Saint
Denis l'Aréopagite - Denys l'Aréopagite
Le Livre de la Hiérarchie Céleste
Table des matières
CHAPITRE 1.
COMMENT TOUTE ILLUMINATION DIVINE, QUI PAR LA BONTÉ CÉLESTE PASSE AUX CRÉATURES,
DEMEURE SIMPLE EN SOI, MALGRÉ LA DIVERSITÉ DE SES EFFETS, ET UNIT LES CHOSES
QU'ELLE TOUCHE DE SES RAYONS.
CHAPITRE II
QU' ON DONNE TRES BIEN L'INTELLIGENCE DES CHOSES DIVINES ET CÉLESTES PAR LE
MOYEN DE SIGNES QUI NE LEUR RESSEMBLENT PAS.
CHAPITRE III.
ON EXPOSE LA DEFINITION DE LA HIERARCHIE ET SON UTILITE
CHAPITRE IV
QUE SIGNIFIE LE NOM D'ANGES ?
CHAPITRE V.
POURQUOI ON APPELLE GENERALEMENT DU NOM D'ANGES TOUTES LES CELESTES ESSENCES ?
CHAPITRE VI.
QUE LES NATURES CELESTES SE DIVISENT EN TROIS ORDRES PRINCIPAUX.
CHAPITRE VII.
DES SÉRAPHINS, DES CHÉRUBINS ET DES TRÔNES QUI FORMENT LA PREMIÈRE HIÉRARCHIE.
CHAPITRE VIII.
DE LA SECONDE HIERARCHIE, QUI SE COMPOSE DES DOMINATIONS, DES VERTUS ET DES
PUISSANCES.
CHAPITRE IX.
DE LA DERNIÈRE HIÉRARCHIE CELESTE QUI COMPREND LES PRINCIPAUTÉS, LES ARCHANGES
ET LES ANGES
CHAPITRE X.
RÉSUMÉ ET CONCLUSION DE CE QUI À ÉTÉ DIT TOUCHANT L'ORDRE ANGELIQUE.
CHAPITRE XI.
POURQUOI LES ESPRITS ANGÉLIQUES SONT NOMMÉS GÉNÉRALEMENT VERTUS CÉLESTES.
CHAPITRE XII
D'OU VIENT QUE L'ON DONNE LE NOM D'ANGES DE NOTRE HIERARCHIE
CHAPITRE XIII.
POURQUOI IL EST DIT QUE LE PROPHETE ISAÏE FUT PURIFIÉ PAR UN SÉRAPHIN
CHAPITRE XIV.
QUE SIGNIFIE LE NOMBRE DES ANGES DONT IL EST FAIT MENTION DANS L'ECRITURE
CHAPITRE XV.
QUELLES SONT LES FORMES DIVERSES DONT L'ECRITURE REVÊT LES ANGES, LES ATTRIBUTS
MATERIELS QU'ELLE LEUR DONNE,
ET LA SIGNIFICATION MYSTERIEUSE DE CES SYMBOLES.
COMMENT
TOUTE ILLUMINATION DIVINE,
QUI PAR LA BONTÉ CÉLESTE PASSE AUX CRÉATURES,
DEMEURE SIMPLE EN SOI, MALGRÉ LA DIVERSITÉ DE SES EFFETS,
ET UNIT LES CHOSES QU'ELLE TOUCHE DE SES RAYONS.
ARGUMENT
:
- I.
On enseigne que toute lumière, toute Grâce spirituelle nous
vient du Père et nous ramène à lui.
- II. Après une invocation au Christ, on se propose d'expliquer
les hiérarchies célestes, au moyen des oracles divins, qui,
sous la multiplicité du sens figuré, cachent la simplicité du
sens littéral.
- III. On montre que, pour se proportionner ? nos forces, l'
Écriture représente sous des figures matérielles les choses
spirituelles et célestes, et l'on indique comment de ces
grossiers symboles notre âme peut s'élever aux contemplations
les plus sublimes.
I.
Toute grâce excellente, tout don parfait vient d'en haut, et
descend du Père des lumières (1) Il y a plus : toute émanation
de splendeur que la céleste bienfaisance laisse déborder sur l'homme,
réagit en lui comme principe de simplification spirituelle et de
céleste union, et par sa force propre, le ramène vers l'unité
souveraine et la déifique simplicité du Père. Car toutes
choses Viennent de Dieu et retournent à Dieu, comme disent les
saintes Lettres (2).
II. C'est
pourquoi , sous l'invocation de Jésus, la lumière du Père, oui,
la vraie lumière qui éclaire tout homme venant au monde (3) et
par qui nous avons obtenu d'aborder le Père , source de lumière,
élevons un regard attentif vers l'éclat des divins oracles que
nous ont transmis nos maîtres : là, étudions avec bonne
volonté ce qui fut révélé, sous le voile de la
figure et du symbole , touchant les hiérarchies des esprits
célestes. Puis, ayant contemplé d'un œil tranquille et pur
ces splendeurs primitives , ineffables, par lesquelles le Père,
abîme de divinité, nous manifeste sous des types matériels les
bienheureux ordres des anges, replions-nous sur le principe
infiniment simple d'où ces splendeurs dérivent. Ce n'est pas à
dire toutefois que, jamais elles existent en dehors de l'unité
qui fait leur fond; car, lorsque s'attempérant par
providentielle bonté aux besoins de l'homme pour le
spiritualiser et le rendre un , elles se répandent heureusement
en rayons multiples, alors même elles gardent essentiellement
une identité immuable et une permanente unité ; et sous leur
puissante influence , quiconque les accueille, comme il doit, se
simplifie et devient un, au degré où il en est personnellement
capable. Effectivement ce principe originel de divine lumière ne
nous est accessible, qu'autant qu'il se voile sous la variété
de mystérieux symboles, et qu'avec amour et sagesse il descend
pour ainsi dire, au niveau de notre nature.
III.
Aussi le suprême et divin législateur a fait que notre sainte
hiérarchie fit une sublime imitation des hiérarchies célestes;
et i1 a symbolisé les armées invisibles sous des traits
palpables et sous des formes composées, afin qu'en rapport avec
notre nature, ces institutions saintement figuratives l'élevassent
jusqu'à la hauteur et à la pureté des types qu'elles
représentent . Car ce n'est qu'à l'aide d'emblèmes matériels
que notre intelligence grossière peut contempler et reproduire
la constitution des ordres célestes. Dans ce plan, les pompes
visibles du ciel nous rappellent les beautés invisibles, les
parfums qui embaument
les sens, représentent les suavités spirituelles; l'éclat des
flambeaux est le signe de l'illumination mystique; le
rassasiement des intelligences par la contemplation a son
emblème dans 1'introduction de la sainte doctrine, la divine et
paisible harmonie des cieux est figurée par la subordination des
divers ordres de fidèles, et l'union avec Jésus-Christ par la
réception de la divine Eucharistie. Et ainsi de toute autre
grâce, les natures célestes y participant d'une façon qui n'est
pas de la terre, et l'homme seulement par le moyen de signes
sensibles. C'est donc pour nous diviniser en ]a forme où cela se
pouvait que nous avons été miséricordieusement initiés au
secret des hiérarchies célestes par la notre qui en est comme
le rudiment, et associés à elles dans la participation aux
choses sacrées; et les paroles de la sainte Écriture ne
dépeignent les pures intelligences sous des images matérielles,
que pour nous faire passer du corps à l'esprit, et des pieux
symboles à la sublimité des pures essences.
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(1)
Epit.Jacob, I,17. -(2) Epit. Rom.,11, 36. -(3) S.Jean., I, 8.
QU' ON
DONNE TRES BIEN L'INTELLIGENCE DES CHOSES DIVINES ET CÉLESTES
PAR LE MOYEN DE SIGNES QUI NE LEUR RESSEMBLENT PAS.
Argument
- 1.
On expose la division de tout l'ouvrage
- 2. On avertit que les symboles sous lesquels sont dépeintes
les choses spirituelles et célestes ne leur ressemblent pas; et
l'on prévient une objection, en faisant voir pourquoi les êtres
moins nobles sont employés préférablement aux plus nobles dans
ces descriptions figuratives.
- 3. On montre qu'en ce sujet il y a deux manières de procéder:
l'une qui offre les réalités sous le déguisement des signes
qui leur ressemblent, l'autre sous des formes qui leur sont
diamétralement opposées; comme il y a deux manières de parler
de Dieu, l'une par affirmations, l'autre par négations.
- 4. On enseigne que nulle chose n'est mauvaise de tout point; et
l'on explique comment la colère, la concupiscence et les autres
passions pareilles peuvent être attribuées aux anges.
- 5. On rappelle que les Ecritures désignent Dieu lui-même par
le nom des substances de tous les degrés, suprême, inférieur
et intermédiaire.
I. J'ai
cru devoir procéder ainsi : exposer d'abord le but des
différentes hiérarchies, et le profit qui revient à leurs
membres divers; puis célébrer les chœurs célestes, d'après
ce que nous en apprennent les saints enseignements; enfin dire
sous quelles formes les ordres invisibles nous sont représentés
dans les Ecritures, et à quelle conception toute Spirituelle ces
symboles
nous doivent ramener. Car il ne faut pas imaginer avec l'ignorance
impie du vulgaire fine ces nobles et pures intelligences aient
des pieds et des visages, ni qu'elles affectent la forme du bœuf
stupide, ou du lion farouche, ni qu'elles ressemblent en rien à
l'aigle impérieux, ou aux légers habitants des airs (1). Non
encore; ce ne sont ni des chars de feu qui roulent
dans les cieux, ni des trônes matériels destinés à porter le
Dieu des dieux (2), ni des coursiers aux riches couleurs, ni des
généraux superbement armés (3), ni rien de ce que les
Ecritures nomment dans leur langage si fécond en pieux symboles
(4). Car, si la théologie a voulu recourir a la poésie de ces
saintes fictions, en parlant des purs esprits, ce fut, comme il a
été dit, par égard pour notre mode de concevoir, et pour nous
frayer vers les réalités supérieures ainsi crayonnées un
chemin que notre faible nature peut suivre.
Il.
Quiconque applaudit aux religieuses créations sous lesquelles on
peint ces pures substances que nous n'avons ni vues, ni connues,
doit se souvenir que ce grossier dessein ne ressemble pas à l'original,
et que toutes les qualifications imposées aux anges ne sont,
pour ainsi dire, qu'imaginaires.
D'autre part, il y en a qui veulent que la théologie, quand elle
prête un corps aux choses qui n'en ont pas, respecte du moins
leur noblesse naturelle, et les dépeigne sous les formes les
plus pures et les plus spiritualisées en quelque sorte, et n'aille
pas appliquer les plus ignobles conditions du multiple à des
substances éminemment simples et spirituelles. Car ainsi,
croient-ils, notre pensée apprendrait à s'élever, et de
sublimes vérités ne seraient pas défigurées par d'inconvenantes
comparaisons : faire autrement , c'est outrager les vertus
célestes et fausser notre esprit fixé sur de profanes symboles.
Car peut-être va-t-il imaginer que le ciel tressaille donc sous
les pas des lions et des chevaux, ou retentit d'hymnes
mugissantes, et qu'on y voit tout une république d'oiseaux et d'autres
animaux encore et des objets purement matériels : tous êtres
plus ou moins stupides et pleins de passions diverses dont le
texte sacré rappelle l'impertinente idée, en établissant une
ressemblance énigmatique là où il n'y a pas de ressemblance
réelle.
A cela je réponds : tout homme studieux de la vérité
découvrira la sagesse des saints oracles en cette peinture des
intelligences célestes, et comment il fut pourvu avec bonheur à
ce que ni les vertus divines ne fussent indignement rabaissées,
ni notre esprit trop ,plongé en de basses et terrestres
imaginations. Au reste, si l'on revêt de corps et de formes ce
qui n'a ni corps
ni formes, ce n'est pas seulement parce que nous ne pouvons avoir
l'intuition directe des choses spirituelles, et qu'il nous faut
le secours d'un symbolisme proportionné à notre faiblesse, et
dont le langage sensible nous initie aux connaissances d'un monde
supérieur; c'est encore parce qu'il est bon et pieux que les
divines Lettres enveloppent sous le mystère d'énigmes
ineffables, et dérobent au vulgaire la mystérieuse et
vénérable nature des esprits bienheureux. Car chacun n'est pas
saint, et la science n'est pas pour tous, disent les Ecritures (5).
Si donc quelqu'un réprouve ces emblèmes imparfaits, prétextant
qu'il répugne d'exposer ainsi les beautés saintes et
essentiellement pures sous de méprisables dehors, nous ferons
simplement observer que cet enseignement se fait de deux
manières.
III.
Effectivement on conçoit que la vérité puisse s'offrir sous
les traits sacrés de figures auxquelles elle ressemble, ou bien
sous le déguisement de formes qui lui sont diamétralement
opposées. Ainsi , dans le mystérieux langage des livres sacrés,
l'adorable et sur-essentielle nature de notre Dieu bienheureux se
nomme quelquefois Verbe, intelligence, essence (6), comme pour
exprimer sa raison et sa sagesse. Son existence si souverainement
essentielle , et seule cause véritable de toutes les existences,
y est comparée à la lumière (7), et s'appelle vie. Mais
quoique ces nobles et pieuses manières de dire paraissent mieux
aller que les symboles purement matériels, elles sont loin
toutefois de représenter la divine réalité qui surpasse toute
essence et toute vie, que nulle lumière ne reflète, et dont n'approche
ni raison, ni intelligence quelconque. Souvent encore, prenant l'opposé,
et élevant notre pensée , les Ecritures nomment cette substance
invisible , immense , incompréhensible (8), indiquant ainsi ce
qu'elle n'est pas, et non point ce qu'elle est. Et ces paroles me
semblent plus dignes; car, si j'en crois nos saints et
traditionnels enseignements , quoique nous ne connaissions pas
cet infini sur-essentiel, incompréhensible, ineffable, cependant
nous disons avec vérité qu'il n'est rien de tout ce qui est. Si
donc, dans les choses divines, l'affirmation est moins juste, et
la négation plus vraie, il convient qu'on n'essaie point d'
exposer, sous des formes qui leur soient analogues,
ces secrets enveloppés d'une sainte obscurité; car ce n'est
point abaisser, c'est relever au contraire les célestes beautés
que de Les dépeindre sous des traits évidemment inexacts,
puisqu'on avoue par la qu'il y a tout un monde entre elles et les
objets matériels.
Que
ces défectueux rapprochements aident notre pensée, à s'élever,
c'est, Je crois , ce qu'un homme réfléchi ne voudra pas nier;
car il est probable que de plus majestueux symboles séduisent
certains esprits qui se représentent les natures célestes comme
des êtres brillants d'or et d'un splendide éclat, riches ,magnifiquement
vêtus, rayonnants d'une douce lumière, enfin
affectant je ne sais quelles autres formes que la théologie
prête aux bienheureux archanges. C'est afin de désabuser ceux
qui ne soupçonnent rien au dessus des beautés du monde sensible,
et pour élever sagement leur pensée, que les saints docteurs
ont cru devoir adopter ces images si dissemblables; car ainsi
formes abjectes ne peuvent séduire sans retour ce qu'il y a de
matériel en nous , parce que leur grossièreté même réveille
et soulève la partie supérieure de nos âmes et de la sorte
ceux mêmes qui sont épris des choses terrestres jugent faux et
invraisemblable que de si difformes inventions ressemblent
aucunement à la splendeur des réalités célestes et divines.
Du reste , il faut se souvenir que rien de ce qui existe n'est
radicalement dépouillé de quelque beauté; car toutes choses
sont éminemment bien, dit la vérité même (10).
IV.
Toutes choses donc offrent matière aux plus nobles contemplation;
et il est permis de présenter le monde purement spirituel sous l'enveloppe
si peu assortie cependant du monde matériel, étant avéré d'ailleurs
que ces formes vont au premier d'une tout autre manière qu'au
second. Effectivement chez les créatures privées de raison, l'irritation
n'est qu'une fougue passionnelle, et leur colère un mouvement
tout à fait fatal , mais quand on parle de l'indignation des
êtres spirituels, on veut au contraire marquer la même énergie
de leur raison, et leur invincible persistance dans l' ordre
divin et immuable. Egalement nous disons
que la brute a des goûts aveugles et grossiers, des sortes de
penchants qu'une disposition naturelle ou l'habitude lui a
forcément imposés, et une puissance irrésistible des appétits
sensuels qui le poussent vers le but sollicité par les exigences
de son organisme.
Quand donc imaginant des ressemblances éloignées, nous
attribuons de la convoitise aux substances spirituelles, il faut
comprendre que c'est un divin amour pour le grand Esprit qui
surpasse toute raison et toute intelligence que c'est un immuable
et ferme désir de la contemplation éminemment chaste et
inaltérable, et de la noble et éternelle union avec cette
sainte et sublime clarté, avec cette beauté souveraine qui n'a
pas de déclin. De même, par leur fougue impétueuse, on
prétend désigner la magnanime et inébranlable constance qu'elles
puisent dans un pur et perpétuel enthousiasme pour la divine
beauté, et dans un généreux
dévouement a ce qui est vraiment aimable. Enfin, par silence et
insensibilité , nous entendons, chez les brutes et chez les
êtres inanimés, la privation de la parole et du sentiment ;
mais en appliquant ces mots aux substances immatérielles et
intelligentes, nous voulons dire que leur nature supérieure n'est
point soumise à la loi d'un langage fugitif et corporel, ni à
notre sensibilité organique, et indigne de purs esprits. Ce n'est
donc point inconvenant de déguiser les choses célestes sous le
voile des plus méprisables emblèmes; d'abord, parce que la
matière tirant son existence de celui qui est essentiellement
beau, conserve dans l'ordonnance de ses parties quelques vestiges
de la beauté intelligible; ensuite parce que ces vestiges mêmes
nous peuvent ramener à la pureté des formes primitives, si nous
sommes fidèles aux règles antérieurement tracées, C'est-à-dire,
si nous distinguons en quel sens différent une même figure s'applique
avec égal justesse aux choses spirituelles et aux choses
sensibles.
V. Du
reste la théologie mystique, comme on sait, n'emploie pas
seulement ce langage saintement figuratif, quand Il s'agit des
ordres célestes, mais aussi quand elle parle des attributs
divins. Ainsi , tantôt voilée sous les plus nobles substances ,
la divinité est le soleil de justice (11), l'étoile du matin
dont le lever se fait au fond des cœurs pieux (12), ou la
lumière
spirituelle qui nous enveloppe de ses rayons : tantôt revêtant
de plus grossiers symboles , c'est un feu qui brûle sans
consumer (13), une eau qui donne la vie à satiété, et qui ,
pour parler en Figure, descend en nos poitrines, et coule à
flots intarissables (14) : tantôt enfin, déguisée sous des
objets infimes, c'est un parfum de bonne odeur (15), c'est une
pierre angulaire (16).
Même les Ecritures la présentent sous des formes animal (17),
la comparant au lion, a la panthère, au léopard et à l'ours en
fureur. Mais il y a quelque chose qui pourrai sembler plus
injurieux et moins exact encore; c'est que le Seigneur s' est
nommé lui-même un ver de terre (18) comme l'enseignent nos
maîtres dans la foi. De la sorte tous ceux qui, pleins d'une
divine
sagesse, parlent le langage de l'inspiration sacrée, conservent
aux choses saintes leur pureté originelle, au moyen de ces
imparfaites et vulgaires indications; et ils usent tellement de
cet heureux symbolisme que d'un côté, ni les profanes ne
pénètrent le mystère, ni les hommes d'attention pieuse ne s'attachent
rigoureusement à ces paroles purement figuratives, et que d'autre
part, les réalités célestes brillent à travers des formules
négatives qui respectent la vérité, et des comparaisons dont
la justesse se cache sous l'apparence d'un objet ignoble. Il n'est
donc pas mal, pour les raisons qu'on a dites, de donner aux
natures spirituelles des formes qui ne leur ressemblent que de si
loin. Effectivement si la difficulté de comprendre nous a
poussés à la recherche, et si une scrupuleuse investigation
nous a portés jusqu'à la hauteur des choses divines peut-être
le devons-nous aux méprisables apparences imposées aux saints
anges; car ainsi notre esprit ne pouvant se faire à ces
repoussantes images, était sollicité de se dépouiller de toute
conception matérielle et s'accoutumait avec bonheur à s'élever
du symbole jusqu'à la pureté du type. Ceci soit dit pour
justifier les Écritures d'avoir déguisé les natures célestes
sous l'emblème obscur des êtres corporels.
Maintenant
il faut définir ce que nous entendons par la hiérarchie et
quels avantages reviennent à ceux qui s'y font initier.
Or, je supplie mon Jésus-Christ ( s'il m'est permis de l'appeler
mien ), de me guider en ces discours, lui qui inspire tout bon
enseignement sur les hiérarchies. Pour vous, mon fils, selon la
loi sacrée de la tradition sacerdotale, recevez avec de saintes
dispositions des paroles saintes; devenez divin par cette
initiation aux choses divines; cachez au fond de votre cœur
les mystères de ces doctrines d'unité , et ne les livrez pas
aux profanations de la multitude. Car comme disent les oracles il
ne faut pas jeter aux pourceaux l'éclat si pur et la beauté si
splendide des perles spirituelles.
--------------------------------------------------------------------------------
(1) Ezech., I, 7. -(2) Daniel., 7, 9. -(3) Zach., I, 8 -(4) II.
Machab, 3,25; Josué, 5,13. -(5) I Cor.,8, 7. -(6) Joan.,
I, 1; Psalm., 135, 5. -(7) Joan., 1, 4 .
(8) 1. Timoth., 6, 16; Rom., 11, 33; Psalm. 144, 13. -(10)
Genèse ., 1, 31. -(11) Malach., 4, 2.-(12) Apoc., 22,16. -(13)
Exod., 3, 2. -(14) Joan., 7, 38.
(15) Cant., 1, 2. -(16) Ephes., 2, 20. -(17) Osée., 13, 7. -(18)
Psalm., 21, 7.
ON
EXPOSE LA DEFINITION DE LA HIERARCHIE
ET SON UTILITE
ARGUMENT.
- 1.
On définit la hiérarchie.
- 2. On expose quel est le but de la hiérarchie, et quelle
subordination elle réclame; on montre que sa beauté consiste
dans l'imitation de la Divinité, et qu'elle remplit le triple
ministère de purifier , d'illuminer et de perfectionner.
- 3. On explique les devoirs respectifs de ceux qui sont
ministres et sujets de cette purification, de cette illumination
et de cette perfection.
I.
Selon moi, la hiérarchie est à la fois ordre, science et action,
se conformant, autant qu'il se peut, aux attributs divins, et
reproduisant par ses splendeurs originelles comme une expression
des choses qui sont en Dieu. Or, la beauté incréée, parce qu'elle
est simple, bonne et principe de perfection, est pure aussi de
tout vil alliage; toutefois et selon les dispositions
personnelles de chacun elle communique aux hommes sa lumière, et,
par un mystère divin, les refait au modèle de sa souveraine et
immuable perfection.
Il. Le
but de la hiérarchie est donc d'assimiler et d'unir à Dieu, qu'elle
adore comme maître et guide de sa science et de ses fonctions
saintes. Car, contemplant d'un œil assuré la beauté
suréminente elle la retrace en soi , comme elle peut; et elle
transforme ses adeptes en autant d'images de Dieu (1) : purs et
splendides miroirs où peut rayonner l'éternelle et ineffable
lumière, et qui , selon l'ordre voulu, renvoient libéralement
sur les choses inférieures cette clarté empruntée dont ils
brillent.
Car ni les initiateurs, ni les initiés des cérémonies sacrées
ne doivent s'ingérer en des fonctions qui n'appartiennent pas
à leur ordre respectif; même ce n'est qu'à la condition d'une
nécessaire dépendance, qu'on peut aspirer aux divines
splendeurs, et les contempler avec le respect convenable, et
imiter la bonne harmonie des esprits célestes.
Ainsi,
par ce mot de hiérarchie, on entend un certain arrangement et
ordonnance sainte, image de la beauté incréée, célébrant en
sa sphère propre, avec le degré de pouvoir et de science qui
lui revient, les mystères illuminateurs, et s'essayant à
retracer avec fidélité son principe originel. Effectivement la
perfection des membres de la hiérarchie est de s'approcher de
Dieu par une courageuse imitation, et, ce qui est plus sublime
encore, de se rendre ses coopérateurs (2), comme dit la parole
sainte , et de faire éclater en eux, selon leur force propre,
les merveilles de l'action divine.
C'est
pourquoi l'ordre hiérarchique étant que les uns soient
purifiés et que les autres purifient; que les uns soient
illuminés et que les autres illuminent; que les uns soient
perfectionnés et que les autres perfectionnent; il s'ensuit que
chacun aura son mode d'imiter Dieu. Car cette bienheureuse nature,
si l' on me permet une si terrestre locution, est absolument pure
et
sans mélange, pleine d'une éternelle lumière, et si parfaite
qu'elle exclut tout défaut; elle purifie, illumine et
perfectionne ; que dis-je ? elle est pureté, lumière et
perfection divine, au-dessus de tout ce qui est pur, lumineux et
parfait; principe essentiel de tout bien, origine de toute
hiérarchie, surpassant même toute chose sacrée par son
excellence infinie.
III.
Il me semble donc nécessaire que ceux qu'on purifie , ne
conservant plus aucune souillure, deviennent libres de tout ce
qui a besoin d'expiation; que ceux qu'on Illumine soient remplis
de la divine clarté, et les yeux de leur entendement exercés au
travail d'une chaste contemplation; enfin, que ceux qu'on
perfectionne, une fois leur imperfection primitive abolie,
participent à la science sanctifiante des merveilleux
enseignements qui leur furent déjà manifestés, pareillement,
que le purificateur excelle en la pureté qu'il communique aux
autres; que l'illuminateur doué d'une plus grande pénétration
d'esprit, également propre à recevoir et à transmettre la
lumière, heureusement inondé de la splendeur sacrée, la
répande à flots pressés
sur ceux qui en sont dignes; enfin, que le dépositaire habile
des secrets traditionnels de la perfection, initie saintement ses
frères à la connaissance des mystères redoutables qu'il a lui-même
contemplés.
Ainsi,
les divers ordres de la hiérarchie coopèrent à l'action divine,
chacun selon sa mesure propre , et par la grâce et la force d'en
haut, lis accomplissent ce que la divinité possède par nature
et excellemment , ce qu'elle opère d'une façon
incompréhensible, ce que la. hiérarchie manifeste et propose à
l'imitation des intelligences généreuses et chères au Seigneur.
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(1)
Matth., 5, 48.- (2) I. Cor., 3,9.
QUE
SIGNIFIE LE NOM D'ANGES ?
ARGUMENT.
- 1.
On enseigne que Dieu s'est communiqué aux créatures par bonté
, et que toutes les créatures participent de Dieu.
- 2. Les anges sont appelés à une participation plus excellente,
et chargés de transmettre aux êtres inférieurs les secrets
divins.
- 3. On établit que Dieu ne s'est jamais manifesté dans la
pureté de son essence, niais toujours sous le voile de symboles
créés ; que les êtres inférieurs vont à Dieu par le
ministère d'êtres supérieurs , et que toute hiérarchie
renferme trois degrés distincts.
- 4. On fait voir que le mystère de l'incarnation fui d'abord
annoncé par les autres, et que le Christ lui-même , dans sa vie
mortelle, reçut les prescriptions de son Père par le moyen des
saints anges.
I. Je
crois avoir défini, comme il convient, ce que c' est qu'une
hiérarchie. Il faut célébrer maintenant celle des anges, et
contempler d'un œil tout spiritualisé les fictions
vénérables sous lesquelles ils nous apparaissent dans les
Ecritures.
Ainsi les mystérieux symboles nous élèveront à la hauteur de
ces pures et célestes substances, et nous jouerons le principe
de la science hiérarchique avec cette sainteté que sa majesté
réclame, et ces actions de grâces que la religion pratique.
Avant
tout, on doit dire que Dieu, essence suprême, a fait acte d'amour
en donnant à toutes choses leur essence propre, et en les
élevant jusqu'à l'être: car Il n'appartient qu'à la cause
absolue, et à la souveraine bonté d'appeler à la participation
de son existence les créatures diverses, chacune au degré où
elle en est naturellement capable. C'est pourquoi toutes, elles
relèvent de la sollicitude providentielle de Dieu, cause
universelle et sur-essentielle; même elles n'existeraient point,
si l'essence nécessaire et le premier principe ne s'était
communiqué. Ainsi par cela même qu'elles sont, les choses
inanimées participent de Dieu, qui par la sublimité de son
essence est l'être de tout; les choses vivantes participent de
cette énergie
naturellement vitale, si supérieure à toute vie; les êtres
raisonnables et intelligents participent de cette sagesse, qui
surpasse toute raison et intelligence , et qui est
essentiellement et éternellement parfaite. Il est donc certain
que les essences diverses sont d'autant plus proches de la
divinité, qu'elles participent d'elle en plus de manières.
Il.
Voilà pourquoi, dans cette libérale effusion de la nature
divine, une plus large part dut échoir aux ordres de la
hiérarchie céleste qu'aux créatures qui existent simplement,
ou qui ont le sentiment sans la raison, ou même qui sont, comme
nous, douées d'intelligence. Car s'essayant à imiter Dieu, et ,
parmi la contemplation transcendante de ce sublime exemplaire,
saisis du désir de se, réformer à son image, les purs esprits
obtiennent de plus abondants trésors de grâce, assidus,
généreux et invincibles dans les efforts de leur saint amour
pour s'élever toujours plus haut; puisant à sa source la
lumière pure et inaltérable par rapport à laquelle ils s'ordonnent,
vivant d'une vie pleinement intellectuelle. Ainsi ce sont eux qui,
en premier lieu, et à plusieurs titres, sont admis à la
participation de la divinité , et expriment moins imparfaitement,
et en plus de manières, le mystère de la nature infinie; de là
vient qu'ils sont spécialement et par excellence honorés du nom
d'anges, la splendeur divine leur étant départie tout d'abord ,
et la révélation des secrets surnaturels étant faite à l'homme
par leur entremise.
Ainsi les anges nous ont intimé la loi comme enseignent les
saintes Lettres (1).
Ainsi,
avant et après la loi, les anges conduisaient à Dieu nos
illustres ancêtres, tantôt en leur prescrivant des règles de
conduite, et les ramenant de l'erreur et d'une vie profane au
droit chemin de la vérité (2), tantôt en leur manifestant la
constitution de la hiérarchie céleste, ou leur donnant le
spectacle mystérieux des choses surhumaines, ou leur expliquant,
au nom du ciel, les événements futurs (3).
III.
Si quelqu'un veut dire que Dieu s'est révélé immédiatement et
par lui-même à de pieux personnages, que celui-là sache par
les affirmations positives des Ecritures que personne sur terre n'a
vu ni ne verra l'essence intime.de Dieu (4), mais que ces
apparitions saintes se font, pour l'honneur de l'adorable
majesté, sous le voile de symboles merveilleux que la nature
humaine puisse supporter (5). Or, ces visions retraçant comme
une image de la divinité, autant du moins que ce qui a forme
petit ressembler à ce qui est sans forme, et par là élevant
jusque vers Dieu ceux à qui elles sont accordées, la théologie,
dans son langage plein de sagesse, les appelle théophanies; et
ce nom leur convient, puisqu'elles communiquent à l'homme une
divine lumière et une certaine science des choses divines.
Or,
les Glorieux patriarches recevaient des esprits célestes l'intelligence
de ces mystérieuses manifestations. Car les Ecritures n'enseignent-elles
pas que Dieu donna lui-même à Moïse ses ordonnances sacrées (6),
pour nous faire savoir que cette loi n'était que la figure d'une
autre sainte et divine économie? Et néanmoins nos maîtres
affirment qu'elle nous fut transmise par les anges pour nous
montrer qu'il est dans les exigences de l'ordre éternel que les
choses inférieures s'élèvent à Dieu par le moyen des choses
supérieures. Et cette règle n'atteint pas seulement les esprits
qui soutiennent vis-à-vis l'un de l'autre des rapports de
supériorité et d'infériorité, mais bien encore ceux qui sont
au même rang, le souverain auteur de tout ordre
voulant qu'en chaque hiérarchie il y eût des puissances
constituées en premier, second et troisième lieu, afin que les
plus élevées fussent guides et maîtresses des autres dans les
travaux de l'expiation, de l'illumination et de la perfection.
IV.
Aussi voyons-nous que le mystère de la charité du Seigneur fut
d'abord révélé aux anges, et qu'ensuite, par leur médiation ,
la grâce de cette connaissance descendit jusqu'à nous. Le
prêtre Zacharie apprit de saint Gabriel que l'enfant qui lui
viendrait des cieux, contre toute espérance, serait le prophète
de l'opération divine que Jésus devait miséricordieusement
manifester en sa chair pour le salut du monde (7).
Par le même messager divin, Marie sut comment se Consommerait en
elle le miracle ineffable de l'Incarnation du Verbe (8).
Un
autre envoyé informa Joseph de l'entier accomplissement des
saintes promesses faites à David son aïeul. Ce fut encore un
ange qui annonça la bonne nouvelle aux bergers purifiés par le
repos et le silence de la solitude, tandis que les chœurs de
l'armée céleste enseignaient aux hommes cet hymne de gloire
tant répété dans l'univers. Mais, élevant les yeux vers des
révélations plus sublimes encore, j'observe que le principe sur-essentiel
des substances célestes, le Verbe, en prenant notre nature Sans
altération de la sienne, ne dédaigna pas d'accepter l'ordre de
choses établi pour l'humanité; même il se soumit docilement
aux prescriptions que Dieu son Père lui intima par le ministère
des esprits. Ainsi, c'est un ange qui fit connaitre à Joseph la
volonté divine touchant la fuite en Egypte, et également sur le
retour en Judée (9). Et toute la vie du Seigneur offre le
spectacle de la même subordination; car vous connaissez trop
bien la doctrine de nos traditions sacerdotales pour que j'aie
besoin de vous rappeler qu'un ange fortifia Jésus agonisant (10),
et que le Sauveur lui-même fut appelé ange du grand conseil (11),
lorsque, pour opérer heureusement notre rédemption, il prit
rang parmi les interprètes de la Divinité; car, comme il dit en
cette qualité, tout ce qu'il avait appris du Père, il nous l'a
manifesté.
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(1)
Galat., 3,19; Act., 7, 53. - (2) Matth., 2 , 13; Act., II, 13. -(3)
Daniel, 7, 10; Isaie, cap.10.- (4) I. Joan., 4,
12. - (5) Gen., 3, 8, et 18,1.
(6) Nom.,9; Act.,7; Galat., 3. - (7) Luc., 1, 13. -(8) Ibid. - (9)
Matth., cap.2. - (10) Luc., 22, 43. - (11) Isaie, 9.
POURQUOI
ON APPELLE GENERALEMENT DU NOM D'ANGES
TOUTES LES CELESTES ESSENCES ?
ARGUMENT.
- On
enseigne que le nom d'anges, quoiqu' il convienne proprement au
dernier rang de la hiérarchie céleste, peut s'appliquer
cependant aux ordres supérieurs; car ils ont les qualités, et
ils peuvent remplir les fonctions, et par suite porter les titres
qui appartiennent à leurs subalternes, mais non pas
réciproquement.
J'ai
fait voir, comme j' ai pu, d'où vient que les Écritures donnent
le nom d'anges aux esprits bienheureux. Il me semblerait bon d'examiner
maintenant pourquoi la théologie désigne indifféremment par
cette commune appellation toutes les natures célestes en
général (1) tandis que, dans l'explication de chaque ordre en
particulier, elle enseigne que les anges tiennent le dernier rang
de la hiérarchie invisible qu'ils complètent, et qu'au-dessus d'eux
on trouve la milice des archanges, les principautés, les
puissances, les vertus et tous les esprits plus sublimes encore
que la tradition nous fait connaître.
Or, nous disons que, dans toute constitution hiérarchique, les
ordres supérieurs possèdent la lumière et les facultés des
ordres inférieurs, sans que ceux-ci aient réciproquement la
perfection de ceux-là. C'est donc justement que, dans la
théologie, on appelle anges toute la foule sacrée des
intelligences suprêmes, puisqu' elles servent aussi à
manifester l'éclat des splendeurs divines. Mais, à aucun titre,
les célestes natures du dernier rang ne pouvaient recevoir la
dénomination de principautés , de trônes , de séraphins ,
puisqu'elles ne partagent pas tous les dons des esprits
supérieurs.
Or, de même que par elles nos saints pontifes sont initiés à
la connaissance de l'ineffable clarté qu'elles contemplent,
ainsi le dernier ordre de l'armée angélique est élevé à Dieu
par les augustes puissances des degrés plus sublimes. On
pourrait encore résoudre la difficulté d'une autre sorte, en
disant que ce nom d'anges fut donné à toutes les vertus
célestes, à raison de
leur commune ressemblance avec la Divinité et de leur
participation plus ou moins intense à ses splendeurs éternelles.
Mais
afin que nulle confusion ne se mêle en nos discours,
considérons religieusement ce que les Ecritures disent des
nobles propriétés de chaque ordre de la hiérarchie céleste.
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(1) Psalm., 102; Matth., 2, 5
Mais
afin que nulle confusion ne se mêle en nos discours,
considérons religieusement ce que les Ecritures disent des
nobles propriétés de chaque ordre de la hiérarchie céleste.
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(1) Psalm., 102; Matth., 2, 5
QUE
LES NATURES CELESTES SE DIVISENT EN TROIS
ORDRES PRINCIPAUX.
ARGUMENT.
- On montre:
1, que
Dieu seul connaît exactement ce qui concerne les ordres
angéliques;
2, que les neuf chœurs des anges forment trois hiérarchies.
I.
Quel est le nombre, quelles sont les facultés des divers ordres
que forment les esprits célestes? En quelle manière chaque
hiérarchie est-elle initiée aux secrets divins? C'est ce qui n'est
exactement connu que par celui qui est l'adorable principe de
leur perfection. Toutefois, eux-mêmes n'ignorent ni les
qualités ni les illuminations dont ils sont particulièrement
doués,
ni le caractère auguste de l'ordre auquel ils appartiennent,
Mais les mystères qui concernent ces pures intelligences et leur
sublime sainteté ne sont point choses accessibles à l'homme, à
moins qu'on ne soutienne que, par la permission de Dieu, les
anges nous ont appris les merveilles qu'ils contemplent en eux-mêmes.
C'est pourquoi nous ne voulons rien affirmer de notre chef, mais
bien exposer, selon nos forces, ce que les docteurs ont vu dans
une sainte intuition et ce qu'ils ont enseigné touchant les
bienheureux esprits.
Il. Or,
la théologie a désigné par neuf appellations diverses toutes
les natures angéliques, et notre divin initiateur les distribue
en trois hiérarchies, dont chacune comprend trois ordres. Selon
lui, la première environne toujours la divinité et s'attache
indissolublement à elle d'une façon plus directe que les deux
autres (1), l'Ecriture témoignant d'une manière positive que
les trônes et ces ordres auxquels on donne des yeux et des ailes,
et que l'hébreu nomme chérubins et séraphins, sont
immédiatement placés auprès de Dieu et moins séparés de lui
que le reste des esprits. Ainsi, d'après la doctrine de nos
illustres maîtres, de ces trois rangs résulte une seule et
même hiérarchie, la première, qui est la plus divine et qui
puise directement à leur source les splendeurs éternelles. Dans
la deuxième, on trouve les puissances, les dominations et les
vertus.
Enfin, la troisième et dernière se compose des anges, des
archanges et des principautés.
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(1)
Ezech,, 1; Isaie 6.
DES
SÉRAPHINS, DES CHÉRUBINS ET DES TRÔNES
QUI FORMENT LA PREMIÈRE HIÉRARCHIE.
ARGUMENT.
- On enseigne,
- 1,
ce que signifient les noms de Chérubins, de Séraphins, de
Trônes;
- 2, quelle est la dignité de la première hiérarchie, sa force
contemplative, sa perfection;
- 3, que les esprits inférieurs sont initiés à la science
divine par leurs supérieurs, et les esprits du premier rang par
Dieu lui-même, et que tous recueillent avec respect la lumière
qui leur est accordée;
- 4, quelle est la fonction de cette première hiérarchie.
I.
Acceptant cette distribution des saintes hiérarchies, nous
affirmons que tout nom donné aux intelligences célestes est le
signe des propriétés divines qui les caractérisent. Ainsi, au
témoignage des liébraïsants, le mot de séraphins signifie
lumière et chaleur, et celui de chérubins plénitude de science
on débordement de sagesse. Il convenait sans doute que la
première des hiérarchies célestes fut formée par les plus
sublimes esprits; car tel est le rang qu'ils occupent pardessus
tous les autres, que , dans un commerce immédiat et direct, la
divinité laisse découler sur eux plus purement et plus
efficacement les splendeurs de sa gloire et les connaissances de
ses mystères. On les appelle donc flainines brililanies, trîmes,
fleuves
de sagesse, pour exprimer par cette dénomination leurs divines
habitudes. C'est ainsi que le nom des séraphins indique
manifestement leur durable et perpétuel attrait pour les choses
divines, l'ardeur, l'intensité, l'impétuosité sainte de leur
généreux et invincible élan, et cette force puissante par
laquelle ils soulèvent, transfigurent et réforment à leur
image les natures
subalternes en les vivifiant, les embrasant (les feux dont ils
sont eux-mêmes dévorés , et cette chaleur purifiante (lui
consume
toute souillure, et enfin cette active, permanente et
inépuisable propriété de recevoir et de communiquer la
lumière, de dissiper et d'abolir toute obscurité , toutes
ténèbres.
Le nom
des chérubins montre qu'ils sont appelés à connaître et
admirer Dieu, à contempler la lumière dans son éclat originel
et la beauté incréée dans ses pins splendides rayonnements;
que , participant à la sagesse, ils se façonnent à sa
ressemblance et répandent sans envie sur les essences
inférieures le flot des dons merveilleux qu'ils ont reçus.
Le nom
des nobles et augustes trônes signifie qu'ils sont complètement
affranchis des humiliantes passions de la terre; qu'ils aspirent,
dans leur essor sublime et constant, à laisser loin au-dessous d'eux
tout ce qui est vil et bas - qu'ils sont unis ni Très-Haut de
toutes leurs forces avec une admirable fixité - qu'ils
reçoivent d'un esprit pur et impassible les douces
visites de la divinité ; qu'ils portent Dieu, en quelque
manière, et s'inclinent avec un frémissement respectueux devant
ses saintes communications.
Il.
Tel est, selon nous, le sens des noms divers que portent ces
esprits. Il nous reste à expliquer la hiérarchie qu'ils forment.
Je pense avoir déjà suffisamment marqué que toute hiérarchie
a pour but invariable une certaine imitation et ressemblance de
la Divinité, et que toute fonction qu'elle impose tend à la
double fin de recevoir et de conférer une pureté non souillée,
une divine lumière et une parfaite connaissance des saints
mystères. Je voudrais maintenant enseigner d'une manière
convenable comment l'Ecriture comprend l'ordre sublime des
intelligences les plus élevées. Sachons d'abord que cette
première hiérarchie est également propre à toutes les natures
supérieures, qui, venant immédiatement après leur souverain
auteur et placées, pour ainsi dire, au voisinage de l'infini, l'emportent
sur toute puissance créée, soit visible, soit invisible.
Elles
sont donc très-éminemment pures, non pas seulement en ce sens
que nulle tâche, nulle souillure ne les avilit et qu'elles ne
subissent pas la loi de nos imaginations matérielles, mais
surtout parce que, inaccessibles à tout principe de dégradation
et douées d'une sainteté transcendante, elles s'élèvent par
là même au-dessus des autres esprits, si divins qu'ils soient;
et encore parce qu'elles trouvent dans un généreux amour de
Dieu la force de se maintenir librement et invariablement en leur
ordre propre, et que nulle altération ne leur peut survenir, la
raideur d'une volonté invincible les attachant saintement aux
fonctions merveilleuses qui leur furent assignées.
Également
elles sont contemplatives; et par là je ne veux pas dire qu'elles
perçoivent les choses intellectuelles au moyen de symboles
sensibles, ni que le spectacle de diverses et pieuses images les
élève à Dieu; mais je comprends qu'elles sont inondées d'une
lumière qui surpasse toute connaissance spirituelle, et admises,
autant que leur nature permet, à la vision
de cette beauté suréminente, cause et origine de toute beauté,
et qui reluit dans les trois adorables Personnes; je comprends qu'elles
jouissent de l'humanité du Sauveur autrement que sous le voile
de quelques figures où se retracent ses augustes perfections;
car, par l'accès libre qu'elles ont auprès de lui, elles
reçoivent et connaissent directement ses saintes lumières; je
comprends enfin qu'il leur est donné d'imiter Jésus-Christ d'une
façon plus relevée, et qu'elles participent, selon leur
capacité, au premier écoulement qui se fait de ses vertus
divines et humaines.
Elles
sont parfaites aussi, non point parce qu'elles savent expliquer
les mystères cachés sous la variété des symboles, mais parce
que, dans leur haute et intime union avec la divinité, elles
acquièrent, touchant les œuvres divines, cette science
ineffable que possèdent les anges, car ce n'est point par le
ministère de quelques autres saintes natures, mais de Dieu
immédiatement, qu'elles reçoivent leur initiation. Elles s'élèvent
donc à lui sans intermédiaire, par leur vertu propre et par le
rang supérieur qu'elles occultent ; et par là encore elles se
fixent dans une sainteté immuable et sont appelées à la
contemplation de la beauté purement intelligible. Ainsi
constituées d'une façon merveilleuse par l'auteur de toute
hiérarchie qu'elles entourent au premier rang, elles apprennent
de lui les hautes et souveraines raisons des opérations divines.
III.
Or, les théologiens enseignent clairement que, par une admirable
disposition, les ordres inférieurs des pures intelligences sont
instruits des choses divines par les ordres supérieurs, et que
les esprits du premier rang à leur tour reçoivent directement
de Dieu la communication de la science. Effectivement les saintes
Écritures nous montrent tantôt quelques-unes de ces natures
saintes apprenant de natures plus augustes que c'est le Seigneur
des vertus célestes et le Roi de gloire qui , sous forme humaine,
s'élève dans les cieux (1); tantôt quelques autres
interrogeant Jésus-Christ en personne, et désirant connaître l'œuvre
sacrée de notre rédemption, recueillant les instructions de sa
bouche, et informées par lui-même des miracles de sa bonté
envers les hommes : c'est moi , dit-il, qui parle justice et
Jugement pour le Salut (2). Ici j'admire comment les essences que
leur sublimité, place au-dessus de toutes les autres, éprouvent,
aussi bien que leurs subalternes, quelque timidité de désir à
l'endroit des communications divines : car elles ne débutent
point par dire au Seigneur : Pourquoi vos vêtements sont-ils
rougis (3) mais elles se questionnent d'abord elles-mêmes,
manifestant par là leur projet, leur envie de connaître l'auguste
merveille, et ne prévenant pas la révélation progressive des
lumières célestes.
Ainsi
la première hiérarchie des esprits bienheureux est régie par
le souverain initiateur même, et parce qu'elle dirige
immédiatement vers lui son essor, recueillant, autant qu'il se
peut, la pureté sans tâche qui produit la vive lumière, d'où
naît la sainteté parfaite, elle se purifie, s'illumine et se
perfectionne; oui, pure de tout ce qui est infinie, brillante des
premiers rayons de la lumière, riche et ornée d'une science
sublime qu'elle puise à sa source. Même je pourrais bien dire
en un mot que cette dérivation de la science divine est tout
ensemble expiation, illumination et perfection; car elle purifie
vraiment de toute ignorance, en communiquant à chaque
intelligence, selon sa dignité propre, la connaissance des
mystères ineffables; elle éclaire aussi, et, par la pureté qu'elle
donne, permet aux esprits de contempler au grand jour de cette
lumière Suréminente les choses qu'ils n'avaient point encore
vues; enfin elle les perfectionne en les confirmant dans la
claire intuition des plus magnifiques
splendeurs.
IV.
Telle est, autant que je puis savoir, la première hiérarchie
des cieux; rangée comme en cercle autour de la divinité, elle l'environne
immédiatement, et, parmi les joies d'une connaissance permanente,
elle tressaille dans la merveilleuse fixité de cet élan sublime
qui emporte les anges. Elle jouit d'une foule de suaves et pures
visions; elle brille sous le doux reflet de la clarté infinie;
elle est nourrie d'un aliment divin, tout à la fois abondant,
puisque c'est la première distribution qui s'en fait, et
réellement un, et parfaitement identique, à cause de la
simplicité de l'auguste substance. Bien plus, elle a l'honneur d'être
associée à Dieu, et de coopérer à ses œuvres, parce qu'elle
retrace , autant que peut la créature, les perfections et les
opérations divines. Elle connaît d'une façon suréminente
plusieurs ineffables mystères, et entre, selon sa capacité, en
participation de la science du Très-haut. Effectivement la
théologie a enseigné à 1'humanité les hymnes que chantent ces
sublimes esprits, et ou l'on découvre l 'excellence de la
lumière qui les inonde : car, pour parler le langage terrestre,
quelques-uns d'entre eux répètent avec le fracas des grandes
eaux : Bénie soit la gloire de Dieu du saint lieu
où il réside (4) ! Et d'autres font retentir ce majestueux et
célèbre cantique : Saint, saint, saint est le Seigneur des
armées; toute la terre est pleine de sa gloire (5) !
Mais
nous avons expliqué à notre façon ces chants sacrés des cieux
dans le traité des hymnes divins, où il nous semble avoir
éclairci suffisamment cette matière. Je me contente de rappeler
ici que la première hiérarchie, initiée par l'infinie charité
à la connaissance des divins mystères, les transmet avec
bienfaisance aux hiérarchies inférieures. Pour tout dire en un
mot,
elle leur enseigne que la majesté terrible, digne de toute
louange, et au-dessus de toute bénédiction, doit être connue
et glorifiée autant qu'il se peut par les intelligences
auxquelles le Seigneur se communique, puisqu'au témoignage de l'Ecriture,
elles sont, par leur sublimité divine, comme d'augustes et
saints lieux ou la divinité repose. Elle leur enseigne que l'unité
très simple subsistant en trois Personnes embrasse dans les
soins de sa providence la création entière, depuis les plus
nobles essences des cieux jusqu'aux plus viles substances de la
terre; car elle est le principe éternel et la cause de toutes
les créatures qu'elle étreint par un lien merveilleux ,
ineffable.
--------------------------------------------------------------------------------
(1) Psaum.,23, 10.- (2) Isaie, 63, 1. -(3) Isaie, 1 et 2. - (4)
Ezech., 3, 12. - (5) Isaie, 6, 3.
DE LA
SECONDE HIERARCHIE, QUI SE COMPOSE
DES DOMINATIONS, DES VERTUS ET DES PUISSANCES.
ARGUMENT.
-1.On
explique ce que signifient les noms des Dominations, des Vertus
et des Puissances; et comment cette seconde hiérarchie reçoit l'illumination
divine.
-2.On fait comprendre de quelle façon les esprits inférieurs
reçoivent la lumière par le moyen des esprits supérieurs.
I.
Passons maintenant à la seconde classe des célestes
intelligences, et, d'un œil spiritualisé, essayons de
contempler les dominations et les admirables phalanges des
puissances et des vertus; car toute appellation donnée à ces
êtres Supérieurs révèle les propriétés augustes par
lesquelles ils se rapprochent de la divinité.
Ainsi
le nom des saintes dominations désigne, je pense, leur
spiritualité sublime et affranchie de toute entrave matérielle,
et leur autorité à la fois libre et sévère, que ne souille
jamais la tyrannie d'aucune vile passion. Car ne subissant ni la
honte d'aucun esclavage, ni les conditions d'une dégradante
chute ces nobles intelligences ne sont tourmentées que du besoin
insatiable de posséder celui qui est la domination essentielle
et l'origine de toute domination elles se façonnent elles-mêmes
et façonnent les esprits subalternes à la divine ressemblance ;
méprisant toutes choses vaines, elles tournent leur activité
vers l'être véritable, et entrent en participation de son
éternelle et sainte principauté.
Le nom
sacré des vertus me semble indiquer cette mâle et invincible
vigueur qu'elles déploient dans l'exercice de leurs divines
fonctions, et qui les empêche de faiblir et de céder sous le
poids des augustes lumières qui leur sont départies. Ainsi
portées avec énergie à imiter Dieu, elles ne font pas
lâchement défaut à l' impulsion céleste ; mais contemplant d'un
œil attentif la vertu sur-essentielle, originale, et s'appliquant
à en reproduire une parfaite image, elles s'élèvent de toutes
leurs forces vers leur archétype , et à leur tour s'inclinent,
à la façon de la divinité vers les essences inférieures pour
les transformer.
Le nom
des célestes puissances, qui sont de même hiérarchie que les
dominations et les vertus, rappelle l'ordre parfait dans lequel
elles se présentent à l'influence divine, et l'exercice
légitime de leur sublime et sainte autorité. Car elles ne se
livrent pas aux excès d'un tyrannique pouvoir; mais s'élançant
vers les choses d'en haut avec une impétuosité bien ordonnée,
et entraînant avec amour vers le même but les intelligences
moins élevées, d'un côté elles travaillent à se rapprocher
de la puissance souveraine et principale; et de l'autre, elles la
réfléchissent sur les ordres angéliques par les admirables
fonctions qu'il leur est donné de remplir. Ornée de ces
qualités sacrées, la seconde hiérarchie des esprits célestes
obtient
pureté, lumière et perfection cri la manière que nous avons
dite, par les splendeurs divines que lui transmet la première
hiérarchie, et qui ne lui viennent ainsi qu'au second degré de
leur manifestation.
Il.
Ainsi la communication de la science qui se fait à un ange par
le ministère d'un autre ange, explique comment les dons
célestes semblent perdre de leur éclat, à mesure que, s'éloignant
de leur origine, ils s'abaissent sur des êtres moins élevés.
Car comme nos maîtres dans les choses saintes enseignent que l'intuition
pure nous instruit plus parfaitement que toute communication
médiatement reçue, de même je e pense que la participation
directe à laquelle sont appelés les anges supérieurs, leur
manifeste mieux la divinité, que s'ils étaient initiés par d'autres
créatures.
C'est
pour cela aussi que notre tradition sacerdotale dit que les
esprits du premier rang purifient, illuminent et perfectionnent
les Intelligences moins nobles, qui, par ce moyen, s'élèvent
vers le principe sur-essentiel de toutes choses, et entrent,
autant que leur condition permet, en part de la pureté, de l'illumination
et de la perfection mystiques. Car c'est une loi
générale, établie par l'infinie sagesse, que les grâces
divines ne sont communiquées aux inférieurs que par le
ministère des supérieurs. Vous trouverez cette doctrine
exprimée dans les Ecritures.
Ainsi
quand Dieu , par clémence paternelle , eut châtié Israël
prévaricateur, en le livrant pour sa conversion et son salut au
joug odieux des nations barbares , il voulut encore, essayant de
ramener au bien les tendres objets de sa sollicitude, briser
leurs chaînes et les rétablir en la douceur de leur antique
félicité : or, en cette circonstance, un homme de Dieu, nommé
Zacharie, vit un de ces anges qui entourent la divinité au
premier rang (1) (car comme j'ai dit, la dénomination d'anges
est commune à toutes les célestes essences). L'auguste
Intelligence recevait de Dieu même de consolantes paroles; à sa
rencontre s'avançait un esprit d'ordre inférieur, comme pour
connaître ce qui avait été révélé. Et effectivement,
informé du conseil
divin par cette initiation mystérieuse, il eut ordre d'en
instruire à son tour le prophète, qui apprit ainsi que
JERUSALEM au sein de l'abondance se réjouirait de la multitude
de ses habitants.
Un
autre théologien, Ézéchiel , nous fait savoir (2) que le
Seigneur très-glorieux, qui règne sur les chérubins, porta ce
décret dans son adorable justice : que dans les châtiments
paternels qui devaient corriger, comme il a été dit, le peuple
israélite, les innocents seraient miséricordieusement séparés
des coupables.
Cette disposition est communiqué au premier des chérubins dont
les reins brillent sous une ceinture de saphir, et qui a revêtu
la robe flottante des pontifes. En même temps, il reçoit ordre
de transmettre le secret divin aux autres anges armés de haches.
Car pour lui , il doit traverser Jérusalem, et placer un signe
sur le front des hommes innocents; et aux autres il est dit :
Suivez-le au travers de la ville; frappez, et que votre œil
ne se laisse point attendrir; mais n'approchez pas de ceux qui
sont marqués du signe. N'est-ce point par semblable disposition
qu'un ange dit à Daniel : Le décret est prononcé (3) et qu'un
esprit du premier ordre va prendre des charbons ardents au milieu
des chérubins (4) Et ne reconnaît-on pas plus nettement encore
cette distinction hiérarchique des anges, en voyant un chérubin
placer ces charbons dans les mains de cet autre qui est revêtu
de l'étole sacrée ? en voyant qu'on appelle l'archange Gabriel
et qu'on lui dit : fais entendre cette vision au prophète (5 )
en apprenant enfin tout ce que rapportent les théologiens,
touchant l'admirable subordination des chœurs angéliques
Type auguste que notre hiérarchie doit reproduire aussi
parfaitement qu'il lui est possible, pour être comme un reflet
de la beauté des anges, et pour nous élever par leur ministère
vers le principe absolu de toute suprématie et autorité.
--------------------------------------------------------------------------------
(1)
Zach., 1, 22. -(2) Ezech., 9, 10 et seqq. - (3) Dan., 9, 23. -(4)
Ezech., 10. - (5) Dan., 8, 16.
DE LA
DERNIÈRE HIÉRARCHIE CELESTE QUI COMPREND LES
PRINCIPAUTÉS, LES ARCHANGES ET LES ANGES
Argument.
- on expose,
1, Ce
que signifie le nom des Principautés
2, Des Archanges et des Anges et quelles sont leurs fonctions
respectives.
3, On prouve qu'il ne faut pas accuser les Anges du peu de profit
que certaines âmes tirent de leur direction, ni eux, ni Dieu ne
faisant défaut à personne;
4, Que
la Providence divine embrasse tous les peuples, quoique Israël
ait été nommé la part spéciale du Seigneur.
I. Il
nous reste à considérer la dernière des hiérarchie célestes
en laquelle brillent les saintes principautés les archanges et
les anges. Mais je crois qu'il faut d'abord constater, comme nous
pourrons, le sens de leurs nobles qualifications. Or, le nom des
célestes principautés fait voir qu'elles ont le secret divin de
commander avec ce bon ordre qui convient aux puissances
supérieures; de se diriger invariablement elles-mêmes et de
guider avec autorité les autres vers celui qui règne par-dessus
tout; de se former, au degré où c'est possible, sur le modèle
de sa principauté originale et de manifester enfin son autorité
souveraine par la belle disposition de leurs propres forces.
II. L'ordre
des archanges appartient à la même division que les saintes
principautés. Il est vrai toutefois comme j'ai dit ailleurs, qu'ils
forment aussi une seule et même division avec les anges. Mais
comme toute hiérarchie comprend de premières, de secondes et de
troisièmes puissances, l'ordre sacré des archanges est un
milieu hiérarchique où les extrêmes se trouvent
harmonieusement réunis. En effet, il a quelque chose de commun
avec les principautés et avec les anges tout ensemble. Comme les
unes, il se tient éperdument tourné vers le principe sur-essentiel
de toutes choses, et s'applique à lui devenir semblable, et
mène les anges à l'unité par l'invisible ressort d'une
autorité sage et régulière comme les autres, il remplit les
fonctions
d'ambassadeur, et, recevant des natures supérieures la lumière
qui lui revient, il la transmet avec divine charité d'abord aux
anges et ensuite par eux à l'humanité selon les dispositions
propres de chaque initié. Car, comme on l'a déjà vu, les anges
viennent compléter les différents ordres des esprits célestes,
et ce n'est qu'en dernier lieu et après tous les autres
que leur échoit la perfection angélique. Pour cette raison et
eu égard à nous, le nom d'anges leur va mieux qu' aux premiers,
les fonctions de leur ordre nous étant plus connues et touchant
le monde de plus près. Effectivement il faut estimer que la
hiérarchie supérieure et plus proche par son rang du sanctuaire
de la divinité, gouverne la seconde par des moyens mystérieux
et secrets; à son tour, la seconde, qui renferme les dominations,
les vertus et les puissances, conduit la hiérarchie des
principautés, des archanges et des anges d'une façon plus
claire que ne fait la première, mais plus cachée aussi que ne
fait la troisième; celle-ci enfin, qui nous est mieux connue,
régit les hiérarchie humaines l'une par l'autre, afin que l'homme
s'élève et se tourne vers Dieu, communie et s'unisse à lui ,
en suivant les mêmes degrés par lesquels, au moyen de la
merveilleuse subordination des hiérarchies diverses, la divine
bonté a fait descendre vers nous les saintes émanations des
lumières éternelles.
C'est pourquoi les théologiens assignent aux anges la
présidence de nos hiérarchies, attribuant à Saint Michel le
gouvernement du peuple juif et à d'autres le gouvernement d'autres
peuples (2); car l'Eternel a posé les limites des nations en
raison du nombre de ses anges (3).
III.
Si l'on demande comment donc il s'est fait que les Hébreux seuls
furent appelés à la connaissance de la vérité, nous
répondrons qu'il ne faut pas imputer à l'administration des
bons anges la chute universelle des peuples dans l'idolâtrie,
mais que, de leur propre mouvement, les hommes eux-mêmes sont
sortis de la voie qui mène à Dieu, entraînés par orgueil et
perversité dans le culte honteux des divinités mensongères. Au
reste, nous avons des preuves que les mêmes choses arrivèrent
à Israël. Tu as rejeté la connaissance de Dieu, dit le
prophète, et tu es allé après les désirs de ton cœur (3).
Car ni la fatalité ne domine notre vie, ni la liberté des
créatures ne saurait éteindre les lumières que leur envoie la
divine Providence;
seulement, à raison de l'inégalité que présentent les
différents esprits, ou bien ils ne participent nullement, par
suite d'une triste résistance, à l'effusion des splendeurs
célestes, ou bien le rayon divin, malgré son unité, sa
simplicité parfaite, son immutabilité et sa plénitude, leur
est communiqué en des proportions diverses avec plus ou moins d'abondance,
plus ou
moins de clarté. Et effectivement, les autres nations d'où nous
avons nous-mêmes élevé les yeux vers cet immense océan de
lumière à la participation de laquelle tous sont libéralement
conviés, les autres nations n'étaient point régies par je ne
sais quels dieux étrangers, mais bien par l'unique principe de
tout ; et l'ange gardien de chacune d'elles entrainait vers la
vérité souveraine les hommes de bonne volonté. Et ici rappelez-vous
en preuve Melchisédech, cet homme si aimé des cieux, zélé
pontife, non pas d'imaginaires divinités, mais du Très-Haut,
qui est seul réellement Dieu (4). Or, les théologiens ne l'appellent
pas seulement serviteur de l'Eternel, ils le nomment encore
prêtre, pour montrer aux esprits clairvoyants que
non-seulement il était resté fidèle à celui qui est , mais qu'il
initiait aussi ses frères à la connaissance de la seule vraie
divinité.
IV. Je
veux rappeler encore à votre science sacerdotale que les soins
providentiels et l'absolu pouvoir de Dieu furent manifestés en
songe à Pharaon par l'ange des Egyptiens (5) et à
Nabuchodonosor par l'ange de Babylone (6), et que Joseph et
Daniel , serviteurs du vrai Dieu, et qui égalaient presque les
anges en sainteté, furent préposés à ces peuples pour
expliquer les
visions figuratives dont la divinité leur avait à eux-mêmes
appris le secret par le ministère des célestes esprits : car il
n'y a qu'un seul principe de tout et une seule Providence. C'est
pourquoi on ne doit pas s'imaginer qu'une sorte de hasard ait
fait échoir à Dieu le gouvernement de la Judée, et qu'en
dehors de son empire, les anges ses rivaux ou ses adversaires, ou
même quelques autres dieux, président aux destinées du reste
du monde. Certes, si on les comprend bien, nos Lettres sacrées
ne veulent pas dire que Dieu ait partagé avec d'autres dieux ou
avec les anges l'administration de l'univers, tellement qu'en
cette division la nation hébraïque fût devenue son lot ; mais
elles veulent dire qu'une même et universelle Providence ayant
spécialement désigné certains anges, commit à leur garde le
salut de tous les hommes, et que, parmi l'infidélité générale,
les enfants de Jacob conservèrent presque seuls le trésor des
saintes lumières et la connaissance du Très-Haut. De là vient
que l'Ecriture, présentant Israël comme voué au culte du vrai
Dieu: Il est devenu la portion du Seigneur, ajoute-t-elle (7).
Et à dessein de montrer qu'à l'égal des autres peuples Israël
avait été confié à l'un des anges, pour apprendre sous sa
conduite à connaître le principe unique de toutes choses, elle
rapporte que Saint Michel est le guide sacré des Juifs (8). Par
là, elle nous fait entendre qu'il n'y a dans l'univers qu'une
seule et même Providence infiniment élevée par sa nature au-dessus
de toutes puissances visibles et invisibles; que l'ange préposé
à chaque nation attire vers la divinité, comme vers leur propre
principe, ceux qui le suivent de tout l'effort de leur bonne
volonté.
--------------------------------------------------------------------------------
(1)
Dan., 10. - (2) Deuter., 32 .- (3) Osée, 4. -(4) Gen., 14. - (5)
Gen.,41. - (6) Dan., 2. - (7) Deuter., 32. - (8) Dan.,
10.
RÉSUMÉ
ET CONCLUSION DE CE QUI À ÉTÉ DIT
TOUCHANT L'ORDRE ANGELIQUE.
Argument.
- On fait voir,
1, que
les plus élevés des Anges sont éclairés d'une lumière plus
parfaite;
2, que la subordination hiérarchique se maintient dans cette
transmission de la lumière;
3, que les Anges et les hommes sont doués d'une triple faculté.
I. De
ce qui a été dit, on doit inférer que les intelligences du
premier rang qui approchent le plus de la divinité, saintement
initiées par les splendeurs augustes qu'elles reçoivent
immédiatement, s'illuminent et se perfectionnent sous l'influence
d'une lumière à la fois plus mystérieuse et plus évidente;
plus mystérieuse, parce qu'elle est plus spirituelle et douée d'une
plus grande puissance de simplifier et d'unir; plus évidente,
parce qu'alors, puisée à sa source, elle brille de son éclat
primitif, qu'elle est plus entière et qu'elle pénètre mieux
ces pures essences. A cette première hiérarchie obéit la
deuxième; celle-ci commande à la troisième, et la troisième
est préposée à la hiérarchie des hommes; et ainsi, par divine
harmonie et
juste proportion, elles s'élèvent l'une par l'autre vers celui
qui est le souverain principe et la fin de toute belle ordonnance.
II. Or,
tous les esprits sont les interprètes et les envoyés d'une
puissance supérieure. Les premiers ils portent les volontés
immédiates de la divinité, que, d'autres reçoivent pour les
transmettre à ceux qui viennent ensuite. Car notre Dieu , en qui
toutes choses forment une harmonie sublime, a tellement
constitué la nature des êtres, soit raisonnables, soit purement
intellectuels, et réglé leur perfectionnement, que chaque
hiérarchie forme un tout parfaitement organisé et comprend des
puissances de trois degrés divers. Même, à vrai dire, chaque
degré offre en lui ce merveilleux accord : c'est pour cela sans
doute que la théologie représente les pieux séraphins comme s'adressant
l'un à l'autre (1), enseignant ainsi avec parfaite évidence,
selon moi, que les premiers communiquent aux seconds la
connaissance des choses divines.
III.
Bien plus, j'ajouterai avec raison qu'on doit spécialement
distinguer en toute intelligence humaine ou angélique des
facultés de premier, second et troisième degré, correspondant
précisément aux trois ordres d'illumination qui sont propres à
chaque hiérarchie; et c'est en traversant ces degrés successifs
que les esprits participent, en la manière où ils le peuvent,
à la pureté non souillée, à la lumière surabondante et à la
perfection sans bornes. Car rien n'est parfait de soi; rien n'exclut
la possibilité d'un perfectionnement ultérieur, sinon celui qui
est par essence la perfection primitive et infinie.
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(1)
Isaie, 6.
POURQUOI
LES ESPRITS ANGÉLIQUES SONT NOMMÉS
GÉNÉRALEMENT VERTUS CÉLESTES.
Argument.
- On rappelle,
1, que
les purs esprits ne sont pas nommés Vertus célestes par la
même raison qu'ils sont appelés Anges;
2, que ce nom de Vertus, qui leur est appliqué à tous
indistinctement, n'établit pas la confusion des ordres divers et
des facultés particulières; niais que tous étant essence,
vertu et activité, peuvent être appelés Essences, Vertus et
Puissances.
I.
Maintenant il importe de considérer pour quelle raison nous
avons coutume de donner indistinctement à toutes les natures
angéliques le nom de vertus célestes (1). Or, on ne saurait
faire ici le raisonnement qu'on a fait plus haut (2); on ne
saurait dire que le rang des vertus soit le dernier parmi les
hiérarchies invisibles, et que, comme les puissances
supérieures possèdent tous les dons communiqués aux puissances
inférieures, et non pas réciproquement, il en résulte que
toutes les divines intelligences doivent être appelées vertus,
et non pas séraphins, trônes et dominations. Ce raisonnement ne
vaut pas, disons-nous; car les anges , et au-dessus d'eux les
archanges, les principautés et les puissances ne sont placés
par la théologie qu'après les vertus, et, par suite ne
participent pas à toutes leurs propriétés; et toutefois nous
les nommons vertus célestes aussi bien que les autres sublimes
esprits.
II.
Néanmoins, en généralisant ainsi cette dénomination noirs n'entendons
pas confondre les propriétés des différents ordres; seulement,
comme par la loi sublime de leur être on distingue dans tous les
purs esprits l' essence la vertu et l' acte, si tous ou quelques-
uns d'entre eux sont dits indifféremment essences ou vertus
célestes, à but estimer que cette locution désigne
ceux dont nous voulons parler précisément par l' essence ou la
verni qui les constitue. Certainement, après les distinctions si
nettes que nous avons établies, nous n'irons pas attribuer aux
natures moins parfaites des prérogatives suréminentes, et
troubler de la sorte l' harmonieux accord qui règne parmi les
rangs des anges; car, ainsi qu'on là déjà remarqué plus d'une
fois, les ordres supérieurs possèdent excellemment les
propriétés des ordres inférieurs; mais ceux-ci ne sont point
armés de toute la perfection des autres, qui, recevant sans
intermédiaire les splendeurs divines, ne les transmettent aux
natures moins élevées qu'en partie et au degré où elles en
sont capables.
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(1)
Psaumes., 23, 79, 102. - (2) Supra, cap. 5.
D'OU
VIENT QUE L'ON DONNE LE NOM D'ANGES
DE NOTRE HIERARCHIE
Argument.
-
1. On
recherche pourquoi le prêtre est nommé par un prophète l'Ange
du seigneur tout puissant, quand il est certain que la perfection
des supérieurs ne se trouve pas dans les inférieurs.
2. On répond que les inférieurs, quoiqu'ils n'égalent pas la
perfection des supérieurs, les imitent, leurs ressemblent par
quelque endroit, remplissent des fonctions analogues aux leurs,
et peuvent recevoir leur nom.
3. On confirme la justesse de cette solution en observant que les
anges et les hommes sont quelques fois appelés Dieux.
I.
Ceux qui s'appliquent à la méditation de nos profonds oracles
adressent encore cette question : s'il est vrai que l'inférieur
ne partage pas entièrement les qualités du supérieur, pourquoi
dans les saintes Ecritures nos pontifes sont-ils appelés anges
du seigneur tout-puissant (1) ?
II. Or
cette parole ne semble point opposée à nos précédentes
assertions; car, si la perfection des premiers ordres ne se
trouve pas chez les derniers dans toute son excellence,
néanmoins elle leur est communiquée en partie, et, selon le
degré de leur capacité, par la loi de cette universelle
harmonie qui unit si intimement toutes choses. Par exemple, les
chérubins
jouissent sans doute d'une sagesse et d'une connaissance
merveilleuses; mais les esprits inférieurs participent aussi à
la sagesse et à la connaissance, d'une façon moins sublime, il
est vrai, et moins abondamment, parce qu'ils sont moins dignes.
Ainsi le don de la connaissance et de la sagesse est commun à
toutes les intelligences célestes; mais ce qui est propre à
chacune d'elles, ce qui est déterminé par leur nature
respective, c'est de recevoir le bienfait divin immédiatement et
en premier lieu, ou bien médiatement et en degré inférieur. Et
l'on ne se trompe pas, en appliquant ce même principe à tous
les
esprits angéliques; car, comme dans les premiers brillent
éminemment les augustes attributs des derniers, de même ceux-ci
possèdent les qualités de ceux-là, toutefois avec moins d'excellence
et de perfection. Il n'est donc pas absurde, comme on voit, que
la théologie donne le nom d'anges aux pontifes de notre
hiérarchie, puisque, en la mesure de leurs forces, ils s'associent
au ministère des anges par la fonction d'enseigner, et, autant
qu'il est permis à l'humanité, s'élèvent jusqu'à leur
ressemblance par l'interprétation des sacrés mystères.
III.
Bien plus, vous pouvez savoir qu'on appelle dieux les natures
célestes qui sont au-dessus de nous, et même les pieux et
saints personnages qui ornent nos rangs, quoique la souveraine et
mystérieuse essence de Dieu soit absolument incommunicable et
supérieure à tout, et quoique rien ne puisse avec justesse et
en rigueur lui être réputé semblable. Mais quand la créature,
soit purement spirituelle, soit raisonnable, essayant avec ardeur
de s'unir à son principe, et aspirant sans cesse et de toutes
ses forces aux lumières célestes, parvient à imiter Dieu , si
ce mot n'est pas trop hardi, alors la créature reçoit
glorieusement le nom sacré de Dieu.
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(1)
Malach., 2, 7.- Apoc., 2.
POURQUOI
IL EST DIT QUE LE PROPHETE ISAÏE
FUT PURIFIÉ PAR UN SÉRAPHIN
Argument.-
1. On
recherche pourquoi il est dit qu' Isaïe fut purifié par un Ange
de premier, et non pas de dernier ordre.
2. On répond que cet Ange ne fut sans doute pas un séraphin,
mais que ce titre lui fut donné, à cause de la fonction qu'il
remplissait.
3. On rapporte un autre sentiment: c'est que l'envoyé céleste
appartenait effectivement au dernier rang de la hiérarchie
céleste; mais comme il tenait sa fonction des esprits
supérieurs, elle leur fut attribuée légitimement, de même qu'on
peut bien dire qu'un pontife confère les ordres par le
ministère des évêques, et le baptême par le ministère des
prêtres, quand, ils tiennent de lui leur pouvoir respectif.
4. On décrit la vision d' Isaie, où le seigneur apparait sur
son trône, et environné des Séraphins, et l'on explique
comment Isaïe fut purifié, et les autres mystères de cette
vision.
I.
Appliquons-nous encore à considérer pourquoi il est dit qu'un
séraphin fut envoyé à l'un de nos théologiens; car on demande
avec raison comment il se fait que ce soit une des plus sublimes
intelligences, et non pas un des esprits inférieurs qui purifie
le prophète (1).
Il.
Quelques-uns, pour lever la difficulté, invoquent en principe
cette analogie intime qui règne, comme nous avons vu, entre
toutes les célestes natures : d'après cela, l'Ecriture n'indiquerait
pas qu'une intelligence du premier ordre fit descendue pour
purifier Isaïe, mais seulement qu'un des anges qui président à
notre hiérarchie reçut, en ce cas, la dénomination de
séraphin, précisément à raison de la fonction qu'il venait
remplir, et parce qu'il devait enlever par le feu l' iniquité du
prophète, et ressusciter dans son âme purifiée le courage d'une
sainte obéissance. Ainsi nos oracles parleraient ici , non pas
de l'un des séraphins qui entourent le trône de Dieu, mais de l'une
de ces vertus purifiantes qui sont immédiatement au-dessus de
nous.
III.
Un autre me donna touchant la présente difficulté une solution
qui n'est pas du tout dénuée de sens. Selon lui, quelle qu'elle
fit d'ailleurs, la sublime intelligence, qui par cette vision
symbolique initie le prophète aux secrets divins, rapporta d'abord
à Dieu, puis à la première hiérarchie, le glorieux office qui
lui était échu de communiquer la pureté en cette rencontre.
Or ce sentiment est-il vrai ? Celui qui m'en instruisit le
développait de cette sorte : La vertu divine atteint et
pénètre intimement toutes choses par sa libre énergie, quoiqu'en
cela elle échappe à tous nos regards, tant par la sublimité
inaccessible de sa pure substance, qu'à raison des voies
mystérieuses par lesquelles s'exerce sa providentielle activité.
Ce n'est pas
à dire toutefois qu'elle ne se manifeste point aux natures
intelligentes au degré où elles en sont capables; car confiant
la grâce de la lumière aux esprits supérieurs, par eux elle la
transmet aux esprits inférieurs avec parfaite harmonie, et en la
mesure que comportent la condition et l'ordre de chacun d'eux.
Expliquons-nous
plus clairement par le moyen d'exemples qui conviennent mal à la
suprême excellence de Dieu, mais qui aideront notre débile
entendement : le rayon du soleil pénètre aisément cette
matière limpide et légère qu'il rencontre d'abord, et d'où il
sort plein d'éclat et de splendeur; mais s'il vient à tomber
sur des corps plus denses, par l'obstacle même qu'opposent
naturellement ces milieux à la diffusion de la lumière, il ne
brille plus que d'une lueur terne et sombre, et même s'affaiblissant
par degrés, il devient presque insensible. Egalement sa chaleur
se transmet avec plus d'intensité aux objets qui sont plus
susceptibles de la recevoir, et qui se laissent plus volontiers
assimiler par le feu; puis son action apparaît comme nulle ou
presque nulle dans certaines substances qui lui sont opposées ou
contraires; enfin, ce qui est admirable, elle atteint, par le
moyen des matières inflammables, celles qui ne le sont pas;
tellement qu'en des circonstances données, elle envahira d'abord
les corps qui ont quelque affinité avec elle, et par eux se
communiquera médiatement soit à l'eau , soit à tout autre
élément qui semble la repousser.
Or cette loi du monde physique se retrouve dans le monde
supérieur. Là, l'auteur souverain de toute belle ordonnance
tant visible qu'invisible fait éclater d'abord sur les plus
sublimes intelligences les splendeurs de sa douce lumière; et
ensuite les saints et précieux rayonnements passent médiatement
aux intelligences subordonnées. Ainsi celles qui les premières
sont appelées à connaître Dieu, et nourrissent le brulant
désir de participer à sa vertu, s'élèvent aussi les
premières à l'honneur de retracer véritablement en elles cette
auguste image, autant que le peut la créature; puis elles s'appliquent
avec amour à attirer vers le mérite but les natures
inférieures, leur faisant parvenir les riches trésors de la
sainte lumière, que celles-ci continuent à transmettre
ultérieurement. De la sorte, chacune, d'elles communique le don
divin à celle qui la suit, et toutes participent à leur
manière aux largesses de la Providence. Dieu est donc, à
proprement parler, réellement et par nature, le principe
suprême de toute illumination , parce qu'il est l'essence même
de la lumière, et que l'être et la vision viennent de lui; mais
à son imitation et par ses décrets, chaque nature supérieure
est, en un certain sens, principe d'illumination pour la nature
inférieure, puisque, comme un canal, elle laisse dériver jusqu'
à celle-ci les flots de la lumière divine.
C'est pourquoi tous les rangs des anges regardent à juste titre
le premier ordre de l'armée céleste comme étant, après Dieu,
le principe de toute connaissance sacrée et pieux
perfectionnement, puisqu'il envoie au reste des esprits
bienheureux, et à nous ensuite, les rayons de l'éternelle
splendeur : de là vient que, s'ils rapportent leurs fonctions
augustes et leur sainteté à Dieu comme à celui qui est leur
créateur, d'un autre côté, ils les rapportent aussi aux plus
élevées des pures intelligences qui sont appelées les
premières à les remplir et à les enseigner aux autres. Le
premier rang des hiérarchies célestes possède donc à un plus
haut degré que tous les autres et une dévorante ardeur, et une
large part dans les trésors de la sagesse infinie , et la
savante et sublime expérience des mystères sacrés, et cette
propriété des trônes (2) qui annonce une intelligence toujours
préparée aux visites de la divinité. Les rangs inférieurs
participent, il est vrai, à l'amour, à la sagesse, à la
science, à l'honneur de recevoir Dieu : mais ces grâces ne leur
viennent qu'à un degré plus faible et d'une façon subalterne,
et ils ne s'élèvent vers Dieu que par le ministère des anges
supérieurs qui furent enrichis les premiers des bienfaits
célestes.
Voila pourquoi les natures moins sublimes reconnaissent pour
leurs initiateurs ces esprits plus nobles, rapportant à Dieu d'abord,
et à eux ensuite, les fonctions, qu'elles ont l'honneur de
remplir.
IV.
Notre maître disait donc que la vision avait été manifestée
au théologien Isaïe par un des saints et bienheureux anges qui
président à notre hiérarchie; et que le prophète, illuminé
et conduit de la sorte, avait joui de cette contemplation sublime,
où, pour parler un langage symbolique, lui apparurent et les
plus hautes intelligences siégeant immédiatement au-dessous de
Dieu., et environnant son trône, et au milieu du cortège la
souveraine majesté dans la splendeur de son essence ineffable, s'élevant
par delà ces vertus si parfaites. Dans ces visions, le prophète
apprit que, par la supériorité infinie de sa nature, la
divinité l'emporte sans comparaison sur toute puissance soit
visible, soit invisible, et qu'elle est absolument séparée
du reste des êtres, et n'a rien de semblable même aux plus
nobles substances; il apprit que Dieu est le principe et la cause
de toutes les créatures, et la base inébranlable de leur
permanente durée, et que de lui procède l'être et le bien-être
des créatures même les plus augustes; il apprit encore quelles
sont les vertus toutes divines des séraphins dont le nom
mystérieux exprime si bien l'ardeur enflammée, ainsi que nous
le dirons un peu plus loin, autant qu'il nous sera possible d'expliquer
comment l'ordre séraphique s'élève, vers son adorable modèle.
Le libre et sublime essor par lequel les esprits dirigent vers
Dieu leur triple faculté est symbolisé par les six ailes dont
ils semblaient revêtus aux yeux du prophète. De même ces pieds
et ces visages sans nombre, que la vision faisait passer sous son
regard, lui étaient un enseignement, aussi bien que ces ailes
qui voilaient les pieds, et celles qui voilaient le visage, et
celles qui soutenaient le vol constant des anges; car,
pénétrant le sens mystérieux de ce spectacle, il comprenait de
quelle vivacité et puissance d'intuition sont douées ces nobles
intelligences, et avec quel religieux respect elles s'abstenirent
de porter une téméraire et audacieuse présomption dans la
recherche des profonds et inaccessibles secrets de Dieu, et
comment elles s'appliquent à imiter la divinité par un
infatigable effort , et dans un harmonieux concert. Il entendait
cet hymne de gloire si pompeux et tant répété, l'ange lui
communiquant la science, autant que c'était possible , en même
temps qu'il lui mettait la vision sous les yeux.
Enfin
son céleste instituteur lui faisait connaître que la pureté
des esprits, quelle qu'elle soit, consiste en la participation à
la lumière et à la sainteté non souillée.
Or c'est Dieu même qui pour d'ineffables motifs, et par une
incompréhensible opération, communique cette pureté à toutes
créatures spirituelles; mais elle est départie plus abondamment,
et d'une façon plus évidente, à ces vertus suprêmes qui
entourent de
plus près la divinité : pour ce qui regarde et les rangs
subalternes de la hiérarchie angélique, et la hiérarchie
humaine tout entière, autant chaque intelligence est éloignée
de son auguste principe, autant vis-à-vis d'elle le don divin
affaiblit son éclat, et s'enveloppe dans le mystère de son
unité impénétrable. Il rayonne sur les natures inférieures au
travers des natures supérieures, et pour tout dire en un mot, c'est
par le ministère des puissances plus élevées qu'il sort du
fond de son adorable obscurité.
Ainsi Isaïe, saintement éclairé par un ange, vit que la vertu
purifiante et toutes les divines opérations reçues d'abord par
les esprits plus sublimes, s'abaissent ensuite sur tous les
autres, selon la capacité qu'elles trouvent en chacun d'eux: c'est
pourquoi le séraphin lui apparut comme l'auteur, après Dieu, de
la purification qu'il raconte. Il n'est donc pas hors de raison
d'affirmer que ce fut un séraphin qui purifia le prophète. Car
comme Dieu purifie toute intelligence, précisément parce qu'il
est le principe de toute pureté; ou bien, pour me servir d'un
exemple familier, comme notre pontife, quand il purifie ou
illumine par le ministère de ses diacres ou de ses prêtres, est
justement dit purifier et illuminer, ceux qu'il a élevés aux
ordres sacrés lui rapportant leurs nobles fonctions; de même l'ange
qui fut choisi pour purifier le prophète, rapporta et la science
et la vertu de son ministère à Dieu d'abord comme à leur cause
suprême , et puis au séraphin, comme au premier initiateur
créé.
On peut donc se figurer l'ange comme instruisant Isaïe par ces
pieuses paroles :" Le principe suprême, l'essence, la cause
créatrice de cette purification que j'opère en toi, c'est celui
qui a donné l'être aux plus nobles substances, qui conserve
leur nature immuable, et leur volonté pure, et qui les attire à
entrer les premières en participation de sa providentielle
sollicitude. " (Car c'est ce que signifie l'ambassade du
séraphin vers le prophète, d'après le sentiment de celui qui m'expliquait
cette opinion.) ." Or ces esprits sublimes, nos pontifes et
nos maîtres, après Dieu, dans les choses saintes, qui m'ont
appris à communiquer la divine pureté, ce sont eux, c'est cet
ordre auguste qui par moi te purifie, et dont l'auteur
bienfaisant de toute purification emploie le ministère, pour
tirer de son secret, et envoyer les dons de son active providence."
Voilà ce que m'apprit mon maître; et moi je vous le transmets ,
ô Timothée. Maintenant je laisse à votre science et à votre
discernement, ou bien de résoudre la difficulté par l'une ou l'autre
des raisons proposées, et de préférer la seconde comme
raisonnable
et bien imaginée, peut-être comme plus exacte; ou de découvrir
par vos propres investigations quelque chose de plus conforme à
la vérité; ou enfin, avec la grâce de Dieu, qui donne la
lumière, et des anges qui nous la transmettent, d'apprendre de
quelque autre une meilleure solution. En ce cas, faites-moi part
de votre bonne fortune; car mon amour pour les saints anges se
réjouirait de posséder sur cette question des données plus
claires.
(1)
Isaie, 6. -(2) voir chapitre 7 l'explication du trône.
QUE
SIGNIFIE LE NOMBRE DES ANGES DONT IL EST FAIT
MENTION DANS L'ECRITURE
Argument.
- On enseigne que, sans être infini, le nombre des Anges est
très grand, si grand que les hommes ne sauraient imaginer, que
Dieu seul le connaît, et qu'il surpasse le nombre des créatures
sensibles.
Je
crois bien digne encore de l'attention de nos esprits ce qui est
enseigné touchant les saints anges, savoir : qu'il y en a mille
fois mille, et dix mille fois dix mille (1), l'Ecriture
redoublant ainsi et multipliant l'un par l'autre les chiffres les
plus que nous ayons, et par la faisant voir clairement qu'il nous
est impossible d'exprimer le nombre de ces bienheureuses
créatures. Car les rangs des armées célestes sont pressés, et
ils échappent à l'appréciation faible et restreinte de nos
calculs matériels, et le dénombrement n'en peut être savamment
fait qu'en vertu de cette connaissance surhumaine et
transcendante que leur communique si libéralement le Seigneur
sagesse incréée, science infinie, principe sur-essentiel et
cause puissante de toutes choses, force mystérieuse qui gouverne
les êtres, et les bornes en les embrassant.
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(1)
Daniel., cap.7.
QUELLES
SONT LES FORMES DIVERSES DONT L'ECRITURE REVÊT LES ANGES,
LES ATTRIBUTS MATERIELS QU'ELLE LEUR DONNE,
ET LA SIGNIFICATION MYSTERIEUSE DE CES SYMBOLES.
Argument
-
1. On
montre que les mêmes intelligences peuvent être nommées
supérieures et inférieures;
2. comment les esprits sont comparés au feu;
3. comment la forme humaine et les attributs corporels leur
conviennent,
4. pourquoi on leur donne des vêtements et des ceintures, et,
5. divers instruments empruntés à nos arts;
6. pourquoi on les compare aux vents et aux nues;
7. à divers métaux;
8. aux animaux même, tels que le lion, le bœuf et l'aigle;
9. enfin à des fleuves et à des chars.
I.
Mais, si bon vous semble, enfin , donnons quelque relâche à
notre entendement après cette contention qu'ont réclamée nos
considérations abstraites, sur les saints anges et abaissons le
regard sur le riche et varié spectacle des formes nombreuses
sous lesquelles apparaissent les natures angéliques, pour
remonter ensuite de la grossièreté du symbole à l'intelligible
et
pure réalité.
Or,
avant tout, je vous ferai observer que l'interprétation mystique
des figures et des emblèmes sacrés nous montrera parfois les
mêmes rangs de l'armée céleste tour à tour comme supérieurs
et inférieurs, les derniers comme investis du commandement, et
les premiers comme soumis à des ordres, tous enfin comme ayant
des puissances de triple degré, ainsi qu'on a vu. Cependant il
ne faut pas croire que ces assertions impliquent aucune
absurdité. Car, si nous disions que certaines natures
angéliques sont gouvernées par des esprits plus nobles qu'elles
régissent néanmoins, et que ceux qui ont autorité
reconnaissent l'empire
de leurs propres subordonnés, il y aurait vraiment là confusion
de langage et contradiction flagrante. Mais si nous affirmons,
non pas que les anges initient ceux-là même dont ils reçoivent
l'initiation, ou réciproquement, mais bien que chacun d'eux est
initié par ses supérieurs, et initie à son tour ses
inférieurs, personne sans doute ne prétendra que les figures
décrites dans les saintes Lettres ne puissent légitimement et
proprement s'appliquer aux puissances du premier, du deuxième et
du troisième ordre. Ainsi l'intention fixe de s'élever vers le
parfait, l'activité constante et fidèle à se maintenir dans
les vertus qui leur sont propres, cette providence secondaire par
laquelle ils s'inclinent vers les natures inférieures et leur
transmettent le don divin, tous les esprits célestes participent
à ces qualités, mais en des proportions qu'on a déjà
indiquées : les uns pleinement et avec sublimité, les autres
seulement en partie et d'une façon moins éminente.
II.
Mais entrons en matière, et, au début de nos interprétations
mystiques, cherchons pourquoi, parmi tous les symboles, la
théologie choisit avec une sorte de prédilection le symbole du
feu. Car, comme vous pouvez savoir, elle nous représente des
roues ardentes, des animaux tout de flamme, des hommes qui
ressemblent à de brûlants éclairs; elle nous montre les
célestes
essences entourées de brasiers consumant, et de fleuves qui
roulent des flots de feu avec une bruyante rapidité. Dans son
langage, les trônes sont de feu; les augustes séraphins sont
embrasés, d'après la signification de leur nom même, et ils
échauffent et dévorent comme le feu; enfin, au plus haut comme
au plus bas degré de l'être, revient toujours le glorieux
symbole du feu.
Pour moi, j'estime que cette figure exprime une certaine
conformité des anges avec la divinité; car chez les
théologiens l'essence suprême, pure, et sans forme, nous est
souvent dépeinte sous l'image du feu, qui a, dans ses
propriétés sensibles, si on peut le dire, comme une obscure
ressemblance avec la nature divine. Car le feu matériel est
répandu partout, et il se mêle, sans
se confondre, avec tous les éléments dont il reste toujours
éminemment distingué; éclatant de sa nature, il est cependant
caché, et sa présence ne se manifeste qu'autant qu'il trouve
matière à son activité; violent et invisible, il dompte tout
par sa force propre, et s'assimile énergiquement ce qu'il a
saisi; il se communique aux objets, et les modifie, en raison
directe de leur proximité; il renouvelle toutes choses par sa
vivifiante chaleur, et brille d'une lumière inextinguible;
toujours indompté, inaltérable, il discerne sa proie, nul
changement ne l'atteint, il s'élève vers les cieux, et par la
rapidité de sa fuite, semble vouloir échapper à tout
asservissement; doué d'une activité constante, les choses
sensibles reçoivent souvent
de lui le mouvement; il enveloppe ce qu'il dévore, et ne s'en
laisse point envelopper; il n'est point un accident des autres
substances; ses envahissements sont lents et insensibles, et ses
splendeurs éclatent dans les corps auxquels il s'est pris; il
est impétueux et fort, présent à tout d'une façon inaperçue
; qu'on l'abandonne à son repos, il semble anéanti; mais qu'on
le réveille, pour ainsi dire, par le choc, à l'instant il se
dégage de sa prison naturelle, et rayonne et se précipite dans
les airs, et se communique libéralement, sans s'appauvrir jamais.
On pourrait signaler encore de nombreuses propriétés du feu,
lesquelles sont comme un emblème matériel des opérations
divines. C'est donc en raison de ces rapports connus que la
théologie désigne sous l'image du feu les natures célestes :
enseignant ainsi leur ressemblance avec Dieu, et les efforts qu'elles
font pour l'imiter.
III.
Les anges sont aussi représentés sous forme humaine, parce que
l'homme est doué d'entendement, et qu'il peut élever le regard
en haut; parce qu'il a la forme du corps droite et noble, et qu'il
est née pour exercer le commandement; parce qu'enfin s'il est
inférieur aux animaux sans raison pour ce qui est de l'énergie
des sens, du moins il l'emporte sur eux tous par la force
éminente de son esprit, par la puissance de sa raison, et par la
dignité de son âme naturellement libre et invincible.
On
peut encore, à mon avis, emprunter aux diverses parties du corps
humain des images qui représentent assez fidèlement les esprits
angéliques Ainsi l'organe de la vue indique avec quelle profonde
intelligence les habitants des cieux contemplent les secrets
éternels, et avec quelle docilité, avec quelle tranquillité
suave, avec quelle rapide intuition, ils reçoivent la limpidité
si pure et la douce abondance des lumières divines.
Le
sens si délicat de l'odorat symbolise la faculté qu'ils ont de
savourer la bonne odeur des choses qui dépassent l'entendement,
de discerner avec sagacité et de fuir avec horreur tout ce qui n'exhale
pas ce sublime parfum. L'ouïe rappelle qu'il leur est donné de
participer avec une admirable science au bienfait de l'inspiration
divine. Le goût montre qu'ils se rassasient
des nourritures spirituelles et se désaltèrent dans des
torrents d'ineffables délices. Le tact est l'emblème de leur
habileté à distinguer ce qui leur convient naturellement de ce
qui pourrait leur nuire. Les paupières et les sourcils
désignent leur fidélité à garder les saintes notions qu'ils
ont acquises. L'adolescence et la jeunesse figurent la vigueur
toujours nouvelle de leur vie, et les dents, la puissance de
diviser, pour ainsi dire, en fragments la nourriture intelligible
qui leur est donnée; car tout esprit, par une sage providence,
décompose la notion simple qu'il a reçue des puissances
supérieures, et la transmet ainsi partagée à ses inférieurs,
selon leur disposition respective à cette initiation. Les
épaules, les bras et les mains marquent la force qu'ont les
esprits d'agir et d'exécuter leurs entreprises. Par le cœur,
il faut entendre leur
vie divine qui va se communiquant avec douce effusion sur les
choses confiées à leur protectrice influence; et par la
poitrine, cette même énergie qui faisant la garde autour du cœur
maintient sa vertu invincible. Les reins sont l'emblème de la
puissante
fécondité des célestes intelligences. Les pieds sont l'image
de leur vive agilité, et de cet impétueux et éternel mouvement
qui les emporte vers les choses divines; c'est même pour cela
que la théologie nous les a représentées avec des ailes aux
pieds. Car les ailes sont une heureuse image de la rapide course,
de cet essor céleste qui les précipite sans cesse plus haut,
et les dégage si parfaitement de toute vile affection. La
légèreté des ailes montre que ces sublimes natures n'ont rien
de terrestre, et que nulle corruption n'appesantit leur marche
vers les cieux. La nudité en général, et en particulier la
nudité des pieds fait comprendre que leur activité n'est pas
comprimée, qu'elles sont pleinement libres d'entraves
extérieures, et
qu'elles s'efforcent d'imiter la simplicité qui est en Dieu.
IV.
Mais puisque, dans l'unité de son but et la diversité de ses
moyens, la divine sagesse donne des vêtements aux esprits, et
arme leurs mains d'instruments divers, expliquons encore du mieux
possible ce que désignent ces nouveaux emblèmes.
Je
pense donc que le vêtement radieux et tout de feu figure la
conformité des anges avec la divinité, par suite de la
signification symbolique du feu , et la vertu qu'ils ont d'illuminer
précisément parce que leur héritage est dans les cieux, doux
pays de la lumière; et enfin leur capacité de recevoir et leur
faculté de transmettre la lumière purement intelligible. La
robe sacerdotale enseigne qu'ils initient à la contemplation des
mystères célestes, et que leur existence est tout entière
consacrée à Dieu
La
ceinture signifie qu'ils veillent à la conservation de leur
fécondité spirituelle, et que recueillant fidèlement en eux-mêmes
leurs puissances diverses, ils les retiennent par une sorte de
lien merveilleux dans un état d'identité immuable.
V. Les
baguettes qu'ils portent sont une figure de leur royale autorité,
et de la rectitude avec laquelle ils exécutent toutes choses.
Les lances et les haches expriment la faculté qu'ils ont de
discerner les contraires, et la sagacité, la vivacité et la
puissance de ce discernement.
Les
instruments de géométrie et des différents arts nous montrent
qu'ils savent fonder, édifier, et achever leurs œuvres, et
qu'ils possèdent toutes les vertus de cette providence
secondaire qui appelle et conduit à leur fin les natures
inférieures.
Quelquefois aussi ces objets emblématiques que portent les
saintes intelligences, annoncent le Jugement de Dieu sur nous (1),
soit. par exemple, les sévérités d'une utile correction, soit
les vengeances de la justice; soit aussi la délivrance du péril
et la fin du châtiment, le retour de la prospérité perdue, ou
bien enfin l'accroissement à divers degrés des grâces tant
corporelles
que spirituelles. Certainement un esprit clairvoyant saura bien
appliquer avec justesse les choses qu'il voit aux choses qu'il ne
voit pas.
VI.
Quand les anges sont appelés Vents (2), c'est pour faire
connaître leur extrême agilité et la rapidité de leur action,
qui s'exerce, pour ainsi dire, instantanément sur toutes choses,
et le mouvement par lequel ils s'abaissent et s'élèvent sans
peine pour entraîner leurs subordonnés vers une plus sublime
hauteur, et pour se communiquer à eux avec une providentielle
bonté. On pourrait dire aussi que ce nom de vent, d'air
ébranlé, désigne une certaine ressemblance des anges avec Dieu:
car, ainsi que nous l'avons longuement établi dans la théologie
symbolique, en interprétant les sens mystérieux des quatre
éléments, l'air est un symbole bien expressif des opérations
divines, parce qu'il sollicite en quelque sorte et vivifie la
nature, parce qu'il va et vient d' une course rapide et
indomptable et parce que nous ignorons les mystérieuses
profondeurs dans lesquelles il prend et perd son mouvement, selon
cette parole : Vous ne savez ni d'où il vient ni où il va (3).
La
théologie représente aussi les anges sous la forme de nuées (4);
enseignant par là que ces intelligences sont heureusement
inondées d'une sainte et ineffable lumière, et qu' après avoir
reçu avec une joie modeste la gloire de cette illumination
directe, elles en laissent parvenir à leurs inférieures les
rayons abondants, mais sagement tempérés et qu'enfin elles
peuvent
communiquer la vie, l'accroissement et la perfection, en
répandant comme une rosée spirituelle, et en fécondant le sein
qui la reçoit par le miracle de cette génération sacrée.
VII. D'autres
fois les anges sont dits apparaître comme l'airain, l'électre
on quelque pierre de diverses couleurs. L' électre, métal
composé d'or et d'argent, figure, à raison de la première de
ces substances, une splendeur incorruptible, et qui garde
inaltérable ment sa pureté non souillée; et à cause de la
seconde, une sorte de clarté douce et céleste. L'airain, d'après
tout ce qu'on a vu, pourrait, être assimilé soit au feu, soit
à l'or même.
La signification symbolique des pierres sera différente, selon
la variété de leurs couleurs; ainsi les blanches rappellent la
lumière; les rouges, le feu; les Jaunes l'éclat de l'or; les
vertes, la vigueur. la jeunesse. Chaque forme aura donc son sens
caché, et sera le type sensible d'une réalité mystérieuse.
Mais je crois avoir suffisamment traité ce sujet, cherchons l'explication
des formes animales dont la théologie revêt parfois les
célestes esprits .
VIII.
Or, par la forme de lion, il faut entendre l'autorité et la
force invincible des saintes intelligences, et le secret tout
divin qui leur est donné de s'envelopper d'une obscurité
majestueuse, en dérobant saintement aux regards indiscrets les
traces de leur commerce avec la divinité (5) - ( imitant le lion
qu'on dit effacer dans sa course l'empreinte de ses pas, quand il
fuit le chasseur) -.
La
forme de bœuf appliquée aux anges exprime leur puissante
vigueur, et qu'ils ouvrent en eux des sillons spirituels, pour y
recevoir la fécondité des pluies célestes : les cornes sont le
symbole de l'énergie avec laquelle ils veillent à leur propre
garde.
la
forme d'aigle rappelle leur royale élévation et leur agilité,
l'impétuosité qui les emporte sur la proie dont se nourrissent
leurs facultés sacrées, leur attention à la découvrir, et
leur facilité à l' étreindre (6), et surtout cette puissance
de regard qui leur permet de contempler hardiment et de fixer
sans fatigue les splendides et éblouissantes clartés du soleil
divin.
Le
cheval est l' emblème de la docilité et de l'obéissance; sa
couleur est également significative (7) : blanc, il figure cet
éclat des anges qui les rapproche de la splendeur incréée; bai,
il exprime l'obscurité des divins mystères; alezan, il rappelle
la dévorante ardeur du feu; marqué de blanc et de noir, il
symbolise la faculté de mettre en rapport et de concilier
ensemble les extrêmes, d'incliner sagement le supérieur vers l'inférieur
, et d'appeler ce qui est moins parfait à s'unir avec ce qui est
plus élevé.
Mais si nous ne cherchions une certaine sobriété de discours,
nous eussions pu appliquer avec quelque bonheur aux puissances
célestes toutes les qualités et les formes corporelles de ces
divers animaux, par des rapprochements où la similitude
éclaterait au travers de différences sensibles : comme si nous
voulions voir, par exemple, dans l'irascibilité des brutes,
cette mâle
énergie des esprits, dont la colère n'est qu'un obscur vestige,
ou bien dans la convoitise de celles-là, le divin amour de ceux-ci
(8), ou, pour tout dire en un mot, dans les sens et les organes
des animaux sans raison, les pensées si pures et les facultés
immatérielles des anges. J'en ai assez dit pour l'homme
intelligent; même l'interprétation d'un seul de ces symboles
suffit bien pour guider dans la solution des questions analogues.
IX.
Considérons encore ce que veut dire la théologie, lorsque
parlant des anges, elle nous décrit des fleuves, des chars et
des roues. Le fleuve de feu désigne ces eaux vivifiantes qui, s'échappant
du sein inépuisable de la divinité, débordent largement sur
les célestes intelligences, et nourrissent leur fécondité. Les
chars figurent l'égalité harmonique qui unit les esprits d'un
même ordre. Les roues garnies d'ailes et courant sans écart et
sans arrêt vers le but marqué, expriment l'activité puissante
et l'inflexible énergie avec lesquelles l'ange, entrant dans la
voie qui lui est ouverte, poursuit invariablement et sans détour
sa course spirituelle dans les régions célestes.
Mais ce symbolisme des roues est susceptible encore d'une autre
interprétation; car ce nom de galgal qui lui est donné, au
rapport du prophète (9), signifie en hébreu révolution et
révélation. Effectivement ces roues intelligentes et
enflammées ont leurs révolutions, qui les entraînent d'un
mouvement éternel autour du bien immuable; elles ont aussi leurs
révélations,
ou manifestations des secrets divins, à savoir lorsqu'elles
initient les natures inférieures, et leur font parvenir la
grâce des plus saintes illuminations.
Il
nous reste à expliquer enfin comment on doit comprendre l'allégresse
des anges. Car n'imaginons pas qu' ils soient soumis aux accès
de nos joies passionnées. En disant qu'ils se réjouissent avec
Dieu de ce que sont retrouvés ceux qui étaient perdus, on
exprime le divin contentement, et cette sorte de paisible
délectation dont ils sont doucement enivrés, à l'occasion des
âmes que la Providence a ramenées au salut, et aussi cet
ineffable sentiment de bonheur que les saints de la terre
connaissent, quand Dieu les récrée par l'effusion de son
auguste lumière.
Telles
sont les explications que j'avais à donner touchant les symboles
que décrit la théologie. Tout incomplet qu'il soit, je me
flatte que ce travail aidera notre esprit à s'élever au-dessus
de la grossièreté des images matérielles.
Que si
vous m'objectez, ô Timothée, que je n'ai pas fait mention de
toutes les vertus, facultés et images que l' Ecriture attribue
aux anges, je répondrai, ce qui est véritable, qu'en certains
cas il m'aurait fallu une science qui n'est pas de ce monde, que
j'aurais eu besoin d'un initiateur et d'un guide; et que
certaines explications que j'omets sont implicitement
renfermées en ce que j'ai dit. Ainsi ai-je voulu à la fois et
garder une juste mesure dans ce discours, et honorer par mon
silence les, saintes profondeurs que je ne peux sonder
(1)
nom., 22; II Reg., 24; Ap., 20; Amos, 8; Jer., 24.-(2) Dan., 7;
Psalm., 17 et 103. (3) Joan., 3, 8.-(4) Apo., 10. -(5)
Apoc., 4; Ezech., 1.-(6) Ezech., 1; Apoc., 8. -(7) Zach., 7. -(8)
Apoc., 20; Zach., 8. - (9) Ezech., 10, 13.
FIN DE
LA HIERARCHIE CELESTE.
LE
LIVRE DE LA HIERARCHIE CELESTE DE SAINT DENYS L'AREOPAGITE ,
TRADUITES DU GREC par L'ABBÉ DARBOY professeur de théologie au
séminaire de langres Paris Ancienne maison Debécourt. SAGINIER
ET BRAY, LIBRAIRES-EDITEURS, RUE DES SAINTS-PERES, 64 1845
source: http://www.livres-mystiques.com/partieTEXTES/Textes/index.html