en face des efforts les plus insidieux pour renverser et renier le nom de Jésus. C’est exactement ce que nous voyons dans ces épîtres, spécialement la première.
Ainsi ce qui nous est présenté, c’est la personne du Seigneur Jésus, mais non pas comme reçu dans la gloire. C’est un objet admirable placé devant nous pour élever le croyant au-dessus des fausses gloires du monde, que l’Homme glorifié ; et la puissance de Sa résurrection est bien propre à offrir un ferme appui contre les prétentions religieuses terrestres. Saul de Tarse a été converti en voyant Christ dans la gloire par la puissance de l’Esprit : ceci devint son thème spécial, non seulement pour évangéliser, mais pour présenter Christ comme tête de l’Église, la grande vérité qu’on trouve chez lui plus que chez tout autre écrivain inspiré. Mais pour des raisons suffisantes et sages du Donateur de tout ce qui est bon, l’apôtre Jean remonte ici à Christ ici-bas, autant vrai homme que vrai Dieu. Son but n’est pas tant de Le montrer au ciel, mais plutôt de prouver que, tout en étant réellement homme, Il est une personne divine. L’Homme céleste a donné des privilèges glorieux dans la grâce de Dieu ; pourtant, après tout, ce qui est céleste doit céder la place à ce qui est divin. Dieu se sert de la relation céleste pour délivrer les saints de la tendance à avoir leurs pensées aux choses terrestres ; mais la vie divine en puissance déracine entièrement l’orgueil de l’homme, ses convoitises et sa volonté de s’élever, choses qui le font tomber sous l’influence de Satan dressé contre le Père et le Fils. Non seulement la pensée de la chair résiste à la seigneurie de Christ, mais elle est entièrement aveugle vis-à-vis de la plus grande gloire de Sa personne, qu’elle a par droit personnel et qui est bien au-dessus de celle qui lui a été conférée. L’apôtre Paul insiste plus sur la gloire qui Lui a été donnée. Jean se concentre particulièrement vers la gloire qui Lui appartient éternellement, non pas comme premier-né des morts, mais comme Fils unique. En cela, Il est seul. Paul parle d’union avec Lui pour les membres de Son corps ; Jean parle de l’amour du Père à ceux qui sont déjà maintenant Ses enfants. Rien d’étonnant que ce soit maintenant le moment de mettre de côté le service terrestre, y compris dans le sanctuaire à Jérusalem, et d’adorer le Père en esprit et en vérité comme de vrais adorateurs ; car le Père cherche des adorateurs de ce genre.
Cherchons à être vrai vis-à-vis du Seigneur, à garder Sa parole et à ne pas renier Son nom. La vérité développée dans cette première épître de Jean, est liée à la gloire personnelle du Seigneur, et elle a donc incontestablement pour but d’établir et de montrer le côté positif de la vie, comme étant en Lui, et pareillement dans les Siens, sur la terre. Parmi ceux qui sont au courant de l’erreur sur ce sujet répandue ces dernières années [note : écrit en 1905], personne de spirituel ne peut manquer de discerner combien la vérité dans l’évangile et les épîtres de Jean laisse cette erreur entièrement inexcusable, et l’exclut péremptoirement. Il est douloureux pour plusieurs d’entre nous d’avoir connu deux assauts contre le Seigneur, l’un dans les années 1840 et suivantes, et l’autre dans les années 1890 et suivantes, pendant que nous attendons la bienheureuse espérance et l’apparition de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ (Tite 2:13).
Aujourd’hui comme autrefois, il est tout aussi urgent que les enfants de Dieu restent attachés au Seigneur d’un cœur décidé, et qu’ils progressent dans l’approfondissement de la conscience de la vie éternelle en Lui, afin de mieux pourvoir aider les croyants les plus simples à savoir que cette vie leur appartient. C’est ainsi que la ruse de Satan se tournera pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon Son propos (Rom. 8:28). Ne soyez pas séduits par ceux qui essaient de se persuader eux et d’autres, qu’on a mal compris la nature et la portée des choses dans un domaine où elles étaient tout à fait claires. C’est toujours le cri quand on découvre le fond d’un enseignement qui n’est pas orthodoxe. On tente ensuite des explications spécieuses pour déguiser le mal, quand on n’arrive pas à le nier entièrement, afin d’éviter d’être détecté et discrédité. Ce n’est jamais ainsi là où il y a de l’honnêteté devant Dieu. Si un saint, vrai de cœur, se laissait entraîner par l’erreur, il ne serait que trop reconnaissant que ce soit mis à découvert, pour ensuite le rejeter dans la peine et l’humiliation. Mais cacher, minimiser et excuser une erreur si fondamentale est indigne de ceux qui ont, en son temps, souffert de tout ce qu’ils ont perdu dans le monde pour la vérité. Cela les expose au danger de se faire prendre par ce qu’ils ont altéré, ou de perdre le discernement spirituel. N’est-ce pas l’œuvre de l’esprit d’erreur ?
Le premier verset décrit notre Seigneur Jésus ici-bas comme un objet examiné de près et à fond, en toute intimité avec les disciples. Sa manière était aussi éloignée que possible de celle des potentats orientaux en particulier, qui affectent l’honneur et la gloire en tenant à distance même leurs grands. Approcher « le grand roi » sans y avoir été invité était passible de mort, comme chacun sait (Esther 4:11). La vie dépendait de ce que le roi tende le sceptre d’or pour qu’on le touche et qu’on vive. Mais le plus grand des plus grands est venu ici-bas dans l’humiliation de la grâce vers le moindre des moindres. Il n’a jamais rejeté un pécheur venant à Lui. Il a touché et guéri le lépreux. Il a pleuré au tombeau de celui qu’Il ressuscitait d’entre les morts. Qui était accessible comme Lui, toujours et pour tous ? Mais quelles occasions n’a-t-Il pas données de voir de leurs yeux, de Le regarder, et même de Le toucher, à ceux qui étaient expressément choisis « pour être avec Lui » ! (Marc 3:14). Impossible de douter que le Saint de Dieu était véritablement homme.
Il est pourtant bon de noter le « vu et entendu » du v. 3 : « ce que nous avons entendu » au v. 1 précède « ce que nous avons vu ». La vérité vient toujours d’abord par l’oreille, non par l’œil. Ils ont « entendu » et ils ont cru. La foi pour leurs âmes était par l’ouïe (Gal. 3:2, 5), non par la vue. Néanmoins, il fallait qu’ils voient Christ de leurs yeux, et qu’ils Le contemplent aussi pour être des témoins envers les autres, — non pas une fois en passant, mais « ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché ». Quelle vérité merveilleuse que le Créateur des cieux et de la terre devenant un homme, et permettant de pareilles preuves de Son humanité, au point que leurs mains Le touchent ! C’est aussi ce qu’Il a permis après sa résurrection des morts, sauf pour Marie de Magdala pour des raisons spéciales, mais pour les femmes de Galilée, et pour Thomas l’apôtre incrédule — « avance ton doigt » etc. C’est ainsi qu’il en a été quand le Seigneur était ici-bas, parce qu’Il savait bien d’avance l’affreux système de mal qui oserait nier la réalité de Sa nature humaine, et par anticipation il a fourni les preuves contre ce système. Il y a eu là Sa grâce même jusqu’à Sa mort pour nous.
D’un autre côté, la forme opposée du mal est dénoncée tout aussi sévèrement, et même plus, celle qui nie qu’Il était Dieu, le mettant au rang simplement d’un homme, certes doué d’un pouvoir sans égal, mais excluant Sa déité. Il était vraiment Dieu et homme, dans une seule personne. C’est pourquoi Il est appelé ici « la Parole de vie ». Tous les différents membres de phrase du v. 1 sont « concernant la Parole de vie ». Car la « vie », et dans ce cas, la vie spirituelle la plus élevée, n’appartient qu’à Dieu. Elle est distinct du pouvoir créateur (plus élevée que lui) comme nous l’apprenons de la comparaison entre les v. 3 et 4 de Jean 1. Le Seigneur Jésus est désigné ici sous cette appellation combinant « la Parole » et la « vie », en rapport avec le but de l’épître. « Et la vie a été manifestée » (1:2). C’était la vérité à établir ici, sans qu’il soit dit vis-à-vis de qui, mais on a simplement le fait général. C’était à chacun de voir, à tous ceux qui ont aperçu Christ notre Seigneur ; non pas des croyants seulement, mais aussi des non-croyants. Pour les non-croyants, c’était fortuit, sans effet vital, parce qu’ils n’étaient pas enseignés de Dieu à travers leur besoin de Lui ; car pour que voir Christ génère vraiment du fruit et de la bénédiction, il faut en venir à la vérité quant à nos péchés ; les non-croyants pouvaient quand même voir combien Il était merveilleux, sinon en Lui-même au moins dans Ses relations avec tout homme ou femme ou enfant qui s’approche de Lui. Mais à des yeux pareillement aveugles, Il ne faisait découvrir ni Dieu ni Lui-même comme Il le fit à la femme pécheresse dans la maison de Simon le Pharisien, ou à celle de Samarie, ou au brigand converti sur la croix. Eux ne pouvaient pas manquer de voir qu’il y avait en Lui quelque chose bien au-delà de l’homme. Chacun d’eux, à un moment crucial de leur vie, a été effectivement rendu capable d’entendre la Parole de vie. Si la première femme était déjà une âme croyante et repentante, puis amenée au pardon et à la paix, il semble indubitable que ce sont les paroles du Sauveur qui ont vivifié la Samaritaine, ainsi que le brigand crucifié, qui a discerné la grâce infinie et la dignité du Seigneur Jésus à l’heure où Il était dans la plus grande honte et le plus grand mépris.
« Et la vie a été manifestée » : c’est même la pensée-clef de l’épître. Ici elle a été manifestée, « et nous avons vu, et nous déclarons, et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée » (1:2). Il n’est rien dit ici sur le fait d’entendre. Il est tenu pour acquis qu’ils étaient déjà dans l’intimité du Seigneur, et « nous avons vu et nous rendons témoignage [ou : déclarons] ». Il ne s’agit pas, comme au premier verset, d’entendre et de voir, mais de voir et de rendre témoignage, et de rendre compte aux saints sur la vie éternelle, qui a le caractère d’être auprès du Père [dans l’éternité], et qui nous a été manifestée dans le temps quand Il vivait ici-bas.
Beaucoup sont au courant de l’effort étrange qui a été fait pour distinguer la « vie » d’avec la « vie éternelle », y compris dans le Nouveau Testament. N’en a-t-on pas la réfutation ici ? Tandis que « la Parole de vie » est l’expression du v. 1, et que le début du v. 2 nous parle simplement de « la vie », peu après, dans le même v. 2 nous trouvons « la vie éternelle ». Il est dès lors certain que « la vie » et « la vie éternelle » désignent précisément une seule et même chose, considérée sous un jour légèrement différent. Elle est liée étroitement à la personne de la Parole, et manifestée dans le Seigneur Jésus Christ. Qu’y a-t-il de plus clair ? Dans le v. 2 qui forme une parenthèse, nous apprenons l’autre grande vérité que la Vie Éternelle était auprès du Père avant qu’Il [ou : elle] fût manifesté en chair ici-bas. Il n’était pas seulement la Parole et le Fils Unique, mais aussi « la vie éternelle » ; et Il était alors autant la vie éternelle que quand, plus tard, Il a daigné naître de femme, pour la gloire de Dieu et la rédemption et la bénédiction de l’homme, et qu’Il a ainsi daigné déployer ce qu’Il donne au croyant.
Il est remarquable que la vie éternelle est ici expressément attribuée à la Parole éternelle, au Fils de Dieu, avant qu’Il vint dans le monde ; mais elle n’est jamais devenue la portion connue du croyant avant que Christ soit manifesté. Quand Il est monté au ciel, Il n’a pas été manifesté, mais au contraire caché en Dieu. Non, c’est ici, dans ce monde de péché, de douleur et de misère, qu’il y a eu manifestation de la vie éternelle ; c’est ici, où le premier homme a entièrement manqué jusqu’à la mort, que le second homme a montré la vie éternelle, en obéissant jusqu’à la mort, et que par Sa mort Il a défait Satan, et a trouvé une rédemption éternelle pour tous ceux qui croient. Et ceux qui croient ont la vie éternelle en Lui, afin que désormais ils vivent de Sa vie, et non pas de leur propre vie déchue.
La manifestation de la vie a lieu précisément dans ce monde, et nulle part ailleurs. Le ciel n’est pas la scène de sa manifestation, et encore moins pouvait-on parler de sa manifestation lorsque cette vie était auprès du Père. Certainement, la manifestation de la vie éternelle aux hommes a eu lieu quand le Fils de Dieu est devenu homme, et qu’Il a été vu et entendu comme le témoin fidèle et véritable de Dieu le Père. Quand le Fils de Dieu est devenu homme, c’est alors, et alors seulement, qu’a été manifestée la vie éternelle, celle qui, jusque là, était en haut auprès du Père. La vie était dans Sa personne manifestée concrètement ici-bas, comme elle l’avait été jusqu’alors en Lui en haut. Un nombre restreint de disciples choisis l’ont entendue, et ont vu sa présence en Lui, avec tous les tests possibles de réalité, pour rendre compte à d’autres de Dieu dans l’homme, avec la vie éternelle de Christ dans son excellence parfaite et sans souillure manifestée parmi les hommes sur la terre.
Qu’il est précieux pour nous de reprendre cette même tâche, malgré la faiblesse que nous ressentons, mais nous regardons à la grâce du Seigneur. Notre droit, c’est Christ Lui-même, aussi valable maintenant que pour les destinataires de l’épître. L’apôtre y écrit à ses « chers enfants » ou « petits enfants », la famille de Dieu, aussi réelle maintenant qu’alors. Une relation identique ne demeure-t-elle pas tant que dure la dernière heure ? Quelles que soient nos insuffisances actuelles, nous recevons humblement l’apôtre, nous croyons dans l’amour du Père, nous confessons la grâce et la gloire de Son Fils, le Seigneur Jésus, et nous comptons sur l’habitation du Saint Esprit en nous pour tirer profit maintenant de ce qui a déjà été communiqué au début de cette dernière heure. Nous reconnaissons notre besoin immense et la bonté miséricordieuse de Celui qui dirigeait les destinataires de l’épître comme nous aujourd’hui, pour trouver en Christ une réserve infaillible de foi et la réponse à tous les besoins.
« Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous » (1:3). N’est-ce pas un legs précieux de l’amour divin en face d’une telle décadence et d’un tel danger ? La communion des apôtres n’est-elle pas une communion ou une association bénie dans de telles circonstances ? (comp. Actes 2:42). « Or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1:3). La dernière main apostolique allait bientôt cesser d’écrire, mais si l’apôtre avait survécu jusqu’à aujourd’hui, que pourrait-il écrire de plus consolant et de plus rassurant que le fait que cette communion des apôtres à la Pentecôte demeure ; et que la communion avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ demeure pour que nous en jouissions aujourd’hui par la foi en vertu de la vie éternelle qui est dans le Fils : c’est la leur et c’est la nôtre.
Le but déclaré de cette communication divine est que nous puissions avoir la même communion que les apôtres avaient avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ, afin que, par grâce, nos cœurs soient remplis de joie. Si une telle bénédiction manque en quelque manière, on ne peut rien imaginer d’autre pour produire ce résultat. N’y a-t-il pas dans cette communication divine infiniment plus de quoi remplir nos cœurs de joie que toute autre faveur qui pourrait nous être accordée ? La vie éternelle manifestée dans notre Seigneur Jésus comme la nature nouvelle et divine en nous qui croyons, pour avoir communion avec le Père et avec Son Fils, dans le but exprès de nous remplir d’une joie qui se montre elle-même divine, dans sa source comme dans son caractère ! Considérons, avec toute l’attention que cela mérite, la grâce et la vérité en Christ placées devant nous par ces paroles au début de cette épître. C’est là le principe fondamental, et aussi le dessein fondamental, de l’épître.
La vérité centrale du christianisme est établie ici brièvement, avec le but avoué de remplir les saints de la joie de Dieu Lui-même malgré l’heure si ténébreuse, et alors que Satan est actif comme jamais auparavant pour saper Christ. Ce n’est pas un appel en vue de préserver les âmes en leur exposant les diverses hérésies et leurs résultats funestes, avec de bons arguments ; il s’agit encore moins de ré-orienter l’énergie des serviteurs de Dieu vers la prédication de l’évangile à toutes les nations. Ce n’est pas non plus la révélation des malheurs imminents qui vont fondre sur la chrétienté et le monde en général, comme l’Apocalypse en fait finalement la description, avec les gloires qui doivent suivre, — non pas « les choses qui sont », mais les jugements à venir. Les prophètes de l’Ancien Testament avaient des communications, dont ils apprirent qu’elles n’étaient pas pour eux, mais pour nous (1 Pierre 1:12). Ainsi aussi les saints qui viendront après l’église auront l’Esprit de prophétie comme témoignage de Jésus pour eux (Apoc. 19:10) : c’est une expression remarquable qui signifie l’Esprit, non pas comme puissance de communion actuelle, mais comme l’Esprit « de prophétie », comme autrefois, rejetant les saints sur le moment futur où Jésus viendra en puissance et en gloire.
L’action actuelle du Saint Esprit est en contraste avec cet Esprit de prophétie. Ce qui est révélé est révélé à nous, et ce qui nous est révélé l’est pour que nous connaissions Dieu dans l’Esprit, et que nous jouissions de la communion avec le Père et le Fils. Pour les enfants de Dieu, il s’agit non seulement d’entrer dans cette communion, mais d’en jouir en plénitude, même au mauvais jour. Tout ce qui nous est révélé l’est pour déverser une pluie continuelle de bénédiction sur nos cœurs. Être né de nouveau et être pardonné par le moyen de Christ et de Son œuvre, est le seul point de départ valable, car nous connaissons Dieu par l’Esprit, lequel réveille la conscience. Mais en rester là, même si l’on est très dévoué pour répandre l’évangile, c’est très en deçà de la pensée de Dieu à notre égard. Ce n’est pas là avoir Christ comme notre conducteur, avec la possession de la vie éternelle, nous amenant à entrer dans la communion annoncée ici si clairement en vue de nous remplir de joie. Nous ne sommes par nature que des créatures pécheresses allant aveuglément vers le jugement ; mais en recevant le Seigneur Jésus, nous sommes nés de Dieu, et en nous reposant sur la rédemption, nous recevons le don du Saint Esprit, et sommes ainsi oints et scellés. Cette vie nous donne ainsi la capacité, et l’Esprit nous donne la puissance, en reconnaissant le Fils, d’avoir aussi le Père. Notre grand privilège est d’avoir cette communion comme la notre, avec une assurance infinie et pleine de joie par la volonté de Dieu et par Sa Parole.
N’écoutez pas ceux qui soutiennent qu’une telle bénédiction est hors de votre portée sur la terre maintenant. Celui qui disposait de la plus belle robe pour le fils prodigue de retour voudrait vous avoir comme Son enfant pour jouir de la communion avec Lui-même et avec Son Fils. C’est sans aucun doute entièrement au-dessus de la nature humaine. C’est la part de gens qui sont participants de la nature divine. L’amour du Père et du Fils en est la source, opérant par le Saint Esprit envoyé d’en haut pour être en nous et avec nous pour toujours comme puissance. Cela concerne donc spécifiquement le chrétien, et d’autant plus quand l’aspect extérieur de la profession chrétienne est rempli de fausseté et de mal. Sans aucun doute, ceux qui nient le Père et le Fils veulent n’y voir qu’un mythe ou une illusion. Mais pourquoi vous, chrétien, resteriez-vous en deçà de la portion qui est la votre ?
Les enfants de Dieu, y compris les petits enfants de la famille ou ceux en bas âge, sont inclus dans cette bénédiction avec autant de certitude que les plus vigoureux et les plus mûrs, mais selon leur mesure. Les enfants en bas âge sont donc invités à entrer dans cette communion et à en jouir en plénitude. Sur quelle base ? celle de la vie éternelle en Christ. La justification par la foi est précieuse, ainsi que le salut dont on est conscient, et la question des péchés et du péché réglée pour nos âmes avec Dieu. Mais ici, c’est le côté positif de la vie éternelle qui est la vérité sur laquelle il est insisté. L’apôtre Paul fait ressortir, mieux que tout autre, non seulement la justification de chaque croyant individuellement, mais sa condition de membre du seul corps de Christ et ses privilèges célestes. C’est à l’apôtre Jean qu’a été donnée la tâche, dans un temps de déclin, de présenter la vie éternelle, plus complètement même que le grand apôtre de l’incirconcision.
Quelle est la source des sentiments de joie que l’Esprit de Dieu nous offre ici ? Quelle est la base et la substance de cette communion avec le Père et Son Fils à laquelle nous sommes appelés ? Quelle est la source de cette jouissance divine ? Qu’est-ce qui donne au chrétien de haïr le mal et d’aimer le bien selon Dieu ? d’avoir les doutes et les craintes dissipées pour toujours ? d’être approchés du Père en pleine confiance, et d’avoir ses délices dans le Fils ? C’est impossible sans la foi en la propitiation du Sauveur, mais la faculté de recevoir tout cela réside dans la vie, la vie éternelle, la vie de Christ.
Cependant, si nous regardons ce qu’il en est des enfants de Dieu, nous voyons des mesures variables de réalisation. Si nous pouvions faire le contrôle de tous les enfants de Dieu, nous observerions une mesure de réalisation différente chez chacun. En matière de manifestation de la vie spirituelle, et de son degré d’exercice, nous sommes aussi différents les uns des autres que dans la vie naturelle de l’homme. Bien sûr la vie est la même chez tous, mais la vieille vie s’y mêle pour produire ces différences, alors qu’elle ne devrait pas. Impossible de trouver sa satisfaction dans une scène si changeante. Chez un tel, on peut trouver un peu plus de ce qu’est la vie nouvelle que chez tel autre. Mais pour avoir la vérité au sujet de cette vie, il faut se tourner vers Christ comme la vie éternelle elle-même, sans le moindre alliage ni obscurité. Ce n’est qu’en Lui que nous la voyons dans toute sa perfection, en suivant le Seigneur Jésus selon que les évangiles nous Le présentent. Ne trouvons-nous pas là la justice et la grâce, la dignité et la soumission, la gravité et la tendresse, le zèle brûlant et l’humilité de cœur, la pureté quant à Lui-même et la pitié pour les autres, l’amour de Son Père, l’amour des saints, l’amour de pécheurs, et en même temps l’homme obéissant, qui est pourtant la Parole divine et le Fils divin ? Tout ceci qui a alors brillé à travers le voile de Sa chair, c’était la vie éternelle. On n’en trouve nulle part ailleurs la plénitude, sinon en Lui.
Quoi de plus important, si nous avons la vie dans le Fils, que de savoir, clairement et en toutes circonstances, ce qu’est réellement cette vie ? Car c’est notre vie, et la règle de notre vie, dans la mesure où le Saint Esprit nous l’a donnée avec une minutie sans pareille dans l’Écriture Sainte. Il voulait mettre à notre disposition dans la Parole de Dieu la connaissance intime la plus complète de ce qui fait les délices du Père, afin que nous ayons la joie de connaître dans la communion que cette vie vue dans l’Écriture est vraiment notre vie nouvelle, aussi bien que notre modèle et la référence constante pour se juger soi-même. C’était le moyen que la joie soit accomplie, et que nous-mêmes ne soyons plus rien à nos propres yeux par le sentiment de notre insuffisance. C’est ce dont le chrétien a besoin de la part de Dieu, et c’est ce que notre Père nous a fourni en Christ.
Quelle leçon pour nous qu’Il ait gardé son caractère d’esclave ! Et ceci montait toujours au Père comme une odeur agréable de repos ! S’il y a quelque chose qui n’a jamais manqué en Lui, c’est l’obéissance ; l’obéissance à Son Père à tout prix ; l’obéissance dans toutes Ses paroles et toutes Ses œuvres, les plus grandes comme les plus petites. « Le zèle de ta maison m’a dévoré ». D’autres ont partagé le pouvoir : qui, hormis Lui, n’a jamais fait sa propre volonté, mais celle du Père ? Ainsi dans les afflictions, dans le mépris, dans le dénigrement, dans ce qui est éprouvant pour le cœur, le Seigneur de gloire, débonnaire, s’est abaissé aussi bas qu’il était possible ; et, bien qu’il ait ressenti profondément les maux que toute cette incrédulité entraînait, Il se tournait au même moment vers Son Père, avec actions de grâces et dans une entière soumission. Si le peuple favorisé mais hautain Le refusait aveuglément, la grâce révélerait aux petits enfants ce qui était caché aux sages et aux intelligents. Voilà les exercices et les manifestations de la vie éternelle. Si tout ce qui mérite d’être écrit l’était en détail, le monde entier lui-même ne pourrait contenir tous les livres qui seraient écrits, comme le dit notre apôtre à la fin de son évangile. La Bible contient la sélection faite par l’Esprit de Dieu. Qui d’autre est suffisant pour ces choses ? Il nous donne là la nourriture de Dieu comme notre nourriture ; car c’est en elle que nous avons en communion : ce que le Père a dans le Fils, et ce que le Fils a dans le Père ; et cette nourriture n’est pas seulement celle des apôtres, mais celle de tout chrétien, celle de la famille de Dieu.
Regardez Moïse comme écrivain du Pentateuque, lui qui avait une place absolument unique en rapport tant avec la rédemption d’Israël qu’avec l’établissement de la loi. Combien peu, finalement, nous connaissons au sujet de Moïse lui-même ! Combien il s’est tenu en retrait, le plus doux des hommes avant la venue de Christ ! et pourtant qu’était Moïse en comparaison de Lui ?
Paul aussi, occupe une place sans égal parmi les apôtres et dans le Nouveau Testament. Pourtant nous n’avons que des aperçus à son sujet. Les hommes auraient voulu faire plus intimement sa connaissance ! Or les individualités fortes de Paul, Pierre et Jean, parmi les plus connus, les distinguent bien de Celui dont toutes les caractéristiques étaient en harmonie les unes avec les autres ; les caractéristiques de personnalité se manifestaient chez eux individuellement ou distinctement tout autrement que chez Celui qui était parfaitement homme pour Dieu, et parfaitement Dieu pour l’homme, outre qu’Il était Fils dans le cercle ineffable des personnes de la Déité.
La vie éternelle n’est donc pas simplement le Messie dans la perfection de l’homme, mais la Parole et le Fils de Dieu dans un corps préparé pour Lui, quoique Fils de la Vierge. C’est l’union de la Déité avec l’humanité du Seigneur Jésus qui constituait la merveille de Sa personne ici-bas, et le caractère béni de la manifestation de la vie éternelle en Lui. C’est là le caractère de la vie nouvelle pour ceux qui croient, pour vous et pour moi. Quand nous lisons à Son sujet dans les Écritures de vérité, et que nous L’honorons comme nous honorons le Père (Jean 5:23), et que nous trouvons en Lui des motifs particuliers d’amour ressentis par tout chrétien, disons-nous, tandis que Sa grâce et Sa vérité brillent dans nos cœurs : « Voici ma vie, voici ta vie, mon frère » ? N’avons-nous pas, par là, communion avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ ? Cette bénédiction incomparable ne remplit-elle pas nos cœurs d’une joie inexprimable et pleine de gloire ?
Par la foi en Christ, nous participons tous en commun à la bénédiction qui est en vertu de la vie éternelle. Il y a d’abord la communion avec le Père. Comment l’avons-nous ? Parce que nous avons Son Fils Jésus Christ, et que les délices du Père se trouvent dans le Fils : il en est de même pour vous et pour moi. C’est dans le Fils que le Père et Ses enfants ont toute la profondeur de leur joie, toute leur joie ensemble. Le Père a envoyé le Fils (4:9), et nous L’a donné (Jean 3:16) ; nous avons le Fils. Or Celui qui a le Fils a la vie (5:12) ; nous avons cette vie merveilleuse parce que nous avons le Fils ; et Lui étant ce qu’Il est, Il doit être les délices de ceux qui ont la vie éternelle. Seul le Père connaît parfaitement le Fils. C’est pourquoi Il apprécie le Fils comme Il le mérite. Ceci, nous n’osons pas le dire pour nous, bien que nous ayons le Fils et que nous L’aimions et que nous ayons notre délice en Lui ; tout ceci est par l’Esprit de Dieu et selon notre mesure. Ceci est la communion avec le Père et dans le Fils Jésus Christ.
Comment avons-nous communion avec le Fils ? C’est dans le Père, qui est Son Père et notre Père. Le Fils était comme tel en relation éternelle avec le Père ; et Il se plaisait dans la communion avec la volonté et la grâce de Son Père pour nous Le faire connaître comme notre Père (comp. Jean 20:17). Il ne suffisait pas qu’Il nous montre le Père (Jean 14:9). L’apôtre Philippe s’en serait contenté, mais l’amour divin ne s’en contentait pas. Il voulait être notre Père et nous avoir comme Ses enfants ; et c’est ce que nous sommes maintenant, et nous avons ainsi communion avec le Fils par grâce, comme le Père a le Fils selon que la Déité y a droit.
Ainsi nous avons communion avec le Père en possédant le Fils, et communion avec le Fils en possédant le Père. Notre joie pourrait-elle être autrement qu’accomplie ? Même le ciel et la gloire éternelle ne sont que peu de chose en comparaison, mais nous les avons en plus. Si nous savions l’existence d’une telle communion sans l’avoir, notre joie pourrait-elle être accomplie comme elle l’est ? Pour avoir cette communion, nous n’attendons pas notre départ pour être avec Christ, ni la transformation de nos corps à Son image à Sa venue. Seule l’incrédulité empêche les enfants de Dieu d’en jouir dès maintenant sur la terre ici-bas. Et le Saint Esprit nous a été donné personnellement pour que la puissance divine rende effective cette communion en nous. Dans notre chapitre, le Fils est descendu sur la terre. Mais à Sa venue, nous ne pouvions avoir déjà cette communion comme nous l’avons, si tant est que nous en ayons eu aucune. C’est en partant de Sa présence sur la terre pour que nous ayons cette communion, que l’apôtre commence son instruction, et il pose la base de la communion divine dans la vie éternelle, qui est le seul vrai moyen et la seule atmosphère convenable pour l’avoir comme notre portion. Sans la vie éternelle, la communion eût été impossible : en dehors de cette vie, il n’y a que la chair, avec laquelle aucune communion n’est possible. C’est pourquoi le Seigneur a annoncé à de multiples reprises la possession présente et connue de cette vie éternelle comme étant essentielle pour le christianisme et pour cette communion, son privilège immensément riche en vertu de la vie éternelle, qui est en Lui-même, Celui qui nous l’a communiquée.
Nous avons déjà vu que les premiers versets de cette épître nous donnent la manifestation de Dieu, expressément comme Père, dans Son Fils l’Homme Christ Jésus, la Parole de vie. Car tout en Le reconnaissant implicitement et suprêmement comme Dieu, il est pris le plus grand soin d’établir spécifiquement l’importance majeure de ce qu’Il ait pris la nature humaine en union avec Sa personne. C’est bien ce qu’il fallait pour révéler Sa grâce, et pour établir la base nécessaire et complète pour tout ce dont nous nous glorifions dans le Christ le Seigneur. C’est réellement le christianisme du côté positif ; car jusqu’ici il n’a encore été rien dit ici sur la nécessité qu’Il portât nos péchés, et que Dieu condamnât le péché dans la chair pour nous. La différence est en effet bien frappante.
On acceptera volontiers qu’il n’y a guère de chrétien au monde qui, si on lui faisait écrire sur le christianisme, ne prendrait pas pour point de départ la culpabilité du pécheur et ses besoins. Combien il est infiniment plus béni de commencer par Christ dans la plénitude de Sa grâce ! C’est ce que le Saint Esprit fait ici. Il n’écrit pas aux pécheurs perdus pour leur faire savoir comment être justifiés aux yeux de Dieu. L’épître s’adresse aux enfants de Dieu pour qu’ils soient remplis de joie ; or qui ou quoi peut les remplir d’une joie pareille à celle que Dieu produit en Christ par ce début d’épître ?
Christ est clairement présenté dans ce passage étonnant comme la manifestation de la vie éternelle, Lui-même étant appelé personnellement « la vie éternelle qui était auprès du Père » (1:2), et juste avant « la Parole de vie », parce qu’Il l’a annoncée aux Siens afin qu’eux aussi puissent avoir la vie en Lui.
Telle est la base du merveilleux privilège dont Il parle — « la communion avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ ». C’est impossible à avoir, à moins d’avoir Christ comme notre vie, — d’où l’importance de cette vérité capitale de la possession présente de la vie éternelle par la foi. Il n’y a pas de doute en Christ. Or c’est la vie qui nous est maintenant conférée ; le nier, ou même simplement l’affaiblir, c’est faire le travail de l’ennemi d’une manière subtile et effective.
Mais la grâce, même si elle est source de joie pour nous, n’est pas tout. Il y a le besoin important et immédiat, pour nous, de ne jamais oublier, dès qu’on l’a appris, que Celui qui est notre Père est Dieu, et que malgré la grâce qui s’épanche, la vérité de Sa nature, Sa sainte nature, est mise en relation directe avec nos âmes ; s’il n’en était pas ainsi, que serions-nous ? Au mieux de l’airain qui résonne ou une cymbale retentissante (1 Cor. 13). Mais voici « le message » qui ne peut pas être dissocié de « la manifestation », la manifestation de Dieu dans l’homme dans la personne de Christ, qui nous amène en communion avec le Père et avec Son Fils. Assurément, nous ne pouvons pas avoir la joie découlant de cette communion, ni la vie éternelle sur laquelle elle est fondée, sans avoir part à la nature morale de Dieu. La grâce et la vérité sont venues par Christ. Et la vérité est qu’Il est un Dieu qui révèle Sa haine du péché, incomparablement plus depuis qu’Il est connu comme Père que lorsqu’Il était adoré par Son peuple comme l’Éternel.
Autrefois, Il demeurait dans l’obscurité profonde (1 Rois 8:12), avec beaucoup de résultats excellents dans ce qui s’exerçait, comme la bonté et la justice, accompagnant avec Sa puissance en gouvernement, — plein de pitié et de longanimité — ainsi que des promesses annonçant des bénédictions et des espérances glorieuses qu’Il ne manquera pas d’accomplir en son temps. Car l’Éternel est pour toujours le Dieu d’Israël, et Il accomplira envers les enfants Ses promesses faites aux pères. Mais avant que ce jour se lève sur la terre, la ruine totale des Juifs et du monde entier viendra sur la terre à cause du rejet de Christ. C’est ce qu’implique le christianisme. Quelle preuve plus complète de la ruine que le Seigneur Jésus mis à mort par les Juifs et les Gentils ? L’homme a alors ôté Dieu, dans la personne de Christ, du monde qui lui appartenait, et il l’a fait dans la pire haine et le pire mépris, Lui crachant au visage et Le clouant sur le bois. N’était-ce pas là le monde, et le monde dans ce qu’il avait de meilleur ? Ce n’était pas Rome, ni Babylone, la cité d’or des chaldéens à l’origine, mais c’était Jérusalem. Ô Jérusalem, Jérusalem, la ville qui tue les prophètes, te voilà crucifiant ton propre Messie, le Messie de l’Éternel !
Pourtant, malgré cette preuve accablante de l’absence de tout bien dans l’homme, et que les plus coupables de la race humaine, détenteurs des meilleurs privilèges religieux pour l’homme dans la chair, s’en soient seulement servi pour le pire, par incrédulité, — malgré tout c’est à toutes les nations que la repentance et la rémission des péchés devaient être proclamées au nom du Seigneur Jésus, « en commençant par Jérusalem ». Quelle grâce insondable envers ceux qui méritaient un jugement exemplaire ! La grâce n’est plus confinée à l’intérieur des étroites et faibles barrières d’Israël, mais elle les rompt de tout côté pour aller vers toutes les nations, tous les pays et toutes les langues. Dieu veut que Sa maison céleste soit remplie d’invités en vertu de la manifestation de la vie éternelle qu’il fallait désormais faire connaître. La Vie Éternelle avait été là, mais combien peu l’avaient su ! Et ceux qui le savaient, ne l’avaient connue qu’imparfaitement. Or elle était maintenant annoncée clairement, au moment où l’église se montrait déjà de toute manière en ruine, une ruine aussi grande que celle déjà montrée par le monde, mais bien moins grossière qu’actuellement, où les formes de la ruine sont subtiles mais réelles. Tout ce qu’il y a de pire était déjà là en germe, avant le départ des apôtres, tout le mal qui allait se développer ultérieurement. C’est la raison d’être de cette précieuse épître : établir les cœurs de tous les fidèles dans la grâce et dans la vérité, et leur faire connaître que, quels que soient les manquements à la responsabilité, quel que soit le déclin qui allait s’introduire, Christ demeure le même, inchangé et inchangeable, « ce qui était dès le commencement », qui ne doit jamais faire défaut pour la foi, quelle que soit la honte de ceux qui compromettent Son nom, quelle que soit la perte funeste de ceux qui s’écartent ainsi. Car traiter Christ à la légère, est une chose bien étrange et dangereuse. Qu’il est triste pour quiconque d’en arriver à être si négligent, qu’il est déplorable pour le chrétien de s’égarer jusqu’à devenir l’instrument d’un pareil mal !
Mais il y a ensuite un message indissociable de la manifestation de la grâce parfaite : c’est celui de la sainteté : elle est tout autant due à Dieu, et nécessaire pour les saints. Que dit ce message : « Et c’est ici le message que nous avons entendu de lui » (1:5). Ils l’avaient entendu de Christ Lui-même ; plus exactement, ce n’est pas « à Son sujet » (pe??), mais « de Sa part » (ap?) — et « nous vous annonçons, que Dieu est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres » (1:5). La manifestation nous fait voir quelque chose de bien spécial. La manifestation concernait (ou : était au sujet de) la Parole de vie, la grâce sans mélange de Dieu en Christ. Le message n’est pas ici « au sujet de », mais « de la part de », non pas une manifestation d’amour, mais un message contre le péché. C’est aussi la première fois qu’apparaît cette habitude de l’apôtre de mêler Dieu et Christ, parce que Christ est Dieu. C’est ainsi qu’après avoir tant dit au sujet de Christ, il donne un message « de Lui », de Sa part. Ceci peut vouloir dire Dieu, mais il venait juste de parler de Christ. Une telle transition rend perplexes les commentateurs ; pourtant c’est une manière de s’exprimer belle, non pas défectueuse. Le message de Lui (de Sa part) applique le fait que Dieu est lumière (ce qui avait aussi lieu en Lui, en Christ) à notre position et à notre état.
Il était naturel que les païens fassent de Chaos un parent d’Erebos et de Nyx. Les ténèbres caractérisaient la nature essentielle de certains de leurs dieux, comme ils les appelaient, étant entendu que les ténèbres morales les caractérisaient tous. Elles étaient effectivement des divinités d’obscurité, de convoitises et de mensonge. Or il n’en est pas ainsi de notre Dieu : en Lui, il n’y a absolument aucunes ténèbres. C’est le christianisme qui le fait ressortir nettement en essence, en principe et en fait ; le judaïsme ne le fait que partiellement. En effet dans le judaïsme, Dieu disait ouvertement qu’il habitait dans l’obscurité profonde (1 Rois 8:12). Aussi menaçait-Il de mort celui qui osait, de lui-même, s’approcher, ou enfreindre Sa loi d’une manière ou d’une autre. Il est bien vrai que la loi n’a rien amené à la perfection (Héb. 7:19). Nous pouvons dire sans réserve que Dieu est lumière. Il a pleinement démontré Son amour. Qu’y a-t-il de comparable à Sa grâce en Christ, selon ce que nous lisons dans les versets introductifs ? Mais Il est aussi lumière. Nous savons tous combien il est banal de disserter sur « Dieu est amour » jusqu’à l’exagération extrême non seulement que Dieu est amour, mais que l’amour est Dieu. Nous entendons par contre beaucoup moins parler du message qu’Il est lumière. Sans aucun doute, c’est le comble de la folie de l’esprit humain, qui ramène Dieu à une simple idole. S’il est bien vrai que Dieu est amour, Il est beaucoup plus que cela en réalité. La « lumière » est un mot brûlant, qui exprime la pureté absolue et intrinsèque de Sa nature ; l’« amour » parle de Son activité souveraine envers les autres, comme en Lui-même. Sa lumière n’est pas sacrifiée aux dépens de Son amour ; si Ses enfants se mettaient cela en tête, ils en éprouveraient la plus grande perte. Or c’est à la fois faux et impossible. « Dieu est lumière, et il n’y a en lui aucunes ténèbres » (1:5). C’est pourquoi Il ne tolère pas les ténèbres chez ceux qui sont Siens, chez ceux qui ont la liberté d’être dans Sa présence et qui ont communion avec Lui-même. Qu’y a-t-il de plus contraire à Christ et au christianisme ? Il nous est dit ailleurs (Éph. 5:8) que nous étions autrefois ténèbres, mais que maintenant nous sommes enfants de lumière. Sans doute ce ne sont pas les paroles de Jean : l’apôtre Paul l’avait déjà enseigné avant lui.
Ce que dit Jean ici est aussi très important, car il aborde quelques-unes des grandes inconséquences de la chrétienté, tout à fait opposées au christianisme. Ce sont les trois « si nous disons » des versets 6 à 10, chacun d’eux étant de la plus extrême importance. En premier lieu, « si nous disons que nous avons communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité » (1:6). Peut-on citer un écart plus évident ou plus flagrant de la véritable nature du christianisme ? C’est dire, mais ne pas faire. C’était déjà mal en Israël, mais combien plus triste quand on le trouve là où la lumière et l’amour sont venus en vérité et en perfection, chez nous qui avons été engendrés par la Parole de la vérité ! (Jacq. 1:18). « Si nous disons que nous avons communion avec lui » : dans ce cas, comme dans les deux autres, le mot « nous » est utilisé sur un plan général, alors que bien d’autres passages l’appliquent au fidèle.
Nous apprenons là que c’est une erreur d’établir une règle d’exégèse à partir de l’usage particulier d’un mot. Beaucoup de gens, selon ce que j’ai moi-même entendu, admettent comme un fait établi que « nous » désigne toujours la famille de Dieu ! C’est souvent le cas, et on peut même dire le cas général, mais ce n’est pas toujours vrai. En Lui « nous » vivons et nous nous mouvons et avons notre existence (Actes 17:28) : l’apôtre Paul appliquait ce « nous » à toute l’humanité en général, car il parlait aux Athéniens païens. — On trouve que Dieu s’occupe des personnes selon ce qu’ils professent ; l’apôtre Jean parle ici de ces écarts de la vérité qui avaient déjà commencé et qui pénètrent toute la chrétienté de nos jours. Le christianisme admet une profession bien plus largement que ne le pouvait le judaïsme. Car pour qu’un homme soit considéré comme Juif, il faut habituellement qu’il en soit un, ce qui est un fait extérieur ; tandis qu’au contraire, un non chrétien peut se faire longtemps passer pour chrétien. Sans être proprement un séducteur, il peut se tromper lui-même et penser qu’il est réellement chrétien. Or le message que l’apôtre transmet ici a justement pour but de mettre à l’épreuve la profession de christianisme qui était en train de se répandre. C’est pourquoi, comme ces gens prononçaient le nom du Seigneur, l’apôtre conserve le mot « nous », mais l’état de plusieurs était tel qu’il soulevait un grave problème quant à leur réalité devant Dieu.
Il ressort de ce qui précède que, pour interpréter correctement la Parole, il est nécessaire d’être guidé par le Saint Esprit. Il est aussi important de prendre la Parole dans son contexte, car pour la plupart des textes de la Parole, le contexte aide à trouver le sens qui s’en dégage de façon aussi satisfaisante que si tout était défini. Cette manière-là est bien meilleure, tant pour nos âmes que pour la gloire de Dieu, que si tout était précisé techniquement. Répétons que Dieu s’occupe de nous comme des fils à Lui ; car nous sommes maintenant arrivés à l’âge adulte si nous sommes dans la vraie condition chrétienne. Nous ne sommes plus de petits enfants en train d’apprendre leur alphabet ; nous sommes non seulement capables d’épeler les mots, mais de les lire avec intelligence, par grâce, quand nous sommes devant quelque chose de plus avancé dans la connaissance de Dieu et de Ses voies. Dieu attend de nous un progrès réel. N’est-il pas déplorable que tant de chrétiens se contentent toute leur vie d’en rester aux choses élémentaires, se satisfaisant tout à fait d’espérer que leurs péchés sont ou seront pardonnés ?
En outre quand les âmes se satisfont des privilèges de base de la grâce de Dieu, il est trop souvent à craindre qu’elles se fassent de graves illusions. L’évangile proclame la rémission des péchés, et la foi le reçoit sur la base de la parole de Dieu. La vie éternelle est donnée, ainsi que le Saint Esprit, quand on se repose sur la rédemption de Christ, pour qu’on jouisse de l’amour du Père pour nous. Or si nous vivons de cette vie qui est Christ, ne doit-il pas y avoir une croissance de l’homme intérieur, qui se montre non seulement dans le service extérieur, mais dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ ? Il est clair que les dernières épîtres s’occupent d’avertir solennellement contre ce danger. Mais aucun de leurs auteurs ne le fait de manière aussi profonde que l’apôtre Jean, autant que je pense pouvoir en juger, tout spécialement dans cette 1° épître.
« Si nous disons » — combien il est fréquent qu’on se borne à dire ! « Si nous disons que nous avons communion avec Lui » — voilà le fruit de ce qu’on reçoit Christ, et de ce qu’en Christ on reçoit le don de la vie. Car la vie éternelle est la base d’une vraie communion avec le Père et avec le Fils, et la jouissance de cette communion conduit nécessairement nos âmes à en apprécier les vertus, non seulement pour la marche chrétienne, mais dans l’adoration chrétienne, et dans les relations du chrétien avec le Dieu vivant comme notre Père et avec Son Fils.
« Si nous disons que nous avons communion avec Lui », c’est revendiquer que nous sommes entrés dans une nouvelle relation avec Dieu en grâce, et que nous sommes participants de Sa nature, de Ses pensées et de Ses affections. C’est quelque chose d’immense où nous avons besoin de Sa vraie grâce pour nous tenir dans la lumière aussi bien que dans l’amour de Dieu. Il s’agit de « Dieu » ici ; le nom de « Père » était utilisé quand il s’agissait de déployer la grâce dans toute son amplitude. Mais voici qu’apparaît ce qui contredit complètement l’authenticité de ce qu’on revendique. « Si nous disons que nous avons communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres » : de quoi s’agit-il ? Marcher dans les ténèbres, c’est ce que fait l’homme du monde ; c’est la description de quelqu’un entièrement irrégénéré. Cela va beaucoup plus loin qu’une personne tombée dans un péché, ou dans un mauvais état d’âme. Telle était l’interprétation habituelle des Puritains sur ce passage. C’était des hommes vraiment pieux et tout à fait respectables, mais ils avaient l’esprit plutôt étroit, goûtant plus l’Ancien Testament que le Nouveau. En esprit, ils étaient sous la loi, ce qui a toujours pour effet d’affaiblir et déformer le jugement spirituel. Il n’y a que la grâce pour élargir le cœur et donner des pensées, sous la direction de l’Esprit, permettant d’entrer dans les conseils célestes de Dieu et dans Ses voies pour la terre. Ils étaient un peu court sur ces graves questions, et étaient conduits à cette occupation de soi-même que la loi produit inévitablement chez les saints.
La classe de personnes décrite ici n’avait pas du tout une telle occupation ; ils ne s’étaient jamais jugés eux-mêmes devant Dieu. Ils étaient baptisés, sans aucun doute, et s’étaient joints à la compagnie des chrétiens dans l’église ; il semble que leurs pensées étaient même allées un peu plus loin. La carence n’était pas dans la bonne semence, mais dans la qualité du sol. Même si la parole avait été reçue aussitôt avec joie, « ils n’avaient pas de racine » (Marc 4:16 ; Luc 8:13) dit le Seigneur, parce qu’il n’y a pas eu d’opération divine sur la conscience. On peut croire de manière humaine pour un temps, et tomber quand vient l’épreuve, ou si ça se prolonge comme ici, on est mort tout en étant vivant. Ils confessaient pourtant le nom du Seigneur d’une certaine manière, et étaient baptisés d’eau en rémission de péchés, et s’étaient joints aux chrétiens. N’est-ce pas tout ce qu’il faut ? La poursuite d’exercices d’âme avait cessé, et on ne pouvait rien dire de bon à leur sujet. Déjà aux jours de Jean, ils en étaient là ! Il y avait déjà des personnes marchant dans les ténèbres et prétendant malgré tout avoir communion avec Dieu, — ce qui est la part réelle du chrétien. La confession chrétienne proprement dit, c’est que nous sommes amenés à sortir des péchés, du moi, et de la puissance de Satan ; que nous avons laissé les ténèbres derrière nous ; et que déjà ici-bas nous sommes appelés à Sa merveilleuse lumière (1 Pierre 2:9). C’est dans cette lumière que nous marchons. Ces âmes irrégénérées prétendaient avoir communion avec Dieu. « Si nous disons que nous avons communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité » (1:6). Ni le baptême ni l’eucharistie ne peuvent y porter remède le moins du monde. Ils n’étaient point du tout réveillés ; ils n’avaient jamais rencontré Dieu en Christ au sujet de leurs péchés ; leur foi était aussi charnelle que leur repentance. Il n’y avait même pas eu d’opération de la conscience devant Dieu, et encore moins aucun vrai sens du besoin de Sa grâce que donne la foi.
Toute relation implique une responsabilité correspondante. Ceux qui disaient et ne faisaient pas, avaient non seulement une responsabilité en tant qu’homme, qui se termine par le péché, la mort et le jugement, mais celle immensément plus grande de prononcer le nom du Seigneur. Par leur marche dans les ténèbres, ils reniaient en réalité la responsabilité nouvelle de confesser en actes et en paroles le second Homme, le dernier Adam, Christ Lui-même, et ils ne pouvaient avoir aucune communion avec Dieu comme Dieu, sans parler de la communion avec le Père et avec Son Fils, qui est l’expression chrétienne élevée de la communion. Car en vérité, ils marchaient dans les ténèbres ; juste comme si le christianisme n’était qu’un credo ou un dogme que l’esprit humain a la capacité de reconnaître et comprendre de manière extérieure et naturelle. Quel aveuglement total vis-à-vis de la parole de Dieu ! Les ténèbres sont-ils compatibles avec la vie éternelle ? pas le moins du monde. La vie éternelle c’est que nous connaissions le Père, le seul vrai Dieu, et Son Fils, le Seigneur Jésus Christ, qu’Il a envoyé (Jean 17:3). Si, par l’enseignement de Dieu, vous Le connaissez, c’est l’amour divin qui vous introduit ainsi dans la communion avec l’un et l’autre, avec le Père et le Fils.
Ici, il s’agissait de gens qui prétendaient avoir cette communion, mais sans qu’il n’y ait aucun effet vivant sur leur marche, leurs buts, leurs voies et leur finalités de tous les jours ici-bas. Avez-vous jamais vu des chrétiens de cette sorte ? N’en avez-vous pas même vu beaucoup ? N’est-ce pas grave pour la conscience de tous ceux qui ne sont que des professants ? Avez-vous vous-même regardé la vérité en face ? Quand la grâce de Dieu gagne une âme, la vérité est bien accueillie, où qu’elle mène et quel qu’en soit le coût intérieur ou extérieur. Marcher dans la lumière signifie que désormais vous marchez dans la présence de Dieu pleinement révélé ; vous avez ainsi à faire avec Lui dans la lumière en tout temps. Sans aucun doute il y a le danger d’être inconséquent : qui n’est pas prêt à reconnaître que nous manquons tous à marcher toujours de cette manière ? Mais c’est une autre affaire. Car il faut observer ici qu’il n’est pas dit comme beaucoup le comprennent de travers « si nous marchons selon la lumière ». Il n’y en a qu’Un qui l’ait jamais fait, et en perfection. Lui seul, quand on Lui demandait « qui es-Tu ? » pouvait répondre « absolument ce qu’aussi je vous dis » (Jean 8:25). Il était le Sauveur, le Fils de Dieu, et pourtant un Homme. Il marchait selon la lumière, étant en effet Lui-même la lumière, la Vraie Lumière, la Vie Éternelle.
Mais nous aussi qui croyons, avons été tiré des ténèbres et sommes amenés dans cette merveilleuse lumière (Actes 26:18 ; 1 Pierre 2:9). Ne peut-on pas le dire de tout vrai chrétien ? Et si vous avez été amenés dans la merveilleuse lumière, Dieu vous prive-t-Il de la lumière parce que vous avez manqué ? Nullement. C’est en elle que nous marchons. Dès lors nous avons la lumière de la vie, et nous ne marchons plus dans les ténèbres (Jean 8:12). Par manque de vigilance, vous pouvez marcher d’une manière indigne de Lui ; vous pouvez être entraîné un certain temps dans de faux principes ou dans une conduite mauvaise ; mais cela n’amène pas dans les ténèbres, ni ne retire la lumière. Si vous êtes réellement sorti des ténèbres, c’est dans la lumière que vous marchez ; seulement vous perdez la jouissance de la communion pour un temps, vous avez aussi besoin d’être restauré, nous allons bientôt voir comment. Mais il s’agissait ici de chrétiens professants, qui prétendaient, comme principe, avoir communion avec le Père et le Fils, avec Dieu Lui-même, et qui pourtant marchaient dans les ténèbres sans s’inquiéter de rien, tout comme n’importe quel inconverti. Il pouvait pourtant y avoir de grandes différences en apparence, les uns étant convenables et moralement respectables, les autres tout le contraire. Certains peuvent prétendre être stricts du point de vue religieux, comme le pharisien du temple qui méprisait les autres hommes, spécialement le « publicain » (ou percepteur). Qu’est-ce que Dieu pensait d’eux deux ? Qu’est-ce qu’a déclaré le Seigneur à leur égard ? Cela ne nous concerne-t-il pas aujourd’hui ? Nous pouvons ne pas être ce qu’on appelle des publicains, et nous devons par la foi entrer dans les lieux saints, si nous voulons nous approcher de Dieu ; car je ne doute pas qu’un temple terrestre ne soit qu’une erreur, maintenant que Christ est monté en haut, et nous a ouvert le sanctuaire céleste.
Nous avons à faire au même Dieu, sauf qu’Il est pleinement révélé, ce qui n’était pas le cas alors, et ne pouvait pas l’être avant que le voile soit déchiré. Mais depuis la mort de Christ, Son amour et Sa lumière ont été manifestés en perfection pour la délivrance de l’âme, non pas encore pour la délivrance du monde, ni même d’Israël comme nation, mais pour le chrétien. Dans notre passage il s’agissait de personnes qui s’appelaient chrétiens, qui marchaient dans les ténèbres tout en revendiquant le grand et saint privilège de la communion avec Dieu, et qui niaient malgré tout la responsabilité de pratiquer Sa volonté. Que dit-Il à leur sujet ? Il dit que, si nous agissons ainsi, « nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité ». Toute la vie est un mensonge, parce qu’elle renie le principe essentiel et le caractère nécessaire du chrétien, qui est non seulement l’objet de la grâce divine, mais qui marche dans la lumière de Dieu. Vous ne pouvez réellement pas plus sortir de cette lumière qu’un homme qui, pendant les heures du jour, marche là où la lumière du soleil brille. Voilà ce que signifie le christianisme réel.
À l’opposé de cela, nous avons ensuite au v. 7 l’autre côté, le côté béni. L’apôtre établit la place réelle du chrétien, et la présente sous un jour frappant. Comme il y a trois manières pour le chrétien professant de démentir le christianisme (c’est ce que viennent de montrer les versets précédents, et qui s’est manifesté maintenant à l’approche de la moisson de ce qui n’était alors que semé par l’ennemi), ainsi aussi ici nous trouvons trois grandes marques essentielles du vrai chrétien.
En tout premier lieu, c’est marcher dans la lumière — « Mais si nous marchons dans la lumière ». Nous pouvons illustrer la vérité à l’aide de la figure employée ici. Considérons quelqu’un dans une pièce entièrement noire : il trébuche, manque ce qu’il cherche, se fait du mal et abîme ce qu’il cogne. Allumez la lumière, et voilà l’embarras qui cesse ; il marche à l’aise, tranquille et certain de ce qu’il fait. Il en est de même avec la lumière spirituelle qui brille sur la marche chrétienne, et c’est en Christ qu’elle y brille. Il n’est pas question ici de « comment », mais de « où ». Tout vrai chrétien par grâce marche dans la lumière. C’est pourquoi il est très important que tout vrai chrétien en soit conscient (c’est malheureusement bien loin d’être le cas pour beaucoup). C’est un grand privilège chrétien universel. Ce n’est pas un simple sentiment ou une simple idée, mais une réalité qui lui est conférée, et une réalité pratique que Dieu voudrait voir tout chrétien s’approprier et en jouir. Comme déjà dit, il peut y avoir et il y a des insuffisances dans le détail, et nous sommes d’autant plus responsable de sentir nos manquements et de les reconnaître que nous marchons dans la lumière.
« Mais si nous marchons dans la lumière, comme lui-même est dans la lumière » (au sens de : « comme Dieu est dans la lumière »), « nous avons communion les uns avec les autres ». C’est la deuxième marque distinctive. Il ne s’agit pas simplement de ce que nous marchons dans la lumière, mais parce que nous y marchons, nous avons communion les uns avec les autres dans le cercle chrétien. Quand nous rencontrons un enfant de lumière, si même nous ne faisons qu’entendre dans la rue quelques mots d’un homme ou d’une femme montrant que Dieu a resplendi dans cette âme, et qu’il ne s’agit pas d’un simple rêve ou théorie, mais de quelqu’un qui marche dans la lumière comme un vrai chrétien, nos cœurs sont aussitôt attirés. Nous sommes attirés l’un vers l’autre beaucoup plus que vers nos propres frères ou sœurs qui ne marchent pas dans la lumière. Beaucoup connaissent en effet trop bien cette douleur. Ceux qui leur sont le plus proche peuvent haïr la lumière, et Celui qui est la lumière, au lieu d’y marcher par grâce.
On a clairement ici un deuxième privilège chrétien bien distinct, la communion mutuelle des saints, qui n’est ni la communion avec le Père et avec le Fils d’un côté, ni ce qu’on peut appeler la communion de l’Église de l’autre côté. De ces trois communions, l’une peut être la base de toutes, et les autres être la conséquence dans l’ordre jusqu’à la dernière ; mais il ne faut pas forcer le sens. Il n’y a rien d’ecclésiastique dans cette épître ; tout est vérité profondément personnelle, et pourtant éternelle, la grâce et la vérité qui vinrent par Jésus Christ. La communion découle ici du fait de percevoir cela chez l’un ou l’autre. Peut-être ne connaissez-vous même pas les noms de ces autres chrétiens, mais vous avez communion. « Nous avons communion les uns avec les autres », c’est-à-dire que nous jouissons exactement de la même bénédiction de grâce. Dans le domaine des choses naturelles, si j’ai un prix, vous, vous ne l’avez pas ; et si vous l’avez, il n’est pas à moi. Mais il en va tout autrement des privilèges spirituels des chrétiens. Vous les avez pleinement en propre, et pourtant vous les partagez pleinement avec d’autres ; et le fait que vous et d’autres saints en ayez autant que moi ne fait qu’ajouter d’autant plus à la joie d’amour qui remplit tous nos cœurs.
Les privilèges d’un anglais ou d’un français, ou n’importe quoi dont les hommes parlent tant, sont petits et de courte durée ; mais ici nous commençons par la communion avec le Père et avec Son Fils. Seul le Saint Esprit peut nous soutenir dans la jouissance de cette communion, tout comme c’est Lui qui nous donne de nous l’approprier par la foi. Nous ne sommes pas encore arrivés à l’œuvre de cette personne divine, dans cette épître ; il nous en sera abondamment parlé le moment venu. Mais nous trouvons ici l’effet de Sa grâce dans le croyant quand il en rencontre un autre même occasionnellement : « nous avons communion les uns avec les autres ». N’est-ce pas là une victoire bénie sur la puissance de désunion du moi ? Cela ne demeure-t-il pas vrai dans l’état de choses effroyable que nous traversons, où la dispersion s’opère par des différences plus grandes, et ressenties peut-être de façon plus aiguë, qu’autrefois chez les Juifs, alors qu’ils étaient pour la plupart des hommes charnels ? Pourtant leurs disputes et leurs partis n’étaient que peu de choses par comparaison à ce dont nous sommes témoins tous les jours autour de nous, même dans ce pays favorisé (Angleterre), et dans sa capitale.
Ô chers amis, il nous faut sentir le fardeau de l’état de la chrétienté. Mais il y a un fardeau plus lourd quand on réalise que les chrétiens apprécient si peu, en s’élevant au-dessus de tous les manquements, la vérité que nous avons communion les uns avec les autres. Personne ne doutera que tout vrai chrétien en a le sentiment dans une certaine mesure, et qu’il y répond selon la mesure du sens qu’il a de la grâce divine ; mais c’est faiblement, à moins d’entrer en même temps dans l’intelligence spirituelle de la grâce et de la vérité connues en Christ précisément dans le but de nous amener tous dans un état manifeste et actuel d’amour mutuel. « Nous avons communion les uns avec les autres ». Nous reconnaissons ce qu’il y a de Christ chez les uns et chez les autres, pour notre profonde joie.
Il y a le troisième privilège, sans lequel on ne peut posséder aucun bien de manière permanente, ni aucune puissance pour vaincre et ôter les difficultés. Car les péchés sont des difficultés insurmontables autrement, mais « le sang de Jésus Christ Son Fils nous purifie de tout péché » selon la formulation exacte de la phrase. C’est une erreur de limiter la force de ce passage en le réduisant à une question de temps. L’apôtre présente la vérité dans la forme abstraite qui caractérise ses écrits. Il nous parle ici de la grande source de consolation qui demeure pour le chrétien. Personne ne savait ni ne pouvait rien savoir de l’efficacité du sang avant la croix, mais elle est là désormais. Et plus la lumière brille dans toute sa puissance pour manifester la croix, plus elle montre la puissance de purification. En marchant dans la lumière (c’est là qu’on est amené quand on reçoit Christ), nous avons la communion mutuelle et nous connaissons la valeur du sacrifice de Christ. Il est la lumière, et à titre de conséquence d’avoir la vie éternelle, nous jouissons de la communion avec le Père et le Fils ; et en plus, nous avons communion les uns avec les autres. Il ne peut pas y avoir de vraie communion en haut ni ici-bas sans Christ possédé et connu de cette manière. Il peut y avoir une association aimable dans une société religieuse, une association de bienfaisance dans une société du monde ; mais Christ nous établit dans ce qui est non seulement réel, mais divin, déjà maintenant sur la terre, en face de la confusion ecclésiastique.
La grande entrave à la communion, c’est le moi, l’égoïsme pécheur qui imprègne tout homme, femme et enfant dans ce monde, car tous sont déchus. Les gens ne saisissent-ils pas instinctivement, ce qui répondra, comme ils l’espèrent, à leurs désirs et à la satisfaction de leurs penchants, et hélas ! de ce qu’ils détestent ? Ceci n’est pas la communion, mais l’inverse de la communion dans une nature pécheresse. Pourtant dans ce monde coupable, ce monde de péché qui meurt dans le malheur et qui attend le jugement, son Créateur est venu, Lui dont l’amour était avant la création, et dont l’amour s’est d’autant plus manifesté quand toute la création s’est dressée contre Lui et l’a chassé. Son amour, l’amour de Dieu, nous ont amené à participer à tout ce qu’Il a, sauf ce qui est absolument divin, et par conséquent non communicable. Mais dans cet amour dépourvu d’égoïsme, Il partage avec le chrétien tout ce qu’Il peut communiquer ; et comme Il possède toutes choses avec le Père, là encore Il ne fait aucune différence pour nous. Si nous avons communion avec le Père et le Fils, nous avons communion les uns avec les autres. La vie éternelle a été manifestée en Christ, qui nous a aussi donné la même vie pour que ce soit notre vie. C’est là la bénédiction suprême qui nous a donné la possibilité d’avoir part à la communion, gardée et maintenue par Sa mort qui efface tout péché. La responsabilité du chrétien ici-bas sur la terre n’a pas pour autant cessé pour ceux qui sont ainsi bénis. Mais pour faire face à cette responsabilité, il y a besoin de dépendance continuelle : afin que, puisqu’on vit dans l’Esprit, on puisse aussi marcher dans l’Esprit ; car l’Esprit est donné maintenant pour glorifier Christ en toutes choses, et la marche dans l’Esprit en fait spécialement partie. C’est pourquoi il y a ici notre nouvelle responsabilité. « Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux si vous les faites » (Jean 13:17).
Mais ici nous avons notre position en grâce ; la triple bénédiction chrétienne est présentée ici. Cette corde triple qui ne peut être rompue, c’est marcher dans la lumière, avoir communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus Christ qui nous purifie de tout péché (*). Nous apprenons d’autres passages de l’Écriture, que pour le chrétien, il n’y a qu’une offrande, qu’un sacrifice, qu’un versement du sang, qu’une application du sang. Les gens se trompent en ne voyant pas le lavage par l’eau en plus de celui par le sang. Or le lavage à l’eau a besoin d’être continuellement répété, tandis que le sang de Christ n’a eu lieu qu’une fois pour toutes. Ôtez cet effet permanent du sang, et vous êtes plongés dans l’incertitude. Il n’y a pas moyen d’avoir jamais une paix solide autrement qu’en sachant que vos péchés sont entièrement effacés devant Dieu.
(*) C’est par une triste ignorance du grec ou de l’anglais [et du français] que certains pensent que ce temps de verbe n’exprime que le temps présent, historiquement. Il a, quand c’est nécessaire, un sens abstrait indépendant du temps. C’est ce que l’apôtre veut dire dans ces trois phrases du v. 7, pour la dernière comme pour les autres ; c’est ce que le sang de Christ fait. Il purifie de tout péché. Il n’est pas question ici du moment où cela a lieu.
Il a été pris une peine immense, spécialement avec les chrétiens hébreux, pour faire ressortir cette grande vérité de l’unicité de l’offrande et du sacrifice, en contraste avec la religion des Juifs, qui avaient toujours un sacrificateur debout pour présenter chaque jour leurs nouvelles offrandes. Mais pour nous, Il s’est assis, non seulement pour toujours, mais sans interruption. Le mot qui est traduit par « continuellement » ou « à perpétuité » (Héb. 10:1, 12, 14) signifie « continuellement ». Il est beaucoup plus fort que s’il était simplement dit « pour toujours » ; parce que « pour toujours » peut signifier « pour le principal », et admettre qu’à tout moment il se retrouve debout ou assis, même si la miséricorde demeure « pour toujours ». Le mot signifie vraiment ici « sans interruption ». Pensez-vous que c’est ce que croient la grande majorité des enfants de Dieu ? La conséquence d’ignorer ce point fait que les gens prennent sur eux d’interpréter le passage de manière erronée. Ils lui font dire que le sang continuer à purifier chaque fois qu’on fait à nouveau recours à Christ. Ce n’est pas la doctrine de l’Écriture. Dans ce sens qu’ils donnent à la purification permanente, pour répondre à nos nouveaux besoins, le sang de Christ est réduit pratiquement au niveau du sacrifice Lévitique quand un Juif avait péché.
L’apôtre parle de nos privilèges d’une manière absolue. Jean plus que tout autre a été conduit à exprimer la vérité sous forme abstraite et avec une force absolue. C’est pourquoi, si l’on applique ceci à ce verset, marcher dans la lumière est une réalité permanente pour le chrétien, même si ici ou là, nous sommes inconséquents. « Nous avons communion les uns avec les autres » n’en demeure pas moins absolument vrai, même si nous manquons de temps en temps ; mais cela demeure le principe réel que nous sommes appelés à pratiquer. N’y sommes-nous pas préparés par notre participation commune, non pas aux circonstances du monde, mais aux bénédictions éternelles ? C’est exactement la même chose avec le sang de notre Seigneur Jésus Christ. La purification de tout péché, voilà ce qu’il opère. Il ne dit pas quand Il l’a fait, et encore moins qu’Il va le faire, et encore moins que tout le reste, qu’Il continue toujours à le faire. La Révélation ne parle jamais ainsi, mais elle parle plutôt de son effet global ; car par une seule offrande, Il a rendu parfait à perpétuité ceux qui sont sanctifiés (Héb. 10:14). Par contre, nous avons besoin du lavage d’eau chaque fois que nous manquons, et, hélas ! aussi souvent que nous manquons. C’est le lavage des pieds de notre Seigneur en Jean 13 qui répond à ce qu’on aura bientôt l’occasion de considérer. Nous n’avons pas besoin d’aborder ce sujet maintenant, qui aura sa place dans une étude complète. Je me borne à y faire référence pour balayer ce qui est une erreur positive et une faute d’interprétation de la Parole de Dieu.
Nous pouvons aussi observer, que la communion ecclésiastique, aussi importante soit-elle, n’est nullement en vue ici. Dans ce temps de déclin de la profession extérieure, l’apôtre parle de la communion spirituelle des vrais chrétiens les uns avec les autres, qui doit survivre à toutes les défaillances, et qui y survit en fait selon la mesure de notre marche en communion avec Dieu. Nous avons à nouveau ici une doctrine abstraite, que nous sommes tenus de mettre en pratique.
Nous en arrivons maintenant au deuxième « si nous disons » de la profession chrétienne. « Si nous disons que nous n’avons pas de péché » : c’est une affirmation bien étonnante pour un chrétien, pourtant il y en a qui le disent, et dont il faut tristement penser qu’ils ne sont pas chrétiens. Cette phrase particulière n’implique pas qu’ils ne puissent pas l’être. Il est dit que « si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes ». Ah ! on le fait facilement, on se séduit soi-même facilement. Ce genre de pensées est effectivement un égarement. Comment ceux qui ont la vie éternelle en Christ peuvent-ils se tromper eux-mêmes au point de dire qu’ils n’ont pas de péché ? S’ils disent que Christ a ôté leurs péchés en les portant, c’est vrai ; s’ils disent que le vieil homme a été crucifié, c’est aussi vrai, s’ils disent que Dieu a condamné le péché dans la chair pour eux, c’est vrai sans aucun doute. Mais dire qu’on n’a pas de péché, avoir d’abord regardé dans son cœur, et avoir ensuite levé ses yeux au ciel, et dire ensuite : « m’étant examiné moi-même, je dis que je n’ai pas de péché », c’est une illusion extraordinaire chez un saint de Dieu. On le comprend chez un panthéiste, parce qu’il est aveugle, tout comme ses dieux. Avoir une pensée rabaissée sur Christ va de pair avec une haute opinion de son propre état. Il semble que cette erreur fut celle des Pélagiens, des années après le temps de Jean.
Pesons le verset. Il ne s’agit pas ici de péché commis, mais du péché inhérent, qui doit être senti comme une tendance constante toujours prête à se manifester ; et si l’on n’y veille pas, il est sûr qu’elle apparaîtra. Car même si nous avons la nouvelle vie en Christ, nous avons aussi notre vieille nature mauvaise, et nous sommes tenus à veiller à en couper les pousses dès qu’elles bourgeonnent. Nous avons une base d’encouragement bénie en ce que notre vieil homme a été crucifié avec Christ, que le corps du péché a été annulé, pour que nous ne servions plus le péché (Rom. 6:6). Néanmoins nous sommes appelés à mortifier par l’Esprit les actions du corps (Rom. 8:13). Dieu sera avec nous pour nous fortifier, comme Il le fait toujours quand il y a de la dépendance et de la soumission de cœur. Mais dire que nous n’avons pas de péché ! C’est une théorie de propre-justice, et cette théorie ne peut avoir qu’une apparence de force en faisant du péché quelque chose de très vague (on arrive à cela en se trompant soi-même et en ignorant la vérité), et de là on dit qu’on n’a pas de péché. Telle a été l’illusion de tant de chères âmes ; il faut en avoir beaucoup pitié, et leur montrer qu’il a fallu un bien bas niveau d’estimation du péché et de la vérité, pour qu’une telle théorie arrive à s’emparer de l’esprit.
Il y en a eu Un dont on a pu dire en vérité « En Lui il n’y a pas de péché » (3:5) ; dans tous les autres, il y a du péché, sans en excepter aucun des saints qui ait jamais vécu. Car il y a encore la vieille nature ; et celle-ci ne manque pas d’éclater au jour quand nous ne la maintenons pas entièrement sous la puissance de la mort de Christ par l’Esprit de Dieu. Mais ici, il s’agissait d’une vanterie charnelle et fausse. Tous ces « si nous disons » décrivent le mal croissant parmi les chrétiens professants. Ils supposent une erreur systématique chez des gens qui se livrent à la spéculation. « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1:8). C’est une déclaration si forte qu’elle amène à douter que ceux qui s’illusionnent pareillement puissent être chrétiens. Mais « la vérité n’est pas en nous » paraît être un peu différent de « la vérité n’est pas du tout connue par nous ». Sans doute, tout chrétien est censé connaître la vérité par l’enseignement de Dieu. En tout cas, l’attention est attirée par l’expression particulière de la phrase ; car le fait de se tromper soi-même est imputé au fait que la vérité n’est pas en nous intérieurement. La vérité doit être « en nous », non pas simplement crue et reconnue par nous. Il n’est pas douteux que bien des personnes tiennent ces théories, et pourtant on aurait tort de penser que ce ne sont pas des chrétiens. Elle veulent probablement dire qu’elles n’ont jamais cédé au péché : même ceci est bien hardi à soutenir. Au mieux cela témoigne d’une très bonne opinion de soi-même, bien éloignée de ce que les saints plus spirituels ont jamais ressenti ou exprimé.
Au v. 9 l’apôtre met le croyant sur un terrain entièrement différent, sous la conduite de l’Esprit de Dieu. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés ». « Si nous disons que nous n’avons pas de péché », peut-on s’attendre à du jugement de soi-même et quelque confession ? Il n’y en a ni besoin ni raison d’être. Un rêve perfectionniste a eu son influence aveuglante sur l’âme. Ici au contraire, nous n’avons pas de « si nous disons ». Confesser les péchés indique une réalité vivante, tout comme marcher dans la lumière, en ayant communion les uns avec les autres, le sang étant là pour purifier de tout péché. Il n’est pas question de « si nous disons ». Ceux qui ont de la réalité ne font pas étalage de ce qui est leur part ; ils en jouissent. Christ vit en eux ; et comme ils ont été engendrés par la parole de la vérité (Jacq. 1:18), ils pratiquent la vérité. La vérité est en eux. N’est-ce pas ce à quoi nous sommes tous appelés, nous qui L’avons réellement, Lui, comme notre lumière, notre vie et la vérité ?
Ici le chrétien est caractérisé par un esprit entièrement différent, du commencement à la fin. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité ». Si nous avons été entraînés dans le péché, que faisons-nous ? Il en est ainsi à la conversion, et il en reste toujours ainsi chaque fois qu’il y en a besoin. Car notre Dieu ne peut pas supporter les péchés. Nous ne les cachons pas ; nous les confessons à Dieu, et à l’homme aussi quand c’est nécessaire ou édifiant. Ainsi l’orgueil de la volonté est brisé, et par la grâce, on renonce à sa propre réputation misérable. On fait attention au caractère de Christ que nous portons. Dorénavant c’est Son nom qui compte ; et que vaut le notre en comparaison du Sien ? « Si donc nous confessons nos péchés, Il est fidèle et juste pour pardonner » : quelle parole encourageante que celle-ci, et vraie dès le premier moment où nous nous sommes tournés vers Dieu ! Ici aussi, elle est vraie en principe ; il n’y a pas de limite particulière dans le temps, comme dans les cas précédents. Pour le chrétien, c’est un principe de départ, et qui subsiste ; il est censé gouverner sa nouvelle marche du début jusqu’à la fin, comme un fait toujours vivant dans le chrétien.
Aller à Dieu au sujet de notre mal quand tout était mal, nous convenait alors que nous étions dans la poussière comme des perdus. Il est le Dieu de toute grâce, quel que soit le besoin, jusqu’au bout. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier » non pas seulement de tout péché, mais « de toute iniquité » [ou : « injustice »]. Car la souillure est le résultat malheureux du péché ; c’est la règle susceptible de rendre l’âme malhonnête, et qui la rend effectivement malhonnête si on se cache comme Adam. En cachant le péché en son sein, on s’éloigne de plus en plus de Dieu. La seule chose bonne à faire, c’est de se rejeter sur Lui et de confesser ses péchés à Ses pieds. Cela demeure continuellement vrai dès l’instant où nous Le connaissons comme notre Père. Car le gouvernement de notre Père est aussi vrai et fiable pour le saint que l’a été Sa grâce, lorsqu’au commencement nous avons découvert la rémission de nos péchés. C’est d’ailleurs là la portée de la requête du Seigneur dans la prière dominicale, comme on l’appelle. À proprement parler, elle ne se réfère pas à un homme impie en train de se convertir ; elle correspond plutôt au désir quotidien du disciple, comme le reste de ce que notre Seigneur a enseigné dans le sermon sur la montagne. Il est important de saisir qu’il ne s’agissait pas d’une prédication de l’évangile par le Seigneur en vue de gagner des pécheurs à la grâce de Dieu. Mais si le croyant pèche (Jean 15:1-10 ; 1 Pierre 1:14-17), c’est une affaire dont notre Père s’occupe dans Son gouvernement moral à l’égard de nos âmes. Il prend note de tout, parce que nous sommes Ses enfants et les disciples de Christ. Son amour, Son honneur, Sa grâce, Sa vérité sont tous en cause en cela. La Parole a purifié et elle nous purifie encore. Or cette purification ne concerne pas seulement nos péchés, mais aussi les conséquences du péché — c’est une purification de toute iniquité (injustice), de tout le manque de droiture qui est la suite naturelle du péché.
On arrive enfin au troisième et dernier de ces « si nous disons ». « Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur et sa parole n’est pas en nous ». C’est le plus audacieux des trois. Il décrit une classe de personne dégradée jusqu’à cette extrémité où l’on se dresse contre Dieu à l’aide d’une théorie des plus extravagantes. Ces doctrines singulières s’infiltrent nulle part mieux que parmi les chrétiens professants. Car la corruption de ce qui est le meilleur est la pire des corruptions. On ne la trouvait même pas tellement parmi les Juifs, bien qu’ils abondassent en traditions pernicieuses qui les ont profondément souillés en déshonorant Dieu. Mais la chrétienté est un boulevard rempli de fables qui se rajoutent les unes aux autres, s’élevant toujours plus dans la provocation de Dieu à la colère.
Ce dernier « si nous disons » est l’un des rêves les plus immondes issus du gnosticisme, auquel il est fait allusion tout au long de l’épître, et non seulement cela, mais aussi dans les écrits de Paul avant ceux de Jean. Ce n’était que le début de ce mauvais courant, qui s’est développé rapidement, en s’accélérant encore plus après le départ des apôtres. Mais ces raisonnements vains et profanes de l’esprit humain dans les choses de Dieu passent à la légère sur les grands fondements de la moralité ; c’est sur ce point qu’ils se trahissent, et vers lequel tendent toutes les fausses doctrines. Non seulement cela affaiblit la source de la responsabilité chrétienne, mais cela la nie et la détruit tout à la fois.
Notons au passage que les éthiques de la philosophie, ancienne ou moderne, ne peuvent trouver aucune assise stable. Elles ne saisissent pas la vérité que les devoirs découlent des relations, et par dessus tout de la relation avec Dieu. Cette carence irrémédiable les amène à suivre les païens qui ne connaissent pas Dieu et ignorent toute relation avec Lui ou avec Son Fils. Sur ce plan, les chrétiens de nom s’égarent de manière plus coupable car ils renient même leur foi passée. Il n’y a en effet plus de place pour la grâce de Dieu en Christ. « Si nous disons que nous n’avons pas péché ». Pour dire cela, combien faut-il que leurs âmes soient enveloppées des plus profondes ténèbres ! Combien la lumière qui était en eux est devenue ténèbres ! (Luc 11:35) — et des ténèbres telles qu’il n’y en a guère de plus profondes et plus désespérées ! C’est ainsi qu’il en est encore, dans beaucoup de cas, bien trop nombreux.
Les pires, il faut s’en rappeler, ce sont les antichrists qui avaient eu leur place dans l’église, et étaient reconnus dans la famille de Dieu, au temps où les apôtres vivaient. « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous ; mais c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun des nôtres » (2:19). Si ceux du v. 10 n’étaient pas des antichrists, ils étaient adversaires de la vérité, et même des séducteurs. Mais les pires d’entre eux sont les derniers, car c’est un rejet provoquant de la Parole de Dieu que de dire qu’on n’a pas péché. C’était déjà mauvais de dire que nous n’avons pas de péché, maintenant que nous sommes chrétiens ; mais dire que nous n’avons jamais péché est en contradiction directe avec le témoignage constant de Dieu tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau. C’est ce qui est dénoncé ici. C’est faire Dieu menteur sans même en avoir honte. On rencontre de temps en temps de telles personnes dans la chrétienté, assez rarement, grâces à Dieu. Mais il y en a qui nient l’existence même du péché, comme tous les panthéistes, bien sûr. Ils revendiquent avoir part à la divinité, comme ils disent, et s’il en est ainsi, comment Dieu pourrait-Il péché ?
Sans doute c’est de la philosophie fausse et insensée ; mais ce qui est terrible pour le cœur du chrétien, et aux yeux de Dieu, c’est que ceux qui avaient commencé avec Son Fils, le Sauveur, et avec la rémission des péchés par Son sang, aient sombré dans un tel abîme jusqu’à nier entièrement d’avoir péché. « Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur et sa parole n’est pas en nous ». Avaient-ils oublié leur confession du commencement lorsqu’ils avaient pris la position de se détourner du judaïsme périmé et des faux dieux des Gentils ? Mais il y avait pire encore. Peut-on imaginer de faire Dieu menteur ? Se « séduire soi-même » était déjà mauvais en présence de la lumière qui doit nous manifester, mais c’était une bagatelle en comparaison de faire Dieu menteur. Là on se permet le blasphème ; là on attaque Dieu sans pudeur au point le plus sensible de Son honneur. Car qu’est-ce qui importe le plus à Dieu que d’être vrai et saint ? « Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur et sa parole n’est pas en nous ».
Ce n’est pas seulement que la « vérité » ne soit pas en nous (1:8), quoiqu’on puisse supposer qu’il s’agisse de la même chose, mais exprimé de manière plus générale. Mais ici (1:10), c’est un rejet direct de Sa « parole » dans toute sa simplicité : elle ne pouvait guère être reçue par de telles âmes. Quand Sa Parole est en nous, c’est volontiers et avec humilité qu’on reconnaît avoir péché. C’est ce que dira Israël dans un temps futur, « tout Israël sera sauvé » (Rom. 11) dans ce jour qui s’approche pour la joie de toute la terre. Et nous qui appartenons à Christ en haut, que disons-nous ? Qu’avons-nous dit en sortant des ténèbres pour entrer dans la lumière ? N’avons-nous pas commencé par cela ? Oui, nous avons commencé par ce que nous n’oublierons jamais. Toute âme vraiment convertie dit « nous avons péché ». Mais ici l’apôtre écrivant cette épître très longtemps après que la grâce et la vérité soient venues par Jésus Christ et qu’il ait été rendu témoignage depuis longtemps à la confession chrétienne, — c’est alors qu’il nous parle solennellement de ce mal énorme. Il ne s’agit pas des Juifs ni des Gentils, mais des chrétiens professants, de l’époque ou de tous les temps ; ils n’étaient certainement pas de vrais chrétiens, même s’ils n’étaient pas encore des apostats. « Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur et sa parole n’est pas en nous ».
Je saisis l’occasion de rectifier une erreur des Puritains qui appliquaient Ésaïe 50:10 au chrétien. Ce verset vient s’opposer directement au premier des « si nous disons » de l’apôtre aux v. 6 et 7. Cette erreur fleurit encore chez ceux qu’on appelle les hyper-calvinistes, pour ne parler que d’eux. On la trouve formulée clairement dans l’ouvrage « L’enfant de lumière marchant dans les ténèbres » écrit par un ancien ecclésiastique éminent. Je ne dis pas que cet ecclésiastique utilisait un de ces versets pour contredire l’autre, et si je me souviens bien, il ne se référait même pas à l’apôtre ; peut-être n’avait-il même pas vu la confusion et l’erreur impliquées par l’application qu’il faisait. Le fait est que ce Puritain avait en vue des cas assez courants parmi les âmes provenant de l’état de la chrétienté dégénérée depuis si longtemps, où même les vrais chrétiens n’avaient pas une paix certaine, et perdaient le peu qu’ils avaient pu en avoir, pour toutes sortes de raisons, dont la principale était qu’ils recherchaient au-dedans d’eux-mêmes ce repos qui ne se trouve qu’en Christ et en Son œuvre pour nous. C’est cette absence douloureuse d’assurance à laquelle cette école se réfère par « un enfant de lumière marchant dans les ténèbres ». Or cet usage des termes « lumière » et « ténèbres » est un troisième usage, distinct à la fois de celui qu’en fait le prophète [Ésaïe] et de celui de l’apôtre. Aucun de ces termes « lumière » et « ténèbres » dans l’usage qu’en font Ésaïe ou l’apôtre Jean ne se rapporte au cas — qui est un fait étrange maintenant, et si longtemps banal — d’un croyant cédant à l’incrédulité, au lieu de la juger comme un péché contre le témoignage de l’Esprit, contre l’œuvre du Seigneur et contre la volonté du Père. De telles âmes n’ont jamais vraiment reçu la parole de la vérité, ni l’évangile, et elles ont besoin de commencer par là, même si elles ont à se juger aussi pour tout autre chose. Si elles se tiennent devant Dieu dans la vérité de leurs péchés, elles trouveront qu’Il s’occupe d’elles dans la vérité de Sa grâce en vue de leur délivrance.
Or le prophète Ésaïe ne parlait pas des chrétiens, mais du futur résidu pieux, en contraste avec la masse apostate qui allait périr selon le v. 11. « Qui d’entre vous craint l’Éternel, qui entend la voix de son serviteur, quiconque marche dans les ténèbres et n’a pas de lumière, qu’il se confie dans le nom de l’Éternel et s’appuie sur son Dieu » (Ésaïe 50:10). Il saute aux yeux que le prophète juif et l’apôtre chrétien n’utilisent pas les mots « lumière » et « ténèbres » dans le même sens.
Le prophète [És. 50:10] utilise ces mots en rapport avec les circonstances effroyables de l’heure exceptionnelle à venir, celle du châtiment des péchés de la nation, non seulement l’idolâtrie, mais ce qui est bien pire, le rejet du Messie. Dans ce passage, les hommes pieux, soit qu’ils passent par le martyr, soit qu’ils soient préservés, souffrent à l’extrême, n’ont pas de lumière, mais attendent leur Libérateur qui va détruire les ennemis du dedans et du dehors. L’apôtre, de son côté, traite de la vérité chrétienne, de ce qui répond à la nature éternelle de Dieu dans Ses enfants, et il s’élève bien au-dessus d’une crise prophétique ou des particularités d’une dispensation. Le chrétien ne marche pas nécessairement selon la lumière, mais il marche toujours dans la lumière comme Dieu est dans la lumière révélée par Christ. C’est le caractère moral propre à la nouvelle nature, la nature de Dieu, qui est lumière et en qui il n’y a pas du tout de ténèbres. Certes le chrétien a encore la vieille nature, mais il est affranchi, étant mort avec Christ, n’ayant plus jamais, par grâce, à la tolérer, mais ayant à condamner ce que Dieu a condamné dans la croix de Christ à tout prix pour Lui-même. Car nous avons en effet un plein salut, non seulement de nos péchés, mais du péché, étant justifiés du mauvais fruit (Rom. 5:1), et justifiés de l’arbre mauvais (Rom. 6:7).
C’est à l’apôtre Paul qu’est revenu le soin de traiter de cette justification à deux volets, inconnue des théologiens de toutes les écoles. Mais l’apôtre Jean parle de manière plus approfondie que tout autre, de la vie éternelle, notre nature nouvelle et divine, et il met en contraste sa réalité chez les vrais chrétiens avec sa fausseté chez ceux dont la marche renie cette vie et la vérité. Parler de communion avec Dieu tandis qu’on marche dans les ténèbres non dissipés de la nature déchue, c’est un mensonge vivant, ou plutôt le mensonge de la mort. Dès le début de sa course, le chrétien laisse les ténèbres et marche dans la lumière. Ce n’est pas de la présomption, mais de la foi. « Je suis la lumière du monde [Israël n’a jamais pu le dire, ni ne le pouvait] : celui qui Me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8:12). Le chrétien peut glisser par négligence, il peut céder à la propre volonté, ou être entraîné par les convoitises de la chair ou des pensées : tout cela est péché et inconséquent avec la lumière. Mais tout sérieux que cela soit, l’amour divin en Christ qui l’a pardonné quand il était ennemi, et sauvé quand il était perdu, fournit la grâce qui restaure, — comme nous le verrons au chapitre suivant, — et il ne qualifie jamais de « marche dans les ténèbres » aucune triste inconséquence de ce genre. Si nous avons des enfants qui s’égarent, notre relation avec eux demeure : combien plus avec les enfants de Dieu ! Ceux qui marchent dans les ténèbres, selon notre apôtre, mentent et ne pratiquent pas la vérité. Ils n’ont ni la vie ni la lumière, et ce dont ils ont besoin, c’est d’être réveillés et vivifiés. Le chrétien qui tombe n’a besoin que de se repentir et d’avoir sa communion restaurée lorsqu’elle a été interrompue. Au lieu de perdre la lumière, c’est dans la lumière qu’il s’humilie profondément pour sa faute.
Le v. 7 est clair sur tout cela, car il nous donne une vue grandiose du nouveau terrain sur lequel la grâce établit tout vrai chrétien. « Si nous marchons dans la lumière comme Lui est dans la lumière » : c’est par là que commencent et que continuent tous ceux qui ont été appelés hors des ténèbres. En même temps qu’une vraie perception de la nature de Dieu dont le vrai chrétien est participant, nous avons aussi « communion les uns avec les autres », ce qui est l’action de la vie divine en direction de nos frères, — comme la marche dans la lumière est en direction de Dieu. Alors vient le précieux fondement, et le support, de ces deux choses, comme leur privilège absolument nécessaire : « le sang de Jésus Son Fils nous purifie de tout péché » sans quoi nous ne pourrions ni recevoir ni être gardés dans la merveilleuse part des chrétiens. Mais ce fondement est un tout, et forme la condition de tous les chrétiens.
La dernière phrase du v. 7 est trop souvent considérée comme une ressource vis-à-vis des manquements, mais c’est ignorer sa place au fond, et sa liaison réelle avec le reste ; c’est la dissocier de son objet fondamental, et la substituer à la ressource donnée de Dieu en 1 Jean 2:1-2. Ce mauvais usage est nuisible à tous égards. Le v. 7 est un sommaire de la condition générale du chrétien, et en le prenant comme il est, il va à l’encontre du but recherché. Car si tel était bien le but, il faudrait plutôt écrire : « si nous ne marchons pas dans la lumière, etc. et n’avons pas communion les uns avec les autres, le sang de Jésus nous purifiera de notre péché particulier ». Cette dernière phrase exprime bien la notion de ressource, je pense, mais elle est en opposition manifeste avec l’affirmation générale et abstraite du privilège chrétien, qui est le sens authentique et voulu par l’apôtre. Il n’y a que ce sens qui cadre avec le contexte, mettant en contraste la grande liste brillante des privilèges chrétiens essentiels avec les diverses formes de la profession mauvaise qui déshonore le nom du Seigneur, s’écarte de la vérité, et conduit à la ruine éternelle. La ressource en cas de manquement ne peut qu’être mise ailleurs, et être traitée tout différemment, ce qui est le cas.
Ces deux versets appartiennent proprement au chapitre 1 ; ils en sont le complément nécessaire. Malgré la conjonction de coordination du début du v. 3, ce v. 3 introduit un nouveau sujet : l’application de la vérité du ch. 1 de diverses manières, extrêmement importantes et profondément intéressantes, pour garder les âmes de l’égarement et de se tromper elles-mêmes. Ces versets n’ont pas encore été abordés, mais dans les deux versets qui sont devant nous, nous avons largement de quoi fouiller dans la Parole et méditer dans nos âmes.
Nous avons vu que le chapitre 1 comprend deux parties : l’épanchement de l’amour du Père dans le Fils incarné découlant de la grâce divine sans cause externe, — hormis nos péchés ! L’énergie de Sa nature est l’amour, et la pureté de Sa nature nous est communiquée par le mot, ou la figure, si expressifs, de la « lumière ». Quel mot pouvait mieux convenir à Son propos ? Car il a été écrit pour notre instruction, et il n’y a pas de raison qu’il dépasse notre capacité de compréhension avec le secours du Saint Esprit. Car aucun élément ne refuse mieux la corruption que la lumière, et en elle-même elle est absolument pure ; en tout cas, il en est ainsi pour la lumière de la nature de Dieu. Telle est la part que, comme chrétiens, nous recevons par la grâce de Dieu : Sa nature ; et c’est ce que l’apôtre a été conduit à leur dire alors que l’église allait extérieurement au naufrage. Nous voyons ici qu’il en était déjà ainsi : l’épître elle-même le prouve. La pire forme de mal imaginable dans la chrétienté est ce qui est appelé « antichrist », et à cette époque il y avait « beaucoup (*) d’antichrists ». Il y en a beaucoup plus maintenant. Ainsi Dieu a pris soin que les germes des pires maux soient en tout cas complètement manifestés avant que le dernier apôtre écrive, afin qu’il existe une déclaration divine au sujet de ce mal et de ses dangers. Cela n’a pas été laissé au seul jugement spirituel, bien qu’évidemment il en faille pour profiter en aucune manière de la Parole de Dieu. Mais nous avons l’autorité de Dieu exprimée dans Sa Parole : rien à déduire, pas d’argument humain, ni rien qui résulte de l’expérience des saints ; mais seulement ce qui se recommande directement de l’autorité de Dieu à la conscience et à la confiance de tous Ses enfants. Puisque tous ces maux devaient exister un jour, Dieu, dans Sa sagesse, a donc pris soin par Sa Parole, que les pires d’entre eux soient là pour être mis au jour et condamnés devant Ses saints.
(*) note Bibliquest : « plusieurs » selon la version J.N. Darby
C’est pourquoi cette épître a un caractère bien particulier. Elle n’est pas comme 2 Thessaloniciens qui porte les regards vers une autre époque, un autre temps, vers ce qui n’est pas arrivé mais qui doit avoir lieu avant le jour du Seigneur : l’apostasie. L’apostasie signifie l’abandon entier du christianisme, et il est certain que cela arrivera, l’un des facteurs mauvais pour amener cet abandon étant ce qu’on appelle de manière étrange la « haute critique ». C’est la préparation des hommes à une incrédulité qui sera bien plus profonde, complète et ouverte. Où est l’honnêteté des personnages officiels, dont la fonction même est de maintenir l’autorité de la Parole de Dieu, alors qu’ils reçoivent honneurs et salaires sur la terre précisément de ce qu’ils sapent, alors qu’ils devraient savoir (s’ils ne le savent pas) qu’ils sont en train de le saper ? Mais cette apostasie est future, tandis que les antichrists étaient déjà là. C’était la « dernière heure », et le signe en était la présence de « beaucoup d’antichrists » ; or ils étaient déjà là ; ce n’était pas simplement un mal futur. L’antichrist est encore à venir, mais beaucoup d’antichrists sont les précurseurs de l’antichrist.
Toutefois, dans les versets que nous avons devant nous, il s’agit d’un mal beaucoup plus général. Hélas ! c’est ce dont il faut tenir compte avec tout chrétien professant. La chair est inimitié contre Dieu ; elle est un danger proche et permanent, parce qu’elle offre à l’ennemi une prise directe pour agir, et pour agir non pas simplement sur ceux qui n’ont rien d’autre en eux que la chair, mais aussi chez ceux qui, bien que dans l’Esprit quant à eux-mêmes (Rom. 8:9), ont la chair en eux. Il est vrai qu’il est positivement dit qu’ils ne sont pas dans la chair, c’est-à-dire qu’ils sont délivrés de la chair par la foi en Christ ; ils ont reçus une nature entièrement nouvelle, et ne sont pas laissés sans ressources dans la vieille nature. Il y a une puissance suffisante dans le Saint Esprit pour garder tous les saints de pécher.
Nous savons que c’est un fait que nous pouvons pécher, et que nous trébuchons tous souvent ; mais c’est notre faute. C’est pourquoi le croyant est celui qui devrait être prêt à défendre Dieu contre lui-même, et il devrait même être heureux de le faire. Il est vrai que c’est humiliant, mais chers frères, ne tirons-nous pas notre bénédiction, une grande bénédiction, de ce qui nous humilie ? Il n’y a pas une seule épreuve de ce genre, qui, si elle est acceptée de la part de Dieu, ne tourne par Sa grâce pour le bien, même si en elle-même, elle est désagréable, douloureuse, voire injuste quelquefois. « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (Rom. 8:28). « Tout ce qui nous est donné de bon et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières » (Jacq. 1:17), en sorte que nous sommes inexcusables si nous donnons de Lui une mauvaise image ; car nous sommes Ses enfants, et nous sommes appelés à maintenir le caractère de la famille.
C’est pourquoi il ne faut pas prendre de travers ce que dit l’apôtre quand, dans la seconde partie du ch. 1, il montre le merveilleux point de départ au croyant. Car le v. 7 qui est tellement et si largement mal compris, se rapporte réellement à la position du croyant. Ces versets reviennent constamment à sa conduite factuelle, à la réalité de sa marche, et au caractère de la marche qui est normal pour nous, parce que nous avons la vie éternelle, et parce qu’en outre cette vie éternelle a, à la fois, la puissance pour préserver et le fondement d’une consolation infinie dans le sacrifice de Christ. « Mais si nous marchons dans la lumière » est une déclaration abstraite applicable au chrétien s’il en est un. Cela suffit pour montrer la perversité de la compréhension erronée dont nous avons parlé. En réalité, il n’est pas question d’un quelconque moment particulier dans le temps, ou d’un fait particulier dans la marche du croyant, mais du caractère de cette marche, selon Dieu.
C’est justement ce que notre apôtre est si heureux de présenter, et de nous appliquer si constamment. « Si nous marchons dans la lumière » signifie en effet « si nous sommes chrétiens », « si nous avons vu la lumière de la vie », « si nous sommes de ceux qui suivent Christ ». C’est le Seigneur qui dit « celui qui Me suit ne marchera pas dans les ténèbres » (Jean 8:12). Veut-Il dire par là que ce n’est la part que de certains saints ? Il affirme que c’est vrai de tous ceux qui Le suivent ; « il ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ». Ce privilège si grand provient entièrement de la grâce divine, et n’est nullement le fruit de notre fidélité. Il n’est le fruit que de la bonté incomparable de Dieu, par laquelle nous qui sommes croyants avons déjà maintenant à faire directement avec Dieu comme Il est. Or où Dieu est-Il connu comme Il est ? Dans la lumière ; certainement pas dans le noir, mais dans la lumière ? C’est là que non seulement nous avons la vie éternelle, mais qu’en plus, nous marchons dans la lumière, au lieu de marcher dans les ténèbres comme si nous étions païens. L’homme déchu marche nécessairement dans les ténèbres, parce qu’il ne connaît pas Dieu. Le croyant marche dans la lumière, parce qu’il connaît Dieu, ayant vu Christ, la lumière de la vie ; et cette lumière de la vie n’est pas seulement un petit rayon bientôt disparu ; c’est une lumière parfaite et constante. La vraie lumière luit déjà (2:8), et où luit-elle ? Sur le chrétien, au fond de son cœur. L’apôtre Paul ajoute même « la lumière de la gloire » parce qu’il était occupé de Christ en haut ; mais ici c’est plutôt la lumière de la vie en Christ, la vraie lumière de la nature divine. C’est pourquoi, quand donc nous sommes convertis, et que nous nous reposons sur la rédemption, où sommes-nous amenés ? Non pas déjà dans le ciel, mais à Dieu (1 Pierre 3:18). Et Dieu est-Il ténèbres ? « Dieu est lumière, et en Lui il n’y a point de ténèbres ». Voilà où nous marchons.
Les gens confondent marcher dans la lumière avec marcher selon la lumière ; or c’est tout autre chose. Car si vous dites « nous marchons selon la lumière », cela se rapporte à la conduite pratique ; mais si on dit « nous marchons dans la lumière », c’est là où nous sommes amenés par notre Seigneur Jésus Christ : à Dieu ; et nous y marchons désormais jusqu’au moment où nous serons avec Lui là où cette lumière ne rencontre absolument plus aucun obstacle. Ici nous sommes environnés de toutes sortes d’obstacles, d’entraves, et de dangers de la chair, du monde et du diable. Pourtant, nous marchons déjà par la foi dans la lumière de la présence de Dieu.
L’Ennemi a ce qu’on peut appeler une rancune personnelle contre le Fils, le Seigneur Jésus, en particulier. Dès l’origine aussi, Satan a eu une rancune contre l’homme, alors que Dieu avait des sentiments de tendresse et de compassion à son égard. Or ce n’était pas étonnant, car c’était le propos de la Déité, que le Fils devînt Homme. Mais en outre, l’homme tout simplement, était un sujet d’intérêt pour Dieu. C’était une créature qui n’était que poussière avant que Dieu lui souffle dans les narines la respiration de vie — ce qu’Il n’a fait que pour l’homme, et pour aucune autre créature sur la terre. Aucune créature, hormis le chef [tête] terrestre, n’a reçu le souffle de Dieu de cette manière directe. Les autres créatures ont commencé à vivre sans rien de la sorte, et en conséquence elles périssent dans la mort. Mais il n’en est pas ainsi pour l’homme ; en mourant il retourne certainement à la poussière, mais qu’advient-il du souffle de Dieu ? C’est là la base de l’immortalité de l’âme. On ne parle pas, par là, de la nouvelle vie des croyants, mais des âmes des hommes. Si quelqu’un nie l’immortalité de l’âme, n’est-il pas au niveau des incrédules (et cela va loin), parce qu’il fait de l’âme de l’homme rien de plus que de celle du chien ? Y a-t-il pire affront et pire incrédulité en face de ce que Dieu a fait à l’homme et pour l’homme ? Aucun animal n’a été fait à l’image de Dieu, ni selon Sa ressemblance. Mésestimer pareillement et sans honte Dieu et Sa parole, c’est d’autant plus de l’incrédulité et de l’ingratitude que Dieu a été si bon envers l’homme, et a mis un honneur aussi remarquable sur toute la race, en traitant ainsi son chef. L’homme est fait pour dominer. Même aux anges, il n’est pas accordé une pareille position ; ils sont tous des serviteurs. Aucun ange ne portera jamais de couronne, ni ne sera jamais assis sur un trône, malgré tous les rêves de poètes et de théologiens ; par contre, ceux qui croient auront bien une telle place, il n’y a pas de doute. Les saints doivent régner avec Christ.
Il y a ainsi ce qui est extrêmement important justement dans la création de l’homme ; l’œuvre de Satan est de ramener l’homme à une simple créature en rapport avec les choses présentes, fermant ainsi ses yeux à tout ce qui est à venir, et niant par là la parole de Dieu et Son jugement. De nos jours il y a beaucoup de degrés dans l’incrédulité, sans aucun doute ; mais on peut considérer que le premier degré c’est de nier que l’Écriture est la Parole de Dieu, voire de rejeter Son témoignage rendu à Christ dans la prédication de l’évangile ; cela rabaisse l’âme immortelle de l’homme à l’état de celle d’une bête, effaçant enfer et ciel. Il en est ainsi tout au travers de tous les nuages de l’incrédulité, qui vont en s’assombrissant toujours plus. Mais il y a là aussi, et toujours, un danger de présomption, car la chair veut abuser de tout. La chair s’efforce par dessus tout de pervertir la grâce, et elle aime à le faire à moins que la nouvelle nature soit là. Et même là où il y a cette nature, le croyant n’est préservé que par la dépendance de Dieu dans la foi en l’œuvre de Christ.
D’un autre côté Dieu est actif. Si la lumière est la nature morale de Dieu, l’amour est l’énergie de la nature de Dieu s’extériorisant en bonté, et opérant avec l’affection et les égards les plus profonds. En parlant de manière abstraite, ce n’est le cas qu’avec l’amour. Sans doute il est facile d’abuser de l’amour ; et nous en abuserions non pas seulement occasionnellement, mais nous continuerions de mal en pis si Dieu en Christ n’était n’est pas seulement vie et lumière, mais aussi amour. Oui, le Sauveur est mort en amour pour nous, et a versé Son sang pour nous rendre plus blanc que la neige aux yeux de Dieu, comme Il est l’Avocat que nous avons auprès du Père, qui est saint et juste.
Notez que l’apôtre cesse de poursuivre le sujet de la nature de Dieu, comme dans la dernière partie du ch. 1. Nous revenons à Son caractère de Père, le nom de grâce de relation avec le chrétien. Car la grâce montrée au chrétien est la grâce la plus élevée que Dieu ait jamais montré ou montrera jamais. Sa Parole est maintenant complète. Dieu ne donne plus d’autre révélation, et l’homme n’a pas à en avoir d’autre. Non seulement Dieu a fait ressortir Sa dernière parole, la plus profonde, en Christ Son Fils, mais aussi le Saint Esprit est ici maintenant pour nous fournir une puissance dans le temps présent. Nous n’avons pas à aller à Jérusalem ou à Samarie, à Rome ou à Canterbury, ou n’importe où ailleurs pour connaître la Parole de Dieu et sa signification. Comme les Écritures sont la seule norme de vérité, ainsi le Saint Esprit demeure dans chaque chrétien justement dans ce but — de le guider dans toute la vérité (Jean 16:13).
Mais cela suppose aussi une condition d’âme convenable. La condition élevée et bénie considérée au début du ch. 1 est la communion. Or la communion chrétienne, c’est partager les pensées et les affections du Père, Son œuvre, Ses propos, quelle qu’en soit l’étendue, et tels qu’ils sont concentrés dans l’objet de la foi placé devant nous. On les trouve tous dans la Parole comme personne et dans la Parole écrite, et ils sont là pour nous pour les saisir. Nous apprenons ainsi que ce que Dieu a fait pour nous en Christ était ce qu’Il avait dans Son cœur avant que rien ne fût créé, et ceci était tel que cela a été révélé dans Son propre Fils, et appliqué comme seul le Saint Esprit pouvait le faire. Nous avons le mieux de ce que Dieu pouvait nous donner, Son propre délice éternel dans Son Fils, et ce délice nous a maintenant été communiqué. Car quand Il dit « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé en qui J’ai trouvé Mon plaisir », n’est-ce pas beaucoup plus merveilleux que de dire « en qui je dois trouver Mon plaisir » ? Nous ressentons bien que cette dernière affirmation aurait déjà été une grande faveur, mais dans ce passage-là Il partage avec nous le principal sujet de joie de Son cœur. Car le plaisir de Dieu se concentre sur le Seigneur Jésus, et d’autant plus parce que le Fils est né de femme, parce qu’Il a daigné devenir homme, — chose aussi nécessaire pour notre bénédiction que celle d’avoir toujours été Dieu. Il aurait pu n’y avoir aucun lien avec l’homme sinon par l’incarnation de Dieu le Fils. Et n’est-ce pas tout, pour la gloire de Dieu ?
Le Seigneur Jésus n’est donc pas simplement venu pour mourir. Certes qu’Il soit venu mourir, c’est ce qui nous introduit dans une condition supérieure à toutes les infirmités issues de nos péchés, et à toutes les conséquences de notre nature déchue. Cependant, jouir de Dieu comme Il est, avoir communion avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ, est notoirement mis de côté presque totalement par les chrétiens modernes ; or n’est-ce pas le meilleur de ce que nous avons ? N’est-ce pas ce qui fait défaut aux croyants ? Ils pensent qu’il est bien suffisant d’être sauvés, ou même d’avoir une petite espérance de l’être à la fin. C’est là que le Calvinisme est si incurablement dur et égoïste. « Si je suis sauvé, c’est la grande affaire. Être élu ou pas, c’est la première des questions à régler ». Tous les cercles sont concentriques autour du moi. La première question avec Dieu, c’est que je dois croire au Seigneur Jésus. Alors le cœur peut se porter ailleurs pleinement, naturellement vers le Père et le Fils dans la puissance de l’Esprit, et non seulement vers tous les saints, mais vers tous les pécheurs, afin qu’eux aussi puissent croire et être sauvés.
Non, la première question n’est pas ma sécurité. Aussi béni que ce soit d’être sauvé, ma sécurité n’est pourtant qu’une petite partie de ce qu’est le christianisme réellement, et une partie encore moindre de la gloire divine. Sans aucun doute, il est essentiel pour le croyant de commencer par là quand il reçoit Christ ; et ce commencement suffit à montrer qu’il ne mérite en rien aucune bénédiction ; Dieu la lui donne gratuitement et pleinement. Mais peut-il y avoir une joie plus élevée que de jouir de Son propre amour, et de Son délice dans le Fils de Son amour ? Qu’y a-t-il de plus grand au ciel ? Certes il y aura l’absence de tout mal et la présence de la gloire, mais rien au ciel ne surpasse la communion avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ. N’est-ce pas incompréhensible qu’un chrétien puisse aller jusqu’à écrire que nous n’aurons aucune communion dans le ciel ? Bien sûr, en écrivant cela l’auteur ne visait pas la communion « ecclésiastique », car ce serait pure idiotie que de parler d’une telle chose dans le ciel, aussi précieux que cela soit sur la terre. Il voulait bien dire ce qu’il disait : « aucune communion » ; nous vous laissons le soin de peser ces propos. Ce qui est merveilleux, c’est que la communion avec le Père et le Fils nous soit déjà donnée sur la terre ; or que nous soyons rendus capables d’en jouir par l’Esprit, ce n’est là encore qu’une des grâces suprêmes de Dieu.
Mais aussi bénie que soit la communion du Père et du Fils, elle est facilement interrompue ; une seule pensée ou parole folle suffit à l’interrompre. Car comment le Père et le Fils pourraient-ils avoir communion avec le péché ? Nous avons ensuite besoin d’une restauration. C’est pour cette raison qu’il est rajouté ce complément plein de grâce : « Mes chers (*) enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas » (2:1). Il n’y avait pas à craindre qu’ils soient perdus. Sur ce point, le Calviniste, aussi dur et borné qu’il soit, a parfaitement raison. La vie éternelle signifie la vie éternelle, et rien moins que cela ; mais cela signifie aussi beaucoup plus que ce qu’on entend communément en juxtaposant ces deux mots. Ils comprennent beaucoup plus que ce que beaucoup de saints et de martyrs ont tiré de ces deux mots de Dieu, tant en étendue qu’en profondeur. À y regarder superficiellement, ce n’est pas une question de simple sécurité. Nous savons tous que bien des chrétiens vivants pensent que c’est même moins que la sécurité, et c’est bien dommage pour eux. Mais y a-t-il quelque chose de trop insensé pour avoir du crédit parmi les chrétiens, même si c’est contraire à la Parole de Dieu, hormis la vérité fondamentale de Christ Lui-même ? Dieu surveille sur ce point le cœur, les pensées et la langue de Ses enfants. Il était ici nécessaire qu’on n’abuse pas de Sa grâce incomparable, et qu’on ne fasse pas peu cas de Son adorable personne.
(*) note Bibliquest : WK traduit « Mes chers enfants » là où JND traduit « Mes enfants ».
La communion avec le Père et avec Son Fils, basée sur la vie éternelle en Christ, nous rend propre pour la lumière, nous rendant capable de marcher dans la lumière ; et Dieu dans Sa grâce nous confère non seulement l’intelligence mais la paix, et nous remplit aussi de joie. Pensez-vous que la plupart des enfants de Dieu croient vraiment que c’est ce à quoi ils ont droit maintenant, et que ce sont les pensées de leur Père à leur égard ? Est-ce que leur christianisme pratique en approche, ne serait-ce qu’un peu ? Une « joie accomplie » (*) ! Or on ne trouve pas cela seulement ici ; la même chose est vraie selon l’expérience et le témoignage de Paul.
(*) note Bibliquest : WK traduit « une plénitude de joie »
Voyez l’épître de l’expérience, celle écrite aux Philippiens. Aucune autre n’a une joie aussi débordante de toute part. À la fois l’apôtre avait cette joie dans Son cœur, et il s’attendait à ce qu’elle se trouve dans le cœur de ces saints qui lui étaient si chers, et à qui il était si cher. En effet, il avait fait l’œuvre à Philippes, si on peut dire, dans une prison à minuit, objet de lourds abus des hommes ; les souffrances et la honte lui avaient été infligées, à lui et à Silas. Nulle part l’œuvre de l’évangile n’a commencé de manière si manifeste avec des chants de triomphe montant vers Dieu au milieu de la douleur. Et Dieu l’entendit, pas seulement les prisonniers comme il nous est dit, mais Dieu l’entendit, et répondit par un tremblement de terre, dont on peut bien présumer sans se tromper, qu’il n’avait pas eu de pareil nulle part ailleurs depuis la création du monde. Les effets qui s’ensuivirent furent entièrement inédits. Leurs liens se détachèrent, sans pour autant qu’aucun prisonnier ne s’enfuie, ni qu’une vie soit perdue, et même sans blessures. Quant au geôlier, il fut réveillé, non seulement pour découvrir que tous ceux dont il avait la charge étaient épargnés, mais pour avoir les yeux ouverts sur quelque chose d’incomparablement meilleur : le Sauveur et Son salut en grâce souveraine. C’était évidemment un homme rude, dur, téméraire, comme tous les geôliers le sont naturellement, et en ce temps-là sans aucun doute. Mais dans cette circonstance, il devint un puissant trophée de la grâce divine, et un témoin de la réponse de Dieu, non pas tant en répression des abus d’autorité, mais à la foi patiente de Ses serviteurs qui chantaient Ses louanges dans la prison. Désormais, leurs chants de joie montaient vers Dieu de manière agréable, et leurs nombreuses blessures les rendaient d’autant plus exquis. Certes dans les circonstances ordinaires, et au milieu de la jouissance paisible de la grâce et de la vérité divine, des chants devraient les accompagner en tout temps en esprit. Cela ne veut pas dire que tous les chrétiens devraient chanter tout le temps, mais la louange devrait en tout temps monter des cœurs ; et c’est ce qui aurait certainement lieu si les saint avaient le christianisme qui avait été communiqué une fois pour toutes à leur foi, et s’ils en jouissaient en esprit, se séparant des blocages obscurcissants de l’incrédulité.
Nos versets s’ouvrent sur l’appel touchant fait à la confiance d’amour de ceux qui sont appelés à de nombreuses reprises « mes chers enfants ». Jusqu’ici, il s’était abstenu de toute parole affectueuse, mais maintenant il en exprime. « Je vous écris ces choses ». Il cesse aussi de se servir de cette forme appropriée à un témoignage en commun, « nous vous écrivons » ; mais son discours devient ici tout à fait personnel. Il écrivait à chacun, et à tous, selon que Dieu le conduisait lui personnellement. Certainement, il était tout autant inspiré pour dire « nous vous écrivons » au ch. 1 que pour dire « je vous écris » au ch. 2 ; mais au ch. 1, c’était ce que des témoins choisis témoignaient par la grâce divine, et ce dont tous les saints étaient censés jouir pleinement. S’ils pouvaient Lui parler en chantant à minuit, c’est sûr qu’ils chantaient aussi leurs cantiques spirituels en plein jour à midi.
Mais ici, un avertissement sérieux est lancé : « Je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas ». Qui s’étonnerait de ce passage à un appel personnel, bien nécessaire ? Pourquoi ? Le péché a des effets en profondeur, spécialement si celui qui compromet Dieu est un saint qui Lui appartient. Si nous connaissons l’évangile, nous devons croire que la vie éternelle s’étend jusqu’à ce que le temps ne soit plus, et que le chrétien a maintenant la vie éternelle, la vie de Christ qui lui est maintenant communiquée, tout comme il a aussi la rédemption éternelle de Christ (Héb. 9:12), non pas une rédemption temporelle comme celle que Moïse a procurée en sortant d’Égypte. Comme nos autres privilèges chrétiens, la rédemption éternelle nous appartient. En 1 Jean 2:1, il n’est pas question que germe une crainte pareille à celle des Israélites. En tant que vivants avec la vie et le caractère de Christ, il nous est fait ressentir, par grâce, ce qui rabaisse le nom de Christ et attriste le Saint Esprit de Dieu pour lequel nous avons été scellé pour le jour de notre rédemption (Éph. 4:30). Nous allons plus loin ici : « le Père » comme tel est cité. Car nous ne sommes pas simplement participants de la nature divine, mais nous sommes dans la relation d’enfants avec le Père.
Si vous pensez à un pauvre orphelin qui n’a jamais connu son père ou sa mère de leur vivant, et qui voit douloureusement l’absence du lien par lequel d’autres sont liés ensemble, vous aurez une meilleure appréciation du grand vide qui doit être éprouvé ici. Ici, nous sommes empêchés d’avoir de tels sentiments. Non seulement nous avons une nature divine donnée par grâce et qui demeure malgré toutes les tensions et les difficultés ; mais notre titre d’enfants demeure valable parce que nous avons reçu Christ pour être les enfants de Son Père et notre Père. Or qu’est-ce que le péché à Ses yeux ? Rien moins qu’une atteinte portée directement à la nature de Dieu. La proximité de notre relation ne fait qu’aggraver l’offense faite à Dieu. Il s’agit de quelqu’un agissant de sa propre volonté, contre la volonté de Dieu, car tel est le vrai caractère du péché ; ce n’est pas une transgression de la loi comme le traduit à tort la version autorisée du Roi Jacques en 1 Jean 3:4. Les théologiens lui ont fait dire à tort la même chose, parce qu’ils ont tous plus ou moins tendance à sombrer sous la loi. Ce que l’apôtre écrit en réalité dans ce passage (3:4), c’est que le péché est l’iniquité [une marche sans loi, sans règle]. C’est à la fois plus vaste et plus profond qu’une violation de la loi. Quelqu’un qui viole la loi, peut être un Juif négligent ou ayant subi une provocation, sans qu’il ait réalisé l’autorité de Dieu qui s’y rattache ; mais quant à l’iniquité [une marche sans loi, sans règle], son caractère est terrible. C’est pourquoi les Gentils qui ne connaissent pas la loi, ont typiquement ce genre de culpabilité, en sorte que le terme « sans loi » sert à les décrire. Or c’est la définition du péché révélée au chrétien : « le péché est l’iniquité » [une marche sans loi, sans frein]. La transgression de la loi est du péché, mais la réciproque n’est pas vraie ; car le péché a une portée bien plus vaste ; c’est l’iniquité, une marche sans règle, la propre volonté débridée.
C’est pourquoi ici, après tout ce développement de la communion divine et de la nature divine, l’apôtre écrit à ses chers enfants avec une affection grave, afin qu’ils ne pèchent pas. Si je pèche, au lieu que ce soit l’exercice de la vie éternelle, c’est un affront des plus profonds à l’amour du Père et du Fils, une violation de la nature morale de Dieu Lui-même. Ce n’est pas une simple infraction à la loi donnée par Moïse à Israël, même si celle-ci est très importante en elle-même, et d’une grande valeur pour tous ceux qui la connaissent. Le commandement est saint, juste et bon ; mais nous, même si nous avions été des chrétiens Juifs, nous sommes morts avec Christ à la loi, et nous sommes introduits dans une toute autre position ; car nous sommes sous la grâce, et non pas sous la loi. Telle est la position révélée au croyant depuis que notre Seigneur est mort et a été ressuscité. C’est pourquoi, comme Satan est toujours sur le qui-vive pour piéger le chrétien, et jeter du déshonneur sur son Seigneur, nous lisons : « Je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas ». Cela fait bien peu de mots, mais ils sont si solennels ! et la simplicité et la tendresse avec lesquelles ils sont introduits rajoute à leur poids. « Et si quelqu’un a péché ». L’usage de « on » à la place de « quelqu’un » donnerait une idée de généralité de l’affirmation qui n’est pas du tout en vue ici : le mot « on » ne s’y trouve pas du tout. « Si quelqu’un », autrement dit si un saint quelconque, si n’importe quelle personne ayant cette relation et cette nature divine pèche.
Il est supposé qu’il ne s’agit que d’un acte de péché. Il n’est jamais envisagé qu’un chrétien vive délibérément dans le péché. L’Écriture ne fournit ni raison ni excuse à un tel laxisme. Il peut germer dans certains esprits la théorie vicieuse selon laquelle la présence du péché en nous est niée, mais nous avons vu la sentence qui déclare que c’est se séduire soi-même. La vérité ne se trouve pas chez ceux qui bâtissent de pareilles théories. Mais nier avoir péché va beaucoup plus loin, et cela manifeste une conscience cautérisée, et une absence totale de la lumière divine qui met au jour une vie faite entièrement de propre volonté. Est-il possible d’avoir des idées encore plus opposées à la Parole de Dieu à notre sujet ? « Si quelqu’un a péché, nous avons un Avocat ». Ce dernier membre de phrase n’est-il pas une expression singulièrement belle d’une vérité bien consolante ? Il n’est pas dit « il a un Avocat », mais « nous » avons. Ce n’est pas non plus une promesse, si belle soit-elle, de restreindre le service d’Avocat de Christ à l’annulation de la douleur et de la honte issues du péché du croyant.
« Avocat » est un mot de portée beaucoup plus générale que simplement s’occuper d’un acte particulier de péché, même si c’est le point soulevé ici. Or le déshonneur fait à Dieu et dont doit s’occuper l’Avocat est d’autant plus grand qu’il s’agit d’un chrétien. Porter le péché et les péchés, qu’est-ce que cela n’a-t-il pas coûté à Christ ? C’est quand Il a été « fait péché » qu’Il est descendu dans toutes les profondeurs du jugement de Dieu enduré de Sa main, afin que nous n’ayons pas à l’endurer.
« Si quelqu’un a péché, nous avons un Avocat » — le « nous » désigne l’ensemble des chrétiens, tous ceux qui sont des objets de la grâce divine. C’est en haut qu’Il est pour faire face à ce besoin. Comme Il est toujours pour nous là-haut, ainsi aussi nous L’avons toujours pour nous. De même que nous avons la rédemption par Son sang, la rémission des péchés, la vie éternelle en Lui, ainsi pareillement nous L’avons comme Avocat auprès du Père. C’est une ressource merveilleuse de grâce. Ce mot « Avocat » est le même mot (« pa?a??et?? ») que celui utilisé par l’apôtre Jean dans son évangile pour désigner le Saint Esprit, et qui est traduit un peu moins bien par « Consolateur ». Si c’était le mot à utiliser, il faudrait qu’il y ait en grec « pa?a???t?? » comme en Job 16:2 dans la version des Septante. Tandis que la formation même du mot pa?a???t??, et par-dessus tout son sens tel qu’on peut le déduire de l’usage qu’en fait l’Écriture signifie plutôt quelqu’un qui est appelé en notre faveur et qui peut parfaitement faire pour nous ce que nous sommes incapables de faire, et ce que nous ne pouvons qu’être incapables de faire. Cela suffit à montrer que nous devons pas mettre des limites étroites au sens de ce mot, ni nous imaginer que le seul travail de l’Avocat soit de s’occuper du péché ; Il est aussi notre Consolateur et veille à tout ce qui nous manque.
Il est évident que la consolation serait un manière bien étrange et imparfaite de s’occuper du péché d’un chrétien, même si c’est le résultat en grâce. Certes ce serait un moyen humain, et une manière d’agir appréciée de la chair, autrement dit : « parle le moins possible du péché : épargne les sentiments de notre pauvre frère défaillant, qui n’y peut rien ». Une âme droite désire au contraire que la plaie soit vue de près ; elle prie pour que le mal insidieux soit entièrement passé au crible jusqu’au bout, et elle se juge elle-même devant Dieu pour avoir cédé à un mal si indigne du Père et du Fils, et tellement attristant pour le Saint Esprit. Néanmoins, avant qu’on cède au mal, et pour qu’il soit tiré le meilleur profit d’une circonstance si triste, nous avons un Avocat auprès du « Père », Jésus Christ le juste. Ce n’est pas auprès de Dieu en Sa qualité de « Dieu ». Ce terme aurait été correct si l’on avait perdu sa place de chrétien ; mais aussi déplorable que soit le péché, nous ne perdons pas la relation de grâce. Nous avons le droit de la retenir comme nous appartenant. En effet, s’il y a un moment où il faut plus que jamais nous souvenir de notre position comme chrétien, c’est bien quand nous sommes tombés dans le péché par notre propre folie. Quoi d’autre pourrait nous rendre profondément honteux de nous-même sans sombrer dans le désespoir ? Après avoir bénéficié de la miséricorde et de la bénédiction incomparables de Dieu, qu’il est accablant d’avoir transigé avec l’iniquité, et d’être coupable d’oublier tout à la fois l’amour, la nature sainte de notre Père, et le péché que nous avons encore toléré chez le vieil homme !
Le péché qui demeure en nous n’est-il pas comme une bête sauvage, qu’il faut garder sous clef et enchaîner pour qu’elle ne s’échappe pas ? C’est en effet un ennemi mortel, et pourtant nous avons le droit de le tenir dans la mort, la seule mort qui soit efficace, la mort de Christ et notre mort avec Lui. C’est pourquoi, ce qui expose à chuter est un manque, à la fois de vigilance quant à nous-mêmes, et de foi en Lui, — un exercice de foi, personnel et présent, quant à ce que Christ a fait pour nous à la croix. Car à la croix, ce ne sont pas simplement les péchés qui ont été ôtés, mais le péché dans la chair a été condamné — sous forme de sacrifice — en Lui qui était entièrement saint. Dieu l’a condamné là, et sa fin pour nous par grâce est qu’il soit condamné, non pas pardonné. Les péchés ont besoin d’être pardonnés, mais le péché, Dieu l’a condamné en Christ fait péché. La sentence a été exécutée sur le péché en Christ crucifié, afin que nous soyons rendus libres en Lui. C’est ce dont nous avions besoin et qui nous a été accordé par grâce (Rom. 8:3). C’est pourquoi nous avons besoin d’être constamment en éveil, pour avoir la puissance de condamner la chair quand elle se montre ou qu’elle opère consciemment à l’intérieur sans que les autres la voient.
Mais voilà qu’un péché a été commis. Un saint, un enfant de Dieu, moi-même, vous ou un autre, a péché ; que se passe-t-il alors ? La nature du péché est d’aller de mal en pis, et d’opérer en s’acheminant vers une impiété plus grande ; et c’est inévitable, si nous n’avions pas un Avocat tel que le nôtre. L’Avocat travaille, et le résultat de Son travail est de nous amener à sentir et à juger le péché avec humiliation devant notre Dieu et Père. Beaucoup peuvent s’étonner qu’il ne soit pas dit « si quelqu’un se repent, nous avons un Avocat », mais « si quelqu’un a péché, nous avons un Avocat ». La première expression serait évidemment celle du légalisme dans son incrédulité vis-à-vis de la grâce. Car cela ne paraît-il pas correct de dire « si quelqu’un se repent, nous avons un Avocat » ? Or il est bien dit « si quelqu’un a péché… ». Bien sûr, Dieu hait le péché d’une haine infinie ; mais Il aime le saint, et comme Père, Il aime Son enfant d’un amour qui surmonte toutes les difficultés. En outre, Son but est d’introduire ce saint dans Ses propres pensées, Sa propre haine de ce péché même. Nous avons donc un Avocat, et pas seulement auprès de « Dieu », comme si on avait tout perdu par le péché et qu’il fallait tout recommencer à nouveau. Non ; mais j’ai fait honte à Sa grâce et à Sa vérité, et Il m’amène à le condamner et à me juger en conséquence. Or qui est Celui qui opère en vue d’un tel résultat de grâce ? C’est l’Avocat qui est en haut. Il opère en nous par le moyen d’un autre Avocat qui est ici-bas, le Saint Esprit.
On comprend pourquoi on a été jusqu’à affirmer que la traduction correcte en français du mot « pa?a???t?? » est « Avocat », et qu’il est autant nécessaire d’utiliser ce terme dans l’Évangile pour désigner le Saint Esprit, qu’ici dans cette épître pour désigner le Seigneur Jésus auprès du Père en haut. Le terme « Avocat » est censé englober tout ce que nous ne pouvons pas faire nous-mêmes, même dans le cas extrême d’un péché. Ce mot correspond à celui de « patron » chez les Romains d’autrefois (c’est l’image qui a été souvent utilisée, pour autant qu’une pauvre illustration terrestre puisse en fournir une), lorsqu’ils n’étaient pas encore égoïstes, adonnés au luxe et corrompus, comme ils le devinrent ultérieurement, — mais à l’époque où il y avait chez eux en tout cas un sens moral fort pour un peuple païen. Les clients pouvaient regarder vers leurs chefs, les différents membres de la famille, ou « clan » comme on dit en Écosse. Le « clan » pouvait réclamer l’aide du « Patron », et celui-ci, par le fait même qu’il était leur chef, était tenu à s’intéresser personnellement et activement à tous ceux du clan qui avaient besoin de son aide. En tout cas, telle était la théorie, car il ne faut pas s’attendre à une mise en pratique complète, ce qui est tout autre chose pour l’homme dans ce monde. Mais telle était l’idée qu’il y a derrière cette fonction d’avocat. Et maintenant, ce qui était une idée grandement déficiente parmi les hommes, le chrétien en trouve la réalisation parfaite dans le Seigneur Jésus.
Cette réalisation parfaite n’est pas seulement le propre de l’Avocat auprès du Père, mais aussi du Saint Esprit venu d’auprès du Père et du Fils pour être Avocat parmi nous. Une partie de Son action est de poursuivre l’intercession pour les saints selon Dieu. Ce n’est pas exactement de la même manière, mais il y a intercession permanente de l’Esprit selon Rom. 8:26-27, tout autant que de Christ en haut (Rom. 8:34). La double fonction divine d’avocat couvre effectivement tous nos besoins. Partout où il y a une difficulté, une épreuve, une douleur, l’Esprit ne fait jamais défaut. Partout où nous sommes faibles ou ignorant, l’Esprit vient à notre secours, opérant d’une manière ou d’une autre, pas toujours directement sur nous-mêmes, mais par le moyen d’autrui. N’est-ce pas une manière des plus heureuses ? Loin de nous d’être indépendants l’un de l’autre. En tant que membres du seul corps de Christ, nous sommes aussi maintenant constitués dans la puissance de l’Esprit membres l’un de l’autre. Et c’est la volonté de Dieu que nous mettions cela en pratique ici-bas, mais comment le faisons-nous ? Au moins, nous savons que l’Avocat en haut ne manque jamais, pas plus que l’Avocat ici-bas ; et ainsi, dans la merveilleuse grâce de Dieu, nous sommes doublement encouragés et pris en charge, pour que nous restions fidèles, même si c’est dans la faiblesse. Ces deux ressources sont exposées, l’une dans l’évangile de Jean, l’autre dans cette épître, du même apôtre. Combien nous sommes doublement redevables à Dieu d’un tel soutien !
L’apôtre Paul n’a pas pourvu à tout, quoiqu’il n’y ait jamais eu un plus grand administrateur des mystères de Dieu, ni un ouvrier plus puissant dans l’évangile et dans l’église, parmi ceux qui ont travaillé, vécu et souffert pour le nom de notre Seigneur Jésus. L’apôtre Jean a eu une place que personne ne pouvait tenir sauf lui, et il a été inspiré par l’Esprit Saint pour cela. Ce n’est pas étonnant, car ce n’est pas pour rien qu’il était dans le sein du Seigneur. Il y avait des raisons et des motifs pour qu’il jouisse d’un privilège si béni ; et nous récoltons la bénédiction par le moyen du disciple que Jésus aimait, ainsi formé et façonné par la grâce divine pour l’œuvre qu’il lui a été donné de faire tant d’années après, dans les circonstances extrêmement angoissantes qu’a alors connu l’église de Dieu. Quelle est la situation aujourd’hui ? Les sujets de détresses ne se sont-ils pas accrus, approfondis et multipliés depuis ? Pourtant l’Avocat demeure en haut, et l’autre Avocat demeure en nous et avec nous. Croyons-nous à tous les deux, simplement, vraiment et complètement ?
Il est important de voir la différence entre le service d’Avocat et la sacrificature du Seigneur. Jean ne nous présente jamais le Seigneur comme sacrificateur, au moins maintenant pour les chrétiens. L’Avocat a un caractère plus intime, et de beaucoup. Le sacrificateur a une place absolument nécessaire, qui a été particulièrement manifestée là où il y en avait le plus besoin, aux chrétiens Hébreux, dont beaucoup, sinon tous, soupiraient ardemment après la sacrificature et les cérémonies d’autrefois. La vérité dont ils avaient besoin leur fut enseignée par l’apôtre Paul, c’est assez singulier à dire. Il n’était pas leur apôtre, et son épître est écrite sous forme d’un enseignement susceptible d’avoir du poids auprès des Hébreux, plutôt que d’être revêtu de l’autorité apostolique. Il s’efface sans donner son nom, et s’appuie de toutes manières sur des passages tirés de l’Ancien Testament avec une habileté sans pareille. Mais cette habileté lui était donnée à dessein par le Saint Esprit. Sans aucun doute il était aussi un vase approprié pour cette œuvre de Jésus, le grand sacrificateur en haut ; comme Jean l’était pour cette autre tâche que nous avons considéré — la forme plus intime du service d’Avocat.
On peut voir clairement ce qui est si utile pour différencier ces deux épîtres, l’épître aux Hébreux et l’épître de Jean dont nous nous occupons ; car la différence ne réside pas simplement dans un point particulier, mais chacune a comme une ligne distincte de vérités qui court tout au long de l’épître. L’épître aux Hébreux traite de la manière de s’approcher de Dieu, d’avoir accès à Son sanctuaire. Il ne s’agit pas de relation avec le Père. Au chapitre 12, il est bien fait référence à Dieu parlant à Ses saints comme à des fils, et à la discipline paternelle du Père des esprits qui est réservée à ceux qui sont vraiment des fils. Mais le caractère tout du long de l’épître est de parler de « Dieu » en rapport avec les saints ; c’est pourquoi la question est de savoir comment nous approcher de Dieu dans les lieux saints, étant donné ce que nous sommes. C’est pour la même raison que le sacrifice de Christ nous y est déployé de manière frappante, dans sa parfaite efficacité. Il est montré avec un aspect souligné particulièrement, en contraste constant avec Israël — « une seule offrande » accomplie une fois pour toutes ; car il est pris le plus grand soin pour y graver ce caractère d’unicité, et pour exclure toute idée d’application renouvelée du sang. Pourquoi fallait-il qu’il en soit ainsi ? Parce que le sang de Christ a un caractère qu’aucun autre sang ne possédait ni ne pourrait posséder. Il fait son œuvre parfaitement, et par conséquent une fois pour toutes. Or cette vérité est justement celle pour laquelle on aurait de la peine aujourd’hui à trouver, où que ce soit, des gens qui la croient complètement et sans restriction.
Il existe bien différentes formes de gouvernement de l’église, et différentes nuances de doctrines, mais elles sont toutes d’accord, y compris parmi les évangéliques, pour soutenir la répétition du recours au sang de Christ, ou au moins de l’application de ce sang. Dans le fond, c’est être comme les Juifs, et cela revient ainsi à une remise en vigueur du judaïsme après qu’il ait été chassé, spécialement par l’apôtre Paul. On ne trouve aucune trace de cette répétition dans les épîtres aux Thessaloniciens, aux Corinthiens, aux Romains, aux Galates, aux Éphésiens, aux Colossiens ou aux Philippiens. Devant les Juifs croyants, les Hébreux, l’apôtre Paul en exclut l’idée péremptoirement. Comme le dit Héb. 9:26, s’il en avait été ainsi, Christ aurait dû souffrir plusieurs fois. Or Il a été offert une fois pour toutes, non pas plusieurs fois. C’est là que se manifeste non seulement l’erreur, mais la folie de la messe romaine. On dit ouvertement que c’est un sacrifice non sanglant, et un sacrifice répété continuellement et quotidiennement pour la rémission des péchés. C’est un sacrement qui déclare que le sang de Christ a failli, et qu’offrir la messe est une nécessité pour qu’il y ait rémission. Mais ce n’est qu’une imposture, une invention du genre le plus grossier, la plus prétentieuse pour un prêtre [= sacrificateur] sur la terre, et la plus déshonorante pour le Seigneur Jésus, tant ici-bas qu’au ciel. Mais même les protestants fervents, ne sont-ils pas tous enveloppés du brouillard selon lequel il faudrait périodiquement avoir toujours un nouveau recours au sang ?
Voulez-vous que je vous dise comment cette erreur a germé, et à quoi elle est liée systématiquement ? C’est parce qu’on a l’habitude de laisser de côté le lavage d’eau par la Parole. Les gens ne voient pas cette vérité, sauf pour l’appliquer au baptême. Mais l’Écriture l’applique à ce qui est le besoin permanent du saint, une fois qu’il s’est reposé par la foi sur le sang de Christ. Ce lavage d’eau prend deux formes dans l’Écriture. Il y a le lavage de la régénération quand nous nous reposons sur le sang de Christ, ou à peu près en même temps. Ce lavage aussi ne se répète jamais. Il n’existe pas de re-régénération. Il n’y a pas plus de répétition de la régénération que du sacrifice de Christ. Elle n’a lieu, et ne peut avoir lieu, qu’une fois. De la même manière, le sang de Christ demeure en gardant toujours toute son efficacité auprès de Dieu et pour nous ; si ce n’était le cas, nous serions perdus ; Christ ne peut pas mourir une nouvelle fois pour nous. Mais après s’être reposés sur la mort de Christ pour nous, les gens supposent que son efficacité est interrompue par le péché, et qu’il faut une nouvelle application du sang pour nous purifier. Si c’était le cas, où le trouvons-nous ? Il est mort une fois pour toutes, et la valeur de Son sang demeure pour toujours, et même sans interruption, autrement dit « à perpétuité » (e?? t? d???e?e?). Mais il y a aussi continuellement le lavage d’eau par la Parole, partout où il y en a besoin.
La nécessité d’une purification habituelle, pour nous, ressort de manière très frappante, non pas dans les Hébreux, ni dans les évangiles en général, mais dans l’évangile de Jean seulement. Notre Seigneur prit le bassin, l’eau et le linge pour laver les pieds de Ses disciples, montrant par ce symbole ce qu’Il fait maintenant dans les cieux chaque fois que nos pieds contractent de la souillure ici-bas, — c’est l’explication que le Seigneur leur donne après le lavage des pieds, pour qu’ils le comprennent. C’est pour faire face aux souillures au cours de la marche du chrétien. Ce que le Seigneur a fait là était un service d’Avocat, c’est clair. Le Seigneur en donna le signe en s’abaissant, non pas pour mourir pour eux, mais pour laver leurs pieds souillés, à la surprise de Pierre, et des autres sans doute. Pierre exprima leur ignorance à tous, et montra sa folie de se confier dans ses propres pensées pour préserver l’honneur de son Maître. Son honneur moral le plus grand était dans l’humiliation qu’Il acceptait dans Son amour, et en ce qu’une satisfaction extrême était donnée à l’amour du Père, cela étant aussi offert aux saints pour en jouir pleinement. C’est ainsi que le lavage des pieds de Jean 13 correspond à l’expression que nous avons ici : « Nous avons un Avocat auprès du Père ». Il ne s’agit pas de sang, mais d’eau ; et « C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus le Christ, non seulement dans la puissance de l’eau, mais dans la puissance de l’eau et du sang ». C’est ce que l’apôtre écrit au ch. 5:6, en se référant de manière évidente au ch. 13:34-35 de son évangile. La mort de Christ fait à la fois l’expiation pour le croyant, et sa purification morale : le sang une fois pour toutes, et l’eau (qui typifie la Parole, Jean 15:3) non seulement au commencement, mais jusqu’à la fin ici-bas ; mais la Parole applique Sa mort pour nous purifier par la foi.
Dans l’épître aux Hébreux, comme déjà expliqué, l’accès à Dieu est assuré par un sacrifice parfait, « le sang de la croix », et par Son entrée dans les lieux saints en tant que Souverain Sacrificateur sur la maison de Dieu ; le Précurseur (Héb. 6:20) est entré pour nous afin que nous puissions entrer en pleine liberté. Mais le rôle de Sa sacrificature est de secourir ceux qui sont tentés (Héb. 2:18), et de sympathiser avec nos infirmités (Héb. 4:15), afin que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce au moment opportun (Héb. 4:16). Il paraît pour nous dans le ciel, devant la face de Dieu (Héb. 9:24). Il nous encourage ainsi, et nous fortifie contre toutes les épreuves du désert, dans notre faiblesse et dans ce à quoi nous sommes exposés. Mais nulle part Son office de sacrificateur dans le ciel n’est appliqué à nos péchés. C’est à ceci que Son service d’Avocat s’applique expressément. Si quelqu’un a péché, nous avons un Avocat auprès du Père, le même Jésus, mais dans une fonction différente, en vue de restaurer ce qui a été interrompu avec le Père par le péché. C’est la restauration de la communion qui a été interrompue par le péché.
Mais notre attention est attirée sur un autre point. L’Avocat est, ici, Jésus Christ le juste. C’est très significatif. Et il y a plus encore ; « et Lui est la propitiation ». Notez ce double fondement. D’abord le service d’Avocat est fondé sur le fait qu’Il est Le juste. Nous n’avons aucune justice ; Lui est le juste, et Il nous a été fait de la part de Dieu non seulement sagesse, mais aussi justice (1 Cor. 1:30).
Secondement, Il est la propitiation pour nos péchés, et a été envoyé par Dieu le Père justement dans ce but. Il a porté tout ce qu’il fallait pour expier nos péchés sous le jugement divin une fois pour toutes. Mais comme Avocat, Il s’occupe du péché du chrétien qui a interrompu sa jouissance de communion avec le Père et avec le Fils. Ceci n’a rien à faire du tout avec Sa souffrance autrefois sous le jugement divin (car tout cela a été achevé sur la croix), mais il s’agit entièrement de la restauration de la communion avec le Père et avec le Fils lorsqu’elle a été interrompue, ce qui a lieu facilement. Combien il est triste, frères bien-aimés, de faire peu cas de cette communion, au point de ne pas sentir ces interruptions, auxquelles nous exposent, dans notre folie, toutes les légèretés en parole ou en acte ! Mais « nous avons un Avocat auprès du Père, Jésus Christ le juste ».
Christ est en haut dans toute Sa grâce. La justice reste dans toute sa pleine valeur, tout comme la propitiation par Son sang. Le chrétien trouve sa joie et sa gloire à ce que rien ne porte atteinte ni à Christ ressuscité, ni à l’efficacité de Son œuvre sur la croix pour nous. Si la terre est aveugle est sourde, le ciel n’oublie jamais ce qu’ils sont pour la gloire de Dieu et pour notre purification. Seulement ici, il y a autre chose à noter. L’apôtre dit que la propitiation de Christ n’est pas seulement pour nos péchés, mais aussi « pour le monde entier ». Or nous ne trouvons jamais la propitiation pour les péchés si ce n’est précisément pour les croyants, comme autrefois, et maintenant pour ceux qui sont des enfants de Dieu. Christ est une propitiation d’une manière générale pour le monde entier, mais seulement « pour nos péchés ». Il y a une distinction nette quand il parle du monde entier. C’est pourquoi introduire « les péchés » en rapport avec la propitiation [comme le fait la version autorisée du roi Jacques] est douteux quand il s’agit du monde. C’est aller au-delà de l’Écriture. Si le Seigneur avait été la propitiation pour les péchés du monde entier, le monde entier en aurait récolté le fruit et irait au ciel. S’Il a porté les péchés du monde entier comme Il a porté les nôtres, qu’est-ce que Dieu a encore contre eux ? Il est la propitiation pour nos péchés ; Il les a annulés pour toujours, les effaçant par Son sang. S’il en était ainsi pour le monde, cela serait dit clairement.
Ici aussi le calvinisme est creux, dur et erroné. La propitiation n’est pas seulement une question qui concerne les enfants de Dieu. Dieu Lui-même devait être glorifié par rapport au péché, en dehors de la question de notre salut. Sa nature en amour l’exigeait vis-à-vis de Ses pires ennemis. L’instruction fournie sur ces deux vérités se trouve en type dans le grand Jour des Propitiations (Lév. 16). Ce jour-là, il y avait deux boucs pour le peuple d’Israël. L’un de ces boucs était le sort pour l’Éternel, l’autre le sort pour le peuple. Or la confession de tous les péchés du peuple n’était faite que sur le bouc qui était « le sort pour le peuple », et non pas sur le premier bouc qui était offert en sacrifice. C’est là qu’apparaît une différence remarquable. Le premier bouc, le sort pour l’Éternel, était pour Sa gloire, — ternie dans ce monde par le péché, — par Sa grâce, pour satisfaire les exigences de Sa nature. Dieu devait être glorifié par rapport au péché. Mais cela ne suffisait pas à enlever clairement le fardeau du pécheur. Pour qu’il y ait rémission, il fallait que les péchés soient confessés nettement et positivement ; Aaron le faisait en posant ses mains sur la tête du bouc vivant, le second bouc, celui qui était le sort pour le peuple. Le premier bouc était égorgé, et son sang porté dans le sanctuaire comme partout, à l’intérieur et à l’extérieur. C’est ici la propitiation d’une manière typique, qui la rend valable pour le monde entier, afin que la bonne nouvelle puisse être prêchée à tout pécheur.
On trouve la doctrine ici et ailleurs. Le type qui s’y rapporte sert à illustrer les différences importantes. Le sacrifice de Christ a parfaitement glorifié la nature de Dieu, en sorte qu’Il peut s’élever à la place suprême, et envoyer pour faire connaître la bonne nouvelle à toute créature. Mais pour être sauvés, les pécheurs ont besoin de quelque chose de plus. « Christ a porté leurs péchés en Son corps sur le bois » (1 Pier. 2:24). Ceci n’est jamais dit à l’égard « du monde » ; les expressions s’en gardent toujours assez soigneusement. Mais parce que Dieu a été parfaitement glorifié quant au péché dans le sacrifice de Christ, Il peut, en quelque sorte, adjurer et supplier même Ses ennemis, par le moyen de Ses serviteurs : Soyez réconciliés avec Dieu (2 Cor. 5:20). L’amour de Dieu est la source. La mort de Christ est le moyen et la base de l’évangile. Il ne sauve pas nécessairement toute créature, mais il déclare que Dieu est glorifié en Christ. S’il n’y avait pas une seule âme de convertie, Dieu serait quand même glorifié dans cette odeur agréable de Christ.
Notons bien que la différence entre les deux est grande. Si Dieu laissait tout à la charge de l’homme, personne ne serait sauvé. C’est par grâce que nous sommes sauvés. Aux élus, Il donne la foi, et c’est là qu’intervient la propitiation pour nos péchés. Aucun de ceux qui craignent Dieu ne pense que tous seront sauvés, ni ne nie que la grâce fait la différence entre croyants et non-croyants. Le Jour des Propitiations rend témoignage que la première chose était de glorifier Sa propre nature, en dehors de la question d’effacer les péchés de Son peuple. Il était encore plus important que soient revendiquées et défendues, dans la croix de Christ, Sa vérité, Sa sainteté et Sa justice, Son amour et Sa majesté. C’est là, et nulle part ailleurs, que la question a été résolue entre le bien et le mal, avec pour résultat le jugement et la défaite du mal, le triomphe du bien, la réconciliation non seulement de tous les croyants avec Dieu, mais de toutes choses (non pas de toutes les personnes), et les nouveaux cieux et la nouvelle terre pendant toute l’éternité. La base de cela a été posée dans ce dont le bouc sacrifié (le sort pour l’Éternel) est le type. Mais pour libérer le peuple de leurs péchés, Il voulait leur montrer Sa grande miséricorde, et c’est ainsi qu’en second lieu, ils sont précisément pris en charge, et leurs péchés sont déposés sur le bouc vivant, qui les emporte dans une terre d’oubli, pour qu’on ne s’en souvienne plus jamais. C’est la distinction entre la propitiation et la substitution.
Ici nous lisons que notre Seigneur est la propitiation pour nos péchés, « et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour le monde entier ». Un soin particulier est pris pour ne pas identifier les enfants de Dieu et le monde. C’est pourquoi il n’est pas dit « pour les péchés du monde entier » [ce qui est le texte de la version autorisée du Roi Jacques]. Sur ce point les traducteurs de la version autorisée du Roi Jacques ont été téméraires, alors que les Réviseurs ont fait correctement la différence. C’est un danger d’ajouter à l’Écriture, et l’obligation de croire ne porte que sur l’Écriture. Ce que l’homme ajoute crée la difficulté, mais le fait de s’en tenir à la Parole de Dieu résout cette difficulté ; avec cela il en est quand même suffisamment dit pour pouvoir proclamer la miséricorde divine au monde entier. C’est là que la nature de Dieu et Son amour sont revendiqués et défendus. Qu’Il soit un Dieu Sauveur, cela apparaît à tous les hommes. Il envoie le message de grâce à toute créature. Il ordonne aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent. Mais pour que le pécheur soit sauvé, il y a d’abord l’appel effectif du pécheur selon le conseil divin ; puis en second lieu vient le travail de l’Esprit Saint dans le cœur du croyant qui reçoit Christ. Ce n’est pas le cas avec « le monde entier » ; c’est en vain qu’on nie les faits. Mais ici nous avons l’Écriture qui l’explique.
Quand quelqu’un croit en notre Seigneur Jésus, on peut lui dire, en suivant la Parole, qu’Il a porté et ôté nos péchés. Mais nous n’avons pas le droit de le dire à un incroyant, ni au « monde entier ». La foi seule a le droit de tenir ce langage.
Le fait est que ce type n’est qu’un témoignage particulier rendu au grand principe de l’Écriture, posé dogmatiquement dans les termes les plus clairs dans le Nouveau Testament. Prenez par exemple la distinction entre la « rédemption » (Éph. 1:7) et « l’achat » (2 Pier. 2:1) : c’est la vraie clef qui résout le dilemme calviniste et arminien. Les deux confondent les deux vérités, en sorte que chacun d’eux est partiellement juste et partiellement faux. Le Seigneur par Sa mort a « acheté » toute la création, et tout homme bien sûr, les « faux docteurs » comme le reste. C’est à leurs risques et périls pour l’éternité qu’ils nient Ses droits et se dressent contre leur Maître Souverain. Mais aucun n’est « racheté » sauf ceux qui ont le pardon de leurs péchés par la foi en Son sang. C’est pourquoi le calviniste a autant raison de tenir à la rédemption particulière que l’arminien de maintenir l’achat universel. Mais les deux sont dans l’erreur en ne faisant pas la distinction entre achat et rédemption [ou : rachat]. Par Sa mort sur la croix le Seigneur a ajouté à Ses droits de créateur, et Il a acquis toute créature pour Lui par cet achat infini. Tous sont à Lui, et non pas à eux-mêmes, le croyant étant seul à le reconnaître pleinement. Mais la rédemption délivre de Satan et des péchés ; et nul n’a cette part sinon par la foi.
Prenons encore une autre forme de la vérité en Héb. 2:9, 10. Christ, par la grâce de Dieu, a goûté la mort pour tout (?pe? pa?t??), y compris tout homme, bien sûr (comp. Héb. 2:7, 8). Tous sont achetés. Mais le langage change tout à fait au v. 10 où nous entendons que Dieu a amené « plusieurs fils » à la gloire, consommant [rendant parfait] le chef de leur salut par des souffrances. Si l’on confond ces deux vérités distinctes, non seulement on perd la précision, mais la vérité souffre de ce que le cœur manque à s’élargir par la connaissance de l’achat universel, et de ce que l’on s’évapore dans le vague par ignorance de la spécificité de la rédemption.
Que Dieu bénisse la vérité placée devant nous pour la gloire du Seigneur Jésus.
Tout chrétien qui réfléchit en lisant ces v. 3 à 6, est certainement conscient qu’ils arrivent à un endroit bien singulier selon l’apparence extérieure. Le début de ce passage peut donner un semblant de continuité avec ce qui précède, et il y a en effet une relation vitale entre les deux ; mais ce n’est pas la manière ordinaire dont les hommes lient les différents sujets entre eux ; car il est parlé ici de quelque chose de tout à fait distinct de ce qui précède. Néanmoins il y a un lien entre les deux, et un lien extrêmement intéressant. Ce lien est exprimé par un mot, la « vie ». Ce n’est plus simplement la vie divine, mais Sa nature dans la pureté absolue du mot-image « lumière », dans laquelle le chrétien est introduit à partir de sa conversion.
Cette lumière est ce qui agit désormais puissamment sur la conscience, car la conscience n’est pas seulement réveillée, mais purifiée ; et la nouvelle nature répond à la lumière de Dieu, d’autant plus qu’elle a été rendue douloureusement consciente combien la vieille nature est mauvaise en elle-même. Mais on a déjà une nouvelle nature qui est de Dieu. Nous qui croyons, l’apôtre Pierre déclare que nous avons une nature divine (2 Pier. 1:4), et cela dès l’instant où la vie de Dieu agit dans notre âme, et elle agit dès le moment où nous sommes convertis à Dieu. Nous pouvons ne pas encore avoir la paix ; cela peut même être très long avant que nous en jouissions pleinement. Mais il y a une joie immense à croire que Dieu a solennellement parlé à nos âmes, et c’est un soulagement immense de se courber entièrement devant la lumière de Dieu qui manifeste et condamne notre vie passée.
Mais comment cela se fait-il ? Parce que nous avons une nouvelle vie de la part de Dieu, et la vie en Christ est la lumière des hommes. Ailleurs elle est appelée la vie éternelle ; mais Christ n’a pas deux vies. Le côté « vie éternelle » est significatif et frappant, mais c’est absolument la même vie ; il n’y en a pas d’autre pour le croyant. Nous voyons combien il est approprié qu’il en soit ainsi, parce que Christ est Lui-même la vie éternelle, selon les expressions de 1 Jean 1:2. Et l’apôtre Paul n’hésite pas non plus à dire (Col. 3:4) que Christ est notre vie, et encore (Gal. 2:20) que je ne vis plus moi, mais Christ vit en moi. Il ne peut donc pas y avoir de doute sur la vérité. Christ n’a pas deux vies, et le croyant non plus : Je dis ceci à propos de la vie spirituelle, sans nier l’existence de la vie naturelle. En Lui était la vie dès l’éternité ; et descendant du ciel, Il donne la vie, par la foi, non pas au Juif seulement, mais au monde entier (Jean 6:33). Le Gentil qui croyait devait l’avoir tout autant que le Juif. C’est pourquoi le croyant a cette vie, et quand il est un peu plus réveillé pour comprendre, c’est une grande joie de savoir que c’est la vie éternelle.
En 1 Pierre 1:2, nous trouvons en substance la même vérité dans la sanctification de l’Esprit dont il est parlé dans ce passage. Ce passage a été compris de travers par les théologiens de toutes les écoles, anciens et modernes, catholiques romains ou protestants, calvinistes ou arminiens. Ils se rangent presque universellement à l’interprétation qui estime qu’il s’agit de sainteté pratique ; et de Bèze, par exemple, a été à son tour induit en erreur pour faire une très grosse faute de traduction. Une fois semée, l’erreur aboutit à une moisson de confusion. Pourtant le contexte rend clair et certain que la sanctification de l’Esprit ne peut rien signifier d’autre ici qu’une mise à part du croyant pour Dieu, qui est opérée par le fait qu’il est né de Dieu, parce que c’est « pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ ». Autrement dit cette sanctification de l’Esprit précède, au lieu de suivre, l’obéissance comme celle de Christ et le sang d’aspersion (le Sien), en contraste avec la loi et son aspersion du sang (Ex. 24). Dès le tout début de notre vie nouvelle, par laquelle l’Esprit nous met à part pour Dieu, nous sommes appelés à obéir comme Christ a obéi, étant des fils en toute sainte liberté, et avec le sang d’aspersion qui proclame que nos péchés sont ôtés et pardonnés. Israël, de son côté, a commencé ses efforts pour obtenir la vie en obéissant à la loi sous peine de cette mort attestée par le sang de la victime, qui était aspergé sur le livre et sur le peuple. Le même sens explique pourquoi, en 1 Cor. 6:11, l’apôtre met « lavé et sanctifié » avant « justifié », et non après, comme il le faudrait si c’était une question de sainteté pratique. La sanctification de l’Esprit dont traitent les deux apôtres principaux, signifie la séparation pour Dieu qui a lieu quand nous sommes nés de Dieu (selon la manière de parler de Jean), avant que s’applique l’aspersion du sang de Christ, et pour que nous obéissions à Dieu comme Christ a obéi. L’archevêque Leighton est à peu près le seul, à ma connaissance, à avoir entrevu la force réelle de cette expression.
Sous la loi, la vie était offerte à l’Israélite sous condition de son obéissance. Pourtant cette vie n’était pas vraiment à lui, mais il en était déchu ; il fallait qu’elle passe sous la puissance de la mort, comme cela eut lieu pour la vie du premier Adam. Il n’est pas dit qu’il fallait que cette vie tombe sous une puissance d’anéantissement, car où trouve-t-on une quelconque extinction de l’homme ? — bien au contraire ! Toute la puissance de Satan était incapable d’anéantir le plus faible être humain. Sans doute il y a eu des choses créées qui n’étaient pas prévues comme devant revivre. La mort de l’homme n’est qu’une séparation de l’âme et du corps. L’homme coupable doit mourir et être jugé ; et cela n’est nullement limité à une souffrance à cause de son iniquité contre Dieu et contre l’homme. Mais en croyant, l’homme apprend de Dieu que la vie éternelle qu’il a ici-bas dans le Fils, est la même vie que celle qu’il aura quand il sera transmué ou ressuscité d’entre les morts ; c’est ce qui le rend propre à avoir communion avec le Père et le Fils tandis qu’il est dans ce monde, comme cela le rendra propre pour jouir du Père et du Fils durant toute l’éternité.
L’Esprit de Dieu est en outre la puissance divine, aussi bien que la personne qui travaille pour le bien dans cette vie contre tout ce qui s’y oppose. C’est ainsi qu’Il glorifie le même Christ qui nous a donné cette vie. Car nous avons toujours besoin du Seigneur Jésus, comme le but et la force de nos âmes, comme nous en avons eu besoin en tant que donateur de la vie ; nous aurons encore besoin de Lui pour toujours pour servir, adorer et avoir la jouissance. Mais dans le ciel, Il vit maintenant pour nous, en sorte que nous ne pouvons pas dire qu’Il nous manque comme si nous ne l’avions pas. Nous voudrions avoir toujours nos délices en Lui qui a laissé Sa vie pour nous ; par dessus tout, nous voudrions maintenant Lui plaire ; et comme nous aimons accomplir la volonté de Dieu sur la terre, ainsi en sera-t-il là-haut quand toutes les influences contraires auront cessé pour toujours.
Nous commençons ici-bas avec ce qui est éternel alors que nous sommes dans le monde et dans le temps. N’est-ce pas béni pour nous de ne pas regarder à l’éternité simplement comme quelque chose de futur, mais de savoir de la part de Dieu que celui qui a la vie éternelle s’est engagé dans un sens réel dans ce qui se poursuit pour toujours ? Nous ne regardons pas aux choses qui se voient, qui ne sont que pour un temps ; nous avons le privilège de regarder aux choses qui ne se voient pas, à celles qui sont éternelles. La foi sait que les choses invisibles sont beaucoup plus réelles et immuables que tout ce qui se voit. Évidemment, le lien de notre association est que la même Personne qui est Elle-même la Vie Éternelle, c’est elle qui est notre vie ; et comment cette vie va-t-elle être connue ? Ici-bas, nous savons que Satan s’efforce souvent d’enfoncer le croyant dans ce qu’il ne devrait jamais permettre — le doute. Or nous qui croyons la révélation de Dieu, nous devons traiter le doute comme du péché. Car sur quoi porte le doute ? Sûrement pas au sujet de nous-mêmes. Avant que nous n’entendions la voix du Fils de Dieu, n’étions-nous pas pécheurs et seulement pécheurs ? Comme tels, nous étions perdus, c’est ce que dit l’Écriture. De même, il n’y a aucun doute au sujet de l’amour de Dieu. La preuve en est Christ Lui-même, — Christ donné pour nous, jusqu’à être crucifié, non pas simplement dans toute la valeur de Son sang pour effacer nos péchés, mais Christ ressuscité et dans la gloire, là où Il n’a pas honte de nous, mais nous reconnaît comme Ses frères. Par grâce nous avons Christ maintenant, et Christ pour toujours : c’est ce dont Il nous donne l’assurance (Jean 10:28).
La vie éternelle est comme la rédemption éternelle, le merveilleux privilège en Christ qui reste essentiellement immuable. Christ est descendu dans la mort pour lui donner le caractère béni d’une vie de résurrection, pas seulement d’une vie éternelle. Vivifiés ensemble avec Lui, nous savons que nos fautes sont toutes pardonnées (Col. 2:13). « Ressuscité avec » signifie que Celui qui est mort est à nouveau vivant pour toujours ; et nous avons maintenant le droit de nous tenir selon Sa position, et de savoir que la grâce fait d’elle notre portion présente. Mais si nous sommes défiés par le diable, nous lui donnons occasion par notre négligence, notre manque de vigilance, notre manque de prière et d’avoir la Parole comme nourriture journalière. On sent le besoin de repas pour le corps ; notre âme n’en a-t-elle pas autant besoin, sinon plus, pour ne rien dire de son importance incomparable ?
Qu’est-ce que le pain de vie ? C’est Christ révélé par la Parole, la Parole qui fait de Christ notre nourriture par l’Esprit. Rien sinon Christ ne nourrit pareillement l’âme. Et quand une âme a cédé à la tentation, et est tombée dans le péché, il y alors une occasion pour l’ennemi. C’est ce dont il se sert généralement pour nous entraîner dans le doute à l’égard de la Parole de Dieu, sous le prétexte fréquent de douter de soi-même. Mais en vérité c’est douter de Dieu. C’est douter de Sa grâce en Christ. Quelle honte d’avoir de tels doutes, quand nous avons clairement devant nos yeux le Seigneur crucifié ! Il est là, présenté à notre foi comme Le crucifié par la Parole de Dieu, pour faire disparaître tout doute. N’est-ce pas pour des ennemis impies et sans force qu’Il est mort ? (Rom. 5:6-10). En effet, si nous n’étions pas aussi mauvais que nous ne sommes, nous n’aurions pas besoin d’un tel Sauveur divin. En fait, c’est parce nous étions aussi mauvais, qu’il est difficile d’imaginer que nous puissions être pires. De plus, nous connaissons la perfidie de la chair dans le croyant. C’est ce qui trouble beaucoup de saints : non pas ce qu’ils ont fait quand ils étaient dans les ténèbres et la mort morale, mais le fait d’avoir manqué dans la grâce et dans la vérité, dans des manifestations de propre volonté ou de folie, de vanité, d’orgueil ou de mondanité, et toute autre chose qui pouvant attrister le Saint Esprit, après toute la miséricorde que Dieu nous a montrée. Qu’il est triste, après avoir fait l’expérience d’une grâce aussi riche, d’être mordant et dur, ou négligent et léger ! C’est de cette manière que le manquement du croyant produit des difficultés dans son âme au sujet de lui-même devant Dieu. Et non seulement cela ; mais si on compromet le Seigneur par du péché connu par autrui, ces autres personnes sont souvent bien prêtes à soulever des problèmes.
C’est pourquoi, après que la base doctrinale de l’épître a été posée au premier chapitre, complétée par les deux premiers versets du second chapitre, la question est lancée : comment puis-je déterminer les vrais tests de la vie ? Certes les philosophes disent beaucoup sur la vie naturelle, mais ils en savent peu : pourquoi dès lors s’étonner que Satan soulève facilement des doutes sur la vie spirituelle, spécialement quand on a été piégé et que la conscience n’est pas nette ?
À partir du v. 3 nous avons des tests qui sondent et qui sont appliqués de manière à montrer clairement à nous-mêmes et aux autres, comment la vie manifeste sa réalité ou son absence. L’objet de la foi a été d’abord présenté pleinement en Christ ; ensuite le travail nécessaire de la nature de Dieu dans ceux qui sont Siens ; ensuite encore (après le bref complément sur la grâce pour restaurer ceux qui sont tombés) nous arrivons à la révélation des tests sur la vie.
Les v. 3 à 6 fournissent le premier test. Quel est le test de base pour n’importe quelle âme ? Ce qui marque son empreinte dès le départ, incontestablement et immédiatement, sur une personne qui a la vie, c’est l’obéissance ; et si cette marque manque, cela signifie l’absence de vie. « Et par ceci nous savons que nous le connaissons » (c’est un résultat continuel du fait d’avoir cette connaissance), « si nous gardons Ses commandements ». Ce n’est rien d’autre que l’obéissance. Ce n’est pas la seule forme qui démontre l’esprit d’obéissance, mais en règle générale, c’est la première. Cela commence sans tarder, et cela convient au plus jeune saint. Il est sûr d’être immédiatement testé par la question d’obéissance. C’est précisément ce que la vie nouvelle porte à faire.
Voyez ceci chez celui qui allait devenir le grand apôtre des Gentils. Dès que la voix du Seigneur a atteint son âme, et a identifié le vrai Dieu avec Celui qui est mort sur la croix, il n’a pu que s’écrier : « Seigneur que veux-tu que je fasse ? » (Actes 22:10). Il juge son erreur et désire obéir. C’est l’instinct spirituel pressant de la vie. Converti dans le cœur, sa pensée est d’obéir à Celui que, sans hésitation, il appelle le Seigneur. Si nous y regardons à travers toute la Parole de Dieu, nous verrons combien l’obéissance embrasse tout et est de toute importance. Prenez le cas de la soumission de l’âme à la justice de Dieu : c’est ce qui est appelé dans l’épître aux Romains « l’obéissance de la foi » (Rom. 1:5) ; ce que l’apôtre entend par là, c’est non pas l’obéissance pratique que la foi produit dans la marche, mais l’acte majeur de croire la parole de Dieu. C’est réellement l’obéissance de cœur. C’est l’obéissance de la personne à la vérité, l’acceptation par l’âme du témoignage de Dieu à l’égard de Son Fils. L’homme qui était jusque-là impie reconnaît vraiment ce témoignage, se courbe devant la parole de Dieu, accepte la vérité de la personne et de l’œuvre de Christ, et est justifié. C’est pourquoi l’évangile est prêché à toutes les nations, non pas comme avec Israël pour l’obéissance de la loi, mais pour l’obéissance de la foi. Telle est la vraie force de cette expression ; ou encore, pour en rendre la portée un peu plus claire : non pas une obéissance produite par la foi, mais la soumission à l’évangile dans la foi. Sous différentes formes, on retrouve cela dans toutes les Écritures.
Mais il y a encore d’autres signes et preuves de son importance, et il vaut la peine de regarder au commencement de l’humanité. Qu’avons-nous là ? Le premier Adam, le père de la race. Hélas ! le commencement de l’histoire morale de l’homme, c’est qu’il a désobéi. Car le commandement en Eden était simplement et entièrement un test d’obéissance sous peine de mort. Manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal n’était pas intrinsèquement un acte moral ou criminel comme voler, tuer, convoiter ou toute autre violation des Dix Commandements. Ces interdictions supposent un penchant inné au mal ; mais ce n’était pas alors le cas. Adam était encore innocent et droit ; et Dieu lui dit de ne pas manger du fruit de cet arbre. Cette interdiction n’avait rien à voir avec la qualité de son produit, ni n’impliquait le moins du monde que le fruit fût un poison. C’est la manière dont l’homme aime considérer cette interdiction : comment en serait-il affecté ? Mais le commandement était une affirmation de l’autorité du Seigneur Dieu. Il était fait pour tester l’obéissance de l’homme, sa confiance en la parole de Dieu et en Sa bonté, en bref, sa soumission absolue comme créature de Dieu. Car Adam ne pouvait pas encore être appelé par grâce un enfant de Dieu. Il était fils de Dieu comme les Athéniens, le rejeton de Dieu. C’est-à-dire qu’il n’était pas un simple animal naturel sans raison, une bête brute ; dès le début il avait une âme issue du souffle de Dieu en lui, une âme immortelle. En ce sens bien sûr, il était le rejeton de Dieu ; mais il n’était pas encore un enfant de Dieu né de Lui par la grâce et par la foi. Une telle naissance n’est jamais rien d’autre que le fruit de Sa grâce en Christ. Ce n’est que de cette manière qu’on reçoit la vie dans Son Fils ; or Adam n’avait rien de la sorte ; il était simplement un homme innocent dans le paradis d’Eden.
Mais le fait clair qui apparaît vite et qui caractérise sa ruine, c’est sa désobéissance. Il a désobéi jusqu’à en mourir ; c’est le grand contraste avec ce qu’est le Second homme, le Dernier Adam, qui est devenu obéissant jusqu’à la mort. Pourtant dans Son être éternel, dans la position qui Lui était propre, dans Sa dignité personnelle inaliénable, le Fils était une personne divine, et comme tel, Il n’avait rien à faire avec l’obéissance. C’est justement la raison pour laquelle il est dit en Héb. 5:8 qu’Il a appris l’obéissance par les choses qu’Il a souffertes. Il ne savait pas ce que c’était qu’obéir avant de descendre pour être un homme. Il savait parfaitement bien ce que c’était pour les autres, pour toute créature ; mais Il n’était pas une créature, Il était le Créateur. Néanmoins, étant devenu homme, Il s’est chargé loyalement des obligations des hommes, dont la première était d’obéir à Dieu.
Le Seigneur a manifesté l’obéissance comme nul autre ne l’a jamais fait, et Il a glorifié Son Père dans tous les sentiments de Son cœur, aussi bien que dans toutes les paroles de Sa bouche, et dans tous les pas de Son chemin. Il a passé outre l’avis de Jean Baptiste en disant « il nous est convenable d’accomplir toute justice ». Il a fait face aux tentations de Satan en se bornant à obéir. C’est là en effet la différence profonde entre le Seigneur Jésus comme Homme et tous les autres hommes. Jamais il n’y a eu un autre homme qui n’a fait qu’obéir. C’est même une caractéristique beaucoup plus grande que faire des miracles : n’importe qui peut faire des miracles si Dieu lui en donne le pouvoir. Judas a fait des miracles, et beaucoup diront au Seigneur en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, et n’avons-nous pas chassé des démons en ton nom, et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ton nom ? Et alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, vous qui pratiquez l’iniquité » (Matt. 7:21-23). Faire des miracles n’est en aucune manière, à soi tout seul, un signe nécessaire de bon état moral. En général cela a accompagné les serviteurs justes de Dieu qui ont inauguré une ère nouvelle de Sa volonté révélée, ou qui l’ont défendue quand l’apostasie se montrait. Mais Dieu, selon Son propre propos de sagesse, nous montre les hommes les plus méchants faisant de grands prodiges, y compris celui qui a trahi le Seigneur Jésus comme déjà mentionné. Il y en a un autre à mentionner ici ; mais le premier de ceux qui sont appelés « le fils de perdition » montre clairement qu’il n’avait pas la moindre appréciation de la personne de Christ. Il avait reçu de la puissance, mais il n’y avait ni l’obéissance ni la foi qui y conduit.
De la considération du premier fils de perdition, on passe naturellement à celle du second, l’antichrist. Quelle est la marque caractéristique de l’antichrist, qu’est-ce qui le rend propre à être un vase dont Satan prend possession au degré le plus extraordinaire ? Rien ne pouvait être un pire affront contre Dieu que la manière dont Judas a montré sa révolte en trahissant le Bien-aimé de Dieu. De même l’antichrist sera la ruine tant des Juifs que des Gentils au-delà de ce que quiconque a jamais vécu. Qu’est-ce qui le caractérise avant qu’il soit permis à la puissance de Satan d’agir en lui si puissamment pour une courte période ? Qu’est-ce qui l’y prépare ? Sa propre volonté, la source de la désobéissance. C’est pourquoi il est décrit comme le roi qui agira selon son bon plaisir (Dan. 11:36), non pas selon la volonté de Dieu, mais selon la sienne et celle de Satan. Il est « l’homme de péché », « l’inique » (2 Thes. 2:3, 8). Hélas ! chaque fois que vous faites votre propre volonté, vous devenez un esclave de Satan ; mais l’antichrist le sera plus que tout autre.
Nous voyons ainsi tout au contraire la place essentielle de l’obéissance du commencement à la fin. Au commencement, le premier homme l’a abandonnée, et toute la ruine a suivi. Puis le Second Homme est venu et n’a été rien d’autre que l’homme obéissant, Celui qui apportait non seulement la bénédiction pour l’homme, gratuitement et pleinement, mais aussi l’expiation et la paix par le sang de Sa croix. Car Il efface complètement et parfaitement les péchés des pécheurs sur la base de la foi ; et le Saint Esprit est envoyé du ciel comme témoin de Lui-même et de Son œuvre de rédemption éternelle, et de réconciliation de l’univers quand Il reviendra. C’est pourquoi, quand Jésus est connu et confessé, l’obéissance est l’inclination, la résolution et la joie de l’âme. Le cœur orgueilleux, négligent et obscurci est arrêté par la Parole et par l’Esprit de Dieu qui le remplit de l’horreur de sa méchanceté, et lui présente Christ et la bonté de Dieu donnant Christ pour son âme ; et le coeur s’incline devant son Seigneur et Sauveur, fervent pour obéir désormais. Si l’importance majeure de l’obéissance dès le commencement de la vie dans l’âme est évidente, il en est aussi de même dans toutes les voies publiques de Dieu, comme nous l’avons vu même jusqu’à l’antichrist futur à la fin de cette ère.
Il est donc montré que le principe d’obéissance a une très vaste application, d’importance majeure pour la gloire de Dieu et pour l’homme, et en fait, bien au-delà de l’homme. Considérez que les anges qui sont tombés étaient à l’origine des êtres célestes. C’est par leur désobéissance, par leur orgueil, qu’ils ont abandonné la position que Dieu leur avait donnée, et qu’ils s’en sont attribué une autre que Dieu ne leur avait pas donnée. L’obéissance de Dieu est partout et toujours la vraie bénédiction.
C’est pourquoi il ne faut pas être surpris que l’Esprit de Dieu l’introduise immédiatement dans notre épître et dans cette partie de l’épître. Si quelqu’un doute de sa relation avec Dieu, ou si d’autres doutent de lui, l’Esprit se sert de l’obéissance comme du premier grand test. Cette âme a-t-elle l’esprit d’obéissance pour elle-même ? Au temps où nous étions dans les ténèbres, nous savons que nous étions fort justement décrits comme étant alors des « fils de la désobéissance » (Éph. 2) ; mais quand est venu le demi-tour de la conversion à Dieu, nous sommes devenus des « enfants d’obéissance » (1 Pier. 1:14). C’est dès le début, l’expression réelle du cœur purifié par la foi. Désormais le désir intérieur et constant est d’obéir à Dieu, longtemps peut-être avant d’avoir une paix solide, quoique celle-ci puisse arriver relativement vite. Il y a la haine du péché, le jugement de soi-même, et la grâce de Christ qui non seulement produit le désir, mais rend capable ; car personne n’a jamais été converti sans quelque petit rayon de grâce. Alarmer ne convertira jamais, quoique cela puisse arrêter et montrer la voie à suivre. La terreur n’a jamais converti une âme, quoiqu’elle puisse pousser à écouter l’évangile. Il faut plus, et autre chose que la peur pour nous gagner à Dieu. Ce peut être un tout petit peu de Christ, mais c’est ce qui permet, nous n’en doutons pas, que la foi ait la lumière divine et la vie éternelle. Et cette vie opère dans l’obéissance, et montre sa réalité en ce que l’homme intérieur se met à obéir à Dieu, comme une loi de liberté, non pas comme une servitude. La vie de Christ en nous, comme en perfection en Christ, trouve ses délices à faire Sa volonté et rien d’autre que cela.
Cela explique la divergence remarquable qu’on peut voir d’avec ce qui précède dans l’épître. Insister sur l’obéissance ici est tout à fait à sa place. Nous avons vu la source divine de bénédiction dans le Père que le Fils a fait connaître, et la communion avec eux qui devient nôtre. Nous avons eu le message de Sa part sur le caractère de Dieu dans toute la pureté qui accompagne nécessairement cette communion. Si nous recevons la bénédiction, nous ne pouvons pas échapper à la responsabilité d’avoir la lumière de Dieu, et d’y marcher, et nous ne pouvons même que l’accepter volontiers. Comment cela s’opère-t-il en nous ? La vie éternelle qu’Il était en Lui-même est aussi la vie en nous. Or la lumière et vie se montrent toutes deux dans l’obéissance. Et l’obéissance qui brille tout le long de la marche de Christ, est aussi essentielle chez le saint, et elle est au premier rang comme test ici-bas. « Et par ceci nous savons que nous le connaissons, savoir si nous gardons ses commandements ».
Garder ses commandements : il ne s’agit pas de zèle pour la prédication. On le met souvent en avant dans la pratique moderne. Dès qu’une âme est convertie, la personne désire devenir un prédicateur, on voit cela quelquefois ; peut-être n’est-il qu’un petit garçon, et voilà un jeune garçon qui se met sur-le-champ à parader en qualité de prédicateur. Garder ses commandements, ce n’est pas non plus cultiver ce qu’on appelle « un don de prière », spécialement en public, là où une observation attentive des personnes fournit facilement la liste des besoins à satisfaire et des fautes à corriger dans le monde entier. Même si ces choses peuvent se produire, les voies révélées de Dieu sont entièrement différentes. Nous savons en particulier, que la prédication est un piège à vanité. Cela paraît être un service que beaucoup convoitent, à en juger d’après le nombre de cas où le désir de prêcher prévaut sans être accompagné de puissance. Mais là où il y a le don, il y a un travail admirable de foi et d’amour. Seulement, il faut une base correcte pour cela ; il faut être animé de l’amour des âmes, plutôt que de l’amour de la prédication, Dieu ayant premièrement opéré dans le cœur pour qu’il connaisse ce que nous sommes réellement, et par dessus tout, ce que Dieu est en Christ envers les perdus.
L’apôtre commence ici par l’obéissance. Y a-t-il quelque chose de plus dû à Dieu, et qui nous convient mieux ? C’est clairement personnel ; cela s’applique à tout et toujours. Cela demande et maintient l’humilité, tout en donnant de la fermeté. Cela exige de la dépendance de Dieu, et de se garder de soi-même et de l’influence intempestive des autres, qui ne sont que des créatures. En rapport avec cette obéissance, il faut que l’âme ait personnellement affaire à Dieu pour que cette obéissance vaille réellement quelque chose et pour éviter de se tromper soi-même. Mais ici, la première forme qui nous en est donnée est celle de « garder Ses commandements ». Cela introduit un aspect remarquable de l’épître. Il arrive fréquemment qu’il est impossible de dire si « Il » représente Dieu ou Christ. L’apôtre glisse de l’un à l’autre ; la raison en est que les deux sont vrais ; car bien que Christ soit devenu homme, Il n’a jamais cessé d’être Dieu. C’est pourquoi, si vous dites « les commandement de Dieu », cela inclut ceux de Christ. Souvent, l’apôtre commence clairement avec Christ, puis se met tout aussi clairement à parler de Dieu. Mais Christ est Dieu, et la Parole de Dieu, le Seul qui met personnellement en évidence les pensées de Dieu, comme Son grand porte-parole, en action comme en parole. Le Saint Esprit qui a toujours opéré en Christ, fait aussi de « garder Ses commandements » une réalité dans le croyant, afin que ce ne soit pas simplement ses propres pensées, encore moins sa volonté qui se charge de tout, mais qu’il soit conduit par Dieu ; car telle est la fonction du Saint Esprit, en ceci et ailleurs aussi.
Ainsi nous commençons à apprendre, comme les bébés le font naturellement dans la vie. Ils peuvent ne pas comprendre grand chose au début, mais c’est de toute importance qu’avant de tout comprendre, ils apprennent à obéir. Si on leur apprend à obéir, il faut que ce soit d’une manière claire pour s’adapter à leur esprit qui s’ouvre. Vous ne pouvez pas attendre d’un enfant qu’il saisisse facilement un principe abstrait. On ne peut pas non plus s’attendre à ce que la force de l’exemple parle toujours à l’enfant. On peut avoir vite fait de dire « cela fait plaisir à papa ou maman, à cet homme ou à cette femme », mais c’est autre chose de voir comment cela concerne son propre petit moi.
En conséquence, la première forme d’obéissance est simplement, proprement et nécessairement de s’incliner devant Ses commandements. Cela ne veut pas dire les Dix Commandements de la Loi. Ce n’est jamais ce à quoi Jean se réfère quand il parle des commandements comme ici. Car c’est tout en liaison avec Christ, selon un lien vital avec Lui-même. On peut dire brièvement que la différence entre l’épreuve par la loi, et le test de ces commandements réside en ceci : que la loi est la preuve de ce qu’est l’homme, tandis que l’évangile est la révélation de ce que Dieu est en Christ. Sous la loi donc, l’homme était mis à l’épreuve pour savoir s’il abandonnerait sa propre volonté, et ferait ce que Dieu demande pour avoir la vie. La vie était proposée à ceux qui sont sous la loi sous condition d’obéissance à la loi. Mais c’est le contraire de ce que Dieu donne maintenant au croyant. La vie est supposée être déjà possédée sur la base de la foi, aussi véritablement que la vie était en Christ avant qu’Il vint dans ce monde. Il était la vie éternelle auprès du Père, et quand Il a revêtu l’humanité, Il était encore la vie éternelle. Il a été manifesté ici-bas, non seulement comme une personne divine venue montrer l’amour en tant que vrai Dieu et vrai Fils de Dieu, mais comme la vie éternelle pour donner la vie à ceux qui n’avaient rien que la mort, et le péché qui amène la mort. Il est ainsi manifeste que les commandements dirigent ici la vie nouvelle qui a été donnée, au lieu d’être une norme morale à laquelle il faut obéir pour avoir la vie. Ils sont l’exercice de la vie en Christ que la grâce a déjà conférée au croyant. Mais la première forme d’obéissance qui soit prise est « Si nous gardons Ses commandements ».
Dieu dans Sa grâce présente les choses d’une manière autoritaire pour que l’enfant, comme un bébé de la grâce, en sente la solennité, l’importance et le besoin. C’est pourquoi, dans bien des cas, Dieu les formule, on pourrait dire de manière péremptoire, en tout cas avec toute clarté et autorité. N’est-ce pas bon et juste ? Une créature sobre et qui réfléchit pourrait-elle imaginer que Dieu parle autrement qu’avec une autorité absolue, ou que l’autorité de Dieu n’est pas concernée dans tout ce qu’Il impose ainsi à l’homme ? Ne supposez pas que le commandement de Dieu est toujours quelque chose que l’homme doit faire. N’y a-t-il rien de ce qu’Il a fait que l’homme doive croire ? En 1 Jean 3:23 croire au nom de Son Fils est le sujet d’un commandement tout autant que de s’aimer l’un l’autre. Autrement dit, Il commande aux gens de croire effectivement l’évangile, tout comme Il commande aux saints de s’aimer l’un l’autre. Il en fait ainsi une question de commandement, pour montrer à quel point Son autorité est profondément concernée, pas seulement Son amour, mais Son droit à commander. Il est évident que, selon Dieu, l’obéissance incombe à l’homme.
Prenez un autre cas : l’apôtre Paul en Actes 17:30 dit aux Athéniens que Dieu ordonne aux hommes, que tous, en tous lieux ils se repentent. Cela correspond à croire en Son Fils Jésus Christ. Il ne s’agit pas d’échapper à la destruction comme les habitants de Ninive, mais de sauver les pécheurs de l’enfer. Ni Jonas ni les hommes de Ninive ne pensaient à être délivrés du jugement éternel, ni à recevoir la vie éternelle pour jouir maintenant de la communion avec le Père et le Fils, et pour être avec Christ pour toujours dans le ciel. Mais nous avons Son commandement maintenant, expressément dans ce but, et si l’état de l’âme est bon, il aura et a déjà le plus grand poids. C’est ainsi qu’il est montré combien Dieu est pressant à notre égard. Et pour l’âme qui est dans la poussière et dans la cendre à cause de ses péchés, n’est-ce pas une bonne nouvelle de savoir qu’Il est pressé de bénir gratuitement et pleinement, dans Sa propre grâce, celui qui ressent tellement le besoin de se repentir et de croire ? Sa majesté est concernée en même temps : Il ne peut pas la mettre de côté pour plaire à l’homme vain, aussi misérable qu’orgueilleux. Si l’homme prétend prendre Dieu en faute, c’est qu’il est entièrement aveugle à l’égard de ses péchés, et ennemi de Dieu dans toute sa vie, et haineux à l’extrême dans sa propre volonté — alors que ce Dieu a donné Son Fils pour sauver les plus vils.
Si nous aimons quelqu’un, nous nous plaisons à faire ce qui pourrait être mis sous forme de commandement ; et là où il y a de l’autorité, cela prend la forme d’un commandement, même parmi les hommes. Combien plus en est-il ainsi avec le Dieu qui ne ment jamais ni ne trompe le moins du monde, le Dieu plein de bonté, de grâce et de longanimité, même envers les négligents et les rebelles ? Ici, si nous gardons Ses commandements, c’est pour la bénédiction de l’âme, et pour toujours. En effet, le pécheur endurci au mal depuis longtemps, a besoin de tout ce qui est bon. Quand on se repent réellement envers Dieu et qu’on croit au Seigneur Jésus Christ, c’est tout le cours de la vie qui est censé changer. Et Dieu, dans Sa grâce, établit clairement et positivement ce que sont Sa volonté et Ses pensées. Mais ce soin de Sa part rend d’autant plus mauvaises la propre volonté de l’homme et son indifférence à Ses commandements, surtout s’il fait profession de porter le nom du Seigneur.
Au v. 5, l’apôtre aborde quelque chose de plus profond. « Mais quiconque garde Sa Parole ». C’est différent de Ses « commandements ». C’est un progrès dans la nature et la portée de l’obéissance. Car cela suppose qu’il y a eu un progrès spirituel, et plus d’intelligence et de résolution de cœur ; ainsi ce n’est pas simplement un « commandement » clair qui gouverne l’obéissance de l’âme, mais « Sa parole ». Sa parole peut ne pas prendre la forme d’un commandement précis, mais elle révèle sans aucun doute ce qui Lui plait, ce qui a de la valeur pour Lui. Là où l’esprit d’obéissance est fort, cela constitue donc une indication suffisante pour être fidèle sur tel point particulier, même si, dans ce domaine, Il n’a exprimé rien qui ressemble à un commandement formel.
N’est-il pas curieux et douloureux de voir comment le légalisme agit dans le cœur de manière diamétralement opposée ? Dans la chrétienté, et parmi les baptistes en particulier, ce qui prévaut n’est-il pas de ranger le Baptême et la Cène du Seigneur parmi Ses commandements ? Or ils n’en sont point du tout. Où y a-t-il un commandement personnel d’être baptisé ou de prendre la Cène du Seigneur ? Parler de commandement, c’est tourner les choses entièrement à l’envers. Le baptême est une faveur conférée à l’âme sur la base de l’autorité du Seigneur Jésus. L’Éthiopien demande « qu’est-ce qui m’empêche d’être baptisé ? », et dans le cas de Corneille, Pierre demande : « quelqu’un pourrait-il refuser l’eau ? ». Il serait étrange de parler de la sorte si c’était un commandement. Qui aurait l’idée d’empêcher ou d’interdire un commandement du Seigneur ? Or ici, ceux de la circoncision combattaient avec acharnement contre ces baptêmes. Quoi qu’il en soit, cherchez où vous voulez, ce n’est jamais présenté comme un commandement. Sans doute celui qui se trouve devant quelqu’un qui confesse la foi chrétienne peut baptiser le candidat ou l’amener à être baptisé. Mais ce n’est pas le sens que les gens donnent au baptême : ils en font un commandement du Seigneur au candidat. Or le Seigneur ne le présente pas de cette manière. C’est une faveur qu’Il se plait à conférer selon Sa propre parole, et par conséquent il n’est pas question de commandement au sens moral ou légal du terme. Il en est de même avec la Cène du Seigneur. Le Seigneur dit : « prenez, mangez ». Cela en fait-il un commandement ? Supposez que je sois en train de mourir, et qu’un cher ami vienne à mon chevet où est posée ma Bible, et que je lui dise « prends ma Bible, et garde-la ». Si vous appelez ça un commandement, c’est que vous êtes naïf ou que vous avez l’esprit tortu. Ce n’est pas un commandement, mais une marque d’amour. Sans doute, cela a l’effet d’un commandement, mais c’est tout différent et la portée en est toute autre. Cela se lie aux affections et au souvenir de celui qu’on a aimé longtemps et tendrement, jusqu’à son départ. Ainsi ce qui est donné depuis un lit de mort, est pris dans cet état d’esprit, et c’est ce que comprennent les gens qui ont du discernement.
Un cas dont je me suis souvent servi auparavant le rendra peut-être plus clair. Supposez une humble petite famille dont la subsistance dépend du labeur journalier. Le chef de famille, celui qui gagne le pain, doit aller au travail très tôt le matin. Je ne suis pas du tout sûr que ce soit une obligation courante dans nos temps de facilité ; mais en tout cas il en était ainsi dans le passé. Supposons qu’il lui faille partir tôt pour arriver à l’usine ou autre lieu de travail. Or voilà la mère de famille soudainement clouée au lit par la maladie. On se trouve devant une grande difficulté. Elle qui à l’habitude de se lever joyeusement pour préparer le petit-déjeuner de son mari, et peut-être son nécessaire pour la journée, la voilà trop malade même pour qu’on lui parle. Que faire dans cette situation critique ? Une enfant de la famille se rend tout de suite compte de la situation. Aucun commandement ne lui a été donné, et pourtant elle saisit toute la difficulté ; elle sait que les circonstances sont changées entièrement, et comme il n’y a plus de mère pour tout diriger, c’est elle qui s’en charge. Elle a souvent aidé sa mère, et maintenant elle prend les initiatives elle-même. En conséquence elle se lève tôt, fait le feu pour le père, y met la bouilloire, lui chauffe le thé ou le café, et fait tout le reste du nécessaire pour le temps de son absence au foyer. Aucun commandement n’a été donné, mais cela sert à illustrer « Sa parole ». De même que la Parole exprime la volonté de Dieu, sans pour autant être un commandement, ainsi la jeune fille sait ce qu’il faut pour faire la volonté de la mère, comme si celle-ci était en état de parler. Le père est tellement accablé par la maladie de sa femme, qu’il ne peut guère faire quoi que ce soit pour les repas, et en plus il est tenu de travailler comme d’habitude. La jeune fille a tout compris, et sans plus de façons, elle fait le travail que sa mère aurait fait. Ce n’est pas garder un commandement, mais cela montre ce que signifie « garder Sa parole ».
Ainsi le croyant croît dans la connaissance de Dieu, et fait ses délices de Lui plaire. Ce n’est pas simplement ce qui est mis sous forme de commandement ; mais si nous savons en aucune manière ce qu’est la volonté bonne de Dieu, cela suffit pour le cœur obéissant. Ce n’est pas chercher un directeur pour sa conscience, en dehors de soi, pas plus que consulter quelque chose au-dedans de vous. Non, je suis appelé à être assujetti à Dieu, et ceci en gardant Sa Parole. J’ai à faire la volonté de Dieu, et celle-ci m’est maintenant donnée dans Sa Parole écrite, les Écritures. Elles sont écrites pour notre avertissement aussi bien que pour notre consolation (1 Cor. 10:11 ; Rom. 15:4). Ainsi l’apôtre recommande ceux qui n’allaient plus voir sa face à Dieu et à la Parole de Sa grâce (Actes 20:32). Si nous cherchons à ce que tous les saints fassent la volonté de Dieu, cherchons à voir cette volonté afin de commencer humblement à la pratiquer nous-mêmes. Elle est toute clairement établie dans Sa Parole. Le meilleur moyen de la lire correctement, est de voir Christ lui-même comme l’objet que Dieu a en vue tout au long de cette Parole. Cela ne veut pas simplement dire ce que Christ a dit, quoi que cela soit déjà immense ; ni ce qu’Il a commandé, qui est de la plus haute valeur ; mais ce que Christ a manifesté à toute heure. Là vous le trouvez debout avant le jour, avec Dieu. Cela ne nous parle-t-il pas à vous et à moi ? Observez-Le comment, quand quelque chose de grave à faire le lendemain, Il était en prière toute la nuit devant Dieu. Cela doit sûrement parler à nos âmes. Nous ne pouvons ni ne devons penser que nous pratiquerons cette Parole de la manière dont Christ l’a fait ; mais qui peut nier qu’Il nous a laissé là un exemple ? Un exemple n’est pas un commandement ; mais néanmoins il est censé agir puissamment sur ce dont l’âme tient compte et sur son obéissance.
Ainsi donc « Celui qui dit : Je le connais, et qui ne garde pas ses commandements, est menteur, et la vérité n’est pas en lui » (2:4). C’est là une absence totale de l’esprit d’obéissance. Ce n’est pas simplement qu’il ne garde pas Sa parole, il ne garde même pas Ses commandements. Il viole ses obligations ; il met de côté les injonctions divines, non pas seulement celles de l’Ancien Testament, mais aussi celles du Nouveau Testament, qui pèsent sur lui plus particulièrement. Car ces commandements nouveaux sont la première forme du test prescrit pour vérifier la profession chrétienne. Et s’il n’a pas de conscience pour garder Ses commandements, inutile de chercher à savoir comment il traite Christ ou le Nouveau Testament dans son ensemble.
Au v. 5, nous passons à une étape toute nouvelle. « Mais quiconque garde sa parole, — en lui l’amour de Dieu est véritablement consommé ». Il est évidemment tenu compte, là, de toute la pensée de Dieu, et elle est pratiquée, parce qu’il y a de l’amour pour Sa parole. C’est un cœur qui prouve son obéissance en gardant non seulement Ses commandements, mais aussi Sa Parole. Non seulement la Parole fait autorité sur l’âme, et lui communique de l’énergie, mais elle lui est aussi précieuse. C’est pourquoi toute la Parole est sondée avec délice et profit ; et quand c’est le cas, Jean n’hésite pas à dire que l’amour de Dieu est consommé [rendu parfait] dans une telle personne.
Ceci fournit de nouveau l’occasion d’un remarque générale sur la manière de l’apôtre, non seulement dans cette épître, mais dans tous ses écrits. Il regarde aux choses selon le principe divin révélé, sans s’occuper des entraves et insuffisances dus à l’état ou au comportement de l’homme. Il ne traite pas des manquements inhérents à notre négligence. Quand le vrai chrétien est devant lui, il le voit comme exécutant la pensée de Dieu. Il n’affaiblit donc pas, ni ne restreint le principe, en introduisant un peu d’obstacle ici, un peu de mise en garde là. Il dit ouvertement et clairement ce qui plait à Dieu et qui convient à Son enfant : or, même pour le plus jeune, cela consiste à garder « Ses commandements » ; tandis que pour ceux qui sont mûrs et ont de l’expérience spirituelle, ce qui exprime complètement Sa volonté, et sous toute forme possible, ce n’est plus simplement Ses commandements, mais « Sa parole ».
C’est pourquoi si nous regardons à nouveau au Seigneur, nous lisons « Voici, je viens pour faire ta »… Loi ? non ; ton commandement ? non. Pourtant Il gardait assurément Sa loi et accomplissait Son commandement ; mais en même temps Il honorait, défendait Sa loi et lui donnait une portée comme jamais personne d’autre ne l’a fait. Il était venu pour faire la « volonté » de Dieu. Pourtant Il ne s’exprimait pas simplement comme cela, mais Il disait « il est écrit de moi dans le rouleau du livre » (Ps. 40:7 ; Héb. 10:7). C’était le rouleau d’un livre (Dieu utilisait en figure les expressions inhérentes aux habitudes humaines) que seuls le Père, le Fils et l’Esprit connaissaient ; c’est là qu’était, dans Ses conseils secrets, la pensée de Dieu, ce qui a été écrit ensuite dans le livre des Psaumes. Ce qui en est dit est plutôt en rapport avec la loi et ses ordonnances, mais c’était toujours la pensée de Dieu néanmoins. Et quand Il est venu comme homme, ce qu’Il venait faire, c’était la volonté de Dieu. Or la volonté de Dieu allait bien au-delà de ce que les gens connaissaient comme étant les Dix Paroles, ou Dix Commandements. C’est la grâce ineffable qu’elle annonçait. Et Son œuvre n’était pas simplement de faire la volonté de Dieu, mais de souffrir à cause d’elle. Car Il a obéi jusqu’à la mort, et à la mort même de la croix. Quand est-ce que la loi a jamais requis ou attendu un tel sacrifice de la part d’un juste ? La loi a-t-elle jamais pensé à une chose pareille, que le Saint de Dieu mourant pour les injustes ? elle n’en a même pas conçu l’idée. Or la volonté de Dieu n’était rien moins que cela ; et Il le savait avant que le temps fut.
Il était inutile de parler de sacrifice ou d’offrande de créature. Dieu dit en effet que ces choses ne peuvent jamais ôter les péchés. Le sang de taureau, de brebis ou de bouc ne peut pas ôter les péchés, ni donner aucun moyen d’échapper à l’étang de feu de l’enfer, ni ne peut délivrer l’homme méchant du jugement de Dieu. Aucun rituel ne peut jamais transformer un homme mauvais en un homme bon, ou l’amener sans tache à Dieu, aussi blanc que la neige. Alors quoi ? « Il est écrit de moi ». Et il était ainsi écrit (Héb. 10:9) que même Il abolirait ce qui vient en premier, la loi, et établirait le second, la volonté de Dieu. La volonté de Dieu en grâce infinie, ici, est de sauver les pires des pécheurs par la mort du Seigneur Jésus. Ceci ne montre-t-il pas la puissance merveilleuse de ce que Dieu a donné dans les Écritures ? C’était donc un propos chéri de Dieu avant que rien n’existe. Le Seigneur le connaissait dans l’éternité, et quand l’accomplissement du temps est venu (Gal. 4:4), Lui est venu pour accomplir ce propos, et en le faisant, Il a souffert à l’extrême. Aucune œuvre de puissance, si grande fût-elle ne pouvait y suffire. Désirait-Il que Dieu Le fasse péché, et Le fasse en supporter toutes les conséquences pour glorifier Dieu même à l’égard du péché, et fasse qu’il soit juste de Sa part d’accorder un plein pardon, et même de nous justifier et de nous glorifier ? Il a dû souffrir pour nos péchés sous la sainte main de Dieu Lui-même, cette main armée contre le péché, et accomplissant ce que le péché méritait ? Or Il a tout porté avec une parfaite soumission, quoiqu’il Lui en coûtât. Ainsi, entre la loi et la grâce, la différence est complète et bien marquée.
Pour le chrétien, le principe est le même que pour Christ, sauf que Lui est Dieu et qu’Il a fait l’expiation pour nous. Nous avons aussi la vie avant de passer à la pratique, comme le Seigneur l’a eue en Lui-même de toute éternité. À nous donc d’agir parce que nous avons cette vie, et non pas pour avoir la vie, comme le faisait l’homme sous la loi. La marche chrétienne est l’exercice de la vie nouvelle, quelque chose d’impossible pour qui n’a pas la vie, et qui n’est possible que pour celui qui a cette vie avec l’œil fixé sur Jésus. Autrement l’œil n’est pas simple ; il peut être occupé de ceci ou de cela, quand la marche n’est plus selon la lumière. « Si ton œil est simple, ton corps tout entier sera plein de lumière » ; et il n’y a que Christ pour rendre l’œil simple.
Ceci est indiqué assez clairement ici, mais Jean va plus loin. Ce n’est plus seulement « par ceci nous savons que nous Le connaissons » (2:3), mais « par ceci nous savons que nous sommes en Lui » (2:5). Ceci implique un grand supplément de privilège, et c’est la manière dont Dieu encourage ceux qui sont vraiment obéissants en esprit. Non seulement ils Le connaissent, mais ils connaissent qu’ils sont en Lui Quelle chose merveilleuse pour un saint que d’être assuré qu’il est en Christ ! Lui qui est infini, alors que nous, nous sommes finis et très faibles, même si nous sommes bénis par grâce. La vie ici dépend de Dieu et de Son Fils. Et l’Esprit de Dieu fortifie le sens de la dépendance, et utilise la Parole pour nous confirmer dans cette attitude. Qu’est-ce que montrent de telles paroles ? Son plaisir à donner l’assurance aux saints obéissants qu’ils peuvent savoir qu’ils sont en Lui. Quel bonheur pour nous de savoir ce qu’Il est envers nous et ce qu’Il a été pour nous ! Quel encouragement et quelle force cela ne donne-t-il pas quand nous avons le sentiment de notre faiblesse !
Si nous comparons Jean 14:20, nous apprenons qu’être en Christ est la part du riche groupe de privilèges chrétiens qu’Il a assuré à Ses disciples depuis le jour où le Saint Esprit a été donné pour être en eux et avec eux, après qu’Il soit monté en haut auprès du Père. « En ce jour-là vous connaîtrez que Moi Je suis en Mon Père, et vous en Moi, et Moi en vous » (Jean 14:20).
Il y a d’abord la position merveilleuse et juste du Seigneur ressuscité dans Son Père — ce qui est merveilleux, ce n’est pas que le Fils unique soit dans cette position, car elle était Sienne de droit dans la Déité, mais c’est la première fois que cette position leur était déclarée comme étant vraie de l’homme ressuscité tel qu’Il était et qu’Il ne cessera jamais d’être. C’est Sa place à la suite de l’ascension, la juste récompense qui Lui revient à la suite de Son rejet par le monde (Jean 16:10) ; et nous qui croyons, nous savons par l’Esprit du Père en Son nom qu’Il est là dans Son Père, — une position dépassant de loin Sa position comme Messie sur le trône de David, ou même comme Fils de l’homme gouvernant toutes les nations de la terre dans le royaume futur. C’est la place qui Lui revient, et elle ne peut l’être que parce qu’Il est une personne divine, une avec le Père, et pourtant homme ressuscité ayant accompli la rédemption ; c’est ce qui donne au christianisme sa grandeur unique.
Il fallait ensuite qu’ils sachent qu’ils étaient en Lui. Cela ne se limitait pas à ce que, en vertu de Sa mort et de Sa résurrection, ils feraient partie du fruit abondant issu du grain de blé tombé en terre, puis mort. Mais ils devaient avoir une position intime et céleste en Lui, pour autant que ce soit possible à la créature, non pas seulement une vie de résurrection, mais une place de proximité garantie, là en Lui, et connue comme étant nôtre déjà maintenant sur la terre. Répétons qu’ils devaient connaître Christ en eux : c’est une vérité caractéristique de l’épître aux Colossiens (1:27), tout comme le fait d’être en Christ est une vérité caractéristique de l’épître aux Éphésiens (1:3 ; 2:6, 10, etc.), sauf que l’apôtre Jean la traite comme étant une vérité vraie individuellement, tandis que Paul la traite en liaison avec l’unité du corps de Christ, l’Église. C’est la portion de tout vrai croyant, alors que ne pas connaître ces choses est la honte de l’incrédulité de la chrétienté. Hélas ! c’est ceci qui obscurcit la compréhension de beaucoup de saints maintenant, et presque continuellement depuis la mort de l’apôtre ; or ce dernier montre ici que sa réalisation dépend de ce qu’on garde la Parole de Christ, et l’amour de Dieu consommé [rendu parfait] en soi. Or ce n’est rien d’autre que ce qui devrait être vécu par tout chrétien, et dont la carence attriste le Saint Esprit de Dieu par lequel nous sommes scellés pour le jour de notre rédemption, c’est-à-dire la rédemption du corps. Le manque de foi ou de fidélité obscurcit l’œil spirituel à l’égard de nos meilleurs privilèges.
« Celui qui dit demeurer en lui ». Ici on a quelque chose de plus qui ne peut être qu’une vanterie, et une vanterie vaine. L’apôtre le traite d’une manière toute différente de celle dont il avait traité celui qui méprisait de façon insouciante l’autorité de Dieu. Il qualifiait ce dernier de menteur, en qui la vérité de Dieu n’était point. Il était réputé n’avoir rien de Dieu en réalité. Mais quand on se trouve en face de la profession de demeurer en Lui, quelle déduction tranquille et décisive en tire-t-il ! Vous dites que vous demeurez en Lui ? Alors vous devez marcher comme Lui a marché. On ne se trouve pas ici devant une prétention à ne pas avoir de péché. Mais si nous disons que nous demeurons en Christ, l’effet de demeurer en Christ est immédiat et puissant sur la marche. La marche est l’expression de la vie dans la lumière de Dieu ; et si je demeure en Lui qui est la Vie et la Lumière, qu’est-ce qui m’empêche de marcher comme Christ a marché ? En Sa présence, nous ne péchons pas ; en dehors du sens de Sa présence, nous péchons. Par grâce c’est le même principe de marche, quoique bien éloigné de la présomption de marcher selon la même mesure. La norme, c’est Christ, non pas la loi.
Or nous savons comme une question de fait, combien il est facile de s’éloigner en glissant, combien il est facile d’oublier le Seigneur pendant un petit moment, combien nous sommes enclin à laisser le champ libre à l’activité de notre propre nature. Cela n’est pas demeurer en Lui ; mais l’apôtre ne dévie pas de ce qu’il dit pour introduire ces nuances. Il regarde au principe, et un principe est absolu. Tous ceux qui refusent de regarder à la vérité absolue parce que l’homme est dans une condition hybride, ceux-là abandonnent la foi au profit du sentiment et des sens. Comment quelqu’un de pareil peut-il comprendre la vérité de Christ, ici ou ailleurs ? Il faut être absolu en Christ et en Son œuvre. La grâce doit être absolue pour qu’un pécheur ruiné puisse en profiter. Si Dieu me donne la justification, ce n’est pas à remettre en question. Si Dieu justifie l’impie (Rom. 4:5), c’est aussi absolu que le fait qu’Il donne la vie éternelle en Christ. Or le croyant a la vie éternelle pour obéir aussi bien que pour jouir de la communion avec le Père et Son Fils. C’est ce que nous lisons : « Celui qui dit demeurer en Lui, doit lui-même aussi marcher comme Lui a marché ». L’apôtre laisse ceci agir sur la conscience, car ici il n’est rien revendiqué de supérieur au fait qu’on dit demeurer en Christ. Il ne s’agit pas de la bénédiction de savoir que je suis en Lui, mais il s’agit de ce que je professe faire de Lui la demeure de mon âme dans toutes les situations de joies et de douleurs, de dangers et de difficultés. Car c’est cela demeurer en Lui. S’il en était vraiment ainsi pour moi, je devrais marcher comme Lui a marché. Mais en est-il ainsi en action et en vérité ? Le manque à réaliser qu’on demeure en Lui, se manifeste dans les carences de notre marche. Mais comme chrétiens, nous reconnaissons que Christ est la norme que nous devrions suivre, aussi humiliant que cela soit pour nous. Nous ne prétendons pas non plus que quelqu’un ait jamais marché à la mesure de la marche de Christ, mais on cherche par grâce à marcher de cette manière.
Nous avons déjà vu dans les versets précédents que l’obéissance est le premier signe, et le signe absolument essentiel, de la possession de la vie divine. L’essence de l’obéissance n’est pas simplement de faire ce qui est droit en soi, mais de le faire sous l’effet de l’autorité de Dieu et pour Lui plaire. Il ne faut pas hésiter à dire que, si un homme faisait toujours ce qui est droit, simplement parce que c’est droit, il ferait toujours ce qui est mauvais, parce qu’il laisserait de côté l’élément le plus important de tous pour Dieu Lui-même et pour le croyant qui est Son enfant. Le premier de tous les droits, c’est que Dieu ait Ses droits, tandis que laisser Dieu de côté, c’est exactement ce que fait l’homme s’il agit seulement parce qu’il juge de lui-même de ce qui est droit. Qui est-il, dans une telle question ? Qu’est-ce que l’homme pour qu’on fasse cas de lui ? (Job 7:17). Non, ce qui est en question est la volonté de Dieu, et c’est pourquoi la crainte de Dieu est toujours le commencement de la sagesse (Prov. 9:10). En conséquence l’obéissance est le premier test de la vie nouvelle et divine, comme l’apôtre vient de le dire, spécialement en vue de l’iniquité [absence de loi] à l’œuvre parmi les chrétiens professants. Quand l’homme se considère lui-même comme la personne capable de juger, oubliant Dieu qu’il ne voit pas, tout le terrain du jugement saint et sûr est abandonné. Car même en le supposant décent moralement et correct extérieurement, l’homme qui ne marche que d’après son propre jugement sur ce qui est placé devant lui, est nécessairement dépourvu de l’obéissance rendue à Dieu. Or sans obéissance, tout est de travers, et en total désaccord avec la responsabilité du chrétien.
Mais il y a un autre principe moral qui vient après celui qui vient d’être traité, et pourtant étroitement lié à lui dès le départ. La raison est simple : les deux découlent de Christ. Car Lui est la vie, et l’expression qu’en a donné Christ ici-bas en paroles et en actes fournit le modèle pour savoir ce qu’est réellement la vie éternelle, mais ne se borne pas simplement à parler d’une doctrine ou d’une théorie. La vie est la chose la plus intime de toutes pour la créature, la plus absolument nécessaire pour sentir ou pour juger, pour être une chose quelconque ou faire une chose quelconque, dans l’existence spontanée. Tous les hommes ont la vie naturelle de l’homme déchu sous la puissance du péché et de la mort ; à quoi peut-elle servir devant Dieu et pour nous ? Elle peut faire beaucoup de mal, mais ne peut jamais conduire à ce qui plait à Dieu. Christ est le seul à Lui avoir toujours plu parfaitement ; et c’est la vie de Christ qui est notre vie maintenant. Il est le donateur de la vie à quiconque croit du cœur. Le premier homme a introduit la mort, le Second Homme est un esprit vivifiant (1 Cor 15:45). C’était dans la Parole éternelle ; et comme homme, Il a reçu du Père d’avoir la vie en Lui-même (Jean 5:26), mais Il donne la vie à ceux qui Le reçoivent. Il vivifie de manière égale au Père (Jean 5:21).
Rien n’est plus caractéristique de Dieu, que de créer et donner la vie. Mais les philosophes qui n’ont pas la foi n’ont pas encore réussi à savoir ce qu’est la vie, ni où elle est. Certains cherchent activement à en trouver la trace dans leur creuset, s’attendant à en extraire le secret à partir de leurs expériences chimiques. Les métaphysiciens ne sont en rien plus sages lorsqu’ils interrogent la raison, excellente pour analyser les déductions, mais incapable de découvrir la vérité. Tous ces moyens humains, et d’autres encore, peuvent bien être utiles dans les domaines matériels ou mentaux. Mais, pensez à ce qu’est la vie, réfléchissez à ce que peut être la valeur des opinions de ceux qui s’attendent à (ou au moins le désirent fortement) découvrir la vie comme le résultat de pareilles recherches !
Non, la vie de l’homme, à l’origine, vient de Dieu directement ; elle a été donné par Dieu soufflant dans les narines de l’homme. C’est la raison pour laquelle il est le seul à avoir une âme immortelle. Les autres animaux ont une vie et une âme appropriées, mais qui ne viennent pas du souffle de Dieu, seulement de Sa volonté et de Sa puissance. Il a permis leur existence temporaire, mais c’est tout différent de souffler personnellement dans les narines de l’homme, un procédé qui n’a jamais été appliqué à aucune autre créature sur la terre. Seul l’homme a eu cette faveur. Reconnaître cette différence permet d’éclaircir complètement la base de l’être moral et de la responsabilité, c’est-à-dire l’immortalité de son âme.
Mais il y a un privilège immensément plus grand que d’être simplement immortel au sens de l’existence perpétuelle de l’âme. Car cela peut aboutir à quelque chose d’indiciblement terrible. Pensez à l’existence perpétuelle dans l’étang de feu ! Tous ceux qui rejettent le Fils de Dieu doivent tomber sous Son jugement éternel : une existence de souffrance qui ne cesse pas, et de souffrance sous la main de Dieu, parce qu’on a refusé obstinément et volontairement de croire que Lui a souffert judiciairement, en grâce, pour que le coupable puisse ne jamais souffrir de Sa part, mais seulement être béni éternellement ! Combien la miséricorde de Dieu est riche pour proclamer le salut aux perdus, parce que Christ a porté le jugement du péché à la croix ! Et si je ne crois pas en Lui, ni dans la bonne nouvelle de ce que Dieu a opéré par Lui, où suis-je ? sous la puissance de Satan, la puissance de l’ennemi qui ne se relâche pas dans sa haine contre Dieu et contre l’homme. Mais l’homme ne peut pas avoir de non-existence. Cela devient la terrible culpabilité du pécheur qui voudrait se rendre non-existant, s’il le pouvait. Il peut se suicider, mais il doit en rendre compte à Dieu, car Dieu lui a donné la vie ; or qui lui a donné permission de se débarrasser de cette vie de sa propre main ? Comment une pareille folie méchante pourrait-elle générer quelque bien que ce soit ? Si le meurtre, sous quelque forme que ce soit, est un crime noir et mortel, le suicide en est l’une des pires formes, et est une insulte directe et extrême à Dieu. La parfaite obéissance qui a toujours été celle de Jésus, découlait d’une vie qui était expressément éternelle. En nous qui croyons, cela ne fonctionne pas toujours ainsi, parce que la chair opère à notre honte ; mais la vie nouvelle, étant éternelle, reste toujours prête pour l’activité qui doit être la sienne. La vieille vie peut resurgir par négligence ou par manque de vigilance dans la prière ; car la vieille vie, ou la pensée de la chair, est là aussi, toujours inimitié contre Dieu (Rom. 8:7). C’est la propre volonté de l’homme, et à qui obéit-il alors ? à Satan. Car la volonté de l’homme convient sûrement au travail de Satan. Voilà ce qu’est le libre arbitre (ou volonté libre) dont l’homme se vante.
Il ne faut jamais cesser de répéter que tout croyant reçoit la vie éternelle immédiatement de Christ. Son premier souffle en nous a lieu quand la foi commence dans l’âme : quand le pécheur se courbe devant Christ comme donné par la grâce de Dieu. Même cela, nous l’avons vu, Il en fait une question d’obéissance à notre Dieu. C’est expressément Son commandement que je croie l’évangile et que je me repente. Il y a ainsi une vraie soumission à Dieu dans l’âme ; l’obéissance dans ce cas ne se rapporte pas à ce que je vais désormais faire pour Lui, mais dès le premier instant mon âme se courbe devant Dieu comme le Dieu Sauveur par le moyen de Son Fils. Quelle bénédiction qu’Il me donne la vie ! Quelle merveille qu’Il fasse de moi l’objet de Son amour ! Et y a-t-il un amour plus grand que celui qui donne Son Fils pour vivre ici-bas pour moi, afin que j’aie la vie éternelle, sauf de me donner ce Fils-même qui est la vie éternelle pour mourir pour mes péchés, afin qu’ils soient complètement effacés par une rédemption éternelle ?
Or cette vie nouvelle est la source non seulement de l’obéissance, mais de l’amour divin. Car l’amour ici n’est pas simplement vu envers Dieu. Cet amour envers Dieu ne peut que jaillir quand l’âme sait réellement que Dieu, dans Sa grâce souveraine, lui a donné à la fois la vie éternelle et la propitiation pour ses péchés, dans Son Fils Unique et Bien-aimé. Mais ce sur quoi il est insisté ici, c’est l’amour l’un de l’autre, l’amour de ceux qui sont chrétiens comme nous.
Quand les saints sont jeunes, et non spirituels comme les chrétiens de Corinthe, ils pensent que c’est facile de s’aimer l’un l’autre. On aimerait qu’ils essaient seulement pour de bon chaque jour. S’ils se sondaient seulement devant Dieu, ils apprendraient vite que beaucoup de choses passent pour être de l’amour, alors que ce n’est que paroles de la bouche. C’est tout facile quand tout se déroule gentiment dans la bonne direction à nos yeux ; mais si les choses se mettent en travers de nos désirs, c’est là qu’il est difficile d’aimer. Cette sorte d’amour, vous pouvez facilement le trouver chez n’importe quel être humain aimable, même chez un chien ou un chat ; mais il n’y a là absolument rien de divin. Mais aimer ses frères va faire obstacle à beaucoup de choses chez nous, tout comme chez eux. Il n’en est pas avec le chrétien comme avec Christ. « En Lui il n’y a pas de péché ». Le péché est justement ce qui est en nous maintenant par nature. C’est malheureux pour tous ceux qui ne le croient pas ; car ils vivent dans un paradis de sottise sur eux-mêmes en s’imaginant être eux-même parfaits maintenant au sens pratique. Or ils sont loin d’être parfaits de cette manière. Ils n’ont même pas appris la perfection chrétienne qui se renonce soi-même et trouve tout en Christ, surtout s’il s’agit de le pratiquer tous les jours. Il n’y aura jamais de perfection en nous tant que nous ne serons pas conforme à Son image (Rom. 8:29). Si nous nous jugeons dans la lumière, nous avons vite de quoi nous affliger sur nos manquements, et avec raison.
Néanmoins, le Seigneur enjoint solennellement à Ses disciples de s’aimer l’un l’autre. La foi en Lui ne prend pas plus le parti des Juifs que de celui du dénigrement de toutes les nations. Aimer son propre peuple est truffé d’orgueil. Nous nous identifions avec ce que nous considérons avoir des mérites particuliers et des honneurs brillants. Certainement les Juifs étaient aussi orgueilleux qu’une nation peut l’être, et on ne peut pas nier qu’ils avaient pour cela de meilleures apparences que leurs ennemis. Mais en vérité personne n’a de raison valable d’être fier ; on n’a que des raisons de nous tenir le front dans la poussière à cause de nos péchés contre Dieu.
Si quelqu’un a de quoi s’étonner devant ce que Dieu a fait, c’est sans doute Israël, beaucoup plus que tout autre peuple. Mais il reste vrai que, dès l’instant où nous considérons les choses à la lumière de Dieu, si nous sommes fidèles nous ne pouvons que nous humilier pour notre indignité devant Lui. Nous trouvons du péché tant chez nous que l’un chez l’autre. C’est pourquoi il faut bien l’Esprit de Dieu pour nous élever au-dessus de tout ce qui provoque et éprouve, de tout ce qui est contraire non seulement à ce que nous aimons, mais à ce que nous jugeons sérieusement comme étant à tort.
On en vient maintenant au test sévère de l’amour. Persévérons-nous à aimer même de cette manière ? Nous ne devons pas être indifférents au déshonneur fait à Christ, ni à ce qui trahit la vérité de Dieu, ni à l’injustice, ni à toute autre forme de péché manifeste. Mais nous avons à nous montrer patients, et même très patients, forts dans la grâce qui est dans le Christ Jésus, à prendre notre part des souffrances comme Ses bons soldats, à endurer tout pour l’amour des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus avec la gloire éternelle (2 Tim. 2:3, 10). Et c’est bien ce que fait l’amour en réalité. Il s’élève de manière à avoir part à la patience de Dieu, ce dont Christ a fait preuve jusqu’à l’extrême, et qu’Il a montré chaque jour, dans presque tous les détails de la journée. Cela ne L’a pas empêché de dénoncer le mal fait contre Dieu, mais ce n’était pas là un manque d’amour. Ne pas haïr le mal aurait fait tort à la nature de Dieu et à Sa Parole ; car l’indifférence au mal est juste le contraire de la sainteté. L’amour de ce qui est bon, et l’honneur rendu à ce qui est juste font partie de la sainteté pratique de tous ceux qui sont nés de Dieu.
Mais l’amour s’élève au-dessus de ce qui est toujours si éprouvant pour nous personnellement, et si opposé à nos pensées et à nos désirs. Par la foi, nous pouvons laisser tout cela à Dieu, et nous devons le laisser dans l’amour. Nous pouvons reprendre ce qui est fait à tort, et nous devons le faire, sauf au cas où il serait inconvenant que nous le fassions. En face de tout ce qui peut être déplorable, nous sommes appelés à nous garder dans l’amour de Dieu (Jude 21). Cela ne concerne pas seulement nos propres esprits, mais l’amour de Dieu se déversera aussi assurément l’un envers l’autre.
On peut aussi simplement mentionner que le premier mot, ici, montre la tendance de l’homme à glisser et s’écarter de l’exactitude de la Parole de Dieu. Dans la version autorisée du roi Jacques, le v. 7 commence par « Frères ». Mais l’apôtre n’introduit pas encore cette désignation. Il sera bien temps d’utiliser cette appellation « frères », mais une seule fois (3:13). La pensée principale ici, n’est pas nos relations mutuelles. « Chers enfants » ou « Bien-aimés » sont ses expressions habituelles. Ici le terme utilisé pour interpeller est adapté de manière exquise à l’amour au sujet duquel il va s’étendre plus longuement. Le vrai sens du terme est « Bien-aimés ». « Bien-aimés », je ne vous écris pas un commandement nouveau ». Voyons-nous bien combien ce terme est approprié ? Il ne va pas parler de leur relation entre eux, bien que ce soit évidemment vrai à sa place, mais la forme de l’expression employée ici leur rappelle qu’ils sont des bien-aimés. Il n’est pas nécessaire de dire par le moyen de qui ils le sont, bien que la grâce les ait en effet rendus chers à l’apôtre. Dieu Lui-même les a aussi aimés, comme Christ l’a manifesté ; ils étaient les objets de Son amour qui ne change pas. Y a-t-il quelque chose de plus puissant pour faire jaillir l’amour l’un envers l’autre, étant les objets du même amour ? « Bien-aimés, je ne vous écris pas un commandement nouveau, mais un commandement ancien que vous avez eu dès le commencement » (2:7).
Le commandement ancien, nous l’avons dans l’évangile de ce même apôtre inspiré. C’est lui qui le fait ressortir plus que tout autre, si même il n’est pas le seul à le faire en ces termes. Le Seigneur a enjoint avec ferveur à Ses disciples de s’aimer l’un l’autre. Cette injonction se trouve dans le premier de ces chapitres remarquables de l’évangile où Il parle à Ses disciples en vue du moment où Il allait quitter la terre pour aller au Père. En Jean 13:34, 35, nous avons le commandement nouveau. Reportons-nous au contexte pour un moment. « [Petits (= chers)] enfants, je suis encore pour un peu de temps avec vous : vous me chercherez ; et, comme j’ai dit aux Juifs : Là où moi je vais, vous, vous ne pouvez venir, je vous le dis aussi maintenant à vous » (13:33). Son départ était une condition nécessaire du christianisme. Son absence est une absence de la terre pour être au ciel. Jusqu’à ce moment-là, le christianisme n’avait pas commencé proprement, pour autant qu’il s’agissait de la relation des disciples, même si la racine de la bénédiction était en Lui-même. Mais leur vraie position vis-à-vis du Seigneur et de toute autre personne par conséquent, leur pleine relation, était nouvelle et n’a été apprise de manière consciente qu’après que le Seigneur soit mort, ressuscité et monté au ciel.
En leur indiquant qu’Il allait les quitter, Il leur exprime ce qu’Il désire qu’il y ait en eux, et de leur part. « Je vous donne un commandement nouveau » (notre texte se réfère clairement et directement à l’évangile de Jean — 13:34) « que vous vous aimiez l’un l’autre ; comme je vous ai aimés, que vous aussi vous vous aimiez l’un l’autre. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous » (Jean 13:34-35). C’est ce qui est appliqué ici dans l’épître. Le Seigneur donne un commandement que Jean a déjà fait connaître dans l’évangile. Il avait été donné par notre Seigneur quand Il était ici-bas. Nous voyons aussi une ample confirmation de ce que nous avons dit en expliquant les premiers versets de l’épître, à savoir que « dès le commencement » est entièrement différent de « au commencement ». Il aurait été impossible qu’il y eût quelque chose comme « dès le commencement » sans qu’il y ait eu préalablement la Parole et le Fils « au commencement », avant les cieux et la terre. « Dès le commencement » signifie depuis le temps que la Parole éternelle était ici-bas, en plénitude de grâce et de vérité avec les disciples, la Parole devenue chair et dressant tabernacle, ou demeurant parmi eux. C’est justement à ce temps-là que se réfère l’expression « un commandement ancien que vous avez dès le commencement ». « La parole que vous avez entendue » n’existait certes pas « au commencement ».
C’était de Christ qu’ils avaient entendu ce commandement. Aucun commandement semblable n’avait été donné auparavant. Ce n’était pas aimer son prochain ; tout s’en distinguait : la mesure, la manière, l’objet, quelle qu’en soit la source. C’était l’amour divin découlant de et vers ceux qui avaient reçu la vie éternelle en Christ, et qui allaient recevoir la rédemption éternelle par Sa mort, étant tous pareillement les objets de cet amour divin. C’était une nouvelle compagnie, dont les individus étaient préparés pour tout ce qui devait leur appartenir, et formés autant qu’il était alors possible selon la vie éternelle qu’ils possédaient tous en Lui. Mais il était absolument nécessaire qu’interviennent Sa mort et Sa résurrection pour donner à cette compagnie une base divine pour faire face à toutes les difficultés et à tous les besoins, et qui garantirait tous leurs privilèges, quels qu’ils soient. Mais ces conseils et ces voies de Dieu ne sont pas tellement le domaine de l’apôtre Jean : c’est dans les épîtres de Paul qu’on les trouve. Jean a en vue les principes abstraits pour les saints personnellement et sans adaptation, quoiqu’il faille certaines adaptations dans une mesure à cause de ce que nous sommes, et à cause de ce qu’est le monde. Les principes demeurent cependant à leur place, et Jean y conduit pleinement les fidèles. Il insiste sur les principes donnés de Dieu, auxquels nous avons à tenir ferme ; et il nous faut dépendre d’un Dieu fidèle pour résoudre toutes les difficultés par la parole par le moyen de celui qui l’a écrite dans ce but, surtout l’apôtre Paul.
L’apôtre Jean se fonde ici sur le commandement d’aimer selon le modèle de l’amour de Christ pour nous. C’était « un commandement ancien » parce qu’antérieur à la mort et à la résurrection de Christ, alors qu’Il était encore vivant et avec eux sur la terre. Ils étaient bien encore Juifs jusque là, mais ils avaient reçu dans leurs âmes ce qui était infiniment au-dessus du judaïsme. Extérieurement ils continuaient de monter au temple. Ils pouvaient offrir des sacrifices et payer des vœux selon le Lévitique. Les disciples ont continué cette manière de vivre longtemps après, beaucoup d’entre eux, sinon tous, étant à Jérusalem. Nous lisons même que les principaux apôtres, après avoir reçu le Saint Esprit promis au jour de la Pentecôte, montaient ensemble au temple à l’heure de la prière, tout comme ils avaient eu l’habitude de le faire avant et après avoir suivi le Seigneur sur la terre.
« Le commandement ancien est la parole que vous avez entendue » [il est correct ici de ne pas répéter « dès le commencement » malgré le Texte Reçu]. Cela ne peut pas se rapporter à l’éternité. Le commandement n’avait pas été commandé « au commencement » : personne ne l’entendait dans l’éternité. Cela aurait été entièrement en dehors du temps, des lieux et des personnes, quand il n’existait encore personne à aimer. En bref, c’est une erreur évidente de confondre « dès le commencement » et « au commencement » comme beaucoup le font à tort.
Au verset suivant (2:8), nous lisons quelque chose qui parait paradoxal. Cela ne gêne pas Jean, parce que ce qui paraît paradoxal peut être parfaitement vrai. L’oreille incirconcise l’estime intolérable et contradictoire. Mais pour comprendre les Écritures de la bonne manière, il faut toujours commencer par les croire ; c’est alors qu’on commence à comprendre. Si nous ne les croyons pas, comment pourrions-nous les comprendre ? Il n’y a que l’esprit naturel pour préférer le moi à Dieu, et refuser d’apprendre ce qui est infiniment au-dessus de sa petite portée. Préférer à la Parole de Dieu nos propres pensées, notre propre manière et notre propre parole, c’est entièrement incompatible avec la foi en l’inspiration de Dieu.
La seule chose qui convienne au croyant est de se mettre résolument du côté de Dieu et de Sa Parole. Il peut sentir son incapacité à expliquer telle ou telle difficulté, mais il croit Dieu et n’a pas confiance en lui-même. C’est pourquoi il attend. Il croit que le Seigneur lui donnera de la lumière sur l’énigme, si c’est bon pour lui. Si cette lumière ne vient pas, il a confiance que le Seigneur a une très bonne raison pour cela. Il est certain que Dieu a toujours raison ; mais quant à lui-même, combien souvent n’a-t-il pas eu tort ! Ici l’apôtre ajoute « je vous écris un commandement nouveau, ce qui est vrai en lui et en vous ». Ce qui paraît difficile à première vue explique tout exactement. Il ne faut pas attendre longtemps, ni chercher loin pour comprendre comment le commandement ancien peut être le commandement nouveau. Il est bien probable que les simples érudits ne pourront en découvrir le sens avant le jour du jugement : ce serait comprendre sans croire. Par conséquent ils restent dans l’obscurité et le brouillard, aussi savants soient-ils. Le commandement ancien était vrai en Christ. Quand Il l’a prononcé, Il les aimait tous, comme personne ne pouvait aimer, sinon Dieu. Il les aimait parfaitement. Imaginez-vous qu’ils s’aimaient l’un l’autre à ce moment-là ? N’étaient-ils pas aussi jaloux l’un de l’autre qu’on peut bien imaginer chez des gens pieux ? Nous les trouvons toujours prêts à se quereller, et à disputer avec vigueur et âpreté lequel d’entre eux serait le plus grand. Y avait-il là de l’amour ? Une telle rivalité était aux antipodes de l’amour, et indiquait l’activité de la chair.
L’amour aurait éprouvé que c’était à Dieu à décider la place de chacun. L’Écriture montre que Dieu place dans l’Église comme il Lui plait (1 Cor. 12:18). Mais chacun d’eux voulait être le plus grand, ce qui était évidemment impossible. Y a-t-il un sentiment plus opposé à l’amour de tous, que celui de vouloir être le plus grand, et d’avoir la meilleure place pour soi-même ? Combien cela est contraire à l’esprit de Christ comme nous le montre Phil. 2 !
Il est donc montré ici que ce qui était le commandement ancien lorsqu’Il était sur la terre, est maintenant un commandement nouveau, parce que maintenant il est vrai non seulement en Lui mais en eux. Qu’est-ce qui a fait qu’il soit vrai en eux ? La mort et la résurrection du Seigneur Jésus. C’est ce qui fait toutes choses nouvelles. La résurrection n’existe pas sans la mort, et les choses vieilles ne pouvaient pas passer sans la mort de Christ, pas plus que les choses nouvelles ne pouvaient arriver sans Sa résurrection. Or Lui est la résurrection et la vie. Tel est le grand et glorieux principe du christianisme. La mort et la résurrection du Seigneur Jésus est comme un pivot sur lequel tout tourne. C’est ce qui a rendu nouveau le commandement ancien ; c’est ce qui l’a rendu vrai en eux comme en Lui. Il était en effet, et Il est la vérité ; mais comment cela peut-il être pour vous et pour moi ? Sommes-nous dans l’Esprit ? ou bien est-ce que je me recherche encore moi-même ? S’il en est ainsi, ce n’est ni Christ, ni l’amour.
Quelle bénédiction que le commandement ancien soit nouveau maintenant, et qu’il soit vrai en Lui et dans les Siens ! et pourquoi en est-il ainsi ? Parce que les chrétiens ont tous la même position, ayant la vie en Lui ; mais maintenant tout ce qui est mal a été traité à la croix, tout ce qui empêchait l’œuvre de la vie divine et son exercice en amour et son libre déploiement l’un envers l’autre — toutes ces choses mauvaises ont été jugées à la croix de Christ. La Parole nous révèle tout cela, et l’Esprit le rend effectif en chacun de nous. L’apôtre parle à nouveau ici selon le principe. Il ne prend en compte aucune réserve transitoire qui serait due à l’état particulier dans lequel se trouve le chrétien, et que la Parole corrige ailleurs. Mais Jean nous donne le vrai principe dans tout son absolu pour que la foi en jouisse, et le mette en pratique par grâce selon notre mesure de spiritualité. Il déclare que ce principe est vrai en nous, c’est-à-dire en tous les chrétiens aussi bien qu’en Christ.
C’est un fait encourageant, et même surprenant dans le royaume spirituel, mais la bénédiction n’est jamais effectivement connue sans qu’on croit la Parole de Dieu, et qu’on la croit à l’égard des autres autant qu’à l’égard de sa propre âme. « Ce qui est vrai en Lui et en vous ». Le commandement ancien était sans puissance tant qu’Il n’était pas mort et ressuscité ; mais une fois qu’Il est mort et ressuscité, la plénitude de la bénédiction ayant étant montrée en Lui, elle a été alors communiquée à Ses disciples. Le grain de blé demeure seul, à moins qu’il ne tombe dans le sol et qu’il meure ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit, selon ce que dit le Seigneur. Or où est-il ce « beaucoup de fruit » ? dans tous les chrétiens, dans tous ceux qui le sont réellement. Des interférences peuvent malheureusement intervenir pour faire obstacle ; et il est important d’apprendre comment ce qui empêche peut être surmonté, et comment nous pouvons et devons nous élever au-dessus. Nous ne devrions jamais nous accorder du repos, ni nous relâcher de crier instamment à Dieu, et de nous servir des moyens fournis par Sa Parole et Son Esprit pour régler la difficulté en nous-même, ou éventuellement chez d’autres. Car Christ nous a donné l’exemple ; nous devons aussi nous laver les pieds l’un l’autre.
Nous avons ici ensuite le principe, le commandement de Christ en puissance. Il était toujours parfait en Christ. Quand il n’était que le commandement ancien, lui seul l’a pratiqué. Mais quand Il est mort et ressuscité, voici la différence parmi eux : « Alors Pierre se leva avec les onze » (Actes 2:14), juste comme un seul homme ; il n’y avait plus de lutte charnelle, de rivalité, ou de recherche de soi. On n’avait jamais vu un pareil changement auparavant, durant les jours du ministère de notre Seigneur dans Sa chair, ou de ce qui est appelé ici « dès le commencement ». Cela n’avait été vrai qu’en Lui. Maintenant par la puissance de Sa résurrection, c’était vrai en eux aussi bien qu’en Christ. Voyez la raison qui en est donnée : « car les ténèbres s’en vont ». Je regrette de paraître trop critique, mais supportez que je dise ce que je sais être la vérité. Il ne s’agit pas de sentiments subjectifs, ou de suppositions. Le terme utilisé ici par le Saint Esprit signifie « s’en vont » et non pas « sont passées » comme dans la version autorisée du roi Jacques. Dire que les ténèbres ont disparu, c’est aller trop loin. Les ténèbres n’auront jamais disparu avant le retour de Christ. « Lève-toi, resplendis, car ta lumière est venue » (És. 60:1). C’est alors qu’il y aura de la lumière pour toute la terre. Elle pourra briller plus fort à Jérusalem, mais elle atteindra le monde entier, comme Sa gloire remplira la terre (És 6:3 ; 60:2).
Il est clair que c’est loin d’être le cas maintenant. Il y a et il y a aura le paganisme et l’Islam dans l’ère présente. Il y aura Babylone, comme il y a Rome maintenant, outre toutes sortes d’énormités dans la chrétienté. Et pis que tout, l’inique est imminent, et il va s’asseoir au temple de Dieu, se présentant lui-même comme étant Dieu (2 Thes. 2). Pensez aujourd’hui à tout le scepticisme qui est notoirement prêché tous les dimanches à Londres, dans l’anglicanisme, chez les baptistes, les églises indépendantes, les méthodistes etc., et ce ne sont pas les paroles de quelques excentriques, mais celles d’hommes les plus éminents. Peu nombreux sont ceux qui se prononcent résolument contre ces sottises coupables, sauf quelques personnes qui sont source de trouble et se font détester de plus en plus parce qu’elles sonnent la trompette et l’alarme. Peu importe comment ils agissent, tous seuls et simplement, ils rendent témoignage à ce que toute cette incrédulité est une tromperie du diable, et le précurseur de l’apostasie qui vient, et de l’homme de péché qui va être détruit par l’apparition en gloire du Seigneur.
Les ténèbres ne sont donc pas passées, et même loin de l’être ; mais elles s’en vont. Où ? dans chaque nouveau chrétien. Certains qui croient peuvent être au Kamtchatka, d’autres au Japon, d’autres dans la Russie, pauvre et fière, maline et agressive. Partout où la grâce agit, — et peu importe où, — s’il y a de nouveaux saints de Dieu, les ténèbres disparaissent d’autant. Elles disparaissent effectivement dans tout chrétien. Ici aussi, l’apôtre regarde au principe. Il n’examine pas dans quelle mesure cela a été réalisé, car ce n’est pas sa tâche. Il regarde aux choses comme elles devraient être dans le chrétien, agissant et pratiquant le principe divin que son âme a reçu.
Mais il ajoute : « et la vraie lumière luit déjà » pour traduire le passage en rendant sa force aussi exactement que possible. Certains chrétiens n’aiment pas les traductions exactes. Pourtant n’est-ce pas mieux de disposer de la vérité aussi simplement, clairement et complètement qu’il est possible ? Le point important à remarquer ici, est que ceci vient après la mort et la résurrection de Christ. Le monde n’a-t-il pas éteint cette lumière dans Sa mort ? Il a tenté de le faire autant qu’il lui était possible. Mais Sa résurrection a enterré l’effort du monde, car la lumière brille plus puissamment que jamais. « La vraie lumière luit déjà ». Les saints, si faible auparavant, deviennent forts, et s’oublient, ainsi que leurs folies, dans la joie en face du Sauveur ressuscité. L’Esprit donné ensuite est un Esprit de puissance, d’amour et de sobre bon sens. Nous pouvons donc voir ensuite combien il est vrai que le commandement d’aimer est en Lui et en eux. C’est « en eux » [« en vous »] que gît la difficulté. En Lui, c’est indiscutable, mais comment peut-il être vrai en eux également ? Ressuscités pour porter du fruit, nous voyons les ténèbres s’en aller et la vraie lumière luire déjà. Christ bannit les ténèbres pour chaque croyant, et Christ brille déjà pour eux et en eux, plus que jamais.
Le v. 9 fournit la réplique à celui qui dit être dans la lumière tout en haïssant son frère. « Dire » est mal vu dans cette épître. Le vrai saint de Dieu ne parle pas à la légère sur le fait qu’il est dans la lumière. Il sait qu’il l’est, Dieu en soit béni, mais il a de la gravité par rapport à ce qui est aussi solennel. Il laisse aux autres le soin de dire en se vantant « je suis dans la lumière » lorsqu’ils veulent dire d’un vrai saint « tu es dans les ténèbres ». Qu’y a-t-il de plus attentatoire pour le Seigneur et indigne pour le chrétien ? La manière juste et vraie n’est pas de dire, mais de manifester qu’on marche dans la lumière par un comportement pieux. « Celui qui dit être dans la lumière et qui hait son frère » manifeste qu’il n’est pas dans la lumière. La haine à l’égard de son frère est incompatible, non seulement avec l’amour, mais avec la lumière et la vie ; car tous les trois vont ensemble et on ne peut les séparer. La vie se montre dans l’obéissance, mais aussi dans l’amour ; et la vraie lumière qui brille déjà rend visible de telles ténèbres. Certainement, si un frère est dur, impatient, ou manifeste quelqu’autre faute, c’est là pour vous tester vous-même : soyez d’autant plus attentif s’il y a en lui quelque chose de grave à vos yeux. Mais pourquoi notre cœur n’irait-il pas au-devant de lui pour le gagner ? Pourquoi laisser l’amour de côté quand il y en a tant besoin. Il faut aussi avoir de la compassion, si vous croyez qu’un frère a fait quelque chose de sérieusement mauvais. Ne doit-il pas être un objet de vos instantes supplications envers Dieu, même si vous réprouvez le mal ?
« Celui qui dit être dans la lumière et qui hait son frère, est dans les ténèbres jusqu’à maintenant ». Combien c’est bref et tranchant ! c’est comme cela chez Jean si plein d’amour ; personne n’est plus tendre que lui, mais qui est plus décidé ? C’est là où brille le contraste avec l’indifférence. Il ne dit pas « j’aime mon frère », mais il l’aime effectivement. « Celui qui aime son frère demeure dans la lumière » (2:10) ; et il aime, même s’il y a de douloureuses inconséquences qui exigent beaucoup de son amour. L’amour en est alors d’autant plus démontré. « Et il n’y a point en lui d’occasion de chute ». C’était un cas éprouvant, mais il aimait. Quelqu’un de pareil « demeure dans la lumière, et il n’y a point en lui d’occasion de chute ». Si une volonté de revanche avait opéré, ou s’il y avait eu un désir sans grâce de mal contre celui qui a manqué, il y aurait eu occasion de chute. Tel est le sent