Saint
Eucher, évêque de Lyon
451-491
Introduction à l'Interprétation Spirituelle des Ecritures
EUCHER,
à son fils dans le Christ, salut !
J'ai pensé qu'il entrait dans les devoirs de ma paternelle
sollicitude envers toi de composer et de t'adresser ces Formules
d'intelligence spirituelle. Par leur moyen, il te sera facile d'entrer
dans l'intelligence de tous les Livres divins. Il est écrit, en
effet, que "la lettre tue, mais que l'Esprit vivifie
!". Il est donc nécessaire de pénétrer jusqu'au dedans de
ces discours spirituels, grâce à l'Esprit qui vivifie. Toutes
ces Écritures, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament,
doivent être prises au sens allégorique, comme nous en sommes
bien avertis, çà et là, dans l'Ancien Testament : par exemple
: "J'ouvrirai ma bouche en paraboles, je dirai les mystères
anciens !", ou encore dans ce passage du Nouveau Testament :
"Tout cela, Jésus le disait aux foules en paraboles et ne
leur parlait jamais sans paraboles".
Et il
n'est pas étonnant que le langage divin des prophètes et des
apôtres s'éloigne de la sorte du mode usuel des autres écrits
humains, en ce qu'il présente, au premier abord, un sens facile,
mais contient au dedans de grandes profondeurs. Il convenait, en
réalité, que les Enseignements sacrés de Dieu fussent
distincts de tous les autres écrits, à la fois par la forme et
par la valeur. Il ne fallait pas que la dignité des mystères
célestes apparût au hasard et indiscrètement aux premiers
venus, livrant ainsi "aux chiens ce qui est saint et les
perles aux pourceaux". Il valait mieux qu'ils fussent comme
la "colombe argentée", dont "le dos éclate de
tous les feux d'un or rutilant". C'est ainsi que les saintes
Écritures présentent tout d'abord l'éclat de l'argent, mais
que leurs profondeurs sont rutilantes à l'égal de l'or ! Par
là, avec raison, il a été procuré que cette sorte de
chasteté des oracles sacrés fût protégée par un voile
pudique contre les regards vulgaires. Ce fut un trait de la
Providence divine d'envelopper ces Écrits dans leurs mystères
célestes, tout comme la Divinité elle-même est dérobée dans
son secret ! C'est pourquoi, quand il est question, dans les
Écritures, des Yeux du Seigneur, du Sein du Seigneur, des Pieds
et même des Armes du Seigneur, il ne saurait s'agir pour la foi
catholique de délimiter Dieu dans l'étroitesse d'un corps. Il
est invisible, incompréhensible, immuable, infini ! Il faut donc
rechercher comment de telles expressions peuvent être
expliquées par le saint Esprit, au moyen d'une interprétation
figurée. C'est alors que l'on entre dans l'intérieur du Temple
divin et dans le Saint des Saints.
Donc,
le corps de l'Écriture sainte, tel qu'il s'offre à nous, c'est
le sens littéral. L'âme se trouve dans le sens moral, qu'on
appelle tropologique. Quant à l'esprit, il réside en un sens
encore plus profond, qui se nomme anagogique. Ce triple sens des
Écritures répond admirablement à la proclamation de la
Trinité, "qui nous sanctifie en toutes choses, en sorte que
tout ce qui est en nous, l'esprit, l'âme et le corps, soit
conservé sans reproche jusqu'au jour de l'Avènement de notre
Seigneur Dieu Jésus Christ".
La
sagesse du monde a divisé la philosophie en trois parties : la
physique, l'éthique, la logique. En d'autres termes, on
distingue la philosophie naturelle, morale, rationnelle. La
première s'attache aux causes de la nature qui contient tout; la
philosophie morale considère les mœurs; quant à la
rationnelle, s'élevant aux plus hautes vérités, elle établit
la Paternité de Dieu sur toutes choses.
Cette
distribution tripartite n'est pas tellement éloignée de notre
enseignement. Tous ceux qui ont approfondi la doctrine des
célestes Écritures estiment qu'il y faut distinguer l'histoire,
la tropologie et l'anagogie.
L'histoire
nous rapporte la réalité des faits et en fournit les preuves.
La tropologie oriente les sens mystiques vers la correction
morale de la vie. Enfin, l'anagogie conduit aux mystères les
plus sacrés des figures célestes. Il en est aussi qui estiment
qu'il faut ajouter, en quatrième lieu, l'allégorie, qui
aperçoit, dans le récit des événements historiques, l'ombre
de l'avenir.
Mais
pour que tout cela se trouve mieux éclairci par des exemples
appropriés, je dirai : le ciel, au sens historique, c'est ce que
nos yeux voient, - au sens tropologique, c'est la vie céleste; -
de même, les eaux, au sens anagogique, ce sont les anges, selon
ce mot : "Que toutes les eaux qui sont au-dessus des cieux
louent le Seigneur !"
Toute
la discipline de notre religion découle de cette double source
de science : celle qu'on a nommée pratique et celle qui est
nommée théorique, c'est-à-dire active contemplative; l'une,
qui fait consister la vie active dans la correction morale, la
seconde, qui est toute consacrée à la contemplation des choses
célestes et à la méditation des Écritures. Donc, la science
actuelle ou active se subdivise en diverses applications, tandis
que la contemplative s'oriente en deux directions vers la
recherche du sens historique et vers l'interprétation
spirituelle.
Mais,
laissant tout cela de côté, nous allons proposer les formules d'intelligence
spirituelle que nous avons promises, en parcourant les sens
figurés des différents mots que l'on trouve dans le texte de la
lecture divine.
Prions
donc pour que le Seigneur nous révèle les secrets de ses
Écritures !