Saint
Cyprien de Carthage
De l'Unité de l'Eglise
4° Obligation de s’en tenir à l’unité
10° Affaiblissement de la foi.
1° Le
Seigneur nous dit : Vous êtes le sel de la terre (Matt. V). Il
nous recommande l’innocence et la simplicité; mais il veut
qu’a ces. vertus nous joignions la prudence. Cela posé,
quoi de plus utile pour nous, mes frères bien-aimés, que de
nous tenir sur nos gardes, de veiller avec sollicitude, de
comprendre et de déjouer les embûches de notre mortel ennemi?
Quelle honte en effet si, revêtus de Jésus-Christ, la sagesse
du père, nous manquions de cette sagesse élémentaire qui nous
conduit au salut? Nous n’avons pas à craindre seulement la
persécution et ses dangereuses tentatives: quand le péril est
manifeste, on se tient facilement sur ses gardes; on se prépare
au combat, quand l’ennemi marche le front levé. Il est bien
plus à craindre lorsqu’il s’approche en secret,
lorsque, sous l’apparence d’une paix trompeuse, il se
glisse dans l’ombre, comme le serpent dont il porte le nom.
Son astuce est toujours la même; les (107) moyens ténébreux qu’il
emploie pour nous séduire n’ont pas changé. Dès le
commencement du monde, il s’attaqua au premier couple humain,
et, à l’aide de mensonges flatteurs, il trompa ces âmes
encore neuves et simples. Il s’attaqua de même à Jésus-Christ;
il s’approcha de lui en secret, espérant réussir de
nouveau dans son entreprise; mais il fut découvert, et par suite
repoussé. Apprenons par cet exemple à ne pas suivre la voie du
premier homme, à marcher sur les traces du Christ victorieux.
Par là nous ne tomberons pas en téméraires dans le piège de
la mort; mais, grâce à notre prudence, nous acquerrons des
droits à l’immortalité.
Or
comment jouir de l’immortalité, si vous n’observez les
préceptes du Christ, qui nous rendent vainqueurs de la mort? Il
nous dit lui-même : Si vous voulez arriver à la vie, observez
les commandements (Matt., XIX.); et dans un autre endroit: Si
vous faites ce que je vous prescris, je ne vous donnerai plus le
nom d’esclaves, mais celui d’amis (Joan., XV). Tel sont
les hommes, au jugement de Dieu, forts et inébranlables, les
hommes appuyés sur le rocher solide, capables de résister aux
tempêtes et aux tourbillons du siècle. Celui qui entend mes
paroles et les met en pratique, dit Jésus-Christ, ressemble à l’homme
sage qui bâtit sur le rocher les fondements de sa demeure. La
pluie tombe, les fleuves débordent, les vents se déchaînent et
se précipitent sur la maison; mais elle ne tombe pas parce qu’elle
est fondée sur la pierre (Matt., VII.). Nous devons donc nous
attacher aux paroles du Maître, recueillir ses enseignements,
imiter ses actions.
2° Or,
comment peut-on dire qu’on croit en Jésus-Christ quand on n’accomplit
pas ses commandements? Peut-on recevoir la récompense de la foi
quand on n’a pas foi aux préceptes? (109) Non; on ne peut
qu’errer, tourbillonner sous le souffle de l’erreur,
comme la poussière que le vent emporte, et on doit désespérer
d’arriver au salut puisqu’on n’en suit pas le
chemin.
Evitez
donc tous les pièges, mes frères bien-aimés, non-seulement
ceux qui se montrent aux yeux; mais encore ceux, qui cachent dans
les ténèbres leur astuce et leur malice. Quoi de plus astucieux,
quoi de plus subtil que notre ennemi? Jésus, en s’incarnant,
triomphe de ses artifices et de sa puissance; alors, en effet, la
lumière se montre aux nations pour les sauver; les sourds
entendent la voix de la grâce; les aveugles ouvrent les yeux
pour voir le Dieu véritable; les infirmes reviennent pour
toujours à la santé; les boiteux courent à l’Eglise; les
muets, sentant leur langue se délier, font entendre l’accent
de la prière, Mais l’ennemi ne s’avoue pas vaincu.
Voyant les idoles abandonnées et ses temples désertés par la
foule devenue croyante, il imagine un nouveau piège afin de
tromper les impudents par l’apparence même du nom chrétien.
Il invente les hérésies et les schismes pour troubler la foi,
corrompre la vérité, scinder l’unité. Il séduit ceux qu’il
ne peut retenir dans la voie des anciennes erreurs, et il les
trompe en leur montrant de nouveaux chemins. Il ravit les
fidèles à l’Eglise, et tout en leur persuadant qu’ils
évitent la nuit du siècle et qu’ils approchent de la
lumière, il les plonge, sans qu’ils s’en aperçoivent,
dans de nouvelles ténèbres. Ainsi, déserteurs du l’Évangile
et de la loi de Jésus-Christ, ils s’obstinent à se dire
chrétiens; ils marchent dans les ténèbres, et ils croient
jouir de la lumière. L’ennemi les flatte, il les trompe,
cet ennemi qui, selon l’apôtre, se transfigure en ange de
lumière, qui transforme ses ministres eux-mêmes en
prédicateurs de la vérité, donnant la nuit au lieu du jour, la
mort au lieu du salut, le désespoir à la place de l’espérance,
la perfidie. sous le voile de la foi, l’antéchrist sous le
nom adorable du Christ. C’est ainsi qu’au moyen d’une
vraisemblance menteuse, ils privent les âmes de la vérité. (111)
.
3°
Cela arrive, mes frères bien aimés, parce qu’on ne remonte
pas à l’origine de la vérité; parce qu’on ne cherche
pas le principe, parce qu’on ne conserve pas la doctrine du
maître céleste. Si on se livrait à cet examen, on n’aurait
besoin ni de longs traités, ni d’arguments. Rien de plus
facile que d’établir sur ce point la foi véritable. Dieu
parle à Pierre: Je te dis que tu es Pierre et sur cette pierre
je bâtirai mon Église et les puissances des enfers n’en
triompheront jamais. Je te donnerai les clefs du royaume du Ciel,
et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le Ciels et
tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le Ciel (Matt.,
XVI.). Après sa résurrection, il dit au même apôtre : Pais
mes brebis. Sur lui seul il bâtit son Église, à lui seul il
confie la conduite de ses brebis. Quoique, après sa
résurrection,. il donne à tous ses apôtres un pouvoir égal,
en leur disant : Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie;
recevez le Saint-Esprit les péchés seront remis à ceux à qui
vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les
retiendrez (Joan., XX), cependant, afin de rendre l’unité
évidente, il a établi une seule chaire et, de sa propre
autorité, il a placé dans un seul homme le principe de cette
même unité. Sans doute les autres apôtres étaient ce que fut
Pierre; ils partageaient le même honneur, la même puissance,
mais tout se réduit à l’unité. La primauté est donnée
à Pierre, afin qu’il n’y ait qu’une seule Église
du Christ et une seule chaire. Tous sont pasteurs; mais on ne
voit qu’un troupeau dirigé par les apôtres avec un accord
unanime. L’Esprit-Saint avait en vue cette Eglise une, quand
il disait dans le Cantique des cantiques: Elle est une ma colombe,
elle est parfaite, elle est unique pour sa mère; elle est l’objet
de toutes ses complaisances (Cant., VI). Et celui qui ne tient
pas à l’unité de l’Église croit avoir la foi! Et
celui qui résiste à l’Église, qui déserte la chaire de
Pierre sur laquelle l’Église repose, se flatte (113) d’être
dans l’Église! écoutez l’apôtre saint Paul; il
expose
lui
aussi le dogme de l’unité : Un seul corps, un seul esprit,
une seule espérance de votre vocation, un seul Seigneur, une
seule foi, un seul baptême, un seul Dieu (Ephés., IV).
4)Nous
devons tenir fortement à cette unité, nous devons la défendre,
nous surtout évêques, qui occupons la première place dans l’Église,
afin que le corps épiscopal soit un et indivisible. Que personne
n’altère, par le mensonge, la fraternité qui nous unit;
que personne, par des enseignements perfides, ne nuise à la
sincérité de notre foi. L’épiscopat est un, chacun de
nous possède cette dignité solidairement avec ses frères. L’Église
aussi est une, quoique, par l’effet de sa fécondité, elle
s’étende sur une immense superficie. Ainsi les rayons
innombrables du soleil ne font qu’une seule lumière; l’arbre
a des rameaux nombreux, mais un tronc unique solidement attaché
au sol ; plusieurs ruisseaux coulent de la source et portent au
loin leurs, eaux abondantes, mais la source est unique. Cherchez
à, enlever au soleil un de ses rayons, l’unité de la
lumière ne souffrira pas cette division; séparez un rameau de l’arbre,
il se flétrira; écartez un ruisseau de la fontaine, il se
desséchera. Il en est de même de l’Église de Dieu :
répandue partout, elle éclaire l’univers de ses rayons;
mais il n’y a qu’une seule lumière inséparable du
corps qui la produit; arbre gigantesque, elle étend partout ses
rameaux chargés de fruits; fontaine intarissable, elle porte au
loin ses eaux abondantes et fécondes; mais il n’y a qu’un
principe, un tronc, une source, une mère dont la fécondité
remplit l’univers. Le sein de cette mère nous donne la
naissance, son lait nous nourrit, son souffle nous anime. L’épouse
du Christ ne peut souffrir l’adultère ; elle est
incorruptible; elle ne connaît qu’une seule maison, qu’un
seul lit conjugal. C’est elle qui nous conserve pour Dieu,
et qui, après nous avoir engendrés, nous conduit au (115)
royaume céleste. Quiconque se sépare de l’Église
véritable, pour se joindre à. une secte adultère, renonce aux
promesses de l’Église. Les promesses du Christ ne sont pas
pour celui qui abandonne son Église. Cet homme est un étranger,
un profane, un ennemi. Non, on ne peut avoir Dieu pour père si
on n’a pas l’Église pour mère. Au temps du déluge,
pouvait-on se sauver hors de l’arche de Noé? De même
aujourd’hui, hors de l’Église, le naufrage est certain.
C’est l’enseignement de Jésus-Christ : Celui qui n’est
pas avec moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec
moi dissipe (Matt., XII). Celui qui rompt les liens de la paix et
de la concorde établis par le Christ agit contre le Christ;
celui qui recueille hors de l’Église dissipe l’Église
du Christ. Le Seigneur a dit encore : Moi et mon Père ne sommes
qu’un (Joan., X.); et Jean, en parlant du Père et du Fils
et du Saint-Esprit, ajoute, et ces trois ne sont qu’un. Qui
donc pourrait croire que cette unité, née de l’unité
divine, cimentée par les sacrements célestes, peut être
scindée selon le caprice des volontés rivales? Perdre cette
unité, c’est perdre la loi divine, la foi dans le Père et
le Fils, la vie, le salut.
5° Ce
dogme de l’unité est figuré dans l’Évangile par la
tunique du Christ : les soldats ne la partagèrent pas; mais ils
La tirèrent au sort et ainsi elle resta dans son entier.
Écoutez l’évangéliste : Quant à la tunique, comme elle n’était
pas cousue, mais entièrement tissée, ils se dirent les uns aux
autres : ne la partageons pas, mais tirons au sort pour voir à
qui elle appartiendra (Joan., XIX.). Elle représentait cette
unité qui vient du Ciel, c’est-à-dire de Dieu, qui ne peut
être violée par les hommes, mais qui doit subsister en entier
et sans la moindre altération. Or, comment posséder le
vêtement du Christ, quand on scinde et qu’on divise l’Église
du Christ? (117)
Le
Livre des Rois nous offre un exemple contraire. A la mort de
Salomon, le royaume et le peuple se divisèrent. Alors le
prophète Achias alla dans la campagne au devant de Jéroboam et,
faisant de son manteau douze parts, il lui dit: Prends dix de ces
morceaux, car voilà ce que dit le Seigneur Je diviserai le
royaume de Salomon et je te donnerai dix tribus; deux tribus
resteront à son héritier, à cause de David mon serviteur et de
Jérusalem que j’ai choisie pour y établir mon nom (III Reg.,
XI.). Lorsque les douze tribus d’Israël étaient divisées,
le prophète Achias déchira son manteau; mais il n’en est
pas de même du peuple du Christ: là toute scission est
impossible; aussi sa tunique tissée et d’une seule pièce
ne fut pas déchirée par les soldats. Elle nous montre, par son
intégrité, la concorde qui doit exister parmi les disciples du Christ; elle est la figure de l’unité
de l’Église.
Qui
donc pousserait assez loin la scélératesse, la perfidie ou la
fureur de la discorde pour croire qu’on peut scinder l’unité
divine pour oser déchirer la robe du Seigneur, l’Église du
Christ? Il nous dit lui-même dans son Évangile : Il n’y
aura qu’un seul troupeau et un seul pasteur (Joan., X.); et
vous croyez que, dans le même lieu, il peut exister plusieurs
pasteurs ou plusieurs troupeaux? L’apôtre saint Paul nous
recommande la même unité : Je vous supplie, mes frères, au nom
de notre Seigneur Jésus-Christ, de suivre tous la même doctrine,
afin qu’il n’y ait pas de schismes parmi vous. Soyez
unis dans le même sentiment, dans la même croyance (I Cor., I).
Il dit encore : Supportez-vous les uns les autres dans la
charité; efforcez -vous de conserver l’unité de l’esprit
dans le lien de la paix. Vous croyez qu’on peut vivre hors
de l’Église, qu’on peut s’y établir une demeure,
alors qu’il fut dit à Raab, qui était la figure de l’Église
: Introduis dans ta maison ton père, ta mère, tes (119) frères,
toute ta famille, et quiconque en franchira le seuil périra (
Jos., II)? De même, dans l’Exode, la cérémonie de la
Pâque porte que l’agneau, qui est la figure du Christ, doit
être mangé dans une seule maison. Écoutez plutôt la parole du
Seigneur : Il sera mangé dans une seule maison et vous ne
jetterez dehors aucune partie de sa chair (Exod., XII.). Jeter
dehors la chair de Jésus-Christ, le Saint du Seigneur, serait un
sacrilège : les croyants n’ont donc. qu’une seule
maison, qu’une seule Église. C’est cette maison,. c’est
l’harmonie qui y règne que le Saint-Esprit a en vue quand
il dit dans les Psaumes: Dieu réunit dans la même, demeure ceux
qui sont unis par la même pensée, le même sentiment (Ps. LXVII.);
c’est-à-dire, dans la maison de Dieu, dans l’Église
du Christ, habitent les âmes simples, unies ensemble par les
liens d’une foi commune. Voilà pourquoi l’Esprit-Saint
se montre sous la forme d’une colombe. La colombe est un
oiseau simple et joyeux, sans fiel, sans violence; il ne déchire
ni avec son bec ni avec ses ongles; il aime les habitations
humaines, se contente d’une seule demeure. Les colombes
élèvent leurs petits en commun, volent ensemble serrées les
unes contre les autres, vivent en famille, témoignent leur amour
par des caresses, en un mot, elles paraissent n’avoir toutes
qu’un même sentiment. Ainsi, dans l’Église, ayons
cette simplicité, cette charité qui fait de nous des colombes,
cette douceur et cette innocence qui nous rend semblables aux
agneaux et aux brebis. La férocité des loups, la rage des
chiens, le venin mortel des serpents, la cruauté des bêtes
sauvages peuvent-ils trouver place dans un cœur chrétien?
Lorsque des hommes souillés de ces passions infâmes se
séparent de l’Église, il faut s’en féliciter; du
moins ils n’infecteront pas de leur contagion mortelle les
colombes et les brebis du Christ. L’amertume ne peut s’unir
à la douceur, l’obscurité à la lumière, la pluie à la (121)
sérénité, la lutte à la paix, la stérilité à. l’abondance,
la sécheresse â la source, la tempête au calme de l’atmosphère.
Ce ne
sont pas les bons, croyez-le bien, qui peuvent se séparer de l’Église.
Le vent n’emporte pas le pur froment, la tempête ne
renverse pas le chêne solidement assis sur ses racines. C’est
la paille inutile que le vent emporte; c’est l’arbre
faible et sans vigueur qui est renversé par les tourbillons. Ils
sont sortis du milieu de nous, dit l’apôtre saint Jean,
mais ils ne furent jamais des mitres; s’ils l’avaient
été, ils seraient restés avec nous (I Joan., II). La cause des
hérésies passées et présentes ce sont ces esprits pervers qui
ne peuvent rester en paix, ces hommes perfides qui brisent les
liens de l’unité. Dieu permet et souffre ces désordres
pour laisser à la liberté humaine toute son intégrité. Ainsi
l’examen de la vérité devient pour le cœur et l’esprit
une épreuve décisive, et la foi des élus en sort victorieuse
pour se montrer au grand jour. L’Esprit-Saint, d’ailleurs,
a eu soin de nous en prévenir par la bouche de l’apôtre:
Il faut qu’il y ait des hérésies pour faire connaître les
vrais disciples du Christ (I Corint., XI.). Par là les fidèles
sont éprouvés, les perfides. découverts; même avant le jour
du jugement, les âmes des justes sont séparées de celles des
méchants et le froment delà paille.
6)Ces
chefs de secte se placent d’eux-mêmes et sans l’ordre
divin à la tête de leurs concitoyens; ils s’emparent
du pouvoir, sans s’inquiéter de l’ordination qui le
donne; ils prennent le titre d’évêques, sans que personne
leur confère l’épiscopat. L’esprit nous les
représente, au livre des Psaumes, assis dans la chaire empestée;
ce sont, dit-il, les fléaux de la foi; sur leur langue réside
la malice du serpent; ils sont habiles à corrompre la vérité;
ils vomissent de leur bouche empoisonnée des venins mortels;
leur parole se glisse comme la vipère; leur (123) contact seul
frappe d’une blessure mortelle les esprits et les cœurs
(I Corint., XI). Le Seigneur s’élève contre ces faux
prophètes; il cherche à en détourner son peuple : N’écoutez
pas leurs paroles, dit-il, car ils sont le jouet de leurs propres
visions. Ils parlent, mais ce n’est pas Dieu qui parle par
leur bouche. Ils disent à ceux qui repoussent la parole du
Seigneur: la paix sera avec vous. Ils disent à ceux qui suivent
leurs conseils perfides: tout homme qui suit le mouvement de son
cœur n’a à craindre aucun mal. Je n’ai jamais
parlé à ces faux prophètes, dit le Seigneur; ils prophétisent
de leur propre autorité. S’ils étaient restés fidèles à
ma loi, s’ils avaient écouté ma parole, s’ils avaient
travaillé à instruire mon peuple, je les aurais détournés de
leurs funestes pensées (Jér. XXIII). Le Seigneur désigne
encore ces mêmes prophètes lorsqu’il dit : Ils m’ont
abandonné, moi la fontaine d’eau vive, et ils se sont
creusé des réservoirs vermoulus qui ne peuvent contenir l’eau
(Jér., II.). Il ne peut y avoir qu’un baptême, et eux
pensent pouvoir baptiser (On peut voir ici le principe des
erreurs de Saint Cyprien relativement au baptême conféré par
les hérétiques.). Après avoir quitté la fontaine de vie, ils
promettent la grâce de l’eau régénératrice. Loin de
purifier les. hommes, ils les souillent davantage; loirs de laver
les fautes, ils les multiplient. Une telle génération donne des
enfants, non à Dieu, mais au démon. Nés du mensonge, ils n’ont
aucun droit aux promesses de la vérité; issus de la perfidie,
ils perdent la grâce de la foi. Peuvent-ils compter sur, la paix
ceux qui, aveuglés par l’esprit de discorde, ont ruiné la
paix du Seigneur?
Certains
pourraient peut-être se faire illusion, en interprétant mal ces
paroles du Christ : Là où se trouvent deux ou trois personnes
réunies en mon nom, je suis au milieu (125) d’elles ( Matt.,
XVIII..). Ces corrupteurs de l’Évangile, ces faux
interprètes des Écritures citent la fini du texte et en
suppriment le commencement, selon les besoins de leur cause. De
même qu’ils sont eux-mêmes retranchés de l’Église,
ils scindent, pour en altérer le sens, les paroles de l’Écriture.
Le Seigneur, exhortant ses disciples à la concorde et à la paix,
leur dit : Si deux d’entre vous s’entendent sur la
terre pour une chose à demander, quelle qu’elle soit, elle
vous sera accordée par mon Père qui est dans le Ciel; car là
où se trouvent deux ou trois personnes réunies en mon nom, je
suis au milieu d’elles. Il montre par là que la grâce est
accordée, non à la multitude de ceux qui prient, mais à la
concorde et à la charité qui les animent. Si deux d’entre
vous, dit-il, s’entendent sur la terre: voilà la concorde;
il la place en première ligne, il nous y exhorte de tout son
pouvoir.
Or,
comment peut-on se mettre d’accord avec quelqu’un,
lorsqu’on est séparé du corps de l’Église et de
toute la société des frères? Comment deux ou trois personnes
peuvent-elles se réunir au nom de Jésus-Christ, lorsqu’il
est certain qu’elle sont séparées de Jésus-Christ et de
son Évangile? Ce n’est pas nous qui nous sommes éloignés
d’eux, mais ils se sont éloignés de nous. De là les
hérésies et les schismes : en cherchant à former des
assemblées hors du sein de l’Église, ils ont abandonné le
principe et la source de la vérité.
Mais
le Seigneur parle du milieu de l’Église; il parle à ceux
sont dans l’Église et il leur dit : Ne fussiez-vous que
deux ou trois, si vos âmes sont unies par les liens de la
charité, vous obtiendrez de Dieu l’effet de vos prières.
Là où se trouvent deux ou trois personnes réunies en mon nom,
je suis au milieu d’elles, c’est-à-dire avec les
simples, avec les amis de la paix, avec ceux qui craignent Dieu
et qui observent ses commandements. Il est avec, ces hommes,
quoiqu’ils ne soient (127) que deux ou trois, comme il
était autrefois avec les trois enfants dans la fournaise. Ils se
confiaient simplement à Dieu; ils persévéraient dans l’union
fraternelle : aussi un souffle rafraîchissant vint tempérer l’ardeur
des flammes qui les enveloppaient. Deux apôtres étaient en
prison; eux aussi persévéraient dans la simplicité et l’union
fraternelle le Seigneur vint à leur secours, il brisa leurs
liens et les renvoya sur la place publique pour prêcher l’Évangile
à la multitude. Ainsi donc lorsqu’il dit : Là où seront
deux ou trois personnes réunies en mon nom, je serai au milieu d
elles, il ne sépare pas les hommes de l’Eglise, lui
qui en est le fondateur, mais il reproche aux perfides
hérétiques l’esprit de discorde qui les anime, il
recommande la paix aux fidèles, il montre qu’il se trouve
plutôt avec deux ou trois personnes priant d’une voix
unanime qu’au milieu d’une foule en discorde, et que
les vœux des premiers, vivifiés par la charité, auront
plus d’empire sur le cœur de Dieu que les voix
tumultueuses des autres.
7° C’est
pour cela que Jésus a dit en nous imposant la loi de la prière
: Lorsque vous vous mettrez a prier, si vous avez quelque chose
contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est
dans le Ciel vous pardonne vos péchés (Marc., XI.). Il repousse
de l’autel celui qui vient offrir son sacrifice avec la
haine dans le cœur; il lui ordonne d’aller d’abord
se réconcilier avec son frère et de venir ensuite présenter
son offrande. Dieu n’accueillit pas les présents de Caïn :
il ne pouvait être en paix avec Dieu celui qui par jalousie
avait voué à son frère une haine aveugle. Quelle paix peuvent
donc se promettre nos ennemis? quels sacrifices croient-ils
célébrer quand ils dressent autel contre autel ? s’imaginent-il,
que le Christ assiste à leurs réunions, alors que ces réunions
se font hors de l’Église? Leur crime est si grand que, s’ils
mouraient en confessant la foi, leur sang ne suffirait pas à le
laver. La discorde anéantit toute charité; (129) rien ne peut l’expier,
pas même le martyre. Peut-il y avoir des martyrs hors de l’Église?
Peut-on arriver au royaume céleste, quand on abandonne celle en
qui nous devons régner? Le Christ nous a donné la paix; il nous
a recommandé la concorde et l’union; il nous a prescrit de
conserver dans leur intégrité les liens de la charité et de l’amour
il ne peut donc se dire martyr celui qui ne persévère pas dans
la charité fraternelle. C’est aussi la doctrine de l’apôtre
saint Paul: Quand ma foi serait capable de transporter les
montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.
Quand je distribuerais tous mes biens aux pauvres, quand je
livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité,
je ne gagne rien. La charité est magnanime, bienveillante, sans
jalousie, sans pensée amère; elle ne s’enfle pas, ne s’irrite
pas, ne pense pas le mal; elle aime tout, croit tout, espère
tout, supporte tout. La charité ne périt pas (I Corint., XIII).
Vous l’entendez, mes bien-aimés, la charité ne périt pas;
elle vivra dans le royaume céleste; elle sera le lien éternel
et indissoluble des élus. Mais, pour la discorde, elle sera à
tout jamais frappée d’exclusion.
Le
Christ a dit : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés moi-même. Il a promis une récompense à ceux qui
observeraient ce précepte : comment mériterait-il la
récompense celui qui, par des dissensions perfides, anéantit la
charité du Christ? Celui qui n’a pas la charité ne
possède pas Dieu, dit l’apôtre saint Jean, car Dieu est
amour; celui qui persévère dans l’amour demeure en Dieu,
et Dieu en lui (I Joan., IV.). Les déserteurs de l’Église
de Dieu rie peuvent demeurer en Dieu. Qu’ils périssent dans
les flammes, qu’ils meurent sous la dent des bêtes, ce n’est
pas un-titre à la récompense, mais le châtiment de leur
perfidie; ce n’est pas la fin glorieuse d’une vie
chrétienne , mais le dernier acte d’un aveugle désespoir.
Ils (131) peuvent recevoir la mort, mais non pas la couronne. Ils
se disent chrétiens, comme le démon se dit le Christ, selon cet
avertissement du Maître : Plusieurs viendront en mon nom, disant
: Je suis le Christ; et ils séduiront la multitude (Marc., XIII.).
De même que le démon n’est pas le Christ, quoiqu’il
se serve de son nom pour séduire, ainsi l’homme qui ne
persévère pas dans la vérité (le l’Évangile et de la
foi ne peut se dire chrétien. Certes, c’est une chose
sublime et admirable que de prophétiser, chasser les démons,
opérer des prodiges; et pourtant le dépositaire de tous ces
pouvoirs ne peut arriver au royaume céleste qu’autant qu’il
suit le chemin de la vérité et de la justice. Le Maître nous
en avertit lui-même : Plusieurs diront en ce jour : Seigneur,
Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé, n’avons-nous
pas chassé les démons, n’avons-nous pas fait de grands
prodiges en votre nom? et je leur dirai : Je ne vous connais pas;
éloignez-vous de moi, hommes d’iniquité (Matt., VII.). C’est
par la justice qu’on peut fléchir la justice de Dieu; c’est
en obéissant à ses préceptes que nous pouvons obtenir la
récompense due à nos mérites.
Le
Seigneur établit en deux mots, dans l’Évangile, les
fondements de notre espérance et de notre foi : Votre Dieu, dit-il,
est un Dieu unique. Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout
votre cœur, de tout votre esprit et de toutes vos forces c’est
là le premier commandement. Le second commandement est
semblable au premier : Vous aimerez votre prochain comme vous-même.
Dans ces deux commandements se trouvent toute la loi et les
prophètes (Marc, XII). En renfermant dans deux préceptes les
prophètes et la loi, le Seigneur nous recommande l’unité
et la charité. L’unité et la charité! ils s’en
occupent bien ces fauteurs de discordes qui. emportés par une
haine aveugle, scindent l’Église, détruisent la foi,
troublent la paix, ruinent la charité, profanent nos mystères.
(133)
Ce
fléau, mes frères bien-aimés, a commencé depuis longtemps;
mais, de nos jours, ses ravages deviennent plus affreux. Les
hérésies et les schismes, en se multipliant, répandent
davantage leurs poisons. N’en soyons pas étonnés; il doit
en être ainsi au déclin du monde; l’Esprit-Saint, par la
bouche de l’apôtre, l’a prédit: Aux derniers jours,
viendront des temps difficiles. On verra paraître des hommes
pleins de confiance en eux-mêmes, superbes, vaniteux, avares,
blasphémateurs, désobéissants, ingrats, impies, sans affection,
sans bonne foi, délateurs, débauchés, cruels, ennemis de tout
bien, traîtres, insolents, enflés d’orgueil, préférant
leurs passions à Dieu, altérant les dogmes de la religion et ne
croyant pas à son origine et à sa vertu divine. Ces hommes se
glissent dans les maisons; ils séduisent des femmes faibles et
chargées de fautes qui se laissent conduire par de vains désirs.
Ils cherchent sans cesse à apprendre et n’arrivent jamais
à la science de la vérité. Autrefois Jamnès et Mambrès
résistèrent à Moïse : eux de même résistent à la vérité,
égarés qu’ils sont par leur corruption et leurs erreurs.
Mais leur succès sera de courte durée; bientôt leur
perversité sera découverte, comme celle des ennemis de Moïse (II
Thess., III).
Toutes
ces prophéties s’accomplissent, et comme la fin du monde
approche, ces hommes paraissent pour nous éprouver. Grâce à la
fureur du démon, toutes les passions s’agitent à la fois:
l’erreur séduit les âmes déjà. égarées par l’orgueil,
la jalousie les enflamme, la cupidité les aveugle, l’impiété
les déprave, la vanité les enfle, la discorde les exaspère, la
colère les précipite à leur ruine. Ne nous laissons pas
troubler ou émouvoir par l’excessive perfidie d’un si
grand nombre; mais plutôt, puisque la chose est prédite,
servons-nous-en pour fortifier notre foi. La conduite des
hérétiques est conforme à la prédiction. Donc, mes frères,
appuyés sur la prophétie, tenez-vous en garde contre eux, car
le Seigneur a dit: Méfiez-vous; (135) je vous ai tout annoncé d’avance.
Évitez ces hommes, je vous en supplie, repoussez leurs paroles
perverses comme une contagion mortelle, selon cette parole des
Livres saints : Fermez rigoureusement vos oreilles et n’écoutez
pas les méchants; et ailleurs : Les mauvais propos corrompent
les bonnes mœurs.
8°
Tels sont les hommes que nous devons fuir; la parole du Seigneur
est formelle : Ce sont des aveugles, dit-il, et des conducteurs d’aveugles.
Si un. aveugle conduit un autre aveugle, tous deux tomberont dans
la fosse (Matt., XV.). Si un homme est séparé de l’Église,
évitez-le, fuyez-le. C’est un pervers, un pécheur,
condamné par sa propre conduite. Eh quoi! il s’imagine
être avec le Christ, celui qui agit contre les prêtres du
Christ, qui se sépare de l’assemblée du clergé et du
peuple du Christ? Armé contre l’Église, il combat l’institution
de Dieu. Ennemi de l’autel et du divin sacrifice, perfide
envers la foi, sacrilège envers la religion, serviteur
désobéissant, fils impie, frère révolté, il méprise les
évêques de Dieu, il abandonne ses prêtres et il dresse un
autel étranger; il fait monter vers le Ciel une prière
sacrilège, il profane par un sacrifice menteur la sainteté de l’hostie
divine. Il ne sait donc pas que ceux qui s’élèvent contre
l’ordre divin sont punis de leur audacieuse témérité?
Coré, Dathan et Abiron, révoltés contre Aaron et Moïse,
avaient voulu s’attribuer l’honneur d’offrir à
Dieu des sacrifices; à l’instant même, ils reçurent leur
châtiment : la terre s’entrouvrit sous leurs pas et les
engloutit vivants dans ses profondeurs. La justice divine ne se
contenta pas de frapper ceux qui furent les auteurs de la
sédition; mais deux cent cinquante hommes qui avaient partagé
leur crime, en s’attachant à leur parti, périrent
consumés par le feu du Ciel. Dieu nous montre par ce châtiment
terrible que les méchants, en cherchant à détruire l’ordre
divin, s’attaquent à Dieu lui-même. Il en fut de même du
roi Osias. Malgré la loi divine et les (137) résistances du
grand prêtre Azarias, il porta la main à l’encensoir et s’arrogea
par la violence le droit de sacrifier. Le châtiment ne se fit
pas attendre. : frappé par la colère divine, son front fut
souillé de la lèpre. Ainsi cette partie du corps où Dieu
imprime un caractère sacré pour désigner ses élus, porta les
traces de la vengeance céleste. Les fils d’Aaron placèrent
sur l’autel un feu profane : ils furent frappés de mort en
présence du Dieu qu’ils avaient offensé. Ils imitent ces
grands coupables ceux qui s’attachent à des doctrines
étrangères, méprisent la tradition divine et lui substituent
leurs propres folies. Le Seigneur s’élève contre eux dans
son Évangile : Vous rejetez l’ordre de Dieu pour établir
vos traditions (Marc, VII.).
Ce
crime est pire que celui des apostats qui, admis à la pénitence,
cherchent à fléchir la justice du Ciel par leurs expiations.
Chez ceux-ci on cherche l’Église, on implore son pardon;
chez les hérétiques on lui résiste en face. Un apostat a pu
céder à la violence; l’hérétique, de son plein gré
persévère dans le crime. En succombant dans la persécution, on
ne nuit qu’à soi-même; en se mettant à la tête d’une
hérésie ou d’un schisme, on entraîne la multitude et on
la trompe. Dans le premier cas, il n’y a danger que pour une
seule âme, dans le second, que d’âmes se perdent! Celui
qui tombe comprend sa faute, il la déplore amèrement; mais l’hérétique
se glorifie de son crime, il s’y complaît, il sépare les
enfants de la mère, les brebis du pasteur, il profane les’
sacrements institués par Dieu lui-même. Le premier ne pèche qu’une
fois, le second tous les jours. Enfin l’apostat peut encore
recevoir la palme. du martyre et par suite la couronne céleste;
mais le sectaire, mis à mort hors de l’Église, n’a
droit à rien.
Ne
vous étonnez pas, mes frères bien-aimés, de voir des
confesseurs tomber dans l’hérésie : ce n’est pas plus
étonnant que d’en voir d’autres commettre des fautes
graves. La (139) confession du nom de Jésus-Christ ne nous
garantit pas des embûches du démon, pas plus qu’elle n’éloigne
entièrement de nous, pendant cette vie, les tentations, les
périls, les séductions du siècle. S’il en était ainsi,
nous ne verrions pas, chez des hommes qui ont confessé la foi,
ces fraudes, ces impuretés, ces adultères qui arrachent parfois
nos gémissements. et nos larmes. Pour être confesseur, on n’est
ni plus grand, ni plus saint, ni plus cher à Dieu que Salomon.
Tant qu’il marcha dans la voie du Seigneur, Salomon conserva
son amitié; en quittant le droit chemin, il perdit la grâce
divine, selon cette parole de l’Écriture : Le Seigneur
excita Satan contre Salomon lui-même. De là cette autre parole:
Soyez fidèle, de peur qu’un autre ne reçoive votre
couronne (Apoc., III). Dieu nous parlerait-il de la perte de la.
couronne de la sainteté, si en perdant la sainteté nous ne
perdions infailliblement la couronne?
La
confession du nom chrétien est le commencement de la gloire,
mais elle n’assure pas définitivement la récompense
céleste; elle rehausse notre dignité, mais sans nous conduire
au couronnement de l’édifice. Il est écrit: Celui qui
persévèrera jusqu’à la fin sera sauvé; donc tout ce qu’on
fait avant la fin est un degré par lequel on arrive au faîte du
salut. Mais ce n’est pas encore le salut.
Vous
êtes confesseur de la foi, c’est bien; mais prenez garde,
le péril est encore plus grand, parce que l’ennemi est plus
furieux. Vous êtes confesseur de la foi : raison de plus pour
vous attacher à l’Évangile du Seigneur, vous qui n’avez
mérité votre gloire que par l’Évangile. Le Seigneur a dit:
On demandera beaucoup à celui qui a beaucoup reçu. Plus on est
élevé en dignité, plus on doit être fidèle. Que personne ne
périsse par l’exemple d’un confesseur de la foi; que
personne ne trouve dans ses mœurs des leçons d’injustice,
d’orgueil, de (141) perfidie. Vous êtes confesseur, soyez
donc humble et patient, soyez modeste et réservé dans votre
conduite; soyez digne du nom que vous portez et imitez le Christ
dont vous proclamez la divinité. Jésus a dit : Celui qui s’élève
sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé. Lui-même,
le Verbe, la Puissance, la Sagesse du Père, a été élevé
parce qu’il s’est abaissé sur la terre. Comment donc.,
aimerait-il l’orgueil, lui qui nous fait un précepte de l’humilité
et qui, à cause de cette humilité, a reçu de son père le plus
sublime de tous les noms?
Vous
êtes confesseur du Christ; encore une fois, c’est bien;
mais alors ne blasphémez pas la majesté et la divinité, du
Christ. Votre langue lui a rendu témoignage, qu’elle ne
soit donc plus un instrument de médisance, de troubles, de
haines, de discordes. Qu’elle ne distille plus sur les
fidèles et sur les prêtres de Dieu le venin de la calomnie,
assaisonné de quelques mots d’éloge. Du reste, sachez-le
bien, si vous reprenez votre vie coupable et criminelle, si vous
perdez par vos mauvaises mœurs le mérite de votre
confession, si vous souillez votre vie par des vices honteux, si,
en un mot, désertant l’Église où vous avez reçu votre
titre de confesseur, vous brisez les liens de l’unité et
imprimez à votre foi première la flétrissure de la perfidie,
vous compteriez en vain sur votre confession pour arriver à la
récompense céleste. Loin de là, vous ne méritez que de plus
graves châtiments. Le Seigneur choisit Judas et le plaça parmi
ses apôtres, et cependant Judas trahit son maître; niais la
fidélité et, la fermeté des apôtres ne furent pas ébranlées
parce que le traître s’éloigna de leur société. Il en
est de même parmi nous: la sainteté et la dignité des
confesseurs restent les mêmes, malgré la défection de quelques-uns.
L’apôtre saint Paul va au-devant de cette objection :
Quelques-uns d’entr’eux, dit-il, firent défection; est-ce
que leur infidélité anéantit la foi en Dieu? non. Dieu est la
vérité même et tout homme est menteur (Rom., III.). Une partie
des confesseurs, et c’est la meilleure et la (143) plus
nombreuse, demeure ferme dans sa croyance, ferme dans la loi et
dans les préceptes du Seigneur. Certes, ils ne s’éloignent
pas de l’Église ceux qui se souviennent qu’ils y ont
reçu la grâce par la miséricorde de Dieu. Ils se séparent de
ceux qui confessèrent autrefois avec eux le nom de Jésus-Christ,
et leur foi n’en est que plus glorieuse. Ils évitent la
contagion du crime, pour jouir des purs reflets de la lumière
évangélique, et ils ont d’autant plus de mérite à
conserver la paix du Christ qu’ils sont sortis vainqueurs de
leurs combats avec le démon.
Je
vous en supplie, mes frères bien-aimés, si c est possible, qu’aucun
de vous ne périsse : c’est là que tendent mes conseils et
mes exhortations. Que l’Église, notre mère, fière de sa
fécondité, renferme dans son sein tout un peuple ne formant qu’un
seul corps, n’ayant qu’ une seule et même foi . Si
certains schismatiques, auteurs de toutes nos dissensions, s’obstinent
dans leur aveugle démence et repoussent nos conseils salutaires,
vous, du moins, dont la simplicité a été surprise, vous,
séduits un instant par les artifices de l’erreur, brisez
ces liens perfides où vous êtes enveloppés, sortez de ces
sentiers ténébreux, reconnaissez la route qui conduit
directement au Ciel. Écoutez l’apôtre : Nous vous
prescrivons, au nom de Jésus-Christ, de vous séparer des
frères qui marchent en dehors de toute règle et non selon la
tradition qu’ils ont reçue de nous. Ne vous laissez pas
égarer, dit-il encore, par des paroles trompeuses; car c’est
à cause de cela que Dieu a fait tomber sur le peuple rebelle le
poids de sa colère. Ne participez donc pas à leurs erreurs (II
Thess., III).
9°
Éloignez-vous des transgresseurs de la loi, que dis-je, fuyez-les,
de peur qu’unis à eux dans la voie de l’erreur et du
crime vous ne quittiez le chemin véritable et ne partagiez leur
châtiment. Dieu est un, le Christ est un, l’Église est une,
la foi est une, et le peuple chrétien, uni par le ciment de la (145)
charité, ne forme qu’un seul corps. L’unité ne peut
être scindée sans cesser d’être, de même qu’un
corps ne peut être coupé par fragments sans périr. L’enfant
qu’on retire du sein de sa mère ne peut vivre et respirer
seul; il perd la substance qui le nourrissait. L’Esprit-Saint
nous dit : Quel est l’homme qui veut vivre et voir de longs
jours? Que le mal ne souille jamais votre langue, que vos lèvres
ne prononcent aucune parole insidieuse. Évitez le mal et faites
le bien; cherchez la paix et suivez-la toujours (Ps. XXXIII). L’enfant
de la paix doit rechercher la paix et la conserver,
précieusement; celui qui connaît et aime les liens de la
charité doit interdire à. sa langue toute parole haineuse.
La
veille de sa Passion, le Seigneur ajouta à tous ses
enseignements cette parole admirable : Je vous laisse ma paix, je
vous donne ma paix. Tel est l’héritage qu’il nous a
légué: il fait dépendre toutes ses promesses et toutes ses
récompenses de la conservation de la paix. Si nous
sommes les héritiers de Jésus-Christ, persévérons dans la
paix qu’il nous a laissée; si nous sommes les fils de Dieu,
suivons la paix. Bienheureux les hommes pacifiques, dit-il, car
ils seront appelés les fils de Dieu (Matt., V.). Oui, les fils
de Dieu doivent aimer la paix; ils doivent être doux et humbles
de cœur, simples dans leurs paroles, unis dans une même
affection, fidèles à conserver les liens de la charité, et de
la concorde. Cette union existait sous les apôtres, et c’est
ainsi que le peuple de Dieu, à son origine, persévéra dans la
charité. La sainte Écriture nous l’atteste : Or la
multitude des croyants ne formait qu’un cœur et une
âme. Et dans un autre endroit : Les apôtres, étroitement unis,
persévéraient dans la prière, avec Marie, mère de Jésus et
les proches parents du Sauveur (Act., I). C’est ainsi que,
leurs prières étaient efficaces; c’est ainsi qu’ils
pouvaient obtenir de la Miséricorde (147) divine tout ce qu’ils
demandaient. Parmi nous, l’esprit d’union a diminué en
raison directe des bonnes œuvres. Autrefois, les fidèles
vendaient leurs maisons et leurs terres, et contents des trésors
qu’ils s’assuraient dans le Ciel, ils déposaient aux
pieds des apôtres le prix de leurs possessions pour les
distribuer aux indigents. Mais aujourd’hui nous ne
prélevons pas même la dîme sur notre patrimoine, et malgré la
parole du Seigneur qui nous dit : Vendez, nous achetons, et nous
augmentons sans cesse nos possessions.
10°
Voilà., mes frères, ce qui affaiblit parmi nous la vigueur de
la foi; voilà ce qui enlève au peuple fidèle sa force et son
énergie. Le Seigneur avait sans doute en vue notre époque,
lorsqu’il disait: Quand le fils de l’homme viendra,
pensez-vous qu’il trouvera la foi sur la terre(Luc, XVIII)?
Cette parole ne se réalise que trop. La foi a cessé d’inspirer
la crainte de Dieu, les devoirs de la justice, l’esprit de
charité, les bonnes œuvres. Personne ne pense avec crainte
à l’avenir, au jour du Seigneur, au jugement de Dieu;
personne ne prévoit les supplices réservés aux incrédules,
les tourments éternels qui doivent être le partage des faux
frères. Nous craindrions, si nous avions la foi.— Comment
craindre quand on ne croit pas? — En croyant, nous nous
tiendrions sur nos gardes et nous éviterions le danger.
Réveillons-nous,
mes frères bien-aimés, et secouant le sommeil de notre ancienne
paresse, efforçons-nous d’observer et d’accomplir les
préceptes du Seigneur. Écoutez-le lui-même: Ceignez vos reins,
tenez dans vos mains des lampes allumées; soyez comme des
serviteurs qui attendent leur maître à son retour des noces,
prêts à lui ouvrir la porte dès qu’il frappera.
Bienheureux les serviteurs que le maître trouvera éveillés (Luc,
XII).
Soyons toujours prêts à partir, afin que lorsque l’heure
sera venue, nous ne soyons retenus par aucun embarras. Que notre
lampe, alimentée par les bonnes œuvres, brille sans cesse,
afin qu’elle nous conduise de la nuit de ce siècle à l’éternelle
lumière. Tenons-nous sur nos gardes, en attendant la venue
subite du Seigneur, afin que, lorsqu’il frappera à la porte,
notre foi se présente pour recevoir la récompense promise à
ceux qui veillent. Si nous observons fidèlement ces préceptes,
si nous suivons cette ligne de conduite, malgré la ruse du
démon, nous ne serons pas surpris pendant notre sommeil, mais,
serviteurs vigilants, nous régnerons dans le royaume du Christ.
(151)
sources
: http://membres.lycos.fr/abbayestbenoit/cyprien/index.htm