Livre 1, Dieu, la Sainte Trinité.
Livre 2 Le Verbe de Dieu fait Homme
Livre 3 La Sainte Vierge Marie, Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ
Livre 4 Les Anges et Les Hommes
Livre 5 De la religion en général et de la religion chrétienne en particulier.
Livre 7 Les épreuves, les luttes et les consolations de la vie chrétienne
Livre 8 La grâce et Les Vertus Théologales
Livre 9 Les vertus morales et Les dons du Saint-Esprit
Livre 13 Le Passé figure de l'Avenir
Soeur Marie Lataste
mystique catholique
Livre 1
Dieu, la Sainte Trinité
édition numérique originale par
JesusMarie.com
LIVRE PREMIER, Dieu, la Sainte Trinité.
Gloire et louange, amour et reconnaissance
soient à jamais rendus à Jésus au saint sacrement de l’autel, au Père et au
Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles, Amen.
Table des matières
Le Sauveur Jésus m’a ainsi parlé de la divinité : « Dieu est un en trois
personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Les trois personnes sont Dieu et
ne forment pourtant qu’un seul Dieu. Le Père est le principe du Fils et du
Saint-Esprit, mais non leur créateur, parce qu’ils sont éternels comme le Père
et qu’ils n’ont jamais eu de commencement. De toute éternité, le Père engendre
son fils par la connaissance qu’il a de lui-même. Le Père se comprend, et cette
intelligence de Dieu le Père, c'est Dieu le Fils. Le Saint-Esprit n’est point
engendré par le Père et le Fils, mais il procède de l’un et de l’autre. Dieu le
Père se comprend, et se plaît dans son intelligence qu'il aime et dans laquelle
il trouve son repos : cet amour du Père pour son intelligence, c'est le
Saint-Esprit, union du Père et du Fils.
« Le Père est souverainement parfait et communique ses perfections au Fils,
qui les communique avec le Père au Saint-Esprit. Ainsi le Fils est semblable au
Père, le Saint-Esprit au Père et au Fils, les trois personnes semblables entre
elles. Le Père est distinct du Fils, le Saint-Esprit distinct du Père et du
Fils. Le Père est la première personne de la Trinité ou la personne sans
principe autre qu’elle-même; le Fils est l’intelligence du Père ou la deuxième
personne; le Saint-Esprit, l’union amoureuse du Père et du Fils, ou la troisième
personne; et ces trois personnes ne font qu’un seul Dieu parce qu’elles n’ont
qu’une même nature divine.
« Le Père est éternel, le Fils est
éternel, le Saint-Esprit est éternel, et cette
trinité d’éternités ne forme qu’une
éternité, l’éternité de Dieu.
« Le Père est saint, le Fils est saint, le Saint-Esprit est saint, et cette
trinité de saintetés ne forme qu’une sainteté, la sainteté de Dieu.
« Le Père est infiniment sage, le Fils infiniment sage, le Saint-Esprit
infiniment sage, et cette trinité de sagesses ne forme qu’une sagesse, la
sagesse de Dieu.
« Le Père est tout-puissant, le Fils tout-puissant, le Saint-Esprit
tout-puissant, et cette trinité de toutes-puissances ne forme qu’une
toute-puissance, la toute-puissance de Dieu.
« Le Père est miséricordieux, le Fils miséricordieux, le Saint-Esprit
miséricordieux, et cette trinité de miséricordes ne forme qu’une miséricorde, la
miséricorde de Dieu.
« Le Père est juste, le Fils juste, le Saint-Esprit juste, et cette trinité de
justices, ne forme qu’une justice, la justice de Dieu.
« Le Père a une volonté, le Fils une volonté, le Saint-Esprit une volonté, et
cette trinité de volontés ne forme qu’une volonté, la volonté de Dieu.
« Quant le Père veut une chose, le Fils et le Saint-Esprit la veulent aussi,
et chacune des trois personnes divines coopère à toute action de la Divinité.
« Il n’y a point de lieu ni d’espace pour les trois personnes divines : elles
occupent l’immensité. Elles sont partout au ciel et sur la terre; mais elles
manifestent plus particulièrement dans le ciel leur gloire et leur majesté aux
êtres intelligents et raisonnables qu’elles ont créés. »
« Le Père est le principe du Fils et du Saint-Esprit, il est aussi le
principe de tout ce qui a été fait, il doit en être, il en est aussi la fin.
« L’âme humaine vient de ce principe; elle doit se le proposer pour dernière
fin, diriger par conséquent vers lui ses pensées, ses désirs, ses affections,
ses actions, ses prières, et ne rien désirer dans toutes ses œuvres que le
parfait accomplissement de la volonté de Dieu le Père. En agissant ainsi, l'âme
rend hommage au Père, au Fils et au Saint-Esprit, parce qu’en faisant la volonté
du Père, elle fait aussi la volonté du Fils et du Saint-Esprit. »
Ces dernières paroles firent impression sur mon esprit qui cherchait, mais
inutilement, à en connaître le sens. Le Sauveur Jésus s’en aperçut, et voyant ce
qui se passait en moi, il ajouta :
« Après le péché de l'homme, Dieu envoya son Fils au monde pour le sauver. Le
Fils, pendant sa vie, accomplit en tout la volonté du Père. Le Père veut que
l'homme suive l’exemple de son Fils et qu'il lui rende hommage en l’imitant. Le
Fils veut que l'homme suive la volonté du Père, comme il l’a suivie lui-même, et
se trouve honoré de ce que l'homme marche sur ses traces quand il était sur la
terre. Le Saint-Esprit, premier opérateur du bien dans les âmes, donne le
mouvement à la volonté, éclaire l’esprit par ses lumières, et désire que l'homme
corresponde à tout ce qu'il fait pour lui, en suivant l’exemple du Fils et se
soumettant à la volonté du Père, par l’observation de ses commandements. Il se
trouve honoré de ce que l'homme ne résiste pas à ce qu'il opère en lui. C'est
ainsi que les trois volontés du Père, du Fils et du Saint-Esprit ne forment
qu’une volonté, et en accomplissant celle du Père, on accomplit aussi celle du
Fils et du Saint-Esprit. »
Telles sont les pensées qui, de la bouche du Sauveur Jésus, sont venues en mon
esprit; je les ai conservées par le souvenir; mais je dois faire remarquer dès
ce commencement que je ne puis exprimer tout ce qu'il m’a dit, tout ce qu'il lui
a plu de me montrer, tout ce qu'il a voulu me faire sentir. Jésus est vraiment
la parole de Dieu, et tout est parole en lui. Ce n’est point seulement quand il
parle que je l’entends; je l’entends aussi et le comprends dans son regard, dans
son maintien, dans ses marques d’affection, de près, de loin, au ciel, sur la
terre, dans mon cœur, partout. Cette parole n’est point comme la parole de
l'homme; voilà pourquoi la parole des hommes est insuffisante pour exprimer la
parole de Jésus; je tacherai pourtant de l’exprimer de mon mieux et aussi bien
qu'il me le permettra.
J’entendis un jour sa voix. Elle s’exprimait avec force et vigueur : «
Laissez tous le secret de vos maisons. Accourez, enfants et vieillards, jeunes
gens et hommes faits, princes et sujets, riches et pauvres, savants et
illettrés, grands et petits, venez reconnaître et admirer les perfections de
votre Dieu dans ses œuvres. Les œuvres de Dieu sont parfaites, parce qu'il est
parfait lui-même, parce que ses jugements sont parfaits et que ses vues sont
parfaites aussi. Les vues des hommes, leurs pensées, leurs intentions, leurs
jugements, sont loin de ressembler aux vues, aux pensées, aux intentions, aux
jugements de Dieu. Car il est écrit que la justice et la vérité éclatent dans
les œuvres du Très-Haut, tandis que le cœur de l'homme est endurci, qu'il chérit
la vanité et cherche le mensonge. L'homme voudrait pénétrer les perfections
intimes de Dieu. L’insensé! Ne voit-il donc pas que son esprit est trop borné,
et que ses connaissances ont des limites trop étroites? Que serait Dieu, si
l'homme pouvait le comprendre? Que serait l’infini, s’il était pénétré par le
fini? Que serait le Créateur, si la créature était à son niveau? C’est par bonté
pour l'homme que Dieu a fait le monde; c'est par bonté qu'il y conserve l’ordre,
l’harmonie; par bonté pour l'homme qu’il a fait tout ce qui a été fait, et
l'homme méconnaît cette bonté pour scruter les desseins de Dieu qu'il ne
scrutera jamais. C'est par sa toute-puissance que Dieu a fait le monde et le
conserve, par sa providence et sa sagesse qu'il le fait marcher d'une manière si
admirable, et l'homme méconnaît cette bonté, cette providence, cette sagesse,
pour se perdre en de vains raisonnements qui l’éloignent de Dieu ou le lui font
oublier. Cette perfection dans la création inanimée, animée, raisonnable, ne
proclame-t-elle pas un créateur parfait au-dessus de la créature? Contentez-vous
donc de reconnaître Dieu, enfants des hommes, amis ne cherchez pas à le
comprendre. Car, chercher à comprendre Dieu, c'est le comble de la présomption
ou la preuve assurée de la plus grande incrédulité. C'est le comble de la
présomption de vouloir renfermer Dieu en l'homme, l’éternel dans le temporel,
l’infini dans le fini; c'est la preuve assurée de la plus grande incrédulité,
car c'est dire que Dieu ne peut pas plus que l'homme, puisque la puissance de
Dieu consiste dans l’intelligence qu'il a de lui-même, et que l'homme comprend
Dieu autant que s’il était Dieu.
« Hommes présomptueux et incrédules, sachez qu’il est écrit que Dieu résiste
aux superbes, et qu’il donne sa grâce aux humbles, que celui qui s’abaisse sera
élevé, et que celui qui s’élève sera abaissé. Sachez que j’ai dit, lorsque
j’étais sur la terre, que celui qui observe ma parole et croit à Celui qui m’a
envoyé, sera sauvé. Il ne suffit pas de savoir, il faut croire.
« JE NE CONDAMNE PAS L’EXAMEN DES CHOSES POUR CONSOLIDER LA FOI, AFIN QUE
CETTE FOI SOIT UNE FOI PLEINE DE CONVICTION. QU’ON CHERCHE LA SOLUTION AUX
DIFFICULTÉS QUI SE PRÉSENTENT À L’ESPRIT, ON LE PEUT; QU’ON ESSAIE DE FAIRE
DISPARAÎTRE UN DOUTE POUR CROIRE ENSUITE PLUS FERMEMENT, C'EST PRUDENCE ET
SAGESSE; MAIS IL FAUT FAIRE CELA AVEC UN CŒUR DROIT, AVEC BONNE VOLONTÉ ET UN
DÉSIR SINCÈRE DE TROUVER LA VÉRITÉ POUR S’Y ATTACHER. AUJOURD'HUI ON VEUT TOUT
COMPRENDRE QUAND IL S’AGIT DE DIEU. PAUVRES ESPRITS, QUI VOUDRAIENT UNE LUMIÈRE
DONT L'ÉCLAT LES RENVERSERAIT; QUI VOUDRAIENT COMPRENDRE DIEU ET NE SE
COMPRENNENT PAS EUX-MÊMES! QUELLE FIERTÉ REPOUSSANTE DANS CES HOMMES, QUEL SOT
ORGUEIL, QUELLES FOLLES PRÉTENTIONS! ILS SE CROIENT SAVANTS ET SONT DES
IGNORANTS. LA VRAIE SCIENCE A FUI LOIN D’EUX POUR SE RETIRER PARMI LES HOMMES
SIMPLES QUI ADORENT SANS VOIR ET CROIENT SANS COMPRENDRE. LA SCIENCE N’EST POINT
L’APPUI DU JUSTE. LE JUSTE RENONCE VOLONTIERS À LA SCIENCE POUR S’APPUYER SUR LA
VÉRITÉ ET LA JUSTICE DE DIEU, QUI PARAISSENT DANS SES ŒUVRES. AUSSI SON CŒUR EST
TRANQUILLE; IL MET SON ESPÉRANCE DANS LE SEIGNEUR, ET ATTEND LE MOMENT OÙ IL
SERA EXALTÉ AU-DESSUS DE SES ENNEMIS. »
« Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus, vous n’ambitionnez point la
science des savants, ni la sagesse des sages selon le monde; mais je veux vous
donner un livre qui vous rendra plus sage et plus savante que tous les savants
et tous les sages. Ce livre sera toujours ouvert pour vos yeux, et la lumière du
ciel, qui brillera sur ce livre, vous permettra de le parcourir chaque jour et à
chaque instant du jour. Venez avec moi, ma fille, placez-vous sur un lieu élevé
et regardez. La création tout entière se présente à vos regards. Considérez les
cieux au-dessus de votre tête, le soleil qui parcourt à pas de géant sa route
dans l’espace, et le firmament qui, chaque nuit, déploie sa magnificence
toujours ancienne, toujours nouvelle. Puis, abaissez vos regards sur la terre
ferme et solide sous vos pieds, parsemée de plantes et de fleurs, couverte de
mille espèces différentes d’arbustes et d’arbrisseaux dans vos jardins, de
chênes et de cèdres dans vos forêts. Parcourez les campagnes : quelle infinité
prodigieuse d’insectes, de reptiles et d’animaux de toutes sortes! Contemplez la
mer : quelle immense réunion d’eau! quelle profondeur! Ne pouvez-vous point
reconnaître à ces œuvres la puissance de Dieu qui les a faites, et les conserve
encore chaque jour par une puissance égale à celle de la création? Eh bien! Cela
n’est rien encore auprès de l'homme, qui est la créature la plus parfaite sortie
des mains de Dieu. L'homme! ah! ma fille, la composition de son être seul est
capable de fournir une matière indéfinie de considérations et de réflexions. En
lui se trouvent un corps et une âme; un corps fait de matière, une âme qui est
le souffle de Dieu. Quel art dans la disposition de ce corps, quelle perfection!
Que de merveilles dans les facultés de l’âme, dans l’entendement, dans la
volonté, dans la mémoire! Quelle union entre les diverses parties du corps!
Quelle union entre les diverses facultés de l’âme! L’ouvrier qui a fait l'homme
n’est-il point un ouvrier divin? n’est-il point Dieu?
« De l'homme en particulier, portez votre attention sur l'homme en société,
sur les peuples, sur les nations. Qui a fait l'homme individu particulier? Qui a
fait l'homme vivant en famille? Qui a fait l'homme attaché à une nation, à un
empire? N’est-ce pas Dieu qui attache l'homme par ces liens mystérieux? Oui,
c'est Dieu, car l'homme de lui-même est ennemi du joug; il aime ce qu'il nomme
la liberté, et cette liberté le détacherait de sa patrie et de son prince. Une
loi existe pour régir les nations et les empires; cette loi est un joug qui
semble briser la liberté de l'homme mais au-dessus des volontés des hommes se
trouve la volonté de Dieu qui soumet les hommes à ceux qu’il a établis pour les
gouverner.
« La voix de Dieu s’élève : il soumet
les peuples aux princes et aux rois. La voix de Dieu
s’élève : il se fait obéir des monarques et
des potentats. La voix de Dieu s’élève : il fait
trembler les têtes couronnées comme un enfant dans son
berceau. La voix de Dieu s’élève : il proclame sa
bonté, sa miséricorde ou sa justice sur les peuples et
les rois. La voix de Dieu s’élève : il donne la
prospérité aux nations et à leurs rois. La voix de
Dieu s’élève : il préserve de tout mal les
peuples et leurs souverains. La voix de Dieu
s’élève : il brise les monarques et fait
disparaître leur empire comme un nuage que le vent chasse du
ciel.
« L'homme vit, se remue, marche, s’agite, se débat; mais c'est Dieu qui le
mène et le conduit. Il en est de même des nations. Tout a été fait par Dieu, et
Dieu conserve tout. Tout a été fait par Dieu, et rien ne résiste à sa volonté.
Tout a été fait par Dieu, et tout sert d’instrument à Dieu dans l’exécution de
ses desseins et de ses jugements. Il pourrait les exécuter seul; mais il lui
plaît de se servir des instruments qu'il a créés, et il n’indique à personne ni
la manière de parvenir à ses desseins, ni le moment où il atteindra son but, ni
le motif pour lequel il avance ou retarde l’accomplissement de sa volonté.
« Insensé qui ne reconnaît pas Dieu dans le gouvernement des hommes! Insensé
qui ne reconnaît pas Dieu dans ses œuvres du ciel et de la terre! Insensé qui a
sous ses yeux le grand livre de la création et n’y trouve point à chaque page ce
nom : Dieu!
« Ils sont insensés, ils sont aveugles aussi, et leur folie et leur
aveuglement les détournent de Dieu pour qu'ils ne pensent qu’aux choses de la
terre.
« Ils sont aveugles et insensés et ne voient et ne cherchent point Dieu, parce
qu’ils sont séparés de Dieu, parce qu'ils sont révoltés contre lui, parce que le
péché règne dans leur cœur.
« S’ils étaient justes et saints, ils
pénètreraient jusqu’à Dieu, jusque dans son
cœur; ils verraient avec admiration ses œuvres et ne
cesseraient de louer sa puissance, sa bonté, sa
miséricorde, sa providence. Ils comprendraient partout, que Dieu
dirige tout. La création serait pour eux le premier livre
où ils apprendraient la science véritable de la
dépendance universelle de toutes choses à
l’égard de Dieu, parce que tout a été fait
par Dieu. »
Deux amis véritables, éloignés l’un de l'autre, ne se contentent pas de
penser chacun à son ami; ils veulent aussi se voir de temps en temps,
s’entretenir, et ces visites et ces entretiens augmentent leur affection
réciproque. J’aime bien le Sauveur Jésus, mais je sens que je pourrais l’aimer
davantage ; et l'aimer de plus en plus est le désir le plus intime de mon cœur.
C'est pourquoi je vais, aussi souvent que je le puis, le visiter dans le
sacrement de son autel. Là, je lui ai longtemps parlé toute seule. Je lui disais
peu de choses, je ne savais lui dire que ces paroles : O mon Jésus, je vous
aime; ou bien : Jésus, je vous donne mon cœur! Ou encore : Sauveur Jésus,
augmentez mon amour pour vous. Puis, quand je le quittais, je lui disais pour
adieu : Mon Sauveur, bénissez votre très-humble servante!
Le Sauveur Jésus m’a longtemps écoutée sans me faire entendre sa voix d’une
manière sensible, mais j’entendais pourtant comme une voix intérieure qui ne
prononçait pas de paroles, et cette voix pleine de douceur et de suavité me
disait aussi : « Ma fille, je vous aime; ma fille, j’accepte l'offrande de votre
cœur; ma fille, je vous bénis, » et je me retirais contente.
Depuis qu'il a voulu me permettre d’entendre sa parole, j'ai remarqué que
c’était toujours dans le lieu saint, pendant l’offrande du sacrifice de l’autel.
Souvent il attend d’être descendu dans mon cœur; c'est alors qu'il commence à
m’entretenir; quelquefois aussi c'est au moment de mon action de grâces. Il m’a
rarement parlé avant la sainte messe, il l’a fait pourtant quelquefois. Quand je
l’entends, je le vois face à face. Alors, il s’opère en moi comme un changement
subit que je ne saurais exprimer. Il me semble que je suis seule avec le Sauveur
Jésus; je ne vois plus autre chose, je n’ai plus d’œil ni d’oreille pour les
objets sensibles qui sont près de moi, je ne sens rien. Mes yeux ne voient que
le Sauveur Jésus; mes oreilles n’entendent que le Sauveur Jésus; mon cœur n’aime
que le Sauveur Jésus; tout mon être n’a de sentiment que pour le Sauveur Jésus.
Voici ce qu'il m’a dit un pour en me parlant de l'homme :
« Dieu a créé l'homme. Le corps de l'homme a été fait de terre par les mains
de Dieu. L’âme de l'homme a été produite par le souffle de Dieu, souffle plein
de vie qui a animé le corps. Au commencement donc l'homme n’existait pas; c'est
Dieu qui l'a tiré du néant, et quand il a commencé, l'homme est encore demeuré
semblable au néant; car il n’a pu exister, il n’a pu se mouvoir, il n’a pu agir
qu’autant que Dieu lui a continué l’existence, lui a donné le mouvement, lui a
prêté l’action. Voilà pourquoi l'homme ne devrait jamais se fier sur soi-même,
compter sur soi-même, espérer quelque chose de soi-même; voilà pourquoi l'homme
ne devrait vouloir que ce que Dieu veut, opérer que ce que Dieu commande. Ainsi
l'homme tournerait son œil vers Dieu et non vers la terre; ainsi l'homme
marcherait vers Dieu qui l'attend et l’a fait pour lui, et non vers le mensonge
et la vanité qui seront sa perte. L'homme vient de Dieu et doit retourner à
Dieu. Il y a deux mouvements en l'homme : de son être créé par Dieu vers
l’existence et de son être existant vers Dieu. Ces deux mouvements sont donnés à
l'homme par Dieu; et par ces deux mouvements, l'homme, s’il le veut, retournera
infailliblement à Dieu. Je dis s’il le veut, parce que l'homme peut changer la
direction de ce mouvement.
« Dieu, au commencement, avait fait l'homme : il l’avait fait grand et
heureux. Il lui avait donné un monde dont il était le roi, un paradis dont il
était le maître. Il l’avait fait son représentant sur la terre, il l’avait fait
Dieu visible dans le monde pour rendre hommage au Dieu invisible du ciel. Il
l’avait fait l’âme du monde, et son âme était celle par laquelle le monde
donnait à Dieu son amour, et son esprit était celui par lequel le monde
connaissait son auteur et son Dieu. Il devait en être ainsi, car l’ordre était
là. Cet ordre a été dissous. Le second mouvement que Dieu avait donné à l'homme
pour qu'il retournât à lui, l'homme le changea pour recevoir le mouvement du
prince des ténèbres. Dès lors, l'homme ne marcha plus dans la voie de Dieu qui
est la vérité, il marcha dans la voie de Satan qui est le mensonge. Le second
mouvement donné à l'homme par son créateur devait être à jamais anéanti, mais la
miséricorde de Dieu vint s’opposer au triomphe de Satan. Je vins arrêter le
mouvement de l’enfer en offrant à l'homme la force et le pouvoir de quitter ce
mouvement. Je montrai de nouveau à l'homme la vérité, je montrai de nouveau à
l'homme la voie; je fis plus, je lui redonnai la vie qu'il avait perdue.
« Aujourd'hui, tout homme reçoit, comme au commencement, le premier mouvement,
qui le lance dans la vie; mais le second mouvement, qui relance l'homme vivant
vers Dieu, ne lui est plus donné avec le premier mouvement. Le second mouvement
le lance vivant dans la mort; mais je suis là pour ressaisir l'homme par le
baptême et le remettre sur le chemin qui mène à Dieu. Alors tout est réparé :
l'homme est régénéré; il marchera, s’il le veut, vers Dieu ou retournera à
Satan, dont je l’ai délivré; il marchera dans la vérité ou le mensonge.
« Voyez jusqu’où va la bonté de Dieu : il n’a pas voulu que je retirasse une
seule fois l'homme de la voie de perdition; il a voulu encore qu’à chaque heure
du jour où l'homme criera vers Dieu, j’accourusse vers l'homme pour lui redonner
la vie et le mouvement vers son Créateur par le sacrement de pénitence.
« Voilà ce que Dieu a fait pour l'homme, ce qu'il fait encore chaque jour : et
l'homme, que fait-il pour Dieu? Peut-on comprendre l’ingratitude de l'homme pour
son créateur et son Dieu? Dieu est le bienfaiteur continuel et quotidien de
l'homme, et l'homme un ingrat qui oublie chaque jour ce que Dieu fait pour lui.
»
Le lendemain du jour où le Sauveur Jésus m’adressa ces paroles, j'étais
revenue auprès de lui. Pendant la sainte messe, je me rappelais ce qu'il m’avait
dit la veille des deux mouvements de la créature, l’un de Dieu à l’existence,
l’autre de l’existence vers Dieu. Afin de donner plus de force au mouvement qui
me porte vers Dieu, je lui fis après la consécration l’offrande de mon corps, de
mon âme, de mes facultés, de mes affections, de tout ce qui était en moi. Après
cela, je vis le Sauveur Jésus au milieu de l’autel, assis sur un trône d’or. Sa
figure était plus resplendissante que le soleil; j’en étais éblouie. Il daigna
voiler son éclat en ma faveur. Un ange sous une forme humaine s’approcha de moi,
me prit par la main et me conduisit près de l’autel. Je restai là jusqu’à la fin
de la messe, à genoux devant le Sauveur Jésus. L’ange était à ma droite, aussi à
genoux. Il se leva, et je me levai avec lui pour aller vers Jésus qui me dit : «
Vous avez présenté à Dieu une offrande qui lui a été agréable. Je vous accepte
pour ma servante; ma fille, réjouissez-vous! »
Puis il ajouta : « Vous vous êtes reconnue la servante de Dieu : cette
reconnaissance est pleine de vérité et de justice, car l'homme est et doit être
le serviteur de Dieu. Il doit vivre sous la servitude de Dieu, et pas un ne doit
être exempt de cette servitude. Voyez l'homme! Qu’est-il? est-il quelque chose
par lui-même? s’est-il donné l’existence lui-même? a-t-il formé son corps et les
membres de son corps? leur a-t-il donné la force, la vigueur, le mouvement,
l’action? est-ce de l’intime de son être qu'il a tiré son âme? de quelle manière
a-t-il donné à son âme l’intelligence? où a-t-il pris pour son âme la puissance
de vouloir? Comment a-t-il doué son âme de souvenir? Est-ce l'homme qui conserve
par sa propre vertu et son corps et son âme? est-ce l'homme qui, par lui-même,
et de lui-même, se donne le jour? est-ce l'homme qui fixe et règle l’heure de sa
mort? L'homme, de qui dépend-t-il dans sa naissance, dans son existence, dans sa
mort? N’est-ce pas de Dieu son créateur? La création de l'homme par Dieu, voilà
la première servitude envers Dieu; et nul homme ne peut s’en exempter, parce que
nul homme ne peut se créer lui-même.
« O servitude admirable, servitude pleine de gloire, servitude infiniment
heureuse, et combien peu comprennent cette servitude! Dieu est Dieu, et par
conséquent maître tout-puissant; sa souveraineté n’a pas de bornes. Elle s’étend
sur le corps et sur l’âme, sur toutes les actions possibles de l'homme, sur
toutes ses pensées, même les plus secrètes. Elle s’étend sur sa vie, elle
s’étend sur sa mort, elle va même au-delà du trépas. Cette souveraineté dure par
delà le temps, et pendant l’éternité Dieu sera encore le souverain de l'homme.
« Dieu est souverain de l'homme et souverain plein de bonté, plein d’amour,
plein de tendresse. Pourquoi a-t-il créé l'homme? est-ce pour les mérites de
l'homme qui n’existait pas, ou par pure bonté? Comment Dieu exerce-t-il sa
souveraineté sur l'homme? n’est-ce pas avec l’affection la plus tendre qu'un
père puisse avoir pour son enfant? Ne semble-t-il pas que ce souverain de
l’éternité se fasse l’esclave de l’œuvre de ses mains? À chaque instant du jour
il veille sur son existence, il pourvoit à ses besoins, il le protège contre ses
ennemis, il vient à lui quand il l’appelle, il lui accorde ce qu'il lui demande,
il reçoit le nom de Père, il traite l'homme comme son fils, il s’abaisse vers sa
créature infiniment plus que la créature ne le pourra jamais comprendre.
« Dieu créateur est le souverain tout-puissant et tout aimant de l'homme.
L'homme vit-il de bon cœur ou par force sous cette servitude? l'homme est-il
sujet soumis de Dieu? l'homme accepte-t-il ce joug de Dieu? Non; l'homme se
révolte contre Dieu, méprise les commandements de Dieu, oublie Dieu et s’écrie
même : Il n'y a point de Dieu.
« Il n’y a point de Dieu! parole insensée d’un serviteur coupable. Il n'y a
point de Dieu! Amis il y aura pour celui qui parle ainsi une main puissante qui
brisera la parole sur ses lèvres; il y aura pour celui qui parle ainsi un bras
vigoureux qui le terrassera et l’empêchera de se relever; il y aura pour celui
qui parle ainsi un lien, que les doigts de l'homme n’auront point tressé, qui
enveloppera tous ses membres, le retiendra pendant l’éternité, et lui fera
éprouver la justice de celui dont il n’a point voulu recevoir la miséricorde et
l’amour. Il n'y a point de Dieu! Il a dit vrai : pour cet homme, il n'y aura
point de Dieu, félicité et bonheur suprême; il n’y aura point de Dieu, souverain
éternellement bon, éternellement aimable; mais il y aura un Dieu éternellement
offensé, un Dieu éternellement redouté, un Dieu éternellement juste, un Dieu
éternellement vengeur de l’offense qui lui aura été faite.
« C'est là la seconde servitude de l'homme; servitude dans la gloire, par
laquelle participant au bonheur de la vue de Dieu il le louera éternellement; ou
bien servitude dans la malédiction, par laquelle éprouvant les effets de la
justice de Dieu il lui rendra hommage dans les flammes de l’éternité.
« Ainsi Dieu sera toujours le souverain éternel de l'homme; ainsi l'homme sera
toujours le serviteur de Dieu. L'homme appartient à Dieu, parce que Dieu est son
créateur; l'homme appartient à Dieu, parce que c'est de lui qu'il a tout reçu;
l'homme appartient à Dieu parce qu'il n'est rien sans lui. Ces là le souverain
domaine de Dieu sur l'homme : jamais personne n’en dessaisira Dieu. Les hommes
l’oublient, mais Dieu ne l’oubliera pas.
« Ma fille, me dit un autre jour le Sauveur Jésus, Dieu connaît toute
chose, et rien n’arrive que par son ordre et selon sa volonté. Conservez cette
pensée dans votre cœur; elle est pleine de vérité et de consolation. Elle est
pleine de vérité; car Dieu, créateur et maître du monde et de tout ce qui est
dans le monde, a, pour tout diriger, pour tout régler, pour tout conduire, une
puissance égale à celle qui fit tout sortir du néant. Le Dieu qui a créé une
première fois est le Dieu qui conserve tout, et, par cette conservation, semble
tout créer de nouveau. Ainsi le ciel, la terre, les éléments sont soumis à la
volonté de Dieu depuis le commencement des temps, comme ils lui furent soumis
alors qu'il leur dit d’exister. Ainsi l'homme marche sous l’impulsion de la
volonté de Dieu, naît, vit et meurt, s’agite et se remue, parce que Dieu lui dit
de naître, de vivre, de mourir, et lui permet de s’agiter et de se mouvoir.
« Cette pensée est pleine de consolation pour ceux qui la possèdent et
l’entretiennent dans leur cœur, parce que, dans quelque situation, dans quelque
danger, dans quelque épreuve qu'ils se trouvent, sachant que c'est Dieu qui le
veut ou le permet, ils peuvent mettre en lui leur espérance, et, loin de
s’alarmer, lui dire, pleins de confiance : Mon Dieu, que votre volonté soit
faite et non la mienne!
« Ne soyez jamais du nombre de ces insensés qui attribuent au hasard, au
destin, à la volonté ou à la combinaison des hommes les événements heureux qui
réjouissent, ou les malheurs qui affligent. Ne voyez en tout, ma fille, que la
providence de Dieu, réglant, gouvernant et dirigeant tout ici-bas.
« L’âme juste voit la Providence dans tous les événements du monde, et ne
cesse de la louer et la bénir.
« L’âme juste n’attribue point le gain d’une bataille à la valeur, au courage,
au nombre des soldats, à l’habileté des capitaines; elle l’attribue à la
providence de Dieu qui donne la victoire à qui il lui plaît.
« L’âme juste n’attribue point la prospérité d’un empire au gouvernement du
prince de cet empire; elle l’attribue à la providence de Dieu, lumière, conseil,
puissance et soutien de ce prince.
« L’âme juste n’attribue point la chute d’une dynastie royale à la faiblesse
ou à l’incurie des membres de cette dynastie; elle l’attribue à la providence de
Dieu, qui fait et défait les rois de la terre pour sa gloire et le bonheur des
peuples ou leur châtiment.
« L’âme juste n’attribue point les fléaux, les inondations, la fureur des
flots des mers, l’irritation du tonnerre, la famine, la peste, la guerre, les
maladies, la mort, à des causes naturelles; elle attribue tout à Dieu, qui
commande à l’Océan comme à la foudre, qui donne l'abondance ou la stérilité, qui
conserve la paix ou permet le trouble parmi les hommes, et leur envoie, quand il
lui plaît, la maladie ou la santé.
« Si elle échappe à un danger, à un
péril, à une mort imminente, l’âme juste
reconnaît qu’elle a été
protégée, délivrée, sauvée par son
Dieu.
« Si elle réussit dans une entreprise, l’âme juste en remercie le Dieu du ciel
qui lui a donné ce succès.
« En un mot, l’âme juste voit en tout et partout le doigt de Dieu; et, toute
pleine de reconnaissance et d’admiration, de soumission et de respect pour la
Providence divine, elle bénit celui qui veille avec tant de soin sur elle et sur
toute créature, qui pourvoit à tous les besoins spirituels et temporels de
l’humanité, comme une mère à ceux de ces enfants, et dispose tout de manière à
augmenter la couronne du juste et à ramener le pécheur à résipiscence.
« Voilà bien, en effet, ma fille, à quoi se résume l’action de Dieu sur les
hommes : à rendre plus juste celui qui est dans la justice, et surtout à ramener
dans la voie droite celui qui l’a quittée.
« L’homme souvent oublie Dieu pour s’appuyer sur des bras de chair : Dieu se
retire un instant pour lui faire comprendre la faiblesse de l’appui qu'il a
choisi, et l'homme revient à Dieu, qui lui tend les bras avec bonté. Le premier
soutien de l'homme doit être Dieu; c'est à sa providence qu'il doit s’abandonner
et ne compter que sur elle.
« Néanmoins, il ne faut pas tellement tout attendre de Dieu qu’on néglige
d’accomplir ce que la raison ou la nécessité prescrivent, car agir ainsi, serait
agir avec témérité et tenter Dieu. Or, Dieu ne cherche point à favoriser les
téméraires; il ne récompense que la foi de ceux qui espèrent de lui ce qu'ils
doivent ou peuvent espérer.
« Oui, confiance en Dieu, confiance pleine et entière. Son bras n’est pas
raccourci; il fera plutôt un miracle, s'il est nécessaire, pour vous délivrer de
vos ennemis ou empêcher la ruine de votre âme, que de laisser votre espérance
déçue et frustrée. N’espérez donc qu’en Dieu et dans sa providence, et quelque
chose qui vous arrive, sachez que tout vient de Dieu, et que pas même un cheveu
ne tombera de votre tête sans permission.
« Le ciel des cieux est pour le Seigneur, me dit un jour le Seigneur Jésus;
mais il a donné la terre aux enfants des hommes.
« Dieu a fait le ciel et la terre; le ciel que vous voyez au-dessus de votre
tête, la terre que vous foulez sous vos pas. Dieu a fait le ciel qui porte aux
hommes la lumière pour le travail du jour, et les ténèbres pour le repos de la
nuit; il a fait aussi la terre qui leur donne la nourriture du corps et les
vêtements pour le couvrir; et ainsi le ciel et la terre que Dieu a faits et qui
appartiennent à Dieu, sont pour l'homme; et quand la terre disparaîtra pour
l'homme, un nouveau ciel lui apparaîtra pour le recevoir; non plus un ciel
matériel, dans lequel se font le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres, le
calme et la tempête, mais un ciel spirituel, un ciel tout plein de Dieu, un ciel
qui montre à découvert Dieu et sa gloire, qui permet à l'homme de le voir, de le
contempler, de le comprendre; de le voir assez pour n’avoir pas besoin d’autre
lumière, de le contempler assez pour ne désirer pas d’autre satisfaction, de le
comprendre assez pour que son intelligence trouve en Dieu son repos. Voilà le
ciel qui est aussi pour l'homme le ciel que Dieu veut lui donner, comme il lui a
donné la terre, le ciel dont il veut le faire sujet, comme il l’a fait sujet de
la terre, le ciel qui sera la félicité suprême que l'homme cherche vainement sur
la terre.
« Ce ciel appartient à Dieu; il est la
résidence particulière de Dieu, le lieu de sa
manifestation aux créatures, le trône de sa majesté
et de sa gloire : voilà pourquoi il est dit que le ciel est
à Dieu et la terre pour les enfants des hommes. Le ciel est le
temple de Dieu, comme la terre est le temple de l'homme; le ciel est le
lieu de la glorification éternelle de Dieu, comme la terre celui
de la glorification éternelle de Dieu, comme la terre celui de
la glorification temporelle de l'homme. Dieu est roi du ciel, l'homme
roi de la terre. Dieu pourtant n’a reçu le ciel de
personne, mais l'homme a reçu la terre de Dieu. La terre
n’est point donnée à l'homme à
perpétuité, parce que la terre est insuffisante pour
l'homme. L'homme n'est pas seulement terrestre, il est aussi
céleste. L'homme a été d’abord fait de
terre, puis un souffle céleste lui a donné la vie. Le
ciel est descendu sur cette terre, chair de l'homme, pour la prendre et
l’élever au ciel. La terre n'est que le marchepied sur
lequel l'homme prend position pour s’élever au ciel. La
terre, c'est un lieu élevé d’où l'homme
prend son élan vers le ciel. La terre, c'est une haute montagne
que l'homme gravit et dont le sommet permet à l'homme
d’entrer au ciel. La terre, c'est un arc bandé fortement
vers le ciel et dans lequel l'homme doit se placer pour être
envoyé au ciel. La terre n’a été
donnée à l'homme que pour le mettre à même
de posséder un jour le ciel, qui est à Dieu. C'est Dieu
qui a donné la terre aux enfants des hommes, c'est Dieu qui veut
aussi leur donner le ciel.
« Mais voyez les hommes : ils montent sur le marchepied de la terre, non pour
s’élever au ciel, mais pour se précipiter dans l’abîme; ils gravissent le lieu
élevé et cette haute montagne, qu’elle figure, non pour gagner le ciel, mais
pour tomber plus sûrement dans les ténèbres éternelles; ils se placent sur l’arc
bandé vers le ciel, mais ils détournent la direction de cet arc dans le sens
opposé, comme pour montrer qu'ils ne veulent point du ciel et qu'ils sont tout à
la terre. Malheureux! Dieu est le tout de l'homme et la terre n'est rien pour
eux, et ils disent à la terre : Vous êtes tout pour nous; ils disent à Dieu :
Pour nous, Seigneur, vous n’êtes rien, laissez-nous à la terre.
« N’agissez-vous point ainsi, jeunes hommes et jeunes filles? Au lieu de vous
rappeler que vous êtes faits pour le ciel, au lieu de consacrer à Dieu le
printemps de vos années, au lieu de lui faire abandon de tout ce qui vous
appartient, au lieu de vous avancer de plus en plus dans le chemin de la vertu,
au lieu de vous rapprocher du ciel, vous ne désirez que la terre; eh bien! vous
ne recevrez pas autre chose, et la terre se changera pour vous en un supplice
éternel.
« N'est-ce point ainsi que vous agissez, pères et mères, cherchant à accroître
le domaine de vos enfants, à leur acquérir de plus grandes richesses, à les
attacher de plus en plus à la terre. Au lieu de les attacher de plus en plus au
ciel, au lieu d’augmenter et d’accroître leurs vertus, ces trésors que la
rouille et les voleurs ne peuvent faire disparaître, vous ne désirez pour vous
et pour eux que la terre; eh bien! vous ne recevrez pas autre chose, et la terre
se changera pour vous en un supplice éternel.
« N’est-ce point ainsi que vous agissez, hommes d’affaires et de négoce, qui
n’avez qu’une probité apparente, qu’une justice fausse et mensongère, qu’une
prudence fondée sur l’or et sur l’argent? Au lieu de vous rappeler le travail
seul nécessaire, qui doit vous donner les trésors du ciel, vous ne désirez que
la terre; eh bien! vous ne recevrez pas autre chose, et la terre se changera
pour vous en un supplice éternel.
« N’est-ce pas ainsi que vous agissez, magistrats, juges, ministres et
potentats? vous êtes l’image du gouvernement de Dieu, l’image des jugements de
Dieu, l’image de la puissance de Dieu, et vous l’oubliez pour agir comme si vous
deviez à jamais administrer la terre, à jamais juger la terre, à jamais
commander à la terre; eh bien! vous ne recevrez pas autre chose, et la terre
pour vous se changera en un supplice éternel.
Je vous le dis, ma fille, avec toute la force de la vérité qui demeure
éternellement, les hommes se flattent en vain de pouvoir continuer avec impunité
et leurs injustices, et leurs rapines, et leurs trahisons, et leurs iniquités
qui croissent chaque jour de plus en plus. Ils se trompent en pensant que Dieu,
qui ne se venge pas sur la terre, ne se vengera jamais. Qu’ils avancent encore,
qu'ils marchent toujours; ils avanceront et marcheront vers l’éternelle justice
de Dieu, à laquelle nul, ne pourra échapper. Quand viendra l’heure de la
justice, Dieu mettra sous les yeux de chaque homme en particulier toutes ses
actions, et alors tous recevront la terre qu’ils auront cherchée.
« Cette terre matérielle disparaîtra pour eux; l’enfer sera la terre nouvelle
et éternelle que Dieu donnera aux réprouvés. Le ciel sera la terre nouvelle et
éternelle que Dieu donnera aux réprouvées. Le ciel sera la terre nouvelle et
éternelle que Dieu donnera aux élus. La terre de l’humanité sera la possession
ou la privation de Dieu : Dieu avec les hommes, Dieu loin des hommes.
« O ma fille, pensez toujours à la nouvelle terre que vous devez habiter un
jour, pensez au ciel que Dieu veut vous donner, à cette terre où Dieu habite, où
Dieu se manifeste, où Dieu se donne, où Dieu se livre à ses élus. Fuyez au
contraire toujours la terre où Dieu n’habite que par sa justice et ses
vengeances, ne se manifeste, ne se donne, ne se livre aux réprouvés que comme
Dieu vengeur et souverainement juste. »
Après ces paroles, le Sauveur Jésus ajouta : « Vous comprenez, ma fille,
comment l'homme trouvera ce qu'il cherche dans la terre que Dieu lui a donnée;
vous voyez quelle bonté Dieu témoigne à l'homme de vouloir lui donner une place
dans le ciel, qui est à Dieu. Je veux vous faire remarquer une chose à laquelle
vous n’aviez point pensé.
« Le ciel est le lieu de la récompense des justes; il est à Dieu et Dieu le
donne à ses élus. Mais il est un ciel supérieur à celui que Dieu donnera à
l'homme, un ciel qui s’appelle avec vérité et qui est véritablement le ciel du
ciel, c’est-à-dire le ciel de Dieu, le ciel qui appartient à Dieu. Ce ciel c'est
le sein de Dieu dans lequel le Saint-Esprit unit le Père et le Verbe; ce ciel
c'est Dieu même. Ce ciel n'est pas comme celui qui sera donné aux élus. Un ciel
créé; c'est un ciel incréé, qui n’a jamais eu de commencement et n’aura jamais
de fin, qui existait avant l’origine des choses, qui existera toujours. Ce ciel
était en Dieu, ce ciel était Dieu. C'est le ciel du ciel; c'est le bien éternel
en lui-même, la félicité éternelle en elle-même, la toute-puissance, la
souveraine sagesse, la souveraine perfection, Dieu. »
Voici ce que m’a dit un jour le Sauveur : « L’homme sur la terre ressemble
à un corps qui n’a plus de vie, ou à un malade qui a besoin de recouvrer la
santé. Dieu dans le ciel est pour l'homme un médecin qui tue pour vivifier, qui
frappe pour guérir. Écoutez le sens de ces paroles.
« L'homme ressemble à un corps sans vie. Quelle est la vie de l'homme après
celle de l’union de l’âme avec le corps? C'est la contemplation de la vérité, la
marche dans la voie de la vérité, la demeure dans la vérité. L'homme a-t-il la
vérité? Non, il l’a perdue par le péché, par sa révolte contre Dieu, et il lui
était impossible de la retrouver jamais, et sans la vérité, l'homme est
semblable à un corps sans vie.
« L'homme est semblable à un malade. En quoi consiste la santé de l'homme,
après la proportion dans ses membres et la force adhérente à chacun de ses
membres? Elle consiste dans la rectitude et le facile exercice de ses facultés.
L'homme a-t-il la rectitude dans ses facultés? a-t-il un facile exercice de ses
facultés? Non, l'homme a été blessé jusque dans le plus intime de son être
intellectuel et moral par le péché. La rectitude n'est plus en lui; ses facultés
ne suivent plus la ligne droite. Il a l’exercice de ses facultés, mais c'est un
exercice plein de labeur et qui n'est point conforme à la sagesse. L'homme est
donc un malade qui a besoin de recouvrer la santé.
« Un principe de vie sera donné à ce mort, ce sera le Fils de Dieu fait homme,
et ce mort reviendra à la vie. Un remède plein d’efficacité sera donné à ce
malade, ce sera le sang du Fils de Dieu fait homme, et ce malade recouvrera la
santé.
« Le médecin de l'homme qui possède l’existence et qui cependant est mort, qui
possède la santé et qui cependant est malade, ce médecin, c'est Dieu. Or, Dieu
tuera cet homme pour le vivifier; il le frappera pour le guérir.
« Vous allez comprendre, ma fille, et vous adorerez l’œuvre et les desseins
bien admirables de la Providence.
« Dieu est un médecin qui tue pour vivifier. Quelle est la vie de l'homme? La
vie de l'homme est une vie dans le péché, dans le crime, dans l’injustice, dans
l’impiété; vie dans la fornication, vie dans le vol, vie dans les meurtres, vie
dans l’oppression du faible, vie dans le parjure, vie dans le blasphème, vie
dans la révolte contre Dieu. Dieu s’approche de cet homme, tue en lui l'homme de
l’iniquité et lui donne la vie de la justice; il tue cet homme à la
concupiscence du mal et le fait vivre dans l’amour des vertus; il tue l'homme
adultère et impie pour faire vivre l'homme chaste et vertueux. Telle est l’œuvre
par excellence de Dieu sur l'homme.
« Dieu est un médecin qui frappe pour guérir. Il frappe les hommes par ses
commandements pour les guérir de leurs vices; il les frappe par ses menaces pour
les guérir de leurs révoltes; il les frappe par la vue de l’enfer pour tourner
leurs regards vers le ciel; il les frappe en leur découvrant les artifices de
Satan pour leur faire observer les œuvres de sa divine miséricorde.
« Acceptez, ma fille, le principe de vie qui vous sera donné par mon Père;
acceptez le remède qu'il vous offrira. Je ne vivifie que ceux qui veulent être
vivifiés, je ne guéris que ceux qui veulent être guéris; mais la guérison que
j’opère n'est pas une guérison passagère, elle est pleine d’efficacité et
conserve la santé à jamais; et la vie que je rends n'est pas une vie d’un jour,
c'est une vie qui mène à l’éternité de la vie.
« Celui qui refusera la vie que je veux lui donner, restera éternellement dans
la mort; et celui qui refusera la santé que je veux lui rendre, l’aura perdue
pour l’éternité. »
Je me tenais un jour attachée d’esprit et de cœur à Jésus dans le sacrement
adorable de l’autel; j'étais heureuse si près de mon Dieu et j’attendais qu'il
me fit entendre sa parole, toujours pleine de douceur pour mon âme.
Bientôt j’entendis la voix de Jésus, elle me dit : « Prends un livre, ouvre-le
et lis ce qui se présentera sous tes yeux. » Je pris mon livre et je lus ce
verset du psaume : « Le Seigneur est infiniment élevé, il regarde cependant les
humbles avec complaisance et ne voit que de loin les orgueilleux. »
« Je veux vous expliquer aujourd'hui ces paroles. Écoutez-moi, ma fille :
« Le Seigneur est infiniment élevé; car il est éternel, immuable, immense,
tout-puissant, souverainement sage et juste; il connaît tout, il sait tout, il
commande à tout, il est maître de tout. Toute grandeur devant sa grandeur est
bassesse; toute puissance, faiblesse devant sa puissance; tout savoir, ignorance
devant son savoir. Il est la seule bonté véritable et réunit seul toutes les
perfections. Il a tout créé par sa volonté, et il a conservé le souverain
domaine de toutes choses pour lui seul.
« Au commencement, il créa le ciel et la terre; puis il créa l'homme. Après
avoir formé son corps de terre, il souffla sur lui et l’anima. Ce souffle de vie
est l'âme de l'homme. Dieu doua l âme de nobles facultés : la raison,
l’entendement, la volonté et la mémoire. Par ces facultés, il rendit l'âme
capable de le connaître et de connaître ses devoirs envers son créateur et
bienfaiteur. Il établit la volonté reine et maîtresse de toutes les autres
facultés et de l'homme tout entier. Il donna à la volonté la raison pour guide
et pour compagne. L’entendement fut donné à l'homme comme un flambeau, comme une
lumière pour diriger ses pas et lui montrer la voie qu'il devait suivre. Enfin,
pour sa gloire et aussi pour celle de l'homme, Dieu ne voulut point que l'homme
lui fût soumis par force. Aussi, avec les facultés qui lui faisaient connaître
ses devoirs envers son auteur, Dieu lui donna-t-il la liberté de les lui rendre
ou de les lui refuser, voulant que l’accomplissement de ses devoirs devint pour
l'homme un sujet de mérites, tandis qu'il n’aurait dû être qu’une obligation de
stricte justice. Quelle ne fut pas l’ingratitude et l'audace de l'homme lorsque,
par son péché, il se révolta contre Dieu et tourna contre lui, en l’offensant,
les dons et les bienfaits qu'il en avait reçus! La justice divine criait
vengeance, mais Dieu ne pouvait se résoudre à détruire le plus noble ouvrage de
ses mains et à perdre cette âme sortie de lui et faite à son image. Dans ce
combat de la justice et de la miséricorde, celle-ci l’emporta. Dieu, dont la
bonté est infinie, envoya son Fils pour sauver l'homme, et le Fils, par sa mort
et ses mérites vint satisfaire à la justice éternelle et donner la réparation
que l'homme ne pouvait donner.
« Dieu regarde cependant les humbles avec complaisance. »
À l’occasion de ces paroles, le Sauveur Jésus me traça le portrait de l'homme
humble et m’indiqua les sentiments qui le caractérisent. « Voyez, me dit-il,
voyez cet homme d’une humilité parfaite, combien il est agréable à Dieu!
Considérez ses sentiments envers son Créateur, envers son prochain, envers
lui-même. Premièrement, envers son Créateur. Il reconnaît ses infinies
perfections, il le proclame auteur et souverain maître de toutes choses, son
Dieu, son conservateur et bienfaiteur perpétuel. Il s’abaisse profondément
devant lui, il lui offre et lui consacre l’être qu'il tient de lui seul, et lui
rend hommage en lui témoignant sa reconnaissance pour toutes les grâces, tous
les dons, tous les biens, tous les talents, toutes les qualités, toutes les
perfections du corps et de l’âme qu'il a reçus. Bien loin de se rien approprier,
il rend à Dieu grâces de tout, comme ayant reçu tout de lui, remercie sa bonté
et sa miséricorde, et désire que tous les hommes avec lui offrent à Dieu toute
sorte d’actions de grâces.
Deuxièmement, envers lui-même. Il reconnaît ce qu'il est par lui-même, néant
et péché. Il reconnaît qu'il a tout reçu de Dieu, qu'il est indigne de paraître
devant lui à cause de sa misère, de son peu de fidélité à correspondre aux
grâces d’en haut, de sa négligence à accomplir la volonté de son Père qui règne
au ciel, et surtout de ses défauts et de ses péchés. Voyant néanmoins que Dieu
ne cesse pas de l’aimer et de le combler de ses bienfaits, et ne sachant comment
lui témoigner assez sa reconnaissance, il s’abandonne tout entier à lui avec
tout ce qu'il est, avec tout ce qu'il a. Se reconnaissant indigne et incapable
de tout bien, digne au contraire et capable de tout mal, il met sa confiance en
Dieu, et attend de sa bonté tous les secours qui lui sont nécessaires pour
vaincre ses ennemis, éviter le péché et pratiquer le bien. Quand il se verrait
comblé de tous les dons du ciel, il ne perdrait jamais de vue qu'il ne peut rien
par lui-même et que, sans le secours perpétuel de Dieu, il tomberait à chaque
instant dans le péché. C'est pour cela qu'il se tient toujours étroitement uni à
Dieu, implorant sans cesse sa grâce et son secours.
Troisièmement, envers le prochain. L'homme humble se
regarde comme le dernier des hommes et les place tous au-dessus de lui.
Il voit Dieu en chacun de ses semblables et lui rend en leur personne
l’honneur qui lui est dû. Il ne s’arrête pas
à ce qu'il y a de matériel en eux, mais reconnaissant
l’image de Dieu dans son prochain, il est pour lui plein
d’égards et lui rend tous les honneurs et services qui
sont en son pouvoir. Pour lui, se reconnaissant indigne de toute
prévenance et de tout honneur, il croit mériter au
contraire, avec l’oubli de tous, toute sorte d’affronts,
d’outrage, de souffrances et d’afflictions, l’abandon
de toute créature, la mort même, à cause de son
néant et de ses péchés; il croit mériter,
en un mot, que la création entière
s’élève contre lui, parce qu'il s'est
élevé contre le Créateur. Aussi,
éprouvé par Dieu ou par les hommes, sachant qu'il
mérite plus encore, demeure-t-il soumis, conserve-t-il la joie
dans son âme et remet-il entre les mains de Dieu, tout ce qui le
concerne. Combien cet homme est agréable à Dieu, combien
il lui rend gloire, combien il lui plaît, en remplissant ses
devoirs avec des sentiments si convenables et si saints!
« Dieu ne voit que de loin les orgueilleux. Il y a deux sortes d’orgueilleux :
l’orgueilleux impie qui s’élève contre Dieu, se révolte contre lui, lui refuse
l’honneur et l’hommage qui lui sont dus, et ne reconnaît d’autre Dieu que son
plaisir, d’autre loi que sa satisfaction. Cet orgueilleux, Dieu ne le voit que
de loin, mais pour la ruine de l’orgueilleux, car cette vue sera sa
condamnation. L’autre orgueilleux, c'est celui qui, sous le voile de la vertu,
cache un cœur gâté par l’orgueil.
« Un homme est dans la bonne voie, il veille sur soi, il s’observe sur tout et
déteste le péché. Voici comment de juste il peut devenir coupable, et de fils de
Dieu, fils de Satan. L’ennemi de son salut ne lui proposera pas, dès le
commencement, des fautes graves, il lui inspirera pas de mauvaises pensées, il
sait qu’agir ainsi serait s’exposer à une défaite. Non, le Démon laisse cet
homme en repos pendant quelque temps, il le soutient même dans sa dévotion, bien
loin de l’en détourner; il lui inspire dans l’oraison des pensées sublimes, qui
sont pour lui pleines de consolations, et auxquelles il s’attache aux dépens de
la gloire de Dieu, qu'il devrait uniquement chercher. Alors le Démon suggère à
cet homme une vaine complaisance pour lui-même, lui persuade qu'il est quelque
chose et même plus que les autres, et cet homme, au lieu de repousser ces
pensées pour tourner ses regards vers Dieu et lui rapporter tout ce qu'il a,
écoute la voix du séducteur, reçoit avec calme ses malignes inspirations, et,
par une criminelle injustice, ravit à Dieu, en se l’appropriant, un bien qu'il
tenait de sa miséricorde. Ainsi, cet homme pratique la vertu non en vue de Dieu,
mais pour sa propre satisfaction, croyant être aussi bon qu'il se le persuade à
cause de la paix et des consolations qu'il éprouve. Le Démon profite de cela
pour endormir sa vigilance, il l’amuse par de vaines imaginations, lui persuade
qu'il jouit de Dieu et lui fait négliger la garde de son cœur. Dès lors il
rallume les passions dans le cœur de ce malheureux, qui, aveuglé par son
amour-propre, ne s’en aperçoit pas. Voyez pourtant comme l’abîme s’entr’ouvre
sous ses pas. S’il reçoit la moindre injure, lui qui se croit un saint, il la
supporte avec grande peine et ne peut guère l’oublier ni la pardonner. Il ne
peut souffrir ni un reproche ni une représentation quelconque, parce qu'il se
croit plus sage et plus éclairé que nul autre; tout l’offense, un mot, une
parole, un rien. Il finit par n’avoir plus qu’un désir, celui d’être loué et
honoré par tout le monde. »
Pour que je comprisse mieux ces paroles, Jésus sut passer sous mes regards
les divers mouvements du cœur humain et tout ce que le cœur éprouve par ces
mouvements. Et je vis l’aveuglement, la folie, l’injustice de l'homme, l’injure
qu'il fait à Dieu en le perdant de vue pour s’attacher aux choses de la terre,
satisfaire ses passions et leur tout sacrifier.
« Voyez, me dit ensuite le Sauveur Jésus, voyez cet homme tout occupé des
choses de la terre, il oubli que Dieu est le créateur de tout et que rien ne
doit lui être préféré; il oublie qu'il a reçu tous ses biens de Dieu, il les
regarde comme une chose qu’on ne peut lui ravir, qu'il ne peut perdre, et il
fait tous ses efforts pour les accroître. Aussi son cœur s’endurcît sur la
misère des pauvres, il les voit de mauvais œil, il préférerait qu'il n’y en eut
point, et s’il vient à leur aide, ce n'est qu’avec regret. Dieu, voulant ramener
à lui cet homme en le détachant des biens de la terre, lui envoie des
afflictions et des épreuves. Mais, ne comprenant pas l'action de Dieu, cet homme
se trouble, s’agite, se révolte contre Celui de qui il a tout reçu, tourne sa
haine contre son prochain, et cherche dans son esprit, parmi ses semblables,
celui qui a pu causer son malheur. Sil est devenu pauvre en réalité, il ne cesse
pas d’être riche d’esprit et de cœur, en s’attachant encore au peu qui lui
reste, ou s'il le dépense, ce ne sera que pour satisfaire ses passions.
« Voyez, au contraire, l'homme vertueux, possède-t-il des richesses? Il
reconnaît que Dieu en est le maître, tandis que lui n’en est que l’économe, le
conservateur, le gardien au nom de Dieu. Il entre vis-à-vis des pauvres dans les
desseins de la Providence, en leur donnant une part de ce qu'il possède. Si
quelqu'un veut lui ravir une partie de son bien ou lui susciter un procès, il
remet tout entre les mains de Dieu, il prend selon sa divine volonté toutes les
mesures nécessaires à la conservation de ce qui lui appartient, sans rien
négliger; mais il ne perd jamais Dieu de vue et demeure en paix avec celui à qui
il a affaire. Réussit-il? Il rend grâce à Dieu; s'il échoue, il l’attribue à ses
défauts, qui ont détourné la bénédiction de Dieu, et ne conserve pour personne
ni animosité ni ressentiment. Est-il pauvre? Il ne regarde pas d’un œil jaloux
le riche; il est content de sa pauvreté et se soumet à la volonté de Dieu dont
il fait toute sa richesse. Est-il souffrant, malade, infirme? Il offre à Dieu
ses infirmités, sa maladie, sa souffrance il lui fait même le sacrifice de sa
vie. Est-il bien portant? Il en remercie Dieu et emploie sa force et sa vigueur
à le mieux servir, à le mieux honorer.
« Ainsi l'homme vertueux rapporte tout à Dieu richesses ou pauvreté, bien-être
ou épreuves, maladie ou santé, et se repose uniquement en celui qu'il nomme son
père et son Dieu. »
« Le Dieu du ciel et de la terre, m’a dit un jour le Sauveur Jésus, est un
Dieu de paix. Il y a en Dieu trois personnes, mais ces trois personnes sont si
étroitement unies entre elles, qu’elles ne forment qu’un seul Dieu, et qu'il
existe entre elles une paix souveraine et éternelle. Le trouble ou la discorde
ne se peut concevoir entre les trois personnes, car elles sont l’ordre et la
tranquillité de l’ordre par essence et par nature.
« Aussi ce que Dieu aime le plus sur la terre, ce sont les âmes pacifiques; ce
qu'il déteste le plus, ce sont les âmes qui se plaisent dans la discorde et
sèment la zizanie parmi leurs frères.
« Une âme pacifique est celle qui a la paix avec Dieu, la paix avec le
prochain, la paix avec elle-même. Elle a la paix avec Dieu, parce qu’elle est
soumise en tout à sa volonté sainte, et que cette soumission entretient
l’harmonie entre le Créateur et sa créature. Elle a la paix avec Dieu, parce
qu’elle suit et exécute ponctuellement tout ce que Dieu lui commande, et que
cette obéissance l’unit à lui de plus en plus. Elle a la paix avec Dieu, parce
qu’elle l’aime de tout son cœur, de toutes ses forces, et que rien comme l’amour
ne peut mettre la paix entre elle et Dieu.
« Elle a la paix avec son prochain, parce qu’elle ne fait jamais rien qui lui
puisse déplaire, parce qu’elle oublie le mal qu’elle en peut recevoir et ne lui
fait que du bien, parce qu’elle excuse les défauts de tous et qu’elle cherche à
corriger de plus en plus les siens.
« Elle a la paix avec elle-même, parce qu’elle est toute à Dieu et que Dieu
lui rend au centuple ce qu'elle lui donne. La récompense des âmes dans le ciel
sera la paix éternelle; sur la terre, quoiqu’elle ne soit pas une paix parfaite
et entière, la situation d’une âme pacifique est comme l'avant-goût de ce qui
l’attend au ciel.
« Voilà les âmes que Dieu chérit et affectionne; celles qui sont et demeurent
dans l’ordre qu'il a établi et constitué : dans l’ordre vis-à-vis de lui-même
par l’accomplissement de sa volonté, dans l’ordre vis-à-vis du prochain en
vivant avec lui dans la charité, dans l’ordre vis-à-vis d’elles-mêmes en faisant
le bien, en évitant le mal; et Dieu n’aime d’un amour de prédilection que ces
âmes, parce qu’elles sont véritablement pacifiques.
« L’âme des impies n'est point une âme pacifique; c'est en vain qu'ils
étouffent le remords en eux-mêmes; ils sentent que Dieu est là, ils le voient
prêt à les frapper, la conscience les torture affreusement. Ils n’ont point la
paix avec Dieu, ils ne l’ont point avec eux-mêmes, ils ne l’ont point avec le
prochain, parce que l’impiété n'est pas seulement une lutte contre Dieu, elle
est aussi une lutte contre le prochain et contre soi.
« L’âme tiède qui, par le nombre de ses infidélités, en est venue au point de
n’éprouver guère de remords, et de résister sans peine au souffle de la grâce et
du Saint-Esprit, n'est point une âme pacifique. Elle sent que Dieu a droit de
plus exiger d’elle; elle comprend que se familiariser dans l’offense contre Dieu
n’est point agir selon l’ordre. Sa conduite envers Dieu dirigera sa conduite
envers son prochain, et, en opposition avec Dieu, elle sera aussi en opposition
avec le prochain.
« L’âme qui n’agit que par des vues humaines, et qui, pour cela, ne craint
point de pactiser avec le monde, avec ses maximes, avec ses doctrines, n'est
point une âme pacifique. Le monde ne repose point sur l’ordre, il est l’opposé
de l'ordre, et par conséquent de la paix.
« Entre ces trois sortes d’âmes, il y a une grande différence; mais pourtant
un rien les sépare, et l’âme qui vit dans la tiédeur peut tomber et mourir dans
l’impiété; plus facilement encore l’âme qui vit selon les maximes du monde : car
le monde est l'empire de Satan; et vivre selon le monde, c'est vivre selon
Satan, et la vie de Satan est la vie de l’iniquité.
« Aussi, de même que les âmes pacifiques sont aimées de Dieu, de même les âmes
qui ne le sont point sont aimées de Satan. Dieu est l’ordre souverain, il aime
ce qui est dans l’ordre ou les âmes pacifiques; Satan est le désordre, il aime
ce qui est dans le désordre, les âmes non pacifiques.
« Être pacifique, c'est ressembler à Dieu, c'est imiter Dieu, c'est suivre les
inclinations qui, des trois Personnes divines, passent dans les facultés de
l’âme et produisent l’union, la concorde, par l’ordre. N’être point pacifique,
c'est ressembler à Satan, c'est imiter Satan, c'est suivre les inclinations qui,
de Satan, passent dans les facultés de l'âme et produisent la désunion, le
trouble, par le désordre.
« Malheur à ceux qui n’aiment point la paix avec Dieu, la paix avec le
prochain, la paix avec eux-mêmes, la paix dans les familles, la paix dans les
cités, la paix dans les empires; ils marchent au souffle de Satan, ils sont fils
de Satan.
« Bonheur et félicité à jamais à ceux qui veulent la paix avec Dieu, la paix
avec le prochain, la paix avec eux-mêmes, la paix dans les familles, la paix
dans les cités, la paix dans les empires; ils marchent au souffle de Dieu, ils
sont fils de Dieu. »
Je pensais un jour à la rédemption de l'homme, et à la miséricorde de Dieu qui nous avait donné son divin Fils pour nous sauver. Je remerciais Dieu dans le fond de mon âme, et remerciais aussi le Sauveur Jésus qui s’immolait en ce moment sous mes yeux entre les mains de son ministre. « Ma fille, me dit alors le Sauveur, Dieu veut le salut de tous les hommes et il le veut sincèrement. Que n’a-t-il pas fait pour cela? Que ne fait-il pas encore? Il le veut, mais d'une volonté conditionnelle, pourvu que l'homme fasse ses efforts pour profiter des moyens de salut qu'il lui donne, pourvu qu'il corresponde à ses grâces, qui ne lui manqueront jamais. Si l'homme se perd, ce n'est point faute de connaissance, car Dieu a gravé dans le cœur de chacun des hommes une loi, la loi naturelle, et la connaissance de cette loi avec sa pratique suffit à tout homme pour être sauvé, s'il n’a pas la connaissance de la loi de grâce que j’ai établie sur la terre. Ce n’est point faute de secours, Dieu appelle à lui tous les hommes par l’offrande et le don de sa grâce. Quand une personne est tentée, Dieu lui offre une grâce proportionnée à sa tentation; à elle de recevoir cette grâce et d’y correspondre. De cette correspondance dépend l’opération du bien et par suite le salut; et la grâce est plus ou moins grande, plus ou moins pressante, selon le jugement de justice ou de miséricorde que Dieu porte; et nul ne doit ni ne peut trouver mauvais la distribution que Dieu fait de ses grâces. Car il ne doit sa grâce à personne; il est maître de ses dons, il en dispose comme il lui plaît, nul n'y a droit par son propre mérite. Trouveriez-vous injuste un roi qui aurait choisi l’enfant d’une famille pauvre et nombreuse pour faire sa fortune, quand même il n’en ferait pas autant pour ses frères, et quand cet enfant, seul et à l’exclusion de tout autre, devrait jouir de la fortune que le roi lui a faite? De même, Dieu a des vues de prédilection sur quelques âmes, et veut leur faire éprouver la grandeur de ses miséricordes par des grâces plus abondantes qu'il donnera à l’heure qui lui plaira. Mais qui se flattera de pareille prédilection? Qui, dans l’incertitude où sont tous les hommes, n’opérera pas son salut avec crainte et tremblement, s’il n’est insensé? Qui, dans cette incertitude, fut-il le plus juste des hommes, ne se sentira humilié et couvert de confusion? Qui, surtout, osera condamner un pécheur, fut-il le plus grand pécheur du monde? Vous êtes juste à cette heure et votre frère mériterait la réprobation; qui vous a dit que, demain, vous ne serez pas réprouvé, parce que Dieu ne vous donnera plus que les grâces suffisantes et que vous ne correspondrez pas à cette grâce; et votre frère sauvé, parce que Dieu lui accordera des grâces abondantes qui le retireront de l’abîme, pour le placer au nombre des saints? Celui qui est bien pénétré de ces vérités ne néglige rien de ce qui peut être agréable à Dieu et fuit avec soin tout ce qui peut l’offenser ou lui déplaire. »
« La gloire de Dieu ne dépend nullement du salut de l'homme. il est à lui-même sa propre gloire. Il veut néanmoins que l'homme lui rende gloire, mais il lui laisse la liberté de la lui refuser. S’il rend gloire à Dieu, l'homme sera sauvé; s'il la lui refuse, il sera réprouvé. Mais que l'homme soit sauvé ou damné, Dieu ne perdra rien de sa gloire; les élus rendront gloire éternellement à sa miséricorde et les réprouvés à sa justice. C'est là, du reste, la destination de tous les hommes. Dieu, dans ses jugements secrets et impénétrables, a voulu qu’une partie de l’humanité glorifiât sa miséricorde dans l’éternité, et l’autre, sa justice. »
Ces dernières paroles avaient fait une profonde impression sur mon esprit;
je ne les comprenais pas, je ne savais les expliquer. Aussi, quand on me demanda
quelle signification j’avais voulu leur donner, je dus répondre seulement
qu’elles s’étaient gravées dans mon esprit comme le Sauveur Jésus les avait
prononcées. Mais un jour que j’avais le bonheur de le posséder en moi par la
sainte communion, je me mis à genoux près de lui, comme un enfant près de sa
mère, et, avec la simplicité d’un enfant, je le suppliai aussi de m’expliquer le
sens de ces paroles, si telle était sa volonté. Alors le Sauveur Jésus me dit :
« Ma chère fille, Dieu, dans ses jugements secrets et impénétrables, a destiné
les uns pour glorifier sa miséricorde et les autres pour glorifier sa justice.
Voici l’explication de ces paroles :
« Dieu, étant souverainement parfait, connaît tout? » Je répondis : « Oui,
Seigneur, — Le passé, le présent et l’avenir ne sont pour Dieu qu’une seule et
même chose; pour lui, l’avenir et le passé sont toujours présents? » Je répondis
: « Oui, Seigneur. — Or, Dieu avait résolu de toute éternité de créer le monde
et de créer l'homme. il savait de toute éternité que l'homme pêcherait; il
savait de toute éternité quels seraient les péchés des hommes. Aussi, quand il
est dit dans les livres saints que Dieu se repentit d’avoir créé le monde à
cause des péchés des hommes, vous ne devez point l’entendre en ce sens que Dieu,
avant la création du monde, n’avait point prévu les péchés des hommes. Car s’il
en eut été ainsi, Dieu ne serait pas parfait. Dieu, dans sa prescience,
connaissant les iniquités de tous les hommes, savait donc le véritable nombre
des élus et des réprouvés; en sorte que pas un ne sera damné ou sauvé que Dieu
ne l’ai prévu de toute éternité. Mais ne pensez pas pour cela que Dieu refuse
aux réprouvés les grâces qui leur sont nécessaires pour se sauver. Dieu les leur
accorde, mais ils n’y correspondent pas; et c'est pour cela qu'ils sont
réprouvés, et c'est pour cela aussi que Dieu a prévu leur réprobation. Or, cette
prévision de Dieu n’influe en rien sur la réprobation des hommes, car elle n’a
aucune action sur l'homme qui conserve toute sa liberté, et peut abuser ou non
des grâces de Dieu. Si la prévision de Dieu influait sur la réprobation de
quelqu’un, Dieu ne voudrait pas le salut de celui-là. Or, il est certain que
Dieu veut le salut de tous, et qu’il donne à tous les grâces nécessaires pour
qu'ils opèrent leur salut. C'est parce que l'homme se perd que Dieu le prévoit,
et non parce Dieu le prévoit que l'homme se perd et se damne. Dieu donne des
grâces, mais il laisse avec elles la liberté, et l'homme, en donnant ou refusant
sa correspondance à ces grâces, se damne ou se sauve librement.
« Quand Dieu créa l'homme, il lui donna une âme douée de nobles qualités et
capable de le connaître, de l’aimer et de le servir. Il lui donna la liberté de
le servir ou de lui être infidèle, de lui obéir ou de se révolter contre lui;
car il veut une servitude libre et volontaire. Il fit l'homme roi de la nature
et lui permit de manger du fruit de tous les arbres, excepté d’un seul, le
menaçant de mort s'il en mangeait, mais ne lui enlevant pas pour cela la liberté
d’en manger s'il le voulait.
« L'homme, usant de sa liberté, mangea du fruit défendu, et Dieu, qui est
souverainement juste, dut le punir. Dès lors la justice de Dieu éclata sur
l'homme tant spirituellement que temporellement. Cette offense de Dieu demandait
séparation radicale et éternelle entre l'homme, péché, et son Créateur, sainteté
par excellence; ou bien il fallait à Dieu une réparation de l’offense de
l'homme. L’homme ne pouvait donner cette réparation, il ne pouvait que demeurer
victime de l’éternelle malédiction. La miséricorde de Dieu pourtant, touchée de
compassion pour l'homme, qui était son ouvrage, ne put se résoudre à le
détruire, à le perdre pour jamais. Elle me proposa de donner la satisfaction que
l'homme ne pouvait donner. J’acceptai le rôle de réparateur, et, en donnant à
Dieu réparation, j’obtins non-seulement le pardon de l’offense de l'homme, mais
encore les grâces qui lui étaient nécessaires pour opérer son salut. Car le
péché du premier homme l’avait tellement dégradé et entraîné, lui et toute sa
postérité, vers le mal que, de lui-même, il lui était impossible de résister au
mal et d’opérer le bien. C'est moi qui, par ma mort, ai procuré à l'homme la
résistance au mal et l’opération du bien. Ainsi, l'homme se sauve et obtient la
grâce de Dieu par moi seul, depuis que je suis venu sur la terre; et avant que
je me fusse incarné, par la foi en ma réparation, en mes mérites de Rédempteur
et de Sauveur, foi fondée sur la promesse que Dieu fit à Adam, immédiatement
après sa faute, de lui donner un réparateur dont la mort effacerait le péché des
hommes.
« La grâce, avant comme après ma naissance et ma mort, est offerte à l'homme à
cause de mes mérites. Tous les hommes la reçoivent, et tous ont la liberté d’y
correspondre ou d’y résister : ils obtiennent le salut par leur correspondance,
et se perdent par leur résistance à cette même grâce. Ainsi, si l'homme se perd,
ce n'est pas parce que Dieu ne lui a pas donné assez de grâces pour se sauver,
ni parce que la grâce de ma rédemption n’a pas été suffisante ou ne s’est pas
appliquée à tous; non, la grâce donnée à chaque homme lui suffit pour opérer son
salut, et la grâce de ma rédemption aurait seule pu sauver mille mondes. L'homme
ne correspond pas à la grâce et se perd.
« Or, il est certain qu'il y a des hommes qui résistent et résisteront encore
à la grâce, et qui par conséquent seront damnés. Il est certain que Dieu sait
tout de toute éternité, et qu'il connaît par conséquent quels sont ceux qui
seront rebelles. Il est certain que Dieu aurait pu sauver tous les hommes.
Pourquoi donc, prévoyant quels sont ceux qui seraient damnés, les a-t-il créés?
Pourquoi, pouvant les sauver tous ne l’a-t-il point fait? C'est là un chose que
l’esprit de l'homme ne peut pénétrer et devant laquelle il doit abaisser et
soumettre sa raison, pour adorer profondément les conseils et les jugements
secrets de Dieu, qu'il n’est point permis à l'homme d’approfondir. Il doit
suffire à l'homme de savoir qu'il peut et qu'il doit se sauver, qu'il a les
grâces nécessaires pour cela, et que, s’il se perd ou se sauve, ce sera parce
qu'il l’aura voulu, et non parce que Dieu, pour qui tout est présent de toute
éternité, aura toujours prévu que l'homme serait sauvé ou damné. Il suffit à
l'homme de savoir que Dieu aurait pu ne pas lui donner un Sauveur, et que, ne le
lui donnant pas, il aurait été souverainement juste en punissant éternellement
tous les hommes. Il suffit à l'homme de savoir que si Dieu a voulu lui donner un
Sauveur, ce n’a été que pour lui permettre de glorifier éternellement sa
miséricorde, s'il correspond à la grâce de son salut; et pour l’obliger à
glorifier sa justice si, après s’être révolté contre Dieu son Créateur, il se
révolte aussi contre Dieu son Sauveur. »
Après ces paroles, que le Sauveur Jésus m’adressa à peu près ainsi, autant que
je me le rappelle, il m’interrogea de la manière suivante : « Ma fille, l'homme
est-il libre de faire le bien ou le mal? » Je répondis : Oui, Seigneur. —
Peut-il faire le bien? — Oui, Seigneur, avec la grâce de Dieu. — De qui
attend-il la grâce? — De Dieu. — L'homme peut-il, à cause de lui-même, attendre
cette grâce de Dieu? — Non, Seigneur, c'est en votre considération, par vos
mérites et par la miséricorde de Dieu qu’elle lui est donnée. — Que faut-il pour
être sauvé ou damné? Correspondre à la grâce ou bien y résister. — L'homme
peut-il de lui-même correspondre à la grâce? — Non, Seigneur, il faut encore
pour cela une grâce nouvelle, la grâce de la correspondance. — Dieu est-il
obligé de la donner? — Dieu n'est pas obligé de la donner mais il s’est engagé à
l’accorder à tous ceux qui la lui demandent. — Dieu la donne-t-il toujours à
ceux qui la lui demandent? — Oui, Seigneur, à ceux qui la lui demandent comme il
faut. — Comment Dieu veut-il le salut de tous les hommes? — Il le veut d’une
volonté conditionnelle, c’est-à-dire en ce sens que les hommes feront ce qu'il
leur demande, et non d’une volonté absolue, parce qu'il veut laisser aux hommes
la liberté de se sauver. — Pourquoi Dieu veut-il que l'homme ait la liberté de
se sauver? — Seigneur, parce qu'il le veut. Je ne puis en dire davantage.
— « Très bien, ma fille. Ainsi rappelez-vous toujours ce que vous venez de me
dire, que ce n'est point la grâce qui fait les saints, mais la correspondance à
la grâce; que cette correspondance est une grâce et pour ainsi dire la grâce des
grâces; que cette grâce n'est pas au pouvoir de l'homme, mais qu’elle vient de
Dieu; que Dieu ne la doit à personne, mais qu'il ne la refuse jamais quand on la
lui demande.
« Dieu a-t-il besoin de l'homme? — Non, Seigneur.
— Qu’a mérité l’homme par son
péché? — La mort éternelle. — Dieu
est-il le maître de l'homme? — Oui, Seigneur. —
Qu’est-ce que l'homme? — Une créature raisonnable,
dépendante de Dieu, son Créateur. — Qu’a fait
dès le commencement cette créature que vous dites
dépendante de Dieu? — Elle s’est
révoltée contre Dieu. — Était-il juste que
Dieu infligeât une punition à l'homme? — Oui,
Seigneur. — Pourrait-on trouver injuste que Dieu, après le
péché de l'homme, n’eût voulu sauver
qu’une partie des hommes? — Non, Seigneur, mais il a voulu
les sauver tous, et il veut que tous soient sauvés. —
Comment se fait-il que Dieu voulant le salut de tous les hommes, tous
ne soient pas sauvés? — C'est que la volonté des
hommes est opposée à celle de Dieu. — La
volonté de Dieu ne pourrait-elle donc pas triompher de la
volonté des hommes? — Elle le pourrait, mais elle ne le
veut pas, parce que Dieu a fait l'homme libre. — Dieu
abandonne-t-il les âmes, ou bien les âmes abandonnent-elles
Dieu? — Ce sont les âmes, Seigneur, qui abandonnent Dieu;
elles ne correspondent plus à la grâce, perdent
l’amitié de Dieu et tombent dans le péché.
— Est-ce volontairement que l’âme commet le
péché et avec une entière liberté? —
Oui, Seigneur; sans cela il n'y aurait point de péché.
— Serait-il impossible à Dieu de l’empêcher de
pécher? — Non, Seigneur. — Que fait donc Dieu en
n’empêchant point une personne de l’offenser? —
Il la laisse user de sa liberté. — Et quand cette
âme a parcouru le cours de son existence sur la terre, que fait
Dieu? — Il fait ce qu'il doit faire; il exerce sur elle un
jugement de justice. — Comment Dieu exerce-t-il sur cette
âme un jugement de justice? — En lui rendant selon ses
œuvres, c’est-à-dire en la punissant. — Dieu
a-t-il le droit de la punir — Oui, Seigneur. — Est-il
injuste s’il le fait? — Non, Seigneur parce qu'il ne lui
donne que ce qu’elle a cherché, et la justice de Dieu
apparaît dans la peine qu'il lui inflige.
— « Pensez-vous que Dieu ne trouve jamais de correspondance à sa grâce? — Non,
Seigneur; je crois qu'il y a des âmes qui correspondent aux grâces de Dieu. —
Ces âmes correspondent-elles volontairement? — Oui, Seigneur. — Que doit faire
Dieu pour les âmes qui correspondent à sa grâce? — Les récompenser, et ne point
rendre inutile la miséricorde que vous leur avez procurée par votre mort. — Quel
sera donc le jugement de Dieu sur ces âmes? — Un jugement de miséricorde. — Et
sur les âmes rebelles — Seigneur, ce sera au contraire un jugement de justice.
— « Que fera donc pendant l’éternité
l’âme qui aura résisté à la
grâce de Dieu? — Elle servira de témoin à la
justice divine qui punit le mal et l’iniquité. — Que
pensez-vous de ce témoignage? — Seigneur, il me semble
qu'il sera la manifestation de la justice de Dieu. — Et la
manifestation de la justice de Dieu, est-ce autre chose que la
glorification de cette même justice? — Non, Seigneur; car
rendre témoignage à Dieu, c'est le glorifier.
— « Que fera pendant l’éternité
l’âme qui aura correspondu à la grâce de Dieu?
— Elle servira de témoin à la miséricorde
divine qui récompense le bien et la vertu. — Que
pensez-vous de ce témoignage? — Seigneur, il me semble
qu'il sera la manifestation de la miséricorde de Dieu. —
Et la manifestation de la miséricorde de Dieu, est-ce autre
chose que la glorification de cette même miséricorde?
— Non, Seigneur; car rendre témoignage à Dieu,
c'est le glorifier. — Or, croyez-vous qu'il ait fallu que Dieu
attendit l’existence des hommes pour savoir s’ils seraient
fidèles ou infidèles à sa grâce? —
Non, Seigneur. — Pourquoi? — Parce que Dieu est
éternel, que le passé n’existe pas pour lui, et
qu'il voit en une seule vue le passé, le présent et
l'avenir. — Si la vue de Dieu est éternelle, sa
connaissance de toutes choses n’est-elle pas éternelle
aussi? — Oui Seigneur. — Si Dieu voit et connaît de
toute éternité, quel doit être le complément
de cette vue et de cette connaissance éternelle? —
Seigneur, un jugement éternel. — Quel sera ce jugement en
faveur des âmes fidèles? — Un jugement de bonheur
éternel. — Et pour les âmes infidèles?
— Un jugement de malheur éternel. — Comment
nommez-vous ce dernier jugement? — Celui de la justice de Dieu
contre l'homme qui a repoussé sa miséricorde divine.
— Et le second? — Celui de la miséricorde en faveur
de l'homme qui, par Jésus-Christ, a apaisé la justice
divine. — Pourquoi appelez-vous un de ces deux jugements,
jugement de justice, et l’autre jugement de miséricorde?
— J’appelle le premier jugement de justice, parce que c'est
la justice de Dieu qui seule m’apparaît dans ce jugement;
j’appelle le second jugement de miséricorde, parce que
dans ce jugement, c'est surtout la miséricorde de Dieu qui
apparaît. — Dans ce second jugement n’y a-t-il que
jugement de miséricorde? — Seigneur, il y a en même
temps aussi jugement de justice; mais de justice miséricordieuse
ou de justice étroitement unie à la miséricorde
dont les élus jouiront éternellement, tandis que les
réprouvés n’auront jamais plus de
miséricorde de la part de Dieu. — Si Dieu voyait,
connaissait, jugeait tout de toute éternité et avant
l’existence de l'homme, qu’êtes-vous en droit de
conclure des paroles que je vous avais adressées
précédemment; savoir : Que Dieu, dans ses jugements
secrets et impénétrables, a destiné les uns pour
glorifier sa justice et les autres pour glorifier sa
miséricorde? — Je conclus, Seigneur, que ces paroles,
comme toutes celles qui sortent de votre bouche, sont pleines de
vérité.
Après cela, je remerciai le Sauveur Jésus de m’avoir parlé; avec tant de
familiarité, et le priai de me bénir. Il leva sa main au-dessus de ma tête, me
bénit et je goûtai dans mon âme une félicité inénarrable.
Un jour, le Sauveur Jésus me parla ainsi : « Les vues de Dieu, ma fille,
sont différentes de celles des hommes; nul ne peut les pénétrer, il fait tout
tourner à l'accomplissement de ses desseins et au bien des âmes.
« Il appesantit sa main sur les justes et sur les pécheurs : sur les justes,
afin de leur faciliter l’acquisition de plus grands mérites; sur les pécheurs,
pour les châtier dans leur corps et sauver ainsi leur âme par une sincère
pénitence. La mère la plus tendre ne donne pas toujours du sucre et du lait à
son enfant, cela serait contraire à la santé du fruit de ses entrailles. Quand
son enfant est malade, elle lui fait prendre les remèdes les plus amers pour le
guérir. Personne n’accusera pourtant cette mère de dureté; tous au contraire la
blâmeraient si, par une affection mal conçue, elle avait laissé mourir son fils
pour ne lui avoir point administré les remèdes que demandait sa maladie. Dieu
agit de la même manière, et les hommes ont la folie de regarder comme un effet
de sa colère ce qui est plutôt l’effet de sa miséricorde. Ah! prenez toujours
les maux que Dieu vous enverra avec respect et soumission, comme venant de la
main si douce et si paternelle de Dieu.
« Voyez encore combien est admirable l'action de Dieu sur les justes et les
pécheurs.
« Dieu répandra quelquefois sur une personne l’abondance de ses grâces et de
ses bénédictions; il la comble de ses dons les plus parfaits, il en fait un
prodige par les merveilles qu'il opère en elle, et après l’avoir ainsi élevée à
un très-haut degré de sainteté et de vertu, il la donne en spectacle aux hommes,
et chacun admire en elle la bonté, la miséricorde de Dieu et la puissance de ses
œuvres.
« Quand un homme méchant persécute un homme juste, Dieu le permet pour
éprouver la vertu du juste. L'homme juste regarde son persécuteur comme
l’instrument dont Dieu se sert pour le punir. Il considère moins la verge qui le
frappe que la main souveraine qui la tient, et reçoit chaque coup avec patience
et soumission. Aussi, touché bien souvent de la conduite de celui qu'il a
persécuté avec tant d'injustice, le méchant se converti et fait pénitence. Voilà
comment la persécution du méchant tourne à la perfection du juste, et la
patience du juste à la conversion du méchant, tout pour la gloire de Dieu.
« Parfois aussi Dieu frappe le pécheur au milieu de son crime et de son
impiété, pour montrer aux hommes l’éclat de sa justice et de ses vengeances et
leur inspirer la crainte et la frayeur.
« Quelle que soit la conduite de Dieu à l’égard des hommes, nul n’a le droit
de l’examiner ou d’en demander raison; nul d'ailleurs ne peut comprendre les
jugements de Dieu; ils sont infinis, par conséquent cachés et incompréhensibles;
ils sont jugements de Dieu, par conséquent justes et équitables. Ne cherchez
donc pas la raison de la conduite de Dieu, mais soumettez-vous à lui
entièrement; parce que la justice et l’équité lui appartiennent, et quand de
pareilles pensées se présenteront à votre esprit, dites avec foi et humilité : «
Vos jugements, Seigneur, sont aussi justes qu'ils sont secrets et impénétrables.
»
Gloire à Jésus au sacrement de son autel!
édition numérique originale par JesusMarie.com
Table des matières
chapitre 1 chapitre 11 chapitre 21
chapitre 2 chapitre 12 chapitre 22
chapitre 3 chapitre 13 chapitre 23
chapitre 4 chapitre 14 chapitre 24
chapitre 5 chapitre 15 chapitre 25
chapitre 6 chapitre 16 chapitre26
chapitre 7 chapitre 17 chapitre 27
chapitre 8 chapitre 18 chapitre 28
chapitre 9 chapitre 19 chapitre 29
chapitre 10 chapitre 20 chapitre 30
« Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus, je suis la voie, la vérité et la
vie.
« Je suis la voie; celui qui me suit ne s’égarera point; je suis la vérité,
celui qui croit en moi ne sera point trompé; je suis la vie, quiconque n'est
point uni à moi par la charité est dans la mort.
« Je suis la voie et non point toutes les voies. Le temps mène à l’éternité
par trois voies; mais ces trois voies ne sont point miennes, car il n’y a en moi
qu’une voie bien différente des deux autres, parce que seule elle a été tracée
par mes mains divines.
« Je veux, ma fille, vous faire connaître ces trois voies, et distinguer entre
elles celle qui m’appartient et que doivent suivre ceux qui veulent venir à moi.
« La première voie est large, commode et très-pratiquée. Satan en a tracé le
sillon dans le paradis terrestre, et le pécheur, esclave de Satan, marche dans
cette voie. Elle est bordée de fleurs; mais ces fleurs, que fait germer l'enfer
et non le ciel, cachent des épines qui donnent la mort. L'homme s’y nourrit d’un
miel sauvage dont le goût paraît suave, mais qui, en vérité, sert de poison à
ceux qui le mangent et les laisse sans vie. Le terme de cette voie sont les
abîmes éternels.
« La seconde voie est moins large, moins commode, moins agréable. Ce n'est
point Satan qui l’a tracée, mais il l’a inspirée pour appeler ensuite les hommes
dans la sienne. Les fleurs qui couvrent cette voie sont plus petites que les
autres et moins nombreuses; leurs épines aussi, moins dangereuses et moins
aiguës, ne vont point jusqu’au cœur et n'y font point de plaies mortelles. Ceux
qui marchent dans cette voie conservent la vie, s'ils ne la quittent point pour
entrer dans la première. Ils marchent, et trouvent au terme de cette voie le
purgatoire et ses supplices passagers, mais effrayants et terribles.
« La troisième voie ne ressemble nullement aux deux premières; elle est
très-étroite, très-difficile et peu pratiquée. C'est moi qui l’ai tracée sur le
Calvaire, et le chrétien, qui est un autre moi-même, marche dans cette voie.
Elle est couverte d’épines; mais ces épines abritent des fleurs venues du ciel,
dont le parfum réjouit l'âme et fait disparaître les blessures faites par les
épines. Ces blessures, loin d’être mortelles, enlèvent tout ce qu'il y a de
corrompu dans l'homme et respectent tout ce qui est bon en lui. Celui qui marche
dans cette voie n'y trouve pour se refaire de sa fatigue qu'une absinthe
très-amère; mais, dès qu'il est abreuvé, l’amertume se change en suavité.
« C'est moi qui suis cette voie, qui mets les fleurs sous les épines, la
suavité dans l’amertume, le ciel après le voyage. Je suis le conducteur de cette
voie; je guide ceux qui veulent la suivre, par moi-même ou par d’autres
moi-même, c’est-à-dire par des hommes qui sont plus avancés et qui ont plus
d’expérience; mais le guide principal, c'est moi.
« Je suis la vérité. La vérité
est une, la vérité est ferme, la vérité ne
trompe point, la vérité ne succombe jamais : elle dure
éternellement. L’opposé de la vérité
est le mensonge, comme l’opposé du bien, c'est le mal; et
le mensonge se dit vérité, et le mal se dit bien, pour
battre le bien et la vérité. La grâce de Dieu aide
la raison de l'homme et lui permet de distinguer sûrement le bien
du mal ou la vérité du mensonge.
« La vérité, c'est moi, comme le mensonge, c'est Satan. La vérité, c'est moi,
et la manifestation de cette vérité éternelle est dans cette parole : « Je suis
celui qui est! » Le mensonge, c'est Satan, et la manifestation première du
mensonge est dans cette parole : « Je m’élèverai et deviendrai semblable à Dieu.
»
« Je suis la vérité; j’éclaire
la voie étroite dont je vous ai parlé. Satan est le
mensonge; il éclaire la voie large que je vous ai fait
connaître.
« Satan est le conducteur de la voie large, riante, agréable et parsemée de
fleurs; il promet des biens, des plaisirs, le bonheur à ceux qui la suivent; il
leur promet la vie; mais parce que Satan est le mensonge, il ne leur donnera que
misère, peines, afflictions et mort éternelle.
« Je suis le conducteur de la voie étroite; je promets des biens éternels et
non passagers; je promets le bonheur de l’éternité et non celui du temps; je
promets la vie du ciel, non celle de la terre; et, parce que je suis la vérité,
je donnerai les biens éternels, le bonheur de l’éternité, la vie du ciel.
« La vie, c'est moi! Je suis la vie. Celui qui marche dans la voie large
trouve la mort. Celui qui marche dans la voie étroite trouve la vie. Celui qui
s’attache à Satan, va avec Satan au lieu de l’éternelle malédiction. Celui qui
s’attache à moi, va où je vais, vers mon Père qui le bénit.
« La mort naturelle est la séparation de l’âme d’avec le corps. Quand l'âme
est séparée du corps, le corps est sans vie, mais l'âme conserve la vie. Ainsi,
je suis la vie de l'âme. Séparée de moi, l'âme est morte, mais je conserve la
vie qu’elle a perdue en me perdant.
« Celui qui me conserve jusqu’au terme de sa voie, me possédera toujours.
J’aurai été sa vie sur la terre, je serai aussi sa vie dans l'éternité. Je serai
sa récompense, sa félicité, son tout. Avec moi, il aura tout, quand même il
aurait tout perdu pour me posséder.
« Combien les hommes font peu d’attention à la voie qu'ils suivent, à celui
qu'ils ont choisi pour leur guide, à ce qui les attend au terme de leur vie; et
cependant, quoi de plus important, quoi de plus essentiel, puisque le salut
éternel ou la damnation en dépendent?
« O ma fille, marchez toujours dans ma voie; ne craignez ni les épines, ni les
afflictions ni rien de ce qui vous contrariera en elle : ayez toujours vos yeux
sur le flambeau de la vérité que j’ai allumé sur le Calvaire, reposez-vous en
moi; je serai toujours avec vous et toujours je vous donnerai la vie. »
Après m’avoir ainsi parlé, le Sauveur Jésus me dit encore : « Ma fille, je
suis la source de la vie, c'est moi qui donne la vie aux hommes.
« Je suis la source de la vie. Il y a deux sortes de vie : la vie éternelle et
la vie temporelle. La vie éternelle est la vie qui seule appartient à Dieu; la
vie temporelle est celle que Dieu a donné à l'homme pour le rendre, autant qu'il
en est capable, participant de la vie éternelle.
« La vie éternelle, c'est Dieu : or, je suis la source de la vie éternelle,
bien que Dieu le Père soit le principe de ma vie de l’éternité, parce que je
suis Dieu comme lui, et que tout ce qui lui appartient m’appartient. Il est
source de vie, je suis aussi source de vie. Il dépose en moi la vie, moi en lui,
et cela de toute éternité, dans l’union amoureuse et éternelle du Saint-Esprit,
qui unit le Père au Fils, le Fils au Père, le Saint-Esprit au Père et au Fils
les trois personnes entre elles.
« La vie temporelle est la vie donnée à la créature que Dieu veut rendre
participante de sa vie éternelle. Parmi les créatures il en est une qui, plus
particulièrement, participe à la vie éternelle, et qui est tellement unie à la
divinité et à la vie divine, qu'elle a la divinité en elle et la vie divine, et
qu'elle est réellement Dieu. Cette créature, c'est la personne du Fils de Dieu
fait homme; c'est moi qui suis à la fois créateur et créature, Dieu et homme
tout ensemble. J’ai donné la vie divine à la nature humaine que j'ai unie à ma
nature divine, afin que par mon corps et mon âme humaine, m’appropriant et
vivifiant l’humanité, je commençasse à déposer en elle la vie éternelle, après
lui avoir donné la vie naturelle et temporelle depuis quatre mille ans.
« C'est moi qui ai créé l'homme, c'est moi qui ai soufflé sur lui le mouvement
et la vie, c'est moi qui donne chaque jour la vie aux hommes; c'est de moi,
comme d’une source toujours abondante, que la vie s’épanche sur l'humanité et
sur le monde. Je la répands sur tous ceux qui me la demandent; je donne à tous
la vie naturelle, la vie intellectuelle, la vie surnaturelle; je vois ceux qui
ont perdu cette dernière vie et je prolonge en eux les deux autres, pour qu'ils
puissent recouvrer celle qu'ils ont perdue et qui est la seule véritable, la
seule essentielle et nécessaire.
« Et que font les hommes? Ils oublient que je suis la source de la vie, que
c'est de moi qu'ils l’ont reçue; ils fuient la vie véritable et marchent dans la
mort, comme des cadavres qu'une force inconnue ferait mouvoir et marcher sur la
terre.
« Heureux ceux qui auront bien compris que je suis la source de leur vie.
Heureux ceux qui m’auront rendu témoignage et se glorifieront de ce qu'ils m’ont
eu pour principe de leur vie. Je les connais tous par leur nom comme ceux qui me
fuient, qui me méprisent et blasphèment contre moi. Je leur ferai entendre ma
voix; tous l’entendront pour la récompense ou le châtiment, pour la vie ou la
mort, pour le ciel ou l’enfer, pour régner avec moi ou régner avec Satan. Je
ravirai aux uns la vie pour leur donner la vie; la lumière, pour leur donner la
lumière; le temps, pour leur donner l’éternité. Je laisserai les autres dans les
ténèbres, dans la mort loin de moi; je fermerai pour eux l’entrée de mon paradis
et dirai à l'enfer de les engloutir. Tous seront dans l’étonnement : les justes,
en recevant une vie, une lumière, une félicité éternelles; les pécheurs, en
tombant dans la mort, les ténèbres et les supplices éternels.
« Le ciel retentira des chants de triomphe et d’allégresse des élus, et
l’enfer grondera comme un tonnerre impétueux, répétant les pleurs, les cris, les
grincements de dents des damnés.
« Je suis la source de la vie. C'est donc moi qui la donne aux hommes. Je vous
l’ai dit, ma fille, il y a deux sortes de vie : la vie de Dieu et la vie de
l'homme. La vie de l'homme est double aussi, la vie naturelle et la vie
surnaturelle. Je donne la vie naturelle par la création.
« Je veux que vous compreniez comment je donne la vie
surnaturelle. Elle est bien différente de l’autre.
Celle-là est la forme de celle-ci, elle en est la force, le
mouvement qui la porte à Dieu, l’élan qui la
détache de la terre pour l'élever à Dieu. La vie
surnaturelle, ce n'est point la vie de l'homme en l'homme, c'est la vie
de Dieu en l'homme, c'est Dieu opérant en l'homme. C’est
moi qui ai déposé cette vie dans l’humanité.
Je l’ai déposée dans l’humanité par le
corps que j'ai pris dans le sein de ma mère. Ce corps la
possédait comme un immense réservoir fermé de tous
côtés, et d'où elle devait se répandre dans
le monde. Je choisis un lieu élevé; j’y fis dresser
un trône, je montai sur ce trône. Je vis le monde entier et
toutes les générations à mes pieds, autour du
trône que j’occupais. Ce lieu élevé,
c'était le Calvaire; ce trône, ma croix où
j'étais attaché, où je versai mon sang, où
je donnai ma vie pour la répandre comme une semence pleine de la
fécondité de Dieu sur tout le genre humain. C'est le
premier mode par lequel j'ai donné la vie surnaturelle aux
hommes. Je la leur donne en particulier et à chacun par le
baptême. L'eau baptismale, figure de mon sang,
régénère celui sur lequel elle coule, et
dépose en lui, non plus une vie qui sera pour le temps, mais
pour l’éternité; non plus une vie qui est la vie de
l'homme, mais la vie de Dieu en l'homme. Cette vie ne passera point,
mais elle tuera ou vivifiera éternellement. Et combien qui, avec
cette vie, ont la mort! Que pouvais-je donc faire de plus pour les
hommes? Et pourtant je ne me suis point arrêté là.
J’ai voulu donner à l'homme un moyen de sortir de la mort
surnaturelle par l’institution du tribunal de la
pénitence, où tous les Lazare peuvent retrouver ce qu'ils
ont perdu, et réjouir par leur résurrection leurs amis du
temps et de l’éternité.
« Je ne me suis point contenté de donner la vie surnaturelle aux hommes. J'ai
voulu aussi leur fournir les éléments nécessaires pour la conserver en leur
donnant deux sortes de nourriture. La première est le pain de ma parole, que mes
ministres ont ordre de rompre et de leur distribuer pour les soutenir dans le
cours de leur pèlerinage. La seconde est le pain eucharistique de mon corps et
le breuvage de mon sang consacré. Tous peuvent recevoir ces deux nourritures;
tous peuvent s’en rassasier, et pas un ne peut se plaindre que sa part lui est
faite trop petite et insuffisante.
« Je donne la vie aux hommes, ma fille, et je la leur ai donnée une première
fois, alors qu'ils me donnaient la mort; et, pendant que je continue de les
vivifier, ils continuent, eux aussi, à me faire mourir. Bien loin d’avoir des
sentiments de reconnaissance et d’amour pour moi, ils se plaisent à m’outrager
chaque jour. Non contents d'avoir répandu une fois mon sang, ils aiment à
renouveler toutes mes douleurs par le nombre et la multitude de leurs crimes.
Est-il possible d’exprimer tant d’ingratitude et d’oubli? Ah! je puis me
glorifier de ce que j’ai fait pour les hommes. Je puis appeler le monde à témoin
de ma miséricorde pour eux. Je leur ai donné la vie; je leur ai donné et
sacrifié la mienne; je les ai lavés dans mon sang; le leur ai donné mon corps en
nourriture; je les ai couverts de ma grâce; je les ai réunis comme une poule
réunit ses petits pour les abriter contre Satan, contre le monde et contre
eux-mêmes; comme un bon pasteur, j'ai choisi pour eux les plus gras pâturages.
Je me suis fait le pasteur de la divine bergerie de l’humanité, rachetée par ma
mort. J’ai caché tous les hommes dans mes plaies comme dans des forteresses
inexpugnables, et les hommes, en multitude sans nombre, fuient loin de mon cœur,
loin de mes pâturages; ils quittent ma bergerie, renoncent à ma vie, et ne
craignent point d’oublier mes lois, de rejeter mes commandements, et de braver
mes menaces. Qu'ils marchent en avant! Et moi aussi je m’élèverai contre ces
transgresseurs impénitents de mes lois, et moi aussi je m’élèverai contre ces
déserteurs de ma famille, et moi aussi je m’élèverai contre ces rebelles qui ont
brisé mon joug.
« Combien de jeunes hommes, qui se promettaient encore des jours longs et
heureux, arrêtés par ma justice!
« Combien de riches, qui se promettaient encore une jouissance prospère de
leurs richesses, arrêtés par ma justice !
« Combien de puissants, qui se promettaient encore la jouissance tranquille de
leur force et de leur pouvoir, arrêtés par ma justice!
« Combien de criminels de toute sorte, qui méditaient encore de nouveaux
forfaits, arrêtés par ma justice!
« Quelle justice ressemble à ma justice? Quel bras vengeur ressemble à mon
bras?
« Ah! ma fille, puissent les hommes rechercher plutôt les effets de ma
miséricorde que ceux de ma justice; qu'il leur plaise de renoncer à leurs
égarements, d'écouter ma voix, de considérer tout ce que j’ai fait pour eux, et
de devenir ainsi dociles et pleins de soumission.
« Qu'ils reçoivent la vie pour la vie et non pour la mort. Qu'ils reçoivent ma
mort comme principe de leur vie; qu'ils s’attachent à cette vie pour ne pas
tomber dans la mort. Je suis la vie, je suis la source de la vie, je suis le
donateur et le distributeur de la vie, et la vie que je donne est une vie qu'on
peut conserver toujours, qu’on doit garder toujours pour l’unir dans l’éternité
à la vie de Dieu.
« Gardez souvenir de ces paroles, ma fille, et craignez que pendant votre vie
vous ne tombiez dans les bras de la mort éternelle.
Je possédais un jour Jésus dans mon cœur. Je lui offrais mes adorations,
mes remerciements et mon amour; je m’abandonnais à lui tout entière, en lui
disant : Seigneur Jésus, voici votre servante.
Aussitôt, je vis une lumière d’un
éclat supérieur à toute autre lumière.
Est-ce avec les yeux du corps ou de l'âme? Je ne sais; mais je
l’ai vue, et, malgré son éclat, je n’en ai
point été éblouie, car cette lumière
était en même temps d’une douceur inexprimable. De
son foyer, elle se répandit sur moi, et quand, pour ainsi
parler, je fus transformée en cette lumière, ou que je ne
fis plus qu’un avec elle, tout disparut à mes regards, je
n’aperçu que Jésus qui vint à moi et me
releva au moment même où je tombai à ses genoux
pour l’adorer. Il me dit; « Ma fille, je suis la
lumière du monde, et je vous donne à cette heure une
idée de cette lumière que je suis venu apporter aux
hommes. Ma lumière n’éclaire pas seulement les yeux
du corps, elle éclaire aussi l'âme, l’esprit et le
cœur, et celui qui a une fois bien regardé cette
lumière, n’en désire jamais d’autre, par ce
qu’elle lui suffit, et qu'elle ne le laisse en aucun temps dans
les ténèbres.
« Ma lumière produit dans les âmes les mêmes opérations que dans le sein de
mon Père qui est au ciel. Dans le sein de mon Père, ma lumière produit
l’intelligence de la Divinité, règle les actes de la Divinité, et embrase de ses
feux la Divinité, pour unir éternellement les trois personnes entre elles.
« Ma lumière aussi produit l’intelligence dans l’homme, règle les actes de
l'homme, et embrase de ses feux le cœur de l'homme pour l’unir étroitement à
Dieu.
« Heureux sont ceux qui reçoivent ma lumière, qui marchent guidés par ma
lumière, qui ne veulent d’autre lumière que ma lumière, car ils ont la lumière
véritable, la lumière qui ne passera jamais, qui n’aura même jamais d’éclipse
pour eux, et qui les éclairera tant qu'ils ne lui fermeront point les yeux.
« Dieu le Père est lumière, Dieu le Fils est lumière, Dieu le Saint-Esprit est
lumière. Je suis comme le centre de ces trois lumières, et par moi ces trois
lumières n’en font qu'une. Dieu le Père regarde sa lumière dans ma lumière, et
Dieu le Saint-Esprit, la lumière du Père dans celle du Fils. Voilà pourquoi je
suis appelé la splendeur de la lumière éternelle, l'éclat de la gloire
éternelle.
« Mais je ne suis pas seulement splendeur de lumière éternelle, éclat de la
gloire éternelle dans la Divinité; je le suis aussi dans l’humanité.
« J’ai réuni toute la lumière divine dans le corps et l'âme que j'ai pris en
mon incarnation, et la force et la puissance de ma divinité l’y ont concentrée
et retenue au grand étonnement de la terre et du ciel.
« Le ciel l’apercevait telle qu'il l’aperçoit dans le sein de mon Père; mais
la terre avait les yeux trop voilés pour l’apercevoir. Trois de mes disciples
l'ont aperçue, comme vous l’apercevez en ce moment, pendant quelques instants;
mais pour cela j’ai dû les séparer de la terre, comme je vous en ai séparée à
cette heure; j’ai dû fermer leurs yeux à toute autre vue matérielle et
terrestre, comme j’ai fermé vos yeux, pour qu’ils ne vissent que ma personne et
ma gloire. Voilà comment les hommes me verraient s’ils étaient justes, s'ils
étaient purs, s'ils étaient unis à moi.
« Ils me verraient, dès le premier instant où ils jouissent de leur
intelligence, me lever à leurs yeux comme un soleil, plein de gloire et de
majesté. Ce soleil qu'ils verraient, serait sans orient, ni midi, ni couchant.
Il serait toujours sous leurs yeux, et leurs yeux toujours fixés sur ce soleil.
Ainsi, pour eux, il n'y aurait pas d’obscurité, mais toujours la lumière, et par
cette lumière ils apercevraient, non les beautés de la terre qui passent, mais
celles du ciel qui ne passent point. Cette lumière aurait pour eux tant d'éclat
et de splendeur, que leurs yeux en seraient, non point éblouis, mais tout
pénétrés; ils s'y attacheraient comme l’enfant au sein de sa mère.
« Combien est petit le nombre de ceux qui cherchent ma lumière, qui marchent à
l’éclat de ma lumière, qui se plaisent dans les splendeurs de ma lumière. Vous
savez pourquoi, ma fille, le nombre en est si petit; c'est que je suis la
lumière, non du crime et de l’iniquité, mais de la vertu; c'est que je suis le
soleil, non de l’injustice qui sépare de Dieu, mais de la justice qui unit à
Dieu.
« C'est avec raison qu'on a comparé le Fils de l'homme au soleil qui éclaire
le monde, car je suis le vrai soleil qui fait briller sur les hommes les rayons
de sa lumière, qui les bénit par sa chaleur vivifiante et les gouverne et les
dirige par ses mouvements. Je suis le soleil du monde, du monde surnaturel, du
monde fait pour l’éternité. Je suis l’image de mon Père, bien mieux que le
soleil matériel qui vous éclaire; car celui-ci n'est l’image de Dieu que dans
l’esprit des hommes, tandis que je suis l’image réelle, véritable et éternelle
de mon Père. Je suis le soleil, non-seulement lumière et chaleur du monde, mais
le soleil plein d'action qui a fait le monde, et qui le vivifie.
« Quatre mille ans après la création de l'homme, moi, lumière incréée,
éternelle, subsistante dans la divinité, lumière de Dieu, lumière qui étais
Dieu, j'ai voulu m’unir et m’incorporer à mon humanité, pour manifester par
cette humanité le soleil de l’éternelle justice. Je suis venu dans le monde des
âmes éclairant tout de ma lumière, ceux qui sont venus avant moi comme ceux qui
sont venus après, comme le soleil éclaire tout ce qui est au-dessus et
au-dessous de lui.
« Je suis venu, non-seulement pour montrer ma lumière, non-seulement pour
rendre la justice, non-seulement pour rappeler Dieu, mais encore pour rendre les
hommes participants de mon trône du ciel, participants de ma justice,
participants de ma divinité.
« Le soleil matériel éclaire et entretient la vie; le véritable soleil de
justice, qui est le Fils de l'homme, transforme en sa propre lumière et donne sa
vie.
« Le soleil matériel brûle, quand il se rapproche trop de la terre; le vrai
soleil de justice, qui est le Fils de l'homme, transforme en lui-même à mesure
qu'on se rapproche de lui.
« Le soleil matériel est réfléchi
dans l’océan, mais paraît toujours distinct de celui
qui le reflète; le vrai soleil de justice, qui est le Fils de
l'homme ne se reflète pas seulement dans l’âme
chrétienne, il habite en elle et la transforme en lui.
« Oui, ma fille, je suis le vrai soleil de justice, et, des hauteurs
inaccessibles du sein de mon Père, je descends au plus profond de l'âme des
hommes; des splendeurs de la divinité, je descends dans les ténèbres de
l’humanité, pour lui communiquer tout ce qui m’appartient. De même que mon Père,
par sa génération éternelle, me communique et sa vie et son existence, de même,
par ma génération temporelle, je communique à l’humanité ma divinité et ma
lumière. Je m’établis en elle comme un conquérant légitime dans le royaume qu'il
a conquis, et je termine et perfectionne l'être créé par le don et la
communication de mon être incréé. Or, cette communication, cet établissement, ce
don de ma lumière à la créature, ne sont pas pour le temps seulement, ils sont
pour l’éternité. Mes dons sont sans repentance; je donne de bon cœur et je donne
pour toujours. Ma lumière est incorruptible, elle est éternelle; je puis la
donner et je la donne réellement pour l’éternité. Comme elle a brillé dans le
temps, ainsi elle brillera dans l’éternité; car dans le ciel il n'y aura jamais,
comme il n'y a jamais eu d’autre lumière que ma lumière.
« Ah! qui pourra jamais comprendre combien est précieuse pour les âmes la
lumière du vrai soleil de justice!
« L’astre qui brille au ciel est si beau, si grand, si prompt dans ses
mouvements, si réglé dans sa course, qu'on ne saurait jamais assez admirer cette
œuvre du Créateur.
« Combien est plus admirable le vrai soleil de justice! Sa beauté est la
beauté de Dieu, sa grandeur, l’immensité de Dieu! la promptitude de ses
mouvements est incalculable à tout esprit créé, la règle de sa course est
invariable et toujours la même et repose sur la volonté divine, qui fait tout ce
qui lui plaît.
« L’astre qui brille au ciel l’emporte sur toutes les autres créatures
inanimées.
« Quelle créature l’emportera jamais sur le vrai soleil de justice, qui est le
Fils de Dieu?
« L’astre qui brille au ciel est nécessaire au monde pour éclairer le monde,
pour le vivifier, pour le féconder.
« Que deviendrait le monde des âmes sans le vrai soleil de justice? Ténèbres
et mort.
« L’astre qui brille au ciel est si ravissant qu’on ne se lasse jamais de le
regarder, et que l'homme aveugle est bien malheureux parce qu'il ne jouit pas de
sa lumière.
« Quelle beauté surpassera jamais la beauté du vrai soleil de justice, et quel
malheur égale celui du pécheur, pauvre aveugle qui ne regarde pas ma lumière?
« L’astre qui brille au ciel est pour le temps, il a eu un commencement, il
aura une fin.
« Le vrai soleil de justice est pour l'éternité; il brille pour l'âme, il n'a
jamais eu de commencement, il n’aura jamais de fin.
« Ah! ma fille, que la vue de la lumière que vous
apercevez à cette heure vous attache toujours au foyer qui la
produit au soleil de justice qui est moi-même. N’ayez plus
d’yeux que pour cette lumière, n’ayez plus de
chaleur que la chaleur de cette lumière, d’autre
fécondité que la fécondité produite par
cette lumière, d’autre entretien de votre vie que celui de
cette lumière.
« Plaignez les pauvres pécheurs qui marchent loin de moi dans les ténèbres et
dans la mort; attachez-vous à moi, je serai votre lumière et votre vie; je serai
un jour aussi votre récompense. Puisque Dieu a fait votre front pour regarder le
ciel en face, n’imitez point ces âmes malheureuses qui, semblables aux animaux
sans raison que Dieu a fait inclinés vers la terre, loin de porter en haut leurs
regards, les tiennent toujours fixés en bas par leurs pensées, leurs
inclinations, leurs désirs, leurs affections. La terre est sous vos pas pour que
vous la fouliez aux pieds, le ciel est sous votre regard pour que vous le
regardiez sans cesse. Ma fille, je veux être votre ciel, et dans ce ciel je
ferai briller mon soleil, et mon soleil vous éclairera par sa lumière, vous
réchauffera par sa chaleur et vous revêtira de son éclat. »
Un jour de l’octave de l’Épiphanie, j'étais venue rendre mes devoirs
d’adoration à Jésus dans le sacrement de l’autel. J’assistai à la sainte messe.
À l’élévation, le Sauveur Jésus m’apparut sur l’autel. L'autel devint semblable
à un trône immense d’or massif et tout éclatant de pierres précieuses. Au milieu
se trouvait un fauteuil garni d’une étoffe qui ressemblait à du velours blanc;
ce velours n’était pas tissé; je ne saurais dire comment il était, et ne puis
mieux me faire comprendre qu’en affirmant qu'il paraissait à mes yeux comme des
feuilles de roses blanches attachées les unes aux autres, et conservant
inaltérable leur fraîcheur et leur beauté, alors même qu'on s’asseoit dessus. Le
Sauveur Jésus était sur ce fauteuil, qui ne reposait pas sur l’autel, mais était
retenu en l’air par les mains des anges qui entouraient Jésus. Enfin une
couronne magnifique ceignait le front de Jésus; c’était une couronne d’épines,
et ces épines ressemblaient à du cristal dans lequel sont concentrés les rayons
du soleil.
Je regardai longtemps le Sauveur Jésus; il me semblait qu'il allait me parler.
Je le désirais beaucoup; néanmoins je renonçai volontiers à la satisfaction de
ce désir, et je dis à Jésus : Mon doux Sauveur, que votre volonté soit faite et
non la mienne.
Le Sauveur Jésus m’appela vers lui après la sainte messe et me dit : « Ma
fille, vous désirez entendre ma parole, je veux vous satisfaire et vous parler
de ma royauté. Je suis roi parce que je suis Dieu. Je suis roi et n’ai pas
besoin de sujets, mon royaume c'est moi-même. Ma royauté, du sein de la Divinité
s’étend sur la création, sur les anges qui sont au ciel et que Dieu a créés non
par nécessité, mais par bonté et pour qu'ils célébrassent sa gloire, et sur les
hommes qui sont sur la terre et qui m’appartiennent à titre de Dieu créateur.
Cette royauté est inhérente à l’essence même des choses; par cela seul qu'il y a
des créatures, celui qui les a créées en est et doit en être le maître.
« Je suis roi aussi à un autre titre, parce que je suis Sauveur.
« Le monde existait depuis quatre mille ans, et depuis
quatre mille ans l'homme était dans l’esclavage. Il avait
méconnu la royauté de son Créateur qui l'avait
fait libre, et était tombé sous le joug de Satan. Rien de
plus affreux que l'esclavage de l'homme. La lumière avait
disparue pour lui, et les ténèbres dans lesquelles il
marchait étaient des ténèbres de mort. La force de
l'homme n’était que faiblesse, sa vigueur
n’était qu’impuissance. Jamais il n’eût
secoué le joug. La miséricorde de Dieu jeta un grand cri
vers moi et je vins au secours de l'homme. Je vins l’arracher
à son souverain pour me mettre moi-même à la place;
je lui montrai ce qu'il avait perdu en s’éloignant de
Dieu, en lui montrant ce que je venais lui apporter, non plus comme
Créateur, mais comme Sauveur.
« Je dis à l'homme : Tu m’as appelé parce que tu as vu ta misère, je suis
venu. La miséricorde de Dieu m’a envoyé vers toi, je suis venu. Ma charité m’a
attiré vers toi, je suis venu. Tu n’as que les ténèbres de l'enfer; je suis la
lumière véritable, marche à la clarté de cette lumière. Depuis le commencement,
tu n’as que le trouble, la discorde, la souffrance, les fers. Voici la paix, le
calme, le bonheur, la liberté. Satan était ton roi, il faut que tu t’élèves avec
moi contre Satan et que tu lui voues une haine éternelle. Tu avais rejeté ma
souveraineté de Créateur, il faut que tu l’acceptes de nouveau et que tu me
reconnaisses roi en tant que Dieu créateur et Dieu libérateur.
« Je suis roi, et ma royauté ne ressemble pas aux royautés de ce monde. Je ne
règne pas seulement sur les corps, je règne sur les âmes, les volontés, les
cœurs. Je suis roi, et un roi conquérant dont les conquêtes ne sont ni les cités
ni les empires de la terre, mais les âmes et les cœurs des hommes. Je suis roi,
et j’impose un tribut; mais il n'est point d’or et d’argent, je ne demande que
les vœux, les prières, les adorations des hommes. Je suis roi, et j’ai donné un
code à mes sujets; il renferme mes lois. Leur nombre n'est pas considérable;
elles sont contenues en deux articles : le premier c'est l’amour de Dieu, le
second l'amour du prochain. J'ai donné liberté pour tout le reste, pourvu qu'on
aime Dieu et le prochain. Je suis roi, et j’ai un sceptre entre les mains et une
couronne sur mon front. Mon sceptre, vous le voyez, ma fille, c'est ma croix sur
laquelle je suis mort pour sauver mes sujets; ma couronne, vous la voyez, c'est
une couronne d’épines qui me rappelle tout ce que j’ai souffert pour acquérir ma
royauté sur les âmes. Je suis roi, et j'ai des serviteurs et des soldats. Tous
mes sujets sont serviteurs et soldats à la fois; ils sont mes serviteurs, en
conservant la dignité de chrétiens que je leur ai donnée; ils sont mes soldats,
en luttant contre le péché et les démons. Je suis roi, et j'ai des récompenses
pour tous ceux de mon royaume. Je suis roi éternel, et la récompense que je
donne est la participation de ma royauté.
« Ma fille, voyez combien est grande et glorieuse ma royauté. En est-il,
peut-il en être une autre semblable?
« Je viens au monde, mais je n’ai point paru dans le monde et déjà on annonce
ma royauté. Un ange vient du ciel annonçant que je règnerai éternellement sur la
maison de David. Avant lui, les prophètes avaient fait entendre au monde leurs
oracles, et ils proclamaient mille fois ma royauté; ainsi la terre et le ciel me
proclamaient roi avant ma naissance.
« Je nais, et les anges du ciel chantent : Gloire à Dieu, et ils annoncent un
libérateur aux hommes. Gloire à Dieu, dont je suis le Fils et dont je viens
reconstituer le royaume; paix aux hommes qui l’avaient perdue et qui la
retrouveront dans ma royauté.
« Je nais, et un nouvel astre apparaît dans les airs, et sa clarté appelle les
rois de l’orient à mon berceau. Ces rois accourent et se prosternent devant moi
pour me reconnaître comme leur souverain.
« Je nais, et les rois tremblent déjà devant mon autorité; ils me poursuivent,
je déjoue leurs desseins; ils tombent, je reste debout.
« Je me manifeste au monde, et, sans que le monde me connaisse, je lui donne
ma loi.
« Je travaille au salut du monde, je rachète le monde, je lui donne ma vie, je
meurs sur la croix; mais en donnant ma vie, je ne perds pas ma royauté, je
l’établis sur un fondement inébranlable. Voyez le titre immortel que porte la
croix : Jésus de Nazareth, roi des Juifs.
« Alors, ma fille, je pus me dire avec vérité roi du monde que j’avais sauvé.
Alors je pus m’appeler roi, et roi des rois. Alors j’entrevis tous les peuples,
toutes les nations et leurs rois venir fléchir le genou devant ma royauté.
« Heureux qui me reconnaîtra pour roi, qui se soumettra à ma loi, qui me
paiera le tribut que je lui demande, qui mourra les armes à la main proclamant
qu'il n’a d’autre roi que le Fils de l'homme; car je lui donnerai une récompense
éternelle, qui sera la participation de ma royauté.
« Malheureux au contraire qui me méconnaîtra comme roi, qui transgressera ma
loi, qui me refusera son tribut, qui mourra les armes à la main contre moi et
reniant ma royauté; il recevra une éternelle damnation, et n’aura d’autre trône
que celui de Satan, construit et bâti au souffle de la malédiction de Dieu.
« Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus, Dieu avait fait l'homme pour
le ciel, pour le rendre participant du bonheur du ciel, pour se montrer à lui
dans le ciel, pour être sa récompense dans le ciel. Mais il ne voulut point lui
donner le ciel sitôt après sa création; il voulut l’éprouver, et le plaça sur la
terre dans le paradis de délices comme pour le disposer au paradis céleste; il
lui donna la vie du corps et de l'âme comme pour le préparer à la vie éternelle
de ce même corps et de cette âme dans la gloire. Il se communiqua à lui et
s’entretint avec lui comme pour l’habituer à le voir face à face dans
l’éternité, et à supporter l'éclat de sa parole qui retentit au ciel avec force
et douceur, majesté et puissance, du sein de Dieu dans toutes les parties du
ciel.
« Or, l'homme ne voulut plus du paradis terrestre, ni de la vie du corps et de
l'âme, ni des communications intimes de son Dieu, ni de ses entretiens
familiers. Il se révolta contre son Créateur, viola ses lois et ses
commandements; et l'homme fut chassé du paradis de délices, condamné à la mort
et Dieu ne lui parla plus si familièrement; mais plutôt au milieu des foudres et
des tonnerres qui déchiraient le ciel, quand Dieu s’avançait vers l'homme dans
l’éclat de sa puissance et de sa gloire.
« Au milieu des temps, Dieu fit un homme nouveau et un nouveau paradis. Il fit
cet homme nouveau avec une nouvelle terre et ce nouveau paradis fut différent du
premier. Cet homme devait réparer l’œuvre du premier homme et la réparer dans le
paradis où il devait être placé, non pas immédiatement après sa naissance, mais
trente-trois ans après. Sa réparation devait être la réparation de tous les
hommes; mais il fallait, avec sa réparation si pleine d’efficacité, que tous les
hommes réparassent leur faute avec lui. Pour cela, tous les hommes devaient
rentrer dans le paradis préparé à l'homme nouveau qui l’avait reçu de Dieu, et y
cueillir le fruit non de la science du bien et du mal, mais de la réparation.
« L'homme nouveau dont je vous parle, ma fille, c'est moi qui ai pris un corps
dans le sein de la sainte Vierge Marie. Le paradis dans lequel je fus placé, ne
le devinez-vous point? C'est la croix sur laquelle je fus élevé, comme pour être
séparé du reste de la terre qui ne pouvait être mon paradis. Le sang que j’ai
versé est le fruit que porte depuis ce jour l’arbre de la croix. C'est ce fruit
que doivent cueillir tous les hommes pour retrouver ceux qu'ils ont perdus. Il
ne suffit pas de cueillir ce fruit, il faut encore à mon exemple porter sa
croix; à mon exemple souffrir et s’immoler chaque jour; à mon exemple gagner et
conquérir le ciel en passant par le paradis de la souffrance, et non par le
paradis de délices.
« La croix! ma fille, voilà le salut du monde. La croix! voilà la clef du
paradis. La croix! voilà le sein admirable dans lequel j'ai enfanté tous les
hommes à la gloire du ciel. La croix! voilà la réparation à Dieu. La croix!
voilà le bâton du pèlerin qui marche vers le ciel. Tout est désormais dans la
croix : la vie, la mort, l’éternité. »
C’était le troisième jour de la semaine sainte. J'étais venue dans l’église
pour faire un retour sur ma conscience et me disposer à recevoir en mon âme
l’effusion du sang de mon Sauveur. J’avais reçu l’absolution de mes fautes, et
je remerciais Dieu intérieurement. Voici ce que me dit en cette circonstance le
Sauveur Jésus :
« Ma fille, cette semaine sainte appelée la semaine sainte, la grande semaine,
la semaine de la passion, parce qu’en cette semaine la sainteté a été rendu aux
hommes; parce qu’en cette semaine j'ai opéré les plus grandes merveilles que le
monde ait jamais vues depuis sa création, et que j’ai souffert le supplice de la
croix.
« C'est la semaine sainte. Voyez en effet combien la sainteté apparaît d’une
manière admirable. La sainteté de Dieu ne pouvait compatir avec le péché de
l'homme, et il fallait ou que l'homme fût éternellement séparé de Dieu ou que le
péché fut détruit par Dieu. Que verrez-vous dans cette semaine, sinon le Fils de
Dieu, Dieu comme son Père, saint comme son Père, le Fils de Dieu fait homme,
prendre sur lui toutes les iniquités du monde et les clouer sur l’arbre de la
croix par sa passion et son trépas? Oui, voilà ce que vous verrez : la
manifestation de la sainteté de Dieu, la sainteté de Dieu fait homme lutter
contre le péché, la sainteté de Dieu effacer le péché du cœur de l'homme, la
sainteté de Dieu pénétrer dans l'homme, la sainteté de Dieu élevée entre le ciel
et la terre, pour dire au ciel que le péché de la terre est expié, pour dire à
la terre que la sainteté du ciel vient la couvrir et s’étendre sur elle comme un
voile d’une blancheur éclatante.
« C'est la grande semaine, la semaine des plus grands mystères qu'il ait été
donné à la terre de voir et de contempler. Le mystère de l’union et de
l’embrassement de la justice et de la miséricorde, le mystère de la
manifestation de l’amour de Dieu pour les hommes et de l’aveuglement des hommes
pour Dieu; le mystère de la mort d'un Dieu donnant la vie aux hommes et des
hommes donnant la mort à un Dieu; le mystère de la rédemption de l'homme et de
sa réconciliation avec Dieu; le mystère d’un Dieu mourant et ressuscitant; le
mystère de la mort d'un Dieu renouvelée par la volonté de ce Dieu, non plus
d'une manière sanglante, mais mystique, afin que sa mort et les mérites de sa
mort fussent reproduits chaque jour, et que, dans cette reproduction, Dieu
retrouvât chaque jour réparation, et l'homme miséricorde et pardon.
« La semaine de la passion, c’est-à-dire la semaine de mes souffrances les
plus considérables, de l’effusion de mon sang, de ma mort et de ma sépulture.
C'est par ma passion que j'ai été la victime de Dieu, la victime de la
miséricorde et de la justice : la victime de la miséricorde puisque j’ai été
donné par Dieu à l'homme afin d’expier son péché; la victime de la justice, qui
a réclamé à ce point ses droits qu’elle a voulu l’expiation d’un Dieu, parce que
l’expiation même de tous les hommes ensemble eût été insuffisante; la victime de
la miséricorde, puisque Dieu a préféré voir mourir son Fils que de voir l'homme
mourir pour l’éternité; la victime la justice, qui ne m’a point épargné, quoique
Fils de Dieu, et qui m’a laissé répandre jusqu’à la dernière goutte de mon sang;
la victime de la miséricorde qui a rendu à l'homme ses droits et les a même
augmentés d’une manière considérable; la victime de la justice, qui par moi seul
a été satisfaite.
« Oh! la grande semaine, la sainte semaine, que celle de la mort du Fils de
Dieu, de l’expiation du péché, de la satisfaction entière à la justice de Dieu,
de la délivrance de l'homme, de sa réconciliation avec le ciel.
« Pensez souvent, ma fille, à cette semaine admirable, à cette semaine fixée
dans le conseil de Dieu pour la glorification de l’humanité par le plus grand
abaissement de ma divinité.
« Pensez-y souvent, vous ne sauriez rien faire qui puisse m’être plus agréable
: de toute éternité, je pensais à la réparation de l'homme par ma passion.
Pendant ma vie terrestre, il ne s’est point passé de jour où je ne me rappelasse
cette grande semaine, et depuis que je suis remonté au ciel, je continue sur
l’autel les prodiges du Calvaire. Imitez-moi, ma fille, en pensant vous-même au
perpétuel objet de mes pensées.
« Pensez-y souvent, et vous trouverez là force, courage et soutien; pensez-y
souvent et vous trouverez la consolation et félicité dans vos abattements et vos
tribulations; pensez-y souvent et cette pensée attirera sur vous les plus
grandes grâces et les plus grandes bénédictions.
« Pensez-y souvent, jamais votre pensée ne trouvera
de dégoût à s’y arrêter, jamais votre
pensée ne trouvera de terme ni de fin à ces
considérations : vous y découvrirez toujours quelque
chose de nouveau. Des souffrances de mon corps, passez aux souffrances
de mon âme; des souffrances de mon âme et de mon corps,
passez à l’acceptation qu’en fait la
Divinité.
« Rappelez-vous ma dernière cène, ma prière et mon agonie aux jardins des
Oliviers, l’abandon de mes disciples, la trahison de Judas, le reniement de
Pierre, la condamnation inique de mes juges, les clameurs du peuple contre moi,
les injures des soldats, ma flagellation, mon couronnement d'épines, le
dépouillement de mes habits, le percement de mes mains et de mes pieds sur la
croix, ma mort, l’ouverture de mon côté, ma sépulture, et j’inspirerai toujours
à votre cœur reconnaissance et amour pour votre Sauveur, crainte et horreur pour
le péché, soif et désir pour la souffrance et les tribulations.
« Entrez surtout pendant ces jours dans les sentiments de la sainte Église;
elle est plongée dans le deuil, et cela à cause des souffrances de son Époux.
L’Église pleure à cause des peines de celui qui lui a donné le jour; elle pleure
à cause des insultes continuelles que lui prodiguent encore les méchants; elle
pleure à la pensée de l’inutilité de mes souffrances pour un si grand nombre
d’âmes. Elle pleure, elle prie aussi, comme j’ai prié moi-même sur la croix;
elle prie pour ses enfants révoltés contre elle, comme je priai pour mes
bourreaux; elle prie pour ses enfants qui la trahissent en secret ou
l’abandonnent, comme j’ai été moi-même trahi et abandonné par mes disciples;
elle prie pour ceux qui la dépouillent et voudraient la mettre à nu, comme j’ai
été moi-même dépouillé de mes habits. Priez, ma fille, et votre prière sera
écoutée; priez, et vous verrez votre prière exaucée, et un jour vous vous
réjouirez, vous bénirez et louerez Dieu pour sa grande miséricorde.
« Ma fille, je vous laisse ma passion, je la donne à votre esprit, à votre
âme, à votre cœur. Que ce bien vous suffise, n’en désirez jamais aucun autre,
vous trouverez tout en celui-là, parce que vous m’y trouverez. »
Un soir du jeudi saint, je me mis à genoux pour dire à Dieu ma prière, mais
je ne pus prier. Le souvenir de la passion de mon Sauveur était dans mon esprit.
J’éprouvai en moi comme un attrait irrésistible à suivre Jésus et à prier avec
lui avant sa passion. Je le vis séparé de ses Apôtres, à l’écart, la face contre
terre, et je l’entendis s’écrier : « Mon Dieu, que ce calice passe loin de moi,
néanmoins que votre volonté soit faite et non la mienne. » Je m’approchai de
Jésus pour essuyer la sueur qui coulait de son front avec abondance : « Vous
venez à moi, ma fille, me dit-il, alors que tous m’abandonnent, je vous
remercie. — Seigneur, lui dis-je, combien grande est votre douleur! — Ma fille,
vous ne pouvez la comprendre. J’éprouve en ce moment toutes les souffrances de
ma passion, et les chrétiens pieux, qui gardent souvenir de ce que j’éprouve à
cette heure, m’honorent par leur vénération pour ce qu'ils appellent l’agonie
des oliviers.
« Le Fils de l'homme, ma fille, a eu plusieurs agonies. Savez-vous, en effet,
ce que c’est qu’une agonie? L’agonie est l'abaissement considérable de la vie,
est le combat d’un être vivant contre la mort qui va le frapper. Vous allez
comprendre alors comment il a pu y avoir en moi plusieurs agonies.
« La première agonie a eu lieu au moment de ma
conception. Avant ma conception, je ne possédais que la vie
divine. J’étais Fils de Dieu, Verbe éternel. Mais
j’avais fait entendre ma voix à mon Père : «
Voici que je viens! » et je vins à Dieu mon Père,
non plus seulement par le retour de ma personne divine à
lui-même, dans son sein, mais par l'abaissement de ma
divinité, de ma vie divine que j’enfermais dans
l’humanité que je pris dans le sein de Marie.
C’était là un abaissement que votre esprit ne
comprendra jamais. Il y eut lutte entre ma vie divine et la vie humaine
que j’allais prendre; c’était l’agonie
véritable de ma vie divine; car, ma fille, un tel abaissement
était une véritable agonie, non point capable de me ravir
ma divinité, mais capable d’anéantir mon
humanité, si ma puissance divine n’eût donné
à mon humanité la force de recevoir ma divinité et
de s’y unir.
« La seconde agonie se fit dans le sein de ma mère. Dans le sein éternel de
mon Père céleste, j'étais environné de sa gloire; je lui reflétais éternellement
cette gloire; j'étais Dieu en Dieu, Dieu distinct de Dieu et Dieu uni à Dieu,
Dieu engendré éternellement par Dieu et Dieu vivant éternellement en Dieu. Mais,
dans le sein de Marie, j’ai dû abaisser, voiler et presque anéantir ma gloire de
l’éternité. Je possédais en Dieu une vie divine et glorieuse; je possédais en
Marie une vie obscure, inconnue et paisible. Ma gloire comme Dieu ne peut
disparaître, ne peut être anéantie; ma vie divine ne peut m’être enlevée, parce
que je cesserais d’être Dieu; mais unir cette vie à la vie de l’humanité,
conserver cette vie avec la vie de l’humanité, c'est l’abaisser et l’anéantir
autant qu'elle puisse l’être, c'est la constituer en état d’agonie jusqu’au jour
où mon humanité résidera, pleine de gloire, dans le sein de la Divinité.
« Ces deux agonies ne sont point deux agonies véritables, parce qu'elles
regardent spécialement et en premier lieu ma divinité; je vous les ai fait
connaître afin que vous y arrêtiez quelquefois votre esprit, et que, devant
l’abaissement et l’humilité de ma divinité, vous appreniez à vous abaisser et à
vous humilier vous-même.
« La troisième agonie a commencé au jour de ma naissance. Ma vie, en effet,
devait être une expiation, une souffrance continuelle, jusqu’à ma mort. Or, ma
vie s’est passée toujours dans la souffrance, et chaque jour la souffrance me
rapprochait de ma mort. Je naquis dans la pauvreté; huit jours après ma
naissance, je commençai à répandre mon sang; quarante jours après, je m’offris
comme victime; plus tard, je dus fuir pour éviter la colère des rois de la
terre. Je travaillai ensuite avec Marie et Joseph dans notre demeure de
Nazareth; je jeûnai quarante jours dans le désert; pendant trois ans, je me
fatiguai à évangéliser les pauvres, à guérir les malades, à instruire mes
apôtres, et cela pour préparer d'une manière plus prochaine ma mort sur l’arbre
de la croix.
« J’ai vécu trente-trois ans comme une victime préparée pour la mort,
attendant la mort, désirant même la mort pour le salut des hommes.
« L’état dans lequel je me montre à vous à cette heure est l'état de ma
quatrième agonie. Ma divinité me montre tous les tourments de ma passion, tous
les crimes des hommes à expier; l’expiation de ces crimes, inutile pour un
nombre immense, parce qu'ils n’en voudront pas profiter; et cette vue
m’arracherait la vie, si je ne la retenais pour éprouver la réalité des
supplices qui me sont destinés par la justice de mon Père.
« Enfin, ma fille, une cinquième et dernière agonie est celle de la croix. Les
hommes avaient épuisé sur moi toute leur cruauté; ils m’avaient cloué sur la
croix, abreuvé de fiel et de vinaigre; le sang de mes veines était presque tout
répandu; les prophéties étaient accomplies; je poussai un grand cri et remis mon
esprit entre les mains de mon Père. »
Le lendemain matin, j’accourus de bonne heure près du tombeau du Sauveur
Jésus :
« Voici, me dit-il, voici le jour, source de salut pour les uns et occasion de
revers pour les autres. Heureuses les âmes qui aiment la justice et les œuvres
de lumière! Mon sang a été répandu pour leur salut, et sera comme une source de
justice où elles pourront se désaltérer. Malheur aux âmes qui aiment l’iniquité
et les œuvres de ténèbres! Malheur aux pécheurs endurcis qui ne veulent point
profiter du salut qui leur est offert! Mon sang les écrasera par son poids et
les empêchera de se relever jamais.
« Âmes justes, ne soyez point scandalisées en moi en ce jour. Vous serez
peut-être un jour couvertes aussi d’opprobre et de confusion à cause de moi;
mais avec moi aussi vous serez glorifiées à jamais. L’opprobre, comme la gloire
d’un père, retombe sur ses enfants. Si vous participez à mes humiliations, vous
participerez aussi à mon triomphe. Votre honte finira, c'est moi qui vous le
promets; je la ferai retomber sur vos ennemis, et elle sera sept fois plus
grande que celle dont ils voulaient vous couvrir. Ils vous ont vues dans
l’humiliation, dans le temps, quand ils pensaient que leur gloire durerait à
jamais; leur gloire passera; ils trouveront l’humiliation dans l’éternité, et
vous aurez la gloire du ciel.
« Ah! ma fille, que répondront à Dieu les pécheurs impénitents qui ne veulent
pas profiter de mon sang, répandu pour leur salut et pour leur obtenir toutes
sortes de grâces? Quelle excuse apporteront-ils au tribunal de Dieu? Diront-ils
qu’ils ne l’ont point pu? Mais l’exemple de leurs frères ne sera-t-il pas contre
eux comme une éternelle malédiction? La voix de mon sang poussera pendant toute
l’éternité un cri immense qui demandera vengeance pour le mépris qu’ils en ont
fait, parce qu’ils l’ont foulé aux pieds, et il retombera sur eux comme sur les
Juifs pour leur malheur éternel.
« C'est en ce jour que je suis mort, parce que j’ai été livré entre les mains
des pécheurs dès que j’ai voulu les sauver. Je leur ai parlé le langage de la
bonté, de la douceur, le langage de l’amour le plus tendre, et ils l’ont
méprisé, et mon cœur a été affligé au-delà de toute expression.
« Je voyais tout ce qui devait se passer jusqu'à la fin des temps, et
l’inutilité de mes souffrances pour un si grand nombre. Hommes aveugles et
insensés, ils ont rendu vaine la toute-puissance de ma prière, pour ne laisser
éclater que la toute-puissance de ma justice!
« Les jugements de Dieu étaient sous mes yeux. Je les connaissais, parce que je
connais mon Père et que mon Père me connaît, et ses jugements furent pour moi
une grande consolation. Je priai pour ceux qui devaient arrêter leurs yeux sur
mes plaies, sur mes souffrances et mes douleurs. Je demandai à Dieu grâces et
bénédictions pour tous les miens. Je les remis entre ses mains pour qu'ils lui
rendissent gloire à jamais, et qu'ils rendissent aussi gloire au Fils de
l'homme. Et ainsi je glorifiai Dieu en mes frères et Dieu m’a glorifié en eux,
et un jour mon Père et moi leur rendrons au centuple la gloire qu'ils nous ont
donnée, et ils béniront à jamais mon amour et celui de mon Père, ma vie et ma
mort, parce qu’ils ont trouvé miséricorde en mon Père, réparation dans le Fils
de l'homme; et dans sa mort, vie pour le temps et vie surtout pour l’éternité.
« Quand j’eus rendu le dernier soupir, mon
âme se sépara de mon corps : c'est la loi de la nature. La
mort n’est autre chose, en effet, que la séparation de
l'âme d’avec le corps. Or, ayant pris le corps de l'homme,
je me soumis à la mort décrétée contre tous
les hommes; et quand mon corps eut éprouvé toutes les
souffrances de la passion, mon âme se sépara de lui pour
descendre aux enfers, c’est-à-dire dans les lieux
ténébreux où étaient détenues les
âmes des justes de l’Ancien Testament, en attendant la
venue de l’Agneau sans tache et l’effusion de son sang qui
devait leur ouvrir les portes du ciel. Mon âme se sépara
de mon corps; mais ma divinité ne se sépara ni de
l’un ni de l’autre, et demeura toujours unie à mon
corps et à mon âme. Celle-ci descendit aux enfers, non
pour y demeurer avec les âmes qui y habitaient, mais pour les
consoler et leur annoncer, avec la délivrance,
l’entrée du ciel. La parole du Prophète, en effet,
devait se réaliser, et ce Prophète, me faisant parler par
sa bouche, avait dit : « Seigneur, vous ne laisserez pas mon
âme dans les enfers et ne donnerez pas mon corps à la
corruption. »
« Quelle joie parmi ces âmes, en apercevant mon âme descendre vers elles! Quel
bonheur d’entrevoir la délivrance après une si longue captivité! Là, elles
n’étaient point malheureuses, mais elles n’avaient point le bonheur qu’elles
attendaient. Pendant ma passion, elles avaient bien compati à mes douleurs,
elles se réjouissaient pourtant aussi en pensant que ces souffrances seules
pouvaient les délivrer. La privation de la vue de Dieu était pour elles une
affliction. Vous pouvez bien le comprendre, ma fille, vous qui souffrez tant
lorsque je vous prive quelque temps de ma présence sensible. Vous pouvez le
comprendre parce que vous m’aimez, et que vous savez combien est pénible la
séparation entre deux amis véritables. Votre peine pourtant n’est rien en
comparaison de la souffrance de ces âmes. Vous n’êtes point séparée de votre
corps, et le corps obscurcit l’intelligence de l'âme; vous me comprenez moins
que ces âmes qui se sentaient faites pour Dieu, prêtes à s’envoler vers Dieu et
qui étaient retenues par une force insurmontable loin de Dieu. Un grand sujet de
joie pourtant diminuait leur souffrance et semblait presque l’annihiler; c'était
l’assurance de ne point perdre Dieu et de le posséder un jour pour jamais;
tandis que vous, ma fille, vous n’avez point cette certitude. Il vous faut
lutter et lutter jusqu'à la fin.
« L’amour de ces âmes pour Dieu leur faisait
comprendre beaucoup mieux le malheur d’en être encore
séparées; mais d’un autre côté la
certitude de l’aimer toujours et éternellement leur
faisait attendre patiemment l’heure de la délivrance.
« Ma fille, faites de votre vie un séjour pareil aux limbes des âmes justes;
que votre âme trouve dans votre corps ses propres limbes. Qu’elle soit en vous
toujours soupirant vers moi; qu'elle attende l’heure de ma visite, non plus par
ma mort, mais par votre mort. Vivez de telle sorte qu’après votre mort notre
séparation ne dure pas encore, mais que nous soyons plutôt unis immédiatement
pour toujours.
« Si vous vivez conformément à mes enseignements, je prendrai votre âme alors
qu'elle quittera votre corps, et je lui donnerai près de moi une place dans le
ciel. »
Je me mis à genoux le samedi saint encore auprès du tombeau de Jésus, pour
faire ma méditation. Je me mis en la présence de Dieu, et, après avoir uni mon
cœur à Notre-Seigneur pour m’adresser au Père éternel et le prier de m’envoyer
le Saint-Esprit, j’aperçus le Sauveur reposant dans le sein de Dieu, et faisant
couler dans mon âme et sur mon cœur je ne sais quoi de si doux et de si suave,
que je ne pouvais parler. Le Sauveur Jésus vint à moi et me dit : « Ma fille,
que vouliez-vous considérer dans votre méditation? « Aussitôt ma langue se délia
et je répondis : Je voulais me rappeler, Seigneur, la circonstance de votre
passion où le peuple demandant à grands cris votre mort, Pilate vous abandonna à
sa fureur. — Que pensez-vous de cela, ma fille? — Je pense, Seigneur, que chaque
jour voit se renouveler le crime de Pilate, et qu’on vous abandonne par une
fausse honte ou par une lâche complaisance — Qu’admirez-vous en moi? — J’admire,
Seigneur, votre humilité, votre patience, votre soumission. — Ma fille, ma
conduite doit vous servir de modèle. Il ne m’eût pas été difficile de demander à
Pilate de parler au peuple. Pilate me l’eût accordé. Ma parole aurait changé les
cœurs de ces hommes du peuple; car il n’en est pas de ma parole comme de celle
des prédicateurs ou des livres, qui ne fait aucune impression, si ma grâce ne
l'accompagne. Je puis parler et donner l’intelligence de ma parole, éclairer
l’esprit, toucher le cœur. Voilà ce que j’aurais pu faire sur les Juifs. Je ne
l’ai point voulu. Ma fille, suivez mon exemple. Quand vous serez poursuivie par
la médisance ou la calomnie, souffrez tout avec calme; il ne vous est pourtant
pas défendu de vous défendre et de vous justifier; si vous le faites, que ce
soit avec paix et tranquillité. Évitez cette profusion de paroles qui fait qu'on
s’échauffe peu à peu, qu’on s’irrite et qu’on ne garde plus de bornes; car de
cette manière on offense Dieu et le prochain. Si les personnes qui vous sont
opposées parlent haut et parlent longtemps, ne les arrêtez pas, écoutez-les avec
patience, tranquillité et modestie. Si vous parliez, vous ne seriez point
entendue et votre calme vous justifiera d’ailleurs bien plus que tous vos
discours. Quand ces personnes auront cessé de parler et qu'elles seront un peu
calmées, dites ouvertement, simplement et sincèrement ce que vous dictera la
conscience. Si elles ne veulent pas ajouter foi à vos paroles, ne vous en
inquiétez point, retirez-vous en paix, souffrez avec patience leurs jugements et
leurs condamnations; ne dites jamais du mal d’elles, ne rapportez à personne
rien de ce qui s'est passé et attendez. Surtout n’imitez point ceux qui
repoussent loin d’eux tous les torts, pour rejeter tout ou à peu près tout sur
le compte d’autrui, et cela pour se flatter eux-mêmes et entretenir leur vanité.
Ah! plutôt ne dites jamais que du bien des personnes qui vous ont offensée ou
qui ont de l’aversion pour vous. Témoignez que vous leur pardonnez, que vous
leur voulez du bien, que vous les affectionnez quand même; et ainsi, peu à peu,
ces personnes reviendront à vous, et vous serez justifiée par cela même aux yeux
du monde. Prenez courage, ma fille, méprisez ou souffrez patiemment les
jugements des hommes. Vous ne pouvez être au goût de tout le monde. Chacun juge
d’après son caprice et ses inclinations; mais ne vous y arrêtez pas plus qu’à
une feuille emportée par le vent. Quand les hommes penseraient et croiraient que
vous êtes digne de l’éternelle damnation, que vous importe si par votre vertu
vous méritez le ciel? Et de quoi vous servirait d’être regardée comme une sainte
sur la terre par les hommes, si votre conduite aux yeux de Dieu mérite l’enfer?
« Agissez comme moi, ma fille, et remettez entre les mains de Dieu votre
corps, votre esprit, votre âme et votre cœur, et vous trouverez en lui la paix
que ne vous ravira jamais le trouble du monde ou l’agitation des hommes. »
Un jour de Pâques, j’assistai à la sainte messe. La tristesse s'était
changée en joie, les habits de deuil avaient disparu, et le prêtre était revêtu
de ses plus riches ornements.
L’alléluia était dans toutes les bouches; et, sur presque tous les fronts, il
me semblait voir la paix et la tranquillité de l'âme. Au milieu de cette fête,
ma langue ne savait prononcer qu'une parole : Alléluia ! Mon cœur n’avait qu’une
pensée, Jésus ressuscité; mes yeux n’avaient qu’un spectacle, la pierre du
tombeau renversée et l'ange qui se tenait debout, criant au monde : Il est
ressuscité.
Jésus me fit alors entendre sa voix et me dit :
« Ma fille, j’ai été engendré
de toute éternité dans le sein de mon Père, et ma
personne est une parole qui dit éternellement à Dieu, mon
Père, les gloires de ma naissance éternelle.
« J’ai été engendré, dans le temps, au sein de la glorieuse Vierge Marie, et
au jour de ma naissance, dans le temps, les anges vinrent sur la terre chanter :
Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix aux hommes de bonne volonté sur la
terre!
« J’ai été engendré aussi
à la vie de gloire sur la terre; le tombeau a été
le sein maternel qui m’a donné cette nouvelle vie, et, au
jour trois fois mémorable de la Pâque, où je
reçus ma naissance à la vie de gloire, la
Divinité, les anges, les hommes, la nature entière,
célébrèrent cette troisième naissance de
Dieu, par la puissance duquel je sortis du tombeau; les anges, qui
vinrent servir de témoins à ma résurrection; les
hommes ceux-ci déjà pris par la mort, en ressuscitant
avec moi; ceux-là, qui voulaient m’empêcher de
ressusciter, en publiant ma résurrection; d’autres, enfin,
en me contemplant ressuscité; la nature, en se taisant devant
moi, en oubliant ses lois pour ne reconnaître que la force de ma
divinité.
« Voilà ce que vous célébrez en ce jour, ma fille; vous célébrez ma
résurrection, c’est-à-dire ma naissance à la vie de la gloire.
« O Vie du Fils de l'homme! Mort du Fils de l'homme! Résurrection du Fils de
l'homme! Vie éternelle du Fils de Dieu! Union admirable de la vie du Fils de
Dieu avec celle du Fils de l'homme! Vie éternelle du Fils de Dieu avec la vie
glorieuse du Fils de l'homme! Vies étonnantes d’un Dieu, d'un Dieu fait homme,
d'un Dieu fait homme ressuscité! Vie éternelle et vie mortelle, vie éternelle et
vie immortelle, vie sans commencement ni fin, vie qui a commencé et qui a fini,
vie qui a commencé et qui ne finira jamais, vie glorieuse et désormais
impassible! Considérez autant que vous le pourrez le mystère de ces vies. Ne
cherchez point à les comprendre, mais cherchez-y votre repos. Ne cherchez point
à les scruter, mais cherchez à les attirer en vous. Faites-moi dans votre cœur
un tombeau, je veux y renfermer ces trois vies, ma vie divine, ma vie mortelle
et pénible de Rédempteur, ma vie de triomphe et de gloire. La première pour vous
rendre fille de Dieu; la seconde pour vous perfectionner et vous sanctifier de
plus en plus, et la troisième pour faire germer en vous la vie glorieuse qui
vous attend dans l’éternité. Je ne puis plus mourir, mais je veux être en vous
comme immolé, en vous comme enseveli, en vous comme mort; comme un mort qui
commande à la vie, comme un enseveli qui brise la pierre de son tombeau, comme
une victime immolée qui sauve celui qui l’a frappée. J’ai trouvé la mort dans la
vie; mais dans la mort j’ai pu reprendre la vie, et cette vie ne finira jamais.
« Vous êtes vivante, vous aussi, ma fille; vivante
de la vie de Dieu, qui ne vous peut être enlevée pas plus
qu'on ne pouvait m’enlever la vie divine; vous êtes vivante
de la vie naturelle, de la vie du corps, de la vie des sens, de la vie
qui vous est propre et personnelle, eh bien! Cette vie peut vous
être enlevée : que dis-je? Il faut que vous la sacrifiiez.
Il faut que vous mouriez à vous-même, à vos
inclinations, à vos désirs, à vos pensées,
à vos affections, à tout ce qui est vous; que vous
remettiez tout entre les mains de Dieu, aujourd'hui comme au moment
où il vous appellera à lui, et le tombeau vous donnera la
naissance à la vie glorieuse, à la vie impassible,
à la vie de l’éternité que vous partagerez
avec le Fils de l'homme.
Un jour de l’Ascension de Notre-Seigneur, je fis, dans l’église, ma
méditation sur le mystère du jour. Je m’étais transportée sur la montagne d’où
Jésus devait s’élever au ciel. Je le vis entouré de ses disciples, j’entendis
les dernières paroles qu'il leur adressa, et je le vis enfin, plein de majesté,
s’élever jusqu’au trône où il réside près de son Père.
Le Sauveur Jésus me dit : « Venez avec moi, ma fille, je veux vous laisser
pénétrer la gloire et l’esprit de ce mystère. En ce jour, mon corps devenu
glorieux par la résurrection, entre dans la gloire véritable et réelle qui
l’attendait au sein même de Dieu. En ce jour, il va s’asseoir à la droite de
Dieu, recevoir son autorité sur toutes choses au ciel et sur la terre; il va
préparer la descente du Saint-Esprit sur l’Église; il va réjouir les anges par
sa présence, et les saints en leur ouvrant le séjour de l’éternelle félicité.
Mon ascension est, pour le ciel, en particulier, le sujet de la plus grande
réjouissance. Au ciel, Dieu, mon Père, qui a reçu réparation, fait retomber sur
moi toute la gloire que je lui ai rendue; les anges qui avaient adoré le mystère
de mon incarnation, qui l’avaient annoncé aux hommes, qui avaient été les
témoins de ma vie cachée à Nazareth, de ma vie publique dans la Judée, de ma
passion, de ma mort et de ma résurrection, s’estiment heureux de me voir face à
face, vainqueur de Satan, du péché et de la mort. Les saints qui m’ont suivi
dans mon triomphe s’oublient eux-mêmes pour ne célébrer que leur libérateur.
« La gloire de mon ascension, je veux vous la faire partager, à vous, ma
fille, et à tous les chrétiens. Vous ressusciterez un jour, et ils
ressusciteront tous aussi pour la gloire, s'ils accomplissent comme moi la
volonté de mon Père qui est au ciel; et afin que vous ayez la force de
l’accomplir, je vous bénis, ma fille, et désire que cette bénédiction vous
soutienne dans votre vie, vous attache à la volonté de Dieu, et vous lie à moi
pour toujours. »
Je remerciai le Sauveur Jésus et me retirai en paix.
Je lisais un jour ces paroles du Psalmiste : « Le Seigneur l’a juré, et il
ne s’est point repenti de son serment. Vous êtes prêtre selon l'ordre de
Melchisédech. »
Le Seigneur Jésus me dit; « Ces paroles, ma fille, s’adressent à moi : Je suis
ce prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech; c'est moi qui ai été oint de
l’huile du Seigneur, sacré roi et prêtre par mon Père dans l’éternité. Je suis
venu sur le Calvaire remplir ma fonction de prêtre en lui offrant le sacrifice
de ma vie, comme un sacrifice d’agréable odeur et seul capable de l’apaiser. Je
fus ainsi prêtre et victime tout à la fois. Prêtre et Dieu, je m’adressais à
Dieu, et lui offrais pour victime un Dieu immolé pour sa gloire. Ce sacrifice du
calvaire, je le renouvelle chaque jour par le ministère du prêtre au saint
sacrifice de l’autel, qui est une représentation du sacrifice de la croix. Là,
je ne m’offre plus d’une manière sanglante comme sur la croix; mais, c'est
néanmoins un véritable sacrifice qui est offert, et je suis là encore prêtre et
victime, sacrificateur et sacrifié, Dieu immolant et Dieu immolé. C'est toujours
la même victime qui est offerte à Dieu, parce que c'est la seule qui lui soit
agréable, la seule qu'il demande, la seule qu'il veuille accepter.
« Quels fruits abondants en grâces vous pouvez retirer et peuvent retirer tous
les chrétiens, en assistant à la sainte messe, de corps ou même seulement
d’esprit. Vous pouvez offrir la victime de l'autel à Dieu pour le glorifier,
pour l’honorer, pour l'aimer de plus en plus, et de plus en plus vous attacher à
lui, pour satisfaire aussi toujours davantage pour vos péchés et vos iniquités,
comme aussi pour les péchés et les offenses de vos parents, de vos amis, et de
tous ceux pour qui vous avez quelque obligation particulière de prier.
« Vous pouvez offrir à Dieu la victime de l’autel pour le remercier de toutes
les grâces qu'il vous a données, qu'il a données à vos parents, à l'Église
catholique, aux saints, à Marie.
« Vous pouvez offrir à Dieu la victime de l’autel pour lui demander les grâces
qui vous sont nécessaires, qui sont nécessaires aussi à vos parents, à vos amis,
à la sainte Église, pour demander le soulagement et la délivrance des âmes de
vos frères qui sont encore dans le purgatoire.
« Enfin vous pouvez participer à la victime qui est offerte, et l’attirer en
vous véritablement ou spirituellement, selon que vous la recevrez par la
communion véritable, ou par la communion spirituelle.
« Le sacerdoce, selon l’ordre de Melchisédech, vous donne, ma fille, la
continuation du grand bienfait de la rédemption. Ce sacerdoce, dans sa
plénitude, réside en moi. Je l’ai déversé sur mes apôtres, et mes apôtres, par
eux et leurs successeurs, l’ont transmis et le transmettront à jamais, jusqu'à
la fin des temps, à ceux qui seront élus par mon Père, afin que, par toute la
terre, l’oblation sainte lui soit offerte jusqu'à la consommation des siècles.
« Afin de vous faire mieux apprécier et mon sacerdoce et le sacrifice de mon
sacerdoce, et les effets de ce sacrifice, je vous en dévoilerai les mystères.
Ils sont tous contenus dans le sacrement de mon amour, sacrement qui perpétue la
victime immolée sur le Calvaire par les mains du souverain prêtre, qui était et
Fils de Dieu et Fils de l'homme. »
Voici comment il m’a parlé à ce sujet :
« Le Seigneur a signalé sa force; le Seigneur a fait paraître sa puissance; le
Seigneur a ouvert le trésor de sa miséricorde; le Seigneur a fait connaître la
rigueur de ses jugements et la sévérité de ses justices.
« C'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur a signalé sa force;
c'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur a fait paraître sa
puissance; c'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur a ouvert le
trésor de sa miséricorde; c'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur a
fait connaître la rigueur de ses jugements et la sévérité de ses justices envers
ceux qui le profanent.
« Ah! ma fille, étant tout amour pour les hommes dans ce sacrement, ils n'ont
que de la froideur pour moi!… Je ne puis me lasser de vous parler de ce sujet;
j’épanche quelquefois mon cœur dans le vôtre, prenez part à ses sentiments, vous
que j’ai mise au nombre de mes amis et de mes confidents.
« Tandis que mon cœur brûle d’amour pour les hommes, qu'elle n'est pas leur
indifférence! Je leur fais entendre ma voix, non pas précisément par moi-même,
mais par mes serviteurs et par ma grâce : ils la méprisent, ils méprisent mes
serviteurs. Je les cherche et ils se cachent; je cours après eux et ils me
fuient : ils foulent aux pieds et mes menaces et mes promesses. Ah! pourquoi
donc faites-vous ainsi? Que vous ai-je fait pour que vous me traitiez de la
sorte? De quoi vous plaignez-vous? Que trouvez-vous en moi qui vous déplaise? On
ne quitte pas une personne sans quelque raison. Quelle est la raison qui vous
oblige à m’abandonner? Examinons-la de bonne foi, et si elle est bonne, je
consens que vous m’abandonniez.
« Pour vous, ma fille, qui connaissez ces choses, aimez-moi, unissez-vous à
mes serviteurs; surpassez-les en amour, si vous le pouvez, réparez en quelque
sorte l’indifférence des autres. »
Le lendemain : « Hier, je vous dis que le Seigneur avait signalé sa force dans
le sacrement de son amour.
« Ne croyez-vous pas qu'il faille toute la force de l’amour d'un Dieu pour
rester toujours dans ce sacrement, malgré les sacrilèges, les outrages, les
irrévérences, les injures que j’y reçois tous les jours et à toutes les heures?
Ne croyez-vous pas qu'il m’ai fallu toute la force de l'amour d’un Dieu pour
instituer ce sacrement? Et cependant je n’hésitai pas un instant. Or ne vous
imaginez pas que je n’eusse point une connaissance parfaite de tous les outrages
que j'y recevrais : je connaissais jusqu'à la moindre parole, jusqu'à la moindre
pensée de mépris, les offenses contre mon Père et contre moi-même, qui me seront
plus sensibles que tout autre péché. N’importe, cela ne fut pas capable de
m’arrêter; et quand même tous les hommes sur la terre m’auraient méprisé et
outragé, qu’une seule âme eût dû profiter de ce sacrement et y trouver son
salut, je l'aurais institué.
« Mais je voyais une infinité de biens produits par ce sacrement : tant de
malades y trouveront leur remède et leur guérison; tant de faibles, la force;
tant de pécheurs, le sceau de leur réconciliation et de leur sanctification;
tant de justes, leur consolation et de nouvelles grâces pour se sanctifier
davantage!
« La vue de tant de faibles qui iraient s’y fortifier, de tant de malades qui
iraient s'y soulager, et de tant d'âmes qui ne seraient pas sauvées sans ce
sacrement, me le fit instituer malgré tous les outrages, tous les mépris que j'y
recevrais! Ah! qu’en pensez-vous? Ne faut-il pas toute la force de l'amour d’un
Dieu, ne faut-il pas un amour comme celui d’un Dieu pour faire une pareille
chose, et cela sans jamais se démentir?
« Allons, ma fille, resserrons de nouveau les doux liens qui nous unissent.
Aimez-moi de plus en plus : nous avons eu le bonheur d'être unis si souvent!
« Ne soyez pas étonnée que j’aie dit : nous avons eu le bonheur; car puisque
je fais mes délices d'être avec les enfants des hommes, ne croyez-vous pas que
je me plais à entrer dans leur cœur? Vous ne pourrez jamais comprendre le
plaisir que j'ai à visiter les âmes qui m’aiment. Je vous laisse avec cette
pensée. »
Le jour d’après il me dit : « Hier, je vous ai dit comment Dieu a signalé sa
force dans le sacrement de son amour, aujourd'hui, je veux vous expliquer
comment le Seigneur a fait paraître sa puissance dans ce sacrement.
« Cette petite hostie est ce qu'il y a de plus auguste dans la religion,
puisqu’elle renferme Dieu lui-même, toutes les perfections de Dieu, tous mes
mérites, en sorte que celui que la reçoit peut dire : Je possède dans mon cœur
Celui qui a tout fait, qui soutient tout, Celui que le ciel et la terre ne
peuvent contenir, tous les mérites de mon Sauveur, enfin je possède tout.
« La puissance du Seigneur paraît presque autant dans ce mystère que dans
celui de l’Incarnation. Car dans le mystère de l’Incarnation, un Dieu quitte,
autant qu'il se peut faire, le sein de son Père, descend du comble de sa gloire
et de sa magnificence dans le sein d’une Vierge, et cache sa divinité en prenant
la nature humaine. Mais dans ce sacrement, il cache sa divinité et son humanité
sous la forme d'un peu de pain.
« Je me trouve dans mille hosties, aussi bien que dans une, je suis également
présent dans tous les lieux où il y a quelque hostie consacrée, et je ne suis
qu'un; tous, quand il y en aurait mille millions, me recevraient tout entier, et
l’abondance des grâces, chacun selon ses dispositions. Ne peut-on pas dire que
dans le sacrement de son amour le Seigneur a fait paraître sa puissance?
« Quel amour pour les hommes! Non content de prendre leur forme et de vivre au
milieu d’eux, de leur enseigner la voie du ciel par mes paroles, la conduite
qu'ils doivent tenir par mes exemples, et d'être mort pour eux, je ne peux me
résoudre à me séparer d’eux. Et comme l'amour est insatiable et ne peut se
satisfaire que dans l'amour même, qu’un cœur dévoré et consumé par l'amour ne
peut se désaltérer qu’en aimant davantage, ainsi j’instituai ce divin sacrement,
afin d’être toujours auprès d’eux pour les aider, les fortifier et les assister
dans leurs besoins.
« Le Prophète avait bien raison de dire : Il a fait connaître à son peuple la
puissance de ses œuvres; et comment? En leur donnant l’héritage des nations. Or,
c'est moi qui suis le partage, la récompense, l’héritage des enfants de Dieu, et
tous les hommes sont appelés à le recevoir.
« Je ne suis pas dans mon sacrement pour quelques-uns, dans quelques endroits
en particulier, ou pour quelque temps, mais pour tous, par toute la terre, et
dans tous les temps que le monde subsistera. Je présenterai ce sacrement à
toutes les générations comme un spectacle toujours ancien et toujours nouveau de
la puissance de Dieu. O ma fille! avez-vous jamais compris comme vous faites à
présent les grandeurs de l’Eucharistie?
« La puissance de Dieu paraît encore dans ce sacrement par le bien et les bons
effets qu'il produit dans les âmes. Et combien de personnes me rendraient
témoignage de la vérité de ce que je dis ici! »
Le jour suivant : « C’est dans ce sacrement de son amour que le Seigneur a
ouvert le trésor de sa miséricorde.
« Toute la bonté et la miséricorde de Dieu s’y trouvent, car dans cette hostie
sont toutes les perfections de Dieu, toutes les vertus, toutes les grâces,
puisque celui qui y réside est l'auteur de la grâce et le Dieu des vertus.
¸ « C’est là que Dieu aime à faire miséricorde, y étant par bonté et par
miséricorde. On louerait beaucoup un ami, qui, pour son ami, se serait dépouillé
de ses biens, se seraient exilé avec lui. Et moi, je suis mort pour les hommes,
j’ai voulu habiter au milieu d’eux dans leur exil, afin de les consoler, de les
fortifier, de les soulager et de pourvoir à leurs besoins en leur donnant ce qui
leur est nécessaire. Car quel est celui qui, étant venu prier avec foi,
espérance, soumission, constance et persévérance, n’ait été exaucé?
« Ah! ma fille, je vous le dis en Vérité, si les hommes sont si faibles, si
dépourvus de vertus, c'est qu'ils ne demandent pas assez : la plus grande partie
se rassemble dans ma maison, dit quelques prières, avec quelque ferveur, si vous
voulez; d’autres les disent du bout des lèvres, dans l’égarement et la
dissipation de leur esprit. Et comment voulez-vous qu'un Dieu jaloux et juste
puisse recevoir et exaucer ces prières?
« Quel est celui qui, étant affligé, soit
venu avec de saintes dispositions et n’ait pas été
soulagé? C’est précisément pour ceux qui
sont accablés sous le poids de la loi que je suis dans
l’Eucharistie; car j’ai dit : Venez à moi, vous tous
qui êtes chargés, et je vous soulagerai. J’invite
non-seulement les justes, mais encore les pécheurs, pourvu
qu'ils veuillent renoncer sincèrement à leurs
péchés; étant ici comme sur un trône de
grâce et de miséricorde pour recevoir ceux qui se
présenteront. Je leur demande de renoncer à leurs
péchés, à leurs habitudes coupables, et je suis
prêt, s'ils veulent m’accorder ce que je leur demande,
à faire tomber sur leurs têtes avec abondance et mes
grâces et mes bénédictions, à
déverser sur eux toute la miséricorde de mon cœur,
à leur donner tout mon amour, à les prendre dans mes bras
comme des brebis errantes retournées au bercail, à les
environner de ma sollicitude comme une mère son enfant malade,
à me consacrer en un mot tout à eux pour qu'ils soient
à moi pour jamais. N’est-ce point mettre à
découvert l’immensité de ma miséricorde que
d’être ainsi parmi les enfants des hommes, à chaque
instant du jour et dans tous les lieux de la terre, sous les
espèces eucharistiques? N’est-ce point un mystère
insondable de miséricorde divine que l'abaissement par lequel le
Fils de Dieu se met tout entier à la disposition des hommes avec
tout ce qu'il est, avec tout ce qu'il a? Ah! ma fille, que de regrets
plus tard dans le cœur de milliers d'hommes, de n’avoir
point usé de ma miséricorde dans ce sacrement quand ils
le pouvaient si facilement; mais alors ma miséricorde sera
passée, car déjà dans le temps le sacrement de mon
autel se sera élevé pour lancer contre eux des jugements
pleins de sévérité et de justice. »
Le jour d’après : « C'est dans le sacrement de son amour que le Seigneur fait
connaître la sévérité de ses jugements et la rigueur de sa justice envers ceux
qui le profanent.
« Ces jugements retomberont sur deux sortes de personnes : sur celles qui ne
me reçoivent pas et sur celles qui me reçoivent indignement. Les premières sont
dans un état de mort. Elles ressemblent à un arbre qui n'a plus de sève, qui se
dessèche et meurt; elles sont pareilles à un poisson des mers mis hors de l’eau,
qui n'est plus dans son élément et meurt; elles sont comme un homme qui voudrait
non-seulement entretenir sa force et sa vigueur, mais encore vivre sans boire ni
manger. Je suis la sève de l’âme; je suis l’élément dans lequel elle sait et
peut se mouvoir et se remuer; je suis sa nourriture, son breuvage, et celui qui
ne mange point ma chair eucharistique et ne boit point mon sang, n’aura point la
vie; il meurt chaque jour davantage, et le jour de sa mort sera celui où je lui
montrerai et ma rigueur et ma justice dans le fond des abîmes.
« Vous, sacrilèges, quelle n'est point votre ingratitude! On ne peut trouver
de termes pour exprimer la noirceur de votre crime. De quels châtiments ne vous
rendez-vous pas dignes, que vous soyez instruits ou ignorants?
« Vous qui êtes instruits et qui connaissez mieux la grandeur de ce sacrement,
vous êtes plus coupables, ministres de Satan, que les docteurs et les princes
des prêtres, puisque vous devez connaître mieux qu’eux ma divinité. Ils me
livrèrent entre les mains des hommes, et vous me livrez entre les mains de mes
plus grands ennemis, les démons. Et vous, qui êtes ignorants, faites-vous
instruire. Êtes-vous si ignorants que vous ne sachiez pas que recevoir ce
sacrement en état de péché mortel, c'est faire un sacrilège?
« Celui qui communie indignement se rend coupable du sang d’un Dieu, et
devient semblable aux Juifs qui s’en chargèrent et portent sur eux la
malédiction qu’ils se sont attirée. Ils sont, et ils seront toujours les
monuments et les objets des châtiments de Dieu, et sur leur tête pèse la
justice.
« Dispersés çà et là, ils accomplissent la parole que j’avais dite : « Ils
seront dispersés et leur ville sera détruite de fond en comble, en sorte qu'il
n’en restera pas pierre sur pierre. »
« La communion indigne est un si grand péché que tout le monde en a horreur;
et cependant, il n'y a rien de plus ordinaire. Celui qui s’en rend coupable en
ressent la confusion, et devient comme les Juifs; car tout le monde a pour les
Juifs un mépris secret, une certaine horreur. Les enfants supportent la peine du
crime de leurs pères : ce peuple est dans une insensibilité qui fait pitié. De
même celui qui communie indignement tombe dans une indifférence, qui le rend
insensible à tout, ou bien il est dévoré par les remords de sa conscience, et
ainsi ce sacrement porte avec lui le châtiment.
« Une première communion indigne trouble beaucoup une âme, une seconde
l’endort un peu, une troisième et les autres qu'elle fait ensuite la font tomber
dans l’insensibilité, le mépris même des choses saintes, dans une sécurité et
une léthargie mortelle. Qu'il est rare que celui qui a profané les sacrements
pendant sa vie les reçoive bien à la mort, et combien meurent dans le désespoir
ou dans cette indifférence qui les rend insensibles à tout!
« Celui qui fait une communion indigne ressent dans le fond de son cœur une
crainte, un désespoir, une haine de Dieu qui est le commencement de ce qui le
dévorera dans l’éternité. Tout, au lieu de le porter à la confiance, le porte au
désespoir. Lui parle-t-on des derniers sacrements? Mais le souvenir de ceux
qu'il a profanés pendant sa vie le trouble. Lui présente-t-on une croix? Mais
cette vue, au lieu de le consoler, lui reproche son crime. La plus grande partie
meurt dans cette insensibilité, ils meurent! et souvent en pensant à toute autre
chose qu’à moi, et ces sacrements sont comme la confirmation de leur
réprobation.
« Ainsi, il est vrai de dire que le Seigneur fait paraître dans ce sacrement
la sévérité de ses jugements et la rigueur de sa justice. Il ne punit aucun
autre péché aussi sévèrement que la communion sacrilège. Enfin, tout est
renfermé dans ces paroles que j'ai dites : « Celui qui me reçoit indignement
mange et boit sa condamnation.
« Puisqu’il en est ainsi, ma fille, tâchez de vous avancer de plus en plus
dans mon amour et dans l’amour au sacrement de mon autel. Alors il ne sera pour
vous qu'un mystère ineffable de miséricorde pour le temps et pour l’éternité.
Nous entretiendrons par ce sacrement l’intimité de nos relations, nous
resserrerons de plus en plus nos liens. Vous m’aimerez davantage et je vous
comblerai de faveurs plus grandes et plus spéciales. »
Le lendemain, j’eus le bonheur de retourner près du Sauveur Jésus. Il me parla
ainsi : « Ma fille, qui vous attire près de l’autel? — Seigneur, lui
répondis-je, c'est votre présence dans votre sacrement. — Qu’éprouvez-vous quand
vous venez dans mon temple? — J’éprouve, Seigneur, la douceur de votre
miséricorde et l’amabilité de votre vertu sur moi. — Vous trouvez donc un
attrait dans mon tabernacle? Oui, Seigneur, un attrait irrésistible; je suis
comme le cerf altéré qui soupire après une source d’eau vive, et je la trouve en
vous. Je suis comme une pauvre enfant délaissée qui a besoin d’épancher son cœur
dans celui d'une mère, et je l’épanche en vous. Je suis comme un exilé qui
attend sur le chemin la rencontre d'un ami qui lui parle de sa patrie, et je
vous trouve ici chaque jour pour me parler du ciel. Vous êtes tout pour moi, mon
Dieu, et je comprends bien la vérité des paroles de votre Prophète, qui
s’écriait : Mon Dieu, que vos tabernacles sont pleins d’amabilité : un seul jour
passé près de vous vaut mieux que mille passés sous les tentes des pécheurs. —
Qu’est-ce qui vous attire le plus vers moi? — C’est votre cœur tout brûlant
d’amour et la douceur de vos paroles. — Êtes-vous toujours heureuse et contente
près de moi? — Oui, Seigneur, quand je ne pense qu’à vous. — Comment cela? —
Seigneur, parce que je sais que vous m’aimez et que je veux vous aimer de plus
en plus. — Seriez-vous donc mécontente et malheureuse de quelque autre manière?
— Oui, Seigneur, quand je pense aux pécheurs, aux injures que vous recevez, à la
peine qui vous afflige; alors, mon Dieu, je ne suis plus heureuse, je souffre
plus que la mort, je voudrais mourir pour ces pécheurs et ces ingrats pour que
vous ne fussiez point offensé ni affligé, et, ne le pouvant, je gémis en silence
et je souffre dans mon cœur. — Ma fille, ces sentiments vous honorent; vous
comprenez bien, je le vois, le prix de ma présence dans le sacrement de l’autel,
vous savez y trouver et y goûter aussi toute la douceur et l’amabilité d’un Dieu
fait homme et victime eucharistique pour le salut et la consolation des hommes.
Ah! vous avez raison de vous attrister à la vue des outrages que je reçois, à la
vue de l’ingratitude et de l’indifférence des pécheurs, à la vue surtout des
nombreux sacrilèges qui se commettent chaque jour. Vous vous attristeriez bien
plus encore si vous compreniez la grandeur et la réalité des offenses que je
reçois; mais vous ne pouvez le comprendre, votre intelligence est trop bornée
pour cela et même votre amour encore trop faible. Ah! du moins, pénétrez chaque
jour de plus en plus dans mon cœur : étudiez-en chaque jour de plus en plus tous
les secrets et toutes les amabilités; il vous plaira toujours davantage et vous
éviterez ce qui pourrait me déplaire ou me mécontenter en vous. Vous me
dédommagerez ainsi, ma chère fille, de l’indifférence de tant d’autres par
l'ardeur de votre amour. Ma fille, ma bien-aimée, l’épouse de mon cœur, l’objet
de mes complaisances, pourquoi suis-je si bon à votre égard, pourquoi m’est-il
agréable de vous donner de si hauts témoignages de mon amour? Laissez-moi vous
le dire : c'est pour que vous ne me refusiez rien, pour que vous soyez aussi
toute à moi, pour que vous deveniez une image fidèle de votre Sauveur, pour que
vous soyez humble comme moi, soumise et obéissante comme moi, sainte comme moi,
en un mot, pour que vous m’aimiez comme je vous aime. »
Un jour, après la sainte communion, j’aperçus le Sauveur Jésus dans mon cœur
comme je l'avais aperçu déjà plusieurs fois sur l'autel, assis sur un trône
d’or. Je le regardai longtemps, je l’adorai au-dedans de moi-même et lui
renouvelai l’offrande de tout ce que j’avais. Je me croyais toute renfermée dans
mon cœur, à genoux auprès de Jésus. .
Bientôt je me sentis portée à sortir de mon cœur pour suivre un attrait auquel
je ne pus résister et qui m’appelait à l'autel. Je vis aussitôt avec les yeux de
l’esprit deux anges avec de grandes ailes se placer chacun du côté de l'autel.
De l’une de leurs ailes, ils couvrirent le dessus du tabernacle; ils étendirent
l’autre sur le devant et le voilèrent en entier. Les plumes de leurs ailes
semblaient des lames d’or transparentes et brillaient à mes yeux comme des
rayons du soleil. Je vis deux autres anges semblables à de petits enfants; ils
ne reposaient nulle part; leurs ailes les soutenaient au devant du tabernacle.
Ils étaient tournés du côté du peuple, les mains jointes sur la poitrine, les
yeux fermés, et criaient avec vigueur : Voici le Seigneur, adorez-le! adorez-le!
Deux autres descendirent du ciel, semblables aux premiers. Ils tenaient un
encensoir à la main. Ils encensaient sans relâche l’autel et faisaient des
inclinations profondes pour témoigner de leur respect et de leur soumission pour
le Dieu de l’eucharistie. Un septième, enfin, se plaça devant l’autel. Il était
grand comme les deux premiers et portait aussi de grandes ailes. Son air et son
regard étaient sévères, ses bras nus, et sa robe ne descendait que jusqu’aux
genoux. Il éleva sa voix vers le peuple et dit avec force : « C'est ici
qu’habite Celui que les anges adorent avec un grand respect, avec crainte et
tremblement, saisis d’une légitime frayeur en sa présence. O hommes! si vous
connaissiez aussi bien que nous la grandeur de la majesté suprême, vous
l'adoreriez avec crainte et tremblement et avec le plus grand respect. Que
faites-vous pourtant? Ne venez-vous pas l'insulter en face par votre immodestie
et vos irrévérences? Quelle différence entre les hommes et les anges! Je ne veux
point vous parler par vanité ni ostentation, mais pour la gloire de Dieu,
créateur des hommes et des anges.
« Les anges sortirent des mains du Créateur dans un état de grâce et de
sainteté. Ces intelligences célestes étaient les esprits sans corps, destinés à
adorer continuellement la majesté divine, à être aussi les exécuteurs de ses
volontés. Il y eut une épreuve pour tous les anges. Ceux qui furent fidèles
conservèrent la destination que Dieu leur avait faite, et ils trouvèrent là leur
bonheur; à jamais reconnaissants envers leur Créateur et leur récompense, ils
l’adorent sans cesse dans le recueillement et le silence, et accomplissent
partout sa volonté. Ceux qui furent infidèles furent pour toujours séparés de
Dieu, et l'enfer s’ouvrit pour les engloutir.
« Dieu a aussi créé l'homme juste et saint.
L'homme se révolta contre Dieu. Qu’a fait alors Dieu pour
l'homme? L’a-t-il condamné pour
l’éternité? Non, Dieu a eu pitié de l'homme;
il s’est fait homme lui-même; il est mort pour le racheter.
Ce n'est point assez, il a voulu continuer son incarnation, sa
rédemption et sa vie pour l'homme dans l’eucharistie. A
cette vue, tous les hommes, pénétrés de
reconnaissance et d’amour, n’accourront-ils donc pas vers
ce Dieu incarné, vers ce Dieu Sauveur, vers ce Dieu hostie et
victime, vers ce Dieu sacrement de vie et d’amour? Tous les
hommes ne viendront-ils point recevoir les grâces que ce Dieu du
tabernacle veut verser sur eux? Ne viendront-ils point le recevoir en
nourriture, se désaltérer dans son sang comme dans une
source mystérieuse qu'il fait couler jusqu'à la fin des
siècles? O hommes! vous venez pour l'insulter, pour
l’outrager; ou bien vous laissez votre Dieu solitaire et dans
l’oubli. Vous devriez être pénétrés de
crainte et de frayeur en approchant de lui, parce que vous êtes
créatures et qu'il est Créateur, parce qu'il est Dieu et
que vous êtes néant et péché, et vous le
bravez, téméraires et insensés! Ah! malheur
à qui méprise le Dieu de l’eucharistie! malheur
à qui profane le corps et le sang du Dieu de l'eucharistie!
malheur à ces sacrilèges qui veulent toujours vivre dans
la révolte! Ils refusent à Dieu leur devoir et leur
amour; Dieu ne leur refusera point ses condamnations et ses vengeances.
»
Quand cet ange eut fini de parler, un des deux qui couvraient de leurs ailes
le dessus et le devant du tabernacle, vint prendre sa place. Sa figure était
pleine de bonté et de douceur. Il prit la parole et s’exprima ainsi : « Enfants
de Dieu, Celui qui vous a délivrés et sauvés habite parmi vous, et il fait ses
délices d’être avec vous! Bien que l’ange que vous avez entendu vous ait dit que
vous deviez être près de lui dans la crainte et le tremblement, que cela ne vous
empêche pas de venir à lui avec confiance et surtout avec amour. Ah! si vous
connaissiez la grandeur de sa miséricorde et la douceur de sa présence, vous
viendriez plus souvent à lui. Oui, venez à lui, joignant en même temps la
crainte et l'amour, unissant la confiance à la frayeur, et ce mélange admirable
fera que vos sentiments lui seront précieux et qu'il vous bénira avec effusion.
Si vous ne pouvez avoir en vous des sentiments d’aucune sorte, quand vous le
recevez ou que vous vous approchez de lui, ne vous en alarmez pas. Vous n'êtes
point maîtres de vos sentiments; si vous n’avez point de sentiments en vous, il
n’en exige pas; ce qu'il demande, c'est que vous vous offriez tels que vous
êtes, avec ce qui est à vous et en vous, et que vous le lui offriez avec joie et
bonheur. Ainsi vous lui offrirez tout ce que vous pouvez lui offrir, et le lui
offrant vous n’offriez encore que ce qu'il a mis en vous. Je vous le répète,
venez souvent, venez tous les jours à votre Dieu, ayez confiance en lui,
aimez-le, et il vous verra d’un œil favorable, il vous témoignera combien il
vous aime, lui aussi, et combien il estime tout ce que vous faites pour lui. »
Cet ange, après avoir ainsi parlé, se prosterna entre les deux anges qui
tenaient chacun un encensoir à la main. Il prit sur l'autel une navette d’or
pleine d’encens odoriférant, dont il versa la moitié dans l’encensoir de l'ange
qui était à sa droite et l'autre moitié dans celui de l’ange qui était à sa
gauche, et la fumée s’éleva jusqu'à la voûte, remplit tout le sanctuaire, et je
ne vis plus rien.
Ce qui m’a le plus émue dans la Passion du Sauveur Jésus, c'est la
souffrance de son divin cœur. « Ma fille, me dit-il un jour, ne feriez-vous rien
pour ce cœur qui a tant fait pour vous? Il a souffert plus que les hommes ne le
pourront jamais comprendre, et par conséquent plus que vous ne le comprendrez
jamais vous-même. Vous me serez agréable de jeûner un jour de chaque semaine en
honneur de mon cœur souffrant pour les hommes, pourvu que votre directeur vous
le permette. Dites plusieurs fois tous les jours, et une fois seulement à
genoux, cette prière : « Cœur aimable de mon Sauveur, je vous adore; cœur
débonnaire de mon Jésus, je vous aime; cœur très-miséricordieux, je vous donne
mon cœur, et suis très-vivement touchée de tout ce que vous avez fait et
souffert pour moi. Oui, je vous donne mon cœur tout entier, attachez-le à vous à
jamais, embrasez-le de votre amour, inspirez-lui vos sentiments, faites-lui
connaître vos volontés et pratiquer vos vertus. »
Après cela Jésus me recommanda d'avoir une grande dévotion à son divin cœur,
m’assurant que rien ne lui saurait être plus agréable, et que je trouverais dans
cette dévotion force et courage dans l’abattement, joie dans la tristesse, paix
dans le trouble, félicité dans l’affliction.
« Ma fille, me dit ensuite le Sauveur Jésus, donnez-moi votre cœur! » Et il
m’envoya un ange pour le recevoir. Je pris mon cœur, je le remis à l'ange,
l’ange le remit à Jésus. . Jésus le prit entre ses mains, le pressa sur le sien,
leva les yeux au ciel et s’écria : « Mon Père, recevez ce cœur en union avec le
mien! » Le messager de Jésus porta mon cœur au ciel. On le plaça sur un autel.
Je le vis grandir de telle manière qu'il couvrit tout l'autel. Alors on le perça
d’une lance; la lance y demeura fixée, et des flammes sortirent de mon cœur. Je
désirais savoir ce que cela signifiait. Jésus me dit : « Heureux, ma fille,
celui qui est sage de la sagesse de Dieu! Heureux l'homme sage, qui par sa
sagesse suit un chemin étroit! Heureux l'homme sage, qui par sa sagesse ôte de
devant ses yeux le bandeau qui couvre ceux de la plupart des hommes et ne marche
point dans l’obscurité! Heureux l'homme sage, qui par sa sagesse se fait un
tempérament capable de résister aux intempéries de l’air! Heureux l'homme sage,
qui par sa sagesse demeure comme une colonne de fer, au milieu des peines et des
joies, des douleurs et des plaisirs! Heureux l'homme sage, qui par sa sagesse
devient avare de son temps et ne néglige rien pour accroître son trésor! Heureux
l'homme sage, qui par sa sagesse cultive son jardin et en arrache les mauvaises
herbes qu'il réduit en cendre pour les jeter au vent! Heureux l'homme sage, qui
par sa sagesse garde son jardin pour que l’ennemi n’endommage point les fleurs
et n’enlève point les fruits! Heureux l'homme sage, qui par sa sagesse se tient
prêt et sur ses gardes pour se défendre et chasser les voleurs! Ma fille, je
vous abandonne ces pensées, vous en comprendrez le sens : pensez-y pendant la
journée. »
Pendant tout le jour, je me rappelai les paroles du Sauveur Jésus, et compris
les leçons qu'il voulait me donner. Je souffrais beaucoup, il me semblait que je
n’avais plus mon cœur. Sur le soir, je pensai encore à ce que j’avais vu et
entendu le matin. Je recommençai à prier, mais la force ne seconda point ma
volonté, je ne pus prier, mais je m’unis au cœur de Jésus, et le suppliai
d’avoir pitié de moi. Aussitôt je vis un ange répandre sur mon cœur, qui brûlait
encore sur l’autel d’or des cieux, une eau noirâtre qu'il tenait dans une coupe.
Aussitôt les flammes s’éteignirent. Il en sortit une grande fumée et la lame
s’enfonça plus avant.
Un nouvel ange survint avec une autre coupe, remplie d’une eau très-claire; il
la répandit sur mon cœur, qui devint brillant comme la neige au soleil. Des
flammes nouvelles et plus élevées sortirent de mon cœur, puis elles disparurent
aussi. L'ange tira la lance de mon cœur, la brisa en deux, la jeta à terre, et
oignit la plaie avec l’onguent d’un petit bocal qu'il tenait à la main. Cet ange
couvrit ensuite mon cœur d’un voile noir et épais, et le porta ainsi voilé à
Jésus. Le Sauveur le prit dans ses mains, et mon cœur redevint tel qu'il était
avant de reposer sur l’autel des cieux. Après l’avoir pressé pour la seconde
fois sur son cœur, Jésus me le renvoya par l’ange à qui je l’avais donné le
matin. L’ange m’adressa un long discours, dans lequel il me recommanda
l'humilité, et il termina en me disant : « Tout ce que vous venez de voir
s’accomplira en réalité, c'est chose aussi certaine qu’à minuit il n'y aura pas
de soleil et que demain il fera jour. Encore une fois ne vous glorifiez de rien.
Dieu est le maître de ses dons, il les livre à qui il lui plaît, sans considérer
le mérite de personne. »
L'ange se retira; j'avais mon cœur entre mes mains et ne savais qu’en faire.
Aussitôt une multitude de petites bêtes noires voulurent me l’arracher. J'avais
peine à me défendre et à le retenir. J’appelai Jésus à mon aide; il vient et me
dit : « Approchez, ma fille. J’approchai. Il prit mon cœur, le pressa sur le
sien pour la troisième fois, et dit en levant les yeux au ciel : « Mon Père,
répandez sur ce cœur vos abondantes bénédictions. » Après cela, il remit mon
cœur à sa place, et je le sentis de nouveau battre au-dedans de moi.
Le Sauveur Jésus me dit un jour : « Pourquoi me suis-je donné tant de peine? pourquoi ai-je supporté tant de douleurs? pourquoi ai-je répandu tout mon sang? Si je jette un regard sur les hommes, malgré tous mes efforts pour les retenir, je vois qu'ils se séparent tous des voies de la justice. Or, ma fille, c’en est fait, il n'y a pas de milieu pour vous! Vous devez, comme le reste des hommes, choisir le maître que vous désirez, votre Sauveur qui veut votre salut, ou Satan qui ne veut que votre perte éternelle. Il veut que vous preniez votre parti. Vous ne pouvez être à l’un et à l’autre. Nul ne peut servir deux maîtres; car, ou bien il aimera l’un et haïra l’autre, ou bien il honorera le premier et méprisera le second. De votre choix dépend votre bonheur ou votre malheur éternel. Avisez-y et puis choisissez. — Ah! Seigneur, répondis-je, mon choix est fait depuis longtemps, je le jure, je veux être toute à vous. — Qu’il vous soit fait, ma fille, selon votre parole; vous choisissez la bonne part, elle ne vous sera point enlevée. Vous choisissez la bonne part. En quoi et pourquoi Satan prévaudrait-il sur votre Sauveur? Qu’a-t-il fait pour vous? Il vous a donné la mort et je vous ai rendu la vie. Qu’a-t-il fait pour vous? Il vous a séparée de Dieu et je vous ai réunie à lui. Qu’a-t-il fait pour vous? Il vous a chassée du paradis et je vous en ai donnée les clefs. Qu’a-t-il fait pour vous? Il vous a donné l’enfer pour héritage et je vous ai donné le ciel. Que vous promet-il? Des plaisirs, des biens, des honneurs, des richesses, et il ne vous donne que peine, tribulation, honte et pauvreté. Que vous promet votre Sauveur? Les richesses de sa grâce et les consolations de son amour. L’avez-vous jamais trouvé infidèle? Je vous promets le bonheur éternel; pensez-vous que je vous conduirai dans les abîmes de l'enfer? Non, non, ma parole est une parole de vérité, elle ne passera jamais. Si vous suiviez Satan, vous auriez part à l’anathème éternel prononcé contre lui, et vous péririez avec lui pour jamais. Quel prix vous donneriez pour ces plaisirs passagers et menteurs qu'il vous procurerait, une éternité de souffrances et de tribulations! Puisque votre choix doit décider de votre sort à venir, choisissez bien, ma fille, et que votre choix une fois accompli ne se démente jamais. Vous me voulez pour la part de votre héritage; eh bien! je vous promets de ne me séparer jamais de vous, si vous ne vous séparez point de moi. Tant que vous serez sur la terre, vous me trouverez plein de miséricorde à votre égard et toujours prêt à vous recevoir quand vous viendrez à moi. Je connais tous les sentiments de votre cœur et de votre âme, je les agréerai en toute circonstance, si vous me les offrez, et plus vous me les offrirez avec sincérité, plus ils me seront agréables, et plus vous aurez droit à ma miséricorde. O ma fille! laissez toujours pendant votre vie ma miséricorde se répandre sur vous, car, à l'heure de votre mort, ma justice seule aura son action. N’imitez point ceux pour qui j’ai répandu mon sang, et qui l’oublient, qui méprisent mes lois et m’abandonnent pour se livrer à Satan! Ma justice aura raison de leur demander un jour : Pourquoi le Fils de l'homme a-t-il tant fait pour vous? Pourquoi a-t-il souffert la mort de la croix? Pourquoi a-t-il répandu son sang? Malheur à vous qui avez rendu inutile son effusion! Ma fille, tous les hommes ont la liberté. Je ne leur demande rien par intérêt personnel. Je me suffis à moi-même, et ne pense qu’à eux. Soyez toute à moi, et rappelez-vous que ceux qui diront : Seigneur, Seigneur, n’entreront pas pour cela dans le royaume de Dieu.
Le Sauveur Jésus m’a dit un jour : « Je ne suis pas venu apporter la paix
sur la terre, mais la division. Le fils s’élèvera contre le père à cause de moi,
et le père contre le fils, et la mère contre la fille.
« Vous allez me comprendre, ma fille, et vous ne trouverez pas de
contradiction entre ces paroles et d’autres enseignements que je vous ai donnés
en d’autres temps. Je suis venu du ciel sur la terre pour diriger vers le ciel
l’esprit des hommes qui rampait sur la terre. Ma grâce travaille les cœurs dans
ce même sens. Aussi, bien souvent, voit-on des âmes tellement saisies par ma
grâce que rien ne les attache aux biens ni aux choses de la terre, et qu'elles
voudraient tout abandonner, tout oublier, pour n’être qu’avec moi seul. On en
voit d’autres laisser les voies communes des chrétiens pour marcher dans des
voies plus élevées et qui les rapprochent davantage de moi. Eh bien! ma fille,
entre ces inclinations de ma grâce et les inclinations de la nature se trouvent
la division que je suis venu apporter en ce monde. Oui, je divise les mouvements
de la nature et les mouvements de la grâce; je divise ceux qui suivent les
mouvements de la grâce et ceux qui, d'une autre part, ne sont dirigés que par
les mouvements de la nature. Il y a division entre eux comme entre le ciel et la
terre, le monde et moi. Il y a division entre l’enfant que j’appelle à mon
sacerdoce, et le père qui lui destine l’héritage de ses aïeux; il y a division
entre la fille qui me choisit pour époux, et la mère qui veut un mariage de
chair et de sang, et non une alliance spirituelle et divine entre moi et son
enfant. Il y a division! si vous saviez les effets de cette division! si vous
voyiez les luttes entre ces parents insensés et le cœur de leurs enfants, entre
ces parents aveugles et la volonté de leurs enfants, entre ces parents charnels
et leurs enfants soutenus par ma grâce! Heureux les enfants qui ne se laissent
pas dominer par la voix de leurs père et mère en cette circonstance, pour
écouter ma voix! Leur résistance pourra un instant faire éclater la colère de
leur famille; mais parce qu'ils auront écouté ma voix, ils deviendront pour leur
famille une source de bénédiction.
« Malheur, au contraire, trois fois malheur, à jamais malheur aux parents qui
auront détourné leurs enfants de la voie où je les appelais, pour les lancer
dans la voie du monde, du péché et de l’enfer! Ma fille, il n’est pas
d’abomination qui ne se soit commise quelquefois à cet égard; vous frémiriez
comme une feuille au vent des tempêtes, si je vous rapportais les excès
parricides que je connais. O pères et mères, indignes de ce nom, qui ravissent à
leurs enfants un héritage éternel pour un héritage temporel, qui ravissent à
leurs enfants les joies de la grâce pour leur donner les remords du crime, qui
ravissent à leurs enfants la paix d'une bonne conscience pour leur donner les
tortures d'une âme couverte d’iniquités, qui ravissent à leurs enfants la
liberté des fils de Dieu pour leur donner les chaînes si lourdes des fils de
Bélial! Pourquoi avez-vous jamais engendré, pères dépravés? Pourquoi vos seins
ne sont-ils pas demeurés stériles, mères sans cœur? Père, pourquoi n’avez-vous
pas plutôt enfoncé un poignard dans le cœur de vos enfants? Mères, pourquoi
n’avez-vous pas étouffé dans leur berceau le fruit de vos entrailles? Si du
moins vous les aviez exposés dans un lieu public où les passants les eussent
recueillis; si du moins vous les aviez jetés sur les eaux d’un fleuve où les
baigneurs les eussent pris dans leurs bras! Mais non; vous les avez plongés dans
l’iniquité; vous les avez livrés au monde, à leurs passions, à Satan. Malheur,
malheur à vous!
« Je l’ai dit, ma fille, quand j’étais sur la terre, il vaudrait mieux pour
quelqu’un qu’on attachât à son cou une meule de moulin et qu’on le jetât à la
mer que de scandaliser un petit enfant. Que dirais-je des pères et mères qui ne
scandalisent pas leurs enfants, mais qui se font leurs plus cruels ennemis et
les ensevelissent, pour ainsi dire vivants, nuit et jour dans le vice, au lieu
de leur laisser pratiquer le bien auquel ils avaient droit et qu'ils voulaient
me donner? Ah! ma fille, ceux-là ne font point l’office de pères et de mères,
mais l’office infernal de Satan.
Combien je plains ces enfants et combien je leur porte intérêt! Ah! s’ils
avaient toujours la constance de porter leurs yeux sur moi; s'ils savaient
m’appeler à leur secours! S’ils voulaient espérer en moi, rien de les
rebuterait, rien ne les arrêterait; ils oublieraient leur père de la terre pour
ne penser qu’à leur Père du ciel. Ils ne craindraient point le père qui peut
tuer leurs corps, mais le Père qui peut les jeter à jamais dans les flammes de
l'enfer.
« Combien je déplore l’aveuglement de ces parents! C'est Dieu qui demande
leurs enfants, et ils disent à Dieu : Vous n’aurez point nos enfants. C'est Dieu
qui les leur a donnés; et Dieu n’aurait pas le droit de les leur demander, de
les prendre à son servie et de verser sur eux des bénédictions toutes spéciales?
Dieu n'est-il pas le premier Père de ces enfants? n’a-t-il pas, par conséquent,
des droits supérieurs à ceux des parents? Est-il juste de les lui contester?
est-ce chose juste envers Dieu? est-ce chose juste envers les enfants,
non-seulement de les engager à ne point se donner à Dieu, mais de les en
empêcher réellement? Ah! s'ils savaient mieux comprendre leurs intérêts!
« Si un roi de la terre demandait à des parents leur fille pour épouse, ne se
feraient-ils pas un plaisir de la lui accorder? Ne verraient-ils point comme un
grand honneur, qui retombe sur leur famille, le choix de ce prince? Qu’est-ce
donc, ma fille, qu’un roi de la terre devant le roi du ciel? Voilà pourtant la
pensée de bien des parents; ils préféreraient pour gendre un souverain de la
terre au souverain de la terre et du ciel. Quel outrage envers Dieu! quelle
injustice envers lui! C'est aussi un outrage et une injustice envers les
enfants. C'est un outrage, puisqu’au lieu de les ennoblir on les avilit. C'est
une injustice, puisque éclairés par la lumière divine ils voient la vérité qui
est faite pour eux, qu'ils veulent saisir, et qu'ils en sont empêchés par ceux
qui leur ont donné le jour, pour les livrer au mensonge, au crime et puis à la
damnation! O aveuglement! Ô crime! Ô opiniâtreté affreuse et parricide!
« Malheur, trois fois malheur, à jamais malheur aux parents divisés avec leurs
enfants quand ma voix se fait entendre à eux! Félicité, bonheur et bénédiction à
jamais aux parents unis avec leurs enfants quand ma voix se fait entendre à eux
et parvient jusqu’à leur cœur! »
Un jour, après avoir fait la sainte communion, je me
retirai dans mon cœur où Jésus était assis
sur son trône. Aussitôt j’aperçus à ma
gauche un immense fossé entouré d'une quantité de
longs pieux d’or. Je vis dans ce fossé un monument
superbe, doré à l’intérieur et d'un
éclat ravissant. Ce monument, en forme de tour carrée,
était ouvert par le haut. Il me sembla entendre un vent violent,
venu de dessous terre, qui soufflait dans la tour dont il faisait
sortir une fumée noire et épaisse, très-abondante.
L’odeur de cette fumée était insupportable.
À cette vue, je me dis à moi-même : Voilà
une image sensible du monde. L’éclat, le brillant du monde
fascine les âmes, les trompe et les précipite dans le
fossé si large et si vaste de l'enfer. O mon âme!
aimeras-tu jamais ces vanités? te laisseras-tu tromper par ce
faux brillant? rechercheras-tu ces plaisirs trompeurs? Non, non,
toujours tu te détacheras du monde, toujours tu le fuiras comme
ton plus grand ennemi, toujours tu t’attacheras à
Jésus, malgré les peines, les tribulations et les croix
qui se présenteront sur ton chemin.
Aussitôt, une personne, que je n’avais jamais vue, vint à moi et me dit : «
Êtes-vous dans les dispositions que vous venez de manifester? — Oui,
répondis-je, ce sont là les vraies dispositions de mon âme. » Elle me demanda
pour la seconde fois : « Êtes-vous dans les dispositions que vous venez de
manifester? — Oui, répondis-je, ce sont là les vraies dispositions de mon âme. »
Elle me demanda pour la troisième fois : « Êtes-vous dans les dispositions que
vous venez de manifester? — Oui, répondis-je, ce sont là les vraies dispositions
de mon âme. — Eh bien ! dit-elle alors, venez, suivez-moi. » Je la suivis et
nous arrivâmes auprès d’une porte qui était fermée. Avant de l’ouvrir, elle me
dit : « Avez-vous du courage? » Je répondis affirmativement, mais ma voix
n’avait pas trop d’assurance. Elle me demanda encore : « Avez-vous du courage? »
Je répondis sur le même ton. « Avez-vous du courage? » me demanda-t-elle une
troisième fois. Alors, me défiant de moi-même, je m’écriai : Seigneur, venez à
mon aide donnez-moi votre force et votre vertu! Et je répondis immédiatement
après, avec une fermeté surhumaine : Oui, j’ai du courage; je ne crains rien.
La porte s’ouvrit, et je montai un long escalier qui me conduisit dans un
appartement au bout duquel se trouvait un autre escalier. Quand j’entrai dans
cet appartement, un homme, caché derrière la porte, me frappa d’un vigoureux
coup de bâton, qui m’enleva presque toutes mes forces. J’avais bien de la peine
à monter le second escalier. Je le montai cependant. Là, je trouvai un homme
qui, touché de compassion pour ma faiblesse, m’offrit un verre d’eau. Cette eau
me rafraîchit et me donna un peu de vigueur. Je montai un nouvel escalier où je
vis s’avancer vers moi un homme puissant, qui me donna deux soufflets qui
m’étourdirent. Je tombai à terre sans pouvoir me relever. Dans ma détresse, je
m’écriai : Seigneur, venez à mon secours! Alors, la personne qui m’accompagnait
et une autre, qui accourut, me prirent dans leurs bras et me portèrent ainsi en
haut d'un autre escalier où je trouvai un grand crucifix. Je me jetai à genoux,
embrassai les pieds du Sauveur, lui fis part de mes peines et lui demandai de me
délivrer de mes ennemis. Le Seigneur Jésus me dit, du haut de sa croix : «
Allez, ma fille, vos peines sont peu de chose en comparaison de mes peines;
relevez-vous, marchez, et pensez dans vos souffrances à celles que j'ai
endurées; cette pensée vous donnera force et courage. »
J’embrassai de nouveau les pieds du Sauveur; je montai un autre escalier, et
j’arrivai dans un appartement dont le plancher et le plafond semblaient être une
seule glace. Les murs étaient parsemés de glaces plus petites, de diverses
dimensions, qui recevaient leur éclat de la glace d’en haut et d’en bas; et je
me dis à moi-même : Ce plancher et ce plafond me figurent Jésus-Christ au ciel
et en la terre, versant sa lumière sur les saints qui la réfléchissent et se la
renvoient mutuellement, et, passant des uns aux autres, elle revient ensuite au
Sauveur Jésus. Je dois, moi aussi, revoir la lumière qu'il m’envoie de son trône
du ciel et de son trône du tabernacle, et réfléchir cette lumière pour éclairer
les ténèbres de mon prochain et le ramener à Jésus, autant que Dieu me le
permettra.
Aussitôt la glace supérieure s’entr’ouvrit en forme de tour, se disposa en
forme d’escalier dont les échelons, brillants et polis, conduisaient à un petit
pavillon sans muraille, mais tout en colonnettes, d'un éclat éblouissant, Jésus
était au milieu. Il m’appela; je montai vers lui, et, à mesure que j’avançais,
je sentais mon cœur plus enflammé d’amour pour mon Sauveur. Quand je fus près de
lui, il me tendit la main; je me jetai à ses genoux et me perdis dans les
douceurs de sa présence, éprouvant une félicité au-dessus de toutes les
félicités du monde, et je ne pus que m’écrier : Sauveur Jésus, combien votre
service est aimable! qu’on est heureux de vivre près de vous, avec vous, en
vous!
Un jour, le Sauveur Jésus, me parlant dans l’intimité, me dit : « Le ciel
s’est abaissé et la terre s’est élevée, et cet abaissement et cette union ont
uni ensemble le ciel et la terre. Comprenez-vous ceci, ma fille? — Je répondis :
Oui, Seigneur. — Un soleil est descendu du ciel en terre; il est remonté au ciel
et demeure pourtant sur la terre; sa lumière est éclatante, et plusieurs
néanmoins ne la voient pas. Connaissez-vous ce soleil, ma fille, et voyez-vous
sa lumière? — Je répondis : Oui, Seigneur. »
Il ajouta : « La terre possède un puits dont la source est au ciel. Tous les
enfants du père de famille ont chacun un seau pour aller puiser à cette source.
Ceux-ci ont un seau plus grand, ceux-là l’ont plus petit. Les uns y puisent une
eau pleine de vie, les autres un poison mortel. Comprenez-vous, ma fille? — Je
répondis : Oui Seigneur. »
Il continua ainsi : « Je vois une échelle qui va de la terre au ciel. Au pied
de l’échelle, il y a un abîme. En descendant dans l’abîme, vous vous élevez sur
l’échelle, et chaque degré que vous descendez dans l’abîme vous élève sur les
échelons de l’échelle. Comprenez-vous, ma fille, comment il peut en être ainsi?
— Je répondis : Oui, Seigneur. »
Enfin, le Sauveur Jésus me dit un jour : « Ma fille, voici une chose qui
paraît étrange. Les hommes sont enfants et par cela même se trouvent sensés. Les
hommes sont insensés et par leur folie se trouvent sages. Les hommes sont
aveugles et par leur aveuglement ont une vue très-claire de beaucoup de choses.
Les hommes sont sourds et par leur surdité entendent parfaitement. Les hommes
sont muets et parlent parfaitement. Ils sont perclus et se meuvent toujours. Les
hommes semblent morts et ils sont vivants, et ils n’ont pas besoin de
résurrection. Comprenez-vous, ma fille, ces apparentes contradictions, et
trouvez-vous en elles la vérité? Oui, Seigneur. »
Il n’est rien de si clair, en effet, que les réponses à ces questions du
Sauveur Jésus.
C'est lui qui a abaissé le ciel, élevé la terre, uni la terre au ciel; c'est
lui qui est le soleil venu du ciel pour éclairer la terre, qui est demeuré sur
la terre pour l’éclairer, mais dont la lumière n'est point aperçue par les
méchants; c'est lui qui est le puits de la terre dont la source est au ciel, et
qui donne par l’eucharistie aux saints une eau vivifiante, aux impurs un poison
mortel; c'est lui qui est l’échelle qui va de la terre au ciel; un abîme est à
ses pieds, l’humilité; et plus on s’humilie, plus on s'élève vers lui. Les
hommes enfants sont les hommes droits et pieux; les insensés, ceux qui suivent
les maximes de la croix; les sourds, ceux qui fuient le monde, les muets, ceux
qui ne participent point aux discours du monde; les perclus, ceux qui sont
chastes; les morts, ceux qui oublient le temps pour penser à l'éternité.
Le Sauveur Jésus m’a dit un jour : « Ma fille, je suis la pierre de
scandale contre laquelle les puissances de l'enfer et les enfants de ténèbres
ont toujours lutté et lutteront jusqu’à la fin des temps, pour s’y briser comme
un verre contre un pavé. On m’a persécuté avant que je fusse venu sur la terre,
dans la personne de mes ancêtres selon la chair et dans tous les croyants de
l'ancienne loi. Car, je suis fils de David, et David fils d’Adam, et Adam fils
de Dieu. Adam se révolta contre Dieu, et je lui fus promis comme Rédempteur, et
parmi les Fils d’Adam, la famille d’Abraham, d’Isaac et de Jacob seule conserva
le souvenir de la promesse qui avait été faite, et espérait dans le Sauveur
promis. Cette espérance et cette foi étaient l'ancre de salut de ce peuple,
comme de tous les hommes qui sont venus et viendront. On ne peut être sauvé sans
espérer et croire en moi, au moins d'une manière implicite. Et parce que le
peuple juif croyait et espérait un Sauveur, il observait la loi que je lui
donnai sur le Sinaï; et parce que les patriarches primitifs croyaient et
espéraient en moi, ils observaient la loi naturelle que j’avais mise dans leur
cœur. Et les puissances de l'enfer se soulevaient contre ces lois et contre moi,
et les fils de ténèbres se soulevaient aussi contre ces lois et contre moi. Ils
ont lutté et se sont brisés dans les abîmes qui les ont engloutis.
« La loi du monde, avant ma naissance temporelle, c'était moi seul; et à cause
de moi, qui étais loi du monde, Adam et ceux de ses fils qui ont marché dans la
justice, les patriarches et mon peuple ont été persécutés. J’étais pour leurs
ennemis une pierre de scandale; ils se sont séparés de moi pour tomber sur moi
et je les ai anéantis.
« On m’a persécuté pendant ma vie sur
la terre; on m’a persécuté encore après ma
mort, ma résurrection et mon ascension au ciel. Je suis encore
pierre de scandale et d’achoppement pour les uns comme dans
l’ancienne loi, car je suis encore la loi du monde.
« Je suis pierre de scandale pour les Juifs qui rejettent les ignominies de la
croix et ne veulent point que je règne sur eux. Mieux eût valu pour eux que je
ne fusse jamais venu au monde. Je suis pierre de scandale pour les hérétiques
qui refusent les dogmes de ma religion : leur raison sera brisée contre ma
divinité et mes mystères. Je suis pierre d’achoppement pour les mauvais
chrétiens qui rougissent de moi, de ma religion, de mes maximes, de mes
préceptes. Je refuserai de les connaître au jour du jugement; mais ils seront
reconnus par le roi du monde et règneront avec lui dans les ténèbres et les
abîmes de l’enfer.
« Le Fils d’un roi doit-il rougir de sa naissance, de son titre de prince, des
honneurs qu'il voit rendre à son Père, et qu'il lui rend lui-même? Je suis
l’auteur de la royauté éternelle communiquée à l'homme, communication qui se
fera au ciel, dans le sein de Dieu, ou près de Satan, et avec Satan, dans le
sein de la malédiction et des souffrances de l'enfer.
« Ah! ne vous brisez jamais contre moi, ma fille : approchez-vous de moi avec
confiance et vous vivrez avec mon Père dans l’éternité. »
« Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus, plus on s’approche de moi,
plus on s’approche de Dieu en s’y attachant; plus on s’éloigne de moi, plus on
s’avance dans la mort.
« Par le péché, l'homme avait mis un mur de séparation entre Dieu et lui, de
telle sorte qu'il était impossible à l'homme d’aller jusqu’à Dieu, et de jamais
trouver grâce devant lui. Je vins sur la terre, par miséricorde pour l'homme,
renverser ce mur de séparation par ma mort et mes mérites, rétablir l'homme dans
la grâce avec Dieu, et lui donner le moyen d’aller encore à Dieu. Ce moyen,
c'est moi. Je suis la porte qui mène au ciel et mène à Dieu, et nul ne va à
Dieu, nul n’entre dans le ciel que par moi. Aussi, plus on s’attache à moi, plus
on s’approche de moi, plus on s’attache à Dieu, car je suis éternellement avec
mon Père et je repose dans son sein. Plus on cherche à m’être agréable, à me
plaire, plus je répands mes grâces, qui sont le lien le plus fort entre l'âme et
Dieu. Plus on se détache de moi, plus aussi on se détache de Dieu, car Dieu ne
se trouve qu’avec moi, et celui qui est séparé ou éloigné de moi ne peut qu’être
éloigné et séparé de Dieu. Celui qui n'est point avec moi, est contre moi. Celui
qui n’amasse point avec moi, dissipe ce que je lui ai donné. Je ne suis pas
comme les hommes : parmi les hommes, on peut laisser un ami, se retirer loin
d’un ami sans l’offenser pour cela; mais tout homme qui me délaisse ou se retire
loin de moi m’offense et me fait injure. Car on ne peut se séparer ou se retirer
de moi que par le péché, et le péché est une offense à Dieu et une injure envers
le Fils de l'homme et envers Dieu. Plus on se détache de moi, plus on commet de
péchés; plus on viole mes lois, plus on est contre Dieu. Voilà comment celui qui
n’est pas avec moi est contre moi.
« Celui qui n'est point avec moi, dissipe. Si on n'est pas uni avec moi par la
charité, toutes les bonnes œuvres ne sont rien, ne servent de rien, et sont, par
conséquent, dissipées loin du ciel, loin de moi, loin de Dieu. Quand une âme,
chargée de mérites, pèche mortellement, tout est perdu pour elle, pour le ciel,
pour moi, pour Dieu.
« Enfin, plus on se sépare de moi, plus on s’avance dans la mort. Je suis la
vie. Quand on se sépare de moi ou de la vie, on tombe dans la mort; car le
péché, c'est la mort, et on n'est séparé de moi que par la mort. Plus on commet
de péchés, plus on se sépare de moi et plus la mort prend empire sur les
pécheurs; et cette mort n’est point la mort temporelle, mais la mort de
l’éternité, qui est punie éternellement par la justice de Dieu; comme la vie de
l'âme, vie de la grâce, sera la vie de l’éternité, que Dieu récompense par le
don éternel de lui-même à ceux qui auront cette vie, à l'heure de sa visite et
de son passage.
« Restez dans la vie afin que Dieu vous trouve vivante, ma fille; restez dans
la vie, c’est-à-dire restez avec moi; restez dans la vie, c’est-à-dire restez
unie avec moi; ne faites qu’une même chose avec moi, et vous aurez ma vie et la
possession éternelle de Dieu. N’imitez pas les insensés qui sont contre moi, qui
dissipent loin de moi et meurent en se séparant de moi. Gardez la vie; en me
gardant toujours avec vous, vous êtes sure de ne la perdre jamais. » Ces paroles
du Sauveur Jésus avaient fait une profonde impression sur mon esprit; j’aurais
voulu que toutes les âmes eussent été unies à lui et lui fussent à jamais
attachées.
Un jour, je pensais à l’indifférence si générale des hommes pour le Sauveur Jésus, et j’en étais tout attristée. Le Sauveur Jésus vint à moi et me dit : « Ma fille, quel est le sujet de votre affliction? — Seigneur, lui répondis-je, ce qui m’afflige, c'est l’indifférence, la froideur, l’aveuglement et la dissipation des hommes; vous êtes mort pour eux, et ils n'y pensent pas. — Ah! ma fille, me dit alors le Sauveur Jésus, c'était là, quand j'étais sur la terre, le sujet de ma plus grande peine. Si vous saviez tout ce que j’ai souffert pendant ma vie à cause de cette pensée; si vous saviez tout ce que j’ai souffert surtout au jardin des oliviers, alors que je voulus regarder, en qualité de Sauveur, tout ce qui devait se passer dans le monde après ma mort, et demeurer seul à seul avec moi, sans consolations divines ni humaines, au milieu de cet affreux spectacle qui m’arracha une sueur froide de sang et d’eau. Tous les miens, tous ceux qui m’étaient chers comme Fils de l'homme, étaient loin de moi, et si mon Père était avec moi, il n'y était à cette heure que par sa rigueur et sa justice, qui voyait en moi les crimes du monde entier, dont j'avais voulu me charger pour les expier. J'étais devant Dieu, mon Père, comme un pauvre criminel, par amour pour les hommes, et je voyais les hommes ne faire même pas attention à tant d’abaissement de ma part. La contrition de mon âme était comme une immense mer d’amertume, parce que je sentais la grandeur de l’offense que le péché faisait à Dieu, puisque j’étais Dieu, et je voyais les hommes ne pas faire même attention à l’intensité de ma douleur et de ma confusion. Je laissai un instant ma nature humaine seule en face des tourments que j’allais endurer, et elle en fut effrayée à ce point que je m’écriai : Mon Père, que ce calice passe loin de moi, s’il est possible! Ma soumission, néanmoins, fut telle, que j’ajoutai aussitôt : Que votre volonté soit faite et non la mienne! Ah! ma fille, je ne vous dirai pas autre chose de mes souffrances extérieures; mais vous ne pourrez jamais comprendre tout ce que j’endurai au-dedans de moi, alors que, cloué sur la croix, près de rendre le dernier soupir, je vis que mon sang avait coulé, non pas pour le salut de tous, mais pour la réprobation d’un grand nombre. O douleur au-dessus de toute douleur, peine au-dessus de toute peine, souffrance au-dessus de toute souffrance! Moins pénible fut pour moi le couronnement d’épines, moins douloureux le dépouillement de mes habits, et mon attachement sur la croix. Mon cœur, qui dira jamais l’intensité de ta douleur pendant les trois heures où je restai sur la croix? Mon âme, n’étais-tu pas noyée dans un océan d’amertume le plus amer? O vie de mon corps! n’aurais-tu pas été mille fois anéantie, si ma divinité ne t’avait retenue? Non, ma fille, jamais le monde, depuis son existence, n’a vu de peine semblable à ma peine en ce moment. Compatissez comme vous le faites à mes souffrances; souffrez avec moi, et dans vos souffrances dites-vous à vous-même que jamais vous n’approcherez de tout ce que j’ai souffert moi-même. Souffrez un peu pour moi, puisque j’ai tant souffert pour vous. »
Un dimanche de carême, avant la bénédiction du saint sacrement, j’entendis le Sauveur Jésus s’exprimer ainsi avec une grande douceur : « Mes enfants, disait-il aux fidèles rassemblés dans le lieu saint, chantez tous mes louanges, tous adressez-moi vos vœux! Ayez un cœur docile à ma voix qui vous parle, et profitez de ce temps de miséricorde que je vous donne par bonté pour vous. Revenez à moi, vous qui avez péché; je vous attends avec mon cœur de Père pour vous prendre en mes bras. Ne craignez point mes reproches. Je ne vous en ferai point, si vous revenez à moi avec sincérité. Je vous dirai à chacun en particulier : Mon enfant, embrasse-moi. Combien grande est la joie que j’éprouve de ton retour après l’affliction de ton égarement! Oh! que n'ai-je point fait pour toi! Combien tu m’as coûté de peines! Non, tu ne me quitteras plus et tu ne voudras plus affliger mon cœur paternel. Viens, mon fils, je vais te laver dans mon sang et te revêtir de la robe blanche de ma grâce. C'est ainsi que je vous parlerai à tous dans le secret et le silence de vos cœurs. Comprenez tous combien grande est ma miséricorde, et avec quel empressement je cherche le pécheur, surtout dans ce saint temps. Je l’appelle, je l’invite, je le presse, je le poursuis par ma grâce. Revenez tous à moi par une sincère pénitence. Je suis votre père, soyez mes enfants. J’ai couru après vous avec une ardeur infatigable, comme un bon pasteur; comme une brebis blessée, permettez aussi que je vous charge sur mes épaules. Que rien ne vous arrête; qu'il n'y ait pour vous ni difficultés ni obstacles. Le démon vous les représentera beaucoup plus grands qu'ils ne sont. Ayez de la bonne volonté et vous triompherez de tout avec ma grâce. Venez tous recevoir la robe nuptiale dans le sacrement de pénitence, et prendre part ensuite au festin de l’Agneau pascal. Voyageurs fatigués du temps à l’éternité cette nourriture vous redonnera force et vigueur. Venez à moi, je suis à vous. »
Je l’avais entendu le dimanche précédent; sa voix, au lieu d’être douce,
bonne et toute paternelle, me semblait être la voix de Dieu irrité contre les
pécheurs. Sa bouche était pleine de menaces, il s’exprima à peu près ainsi : «
Mon peuple, je viens vous faire entendre ma voix et vous reprocher vos
iniquités. La terre n'est qu'un foyer de corruption. J’ai regardé à droite et je
n’ai vu que vanité et mensonge; j’ai regardé à gauche et je n'ai vu que
turpitudes et infamies qui font horreur. J'ai regardé dans le passé, et
l’histoire des siècles n'est qu'un long mémoire de cruautés affreuses; je
regarde le présent et je vois tous les hommes s’élever contre Dieu, blasphémer
son nom et violer ses lois. Mais je m’élèverai contre ces superbes pécheurs, je
ferai gronder mon tonnerre au-dessus de leur tête et ma foudre ébranlera la
terre sous leurs pieds. J’éclairerai leurs yeux du feu de mes éclairs et les
envelopperai dans le brouillard impénétrable de mes nuages. Ainsi je jetterai la
consternation parmi eux. Hommes vindicatifs, sachez-le bien, la main de Dieu
seul doit s’armer pour la vengeance. Si vous avez reçu une injure, plaignez-vous
à Dieu. Périssent votre or et votre argent, hommes avares; et si vous demeurez
attachés à vos richesses, vous périrez comme elles. Hommes voluptueux, quelle
vie est la vôtre? ne savez-vous donc pas que rien d’impur n’entrera jamais dans
le royaume des cieux? Hommes superbes, qui êtes-vous devant le Fils de Dieu qui
s’est fait humble jusqu’à la mort de la croix? Mon Père, si ma voix n’est pas
écoutée par les hommes, exterminez tous ceux qui vivent et qui ont les mains
souillées de sang, le cœur rempli d’iniquités, l’âme esclave de Satan. Mon Père,
créez-moi un peuple nouveau, et que ce peuple glorifie votre nom dans le temps
et dans l’éternité. »
La voix du Sauveur Jésus était terrible et me glaçait d’effroi; mais au moment
de la bénédiction je me remis un peu, car je vis sa figure reprendre son air
habituel de douceur et de bonté.
« Je suis plein de bonté, me dit un jour le Sauveur Jésus, et rien n’égale
les charmes et l’amabilité qui sont en moi. Ma parole n'est pas comme celle des
hommes suivie de regrets et d’amertume. Il y en a pourtant qui s’ennuient en ma
présence, ne savent comment entretenir conversation avec moi; leur cœur est
plein d’aridité et de sécheresse à mon égard, et pas un sentiment d’amour ne les
porte vers moi. Que doit-on faire alors, ma fille? Je vais vous l'apprendre. Que
ces âmes se tiennent silencieuses en ma présence en adoration, qu'elles
s’humilient et me demandent grâce et pardon de leurs iniquités, en disant
seulement : « Seigneur Jésus, pardonnez-moi! » ou bien « Seigneur Jésus, ayez
pitié de moi! » ou encore : « Seigneur Jésus, venez à mon aide. » Ce ne sont pas
les longues prières qui me sont agréables; je préfère bien un cœur humilié et
contrit aux prières les plus longues et les mieux faites; que doit-ce être des
prières que la bouche seule prononce et que le cœur ne dicte pas?
« Quand vous vous trouverez dans cet état d’aridité et de sécheresse,
adorez-moi en pensant à ma grandeur divine et à ma souveraine majesté.
Excitez-vous au regret de vos fautes, et regardez-vous comme une pauvre
pécheresse. Pensez que je suis votre père et que vous êtes mon enfant, votre
cœur trouvera une parole d’affection pour moi. Figurez-vous que vous êtes bien
pauvre et que je suis un roi débonnaire qui ne sait rien refuser, vous saurez ce
que vous devez me demander; ou bien encore voyez en moi un habile médecin qui
guérit tous les maux; en vous, une pauvre malade couverte de maux et de plaies :
vous voudrez sans doute retrouver la santé; ce désir vous inspirera la manière
dont vous devez vous adresser à moi. Voilà plusieurs manières de s’occuper
utilement quand on est près de moi. D’un côté, s'il ne faut point se fatiguer,
il ne faut pas non plus se laisser aller à la lâcheté; il faut se faire
violence, s’exciter un peu, arrêter sa pensée sur une chose pieuse, et regarder
cette occupation sainte comme la meilleure des prières et comme le meilleur
emploi du temps passé près de moi. Allez, ma fille, je vous bénis. »
Seigneur, lui dis-je, laissez-moi encore près de vous; je veux écouter votre
voix, puisque je ne sais vous parler moi-même. Votre voix est pour moi pleine de
consolations. Ah! vos paroles, mon doux Sauveur, ne sont point comme les paroles
des hommes, je le sens bien; elles ne sont point comme celles que je lis dans
les livres, et vous aviez raison de me dire que la parole humaine est comme un
tambour qui résonne ou comme une cymbale qui retentit, frappant l’oreille mais
sans toucher le cœur, si votre grâce ne l’accompagne. Mais, Seigneur, parlez
encore à votre servante, vous avez les paroles de la vie éternelle; parlez-moi,
Sauveur Jésus, et enseignez-moi de quelle manière je dois vous écouter.
Le Sauveur Jésus resta un moment en silence, jeta sur
moi un regard d'une bonté divine qui pénétra
jusqu’au plus intime de mon âme : « Vous voulez, me
dit-il, que je vous apprenne de quelle manière vous devez
écouter ma parole; ma fille, je suis prêt à vous
satisfaire, parce que les impressions qu'elle produit sur les
cœurs qui l’écoutent avec de bonnes dispositions
produisent des fruits qui dureront jusqu'à la vie
éternelle, car ma parole a non-seulement avec elle
l’onction qui touche le cœur, mais sa lumière
brillante vient encore éclairer l’esprit et dissiper les
ténèbres qui sont en lui. Heureuse serez-vous à
jamais, ma fille, si vous écoutez ma parole! Si vous
l'écoutez comme vous le devez faire, cette audition bien
réglée vous portera à accomplir ce que je vous
dirai et vous inspirerai. Voici donc les dispositions avec lesquelles
vous devez écouter ma parole : la pureté du cœur ou
le désir d’acquérir cette pureté; la
soumission et l’obéissance à correspondre à
la grâce de ma parole; la fidélité à
conformer votre conduite à ce qu'elle vous prescrira.
« La pureté du cœur ou le désir
d’acquérir cette pureté. L'homme n'est point
parfait sur la terre, mais il y a un certain degré de perfection
auquel l'homme doit aspirer et dans lequel il doit s’avancer de
tout son pouvoir; ce degré, c'est la pureté du cœur
ou l’absence de tout péché mortel. Celui qui veut
entendre ma parole, celui qui l’entend, doit avoir cette
pureté de cœur ou le désir d’acquérir
et d’augmenter cette pureté. Plus on est pur et plus ma
parole est abondante, plus elle est douce et suave, plus elle fait de
bien. Plus on a le désir d’entendre ma parole afin de
devenir parfait, plus uni à Dieu, plus je la fais entendre; mais
je me tais lorsqu’on ne désire l’entendre que pour
se glorifier de cette faveur et pouvoir dire : « Le Seigneur
s’entretient avec moi, le Seigneur m’a fait entendre sa
voix! car ce serait là m’offenser et me déplaire
souverainement.
« La soumission et l’obéissance à ma parole et à la grâce. Ordinairement cette
grâce est prévenue par une autre qui dispose le cœur et le prépare. On est libre
de la recevoir ou de la rejeter; quelquefois pourtant cette grâce prévenante est
tellement absolue, qu'on ne peut la repousser; mais elle est rare et je demande
la correspondance à cette grâce. On peut se priver de la grâce de ma parole par
une fausse humilité, en disant : « Je ne mérite pas que le Seigneur me parle, »
et fuyant l’attrait qu’on éprouve. Il est vrai, nul ne mérite que je lui parle,
tous doivent le reconnaître; mais on doit savoir aussi que je ne regarde point
les mérites personnels, mais uniquement ma miséricorde et ma bonté toute
paternelle. On doit donc se soumettre et ne point refuser sous aucun prétexte ma
parole, quand il me plait de la faire entendre; on peut se priver de la grâce de
ma parole par légèreté, en ne l’écoutant point avec attention, quelquefois une
attention moindre. Je suis comme l’époux des cantiques qui vient frapper tout
doucement à la porte de son épouse. Si l’âme qui écoute ma parole est comme
l’épouse dont je vous parle, elle fera comme elle. Elle se lèvera et viendra
m’ouvrir, c’est-à-dire qu'elle abandonnera tout pour écouter ma parole. Ma voix
sera un commandement pour elle; elle m’obéira en m’écoutant attentivement, sinon
je me retirerai et ne me ferai plus entendre. Il faut donc avoir l’oreille
toujours ouverte, afin de m’entendre quand je voudrai parler.
« Il faut enfin conformer sa conduite aux prescriptions de ma parole. Car il
vaudrait mieux, ma fille, n’avoir jamais entendu ma parole que de ne point
accomplir ce qu'elle prescrit. Je ne m’offense pas si dès le commencement on
résiste à ma parole par crainte d’être trompé, car agir ainsi, c'est agir avec
prudence. Mais résister encore quand on est raisonnablement assuré que c'est
bien ma parole qu’on entend, c'est me déplaire et m’offenser. Entendre ma parole
et ne point y conformer sa conduite, c'est pécher contre moi.
« Ma fille, augmentez donc de plus en plus la pureté de votre cœur, recevez
avec soumission ma parole, correspondez à cette grâce, conformez-vous à ce
qu'elle vous prescrira et demeurez toujours dans les sentiments de la plus
grande humilité; ma parole ne reviendra pas vers moi vaine et stérile, elle
m’apportera au centuple les dons que j’aurai déposés en vous par elle et par ma
grâce. Allez en paix, ma fille, je vous bénis pour la seconde fois. » Je me
retirai.
Le Sauveur Jésus m’a dit un jour : « Ma fille, réjouissez-vous, celui que vous aimez est mort, mais il est ressuscité; il est plein de vie, il ne mourra plus. Que les filles de Sion se réjouissent aussi parce que leur bien-aimé viendra près d’elles. Elles ne seront pas toujours dans le délaissement et l’oubli, leur époux viendra près d’elles. Le jour de son arrivée sera celui de leur gloire; le visage de leur époux sera d'une beauté ravissante. Combattez, ma fille, et qu'elles combattent aussi avec courage, souffrez avec patience, travaillez avec ardeur. Ne cherchez point de consolations dans le monde, vous n’en trouveriez guère, du moins vous seraient-elles insuffisantes. Je suis le consolateur des affligés; seul je puis vraiment consoler; si vous m’avez avec vous, que désireriez-vous de plus? Hors de moi tout est vanité. Détachez-vous donc de tout pour vous attacher à moi. Je vous consolerai dans vos afflictions, je vous soutiendrai dans vos malheurs, je vous fortifierai dans vos combats.
« Ma fille, travaillez, me dit le Sauveur Jésus, travaillez avec ardeur à
votre salut, le jour du Seigneur approche. Or, il est dit : préparez-vous au
grand jour du Seigneur. Il a résolu de s’élever contre ses ennemis, il les
dissipera par son souffle puissant qui les accablera, et ses arrêts demeureront
immuables. Aujourd’hui encore j’écoute ceux qui me disent : Seigneur, ne nous
punissez point dans votre colère, ne nous rendez point ce que méritent nos
offenses. Mais quand viendra mon jour, je m’élèverai contre tous ceux qui ne
seront pas mon peuple. Or, ni les orgueilleux, ni les vindicatifs, ni les
avares, ni les impudiques, ni les voluptueux, ni les intempérants, ni les
paresseux, ni les ambitieux, ni les perfides ne sont point mon peuple, car ils
ne me reconnaissent point pour leur roi.
« L’orgueilleux a dit : Ma satisfaction personnelle, la gloire de mon nom,
l’estime des hommes, voilà mon Dieu et mon roi.
« Le vindicatif a dit : Venger toutes les offenses qui me sont faites,
arracher œil pour œil, dent pour dent, voilà mon Dieu et mon roi.
« L’impudique a dit : Satisfaire toutes mes passions, voilà mon Dieu et mon
roi.
« L’intempérant a dit : Le plaisir de la table, les festins copieux et
délicats, voilà mon Dieu et mon roi.
« L’avare a dit : Accumuler or sur or, argent sur argent, possessions sur
possessions, voilà mon Dieu et mon roi.
« Le paresseux a dit : Le repos, l’inaction la plus complète, voilà mon Dieu
et mon roi.
« L’ambitieux a dit : M’élever, grandir, atteindre le faîte des honneurs et du
pouvoir, voilà mon Dieu et mon roi.
« Le perfide a dit : Tromper, faire du mal secrètement, voilà mon Dieu et mon
roi.
« Or, je ne connais pas le peuple des orgueilleux, des vindicatifs, des
impudiques, des intempérants, des avares, des paresseux, des ambitieux et des
hypocrites, ni leurs dieux, ni leurs rois; je m’élèverai contre ce peuple, ses
dieux et ses rois, et je l’exterminerai dans mon éternelle malédiction.
« Ce peuple n’entend point ma voix et ne me connaît point, je ne le connaîtrai
point non plus et je demeurerai éternellement sourd à ses cris.
« Si l’on me demande : qui est donc votre peuple? je répondrai : mon peuple,
ce sont tous les hommes qui me reconnaissent pour Dieu et pour roi, qui
obéissent à mes commandements et à mes lois, qui me donnent leur esprit et leur
cœur. Voilà mon peuple, le peuple que je proclamerai au jour que j’ai choisi,
que nul ne connaît parce qu’il est mon jour, et que je ferai poindre bientôt,
alors qu’on y pensera le moins malgré tous les signes avant-coureurs qui seront
donnés au ciel et sur la terre. »
Un jour le Sauveur Jésus me parla ainsi : « Ma fille, les morts entendront
la voix du Fils de l'homme, et ceux qui l’entendront vivront. Ces paroles
peuvent s’entendre de plusieurs manières. J’entends par ces morts ceux qui sont
morts à la grâce de Dieu par le péché. Or, quand un homme serait plongé dans
l’abîme du péché, quand sa vie ne serait qu'un tissu de crimes, ma voix
néanmoins vient à lui pour le réveiller de son état et lui dire : Lazare, sors
du tombeau. S’il entend ma voix, s’il sent les inspirations de ma grâce, ce
Lazare sortira du tombeau de son péché, il retrouvera la vie, qui consiste dans
l’amitié de Dieu.
« Quand viendra la mort temporelle, c’est-à-dire la séparation de l’âme et du
corps, l'âme se trouvera, quoique immortelle, morte ou vivante : morte ou
séparée de Dieu qui est sa vie, vivante ou unie à Dieu qui l’anime par sa grâce.
Ma voix se fera entendre à ces morts à l’instant même de leur trépas. Si l'âme
est morte ou séparée de Dieu, elle n’entendra point ma voix; malheur à cette
âme! car le ciel n'est point fait pour la mort mais pour la vie. Si l’âme est
unie à Dieu elle entendra ma voix, et ma voix sera pleine de douceur et
d’amitié, ce sera la voix qui promet et donne la récompense. O heureuse cette
âme! car la vie doit être avec la vie, et la vie c'est Dieu; elle participera à
la vie de Dieu et par conséquent sera avec lui pour jamais.
« La mort sera éternellement dans la mort, les ténèbres dans les ténèbres, la
vie éternellement avec la vie, la lumière avec la lumière.
« Ma fille, ne tombez jamais dans la mort de votre âme, demeurez toujours unie
à Dieu, et quand viendra la mort de votre corps, vous entendrez ma voix. »
Je faisais ma méditation, un dimanche matin, sur le jugement dernier;
j’entendis la voix du Sauveur Jésus. Il me dit : Ma fille, mon règne sera un
règne d’or, mon sceptre un sceptre de fer; ma main sera armée de la puissance
que mon Père m’a donnée sur les hommes, et je paraîtrai dans ma gloire avec ma
croix, qui sera la gloire des uns, la honte et la condamnation des autres.
« Sur la terre, la croix m’a couvert d’ignominie aux yeux des hommes; sur la
terre, elle couvre de honte aussi ceux qui l'embrassent et marchent sur mes
traces, mais alors elle fera et ma gloire et la leur. Les hommes meurent, mais
ils ne resteront pas toujours dans le tombeau, ils ressusciteront comme moi.
Leurs corps réduits en poussière reprendront la vie, et la voix de Celui qui a
pu les créer de rien aura la puissance de les rappeler à l’existence. Mères
désolées qui pleurez sur la terre la perte du fruit de vos entrailles,
consolez-vous; vous retrouverez vos enfants. Époux inconsolable de la perte de
votre épouse, consolez-vous; vous retrouverez celle qui fut l’objet de vos plus
légitimes et plus douces affections. Enfants qui pleurez la perte de ceux qui
par leur tendresse vous élevèrent dans la vie, consolez-vous; vous retrouverez
vos pères et mères. Vous tous que la mort vient affliger, rappelez-vous que la
mort mourra et que la vie reviendra pour ne jamais finir. Ce sera alors le grand
jour de ma gloire, le grand jour de ma puissance, le grand jour de ma justice,
et ma justice et ma puissance réveilleront tous les morts. Ils paraîtront devant
moi. Tous ressusciteront, mais tous ne seront pas réunis; tous ressusciteront,
mais j’aurai deux paroles différentes pour les ressuscités. Je dirai aux uns une
parole de bénédiction, et de malédiction aux autres. J’enverrai mes anges et ils
sépareront les justes des pécheurs, les élus des damnés. Je bénirai les uns pour
l’éternité, pour l’éternité les autres recevront ma malédiction. Ces deux
paroles sépareront à jamais les justes des méchants, et tous liens seront
brisés, liens du sang, liens d’amitié, liens de protection. Les bénis de mon
Père, n’auront plus de relation avec les maudits qu’engloutiront les abîmes.
« O ma fille, puisqu’il doit en être ainsi, et qu'il n'est rien de si pénible
pour deux cœurs qui s’aiment que la séparation, est-ce que les pères et mères,
époux et épouses, frères et sœur, s'ils s’aimaient véritablement ne feraient
point en sorte de se trouver réunis à jamais dans l’éternité? Voilà la
séparation qui seule devrait les affliger, l’union seule qu'ils devraient
chercher.
« Comme ils se réuniraient avec empressement au pied de ma croix, afin que ma
croix les réunit un jour pour l’éternité aux pieds de mon Père qui est au ciel!
S’ils faisaient ainsi, ma croix pourrait pendant la vie tourner peut-être à leur
honte et confusion; mais en ce jour et pour l’éternité elle ferait leur gloire
la plus éclatante.
« Tandis que s’ils fuient ma croix, ses ignominies et ses humiliations, elle
les couvrira d’une humiliation et d’une ignominie éternelles; unis dans la même
condamnation, ils seront à jamais séparés par leur cœur, et leur union fera
l’augmentation de leurs peines et de leurs supplices.
« Alors, ma fille, tous les yeux seront ouverts et verront la vérité; alors
les pères et mères comprendront le tort ou le droit qu'ils ont eu en dirigeant
leurs enfants; alors les jeunes hommes et les jeunes filles ne blâmeront plus
comme insensés leurs compagnons ou leurs compagnes d’avoir sagement usé de leur
vie : alors les magistrats se reprocheront l’indignité et la bassesse de leur
conduite; alors les rois condamneront leur politique astucieuse et criminelle.
Tous alors seront égaux devant moi, parce que ma justice les pèsera tous pour
leur donner récompense ou punition. Il n'y aura plus que bien ou mal, ciel ou
enfer, vie avec Dieu ou avec Satan.
« Ma croix éclairera encore le monde en ce jour, elle ouvrira le ciel et
fermera l'enfer. Les élus s’attacheront à elle pour demeurer avec Dieu, elle
repoussera les damnés au séjour de la peine et de la malédiction éternelles.
« Ma fille, marchez toujours de plus en plus dans la perfection, suivez
l’exemple de ma Mère. Chaque jour et chaque instant du jour a augmenté ses
mérites; croissez, vous aussi, en âge et en vertu. Le jour de la manifestation
de ma gloire sera celui de votre gloire, le jour de la manifestation de ma
justice sera celui où votre âme trouvera grâce près de Dieu, et le jour de la
manifestation suprême de ma puissance sera celui où vous monterez au ciel en
corps et en âme pour l’éternité.
Ainsi me parla le Sauveur Jésus; ces paroles demeurèrent profondément gravées
dans mon âme, et quand viennent des pensées de découragement, elles me donnent
appui et soutien et je bénis le Sauveur Jésus.
À jamais bénédiction, remerciement, gloire à Jésus au saint sacrement de
l'autel. Amen.
édition numérique originale par JesusMarie.com
Table des matières
J’aime le Sauveur Jésus de toute mon âme, de tout mon cœur, de tout mon
esprit, de toutes les forces qui sont en moi. J’aime Marie comme lui. J’aime le
Sauveur Jésus, parce qu'il est Fils de Dieu et mon Rédempteur. J’aime Marie,
parce qu'elle est la Mère du Fils de Dieu, mon Rédempteur, et ma mère. J’aime
Jésus, parce qu'il s’est sacrifié pour moi par amour. J'aime Marie, parce
qu'elle a sacrifié Jésus pour les hommes et par amour pour moi. Jésus est Dieu,
et par cela seul, au-dessus de toutes choses; et je l’adore. Marie est mère de
Jésus, et par cela seul, au-dessus de toutes les créatures. Je ne l’adore point
parce qu’elle n'est point Dieu, mais je lui rends tous les honneurs, tous les
devoirs que peut recevoir une créature et qui ne sont point dus à Dieu seul.
Jésus, Fils de Dieu, Marie, mère de Dieu! Je distingue l’un de l’autre, et je ne
les distingue pas. Je les vois séparés et unis. Je vois un Dieu éternel et une
créature mère de ce Dieu éternel fait homme, et, dans cette maternité, j’unis le
Fils à la Mère, la créature au Créateur. Je vois Dieu créant Marie, et je
distingue l’œuvre de l’ouvrier. Cependant, les relations sont si grandes entre
ce Dieu fait homme et cette Vierge, mère de Dieu; l’unité d’action dans le monde
des âmes est si frappante et si visible entre Jésus et Marie, que je ne sais ce
qu'il faut le plus admirer de Jésus opérant dans cet univers surnaturel et
invisible placé dans l’univers naturel et visible, ou de Marie sans laquelle
Jésus n’opère rien et ne veut rien opérer. Dieu fait homme! merveille admirable
pour la terre et les cieux. Dieu fait homme, ou l’infini devenu fini, sans
cesser d'être infini; devenu mortel, sans cesser d’être la justice par
excellence et la sainteté sans tache. Marie, mère de Dieu! merveille aussi
admirable pour la terre et les cieux. Marie, mère de Dieu, ou le fini engendrant
l’infini et demeurant fini malgré cette génération; Marie, mère de Dieu, femme
mortelle engendrant l’Éternel! O prodige au-dessus de tout! Je ne vous adore
point, mais je vous donne ma vénération, et j’adore en vous Celui que vous avez
conçu, engendré, mis au monde, et livré pour le salut du monde en union avec le
Dieu, Père éternel du Verbe fait homme en vous.
Mon âme surabonde de joie quand Jésus me parle de lui ou qu'il se montre à
moi; et ma joie n'est pas moindre quand il me parle de sa Mère, quand elle
apparaît à mes yeux ou qu'elle vient me parler elle-même. Lorsque Jésus me parle
de Marie, il me parle de lui-même; quand je vois Marie, je vois Jésus; quand
Marie, je vois Jésus; quand Marie m’entretient et me fait entendre sa voix, il
me semble que c'est Jésus qui parle. Je ne mets point de différence entre la
voix de Jésus et celle de Marie. Si j’avais les yeux du corps ou de l’âme
fermés, et que j’entendisse Jésus ou Marie, sans les voir, je ne saurais dire
quelle est cette voix. J’ai remarqué pourtant que la voix de Marie est toujours
pleine de douceur, de bonté, de tendresse, et que la voix de Jésus est
quelquefois sévère et prend un accent de justice ou de menace que je n’ai jamais
reconnu en Marie. La voix de Marie est toujours la même, d’une douceur
inexprimable envers les justes comme envers les pécheurs. Pourquoi cela? Je ne
sais; mais ce que je sais, c'est que Marie est mère du Fils de Dieu mort sur la
croix, et qu'elle est notre mère. Marie, mère de Dieu et ma mère, c'est Marie et
sa douceur, Marie et sa bonté, Marie et sa tendresse, Marie et sa commisération!
O Marie! Mère de Jésus et ma mère, je vous aime, je vous bénis, je vous loue, je
me donne à vous.
Le Sauveur Jésus m’avait souvent parlé de
lui, et jamais encore il ne m’avait parlé de Marie.
« Ma fille, me dit-il un jour, désirez-vous voir ma
mère? — Seigneur, lui répondis-je, je n’ai
aucun désir, ma volonté sera la vôtre. Je ne veux
avoir d’autre volonté que votre volonté. »
Jésus leva les yeux au ciel et s’écria : « Ma
Mère, apparaissez à ma fille; je le désire, et,
pour conformer son désir au mien, elle le désire aussi.
— Le désirez-vous, ma fille? — Oui, Seigneur.
» Aussitôt j’aperçus des yeux de
l’âme Marie devant l'autel. Je me trouvais dans
l’église (c'était un dimanche matin avant la sainte
messe). Je la considérai attentivement. Son visage était
resplendissant comme le soleil; ses mains brillaient comme des rayons
de soleil; sa robe était blanche et parsemée
d’étoiles, un large manteau de couleur de feu enveloppait
ses épaules, il était aussi parsemé
d’étoiles; sa chevelure retombait en arrière,
couverte d'un voile en dentelle magnifiquement travaillé; enfin
une couronne de diamants, plus beaux et plus éclatants que tous
les astres des cieux, ceignait son front. Cette lumière qui
était en Marie n'est comparable à aucune autre
lumière, celle du Sauveur Jésus exceptée. La
lumière du soleil aurait pâli devant celle qui sortait de
Marie; et cependant mes yeux ne peuvent regarder en face le soleil, et
je regardais Marie dont l'éclat ne m’éblouissait
pas à ce point de m’empêcher de la regarder. Je
regardais Marie et je ne pouvais ne la point regarder. Sa vue donnait
à mon âme la félicité. Lorsque j’eus
longtemps considéré Marie, elle prix mes deux mains; je
m’élevais sans savoir où j’allais; mais je ne
craignais point, mes mains étaient dans les mains de Marie, mes
yeux arrêtés sur ses yeux. Je me regardais comme un enfant
entre les bras de sa mère, où nul danger ne peut
l'atteindre. Nous arrivâmes dans un temple magnifique dont le
pavé était en or, les colonnes extrêmement
élevées, et l’intérieur
éclairé par des milliers de lampes allumées en
l’honneur de la sainte Vierge. Une multitude innombrable y
chantait ses louanges. Elle me conduisit devant un trône
d’or d'une grandeur immense, qui ressemblait à un autel.
« C'est là, ma fille, me dit-elle, le trône de la
divinité. C'est de là que partent tous les effets de la
justice de Dieu. » Elle se plaça ensuite sur un
trône magnifique préparé près du premier, et
des vierges sans nombre, vêtues de blanc, vinrent se ranger
autour d’elle. Elles étaient d'une beauté
ravissante, de beaucoup néanmoins inférieure à
celle de Marie. Combien je me sentis pauvre, dénuée, en
comparaison de tout ce que je voyais! Ma misère
pénétra jusqu’au plus intime de moi-même, et
je me mis à pleurer. La sainte vierge me cacha alors dans son
manteau; mes pleurs cessèrent, et je vis la lumière de
Marie passer en moi comme la lumière du jour à travers un
cristal. Je ne me possédais pas de joie. Les yeux de mon corps
s’ouvrirent alors; je vis le prêtre à l’autel.
J’entendis sa voix dire distinctement ces paroles : Sanctus,
sanctus, sanctus, et je fus comme toute pénétrée
par la sainteté de Dieu; mes yeux se fermèrent, mes
oreilles n’entendirent plus rien, je me trouvai encore sous le
manteau de Marie. La sainte Vierge se leva, retira son manteau qui me
couvrait, s’approcha du trône de la divinité, et me
remit entre les mains de Dieu. Je n’avais point vu Dieu sur son
trône, même avec les yeux de mon âme; mais,
dès que Marie m’eût placée sur le trône
où Dieu réside, je sentis mon âme tout
embrasée d’amour s’unir à Dieu en
unité de la sainte Trinité. Dieu le Père me
bénit, le Verbe de Dieu mit sa main sur mon cœur, et le
Saint-Esprit se reposa sur ma tête comme une rosée pleine
de fraîcheur qui me faisait à la fois vivre et mourir. Je
me rapprochai de plus en plus du Verbe de Dieu et par lui de Dieu son
Père. Enfin, il me sembla que je finis par reposer dans le sein
de Dieu le Père, que Dieu le Fils vint reposer sur mon
cœur, et que le Saint-Esprit présenta à Dieu le
Père Dieu le Fils reposant en moi. O moment de
félicité, de joie, de transports inexprimables!
Était-ce le ciel et son bonheur que j’éprouvais en
ce moment? Pour une éternité, ce bonheur m’aurait
suffi, et je l’eusse accepté de Dieu pour jamais, si telle
avait été sa volonté. Marie vint me retirer de ce
repos que je goûtais en Dieu; elle me prit entre ses bras et me
dit : « Ma fille, vivez sur la terre en pensant au ciel; vivez
sur la terre en pensant à Jésus; vivez sur la terre en
pensant à moi. »
En ce moment Jésus descendit du ciel en terre; c'était le moment de la
consécration. Je descendis du ciel avec lui.
Je me préparai à faire la sainte communion. Quand j’eus en moi le Sauveur
Jésus, je crus être encore sur le trône de Dieu, voir le Verbe reposer sur mon
cœur, et le Saint-Esprit nous présenter ainsi à Dieu le Père.
Je remerciai le Sauveur Jésus de tant de grâces et de bontés à mon égard; je
remerciai Marie aussi bien que je le sus faire, et je me retirai.
Pendant toute la journée, il me semblait être au
ciel et non sur la terre, je ne sentais pas mon corps; il me semblait
n’avoir que mon âme, ne voir rien de ce monde, voir au
contraire toutes les merveilles du ciel. J’avais hâte de
revenir près de Jésus. Je devançai l'heure de
vêpres et vins au plus tôt adorer le Sauveur dans son
tabernacle. Dès que je fus en adoration devant lui, il vint
à moi et me dit : « Ma fille, c'est par ma mère que
vous avez obtenu aujourd'hui la faveur la plus considérable dont
la divinité puisse gratifier une âme qu'elle aime. Vous
avez vu Marie, vous avez reposé sur son trône et sur son
cœur, elle vous a menée sur le trône de Dieu, les
trois personnes divines vous ont reçue dans leur retraite
impénétrable, vous avez pénétré dans
le sein de Dieu, j'ai pénétré dans le vôtre,
et par moi mon Père vous a accueillie. Ah! j’ai voulu vous
laisser comprendre que les relations de Dieu avec les hommes
n’existent que par ma mère et avec ma mère. Ma
fille, je vous ai parlé de la rédemption du monde. De
toute éternité, je savais que je m’incarnerais,
parce que je savais que l'homme pécherait, que l'homme ne
pourrait se relever seul de son péché et que je ne
voulais pas l’abandonner dans son malheur si grand. De toute
éternité, j’avais choisi celle que je voulais pour
ma mère; de toute éternité, en union avec mon
Père et le Saint-Esprit, je travaillais à la
sanctification, à la perfection de ma mère. Tous les
trésors de la divinité avaient été mis
éternellement en moi par mon Père, et ces trésors
me permettaient de racheter l'homme en les rendant à mon
Père. Or, je ne pouvais les lui rendre comme Dieu, étant
entièrement semblable à lui; mais je pouvais les lui
rendre en les faisant passer par Marie, en les enfermant en Marie, en
m’enfermant moi-même en elle, et mon Père par Marie
devait les accepter. Et ce que j’avais résolu dans
l’éternité devait s’accomplir dans le temps,
non au commencement, mais au milieu des temps. Ce délai,
pourtant, n’enlevait rien de la force de cet acte
réparateur, et la vertu de cette réparation devait
s’étendre sur le commencement des temps, comme elle devait
après son exécution se continuer jusqu'à la fin.
Or, si je n’ai voulu rien faire au milieu des temps sans Marie,
si les trésors de ma divinité ont été
déposés en elle au milieu des temps;
l’efficacité de ce dépôt agissant au
commencement comme au milieu et à la fin des temps, cette
efficacité vient de Marie comme de moi.
« Je suis comme la source immense de la réparation du monde, comme la source
infinie des grâces données au monde. Mais cette source ne coule pas directement
sur le monde, elle passe par Marie, et ma mère est cette créature que j’ai
choisie en union avec Dieu le Père et Dieu le Saint-Esprit, pour répandre tous
les biens du ciel sur la terre.
« Oui, ma fille, tout vient de moi pour le bonheur et la sanctification des
hommes, mais tout passe par Marie; je n’accorde rien que ce qu’accorde Marie; et
jusqu'à la fin des temps, je bénirai, je rachèterai, je sauverai les hommes
parce que Marie les bénira, les rachètera, les sauvera par moi.
« Pour être Fils de l'homme, pour être Sauveur, il fallait ma volonté, il
fallait aussi la volonté de Marie; pour rendre les hommes fils de Dieu, frères
du Sauveur, il fallait aussi la volonté de Marie; elle a donné son consentement
à Nazareth, elle l’a donné sur le Calvaire, et ce consentement dure encore dans
le ciel.
« Voilà donc ce à quoi Marie était
éternellement destinée par Dieu : à opérer,
par moi et par elle, le salut du monde. »
Un jour de la fête de l’Immaculée
Conception, j'étais venue prier devant l’autel de Marie
longtemps avant la célébration de la sainte messe.
J’avais rendu mes hommages à Marie conçue sans
péché, j'avais félicité Notre-Seigneur
Jésus-Christ d’avoir une créature si
privilégié pour mère. Je m’associai de tout
cœur à la croyance de l’Église et
m’unis à tous les fidèles qui, en ce jour,
rendaient honneur à Marie. J’eus le plaisir de communier.
Quand Jésus fut dans mon cœur, il me dit ainsi : «
Ma fille, vos hommages ont été agréés par
ma Mère, et aussi par moi. Je veux vous remercier de votre
piété par une nouvelle qui vous fera plaisir. Le jour va
venir où le ciel et la terre se concerteront ensemble pour
donner à ma Mère ce qui lui est dû dans la plus
grande de ses prérogatives. Le péché n’a
jamais été en elle, et sa conception a été
pure, et sans tache, et immaculée comme le reste de sa vie. Je
veux que sur la terre cette vérité soit proclamée
et reconnue par tous les chrétiens. Je me suis élu un
Pape et j’ai soufflé dans son cœur cette
résolution. Il aura dans sa tête cette pensée
toujours, pendant qu'il sera Pape. Il réunira les
évêques du monde pour entendre leurs voix proclamer Marie
immaculée dans sa Conception et toutes les voix se
réuniront dans sa voix. Sa voix proclamera la croyance des
autres voix, et retentira dans le monde entier. Alors, sur la terre,
rien ne manquera à l’honneur de ma Mère. Les
puissances infernales et leurs suppôts
s’élèveront contre cette gloire de Marie, mais Dieu
la soutiendra de sa force, et les puissances infernales rentreront dans
leur abîme avec leurs suppôts. Ma Mère
apparaîtra au monde sur un piédestal solide et
inébranlable; ses pieds seront de l’or le plus pur, ses
mains comme de la cire blanche fondue, son visage comme un soleil, son
cœur comme une fournaise ardente. Une épée sortira
de sa bouche et renversera ses ennemis et les ennemis de ceux qui
l’aiment et l’ont proclamée sans tache.
« Ceux de l’orient l’appelleront la rose mystique, et ceux du nouveau monde la
femme forte. Elle portera sur son front écrit en caractères de feu : « Je suis
la ville du Seigneur, la protectrice des opprimés, la consolatrice des affligés,
le rempart contre les ennemis. » Or, l’affliction viendra sur la terre,
l’oppression régnera dans la cité que j'aime et où j'ai laissé mon cœur. Elle
sera dans la tristesse et la désolation, environnée d’ennemis de toutes parts,
comme un oiseau pris dans les filets. Cette cité paraîtra succomber pendant
(trois ans) et un peu de temps encore après ces trois ans. Mais ma Mère
descendra dans la cité; elle prendra les mains du vieillard assis sur un trône,
et lui dira : « Voici l'heure, lève-toi. Regarde tes ennemis, je les fais
disparaître les uns après les autres, et ils disparaissent pour toujours. Tu
m’as rendu gloire au ciel et sur la terre, je veux te rendre gloire sur la terre
et au ciel. Vois les hommes, ils sont en vénération devant ton nom, en
vénération devant ton courage, en vénération devant ta puissance. Tu vivras et
je vivrai avec toi. Vieillard, sèche tes larmes, je te bénis. »
« La paix reviendra dans le monde parce que Marie soufflera sur les tempêtes
et les apaisera; son nom sera joué, béni, exalté à jamais. Les captifs
reconnaîtront lui devoir leur liberté, et les exilés la patrie, et les
malheureux la tranquillité et le bonheur. Il y aura entre elle et tous ses
protégés un échange mutuel de prières et de grâces, et d'amour et d’affection,
et de l’orient au midi, du nord au couchant, tout proclamera Marie, Marie conçue
sans péché, Marie reine de la terre et des cieux. » Amen! ! !
« Ma fille, je veux vous parler aujourd'hui de ma Mère, me dit un jour le
Sauveur Jésus. Sa conception a été immaculée. Il devait en être ainsi pour
qu'elle fût digne de moi. Je suis la sainteté même, comment aurais-je pu
m’incarner dans un corps qui eût été souillé par le péché? Toute la substance de
mon corps a été prise du corps de Marie; par conséquent, si Marie avait eu une
chair même un seul instant, souillée par le péché, ma chair eût été une chair
sur laquelle le péché aurait eu un instant empire, ce qui ne pouvait compatir
avec ma divinité et ma sainteté. C'est pour cela que Marie, destinée à être ma
mère, a été exempte du péché originel; c'est pour cela que, dès le premier
instant de sa conception, Marie reçut de moi la sainteté en partage, et avec
cette sainteté originelle toutes les prérogatives qui pouvaient y être
attachées. Elle reçut une telle abondance de grâce en ce moment, que vous
chercheriez en vain dans la création une semblable merveille. Elle resta neuf
mois voilée et cachée pour la terre, comme moi-même je devais plus tard rester
neuf mois voilé et caché en elle. En ce temps son âme douée d’intelligence et de
raison s’unissait de plus en plus à Dieu, pendant qu'elle était encore inconnue
au monde et qu'elle ne voyait pas le monde, afin qu’à l’heure de sa naissance et
durant toute sa vie, son regard ne fût fixé que sur Dieu, ne cherchât que Dieu,
ne se plût qu’en Dieu. La naissance de ma mère fut ignorée de la terre, méconnue
de la terre, mais non du ciel. Dieu, dès lors, put s'arrêter avec complaisance
sur une créature pleine de justice et de sainteté, et, en sa faveur, accomplir
l’œuvre de miséricorde qu'il avait promise au monde. Dieu ne regardait que
Marie, ne vivait qu’avec Marie, ne se plaisait qu’en Marie. Il ne regardait
point les grands, les puissants, ni les rois de la terre; son œil ne s’arrêtait
que sur l’humble Marie, sur Marie inconnue, sur Marie enfant, qu'il aime comme
sa fille, comme son épouse, comme sa mère, comme son temple. Du sein de son
éternité, il veille sur Marie, il la dirige, il la conduit, il la regarde comme
celle qu'il veut faire participer aux plus étonnants mystères qu'il doit opérer
dans le temps. Chaque jour il augmente les grâces dans son âme, chaque jour il
la fait croître en âge, en vertus, en mérites à ses yeux.
« Bientôt Marie fut tellement élevée en sainteté, que le monde ne fut plus
digne de la posséder; et Dieu, malgré qu'elle fût bien jeune, l’appela dans son
temple, où elle se consacra à lui pour toujours : offrande spontanée, offrande
sainte, offrande sans retour! Dieu l'accepta afin que Marie voulût accepter un
jour aussi son offrande. Dieu lui donna son temple pour retraite, afin qu'elle
lui donnât son sein virginal, où il voulait habiter corporellement. Temple de
Dieu et solitude de Marie! Dieu et Marie! Ma fille, pensez souvent à ces grandes
choses, à ces admirables relations de la divinité avec cette créature dont le
nom est Marie. Votre âme s'y perdra comme dans un abîme sans fin, et dans cet
abîme, qui ne l’entraînera pas à sa perte, elle goûtera un bonheur inexprimable.
Marie se retira près de Dieu, et Dieu vint près de Marie; Marie se plaça sous la
garde de Dieu, et Dieu veilla sur Marie; il déploya toute sa puissance, toute sa
force, toute sa vertu pour entourer Marie, pour environner son âme, éclairer son
esprit, enflammer son coeur. Il fut tellement occupé de Marie, tellement
agissant en Marie, que Marie sembla ne pas vivre, mais Dieu vivre en elle.
Marie, c'était une créature manifestant l’action de Dieu. Cette manifestation
était toute secrète, c’est-à-dire qu'elle n’était qu’entre Dieu et elle. La
terre ne la connaissait point et ne pouvait la connaître, parce que la terre
était séparée de Dieu, parce que la terre avait tellement perdu le souvenir de
l’influence de Dieu et de son action, qu'elle ne l’aurait point aperçue, quand
elle eût été extérieure en Marie. Marie, trésor du ciel, inconnue sur la terre,
Dieu la voile dans sa simplicité, dans son humilité, dans son abaissement; mais
il la tient sous ses yeux, il la tient dans sa main, il la tient dans son
esprit, il la tient dans sa grâce, et quand viendra l'heure fixée éternellement,
elle sera prête, elle sera disposée. Dieu aura Marie en Marie, c’est-à-dire sa
Mère dans la Vierge annoncée par les prophètes, attendue par les patriarches, et
promise au premier homme après sa chute. »
Un jour de l’Annonciation, je lisais dans mon livre l’évangile de la messe;
je le lisais doucement, avec attention, pour y chercher le fruit du mystère que
nous célébrions. Vainement je voulus m’arrêter sur les paroles enfermées dans ce
passage de l’évangéliste saint Luc; je demeurai sans pensées, sans réflexion,
sans sentiment. J’appelai Jésus à mon aide; je me prosternai à genoux à ses
pieds devant le tabernacle, et le suppliai de m’éclairer sur le mystère de
l’Annonciation. Le Sauveur Jésus vint à moi et me dit : « Ma fille, vous aimez
que je vous parle de ma Mère, moi aussi je l’aime. Pour vous éclairer sur le
mystère de ce jour, je veux vous emmener avec moi. Venez, ma fille, suivez-moi.
» Jésus me prit par la main. Dès qu'il m’eut touchée, je me sentis élevée en
l’air, la terre disparut à mes yeux, je ne vis plus rien, si ce n'est Jésus.
Nous arrivâmes à une immense plaine. Ce n’était ni une plaine ni une campagne de
la terre; c'était comme cela, mais ce n’était point cela, et je ne sais le dire
autrement. Autour de cette plaine, je vis neuf degrés ou neuf enceintes
superposées. Chacune de ces enceintes était immense et occupée par une multitude
de jeunes gens vêtus de blanc. Leur robe descendait jusqu’aux genoux; leurs bras
étaient nus, leurs cheveux longs, retroussés en arrière, séparés sur le milieu
du front. Ils avaient tous deux ailes sur leurs épaules. Chacun de ces jeunes
hommes était brillant comme le soleil; mais plus l’enceinte était élevée et plus
les jeunes hommes de cette enceinte étaient éclatants de lumière. Ceux de la
dernière enceinte l’emportaient sur tous les autres.
Au-dessus de ces enceintes je vis un trône magnifique, de l’or le plus fin et
le plus brillant. Ce trône n’était que lumière, et cette lumière descendait sur
tous les jeunes hommes qui me semblaient réfléchir la lumière de ce trône.
Autour du trône, je vis, prosternés à genoux, sept jeunes hommes, plus brillants
que ceux de toutes les enceintes, parce qu’ils approchaient de plus près le
trône de la lumière.
Alors, du trône de la lumière, une voix se fit entendre. Tous ceux qui étaient
dans les neuf enceintes et les sept qui se trouvaient devant le trône de la
lumière prêtèrent l’oreille; puis le premier des sept monta sur le trône, se
prosterna trois fois, quitta cette plaine et passa par les endroits que nous
avions parcourus.
« Venez avec moi, ma fille, » me dit alors le Sauveur Jésus. Il me prit encore
par la main, et nous arrivâmes, avec celui qui avait quitté la plaine d’en haut,
dans une petite cellule. Là, une jeune fille, d’une quinzaine d’années, les
mains croisées sur la poitrine, priait, les yeux levés au ciel. Le jeune homme
se prosterna devant elle et lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce, le
Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » À ces mots,
la jeune fille me parut troublée dans la parole qu’elle venait d’entendre. Elle
se demandait quel pouvait être ce salut. Alors le jeune homme lui dit : « Ne
craignez point, Marie; vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous
concevrez dans votre sein et vous enfanterez un Fils, et vous lui donnerez le
nom de Jésus. Il sera grand. Son nom sera le Fils du Très-Haut. Le Seigneur lui
donnera le trône de David, son Père, et il régnera éternellement, et son règne
n’aura point de fin. » Alors la jeune fille répondit : « Comment cela
s’opèrera-t-il, car je ne connais point d’homme? » Il lui fut répondu : « Le
Saint-Esprit descendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira, et ce
qui naîtra de vous est saint et sera appelé le Fils du Très-Haut. Voici que
votre parente Élisabeth a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et
c'est le sixième mois de la grossesse de celle qui est appelée stérile, parce
qu'il n'y a point de promesse irréalisable pour Dieu. » La jeune fille, levant
les yeux au ciel, s’écria : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait
selon votre parole. »
Alors tout disparut, le jeune homme venu avec le Sauveur Jésus et moi de la
plaine d’en haut, et la jeune fille que nous avions trouvée en prière. Je ne vis
plus que le Sauveur Jésus; il était en face de l'autel. Je me mis à genoux
devant lui; il me bénit, me releva et me dit : « Ma fille, j’ai voulu parler à
vos yeux avant de parler à votre intelligence, parce que votre intelligence
comprendra mieux maintenant ce que vos yeux auront aperçu, ce que vos oreilles
auront entendu. Cette plaine que vous considériez, ma fille, c'est le ciel; les
neuf enceintes et ceux qui les occupaient, les neuf chœurs des anges; le trône
de lumière, le trône de Dieu; les sept jeunes hommes qui entouraient ce trône,
les sept anges qui sont toujours devant mon Père; celui qui s’est levé, qui est
venu avec vous dans la cellule où nous sommes entrées, c'est l’ange Gabriel;
celle à qui il a parlé, c'est Marie.
« Vous allez maintenant, ma fille, pénétrer plus facilement le mystère sur
lequel vous vouliez méditer. Je vous parlerai avec la simplicité d’une mère;
écoutez-moi avec la docilité d’un enfant.
« Mon incarnation était le chef-d’œuvre des manifestations extérieures de Dieu
au ciel et sur la terre. Toute l’éternité Dieu a préparé cette œuvre. Quand
l’heure sonna, au milieu des temps, il envoya son ange, l’un des sept qui se
trouvent toujours en adoration en sa présence et à qui il confie l’exécution de
ses commandements, celui qui s’appelle Gabriel, c’est-à-dire force de Dieu ou
bien Dieu et homme. Ce n'est pas sans dessein qu'il porte ce nom, force de Dieu,
parce qu'il devait être le héros annonçant la grande manifestation de la force
et de la puissance qui est en Dieu; Dieu et homme, parce qu'il devait annoncer
la grande merveille d’un Dieu fait homme. Ce n'est pas sans dessein qu'il porte
ce nom, force de Dieu, parce qu'il devait être le héros annonçant la grande
manifestation de la force et de la puissance qui est en Dieu; Dieu et homme,
parce qu'il devait annoncer la grande merveille d’un Dieu fait homme.
« Il est ange et l’un des plus puissants de la cour de mon Père, et il vient
dans la cellule de Marie, que mon Père avait choisie pour me donner le jour sur
la terre. C'est le ciel qui apprend cette grande nouvelle à la terre; c'est un
ange qui l’apprend à une vierge; c'est le plus beau des anges qui l'apprend à la
plus sainte des créatures; c'est l'ange de Dieu qui l’apprend à la mère de Dieu.
La terre et le ciel, Dieu et sa justice et sa miséricorde étaient en même temps
dans la cellule de Marie. Marie priait, demandait la délivrance du monde,
soupirait après la venue du Messie, et Dieu vient à elle par son ange; Dieu
vient lui dire que les temps sont accomplis, que le Messie va naître d’elle;
l’ange la salue et se prosterne devant elle.
« Vous avez contemplé ce spectacle ravissant, admirable, l'ange venant au nom
de Dieu, Marie n’ayant point ses yeux fixés sur l’ange, mais toujours sur Dieu,
l'ange saluant Marie pleine de grâce, temple de Dieu, femme bénie parmi les
femmes, Marie se disant la servante de Dieu. Ce langage n'était point un langage
de la terre, c'était plus qu’un langage angélique, il était de Dieu, porté par
un ange et reçu par Marie. Or, ma fille la parole de Dieu est lumière, et cette
lumière n'est point une lumière créée, mais incréée, qui ne sort pas de Dieu,
qui reste en Dieu, mais dont les rayons viennent et descendent jusqu’à la
créature pour lui montrer les choses de Dieu et l’élever jusqu'à lui.
« Marie écouta la parole de Dieu transmise par l'ange et demeura en silence.
Son esprit, éclairé aussitôt par cette lumière de la parole, pénètre jusqu’au
sein de la Divinité pour y contempler ses desseins éternels. Elle contemple, et
cette contemplation est pour elle pleine d’intelligence. L’ange, pénétré de
respect, vénérant le silence de Marie et sa contemplation, demeure en silence
devant elle.
« N’avez-vous point remarqué cela, ma fille? — Oui, Seigneur. —Qu’avez-vous vu
en Marie? — Seigneur, je ne saurais m’exprimer, mais il me semble que c'était un
ravissement céleste, et puis comme un trouble produit par la parole de l’ange et
ce ravissement. — Ne pensez-vous point que ce soit la présence de l'ange qui
l'ait troublée? — Non, Seigneur, car j'ai vu clairement et d'une manière
sensible la vérité du récit évangélique qui dit que Marie fut troublée dans le
discours de l'ange.
« Il en a été ainsi, ma fille. Marie était sainte et pleine de grâces, la
pureté de son âme surpassait la pureté de tous les esprits célestes; la présence
d’un ange sous une forme humaine ne pouvait la troubler. Marie était si
éclairée, son intelligence si ouverte et si pénétrante, qu'elle eût reconnu un
artifice, si l'ange des ténèbres avait voulu se changer pour elle en ange de
lumière. Marie n'était pas seulement gardée par un ange, mais par Dieu; car Dieu
était avec elle, et, sous la garde de Dieu, elle ne pouvait ni craindre ni se
troubler. Marie fut troublée dans la parole de l'ange. Il y eut combat entre son
humilité et la parole du messager céleste. Le combat produisit le trouble de
Marie, qui se demanda quelle pouvait être cette salutation et la signification
de ces paroles. Ah! ma fille, l’humilité était si grande en Marie qu'elle
ignorait les grandeurs qui étaient en elle. Dieu voulait élever Marie, et Marie
ne pensait qu’à s’humilier devant Dieu; et son humilité lui enlevait la parole,
et elle se confondait dans son néant au moment même où Dieu allait l'exalter par
sa divinité, qui devait s’unir si intimement à elle. Son humilité devint sa
force; l’ange ajouta : « Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce devant
Dieu. »
« Savez-vous, ma fille, quelle est cette grâce que Marie a trouvée devant mon
Père? — Non, Seigneur. — Écoutez l’ange, il va vous l’apprendre : « Voici, lui
dit-il, que vous concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un Fils, et
vous lui donnerez le nom de Jésus. »
« La grâce que Marie a trouvée devant mon Père, est moi. Je suis la grâce de
Dieu le Père, je suis la splendeur de sa gloire, et Marie m’a trouvé par sa
sainteté, par sa vertu, par sa virginité. Elle m’a trouvé et je viendrai en
elle, et je me donnerai à elle, et elle se donnera à moi. Ma divinité descendra
en son humanité, son humanité voilera ma divinité; ma divinité remplira son
humanité; vierge, elle deviendra mère; vierge mère, elle sera mère de Dieu, elle
sera ma mère.
« Voilà la dignité que l'ange annonce à Marie, et cette dignité étonnante pour
le ciel et pour la terre le fut aussi pour Marie. Elle s’écria : « Comment cela
pourra-t-il s’opérer, je ne connais point d’homme? »
« Je désire, ma fille, que vous compreniez bien ces paroles; écoutez-moi avec
plus d’attention. Il n’y a point un doute sur la parole de l'ange: Marie savait
que je devais naître d'une vierge, et son âme était pleine de foi dans les
promesses de Dieu. Mais elle ne savait point de quelle manière je devais naître
d’elle. Être vierge et mère en même temps, c'est là un mystère que nul ne
comprendra jamais, et Dieu n’avait point révélé la manière dont il devait opérer
cette étonnante maternité. Aussi Marie s’écrie : « Comment cela s’opèrera-t-il,
je ne connais point d’homme? » Loin d’être une parole de doute, cette parole est
pleine de croyance et de foi; une parole de croyance au pouvoir de Dieu, à sa
maternité et aussi à la conservation de sa virginité. C'est une parole de
vénération pour le pouvoir de Dieu, de remerciement pour la maternité promise,
d’action de grâces pour sa virginité conservée. Quel est ce mode nouveau que
Dieu emploiera pour opérer son oeuvre? Quelle est cette nouvelle faveur que Dieu
me réserve? Telle était la pensée de Marie.
« Vous devez remarquer aussi que cette parole n'est pas une parole uniquement
de Marie, c'est une parole de Dieu, comme les paroles de l'ange étaient aussi
paroles de Dieu. Dieu voulait par cette parole et sa conservation dans
l’Évangile faire éclater la vérité de sa promesse, faire observer la réalisation
des prophéties, tout en relevant la dignité, la pureté, la sainteté de la
créature qu'il avait choisie pour être sa mère.
« Marie, par sa virginité, a attiré Dieu en elle. Il fallait que cette
virginité apparût toute brillante aux yeux de tous les hommes; et que cette
vertu, manifestée en elle d'une manière si éclatante, demeurât parmi les hommes
comme l’expression de ce qui pouvait être le plus agréable à Dieu. Dieu ne
voulait pas seulement que j’habitasse en Marie, il voulait aussi que je vinsse
habiter dans les enfants des hommes; il voulait que parmi les enfants des hommes
je choisisse un peuple, un peuple privilégié, dont la pensée s’élevât au-dessus
de la terre et des sens, méditât, dans une chair sujette à la corruption et
captivée par les sens, le mystère de l’union incorruptible entre Dieu et
l'homme, que ce peuple se demandât toujours : Comment, dans ma faiblesse, dans
ma misère, dans mon indignité, arriverai-je à unir Dieu à ma chair? Et qu'il
comptât comme Marie sur les paroles de l'ange : Le Saint-Esprit descendra en
vous, la vertu du Très-haut vous couvrira, et ce qui naîtra de vous est saint et
sera appelé le Fils du Très-Haut.
« Oui, ma fille, dans l’œuvre de mon incarnation en Marie, il n'y a eu que
l’œuvre de Dieu. Les hommes n'y ont point eu de part. Tout a été divin dans
cette nouvelle création. Le Saint-Esprit est venu lui-même opérer en Marie cette
merveille, la vertu de mon Père a soutenu Marie dans la création de mon humanité
en elle; mon humanité unie à la divinité a été sainte comme ma divinité, et j'ai
été appelé parmi les hommes du nom que je portais dans le sein de mon Père, du
nom qui désigne et exprime ce que je suis, le Fils de Dieu.
« Voilà le prodige merveilleux, dont l’explication est donnée à Marie, que les
femmes stériles devenues mères dans l’ancienne loi avaient annoncé, qu’Élizabeth
sa cousine, devenue mère aussi malgré sa stérilité, annonçait également, non pas
dans sa totalité, mais comme signe de l’efficacité de la puissance de Dieu, dont
pas une promesse n'est irréalisable.
« Heureuses les âmes qui, comme Marie, suivent, dès leur enfance l'attrait que
Dieu met dans leur âme, qui se consacrent à lui et ne désirent d’autre union que
son union! En vérité, je vous le dis, ma fille, ces âmes deviendront ma mère
comme Marie; je reposerai en elles, non-seulement neuf mois, mais toute leur
vie, et pendant l’éternité elles reposeront en moi. J’aurai pour elles, comme
j’en ai eu pour Marie, des faveurs spéciales sur la terre et dans le ciel. Ma
fille, je vous appelle à moi, dites avec Marie : « Voici la servante du
Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Prononcez souvent ces mots,
prononcez-les comme Marie, les yeux levés au ciel, votre cœur tout entier
abandonné à Dieu, votre esprit et votre âme ne demandant, ne désirant, ne
cherchant que la volonté de Dieu.
« Ma fille, quand l’ange eut fini de parler, il avait achevé sa mission et
n’attendait que la réponse de Marie. J’étais à même de m’incarner en Marie, mais
il fallait le consentement de Marie. Dieu allait renouveler son alliance avec
les hommes, mais cette alliance devait être acceptée par Marie, et Dieu, et
l'ange, et moi qui vous parle nous attendions la réponse de Marie. O puissance,
ô grandeur communiqué à Marie! Jamais, Dieu ne s’était soumis à l'homme, et il
se soumet à Marie; jamais Dieu n’avait consulté l'homme, et il consulte Marie;
jamais Dieu n’avait fait dépendre son action de l'homme, et il fait dépendre la
plus admirable de ses actions de Marie. O parole de Marie! Ma fille, n’en
avez-vous point distingué l’accent? N’était-ce point ma parole que vous avez
distinguée dans la parole de Marie? Je suis la parole éternelle de Dieu,
j’allais m’incarner dans Marie, et déjà ma parole était en elle comme un essai
de ce que j’allais produire par elle dans le monde : « Voici la servante du
Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. »
« Le résumé de mon incarnation est dans cette parole. Il n'y a que deux choses
en elle : humilité et puissance : l’une et l’autre existent séparément, mais il
semble que la seconde ne se manifeste que par la première. Ce n’a été que par
mon humiliation jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la croix, que j’ai voulu
manifester ma puissance sur la mort, sur l’enfer, et sur l'homme pécheur à qui
je rendais la grâce et la liberté.
« Marie, au moment où le messager du ciel proclame ses grandeurs, s’humilie
jusque dans le plus intime de son être : « Voici la servante du Seigneur. » Mais
cette humilité acquît une force toute divine, qui m’attire et m’incarne en elle
par la puissance d'un commandement auquel je ne résiste point : « Qu’il me soit
fait selon votre parole »!
« L’œuvre de mon incarnation fut accomplie par cette parole. J’habitai dès
lors corporellement en Marie, et le ciel adora ce mystère de l’abaissement du
Fils de Dieu, de sa miséricorde et de son amour pour les hommes, et de la
dignité, de la grandeur, de la puissance de la Vierge que j’avais choisie pour
être ma mère. »
Voilà ce que je me rappelle de mon entretien avec le Sauveur sur le mystère de
l’Annonciation. Je n’ai point parlé comme le Sauveur, mais comme j’ai su et
comme il me l’a permis. Ce que je ne puis et ne sais point dire, c'est le
bonheur que l’onction de sa parole mit dans mon âme. Je le remerciai de
l’instruction qu'il m’avait donnée et le priai de me faire participer aux
sentiments de Marie au jour de l’Annonciation.
Quelques jours après, je pensais aux grâces si privilégiées que Dieu avait
données à Marie; je félicitais Marie d’avoir été choisie pour mère de Dieu; je
félicitais Jésus d’avoir Marie pour sa mère. Ce furent les seuls sentiments que
je pus former dans ma méditation. Selon la recommandation de Jésus, je me tenais
silencieuse en sa présence, mon cœur et mon esprit attachés à lui. Il me
semblait que mon âme s’embrasait de plus en plus d’amour pour le Sauveur. Il
vint à moi du fond du tabernacle et me dit : « Ma fille, je vous ai parlé sur le
mystère de l’Annonciation de ma naissance à Marie et de Marie, aujourd'hui je
veux vous parler de ma vie en Marie pendant les neuf mois que j'ai passés en
elle, et des mystères opérés par ma présence en son sein virginal.
« J’étais Dieu, Fils de Dieu, Verbe de Dieu, lumière de Dieu, splendeur de la
gloire de Dieu, vivant dans Marie, femme mortelle, femme vierge, sainte,
immaculée dans sa conception, dans sa naissance et dans sa vie, femme mère de
Dieu. J’étais en Marie comme homme, comme Fils d’Adam, Fils de David, en tout
semblable aux autres hommes, hormis la similitude du péché. J’étais en Marie,
ayant ma vie comme Dieu, et ma vie comme homme; en elle il y avait ma divinité
et mon humanité, et les deux natures divine et humaine se réunissaient dans ma
personnalité de Sauveur. J’étais en Marie un Dieu soumis à Dieu le Père, un Dieu
incarné, un Dieu fait homme pour offrir à mon Père le sacrifice qui seul pouvait
lui être agréable.
« J’étais en Marie, Dieu et homme tout ensemble; Dieu-Homme s’immolant et se
donnant continuellement à Dieu, et lui répétant à chaque moment cette parole :
Mon Père, vous n’avez point voulu les holocaustes ni les sacrifices des hommes,
mais vous m’avez donné un corps, et voici que je viens, ô mon Dieu, pour faire
votre volonté.
« J’étais Dieu, et je m’adressais
à Dieu; je reconnaissais qu'il m’avait donné le
corps dont était revêtue ma divinité; je le
proclamais l’auteur de mon incarnation et je lui offrais tout ce
qu'il m’avait donné; je le lui offrais à
l’état de victime, comme un serviteur à son
maître, afin de faire sa volonté qui était de
sauver le monde.
« N’était-ce pas, en effet, être victime, que de resserrer ma divinité dans le
sein de Marie? N’était-ce pas être soumis comme un serviteur, que de plier et de
voiler ma divinité dans l’humanité? N’était-ce pas être à la fois serviteur et
victime, que de m’offrir à Dieu en reconnaissant son domaine sur moi? N’était-ce
pas venir pour sauver le monde, puisque je prenais l’humanité en ma divinité et
que je présentais cette humanité sanctifiée par moi à mon Père, afin qu’il
l’agréât, qu'il vît dans son Fils éternel ce même Fils fait homme, devenu frère
des hommes, et qu'il acceptât tous les hommes comme mes frères en tant
qu’Homme-Dieu?
« Ma vie dans le sein de Marie, c'était une parole continuelle à Dieu mon
Père; c'était une parole de soumission, d’obéissance, d’humilité; c'était une
parole de prière et de supplication; c'était la parole éternelle, qui est dans
le sein du Père, incarnée dans le sein de Marie, et qui, du sein de Marie,
s’élevait à Dieu mon Père; c'était la parole du nouvel Adam conversant avec son
Créateur, nous plus dans l’orgueil et la superbe du cœur, mais dans la plus
profonde humilité, et ce nouvel Adam n’était pas homme seulement, il était Dieu
et homme. Aussi, par son humilité et sa divinité, il ne devait point perdre
l'homme, mais le racheter et le sauver, car c'était la volonté de Dieu, et
j’étais en Marie pour accomplir cette volonté.
« Ma vie en Marie était donc ma vie pour Dieu, c'était aussi ma vie pour ma
mère. En vivant dans Marie, je rendais gloire à mon Père, je lui ramenais
l’humanité coupable, je satisfaisais sa justice, et tout cela dans un entretien
plein d’humilité et de soumission. En vivant en Marie, je rendais aussi gloire à
Marie, et jamais nulle créature n’a eu de gloire pareille à cette gloire. Ce
n’étaient point les hommes que je lui soumettais, mais ma divinité; ce n'était
point une œuvre de justice, mais de miséricorde que j’accomplissais à son égard;
et de même que j’avais préparé son âme par la parole de ma grâce, de même que je
lui avais fait annoncer mon incarnation par la parole de mon ange, je voulais
par ma propre parole achever l’œuvre de sanctification et de grandeur qui devait
s’opérer en elle. Ma parole à Marie n'était qu'un écho de ma parole à mon Père;
mais Marie recevait cette parole et la conservait en son cœur; par ma parole à
mon Père je complétais de plus en plus l’œuvre de la rédemption du monde; par ma
parole à Marie, je complétais l’œuvre de son union avec moi. J'étais Dieu, en
cette qualité je lui donnais la vie; j'étais Fils de l'homme, en cette qualité
je recevais d'elle ma vie, et, par cet échange réciproque, je l’unissais plus à
moi et je m’unissais plus à elle en même temps. J'étais Dieu, et comme Dieu
reposant en une créature, Marie était pour moi le seul lieu où je pusse me
plaire. Marie étant sainte, toute donnée à Dieu, tout absorbée en moi, elle ne
voyait que moi, elle ne soupirait qu’après moi, elle ne désirait que moi,
j'étais sa vie, son mouvement, sa richesse, son Dieu; elle était ma mère et je
l’attirais à moi, je me faisais le centre de sa vie. Dieu, dans l’éternité, a
été, est et sera toujours l’objet des contemplations de son Verbe. Dans le
temps, le Verbe de Dieu fait homme était le continuel objet des contemplations
de Marie, et Marie aussi, après mon Père, mais avec mon Père, le continuel objet
de mon humanité unie à la divinité.
« Aimez à me contempler dans vos méditations, vivant en Marie; c'est là une
dévotion qui m’est très-agréable et qui est peu en usage. Attachez-vous-y, et
plus vous vous y attacherez, plus elle aura pour vous d’attraits. Vous ne la
comprendrez jamais parfaitement. Sur la terre, ma vie en Marie demeurera comme
un livre fermé; néanmoins je l’ouvrirai pour vous si vous me le demandez. Je
vous montrerai le Fils de l'homme occupé en Marie de Dieu et de l’humanité tout
entière, et Marie dans toute l’humanité seule occupée de la divinité; je vous
montrerai Celui qui est la vie, tirant la vie d’une créature; je vous montrerai
Celui qui est la lumière, enfermé dans les ténèbres et dans le sein d’une
créature; je vous montrerai Celui qui est Dieu, devenu homme; l’Éternel, mortel;
le Saint, fait comme pécheur, je vous montrerai une Vierge devenue mère, une
Vierge mère portant un Dieu dans son sein, une créature vivifiant le Créateur,
le Dieu du ciel et de la terre dépendant de l’œuvre de ses mains; je vous
montrerai la vie divine et la vie humaine ne faisant plus qu’une vie, la vie du
Fils de Dieu fait homme. Contemplez-moi vivant en Marie, et vous pourrez
recevoir dans votre esprit une idée de mon humiliation et de la grandeur de
Marie, une idée de mon amour pour Marie, et de l’amour de Marie pour moi, de mon
union à Marie, et de l’union de Marie avec moi. Contemplez-moi vivant en Marie,
et vous aurez une idée des relations ineffables que cette vie établit entre mon
Père et Marie; Dieu m’engendrant de toute éternité et seul dans son sein, Marie
seule aussi m’engendrant dans son sein par la vertu de Dieu, Dieu m’appelant son
Fils et Marie me donnant le même nom.
« Vous me verrez Fils de Dieu et fils de Marie, unissant Marie à Dieu et Dieu
à Marie, reposant dans le sein de Dieu et dans le sein de Marie, regardant Dieu
le Père pour l’aimer comme mon Père, regardant Marie pour l’aimer aussi comme ma
mère, ne faisant qu'un avec mon Père, ne faisant qu'un non plus avec ma mère sur
la terre, commençant à donner Dieu à l’humanité en Marie, commençant à donner
l’humanité à Dieu en lui donnant Marie.
« Je vous laisse, ma fille, à ces pensées, je vous les abandonne;
conservez-les dans votre cœur comme un stimulant précieux qui vous fera désirer
de plus en plus que je vienne habiter en vous, vivre avec vous et vous faire
goûter les douceurs de ma présence et de mon amour. »
« Une nuit de Noël, je faisais avant la messe de
minuit ma méditation sur la naissance de Jésus dans
l’étable de Bethléem. Je n'étais point
devant l'autel du tabernacle. Un attrait particulier m’avait
attirée près de l'autel de Marie. Je ne
m’étais point adressée à Jésus,
j’avais recouru à Marie. J’avais oublié le
Sauveur pour ne penser qu’à sa Mère. Cet oubli
n'était pourtant pas un oubli, car, en m’adressant
à Marie, je pensais aussi à Jésus; je veux dire
seulement que mon premier regard dans cette nuit avait
été pour Marie, et que par Marie je voulais arriver
à Jésus. L’autel de Marie n'était point
illuminé, mais cela m’importait peu. Je voyais Marie,
sinon avec les yeux du corps, du moins avec les yeux de mon âme;
j'étais avec elle et saint Joseph dans l’étable, et
avec elle et saint Joseph j’adorais Jésus enfant.
Bientôt la vue que j'avais de Marie fut plus claire, plus brillante; elle
devint la lumière de son autel qui était sans lumière; elle m’appela avec bonté.
L’enfant Jésus, enveloppé de langes, était dans ses bras. J’aurais bien voulu le
prendre entre les miens, le presser sur mon cœur, le caresser, mais je n’osais
le demander à Marie; elle le comprit, car, sans m’interroger, elle plaça son
divin enfant entre mes mains, puis elle me rapprocha d’elle, comme pour me
prendre avec Jésus sous sa protection. L’enfant Jésus était avec moi, mais il
était sans parole. Je le regardais, puis je regardais Marie; j’embrassais Jésus
et je remerciais Marie. Je voulais interroger Jésus et je n’osais interroger
Marie. Néanmoins, je m’enhardis peu à peu et je dis à Marie : Vierge sainte,
parlez-moi de la naissance du Sauveur Jésus. « Ma fille, me dit Marie, je veux
satisfaire votre désir. Mon Fils Jésus étant enfant ne vous parle point, je vais
vous entretenir en sa place.
« Ma fille, c'est à cette heure, en une nuit anniversaire de cette nuit, que
je mis au monde mon Fils Jésus. Cette naissance est le mystère d’une triple
volonté au ciel et sur la terre : la volonté de Dieu le Père, qui chérissait les
hommes à ce point qu'il leur donnait son Fils; la volonté du Verbe de Dieu, qui
chérissait à ce point la volonté de son Père qu’il voulait l'accomplir au moment
fixé par lui; la volonté du Saint-Esprit, qui avait tout disposé pour opérer
cette naissance étonnante, et dont l’opération devait manifester la sagesse et
la puissance. Voilà la triple volonté du Ciel qui se manifeste en cette
naissance. Cette volonté est une dans sa triplicité, elle n’a qu'un objet, la
naissance de mon Fils; elle repose éternellement au sein de la divinité.
« La naissance de mon Fils Jésus renferme encore le mystère d’une triple
volonté sur la terre : la volonté de Dieu le Père, de Dieu le Fils et de Dieu le
Saint-Esprit, qui s’est formée dans le ciel et qui opère sur la terre; la
volonté du Fils de Dieu fait homme, qui est mon Fils, et ma volonté. Ces trois
volontés ne font qu'une volonté; elles étaient en moi, et opérèrent la naissance
de mon Fils. Les trois personnes divines voulaient la naissance de Jésus, et
Jésus est né; Jésus voulait naître, et Jésus est né; je voulais la naissance de
Jésus, et Jésus est né.
« Cette naissance s'est opérée dans ces admirables relations entre les trois
personnes divines et moi, mère de Jésus. Les trois personnes divines donnaient
mon Fils au monde; je le donnais aux trois personnes divines. Les trois
personnes divines me regardaient comme mère de Jésus; moi, je me regardais comme
l’humble servante des trois personnes divines. Dès ce moment je me trouvai plus
puissante et je sentis en moi la puissance même de Dieu; car Jésus fut mon Fils
non-seulement en moi, mais hors de moi, et Celui qui commande au ciel et sur la
terre me fut soumis. Je lui commandais; il faisait ma volonté comme la volonté
de son Père, et ainsi quand la volonté des trois personnes divines était la
règle et le mouvement de ma volonté, ma volonté était aussi la règle et le
mouvement de la volonté divine de mon Fils.
« O ma fille! comprenez bien l’exemple qui ressort pour vous de la naissance
de Jésus. C'est un exemple de soumission, un exemple de volonté exécutée et
suivie, un exemple de subordination, et cet exemple vient du Ciel, vient de
Dieu. Dieu a voulu, et j'ai voulu avec Dieu. Dieu le Père a voulu, et Dieu le
Fils s’est soumis à volonté de son Père. Dieu le Père et Dieu le Fils ont voulu,
et Dieu le Saint-Esprit a voulu avec eux, et il a disposé la réalisation et
l'accomplissement de leur volonté. Ma volonté a toujours été conforme à la
volonté de Dieu. Dieu a voulu que le Fils s’incarnât en moi, naquit en ce jour,
et en tout j’ai conformé ma volonté à la volonté de Dieu. Ne l’oubliez pas, ma
fille, le péché de l'homme a été une opposition à la volonté de Dieu; pour
réparer ce péché, il a fallu une soumission à la volonté divine. Voici le
commencement de cette soumission, soumission dans la naissance de mon Fils.
Portez vos regards plus loin, vous trouverez cette soumission dans sa mort. De
Bethléem au Calvaire, tout en Jésus, tout en moi unie à Jésus est soumission à
la volonté de Dieu.
« Eh bien, ma fille, soyez soumise aussi à la volonté de Dieu, que votre
volonté soit toujours liée à la sienne et ne fasse qu’une avec elle;
rappelez-vous la naissance de mon Fils, sa soumission et ma soumission; et,
quelque pénible que soit ce qui pourra vous être demandé, pensez que la
soumission augmentera votre justice et vous unira plus à Jésus et à sa mère.
Un jour de l’Épiphanie, j'avais eu le bonheur de faire la sainte communion.
Après avoir reçu Jésus dans mon cœur, je le lui offris avec tout ce que j'avais
et tout ce que j’étais pour le reconnaître comme mon Roi, mon Dieu et mon
Sauveur. Alors je vis, non des yeux du corps mais de mon âme, un jeune homme qui
me paru être un ange; il se mit en adoration devant le tabernacle, puis il vient
à moi et me dit : « Marie, suivez-moi. » Je me levai et je le suivis. Nous
passâmes derrière l’autel. Là, une immense campagne s'offrit à mes regards, et
au loin apparaissait une colline sur laquelle était assise une petite ville.
Nous marchâmes très-vite et nous atteignîmes en quelques minutes la cité. Nous
dirigeâmes vers le bas de la colline qui portait la ville du côté de l’orient.
Nous arrivâmes près d’une grotte taillée dans le roc : « Arrêtez-vous, Marie;
c'est ici la maison du Seigneur et le lieu où il a pris naissance pour sauver
les hommes. » Cette grotte, qui avait servi d’étable, était vaste, spacieuse, et
couverte de chaume. Elle avait été disposée en habitation, là habitaient
réellement Jésus, Marie et Joseph.
L'ange, s’adressant à Jésus enfant, lui dit : « Seigneur, vous m’avez ordonné
de conduire près de vous votre servante Marie, la voici. » Jésus, en me voyant,
me sourit avec bonté et puis regarda sa mère qui le tenait par la main. Je me
prosternai devant Jésus, que je reconnus avoir tenu entre mes bras la nuit de
Noël. Je l’adorai de nouveau comme mon Roi, mon Dieu et mon Sauveur. Il quitta
la main de Marie et vint à moi. Je le reçu quelques instants dans mes bras et
puis je le rendis à Marie, et je m’assis près d'elle sur un escabeau que me
présenta saint Joseph.
« Ma fille, me dit alors la mère de Jésus, ne perdez jamais de vue la grâce
qui vous est faite en ce jour. Dieu vous a donné un ange, et cet ange est l'ange
de votre salut. Vous avez cherché avec lui mon Fils Jésus, vous avez été amenée
en ce lieu où il habite, et je vous ai permis de la recevoir dans vos bras.
Ainsi, ma fille, chaque fois que vous chercherez mon Fils avec un grand désir,
soyez sûre de le trouver. Vous ne le trouverez pas seul, vous me trouverez
toujours avec lui; il ne se donnera pas lui-même à vous, ce sera moi qui vous le
donnerai, qui vous le livrerai, qui lui ordonnerai d’aller à vous. Il ne vous
parlera point si je ne lui dis de vous parler; mais s’il ne vous parle pas, je
vous parlerai à sa place. Dieu a donné à mon Fils tout pouvoir sur la terre et
dans le ciel; mais, parce que je suis sa mère, il veut ne le point exercer sans
mon ordre. Unissez donc toujours mon nom au nom de mon Fils; cherchez-moi
toujours, en cherchant Jésus; ne nous séparez jamais et vous nous trouverez
toujours unis, et nous vous donnerons place dans notre famille, dans nos
épreuves, dans nos souffrances sur la terre, pour vous attirer à nous un jour
auprès de Dieu. »
La parole de Marie était pleine de douceur et de bonté. J’aurais voulu
l’entendre encore, mais elle s’arrêta.
L'ange qui m’avait conduite, et qui se tenait à l’entrée de la grotte vint se
prosterner devant Jésus en disant : « Seigneur, les mages d’Orient ont vu votre
étoile, ils viennent vous adorer. » L’enfant Jésus ne répondit rien; mais il
regarda Marie, et les mages entrèrent.
Le premier avait une robe qui descendait jusqu’à ses pieds, une couronne sur
la tête, et, dans les mains, de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Il se prosterna jusqu’à terre et déposa sa couronne aux pieds de Jésus en
disant : « Je vous adore, Fils de Dieu; je vous adore, Fils de Dieu fait homme;
je vous adore, roi des Juifs. »
Le second était vêtu et couronné comme le premier, et, comme lui aussi,
portait dans ses mains de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Il se prosterna jusqu'à terre et déposa sa couronne aux pieds de Jésus en
disant : « Je vous adore, Fils de Dieu; je vous adore, Fils de Dieu fait homme;
je vous adore, roi des Juifs. »
Le troisième était vêtu et couronné comme les deux premiers, et, comme eux
aussi, il portait dans ses mains de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Il se prosterna jusqu'à terre et déposa sa couronne aux pieds de Jésus en
disant : « Je vous adore, Fils de Dieu; je vous adore, Fils de Dieu fait homme;
je vous adore, roi des Juifs. »
Quand ils furent tous trois à genoux devant Jésus, ils lui offrirent chacun
leurs présents.
Jésus leva sa main sur eux comme pour les bénir.
Marie s’entretint longtemps avec les mages sur le péché originel, sur la
promesse du Rédempteur, sur la sainte Trinité, sur le changement qui allait
s’opérer dans le monde par l’Incarnation.
Je vis les mages écouter la parole de Marie avec le plus profond respect, et
porter tour à tour leurs regards de Marie sur Jésus et de Jésus sur Marie, sans
pour cela paraître distraits aux paroles de Marie.
Quand Marie eut fini de parler, elle mit l’enfant Jésus entre les bras de
chacun des mages. Ils furent heureux au-dessus de toute expression de cette
faveur signalée.
Les mages se retirèrent; je remerciai Marie, je lui demandai d’embrasser
encore le Sauveur enfant; et l'ange, qui m’avait conduite dans la grotte, me
ramena derrière l'autel. Je revins à ma place et je me retirai.
Trois jours après, je me sentis attirée près du Saint-Sacrement, je suivis
cet attrait et j’arrivai près de Jésus. Je n’avais point la permission de le
recevoir sacramentellement, mais je m’unis à lui par un grand désir de
communier. Je voulus entrer dans mon cœur pensant y trouver Jésus sur son trône,
comme je l’y trouve souvent. Jésus n’y était point. Je craignis de l'avoir
offensé. Je revins dans mon cœur pour y chercher encore Jésus. Jésus était
absent; mais j'y trouvai mon ange gardien : « Marie, me dit-il, ne vous
attristez point, je vais vous conduire à Jésus. » Alors mon ange me mena par le
chemin que j’avais suivi trois jours auparavant. Je reconnus Bethléem, mon âme
fut tranquille, et je me dis à moi-même : Nous allons à la grotte du Sauveur
Jésus.
Mon ange était silencieux. Je lui demandai : Allons-nous à la grotte du
Sauveur? Il me répondit : « Le Sauveur n'est plus dans l’habitation où vous
l’avez vu naguère. »
Aussitôt j’entendis des voix de femmes désolées qui pleuraient, et poussaient
des gémissements à me fendre le cœur. Ces voix venaient de Bethléem. L'ange me
dit alors : « Les voix que vous entendez sont les voix de pauvres mères à qui on
arrache leurs enfants pour les livrer à la mort par ordre du roi Hérode qui,
craignant la naissance du nouveau roi des Juifs, fait tuer à Bethléem et dans
les environs tous les enfants de deux ans et au-dessous. Hâtons nos pas, Marie;
Jésus a fui en Égypte avec sa mère; pressons-nous, nous le trouverons dans le
désert. »
Les campagnes de la Judée disparurent rapidement et nous aperçûmes au loin
Jésus, Marie et Joseph. Cette vue me donna de la force; j’en avais grand besoin,
la chaleur du désert m’avait exténuée de fatigue. L'ange m’encourageait aussi,
et je marchais toujours.
Nous atteignîmes enfin la sainte famille; elle reposait sous un arbre couvert
de fruits et au pied duquel coulait une source d’eau fraîche. Marie tenait
l’enfant Jésus dans ses bras. Je m’approchai de Jésus et lui dis : Seigneur,
voici bien longtemps que je vous cherchais et je ne vous trouvais point. Il me
tendit les bras et je le pressai sur mon cœur.
Marie s’adressa à moi et me dit : « Ma fille, si vous voulez établir le
royaume de Dieu dans votre cœur, vous trouverez des obstacles immenses; mais ne
vous découragez point. Fuyez le monde, fuyez le Démon, fuyez loin de vous-même.
Vous vous trouverez alors peut-être dans un désert, mais ce désert ne sera pas
sans avoir des charmes pour vous. Dans ce désert, vous trouverez Dieu et ses
consolations, qui vous sont figurées par cet arbre qui vous abrite des rayons du
soleil et porte des fruits pour vous nourrir, et par cette source d’eau où vous
pourrez vous désaltérer. Vous y trouverez Jésus et vous m’y trouverez avec lui.
Alors ce désert ne sera plus pour vous un désert, mais une douce oasis, où vous
vous reposerez après le combat, après une longue course, après de rudes
épreuves. Ma fille, allez en paix. »
Je revins à travers le désert et la campagne que j’avais parcourue, en me
félicitant d’avoir trouvé Jésus.
Un jeudi soir de la semaine sainte, je me transportai par la pensée sur le
haut du Calvaire. Là, je vis le Sauveur Jésus en croix et Marie debout au pied
de la croix.
Je n’ai jamais vu de spectacle qui m’ait émue de compassion comme celui que
j’eus alors sous les yeux. J’aurais voulu être en croix à la place de Jésus qui
souffrait pour moi; j’aurais voulu consoler Marie qui venait de sacrifier son
Fils pour moi.
Je m’approchai de Marie, et je vis ses yeux s'arrêter sur mes yeux. Son regard
m’arracha des pleurs. Elle vint à moi, essuya mes larmes et me dit : « Ma fille,
j’ai voulu vous montrer l'état dans lequel m’avait mise la passion de mon Fils
et vous faire comprendre tout ce qu’a souffert mon cœur de mère.
« En ce moment s’est réalisée la
parole du saint vieillard Siméon, m’annonçant
qu’un glaive de douleur percerait mon âme. J’avais vu
mon Fils livré par un de ses disciples, conduit par une
soldatesque barbare, flagellé, couronné
d’épines, dépouillé de ses vêtements;
je le voyais à cette heure cloué sur la croix
élevée entre le ciel et la terre. Ah! vous ne comprendrez
jamais l’excès de mes souffrances en ce moment de la
passion de mon Fils; je souffrais tout ce qu'il souffrait de la part
des soldats, de ses juges, de ses bourreaux; j'étais
crucifiée avec lui. Oui, mon âme et ma bouche disaient
bien haut à Dieu : « Mon Dieu, que ce calice, s'il est
possible, passe loin de moi! » Mais, sachant que par la mort de
mon Fils le monde devait être sauvé, j’ajoutai :
« Que votre volonté soit faite et non la mienne. »
« Combien douloureux a été pour moi le glaive de la justice de Dieu perçant le
cœur de mon Fils, et perçant aussi mon cœur! Sera-t-il jamais douleur pareille à
cette douleur? Combien les âmes rachetées au prix du sang de mon Fils m’ont
coûté cher, ma fille; combien ce rachat m’a fait souffrir! Il ne m’a point coûté
la vie, mais il a coûté la vie de mon Fils, et, en ce moment, la vie m’était
plus douloureuse que ne l’eût été la mort.
« Telle n'était point la volonté de Dieu; il voulait la mort de mon Fils et
non ma mort, et j'ai vu mourir mon Fils, j'ai supporté, j'ai conservé ma vie
avec soumission à sa sainte volonté.
« Ma fille, vous aurez beaucoup à souffrir dans votre vie; vous aurez beaucoup
de tribulations à supporter : quand vous n’aurez plus ni force ni courage, venez
dans mon cœur, il vous relèvera et vous soutiendra. Venez dans mon cœur, il vous
donnera patience et soumission; venez dans mon cœur, il vous consolera; venez
dans mon cœur, il guérira toutes vos blessures et vous fera croître par la
patience en mérite devant mon Fils. La souffrance est le chemin du salut, le
sentier qui mène à la patrie, le combat qui assure la couronne; c'est le signe
de ralliement avec mon Fils, c'est le drapeau des soldats qui marchent sous ses
ordres. »
Un jour du mois de mai, Marie me dit : « C'est avec raison, ma fille, qu'on
m’appelle la consolation des affligés, le refuge des pécheurs, le salut des
infirmes.
« Je suis la consolation des affligés. Il est des afflictions qui souvent
abattent le cœur de l'homme et lui enlèvent toute sa force. Heureux ceux qui
tournent leurs regards vers moi, parce qu'ils sont consolés! Pour consoler un
affligé, il faut avoir été soi-même dans l’affliction, parce qu’alors on
compatit à sa douleur, et que la compassion est la clef de la consolation; il
faut encore trouver en soi un objet ou une parole qui soit capable non-seulement
de faire diversion avec le motif de l’affliction, mais qui enlève complètement
l’affliction elle-même.
« Or, ma fille, toutes les afflictions ont été en moi, hormis celle du péché;
et bien que celle-ci n’ait point été en moi personnellement, le péché des autres
a été une affliction pour moi, parce qu'il offense Dieu et qu'il a fait mourir
mon Fils. J'ai été exilée de ma patrie; j'ai perdu le peu que j’avais; j'ai vu
mon Fils mourir sur la croix, et dans ce moment j'ai reçu en moi toutes les
afflictions qu’un coeur puisse éprouver ou supporter. Je saurai donc compatir à
la douleur des amis que la mort sépare, de ceux que la persécution poursuit, de
ceux qui conservent secrètement leur affliction dans leur cœur sans la
manifester, je saurai compatir à toutes les douleurs.
« Je saurai faire disparaître l'affliction en donnant la soumission à la
volonté de Dieu, en éclairant l’esprit et montrant que toutes choses passent et
disparaissent; que les épreuves, loin d’être un sujet d’affliction, sont au
contraire un sujet de gloire et de bonheur. Puis, ma parole sera tellement
douce, maternelle, affectueuse, qu'il n’y aura rien de comparable à elle, et
qu’elle calmera toute peine et toute douleur. Elle sera, comme un baume
salutaire, d'une efficacité instantanée qui non-seulement guérira la plaie, mais
fortifiera celui qui souffre.
« Je lui donnerai ma parole, je lui donnerai aussi mon Fils, source de toute
joie et principe de tout bonheur sur la terre et dans le ciel.
« Je suis le salut des infirmes. Il y a deux sortes d’infirmités : les
infirmités du corps et celles de l’âme. Je guéris également les unes et les
autres. Ces deux infirmités ont eu pour principe le péché de l'homme. Le péché a
été la cause de toutes les infirmités corporelles ou morales. Le péché a
assujetti l'homme à la mort et aux diverses maladies qui torturent son corps
dans le cours de la vie; il a tristement incliné l'âme vers le mal, et ce
penchant de l'âme pour le mal est ce qui s’appelle l’infirmité de l'âme.
« Je n'ai jamais commis le péché; jamais le
péché n'a eu d’accès dans mon coeur. J'ai
donné, au contraire, naissance à Celui qui
s’appelle Saint; il est venu en moi; il s’est fait chair en
mon sein, et cette habitation m’a accordé d’immenses
prérogatives, celle, par exemple, de guérir ce que
l’opposé de la sainteté avait apporté dans
l’homme. J’ai donné au monde son Sauveur, Celui qui
l’a racheté du péché, et j’ai
gardé le pouvoir de guérir des suites du
péché.
« Je guéris les corps infirmes. Voyez dans le monde, depuis dix-huit siècles,
combien d’infirmes, désespérant du salut de leur vie, ont recouvré la santé en
recourant à moi. Il n'est pas de jour où ma bonté pour les hommes n’opère ainsi
parmi eux des prodiges sur leur corps; mais j’aime surtout à faire éclater ma
puissance sur l'âme. Combien de jeunes gens et de jeunes filles, combien
d’hommes mûrs et avancés en âge sentent en eux l’infirmité de leur âme, et
l’inclination qui les porte au mal. Ils implorent mon secours, mon assistance,
ma protection, mon appui, et, brisant cette inclination perverse, je les incline
au contraire vers le bien. Au lieu de regarder la terre, ils regardent le ciel;
au lieu d’écouter Satan, ils écoutent Jésus; au lieu de prêter l’oreille au
monde, ils la prêtent à ma voix, ils marchent dans le bien.
« Je suis le refuge des pécheurs. Les hommes avaient établi autrefois des
villes où les criminels pouvaient se retirer, et l’entrée de ces villes les
rendait inviolables. Je suis aussi une cité de refuge. Tous les pécheurs, même
les plus grands pécheurs, peuvent venir à moi. Je n’en rejette aucun; je permets
à tous d’habiter dans cette cité qui est moi-même.
« Là, ma fille, ils sont aussi abrités, non pas contre les hommes, mais contre
Dieu; là, ils peuvent se dépouiller et ils se dépouillent complètement de leurs
vices, de leurs crimes, de tout ce qu'il y a de souillé en eux. Aussi Dieu, qui
ne veut pas la mort des pécheurs, mais leur vie, les respecte parce qu'ils sont
sous ma protection. Sa justice ne les frappe pas; au contraire, il abaisse sur
eux des regards de miséricorde, et voyant qu'ils reviennent à lui dans la
sincérité de leur âme, il les aime de nouveau comme ses enfants, et les comble
de bénédictions.
« Oh! venez tous à moi, vous qui êtes affligés, je vous consolerai; venez à
moi, vous tous qui êtes infirmes, je vous guérirai; venez à moi, vous tous qui
êtes pécheurs, je vous sanctifierai. »
Un autre jour du mois de mai, Marie me dit : « Ma fille, je suis la mère de
tous les hommes et la porte du ciel.
« Je suis la mère de tous les hommes. La première femme qui sortit des mains
de Dieu a été appelée la mère de tous les hommes; mais elle a été leur mère en
les engendrant dans la mort. La première femme de la seconde création a produit
un effet tout contraire : cette femme, c'est moi. J’engendre tous les hommes à
la vie; ceux qui sont venus avant moi comme ceux qui sont venus après. Ma force
génératrice a une étendue telle, que je puis dire en vérité que pas un n’a eu de
vie qu'il ne l’ait reçue de moi. Si la première femme a recouvré la vie, après
l’avoir perdue, c'est à moi qu’elle l’a due. Ainsi, j'ai été la mère de la
première femme elle-même. Je puis jeter les yeux sur toutes les générations
passées, présentes et à venir, et dire à toutes : je vous ai donné la vie. Je ne
parle pas seulement de la vie spirituelle, de la vie de l'âme, mais encore de la
vie du corps. Vous allez me comprendre. Ma reconnaissez-vous la qualité de mère?
Je répondis : ;Oui, Marie. — De qui suis-je la mère? De Jésus-Christ. —
Qu’est-ce que Jésus-Christ? — Le Fils de Dieu. — Suis-je la mère du Fils de
Dieu? — Oui Marie. — Qu’est-ce que le Fils de Dieu? — L’origine et la cause de
toutes choses. — A-t-il créé les hommes? — Oui, Marie. —Suis-je la mère du Fils
de Dieu, créateur des hommes? — Oui, Marie. — Ne suis-je donc pas la mère des
hommes, puisque je suis la mère de Celui qui les a créés? — Oui, Marie.
« Vous comprenez donc, ma fille, comment je puis dire avec vérité que je suis
la mère de tous les hommes.
« C'est moi qui ai engendré, qui ai produit le
Sauveur Jésus, source, origine, et principe de la
génération du monde. Je suis donc moi-même la
source, l’origine, le principe de cette seconde naissance du
monde. Je suis après Dieu, sous Dieu et avec Dieu, la cause
efficiente de cette régénération, puisque
j’ai produit le régénérateur. Je suis
mère de Jésus, et Jésus, Fils de Dieu le
Père, qui le produit de toute éternité dans son
sein, est aussi mon Fils, car je l’ai produit dans le temps en
mon sein. C'est le même Jésus, qui est Fils de Dieu et mon
Fils et qui, en qualité de Fils de Dieu et de mon Fils, a
régénéré le monde. Ce n'est pas seulement
en tant que Fils de Dieu qu'il a régénéré,
mais aussi en tant que mon Fils. Comme Fils de Dieu, il ne pouvait
produire la régénération par la souffrance; mais
je lui ai donné un corps, qui, uni à la divinité,
a eu la puissance régénératrice qu'il a
exercée sur les hommes. Or, vous le savez, ma fille, les hommes
régénérés sont les fils de Dieu le
Père, parce qu'ils sont frères de Jésus, et que
Jésus est son Fils. Ne suis-je donc pas aussi la mère des
frères de Jésus, puisque Jésus me reconnaît
pour sa mère?
« Oui, je suis mère de tous les hommes; j'ai donné à tous la vie, en leur
donnant l’auteur de la vie qui les a retirés de la mort. Toutes les nations me
proclameront bienheureuse, parce que j'ai été mère de Jésus. Moi, je me
reconnais bienheureuse aussi, parce que j’ai été mère de tous les hommes. Je
suis leur mère, et tous doivent me ressembler, et je leur ai donné l’exemple
pour qu'ils m’imitent dans leurs pensées, dans leurs paroles, dans leurs
actions; dans leurs pensées, afin que, redonnées à Dieu par la régénération, ils
ne pensent plus qu’à lui et ne se reposent qu’en lui; dans leurs paroles, afin
que leurs paroles ne soient que des hommages à Dieu; dans leurs actions, afin
que leurs actions ne soient que l’expression de leur soumission à la volonté de
Dieu.
« Je suis la mère de tous les hommes. Je leur donne à tous dans la
régénération ressemblance avec moi, et je reconnaîtrai pour mes enfants ceux qui
conserveront cette ressemblance; tous les autres, mon Fils les repoussera au
loin, et ils ne verront jamais la figure de leur mère.
« Ma fille, je suis la porte du ciel. Ce titre ne peut et ne doit pas être
séparé de celui de mère de tous les hommes.
« Quel est le but d'une porte dans une cité ou dans une habitation? N’est-ce
pas d’y laisser introduire, ou d’en laisser sortir ce qui peut tourner à
l'avantage de cette habitation ou de cette cité?
« S’il en est ainsi, je suis en vérité la porte du ciel; car toutes les grâces
qui sont descendues du ciel sur la terre sont passées par moi, et pas une n'a
été donnée sans qu'elle soit venue de moi.
« Je suis la porte du ciel, car tous ceux qui sont entrées au ciel n'ont pu y
entrer que par moi.
« Je suis la porte du ciel, car j’en ferme l’entrée à tout ce qui est impur et
souillé.
« Je suis la porte du ciel, c'est par moi que la sagesse incréée en est sortie
revêtue d’une chair que je lui ai donnée pour apparaître dans le monde.
« Je suis la porte du ciel; c'est par moi que cette même sagesse, conservant
la chair qu'elle avait prise en moi, est rentrée dans le ciel.
« Ma fille, c'est par moi que vous recevez toutes ces grâces que mon Fils
Jésus vous accorde. Demeurez toujours unie à moi, et par moi vous viendrez au
ciel remercier Jésus des grâces qu'il vous aura accordées sur la terre. »
Le dernier jour du mois de mai, Marie me parla ainsi : « Ma fille, je suis
la sainte Vierge des vierges. Le croyez-vous? Je répondis : Oui, Marie. —
Comprenez-vous comment je suis sainte Vierge des vierges? — Non, Marie. —
Savez-vous ce que cela signifie? — Non, Marie. — Voulez-vous que je vous
l’explique? — Oui, Marie, je vous écouterai avec reconnaissance.
— « Supposez, ma fille, que votre roi, Père de plusieurs enfants, leur donne à
tous un royaume, et qu'il conserve pourtant avec son royaume son autorité sur
les rois ses enfants : quel titre pourrez-vous lui donner? — Je ne sais, Marie.
— Ne pouvez-vous pas l’appeler roi des rois qu'il a établis? — Oui, Marie.
— « Supposez encore qu'il soit puissant à ce point qu'il commande à tous les
rois de l’Europe, dont il a conquis les royaumes, et qu'il leur a laissés
pourtant, pourvu qu'ils se reconnussent ses tributaires : pouvez-vous l’appeler
roi des rois? — Oui, Marie.
— « De même je suis sainte Vierge des vierges, parce que j’ai donné naissance
à toutes les vierges et que je les surpasse toutes en mérite et en grandeur.
« Je suis la mère de toutes les vierges, car c'est moi qui, la première, ai
pratiqué la virginité et me suis consacrée à Dieu comme vierge, sans avoir à ce
sujet ni commandement, ni conseil, ni exemple. La virginité avant moi était un
opprobre; j’ai enlevé cet opprobre et j’ai, par mon exemple, engagé depuis une
multitude innombrable de vierges à la pratiquer. C'est donc mon exemple qui les
a engendrées à cette vie. Je puis donc me regarder comme leur mère et me dire
Vierge des vierges.
« J’ai surpassé toutes les vierges en
mérites et en grandeurs. Je les ai surpassées toutes par
ma pureté. Jamais il n'y a eu en moi de tache originelle, jamais
dans le cours de ma vie je n'ai commis le moindre péché,
jamais je ne me suis rendue coupable de la moindre imperfection. Je les
ai surpassées par la fécondité de ma
virginité, car seule parmi les vierges j'ai été
fécondée, et ma fécondité n'a point
troublé ma virginité. J'ai enfanté en demeurant
vierge, et le fruit de mes entrailles n'a point été un
homme mais un Homme-Dieu.
« Voilà pourquoi, ma fille, je suis appelée la sainte Vierge des vierges.
Suivez mon exemple, ma fille, demeurez toujours vierge dans votre esprit, je
vous donnerai rang parmi les âmes les plus chères à mon Fils Jésus et à mon
cœur. Me promettez-vous de toujours garder la virginité? Je lui répondis : avec
la grâce de Dieu et votre secours, ô Marie, je le promets. »
Le mois consacré à Marie allait finir. Elle me donna sa bénédiction, me
recommanda à Jésus et je la remerciai.
Le mois de mai était terminé; les fidèles ne se réunissaient plus autour de
l’autel de Marie chaque soir à la fin de la journée. Cet autel était néanmoins
plein d’attraits pour moi, et jamais je n’ai quitté l’église sans avoir fait une
prière devant l’image de Marie. Je demeurais longtemps si mes occupations me le
permettaient; je me contentais d’un Ave Maria quand j'étais pressée. Marie ne
venait pas toujours à moi d’une manière sensible, mais toujours elle faisait
éprouver à mon âme certaine impression de bonheur, de paix et de tranquillité
que je sens, mais que je ne puis exprimer.
Elle me dit un jour : « Ma fille, vous savez combien grande est ma dignité,
puisqu’au titre de Vierge je joins celui de Mère de Dieu. Ces faveurs si
grandes, je ne les ai point méritées. Je les ai reçues par la pure bonté de
Dieu. Aussi, alors même que je me sentais accablée par les grandeurs que Dieu
déposait en moi, je conservais toujours le souvenir et la pensée de mon néant.
Cette pensée me donnait de la force pour accomplir tout ce que Dieu demandait de
moi, et cette force se soutenait par l’amour qui était dans mon âme.
« Ma fille, si vous voulez m'être agréable, imitez mon humilité, mon courage
et ma charité.
« Imitez mon humilité. Dieu m’avait donné des privilèges bien précieux, entre
tous celui de conserver ma virginité par un miracle de sa grâce en devenant mère
de Dieu. Je ne me laissai point éblouir par ce merveilleux privilège ni aller à
la vaine complaisance envers moi-même. Je me rappelai, au contraire, que je
tenais tout de Dieu, et que plus il m’avait donné, plus je lui devais de
reconnaissance et de soumission. Vous êtes honorée, vous aussi, ma fille, de
grâces toutes spéciales. Bien loin de vous en enorgueillir, reconnaissez que
vous tenez tout de la bonté de Dieu, que vous devez tout lui rapporter, qu'il
pourrait vous enlever tout ce qu'il a mis en vous, et que vous n’auriez point le
droit de vous plaindre ni de l’accuser d’injustice. L’injustice serait de vous
attribuer ce qu'il vous a donné.
« Imitez mon courage. Ma fille, mes épreuves ont égalé la grandeur des grâces
que Dieu a mises en moi. Il m’avait rendue mère de Dieu, son Fils; il m’avait
donné pour lui une tendresse de mère : mon Fils, c'était ma grandeur; mon Fils,
c'était ma richesse; mon Fils, c'était mon tout. Or, depuis le commencement de
la vie de Jésus, je savais que je devais le perdre un jour, je savais qu'il
devait être livré aux mains de ses ennemis et crucifié comme un criminel, je
savais qu'il devait mourir au milieu des plus affreux tourments. La pensée de la
passion de mon Fils était toujours présente à mon esprit. Quand je caressais son
front, je pensais qu'un jour il serait couronné d’épines; quand je regardais ses
mains et ses pieds, je pensais qu’un jour ils seraient percés de clous; quand je
sentais battre son cœur, je pensais à la lance du soldat romain. Je le voyais en
croix, en proie aux plus vives douleurs, abreuvé de fiel et de vinaigre, insulté
et tourné en dérision par le peuple, et, dans cet état, remettre son esprit
entre les mains de Dieu son Père. Mon cœur de mère était toujours percé par un
glaive de douleur à la pensée de ces souffrances de mon Fils. Néanmoins, je ne
me laissai pas abattre. Je savais que telle était la volonté de Dieu, que telle
était la volonté de mon Fils; j’unissais ma volonté à leur volonté, et je
demeurais ferme et pleine de courage dans ce martyre quotidien de mon amour
maternel.
« Quel que soit le sacrifice que Dieu demandera de vous, quelque pénible qu'il
puisse être pour votre corps, pour votre cœur ou pour votre esprit, faites-le
avec courage, en pensant qu'il pourrait vous demander plus encore et que vous ne
sauriez jamais lui donner assez.
« Imitez ma charité. Mon amour pour Dieu s’accroissait chaque jour pendant que
j'étais sur la terre, et chaque jour je faisais de nouveaux efforts pour
l’augmenter davantage.
« Mon amour pour les hommes a été si grand, que j’ai sacrifié pour eux ce que
j'avais de plus cher, mon Fils Jésus.
« Aimez Dieu toujours de plus en plus, aimez votre prochain comme vous-même,
et faites tout ce qui dépendra de vous pour être agréable à votre Dieu et à
votre prochain.
« Si vous m’imitez ainsi, je vous donnerai ma protection et mon amour. »
Je me présentai un jour, selon ma coutume, à Jésus pour recevoir ses
instructions. Il demeura sans parole. J’attendis avec patience et soumission à
sa volonté, mais inutilement. Je me sentis alors attirée vers l’autel de Marie.
Elle me dit : « Ma fille, vous n’entendrez pas aujourd’hui la voix de Jésus,
mais vous entendrez celle de sa Mère. J’ai, ma fille, deux recommandations à
vous faire.
« La première, c'est d’être toujours
fidèlement soumise à la volonté de mon Fils.
Faites tout ce qu'il vous dira, et soyez persuadée que
l'accomplissement de sa volonté tournera à votre avantage
et à la gloire de Dieu. Écoutez sa parole avec attention,
conservez-la fidèlement dans voter cœur comme je le
faisais quand j’étais sur la terre. Voyez quelle
disproportion il existe entre vous et lui pour la perfection de vos
pensées, de vos sentiments et de vos actes. Cherchez à
vous rapprocher de lui le plus possible, à l’imiter,
à le copier, à vous transformer en lui. Vous
n’atteindrez jamais sa perfection, parce qu'il est Dieu et que
vous êtes créature; mais vous devez tâcher de vous
élever aussi haut qu'il voudra vous le permettre.
« La seconde recommandation que j'ai à vous faire, ma fille, c'est de vous
rappeler toujours que je suis votre mère, que j’ai pour vous un amour
véritablement maternel. Soyez à mon égard pleine de confiance. Venez à moi dans
vos besoins, dans vos nécessités, dans vos peines, dans vos afflictions, dans
toutes vos épreuves; venez à moi et j’accourrai vers vous. Vous savez, ma fille,
que je ne me fais pas longtemps attendre, que je ne demande pas de longues
prières, qu'un seul mot parti du coeur me suffit. Venez à moi, comme un enfant,
avec simplicité, candeur, confiance; traitez-moi comme votre mère, je vous
traiterai comme ma fille; aimez-moi comme votre mère, je vous aimerai comme mon
enfant. Ne m’appelez désormais que votre mère, je ne vous appellerai que ma
fille; donnez-moi tout ce qui vous appartient, je vous donnerai tous mes trésors
du ciel.
« Soyez soumise à mon Fils, ayez confiance en moi et vous marcherez sûrement
dans la perfection. Ma fille, je vous aime et vous bénis, allez en paix. »
Gloire à Jésus pour toujours au saint sacrement de l’autel. Amen.
édition numérique originale par JesusMarie.com
Gloire et louange, amour et reconnaissance soient à jamais rendus à Jésus au saint sacrement de l’autel, au Père et au Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles, Amen.
Table des matières
Le Sauveur Jésus me dit un jour : « Ma fille, l'homme a été créé le dernier
parmi les êtres de la création, ce n'a pas été sans un dessein particulier de
Dieu; car Dieu a voulu achever son œuvre tout entière et la résumer dans la
création de l'homme. Voyez l'homme, il est composé d'un corps et d’une âme, il
grandit, il a l'être ou l’existence, il a la sensation ou l’usage des sens. Par
son âme il se rattache aux anges; par la sensation, aux animaux; par l'être ou
l’existence, aux divers éléments de la nature qui n'ont ni intelligence ni vie;
par son développement aux plantes qui croissent et se développent. Voilà comment
l'homme se rattache à toute la création : à la création spirituelle ou angélique
par son âme, à la création matérielle par son corps. Cette union de l'homme avec
toute la création n'est pas quelque chose de purement imaginaire, c'est, au
contraire, une réalité telle qu'il participe à ce qu'il y a de bon et de mauvais
dans ces deux créations, par l’influence que l'une et l'autre exercent sur lui.
« L’union la plus intime de l'homme est avec les anges, parce que cette union
doit durer toujours et jusque dans l’éternité. L’union avec la créature
matérielle est d’un degré beaucoup inférieur, parce que cette union n'est que
transitoire et ne dure que dans le temps pour finir à l’entrée de l’éternité. De
plus, ma fille, l'union de l'âme avec l'ange est plus forte, parce que cette
union n'est pas une union passive, mais une union opérante et pleine d’activité.
Il y a communication entre l'âme de l'homme et les anges; il y a entente, et
cette communication, cette entente deviennent telles que l'homme finit par
ressembler à l'ange et prendre position avec lui. S’il fait alliance avec les
bons anges, s'il les suit, s'il combat avec eux, l'homme sera bon; s'il fait
alliance avec les mauvais anges, l'homme sera mauvais et leur deviendra
semblable. La bonté de l'homme lui donnera place parmi les bons anges, sa malice
parmi les anges mauvais. Ah! ma fille, attachez-vous aux anges qui sont bons,
parce qu'ils ont été fidèles à mon Père, et fuyez ceux qui se sont révoltés
contre lui et voudraient vous entraîner dans leur révolte. »
Un autre jour, le Sauveur Jésus me dit : Ma fille, les anges sont envoyés
par Dieu pour le service de ceux qui doivent prendre part à l’héritage du salut.
Vous vous rappelez ce que je vous ai dit des communications entre les anges et
l'âme des hommes. Écoutez bien ceci; c'est fort important. Je veux vous parler
de deux choses que produisent les anges sur les hommes. La première, c'est
l’illumination de l'intelligence, la seconde, le mouvement de la volonté.
« Les anges, ma fille, peuvent éclairer et éclairent véritablement les
intelligences. Je suis le chef des anges, je leur commande et ils m’obéissent.
Je suis le chef des anges et la seule lumière véritable, et par cette lumière
j’éclaire et la terre et les cieux. Mais comme un roi ne commande pas toujours
par lui-même, et qu'il commande le plus souvent par ses ministres, je me plais à
ne pas éclairer directement par moi-même et j’envoie mes anges qui sont mes
ministres du ciel sur la terre. Ils ont pour chef la lumière incréée, et pour
fonction de répandre la clarté de cette lumière.
« Les anges, ma fille, éclairent les hommes de trois manières : en leur
annonçant les divins mystères, en les instruisant, en les exhortant; ils les
éclairent en se manifestant à eux visiblement ou invisiblement.
« Visiblement, quand ils apparaissent aux hommes sous une forme humaine et
qu'ils viennent leur parler comme un égal à son égal. Ainsi l’ange Gabriel
apparut à Marie et remplit vis-à-vis d’elle, sous une forme humaine, les trois
fonctions d’annonciation des divins mystères, d’instruction sur ces mystères, et
d’exhortation à l’occasion de ces mystères. Il lui annonça le mystère de
l’Incarnation en elle : « Voici que vous concevrez un Fils. » Il l’instruisit
sur ce mystère : « Le Saint-Esprit descendra en vous, et la vertu du Très-Haut
vous ombragera. » Il l’exhorta à l’occasion de ce mystère : « Ne craignez point,
Marie. »
« Visiblement, lorsque, sans avoir pris une forme humaine, ils font entendre
une voix semblable à la voix des hommes. Ainsi un ange fit entendre sa voix, au
nom de Dieu, à Samuel, pour lui révéler la colère de Dieu contre les enfants
d’Héli.
« Visiblement, lorsque, sans avoir pris une forme humaine, ni une voix
humaine, ils ont recours à quelque signe sensible qui frappe les yeux des hommes
de manière à ce qu'ils ne puissent s’y tromper. Ainsi un ange se manifesta à
Balthazar, au milieu d’un festin, par une main qui écrivit sur le mur de la
salle du festin des caractères que le roi ne put comprendre, mais qui lui furent
expliqués par le prophète de Dieu.
« Ainsi les anges remplirent leurs fonctions d’annonciation des desseins de
Dieu, d’instruction sur ces desseins et d’exhortation à l'occasion de ces
desseins. Ils annoncèrent la vengeance que Dieu allait tirer de la conduite
d’Héli et de Balthazar, ils instruisirent Samuel et le peuple de Dieu sur les
motifs de cette vengeance, et par cette instruction les exhortèrent à n’imiter
point Héli ni Balthazar.
« Invisiblement, lorsqu'ils ne se servent d’aucun objet sensible pour se
manifester à l'homme, quand ils agissent directement avec l'âme et sur l'âme,
quand ils lui parlent comme un esprit à un esprit, comme un ange à un ange; et
cela, soit que celui à qui ils s’adressent soit éveillé, soit qu'il soit
endormi, comme ils s’adressent à tous ceux à qui ils portent intérêt et qui leur
sont confiés en leur inspirant de bonnes pensées, comme ils s’adressèrent à
Joseph et aux mages pendant leur sommeil.
« Ce que je viens de vous dire des anges du ciel pour les hommes, afin de leur
faire opérer le bien, je le dis aussi des anges rebelles qui agissent sur les
hommes pour leur faire opérer le mal.
« Il y a néanmoins une différence autre que la différence des actions de ces
anges; la voici, ma fille. Dieu envoie les anges du ciel, mais il n’envoie pas
ceux de l’enfer. Il leur permet seulement d’agir sur l'homme, et il le leur
permet, non pour que l'homme fasse le mal, mais pour éprouver l'homme et le
faire lutter, pour accroître ses mérites et lui donner une plus belle couronne
dans le ciel. Aussi les mauvais anges n'ont que le pouvoir qui leur est donné
par Dieu, et jamais Dieu ne leur permet de tenter quelqu'un au-dessus des forces
de celui qu'ils tentent.
« Les mauvais anges, ma fille, annoncent aussi les mystères de l’iniquité, ils
instruisent sur ces mystères et exhortent à l’accomplissement de ces mystères.
« Ils se manifestent également d’une manière visible, ou invisible, et
cherchent à opérer pour l'enfer ce que les bons anges cherchent pour le ciel et
pour Dieu.
« Les anges éclairent l’intelligence; ils donnent aussi le mouvement à la
volonté; c'est une conséquence de la lumière qu'ils donnent à l’intelligence.
montrer le bien, instruire sur le bien, exhorter à faire le bien, c'est une
action directe sur la volonté, et cette action je l’appelle le mouvement donné à
la volonté. Ce mouvement ne ressemble pourtant pas à un mouvement, comme celui
par exemple que vous communiqueriez à un objet quelconque; non, ma fille, car la
volonté demeure toujours libre, et comme libre, ni les anges ni Dieu ne peuvent
lui donner mouvement vers le bien si elle one le veut pas. Ce mouvement est une
disposition vers le bien, une aptitude, une facilité à faire le bien. À cet
effet, les anges enlèvent, font disparaître ou diminuent les obstacles qui
empêcheraient la volonté et qui l’arrêteraient, et en ce sens encore ils lui
donnent le mouvement.
« Les mauvais anges agissent en sens contraire des anges bons; ils poussent,
ils meuvent vers le mal, mais ce mouvement peut être repoussé, et il ne reçoit
d’activité qu’autant que la volonté de celui qui est tenté veut le recevoir et
l’accepter.
« Repoussez toujours, ma fille, la lumière et le mouvement que voudraient vous
donner les mauvais anges; acceptez au contraire, en toute circonstance, la
lumière et le mouvement de mes anges. Vous distinguerez les unes des autres par
la vue du bien ou du mal qui vous sera montré ou inspiré. Les démons vous
proposeront le mal, les bons anges vous proposeront le bien. »
Le Sauveur Jésus me dit un jour : « Ma fille, Dieu gouverne, dirige et mène
tout immédiatement par sa providence. Rien ne lui échappe; comme il a tout créé,
ainsi il conserve tout, ainsi il veille sur tout et porte ses yeux sur toutes
choses. Néanmoins il lui a plu de confier l’exécution des actes de sa providence
à des ministres qu'il s’est donnés. Ces ministres sont les anges; il leur a
confié l’administration des mondes, et les a faits les exécuteurs de ses
volontés. Tous lui rendent gloire, les uns par leur assistance perpétuelle
autour de son trône, les autres par leur assistance au gouvernement de ses
œuvres.
« Il a fait le monde et l’a confié à ses anges, il a fait l'homme et il le
leur a confié aussi. Ils sont toujours à son côté, ils sont toujours avec lui,
ils veillent sur lui, ils le gardent, et c'est pour cela qu'ils sont appelés
anges gardiens.
« Tous les hommes ont chacun un ange gardien, ceux qui sont justes comme ceux
qui ne le sont pas; les justes pour conserver leur justice, les pécheurs pour
devenir justes; ceux qui seront sauvés, comme ceux qui seront damnés; car telle
est la volonté de mon Père du ciel, faisant tout pour le bien et le salut de
l'homme.
« Les anges gardiens n'ont point été seulement donnés aux hommes depuis ma
venue en ce monde, mais depuis le commencement tous les hommes ont reçu de Dieu
un ange pour veiller sur eux. Cet ange veille sur celui qui lui est confié dès
le premier instant de sa naissance, et il demeure avec lui jusqu’à sa mort.
« Chaque homme a un ange gardien, et cet ange est d’une dignité en rapport ave
la dignité de celui dont la garde lui est confiée. Les simples chrétiens ont un
ange de degré inférieur; mais parmi les simples chrétiens, il y a des positions,
des nécessités différentes, et chacun a un ange en rapport avec l’état dans
lequel il se trouve.
« Les religieux ont un ange gardien d’un degré supérieur a`ceux des simples
chrétiens; les prêtres un ange d’un degré supérieur à ceux des religieux; les
missionnaires un ange d’un degré supérieur à ceux des simples prêtres; les
évêques un ange d’un degré supérieur à ceux des prêtres; le Pape a pour gardien
l’un des plus puissants esprits de la cour céleste. Il en est de même des
magistrats, des princes et des rois de la terre. Ils ont chacun un ange d'un
pouvoir et d’une force égale à la nécessité de celui sur qui ils veillent.
« Les hommes en particulier n'ont pas seuls des anges gardiens : chaque cité,
chaque royaume, chaque famille, chaque paroisse, chaque communauté a son ange
gardien; c'est ainsi que mon Père a voulu tout disposer, tout diriger par ses
anges.
« Voici ce que fait pour vous l'ange gardien et ce que vous devez faire
pour lui.
« L'ange gardien éloigne de vous les maux du corps et de l'âme; il lutte
contre vos ennemis, il vous excite à faire le bien; il porte à Dieu vos prières
et inscrit sur le livre de vie vos bonnes œuvres; il prie pour vous, il vous
suit jusqu'à la mort, et vous portera dans le sein de Dieu, s vous vivez dans la
justice pendant que vous serez sur la terre.
« L'ange gardien éloigne de vous les maux du corps et de l'âme. Vous êtes
composée, ma fille, d'un corps et d'une âme. Or, l’un et l’autre se trouvent
exposés à chaque instant à mille dangers qui pourraient occasionner leur ruine.
Un rien peut affliger votre corps pour jamais, un accident peut vous ravir pour
jamais aussi la vie de votre âme. vous n’êtes point assez avisée pour écarter et
éloigner tous les dangers; et quand vous le seriez assez, souvent vous ne le
pourriez pas par vous-même. Ce que vous ne voyez pas, votre ange gardien le voit
pour vous; ce que vous ne pouvez pas, votre ange gardien le peut pour vous, et
il protège votre corps et votre âme en éloignant tout ce qui pourrait leur être
préjudiciable; il le fait sans que vous vous en aperceviez. Si quelquefois vous
y réfléchissiez, et que vous vous demandassiez comment vous avez échappé à tel
accident, à tel malheur, vous toucheriez du doigt l’action de votre bon ange;
vous verriez aussi que par lui vous avez évité telle occasion dangereuse; par
lui, conservé la patience; par lui résisté à une tentation. Ainsi, par la
protection de l’ange gardien, vous échappez aux dangers de l’âme et du corps.
« L'ange gardien lutte contre vos ennemis. Vos ennemis, ma fille, sont : le
Démon, le monde, vos passions, vous-même. Il lutte contre le Démon et l’empêche
de vous tenter au-dessus de vos forces, d’exciter en vous de mauvaises pensées
et de vous offrir l’occasion de pécher. S’il ne prévient pas l'attaque, il
double vos forces, chasse les pensées mauvaises par des pensées bonnes et
vertueuses, et vous fait fouler aux pieds les pièges tendus pour vous entraîner
au mal. Il lutte contre le monde : le monde, c'est l'empire, le royaume du
Démon. Il vous éloigne du monde, vous le fait mépriser et tourne vos regards
vers le ciel, royaume de Dieu. Il lutte contre vos passions mauvaises, effets du
péché originel; il leur enlève toute force, il les amortit, et, s’il leur permet
de se relever quelquefois, ce n'est que pour vous assurer une victoire de plus.
Il lutte contre vous-même; toutes les facultés de l'homme quelquefois font
alliance contre l'homme pour l’entraîner au mal; l'ange gardien dissout
l’alliance de ces facultés. Elles s’allient de nouveau pourtant, mais c'est pour
opérer le bien, non pour faire le mal.
« L'ange gardien vous excite à faire le bien, en illuminant votre
intelligence, en lui montrant la volonté et le désir de Dieu, en lui faisant
comprendre l’avantage du bien et le danger du mal. Il vous engage à faire le
bien en vous le rendant facile, en enlevant tous les obstacles ou du moins en
les diminuant. Il vous engage à faire le bien en vous donnant force, courage et
amour pour le bien.
« L’ange gardien porte à Dieu vos prières, et il vous le rend propice; il les
lui présente comme un encens d’agréable odeur, comme le sacrifice de votre cœur,
comme la marque de votre amour, comme le désir qui est en vous d'opérer le bien,
de suivre sa loi, de vous attacher à lui, de demeurer en lui. Pour qu'il reçoive
vos prières, il lui offre toutes vos bonnes actions, il les inscrit sur le livre
de vie, et alors Dieu vous écoute pour que vous viviez de plus en plus en lui,
par lui et avec lui.
« L'ange gardien prie pour vous. Vous priez, ma fille, parce que vous
connaissez vos besoins et l’impuissance dans laquelle vous vous trouvez pour
agir par vous-même. Vous priez parce que Dieu vous en a fait un devoir, parce
que vous connaissez la bonté de Dieu et le désir qu'il a de vous venir en aide.
Mais votre ange connaît bien mieux que vous votre faiblesse et votre
impuissance, bien mieux que vous la bonté de Dieu et le désir qu’il a de vous
secourir; bien mieux que vous aussi votre bon ange sait de quelle manière il
faut prier. Il prie pour vous et demande jusqu'à ce que sa prière soit exaucée.
« Enfin, ma fille, votre ange gardien vous suivra partout; il vous suivra tous
les jours de votre vie, et quand Dieu vous retirera de ce monde, il vous
présentera à lui et vous placera dans le ciel si vous êtes juste, si vous avez
complètement satisfait à la justice divine. Si vous devez passer par les flammes
du purgatoire, il priera et fera prier aussi pour vous, puis il vous délivrera
et vous portera pour l’éternité dans le séjour des élus.
« Voici à présent ce que vous lui devez.
« Vous lui devez respect, obéissance et amour. Vous lui devez respect, car
c'est un des princes de la cour céleste, c'est le représentant de Dieu, c'est
son ministre près`de vous. Honorez donc sa dignité, respectez son caractère
d’envoyé de Dieu.
« Vous lui devez obéissance. Dieu l’a établi votre protecteur, votre gardien;
il est aussi votre supérieur. Vous devez avoir pour lui la docilité d’un enfant
pour son Père, et en vous montrant docile à votre ange gardien, vous montrerez
votre docilité vis-à-vis de Dieu. Car obéir à votre ange gardien, c'est obéir à
Dieu qui vous l’a donné.
« Vous lui devez amour. Votre ange gardien est votre protecteur, votre
bienfaiteur; or, un bienfait demande la reconnaissance, et la reconnaissance se
témoigne par l'amour. Vous lui devez amour parce qu'il vous aime, et que l'amour
se reconnaît par l'amour. Vous lui devez amour parce qu’en l’aimant vous haïrez
Satan, et qu’en haïssant Satan vous aimerez Dieu.
« Ainsi, tout se lie, tout s’enchaîne dans votre vie : votre pensée, votre
mouvement, votre action, tout votre être, votre ange gardien, votre Dieu, votre
éternelle félicité. »
Voici ce que me dit un jour le Sauveur Jésus : « Ma fille, je vous ai parlé
de l'ange gardien, je veux vous parler aujourd'hui de Lucifer.
« Lucifer était le plus parfait des esprits célestes; il a péché par orgueil,
il a entraîné les autres anges rebelles, il veut entraîner tous les hommes.
« Le nom de Lucifer signifie porte-lumière. Ce nom indique la grandeur de la
perfection et la beauté parfaite de cet ange. Il appartenait au degré le plus
près de Dieu, et parmi les anges de ce degré supérieur il était un des plus
parfaits. Je dis un des plus parfaits, par qu'il y en avait dont la perfection
n'était pas inférieure à la sienne. Je dis un des plus parfaits aussi, parce
qu'il n'y en avait pas qui eussent une perfection plus grande que la sienne. »
Lucifer, ainsi que tous les anges du ciel, fut soumis à un temps d’épreuve.
Au lieu de reconnaître Dieu pour son créateur et d’accepter l'épreuve à laquelle
il voulut le soumettre, Lucifer se leva contre lui en disant : « Je m’élèverai,
je deviendrai semblable au Très-Haut. » Il ne fut pas seul dans sa révolte, il
entraîna avec lui un nombre considérable d'anges des neuf degrés établis parmi
eux. C'était le plus parfait de tous, et par sa révolte, par l’entraînement
qu'il donna aux autres, il devint le plus coupable et le chef des révoltés. Il
devint par son crime roi de tous les Fils de la superbe et de l’orgueil; mais il
ne règnera plus dans le ciel et ses hauteurs; il est, avec tous ses anges, dans
les abîmes et les profondeurs de l'enfer. Le nombre de ceux qu'il entraîna fut
immense, inférieur néanmoins à celui des anges fidèles. Il aurait voulu les
entraîner tous, mais les autres se levèrent contre lui en disant : « Qui est
semblable à Dieu? »
« Écrasé par le poids de cette parole et le regard vengeur du Très-Haut,
Lucifer fut précipité dans l’éternelle malédiction.
« N’ayant pu entraîner tous les anges avec lui, il cherche à entraîner les
hommes. Il a séduit Adam, il l’a mis en révolte contre Dieu, il veut agir de
même vis-à-vis de tous les enfants d’Adam. C'est pourquoi il donne à chacun un
tentateur pour combattre l’action de l’ange gardien, pour détourner chaque homme
de la voie du bien, pour faire de lui une victime de la vengeance de Due et un
révolté éternel contre sa divine volonté.
« Pour cela, il emploie ruses et artifices; il combine toutes choses, promet
le bien et donne le mal, montre la vie et entraîne dans la mort, fait goûter le
plaisir et ce plaisir se change en une amertume qui éloigne de Dieu.
« Ma fille, craignez de vous laisser séduire par Satan; il veut votre ruine et
la ruine de tous les chrétiens. Depuis que je suis venu au monde pour battre en
brèche son empire, il redouble d’efforts pour réduire mes conquêtes. Vains
efforts, jamais il n’aura de pouvoir, d’autorité, d’entraînement que sur ceux
qui voudront se donner à lui, se livrer à lui, marcher avec lui. Ma grâce
repousse Satan, ma force l’épouvante, mon drapeau le met en fuite. Mon drapeau,
c'est la croix; attachez-vous à elle, et Satan fuira loin de vous. Ma force est
la force de la croix, qui a vaincu la mort et l’enfer; armez-vous de ma croix,
et vous épouvanterez Satan. Ma grâce descend de la croix, puisez-y comme dans
une source intarissable, et vous repousserez Satan.
« Je suis avec vous, je suis pour vous; marchez, ma fille, et demandez : Qui
donc sera contre moi? »
Le Sauveur Jésus m’avait ainsi parlé des anges et des démons. Or, quelques jours après, il me sembla qu'une voix voulait se faire entendre au-dedans de mon cœur et me dire des choses sublimes. Aussitôt, le trouble s’empara de mon âme, et craignant d’être trompée, je me réfugiai bien vite près de Jésus, le conjurant de ne pot permettre que je fusse trompée. Je vis des yeux de mon âme Satan furieux de n’avoir pu me tromper. « Ma fille, me dit Jésus, voici l'heure du combat. » Mon cœur commença à battre avec force. « Eh quoi! Ajouta le Sauveur, vous craindriez, fille pusillanime? » Quand Jésus eut prononcé ces paroles, je me vis environnée d’une multitude de spectres honteux à voir. Je souffrais plus que je ne pourrais l’exprimer. La tentation devenait de plus en plus violente. Ma force augmentait en proportion. Je luttais seule, mon ange s’était retiré un peu plus loin et me regardait. Je luttais toujours, et pleine de mépris pour mes ennemis, je protestai à haute voix que j’aimerais mieux mourir que d’offenser mon Dieu. Pendant cette lutte, je chantais quelques versets du cantique :
Le monde, en vain, par ses biens et ses charmes, etc.
Choisissant les paroles qui me convenaient le plus.
Après quelques moments de combat, je m’enfuis vers Jésus, et je le conjurai de
purifier mon esprit de ces images déshonnêtes qui avaient voulu souiller mon
âme. Mes ennemis ne se tinrent point pour battus; ils ne tardèrent pas à revenir
à la charge.
Vains efforts : mon ange, une verge à la main, les repoussait vigoureusement.
Je ne combattais lus, mon ange combattait pour moi.
À l’heure de ma prière du soir, ces spectres affreux revinrent en nombre plus
considérable; mais pour favoriser le calme de mon esprit, une multitude d’anges
vinrent se ranger en cercle autour de moi. Je n’ai jamais mieux prié qu’en ce
moment.
La tentation dura quelques jours encore et de diverses manières. J'étais
tentée par orgueil, par sensualité, par gourmandise, et chaque fois mon ange
éloignait le Démon, soit par un coup de verge, soit par une menace; un regard
même suffisait pour le mettre en fuite. Voyant cette faiblesse du démon, j'avais
envie de rire; mon ange m’en empêchait en plaçant sa main sur ma bouche. En ce
moment, j’entendis mon ange et le Démon se disputer à cause de moi.
Le Démon disait : « Je la veux. » Mon ange répondait : « Tu ne l'auras pas! »
Le Démon : « Je la prendrai malgré toi. » Mon ange : « Je t’empêcherai de la
prendre. » Le Démon : « Retire-toi dans le ciel, je m’en emparerai. » Mon ange :
« Le Seigneur m’a commandé de veiller sur elle, je dois lui obéir. » Le Démon :
« Eh! Que m’importe ton obéissance; à quelque prix que ce soit, je l'aurai en
mon pouvoir. » Mon ange : « Le Seigneur l’a prise sous sa protection. Qui est-du
donc, superbe audacieux, pour prétendre la lui ravir?… » Le Démon : «
J’emploierai tout pour cela, et la force et la ruse. » Mon ange : « Tu n’auras
sur elle que le pouvoir que te donnera le Seigneur. » Le Démon : « Je la ferai
succomber. » Mon ange : « Non, je la soutiendrai. » Le Démon : « Je troublerai
sa paix. » Mon ange : « Tu peux essayer, tu n’y parviendras point. » Le Démon :
« Je l’aurai, sinon pendant sa vie, du moins à l’heure de sa mort. » Mon ange :
« Sa mort te mettra en fuite. » Le Démon : « Je la veux dès ce moment. » Mon
ange : « Dès ce moment, retire-toi. » Le Démon se retira plein de malice et mon
ange demeura près de moi.
À jamais amour au Sauveur Jésus dans le saint sacrement de
l’autel! Amen.
édition numérique originale par JesusMarie.com
Gloire et louange, amour et reconnaissance soient à jamais rendus à Jésus au saint sacrement de l’autel, au Père et au Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles, Amen.
Table des matières
chapitre 1 chapitre 11 chapitre 21
chapitre 2 chapitre 12 chapitre 22
chapitre 3 chapitre 13 chapitre 23
chapitre 4 chapitre 14 chapitre 24
chapitre 5 chapitre 15 chapitre 25
chapitre 6 chapitre 16 chapitre 26
Le Sauveur Jésus m’a souvent parlé de la religion; il m’a dit ce que
c'était que la religion et quelle était la vraie religion; il m’a montré la
nécessité de la religion; il m’en a donné ensuite un résumé complet; enfin, en
une autre circonstance, il me montra comment la religion intérieure ne suffisait
pas au chrétien. Il m’a parlé aussi de diverses choses qui ont rapport à la
religion. Je le dirai à peu près dans l'ordre qu'il a suivi et selon que ma
mémoire me le rappellera.
« Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus, la religion est la réunion de
tous les devoirs que la créature doit rendre au Créateur. On peut considérer la
religion de deux manières : en elle-même, telle qu’elle est fixée, décrétée,
voulue par Dieu; en celui ensuite qui pratique cette religion par
l’accomplissement des devoirs qui lui sont prescrits. Dans le chrétien, on peut
la considérer de deux manières : comme acte par lequel il remplit ses devoirs de
religion, et comme facilité, comme inclination, comme habitude surnaturelle que
Dieu met en lui par sa grâce afin qu'il accomplisse ses devoirs de religion.
« Si on la considère en elle-même, telle
qu'elle est fixée, décrétée, voulue par
Dieu, on doit examiner quelle est la religion qu'il a ainsi voulue,
décrétée, fixée, parce que celle-là
seule peut être et est réellement la religion
véritable. Voici les signes auxquels on peut reconnaître
la vraie religion, celle qui, par conséquent a été
donnée par Dieu lui-même : elle est une, sainte,
apostolique, universelle. Or, de toutes les religions du monde, la
catholique seule les renferme tous.
« Cette religion, ma fille, n'a pas commencé seulement avec moi quand je vins
sur la terre, mais dès l’origine des choses au paradis de délices. Vous savez
qu'au commencement Dieu fit l'homme, qu'il le plaça dans le jardin de délices,
que l'homme reconnut Dieu pour son Créateur et le Créateur de toutes choses.
L'homme, par cette connaissance de Dieu, avait aussi celle des devoirs que la
créature doit au Créateur. Il avait aussi la connaissance que Dieu lui donna de
respecter et de ne pas toucher aux fruits de la science du bien et du mal.
Connaître Dieu, l’adorer, lui obéir, telle était la religion de l'homme sur la
terre, dans son paradis, et cette religion du premier homme jusqu'à vous à
toujours été la même, car aujourd'hui que faites-vous dans la religion
catholique, si ce n'est connaître Dieu, l’adorer et lui obéir. Vous le
connaissez comme Adam, vous l’adorez comme Adam; l’obéissance que vous donnez à
Dieu seule a changé, comme elle changea pour les patriarches, comme pour le
peuple que je me choisis, comme quand je vins enlever la loi de crainte pour lui
substituer la loi d’amour. Mais ce n'est point l’obéissance en elle-même qui a
changé, c'est l’obéissance par rapport aux actes que Dieu vous demande. Dieu
lui-même a voulu changer les prescriptions qu'il avait données à Adam, changer
celles qu'il avait données aux patriarches, changer celles qu'il avait données à
Moïse. Mais c'est lui qui les a changées. L'homme a dû obéir, et la religion est
toujours la même, malgré ces changements quant à l’obéissance due à Dieu. Les
persécutions se sont élevées contre elle; mais depuis Adam, Père du genre
humain, depuis Abel, fidèle serviteur de Dieu, jusqu'aux martyrs les plus
récents, jamais la persécution n'a détruit la religion, elle lui a donné au
contraire plus de force et de vigueur. Savez-vous pourquoi, ma fille? C’est que
Dieu lui-même a institué la religion, et qu'il la conserve et l’étend par les
moyens qu'il a choisis, et contre lesquels les puissances du monde et de l’enfer
ne peuvent rien. Quand l'homme perdit la connaissance de son Dieu et qu'il se
fit des dieux, ouvrage de ses mains, afin de se livrer à tous les entraînements
de ses passions, la religion ne fut point perdue. N'y eût-il eu qu’un seul homme
fidèle, il eût suffi pour la perpétuer. Or, il y eut plus qu’un homme, il y eut
une grande famille, un peuple immense qui conserva la religion. Dieu avait donné
au premier chef de cette famille et de ce peuple un signe qui le devait
distinguer des autres peuples, la circoncision. Quand ce peuple eut grandi et se
fut multiplié, Dieu lui donna sa loi, comme moyen de conserver sa religion.
Entre la religion de ce peuple et la religion catholique, il n'y a pas de
différence; seulement, la religion judaïque n'était que le symbole et la figure
de la religion chrétienne que devait établir le Messie, promis à Adam dans le
paradis terrestre, attendu par les patriarches et annoncé par les prophètes.
Tout fut prédit par rapport à mon avènement : ma naissance d'une Vierge, le lieu
de ma naissance, ma vie obscure, ma vie publique, ma mort et ma résurrection.
« Pendant ma vie, je prouvai ma divinité par mes miracles, et ma mission de
Dieu par des œuvres supérieures à celles de tous les prophètes ensemble. Je
choisis douze apôtres, je leur enseignai ma doctrine, je leur donnai ma loi, je
leur fixai la religion que je venais établir sur la terre, et je les envoyai
dans le monde entier prêcher la bonne nouvelle du Messie promis et venu, du
Rédempteur attendu, mort et ressuscité, du sacrifice nouveau qui devait s’offrir
dans le monde entier et que j’avais offert moi-même le premier sur le Calvaire.
Et ces hommes, qui étaient de pauvres pécheurs, ignorants et sans instruction,
se dispersèrent dans le monde et accomplirent la mission que je leur avais
donnée, faisant eux-mêmes des miracles supérieurs à mes miracles, ressuscitant
les morts, rendant l’ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, le mouvement aux
paralytiques, confondant les faussaires et les envoyés de Satan, et donnant leur
vie pour confirmer la vérité de leur doctrine. La religion qu'ils répandaient
dans le monde, si parfaite et si difficile dans la pratique au premier abord, si
relevée dans ses mystères à jamais incompréhensibles, fut reçue partout, et elle
se répandit dans le monde entier avec une immense rapidité.
« Or, cette religion que je donnai aux apôtres est la vraie religion, parce
que seule elle renferme les signes dont je vous ai parlé plus haut.
« Elle est une : une dans la foi, une dans la morale, une dans sa durée. Une
dans la croyance à un seul Dieu, à un seul Rédempteur, à un seul baptême. Une
dans sa morale qui n'a qu'un commandement, l’amour de Dieu et du prochain. Une
dans sa durée : c'est la seule qui ait traversée tant de siècles, la seule qui
soit restée debout, toujours forte et pleine de vigueur, la seule qui doivent
demeurer jusqu'à la consommation des siècles.
« Elle est sainte : c'est elle qui unit l'homme à Dieu et le sépare des choses
de la terre; c'est elle qui enseigne à éviter le mal, à pratiquer la vertu;
c'est elle qui possède les sacrements, boucliers puissants pour défendre les
vertus, armes mortelles contre le mal et le péché.
« Elle est apostolique : ce sont mes apôtres qui l’ont transmise au monde, qui
ont chargé leurs successeurs de la répandre et de la conserver, et on peut
remonter aisément d’âge en âge jusqu'aux apôtres, entre les mains de qui on la
retrouvera déposée par moi, qui était envoyé par mon Père.
« Elle est universelle : dans tous les pays du monde on trouve des chrétiens,
ou des hommes qui ont une même foi, une même loi, les mêmes sacrements.
« Elle est divine : c'est moi qui l'ai instituée, moi, Fils de l'homme et
aussi Fils de Dieu; elle est divine, car elle résiste à tout, aux persécutions
des tyrans, aux persécutions des autres religions, aux passions des hommes, aux
tentatives continuelles de Satan. Quelle religion a produit des héros comme la
religion catholique? quelle autre religion a transformé les femmes les plus
timides, les enfants les plus faibles, à ce point de ne pouvoir trouver nulle
part un courage supérieur à leur courage? La mort n’a point effrayé ceux qui ont
pratiqué cette religion, ils ont été au devant d'elle, ils l'ont reçue à bras
ouverts, ils ont béni Dieu dans les tourments les plus affreux, et pas une
plainte n'est sortie de leur bouche.
« Quelle religion osera se comparer à la religion catholique? quelle religion
laissera apercevoir comme elle les signes d'une vraie religion? quelle religion
unira l'homme à Dieu comme la religion catholique? Sera-ce la religion de
divinités faites par les mains des hommes, ou qui n'a d’autres dieux que de vils
animaux, ou qui ne favorise que les passions?
« Quelle folie de ne pas reconnaître la vérité dans la religion catholique!
quelle folie de ne pas voir le mensonge dans toute autre religion!
« Donc, ma fille, ceux-là n'ont pas la vraie religion qui n'ont pas une
religion ayant les signes d’unité, de sainteté, d’apostolicité et d’universalité
dont je vous ai parlé. »
Le Sauveur Jésus m'a encore parlé ainsi : « Si vous considérez la religion
comme acte par lequel vous remplissez vos devoirs envers la Divinité, cet acte
peut se présenter à vous comme bon ou comme mauvais.
« Cet acte de religion est bon quand il est l’accomplissement d'un devoir
envers le Dieu véritable qui est au ciel; il est mauvais s'il se rapporte à
d'autres dieux. Voilà pourquoi tous les actes de religion des païens étaient
mauvais; il est mauvais encore quand, se rapportant à Dieu, cet acte n'est pas
selon la manière dont Dieu l'a prescrit. Ainsi aujourd'hui les actes de la
religion judaïque sont mauvais, parce qu'ils sont prohibés par la religion que
j'ai établie. »
Un autre jour, il s’exprima ainsi : « Il est nécessaire à l'homme d’avoir
une religion et d’avoir la vraie religion. L’homme sans religion n'est pas un
homme. Qu’est-ce qu'être un homme? C’est être vivant avec un corps et une âme
raisonnable, et accomplir les devoirs qui sont inhérents à cette existence par
rapport à toutes choses.
« Or, quels sont les premiers devoirs que l'homme a à remplir? Ce sont les
devoirs vis-à-vis de Celui de qui il a tout reçu, l’existence, la vie, le
mouvement, la raison. Ce sont les devoirs vis-à-vis son créateur, son
bienfaiteur et son Dieu. Ne pas rendre à Dieu les devoirs qu'on lui doit, c'est
se séparer de lui, c'est n’être plus uni à lui, c'est l’offenser. L'homme est
fait pourtant pour vivre uni à Dieu, pour lui appartenir, pour le servir. Ne pas
agir ainsi, c'est manquer sa fin, c'est n'être pas homme, c'est devenir l'être
le plus vil, le plus bas qu'on puisse trouver, c'est l’ingratitude la plus noire
et la plus flétrissante envers Dieu.
« Quels sont les seconds devoirs de l'homme? Les devoirs envers lui-même. Or,
un homme sans religion ne remplit pas ses devoirs envers lui-même. Il ne se rend
pas Dieu propice, il n’attire pas sur lui ses bénédictions, il ne travaille
point pour l’éternité, il n’embellit pas son âme de vertus, il ne résiste point
à ses passions, il ne marche pas dans la voie du salut, il marche vers
l’éternelle damnation. Un homme sans religion n'est pas un homme, car il ne vit
point pour perfectionner sa vie, mais pour la détruire à jamais.
« Quels sont les troisièmes devoirs de l'homme? Les devoirs envers ses
semblables. Or, un homme sans religion, comment s’acquittera-t-il de ses devoirs
par rapport à la société? Seront-ils dictés par la charité? Non. Par la justice?
Non. Il trompera, il travaillera avec égoïsme et se séparera de ses frères. Un
homme sans religion n'est pas un homme; car l'homme est fait pour vivre en
société, et l'homme sans religion, loin d’entretenir et de vivifier la société,
travaille à sa perte. Oui, ma fille; et vainement parmi les hommes se
persuade-t-on qu’un homme sans religion a de la probité, qu'il est juste,
honnête, charitable, bon; il n’en est rien, la religion seule donne force à ces
vertus. Là où il n'y a point de religion, il n'y a en général que duplicité,
égoïsme, mensonge.
« La religion, ma fille, est seule le véritable lien de la société,
non-seulement visible, mais encore invisible. Elle est le lien entre Dieu comme
je vis en société avec mon Père en l’unité du Saint-Esprit. Elle est le lien
entre l'homme et les anges, ministres de Dieu pour le service et le bonheur de
l'homme. Elle est le lien entre l'homme et l'homme sur la terre, et cette
société se continuera dans l'éternité, et ces trois sociétés n’en feront plus
qu'une, la société du Créateur avec ses créatures.
« Pour opérer cette société, il faut la religion : la religion seule en effet
peut l’opérer; de là vous pouvez juger combien elle est nécessaire.
« Vous allez encore mieux comprendre sa nécessité par ce que Dieu opère dans
les hommes par rapport à la religion. Il ne veut pas seulement que la religion
consiste dans l’accomplissement des devoirs fixés par lui-même. Il a voulu faire
de la religion une inclination, un mouvement du cœur, une habitude de l'âme qui
pousse l'homme à accomplir ses devoirs de religion. Cette habitude, cette
inclination, cette vertu de religion est donnée à toute âme avec la grâce
sanctifiante, elle lui facilite l’accomplissement de ses devoirs, elle demeure
en elle autant que la grâce sanctifiante, croissant, diminuant ou disparaissant
avec elle, pour revenir croître et grandir encore avec le retour,
l’accroissement et le développement de cette même grâce. »
Un autre jour, j’entendis la voix du Sauveur Jésus : « Je romprai mon
silence, dit-il, j’élèverai ma voix; que tous les hommes entendent les paroles
de vérité qui sortent de ma bouche : Peuples de la terre, rassemblez-vous,
prêtez l’oreille, écoutez ce que dit le Seigneur votre Dieu; princes, roi et
sujets, approchez-vous, prêtez l’oreille, écoutez ce que dit le Seigneur votre
Dieu; grands et petits, riches et pauvres, savants et ignorants, accourez,
prêtez l’oreille, écoutez ce que dit le Seigneur votre Dieu. Voici ses paroles,
elles sont paroles de vérité : Je suis un en trois personnes; chacune de ces
trois personnes est Dieu; ces trois personnes ne font qu’un seul Dieu. Je me
suis fait homme, en prenant un corps et une âme auxquels j'ai uni ma divinité,
et par cette union j'ai été Dieu et homme tout ensemble. Il y a en moi deux
natures : la nature divine et la nature humaine; mais il n'y a qu'une personne,
la personne du Fils de Dieu fait homme. Il était nécessaire que je me fisse
homme, pour rendre réparation à Dieu de l'offense de l'homme. Dieu a trouvé
cette réparation dans le sacrifice de ma vie que je lui ai offerte sur le
Calvaire. Je suis ressuscité trois jours après ma mort par la puissance de ma
divinité; après ma résurrection, je suis monté au ciel. Je suis encore sur la
terre d’une manière invisible par le très-saint sacrement de l’autel dans lequel
je suis véritablement présent avec mon corps, mon sang, mon âme et ma divinité.
La sainte Vierge Marie conçue sans péchés est ma mère. Elle m’a conçu dans son
chaste sein par l’opération du Saint-Esprit; elle n'a jamais connu d’homme; elle
a toujours été vierge avant, pendant et après ma conception. Vous mourrez tous,
et quand le monde sera fini vous ressusciterez. Après la mort, vous serez jugés
sur votre vie; si elle est bonne, juste et sainte, vous jouirez du bonheur du
ciel; si vous êtes surpris dans l’injustice et l'iniquité, vous serez condamnés
au feu éternel. Le paradis est le lieu de la récompense des saints, l'enfer
celui de la punition des pécheurs. Le purgatoire est destiné à l’expiation
complète des péchés de ceux qui meurent en état de grâce, mais qui n'ont point
satisfait complètement à la justice divine.
« Voilà les principales vérités de la
religion. Pourquoi luttez-vous contre ses vérités que
toute la terre a reconnues? Ne vous laissez pas conduire par votre
jugement, vos caprices ni vos passions. Si vous avez des doutes, des
difficultés, soumettez-les à l’Église, votre
mère et mon épouse; écoutez sa voix comme ma voix,
c'est moi qui parle par sa bouche. Elle résoudra toutes vos
difficultés et dissipera tous vos doutes. Enfants, ne vous
séparez jamais de votre Père du ciel : celui qui se
sépare de lui, quitte la maison paternelle et n’aura point
de part à l’héritage promis. L’ennemi du
père de famille est venu dans son champ pour y semer
l’ivraie; gardez-vous de ramasser l’ivraie; elle serait
pour vous l’occasion d’une mort éternelle. Malheur
et trois fois malheur à celui qui écoute la voix de
l’ennemi du père de famille! bonheur et trois fois bonheur
à celui qui écoute ma parole! La parole de l’ennemi
du père de famille est une parole de mort; ma parole est une
parole de vie. »
Puis le Seigneur Jésus se retourna vers moi et me dit : « Ma fille, aimez
votre religion, elle vous mènera à Dieu; pratiquez votre religion, elle vous
obtiendra le bonheur de posséder Dieu éternellement; aimez Dieu, honorez-le,
rendez-lui vos devoirs du fond de votre cœur et du plus intime de votre cœur;
mais témoignez à Dieu votre amour, rendez-lui vos devoirs par la pratique des
œuvres extérieures qu'il demande de vous. Ne séparez jamais complètement la
religion intérieure de la religion extérieure. La religion extérieure alimente
la religion intérieure du cœur, et la religion intérieure est l'âme, la vie de
la religion extérieure. Joindre l’une à l'autre c'est avoir la vraie religion,
c'est accomplir la volonté de mon Père, c'est édifier son prochain, c'est vivre
pour Dieu, vivre pour soi, vivre pour ses frères. Ma fille, gardez ces
instructions, allez en paix, je vous bénis. » Je me prosternai sous la main du
Sauveur Jésus, et lui fis l’offrande de mon cœur comme garant de ma gratitude et
de ma soumission à sa volonté.
J’avais lu un jour cette parole de nos saints Livres : Le Seigneur est le
Dieu des sciences. Le Sauveur Jésus vint à moi et me dit : « Ma fille, la
science n'est autre chose que la connaissance de ce que Dieu a fait. Lui qui
connaît le mieux les œuvres de Dieu au ciel, sur la terre et dans l'homme,
celui-là est l'homme le plus savant. Or, comme Dieu a fait toutes choses, et
qu'il les connaît, il est appelé avec raison le Dieu des sciences. La science
est une chose fort utile; elle peut être, elle est souvent très-dangereuse et
très-funeste. Elle est fort utile quand elle élève l'esprit vers Celui de qui
tout est sorti; elle est dangereuse et funeste quand l'esprit, au lieu de
s’élever à Dieu, demeure attaché à la terre pour ne considérer que les choses
visibles. Parmi les sciences, il n'y en a qu'une seule de nécessaire. Cette
science surpasse toute autre science. Celui qui la possède est assez savant
quand il ignorerait toutes les autres, et celui qui ne la possède pas, fût-il le
plus savant des hommes, n'est qu'un ignorant.
« La seule science nécessaire, c'est la science de Dieu, la science de sa
volonté, la science de ses commandements, la science de la voie qui mène vers
lui, la science des moyens qui vous attachent à lui. Voilà ma doctrine, ma
fille, elle est opposée à celle du monde.
« Demandez aux hommes : Quelle est de toutes les sciences la plus utile, la
plus intéressante, la plus belle? Celui-ci vous dira est la science du mouvement
des astres, celui-là la science des phénomènes physiques; l’un la science des
travaux des champs, l'autre la science du gouvernement des peuples; d’autres
enfin la science des diverses maladies qui affligent le corps et des remèdes qui
les font disparaître. Ainsi chacun vous répondra selon l’inclination de son
esprit, et pas un ne nommera la seule véritable science, la science du salut.
« Interrogez un petit enfant instruit des principales vérités de la religion,
demandez-lui : « Que deviendront les astres à la fin du monde? Il répondra; Les
astres ne donneront plus leur lumière, ils perdront leur mouvement et seront
anéantis. Demandez-lui : Que deviendront le jour et la nuit, les éclairs et les
tonnerres, la grêle et les vents? Il répondra; Tous ces phénomènes disparaîtront
et seront anéantis. Demandez-lui : Que deviendront les champs et leurs moissons,
les jardins et leurs fruits, les habitations des hommes et les palais des rois?
Il répondra : Ils seront anéantis. Demandez-lui : Que deviendront les peuples,
les nations et ceux qui les gouvernent? Il répondra : Il n'y aura plus de
peuples, il n'y aura plus de nations, il n'y aura plus de gouvernements, il n'y
aura que le ciel et l’enfer, Dieu et ses élus, Satan et ses damnés.
« Oui, tout ce qui est au monde passera, et savoir ces choses, c'est avoir la
science de ce qui doit avoir un terme, une fin.
« La science qui ne passera pas, c'est la science de Dieu, la science de ce
que Dieu a fait pour vous, la science des moyens qui vous portent vers lui. Car
Dieu est éternel, et une fois unie à lui, vous le posséderez à jamais. Cherchez,
ma fille, à acquérir cette science, cherchez à l’augmenter, à la perfectionner.
Cette science ne passera pas, elle demeurera toujours en vous, et quand votre
âme sera dépouillée de votre corps et qu’elle comprendra mieux par cette
séparation de quelle manière elle doit tout juger, vous vous estimerez heureuse
d’avoir eu la seule science véritable, parce qu'elle vous a fait connaître Dieu
et vous a unie à lui. Oui, ma fille, vous vous estimerez heureuse de n'avoir
même eu que cette science, et vous plaindrez ces hommes qui ont constamment
occupé leur esprit de sciences naturelles ou physiques, et qui jamais par la
création n'ont su remonter au Créateur. »
« Un autre jour, après la sainte communion, je me tenais à la porte de mon
cœur, prosternée profondément, attendant que Jésus vient me parler. Il vient à
moi, me prit par la main et s’assit sur son trône. Je restai à genoux à ses
pieds, confuse et humiliée du peu de dévotion que j'avais eu ce jour-là.
J’attendais en silence. Jésus me parla ainsi : « Le sage et l'insensé, ma fille,
trouveront l’un et l'autre la vérité, mais d’une manière différente. Beaucoup
d’hommes sont réputés sages; ils le sont, en effet, selon le monde; mais leur
sagesse s’évanouira, et ils seront trouvés insensés auprès de Dieu. Beaucoup
d’autres sont jugés comme des insensés, mais leur folie disparaîtra, et Dieu
trouvera que la véritable sagesse était en eux, parce qu'ils avaient la folie de
ma croix. Cet insensé est humble, je l’élèverai; j’abaisserai au contraire ce
sage qui est orgueilleux, et il ne se relèvera point.
« Cet homme sage selon le monde recherche la gloire et la grandeur. Il
sacrifie pour cela son repos, il se livre à l'étude, il s’expose à toutes sortes
de dangers, il ne craint rien, il ferait tout pour obtenir un nom illustre et
glorieux. Eh bien! ma fille, cet homme qui ne néglige rien pour arriver à son
but, qui prévoit tous les embarras et les évite, cet homme est un insensé, et
malgré sa folie, il trouvera la vérité. Il la trouvera à l'heure de la mort.
Alors il verra son aveuglement, son illusion. La gloire et l’estime du monde ne
seront plus rien pour lui; il comprendra la vanité des honneurs et des louanges.
Malheureux que je suis, s’écriera-t-il, que me sert d'avoir fidèlement rempli
mes devoirs selon le monde, d'avoir été un homme juste, un homme savant, un
homme dont le nom passera à la postérité, à cause de mes recherches, de mes
travaux, de mes lumières? J’ai tout fait pour le monde et rien pour Dieu! De
quoi me servent ces peines, ces fatigues, cette gloire, cette illustration? Tout
cela est vanité, et mes mains sont vides pour me présenter à Dieu.
« Cet homme insensé, selon le monde, recherche l’humilité, recherche
l'abaissement. Il fuit l’ostentation : il ne travaille point pour se faire un
nom illustre, mais pour plaire à Dieu. Il n'a en vue que les intérêts de Dieu.
Quand une croix se présente sur le chemin de sa vie, il ne la rejette pas, il la
saisit avec empressement; il rend le bien pour le mal, il aime ses ennemis, il
prend même leur défense. Il se détache des biens de la terre pour s’attacher à
Dieu. Et cette conduite, le monde l’appelle folie. Elle est folie, en effet;
folie de ma croix, folie de ma croix qui humilie, folie de ma croix qui abaisse,
folie de ma croix qui pardonne, folie de ma croix qui embrasse tous les hommes,
folie de ma croix qui unit à Dieu. Cette folie c'est la vraie sagesse, ma fille,
et ce fou, trouvé sage aux yeux de Dieu, viendra prendre part dans le royaume de
ma gloire.
« Quelle différence entre ces deux hommes, dont l'un est guidé par la sagesse
humaine et l’autre par la sagesse divine. Le premier juge, voit, combien, règle
toutes choses d’après les lumières de sa raison; et le second, d'après les
lumières de la foi. Le premier n’aura que l’estime des hommes, ce sera là sa
récompense. Le second aura l’estime des anges et de Dieu, et cette estime durera
toujours. Le premier aura bâti son édifice sur le sable mouvant et il sera
ruiné. Le second l’aura élevé sur la pierre ferme, il restera debout pendant les
siècles des siècles.
Le Sauveur Jésus m’a encore dit dans une autre
circonstance : « Ma fille, je vous ai parlé de la
religion; il suffit de la connaître, ce semble, pour
l’aimer; car on aime naturellement ce qui est beau, ce qui est
bien, ce qui est parfait, et quoi de plus beau, quoi de meilleur, quoi
de plus parfait que ma religion? Voyez cependant les hommes. Ils
n’ont d’yeux pour contempler ce chef-d’œuvre du
Très-Haut, ils n’en ont que pour la terre. Ils n'ont point
d’yeux pour considérer quels sont leurs devoirs envers
leur Créateur, et ils rampent terre à terre près
de certaines créatures. Ils n’en ont point pour
s’arrêter à la vue de leurs intérêts de
l'éternité, ils n’en ont que pour leurs
intérêts matériels et passagers de ce monde. Quel
aveuglement! Oublier Dieu, ne pas lui rendre les hommages qu'il
mérite, préférer l’or, l’argent, les
richesses, les plaisirs, les honneurs, la gloire de la terre aux
richesses du ciel, à la félicité du ciel, à
la gloire du ciel! Et combien est grand le nombre de ceux qui agissent
ainsi! Plusieurs pourtant croient pratiquer leur religion. Que font-ils
pour cela? Ils consultent leurs goûts, leurs inclinations,
suivent même quelquefois l’entraînement de leurs
passions. Combien qui prient, mais seulement du bout des lèvres;
combien qui prient, mais sans attention, sans respect pour Dieu, sans
amour pour lui. Voyez-les dans le lieu saint. L’église est
une maison de prières; l’église est le lieu de ma
résidence, celui où j’habite corporellement, celui
que je remplis de ma gloire et où les anges tremblants viennent
m’adorer en silence; le lieu où je m’immole chaque
jour de nouveau pour le salut du monde; le lieu de la naissance
spirituelle de l'homme; le lieu où son âme vient puiser de
nouvelles forces; le lieu où il reçoit le pain de la
parole; le lieu où après sa mort il sera
transporté, afin de recevoir une dernière
bénédiction. L’église, c'est bien la maison
de Dieu, c'est aussi la maison du chrétien, c'est le lieu de la
réunion de la grande famille, du père avec ses enfants.
Comment agissent la plupart des hommes dans l’Église? Ils
entrent dans ce lieu sans se demander où ils vont; sans se
demander qui ils vont visiter et honorer; ils sont distraits, se
mettent à genoux machinalement, sans attention,
prononçant quelques prières et tout est là.
Pendant qu'ils sont dans ce lieu, leur esprit n'est nullement
occupé de ce qui s'y passe; ils parlent entre eux, ils
s’occupent de leurs affaires temporelles, et tandis que tout leur
parle de l’éternité, ils ne songent
qu’à la vie du temps. Pour eux, assister aux offices
divins, c'est avoir accompli les devoirs de la religion, et souvent ils
n'y viennent que pour se faire voir, pour voir leurs amis, comme en un
lieu de réunion, pour entendre une belle parole, par habitude.
Leur cœur n'a été nullement touché. En
quittant le lieu saint, ils iront se livrer à leurs
divertissements, à leurs jeux, à leurs distractions qui
souvent sont divertissements, jeux et distractions dans le
péché.
« Pensez-vous qu’agir ainsi c'est pratiquer sa religion? Non, ma fille; c'est
être indifférent pour elle; c'est plus que de l’indifférence, c'est un oubli
complet de sa religion.
« Que dire donc de ceux qui se contentent de ne point violer les commandements
que la loi des hommes elle-même ne permet pas de violer? Ah! ma fille, c'est de
l’impiété, et l’impie est repoussé par Dieu au jour de sa justice; l’impie est
privé de la vue de Dieu au jour du jugement; l’impie reçoit ce qu'il mérite,
c'est l’enfer; ce qu'il mérite, c'est le courroux et la malédiction de Dieu dont
le poids l’accablera à jamais.
« N’imitez pas ces hommes indifférents, ces hommes coupables, ces hommes
impies; comprenez mieux votre religion. Que la pratique de la religion soit un
hommage parti de votre cœur pour aller à Dieu, et Dieu l’agréera, Dieu le
recevra et vous préparera une récompense digne de sa magnificence souveraine et
de sa libéralité infinie. »
« Le Sauveur Jésus m'a dit un jour : « Dieu, ma fille, a fait l'homme roi.
Le royaume de l'homme, c'est son propre cœur. Ce roi n'est pas indépendant. Il
est de sa nature roi tributaire; car il a toujours au-dessus de lui la puissance
de Dieu ou celle de Satan, et il est toujours soumis à l’une ou à l’autre. Il
est soumis à celui auquel il paie le tribut de son cœur, de son âme, de ses
facultés, de tout lui-même. Voyez l'homme : il est en face de Dieu et de Satan;
Dieu et Satan veulent être son maître et se présentent à l'homme. Que fait
l'homme? Il délibère sur le choix qu'il doit faire du prince des ténèbres, ou du
monarque éternel des cieux.
« Dieu lui rappelle tout ce qu'il a fait pour lui, lui promet, s'il s’engage
dans son service, les secours nécessaires pour vaincre ses ennemis et lui
assure, s'il est fidèle, une récompense sans bornes, un bonheur qui ne finira
jamais. S’il l’abandonne, au contraire, pour suivre le parti de Satan, avec son
inimitié, il lui réserve une peine éternelle.
« De son côté, Satan promet à l'homme biens, honneurs, gloire, estime du
monde, plaisirs, amusements, vie commode et aisée, tandis que s'il prend le
parti de Dieu, lui, Satan, jure à l'homme haine implacable, et lui promet
persécutions et peines de toute sorte.
« Alors, celui qui veut rendre gloire à Dieu et se donner à lui (est-il rien
de plus juste?) s’enrôle sous sa bannière, le reconnaît pour roi, se consacre et
se dévoue tout entier à son service, lui ouvre son cœur comme les portes d’une
ville à un souverain, et jure d’en interdire l’entrée à Satan qu'il combattra
toujours, dont il repoussera toute proposition d’infidélité, afin de demeurer à
jamais fidèle à Celui qu'il a choisi pour son seigneur et maître.
« Celui, au contraire, qui plie sa tête sous le joug de Satan, ne craint point
de renoncer à Dieu et de lui préférer l’ange rebelle des enfers. Quel outrage et
quelle injure ne fait-il pas à Dieu en agissant ainsi? De quelle injustice ne se
rend-il pas coupable en méprisant les promesses et les menaces de Dieu, en
oubliant tout ce qu’il a fait pour lui, en choisissant Satan pour son roi?
Comment appeler surtout la conduite de celui qui ayant choisi d’abord le
Seigneur pour son maître et souverain, se révolte contre lui, lui refuse
obéissance et soumission, le détrône de son cœur, le chasse pour mettre à sa
place Satan, qui l’a trompé par ses mensonges et ses suggestions perverses et
malignes?
« Admirez pourtant la bonté de Dieu. Il ne punit pas immédiatement cet ingrat;
il le rappelle à lui, l’avertit avec douceur, lui offre son pardon et sa grâce,
lui parle au cœur tantôt par sa voix secrète et intime, tantôt par celle de sa
conscience, tantôt enfin par celle de ses ministres. Quand le pécheur n’est pas
sourd à cette voix, Dieu l’accueille avec bonté, le reçoit avec amour, le presse
dans ses bras, oublie tout le passé. O charité et charité de Dieu pour l'homme!
Quand le pécheur résiste à Dieu, Dieu l’attend encore jusqu’au jour de sa
justice, et combien de pécheurs résistent à Dieu! O ingratitude et ingratitude
de l'homme pour Dieu! »
« Ma fille, il est juste, m'a dit le Sauveur Jésus, de servir Dieu dès sa
jeunesse et de lui consacrer ses premières années, car il est le Maître de la
vie, et il n'est aucun temps où l'homme ne doive le servir. Il en arrive
pourtant tout autrement, et comme si Dieu ne méritait pas qu'ils lui donnassent
le plus beau temps de leur existence, les hommes la donnent au monde, au péché,
au désordre. Dès que le monde peut les recevoir dans son sein, ne voyez-vous pas
les jeunes gens se livrer à toutes sortes d’iniquités, en donnant un libre cours
à leurs passions et ne faisant rien pour les maîtriser? Que donneront-ils à
Dieu? Une vieillesse décrépite et caduque, une vieillesse dont ce monde ne
voudra plus, un corps usé par le vice; mais la vieillesse, qui donc la leur a
promise? Et si Dieu les surprend, si Dieu les arrête, si Dieu les frappe au
milieu de leurs désordres et de leurs crimes, que répondront-ils à Dieu? Quelle
excuse peut-on apporter? La violence des passions? Il n'y a pas de passion qui
puisse lutter contre ma grâce, et ma grâce est donnée à tous. Ma grâce brise les
passions comme un cristal lancé contre un rocher de la mer.
« Quelle excuse peut-on apporter? La jeunesse? Mais c'est précisément dans la
jeunesse qu'on doit servir Dieu; c'est alors qu'on doit consacrer à Dieu ses
premières affections, parce qu'il est l’auteur et le conservateur de la vie.
N’est-ce pas lui faire injure que de lui ravir ces prémices de l’existence, ces
jours où l’on a plus de force et de vigueur pour le servir? Comment
trouverait-on une excuse, dans la jeunesse? N'est-ce pas alors plus que jamais
qu'on doit se rappeler les promesses faites à Dieu au baptême de renoncer au
monde, à ses pompes et à ses œuvres, de renoncer au Démon et à ses inspirations
pour s’attacher à Dieu? Est-ce que dans le baptême on réserve pour soi,
c’est-à-dire pour le péché, le temps de la jeunesse? Ne s’engage-t-on pas sans
réserve par le baptême à donner sa vie à Dieu, à obéir à ses commandements? Et
s'il n'y a pas de réserve dans la promesse, ne doit-on pas la tenir dans son
entier? Il n'y a pas de raison pour ne point servir Dieu dans sa jeunesse. Il
faut que jeunesse passe. Il le faut, ma fille, il est vrai; c'est une nécessité;
et qu'on le veuille ou non, elle passe avec rapidité. Mais faut-il qu'elle passe
dans le crime, dans le péché, dans la corruption, dans l’éloignement de Dieu,
dans son inimitié? Parler ainsi, c'est blasphémer! Est-ce que le mal pourrait
être excusé dans n’importe quel temps de la vie? Et pourquoi donc serait-il plus
permis d’offenser Dieu dans la jeunesse que dans l’âge mûr? dans l’âge mûr que
dans la vieillesse? Dieu ne saurait-il donc pas fournir à ceux qui sont jeunes
un aliment suffisant à la force et à la vivacité de la jeunesse? Le vice
mérite-t-il, pour l’emploi des forces qu'on a, le pas sur la vertu? ou Dieu,
pendant la jeunesse, vaut-il moins que le monde! Dieu ne peut-il être apprécié
et le monde perdre toute valeur que dans la vieillesse de celui qui les
considère l’un et l’autre? Insensés sont ceux qui pensent ainsi? Être chrétien,
c'est être comme j'étais pendant que j’habitais la terre. N’ai-je point honoré
mon Père pendant ma jeunesse? J'étais Dieu et ne pouvais agir autrement. Marie
n’a-t-elle pas honoré Dieu pendant sa jeunesse? Saint Jean-Baptiste ne l’a-t-il
pas honoré aussi? Et tant de saints dont la jeunesse n’a été qu'un continuel
hommage à Dieu et à ses perfections? Tous doivent agir ainsi : servir Dieu
pendant le jeune âge, afin de se le rendre favorable pour la vieillesse. Tous
doivent servir Dieu quand ils peuvent le servir, ne pas renvoyer à un temps
éloigné qui ne leur appartient pas. N’oubliez jamais cette parole : L’homme
suivra dans sa vieillesse le chemin qu'il aura pratiqué dans sa jeunesse.
« Quelle excuse peut-on apporter? Les occasions de la vie? Considérez ces
occasions, ma fille; il y en a de trois sortes : les unes sont nécessaires, les
autres de circonstance, et les dernières dangereuses ou défendues. Or, je vous
le demande, peut-on s’excuser sur une occasion qu'on avait ordre de fuir à cause
du danger ou du mal qui était en elle? Cette occasion est dangereuse, elle est
mauvaise; vous êtes faible, vous êtes passionnée, ne méritez-vous pas
condamnation si vous vous y exposez? Vous vous exposez, vous succombez; cette
chute vous entraîne dans une autre, et ainsi vous tombez dans l’abîme. Du fond
de cet abîme remontez au principe de votre perte, et vous verrez que cette
occasion dangereuse à laquelle vous vous êtes exposée a été la cause de votre
malheur. Les occasions de nécessité ne vous seront nuisibles qu’autant que votre
cœur sera mauvais, c’est-à-dire autant qu'il voudra faire le mal. Les occasions
de circonstance ne peuvent vous nuire non plus, parce que vous avez toujours, en
ces circonstances, la grâce de Dieu pour soutien et pour appui. Plus la
tentation est forte, plus la grâce est considérable; plus le danger est grand et
plus grand aussi devient le secours de Dieu. Comment donc les occasions
pourraient-elles servir d’excuse? Est-ce que tous les saints ne se sont pas
trouvés en toutes sortes d’occasions sans les chercher? Que font-ils alors? Ils
prient, ils gémissent, ils invoquent Dieu, et Dieu vient à leur aide pour les
rendre victorieux et triomphants.
« La jeunesse doit servir Dieu, ou bien malheur aux familles, aux cités, aux
empires dont la jeunesse s’éloigne de Dieu. La malédiction céleste tombe sur ces
empires, ces cités, ces familles. Voyez cette famille dont les jeunes gens sont
irréligieux, débauchés, libertins, que de chagrins ils causent à leurs parents
par leur désobéissance et leur indocilité; que de peines par la dissipation de
leur fortune! Ne sont-ils pas souvent la cause d’une ruine complète et des
malheurs les plus graves? Ainsi, la mauvaise conduite des enfants attire sur les
parents, qui ne les ont pas corrigés, la colère de Dieu. Souvent même Dieu
attendait là les parents dont la jeunesse s'était passée dans le crime et le
désordre.
« Et quand cette inconduite, cette irréligion, cet abandon de Dieu est général
parmi la jeunesse d’une cité; quand on n'y voit que crimes et abominations;
quand les assemblées nocturnes succèdent aux rendez-vous clandestins; quand, à
la faveur de l’ombre des nuits on s’est familiarisé avec le vice; quand on ne
craint plus de faire le mal en plein jour, alors qui pourra dire les désastres
produits dans cette cité par la jeunesse qui s’est détournée de la voie de Dieu,
qui a oublié ses promesses du baptême, ses promesses de la communion première à
mon corps et à mon sang, ses joies dans le service de mon Père, joies sans
trouble et sans remords. La corruption devient générale : de la jeunesse elle
passe à l’enfance, qui est excitée au mal par la vue du mal; elle passe à l’âge
mûr et à la vieillesse, qui, revenant par le souvenir au temps de la jeunesse,
se complait dans sa corruption d’autrefois et la renouvelle par la pensée et le
désir. Comment cette cité pourra-t-elle recevoir les bénédictions de Dieu? Tous
ses habitants se sont élevés contre lui. Le feu du ciel est prêt à tomber sur
eux, et si la miséricorde de Dieu retient les foudres des sa justice dans le
temps, elle ne les retiendra pas dans l’éternité.
« Quel bonheur et quelle félicité, au
contraire, pour une famille dont les jeunes gens et les jeunes filles
vivent selon Dieu en le servant fidèlement. Servir Dieu, c'est
servir son Père et sa mère, c'est se servir
sois-même, c'est servir les intérêts de cette vie et
ceux de la vie future. C'est servir son Père et sa mère;
c'est les honorer, les respecter, leur être soumis, les aimer,
c'est faire leur joie, c'est être leur couronne sur la terre.
Pourrait-on plaire à Dieu et déplaire à ses
parents? Pourrait-on faire ce que Dieu commande et
désobéir à ses parents? Non, ma fille, car Dieu
ordonne à chacun d’honorer son père et sa
mère, d’obéir à son père et à
sa mère, de les respecter, de les aimer.
« Servir Dieu, c'est se servir sois-même. Quel est le service que les jeunes
gens ou les jeunes filles doivent se rendre à eux-mêmes? C’est de travailler à
leur bonheur ici-bas et dans le ciel. Or, le bonheur, la tranquillité, ne sont
que dans le service de Dieu ici-bas; il en est de même pour l’autre vie. Car le
ciel n'est que la récompense de la fidélité à Dieu.
« Servir Dieu, c'est servir ses intérêts pour cette vie et ceux de la vie
future. Les jeunes gens, attachés à Dieu, marchent dans le chemin de l'ordre.
Or, l’ordre, c'est le travail; l’ordre, c'est l'économie; l’ordre, c'est la paix
avec tous; l’ordre, c'est le bien en tout, c'est la fuite du mal, c'est la fuite
des dépenses folles ou inutiles; et là où règne l’ordre, là règne toujours
l'abondance; c'est là une conséquence nécessaire de l’ordre. Ajoutez à cela la
bénédiction de Dieu qui féconde le travail, qui favorise en tout ceux qui le
servent, et vous comprendrez bien que servir Dieu, c'est servir ses intérêts,
même temporels. C'est servir surtout ses intérêts spirituels. Les intérêts
spirituels d’une âme, c'est la grâce ici-bas; la participation par la grâce à la
vie divine; et, après la mort, la possession de Dieu. Or, cela ne s’obtient que
par le service fidèle de Dieu, et celui qui, dans sa jeunesse, sert Dieu
fidèlement, celui qui s’attache à lui de plus en plus, augmente chaque jour ses
trésors pour l’éternité.
« Heureuse la famille qui possède une jeunesse ainsi fidèle à Dieu, ainsi
dévouée à Dieu, ainsi attachée à Dieu! La paix est dans cette famille. Elle
goûte combien il est heureux pour des frères de vivre unis ensemble par une même
volonté, une même pensée, une même loi, un même but, unis en Dieu.
« Heureuses les cités qui possèdent une jeunesse nombreuse qui sert Dieu
fidèlement! Cette jeunesse est comme une semence féconde qui portera au
centuple; cette jeunesse est comme un abri qui protégera la cité contre la
colère de Dieu; cette jeunesse est comme une voix toute-puissante qui monte vers
Dieu, touche son cœur, et obtient de lui bénédiction pour la cité qu'elle
habite; cette jeunesse est un spectacle admirable pour le ciel et pour la terre,
et la terre s’écrie : Bonheur à cette cité! Et le ciel dit à son tour : Gloire à
cette cité! Cette jeunesse est un objet d’effroi pour l'enfer et les démons.
Devant elle, la corruption épouvantée s’enfuit. Les paroles déshonnêtes ne se
font plus entendre; l’entraînement vers les plaisirs défendus est arrêté, et la
force du bon exemple rend vaines les tentations de Satan.
« Jeunesse amie de Dieu, jeunesse fidèle à Dieu, jeunesse dévouée à Dieu,
réjouissez-vous, vous grandirez en âge et en vertu; vous croîtrez pour combattre
les combats du Seigneur; vous vivrez pour augmenter vos mérites; vous passerez
ensuite du séjour de l'espérance à celui de la possession.
Le Sauveur Jésus, un jour, s’exprima ainsi : « J’ai élevé ma voix et j'ai
dit aux enfants des hommes : O hommes! que cherchez-vous? Une voix unanime,
venue des quatre coins de la terre, se fit entendre en disant : Le bonheur!… Je
leur demandai : Où cherchez-vous le bonheur? Et chacun répondit selon les
inclinations de son cœur. Je m’adressai à l'avare et lui dis : O homme! où
cherchez-vous le bonheur? Il répondit : Dans la possession de l'or et de
l’argent. – Non, non, détrompez-vous, lui dis-je, le bonheur n'est point dans la
possession de l’or et de l’argent.
« Je m’adressai au vindicatif, à l'ambitieux, à l’orgueilleux, au voluptueux,
au mondain de tout âge et de toute condition, et je leur dis : Détrompez-vous,
le bonheur n'est pas dans la vengeance, ni dans les biens, les honneurs, les
gloires de la terre, ni dans les aises et les commodités de la vie, ni dans les
satisfactions et les plaisirs de la chair, ni dans les amusements et les joies
du monde.
« Alors, une voix immense se fit entendre et dit : Où donc est le bonheur?
« Je m’adressai à un jeune homme et à une jeune fille, qui l’un et l’autre
servaient Dieu fidèlement, observaient ses commandements, marchaient en sa
présence et lui offraient l’hommage de leur cœur. Je leur demandai : Que
cherchez-vous? Ils répondirent aussi : Le bonheur. – L'avez-vous trouvé? – Oui,
Seigneur. – Où? – Dans le service de Dieu, la fidélité à ses commandements,
l’amour que nous avons pour lui. – En vérité, leur dis-je, vous avez bien
cherché, et vous avez trouvé. Le bonheur est dans le service de Dieu, dans
l’observation de ses commandements, dans le don qu'on lui fait de tous les
mouvements de son propre cœur.
Un jour le Sauveur Jésus me parla ainsi : « Ma fille, ce ne sont pas ceux
qui écoutent ma parole qui seront justifiés, mais ceux qui la pratiquent. Vous
vous rappelez la parabole de la semence et l’explication que j’en ai donnée, là
se trouve la vérité rendue sensible de ce que je vous dis à cette heure. Les
personnes qui écoutent ma parole, mais qui ont leur esprit distrait et occupé de
mille pensées étrangères, ne seront point justifiées par elle. Leur cœur est
comme un grand chemin ouvert à tout venant; ma parole ne produit pas de fruit
dans ces âmes.
« Les personnes qui écoutent ma parole, mais qui sont insensibles, ne seront
point justifiées par elle. Cette insensibilité peut affecter l'esprit et le
coeur. L’insensibilité de l’esprit est une espèce d’aveuglement qui empêche de
comprendre ce qu’exprime ma parole; l’insensibilité du cœur suit ordinairement
celle de l’esprit. Ce que l’esprit ne comprend point, le cœur ne le goûte point;
quelque-fois pourtant l’insensibilité du cœur est seule et n'est point précédée
de l’insensibilité de l'esprit; cette insensibilité est un manque de goût qui
empêche ma parole de produire des fruits dans ces âmes. Ces âmes ressemblent au
chemin pierreux qui reçoit la semence, mais qui n’a point d’humidité ni de suc
nourricier pour l’entretenir et la faire vivre.
« Les personnes qui écoutent ma parole, mais qui sont immortifiées, ne seront
point vivifiées par elle. L’immortification laisse pousser dans l’âme des épines
qui la blessent, qui la déchirent et qui empêchent le bien de se faire en ces
âmes; elles reçoivent la parole de Dieu, elles la goûtent, mais ne veulent point
se mortifier pour modifier ce qu'il y a de vicieux en elles. Elles ne font point
d’efforts, elles ne prennent point de résolutions, ou bien ces résolutions ne
sont point exécutées ou ne le sont que pendant quelque temps. Ma parole germe
comme la semence, croît, produit du fruit, mais ce fruit est bientôt étouffé par
les passions, ces épines de l'âme.
« Que faut-il donc, ma fille, pour être justifié par ma parole? Il faut trois
choses : l’écouter, la retenir, et la retenir dans un coeur bon et bien disposé.
Si on ne l’écoute pas, c'est comme si elle ne se faisait point entendre; si on
ne la retient pas, c'est comme si on ne m’avait point entendue; enfin, si le
cœur n'est pas bon et bien disposé, elle devient inutile, parce qu'elle ne peut
agir.
« Écoutez donc la parole de Dieu, quel que soit celui qui vous la fera
entendre. N’examinez point ni sa diction, ni sa facilité à parler, ni la manière
dont il vous présente les choses; écoutez-la uniquement parce que c'est la
parole de Dieu.
« Retenez cette parole; ensevelissez-la dans votre cœur; réchauffez-la, elle
finira par faire germer en vous le bien. Pour cela, disposez votre cœur comme le
paysan dispose son champ : arrachez tout ce qu'il y a de mauvais; faites de
votre cœur un champ bien labouré, bien préparé; que votre cœur soit bon et
tourné complètement vers moi; soyez sûre que s'il en est ainsi, toujours ma
parole produira des fruits au centuple, car vous écouterez ce que je vous dirai,
vous le retiendrez et vous l’accomplirez. Vous l’accomplirez, parce que votre
cœur est bon; vous l’accomplirez, parce que vous verrez l’expression de ma
volonté, et que votre cœur attaché à moi ne voudra point me faire de la peine,
et si vous accomplissez ma parole, vous marcherez dans la vérité et dans le
bien; vous vous justifierez par conséquent chaque jour davantage; chaque jour
vous vous unirez de plus en plus à moi, et vous vous détacherez de la terre. »
« Comme mon Père m’a envoyé, ainsi
je vous envoie : allez, enseignez toutes les nations et baptisez tous
les hommes au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Celui
qui vous reçoit me reçoit, celui qui vous méprise
me méprise. Voilà, ma fille, me dit un jour le Sauveur
Jésus, voilà les paroles que j'ai adressées
à mes apôtres, et en leur personne à tous leurs
successeurs, participant de mon sacerdoce. Elles doivent vous faire
comprendre la dignité du prêtre. Le prêtre est
envoyé par moi dans le monde pour enseigner et baptiser, comme
j’ai été envoyé par mon Père, pour
montrer la voie qui mène à mon Père, et pour
rendre le mouvement et la vie à ceux qui les avaient perdus,
c’est-à-dire à tous les enfants d’Adam. Et le
prêtre, revêtu de la mission que je lui ai confiée,
va et agit en mon nom. Il agit non-seulement en mon nom, mais encore
avec mon pouvoir qui lui a été donné par mon
sacerdoce. Il agit en mon nom, avec mon pouvoir, et porte en
lui-même la dignité suprême du sacerdoce de
Melchisédech, qui m'a été donnée de toute
éternité et que je lui donne dans le temps et pour
jamais, afin qu'il me remplace, afin qu'il continue et qu'il
accomplisse mon œuvre, afin qu'il sauve les hommes comme je les
ai sauvés. Voilà pourquoi vous devez regarder le
prêtre comme un autre moi-même, écouter sa parole
comme vous écouteriez la mienne, respecter sa personne comme la
mienne, et craindre de le mépriser, parce que je me regarderai
comme méprisé en lui. Quel que soit l'homme revêtu
du sacerdoce, qu'il soit juste ou pécheur, qu'il honore ou
dégrade sa dignité, qu'il soit fidèle ou
infidèle, il possède une chose que vous devez respecter
toujours en lui, le caractère qui lui est conféré
par l’imposition des mains du pontife, mon représentant.
Ce caractère peut être dégradé, foulé
aux pieds, souillé par celui qui le porte; il ne
l’effacera jamais, il est prêtre pour
l’éternité. Sur douze apôtres que j’ai
choisis, j’en ai vu un se tourner contre moi, me livrer aux mains
des Juifs, demeurer insensible au nom d’ami que je lui donnais
à l’heure même de sa trahison, et mourir dans
l’impénitence, le désespoir et le suicide. Il peut
aussi s’en trouver parmi ceux qui sont appelés au
sacerdoce qui soient prévaricateurs de leur caractère,
mais le nombre en est petit, ma fille, je vous le dis pour votre
consolation; je vous le dis aussi afin que si jamais quelqu'un
d’entre eux se présentait sous vos yeux et sur votre
chemin, vous n’ayez que vénération pour lui, parce
qu'il a le caractère sacerdotal, tout en gémissant
au-dedans de vous-même de ce qui peut se trouver en lui de
déréglé. Afin d’augmenter en vous le respect
que vous devez avoir pour le prêtre, je veux vous entretenir de
sa dignité et de sa puissance.
« Je suis, ma fille, prêtre éternel, selon l’ordre de Melchisédech. Je ne me
suis point arrogé ce titre, Dieu me l’a donné; et quand l'heure est venue de la
manifestation de mon sacerdoce, j'ai apparu dans le monde pour en accomplir les
fonctions. Or, comme prêtre éternel, comme Dieu-homme, comme Rédempteur et
Sauveur, j’ai rappelé aux hommes la souveraineté toute-puissante de mon Père, je
me suis donné à eux, je leur ai envoyé le Saint-Esprit. En leur faisant
connaître mon Père, je leur ai montré Celui dont ils sont sortis et auquel ils
doivent revenir, non par eux-mêmes, parce qu'ils ne peuvent rien opérer de
méritoire par eux-mêmes, mais par moi qui suis la voie qui mène au Père.
« Je me suis donné aux hommes comme réparateur de leur péché, de leur révolte
contre Dieu; j'ai acquitté leur dette envers la justice divine, j'ai brisé leurs
liens qui les rendaient esclaves de Satan, je les ai rendus tous à la liberté,
je suis mort pour eux, et ma mort a été le principe de leur vie, et l’efficacité
de mon sang répandu a ranimé tous les hommes assis dans les ténèbres et les
ombres de la mort.
« Je me suis donné à eux comme réparateur, et réparateur de chaque jour, nous
plus sur le Calvaire, mas sur l’autel, nous plus en répandant mon sang
réellement, mais en offrant chaque jour de nouveau l’effusion de ce sang répandu
une seule fois sur le Calvaire.
« Je me suis encore donné à eux comme nourriture, en instituant l’eucharistie,
où les âmes peuvent et doivent venir prendre courage, force et sainteté.
« Voilà mon œuvre sur la terre : faire connaître Dieu, rendre réparation à
Dieu, racheter l'homme, lui donner la vie en le retirant de la mort; et puis je
me suis élevé dans le ciel pour en ouvrir l’entrée à tous les élus.
« Mon œuvre ne s'est pas arrêtée là; j’ai voulu la perfectionner et j’ai
envoyé Celui qui est le complément éternel du Père et du Fils, Celui qui est
l’union du Père et du Fils, et qui doit aussi réunir l'homme à Dieu le Père par
Dieu le Fils et les mérites de sa croix. Comme un vent violent il vient dans le
cœur des apôtres et dans le coeur des chrétiens, et il vient encore chaque jour
en eux pour s’en emparer et les lancer dans la voie de la justice et de la
vérité. Ma fille, voilà ce que j’ai fait.
« Voilà ce que fait aussi le prêtre chaque jour. Le prêtre fait connaître mon
Père. Il le proclame saint, juste, miséricordieux, tout-puissant, vengeur du
crime, rémunérateur de la vertu, et sa voix est comme un flambeau plein de
lumière qui montre la vérité et détourne des sentiers de l’erreur.
« Le prêtre me donne aux hommes, et en cela le prêtre participe au pouvoir
même de mon Père, qui, dans son amour pour la créature raisonnable, m’a donné à
elle. Il m’engendre, il me produit, il me donne naissance chaque jour entre ses
mains, comme mon Père éternellement dans son sein. Il me donne comme réparateur
des péchés du monde, comme victime et holocauste à Dieu, il m’immole sur
l'autel, il me donne en nourriture aux âmes, opérant en moi et sur elles toutes
les opérations de ma mort et de ma vie.
« Le prêtre donne aussi le Saint-Esprit. Un sacrement a été institué pour le
don spécial et particulier du Saint-Esprit, celui de la confirmation, conféré
par l’évêque qui a en lui la plénitude du sacerdoce. Le prêtre peut donner aussi
le Saint-Esprit par l’administration de ce sacrement; mais il n’exerce pas ce
pouvoir que mon vicaire sur la terre a réservé aux seuls évêques. Mais s’il ne
donne pas directement le Saint-Esprit par l’administration de la confirmation,
il le donne par tous les autres sacrements en donnant la grâce sanctifiante à
l’âme; il le donne surtout par l’Eucharistie; car, là où je suis, le
Saint-Esprit y est aussi, et quand le prêtre me donne en communion, il donne le
Saint-Esprit, et en me donnant, et donnant le Saint-Esprit, il donne aussi Dieu
le Père, et ainsi les trois personnes de la Trinité sont au pouvoir du prêtre.
Il commande, elles obéissent; il commande, Dieu le Père se manifeste aux hommes
en leur faisant sentir sa toute-puissance; il commande, Dieu le Fils se
manifeste aux âmes en leur faisant sentir l’excès de sa miséricorde; il
commande, tout lui obéit au ciel et sur la terre, Dieu se rapproche de l'homme,
Dieu prend l'homme sous sa protection; il commande, les démons fuient
épouvantés, les péchés disparaissent des âmes qu'ils souillaient, la paix se
fait dans ces âmes, la justification les couvre comme un manteau de gloire, le
ciel fermé s’ouvre pour les recevoir, et l'enfer, entr’ouvert pour les
engloutir, se referme sur lui-même, honteux et plein de rage d'avoir perdu sa
proie.
« Voilà l’œuvre du prêtre : en lui sont déposés tous les pouvoirs du Dieu
incarné; à lui sont confiés tous les trésors de grâces que Dieu veut répandre
sur les hommes, puisqu’il accomplit tout ce que j'ai accompli sur la terre,
puisque je lui suis confié, et qu'il a la garde du tabernacle où je réside.
Quelle grandeur! Elle surpasse celle des anges, ministres de Dieu. Le prêtre,
c'est un autre moi-même; j’agis par lui comme j’agirais par ma propre personne.
Sur la terre, je m’offris à mon Père en sacrifice, et je priai pour les hommes;
le sacrifice et la prière sont aussi les deux grandes fonctions du prêtre. Sur
la terre, j’évangélisai les pauvres, les ignorants et tous ceux qui voulaient
entendre la parole de la vie. Le prêtre annonce aussi la bonne nouvelle à tous
les hommes. Sur la terre, je fatiguai mes pieds comme un bon pasteur à la
recherche de quelques brebis égarées, je remis sur la voie la femme de Samarie
et Marie-Madeleine; le prêtre aussi fatigue ses pieds à travers le monde,
cherchant toutes les âmes égarées pour leur montrer le ciel. Sur la terre, je
pardonnai les péchés de la femme adultère et du paralytique; le prêtre pardonne
tous les péchés des hommes. Sur la terre, je guéris toutes les infirmités du
corps, je rendis l’ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, la parole aux muets, le
mouvement aux perclus, je rendis la vie aux morts; le prêtre guérit toutes les
infirmités, il rend également l’ouïe à ceux qui ont des oreilles et qui
n’entendent point, la vue à ceux qui ont des yeux et qui ne voient point, la
parole à ceux qui ont une langue pour parler et qui ne parlent point, le
mouvement à ceux qui ont des pieds pour marcher et qui ne marchent point, la vie
à ceux qui paraissent vivants et qui pourtant sont dans la mort.
« Que tout cela ne vous étonne point, car je suis en chacun de mes prêtres,
j’opère en eux et par eux tout ce qu'ils veulent; aussi leur action ne diffère
en rien de mon action; et, comme toute ma vie, toute la vie du prêtre tend ou
doit tendre, à cause de son caractère, de sa dignité et de ses pouvoirs, à une
seule chose, à l’union de Dieu avec les hommes par les mérites du Fils de Dieu
fait homme. Il doit produire Dieu dans les âmes et engendrer les âmes à Dieu. Il
est ainsi sur la terre le réparateur perpétuel à la justice de mon Père, le
rédempteur, le sanctificateur des âmes, et tout cela par moi, avec moi, en moi.
« O grandeur et puissance du prêtre! ô action étonnante du prêtre! Oh!
puissent tous les prêtres avoir constamment sous les yeux ces trois titres, qui
sont leurs titres parce qu'ils sont les miens, de réparateur, de rédempteur, de
sanctificateur. Qu'ils réparent, en se détachant de tout pour s’attacher à Dieu
et lui donner toutes choses; qu'ils rachètent en souffrant, en se mortifiant, en
sacrifiant leur vie et unissant leurs souffrances, leurs mortifications, leurs
sacrifices aux miens; qu'ils sanctifient en ce sanctifiant eux-mêmes par ma
sainteté et en la répandant sur les âmes comme une semence qui sera toujours
fertile et féconde.
« Ma fille, priez beaucoup à cette intention, priez pour mes prêtres; on ne
prie point assez pour eux. Les fidèles oublient trop qu'il y a des jours choisis
par mon Église pour demander par la prière les grâces qui sont nécessaires à
ceux qui doivent être initiés au sacerdoce. Les fidèles oublient trop que c'est
une obligation pour eux de prier pour les prêtres, qui sont leurs pères dans
l’ordre du salut. Les fidèles oublient trop que c'est une obligation pour eux de
prier pour les prêtres, qui leur donnent la vie de la grâce au baptême, la vie
et l’entretien de la vie par les autres sacrements, et par le sacrement de
pénitence la réparation de la vie ou la résurrection à la vie qu'ils avaient
perdue par le péché. Les fidèles oublient trop de prier pour les prêtres, qui
ont toujours des bénédictions pour eux, au jour de leur naissance, comme à celui
de leur trépas, au jour de leur mariage comme au jour où la mort vient les
séparer. Oui, les fidèles oublient trop de prier pour les prêtres, qui
consolent, qui soutiennent, qui relèvent, qui encouragent ceux qui leur sont
confiés, qui se dévouent chaque jour et à chaque instant du jour pour eux, et
qui dans le salut des âmes cherchent leur propre salut.
« Le prêtre épuise ses forces en les appliquant constamment aux besoins des
fidèles; il faut que les fidèles se le rappellent et qu'ils rendent aux prêtres
les forces qu'ils dépensent pour eux, en demandant à Dieu de ne point laisser au
dépourvu ceux qu'il a choisis pour ses ministres sur la terre.
« Ma fille, priez beaucoup pour ceux qui prient constamment pour vous et qui
se donnent pour vous comme je me suis donné moi-même sur la terre.
« Priez ma fille, pour les prêtres; mais à la prière joignez le respect l