Saint
Eucher, évêque de Lyon
451-491
Eloge de la Solitude
lettre Au saint seigneur Hilaire, prêtre de Lérins, à la fois
bienheureux par le mérite et très glorieux dans le Christ.
Table des matières
Le beau geste d'Hilaire
Le désert, temple de Dieu
Le paradis et le désert
Exemples de la Faveur de Dieu pour le désert
Autres exemples, dans l'Ancien Testament
Exemples tirés du Nouveau Testament
Exemples tirés de l'histoire récente de l'Église
Éloge du désert
Les bienfaits du désert
Hautes faveurs mystiques au désert
En résumé, nulle terre ne peut se glorifier de sa fertilité, en comparaison du
désert !
A la gloire de Lérins
Après avoir dit adieu, naguère, avec un grand courage, à votre
maison et à vos proches, vous aviez pénétré déjà dans les
retraites profondes de la mer immense.
Mais
vous avez eu plus de vertu encore pour regagner la solitude que
pour y venir la première fois ! En y sollicitant une place comme
étranger d'abord, vous aviez un maître et comme un guide de
votre route. Vous retrouviez, en le suivant, un père pour
remplacer les parents que vous aviez quittés. Mais maintenant qu'il
a été appelé à la dignité pontificale, vous avez cru que
vous deviez l'accompagner, et ensuite votre amour du désert vous
a ramené à la solitude amie. Vous nous donnez donc un exemple
plus noble et plus grand. En venant au désert, vous paraissiez
vous rendre auprès d'un frère. En y revenant, c'est ce frère
même que vous abandonnez et quel frère ! Et de quelle dignité
! Et entouré par vous de quelle dilection ! Et attaché à vous-même
par quelle tendresse singulière ! A l'amour d'un tel homme, vous
ne pouviez rien préférer, si ce n'est peut-être l'amour du
désert. Et certes, par cette préférence, vous n'avez pas
attesté que vous l'aimiez peu, mais que vous aimiez le désert
un peu plus. Vous avez donné la preuve de la grandeur de votre
amour de la solitude en triomphant pour elle d'un très grand
amour. Mais qu'est-ce donc en vous, que cet amour de la solitude,
si on ne l'appelle l'amour de Dieu ?
Vous
avez donc observé l'ordre de la charité prescrit par la Loi ,
en aimant Dieu avant tout et votre prochain ensuite. Quant à lui,
comme je le conçois en ma pensée, plus attentif à la seule
considération de votre progrès spirituel, je pense qu'il ne fut
opposé ni à votre dessein ni à votre départ. Et malgré ce qu'il
y avait d'inusité en tout cela pour les personnes qui lui sont
attachées, il ne voulut pas moins, j'imagine, vous renvoyer que
vous ne vouliez partir. Il vous aime en effet et vous l'aimez à
votre tour, mais en son amour il cherche votre bien, et si
démonstrative et haute que soit sa charité à votre égard, sa
cime s'étend jusqu'à votre profit.
Vous
aviez déjà distribué aux pauvres toute votre fortune, pour n'être
riche que dans le Christ.
Vous
possédez la vertu d'un vieillard avec la jeunesse des années.
On admire en vous l'esprit, l'éloquence. Mais plus que tout cela,
ce que je place et ce que j'aime en vous en première ligne, c'est
ce beau désir de la solitude. Aussi, comme vous me demandez
souvent de répondre plus abondamment à vos lettres si étendues
et si éloquentes, il faudra bien que vous, qui êtes si sage,
supportiez un instant ma sottise, pendant que j'essaierai de
rappeler la vérité des grâces accordées par le Seigneur à
cette solitude même que vous aimez tant .
J'appellerais
volontiers le désert le temple sans limite de notre Dieu, car
Celui que nous savons, avec certitude, habiter dans le silence,
nous devons croire qu'Il se réjouit de la solitude. C'est là qu'Il
S'est montré, le plus souvent, à ses saints et, le lieu s'y
prêtant, Il n'a pas dédaigné d'y rencontrer l'homme. C'est au
désert que Moïse, son visage étant illuminé de gloire, voit
Dieu; au désert qu'Élie tremblant voile sa face pour ne pas
voir Dieu, et bien qu'Il parcoure tous les lieux comme son
domaine et qu'Il ne soit absent nulle part, il est permis
toutefois de penser qu'Il daigne visiter plus spécialement la
solitude du désert et du ciel. Comme on demandait à quelqu'un,
dit-on, en quel lieu il estimait que Dieu se trouvât, ce dernier
répondit à son interlocuteur de le suivre hardiment où il le
conduirait. Il vint alors, accompagné de l'autre, dans les
solitudes d'un immense désert, et lui montrant ces vastes
étendues, il lui dit : "Voici où est Dieu, car on peut
bien dire qu'Il est plus particulièrement aux lieux où on Le
trouve plus aisément."
A l'origine
des choses, quand Dieu faisait tout avec sagesse et distribuait
les aptitudes utiles aux usages futurs, Il ne laissa sûrement
pas cette partie de la terre dans l'inutilité et le déshonneur,
mais en créant tout avec magnificence dans le présent, mais
tout autant avec prévoyance pour l'avenir, Il prépara le
désert pour les saints. Je crois qu'Il voulut ici l'abondance
des fruits et là, en l'absence d'une nature plus indulgente, la
fécondité de la sainteté, en sorte que les déserts en fussent
engraissés, et alors qu'Il "arrosait du haut des cieux les
montagnes" (cf. Ps 103), Il décréta que les vallées
abonderaient en récoltes et que les désavantages des lieux
seraient compensés en ce que l'habitant enrichirait l'habitation
restée stérile.
Ce
possesseur du paradis, qui fut aussi le transgresser du précepte
divin, alors qu'il habitait un lieu plein de charmes, se montra
incapable d'observer la loi que Dieu lui avait fixée (Il s'agit
d'Adam). Plus son séjour était agréable, plus il fut enclin à
la chute. C'est pourquoi non seulement la mort le soumit à son
empire, mais elle étendit jusqu'à nous son aiguillon. En sens
inverse, qu'il aille au désert celui qui aime la vie, puisque l'habitant
du paradis a rencontré la mort. Mais venons-en aux exemples
ultérieurs qui prouvent la Faveur constante de Dieu pour le
désert.
Exemples
de la Faveur de Dieu pour le désert
Moïse
conduit son troupeau au désert. C'est alors qu'il voit de loin
Dieu en un buisson embrasé par un feu qui ne consume pas. Non
seulement il le voit, mais il l'entend. Le Seigneur lui commande
d'ôter ses sandales, il déclare sacré le sol du désert :
"Le lieu où tu es, lui dit-Il, est une terre sainte !"
(Ex 3,1-6). Il révèle donc clairement la Gloire cachée de ce
lieu. La sainteté de ce sol est confirmée par la sainteté du
Témoignage divin. Et, à mon sens, il suggère secrètement et
pareillement par ses paroles qu'en entrant au désert, il faut se
délier des anciennes attaches et des soucis de la vie, pour
avancer, affranchi des chaînes antérieures, en évitant de
souiller ce lieu.
C'est
là que, pour la première fois, Moïse devient l'interprète des
Conversations familières de Dieu, il entend ses Paroles et il
Lui répond, il s'informe de ce qu'il devra dire et faire et il
en est instruit, il s'entretient, par un échange mutuel et comme
usuel de discours, avec le Seigneur du ciel !
C'est
là qu'il reprend sa verge, désormais douée du pouvoir des
miracles. Il était entré au désert en pasteur de brebis, il en
sort pasteur de peuples !
Mais
voici que le peuple de Dieu doit être libéré d'Égypte et
arraché aux œuvres terrestres, que va-t-il arriver ? Ce
peuple n'ira-t-il pas chercher Dieu dans les déserts et la
solitude, afin de se rapprocher de Celui qui le délivrait de la
servitude ? Il se portait donc au désert, rendu terrible au loin
par son immensité, sous la conduite de Moïse : "Qu'elle
est grande la multitude de ta douceur, ô Seigneur !" (Ps 30,20)
Moïse était entré au désert et il y avait vu Dieu. Il y
revient pour Le voir encore. C'était Dieu en effet qui
choisissait la route de son peuple, et Il le conduisait au
désert, en offrant aux voyageurs une colonne pour le jour et la
nuit, tantôt rouge comme une flamme, tantôt blanche comme un
nuage ! Il donnait ainsi à ses serviteurs un signe, cette sorte
de masse lactée qu'Il illuminait de feux alternés. Israël, à
cette lumière, suivait les rayons rutilants de loin, en sorte
que le Seigneur, conduisant son peuple dans la solitude
désertique, lui montrait très justement la route en Lui
fournissant sa clarté ! Et ne voilà-t-Il pas que, sur le chemin
des déserts, les gouffres redoutables de la mer infranchissable
s'ouvrent devant ce peuple ?
Entre
les flots redressés, les bataillons poussiéreux trouvent une
route, sur les rivages rougissants, et contemplant les montagnes
menaçantes des eaux suspendues, du fond de la vallée, le
gardien du peuple traverse les étendues de la mer ! Et là ne s'arrête
pas la puissance de l'œuvre divine. Les eaux refluent en
effet. Elles recouvrent le chemin qu'elles avaient ouvert et détruisent
l'ennemi. La mer reprend toute sa place, afin de s'opposer, me
semble-t-il, à tout retour d'Israël hors du désert. Dieu avait
tracé la route parmi les flots, puis Il l'avait cachée dans la
confusion des ondes, afin d'ouvrir un chemin dans la direction du
désert et de le fermer en sens opposé. Tel fut le miracle de
grâce accordé à ce peuple, en sa marche au désert. Mais il en
obtint bien davantage, quand il y fut entré. Là, en effet, le
Seigneur le restaura par un prodige inespéré, en fournissant à
sa soif des eaux abondantes sorties d'un rocher et en tirant de
masses pierreuses arides les ruisseaux d'une source, comme s'Il
imposait, d'une main cachée, une nouvelle nature à des canaux
cachés. Et il ne Lui suffit pas d'inonder la roche desséchée d'un
fleuve nouveau, mais Il confère une douceur surnaturelle aux
amertumes des eaux désagréables (cf. Ex 17,6). Il avait fait
couler les unes, Il transforme les autres, Il ne fait pas un plus
grand miracle en arrachant des eaux de la roche qu'en changeant
les eaux en d'autres eaux ! Le peuple entier s'étonne de
ressentir le Secours céleste aussi bien dans ces eaux qui
existaient déjà qu'en celles qui n'existaient pas encore !
Là
encore, ce peuple recueille sur le sol blanchissant un aliment
venu du ciel (cf. Ex 16,14), et le Seigneur fait tomber des
nuages, un pain qui ressemble à une pluie sèche ! Sur les
tentes et dans les espaces qui les séparent dans le camp, la
manne s'étend comme une neige et "l'homme peut manger le
pain des anges" (cf. Ps 77,14). Mais comme "à chaque
jour suffit sa peine" (cf. Mt 6,34), l'Indulgence divine ne
fournit que la nourriture quotidienne et impose la loi de ne
point penser au lendemain. C'est ainsi que jadis, quand les
habitants du désert ne pouvaient trouver leur nourriture, le
ciel la leur apportait !
Mais n'est-ce
pas aussi au désert que les Hébreux reçurent la Loi et les
Préceptes divins, quand ils eurent le bonheur de voir de près
les signes inscrits par le Doigt de Dieu sur les Tables saintes ?
Sortant de leur camp, ils vinrent au-devant du Seigneur, au pied
de la montagne. Frappés de terreur, ils contemplèrent ce sommet
du Sinaï qu'entourait de son effroi une majesté visible. Ils
virent la montagne fumante d'une flamme formant barrière, puis
recouverte en entier par la nuée la plus épaisse. Ils s'épouvantèrent
des fulgurations éclatantes de la foudre et des roulements
répétés du tonnerre mêlés aux bruits éclatants des
trompettes. C'est alors que les fils d'Israël, habitant au
désert, eurent l'honneur de voir le Trône de Dieu, d'entendre
sa Voix. Ce fut par de tels miracles ou d'autres du même genre
que cette nation fut maintenue, alors qu'elle se trouvait au
désert : aliments inusités, breuvages inattendus, vêtements
inusables, alors que, autour d'eux, tout demeurait dans son état
habituel. Tout ce que la nature des lieux n'accordait pas à
leurs besoins, la Magnificence éclatante de Dieu le leur
fournissait. Il n'a rien exagéré celui de leurs saints qui a
célébré tant de faveurs célestes en s'écriant : "Ce n'est
pas à toute nation que le Seigneur en a fait autant." (Ps
148,20).
Faveurs
spéciales, dons inouïs, c'est par ces Grâces divines que ce
peuple a été restauré au désert. En vérité tout cela nous
est rapporté en figure de ce qui nous arrive. Les apparences de
tous ces faits sont pleines de mystères cachés. Tous nous avons
été en Moïse baptisés dans la nuée et la mer, tous nous
avons mangé de la nourriture spirituelle et bu de la boisson
spirituelle. Mais cela n'empêche pas que ces récits, en nous
offrant la foi de l'avenir, conservent la vérité du réel.
Toutefois, la gloire du désert ne serait pas amoindrie même si
tous ces faits devaient être élevés au rang des signes sacrés.
Ce ne serait pas une moindre grâce si le prodige des vêtements
corporels soustraits à l'usure n'avait d'autre sens que d'annoncer
la vie future; ce serait, en effet, une haute dignité du lieu,
si la félicité du siècle à venir s'y trouvait préformée
dans celle des habitants du désert .
Et
pourquoi les fils d'Israël ne sont-ils parvenus à la Terre
promise qu'en passant par le séjour au désert ? Pourquoi, avant
de posséder cette terre où coulaient le lait et le miel, ont-ils
dû occuper ces étendues arides et incultes ? C'est une loi
générale que le chemin vers la véritable patrie s'ouvre dans
les demeures désertiques. Il faut qu'il habite une terre
inhabitable, celui qui "veut voir les Biens du Seigneur dans
la région des vivants" (Ps 26,13), il faut qu'il soit l'hôte
de la première pour devenir le citoyen de la seconde (cf. Eph 2,19).
Autres
exemples, dans l'Ancien Testament
Mais
laissons ces exemples : David, lui-même, ne put échapper aux
embûches d'un roi hostile que par la fuite au désert (cf. I R
23). Devenu l'habitant des étendues arides de l'Idumée, il
avait soif de Dieu, de tout cœur; il se montrait à Dieu
comme "assoiffé au désert sans eau et sans route" (Ps
67,3 ) et méritait ainsi de contempler, comme un saint, et la
Vertu et la Gloire de Dieu.
Élie,
à son tour, le plus grand des hommes du désert, ferma le ciel
à la pluie, l'ouvrit aux flammes dévorantes, reçut sa
nourriture par le ministère d'un oiseau, triompha des lois
immuables de la mort, traversa le Jourdain entrouvert pour lui,
monta emporté au ciel par un char de feu. (cf. 3 R 17-18 et 4 R
2).
Et que
dire ensuite d'Élisée, disciple de cette vie et héritier de
cette puissance ? N'est-ce pas lui qui a brillé par l'éclat du
miracle, quand il a fendu le torrent, fait nager le fer,
ressuscité un mort, multiplié les vases d'huile, et qui, enfin,
a bien montré qu'il possédait deux fois la puissance de son
maître, puisque celui-ci avait, de son vivant, ressuscité un
défunt, tandis qu'Élisée, déjà mort, a fait de même (cf. 4
R 2,6-4,3).
Et
voici encore les fils des prophètes : ils délaissaient les
villes, gagnaient le Jourdain jailli d'une double source,
élevaient leurs tentes dans les lieux secrets, groupées au bord
du torrent (cf. 4 R 1-7).
Toute
la cohorte sainte veillait sur les rives du fleuve désert, elle
était éparse sous des tentes et des habitations adaptées, et d'une
vertu choisie, conservait l'esprit paternel.
Exemples
tirés du Nouveau Testament
Mais
voici celui dont nul des fils de la femme n'a surpassé la
grandeur. N'est-ce pas dans le désert et clamant dans le désert
qu'il a vécu ?
C'est
au désert qu'on nous le montre donnant le baptême, au désert
qu'il prêche la pénitence, au désert qu'il fait la première
mention du royaume des cieux. Il a, le premier, annoncé à ses
auditeurs ces choses, au lieu même où il serait le plus facile
pour chacun de les obtenir. Et il serait bien juste que cet
habitant intrépide du désert fût envoyé comme un ange devant
la Face du Seigneur, ouvrît la porte du royaume céleste, et en
qualité de précurseur et de témoin, fût digne d'entendre la
Voix du Père parlant du ciel, de toucher le Fils en Le baptisant,
et de voir descendre le saint Esprit.
Et
enfin le Seigneur Lui-même, notre Sauveur, à peine baptisé,
comme le dit l'Écriture (cf. Mt 4,1), est conduit au désert par
l'Esprit ! Et quel est donc cet Esprit ? Aucun doute que ce ne
soit le saint Esprit. Mais justement, que le saint Esprit L'entraîne
au désert, par là même Il le dicte, Il l'inspire en secret, et
le désert devient une digne suggestion de l'Esprit saint. A
peine baigné dans le fleuve mystique, Jésus ne croit rien avoir
de plus pressé que de se rendre au désert. Et cependant, Lui,
Il avait sanctifié les eaux sanctifiantes elles-mêmes et Il n'avait
eu à purifier aucun péché de l'homme, car Il n'avait pas
commis le péché et ne craignait pas le péché. Et malgré cela,
Il brûlait du désir du désert, et, voulant être en tout un
exemple salutaire, Il désirait pour nous ce qui n'était pas
digne de Lui ! Or, si le désert était agréable à Dieu en
Celui qui était affranchi de nos erreurs, combien est-il plus
nécessaire à l'homme soumis à tant d'égarements ! Si l'innocence
le recherchait, combien plus le pécheur doit-il le désirer !
Et c'est
là aussi, loin du vacarme des foules, que le Seigneur reçoit
les ministères de la Puissance divine, c'est au désert, comme s'il
était déjà remonté au ciel, que les anges lui apportent leur
office ! (cf. Mt 4,11).
C'est
là qu'Il a repoussé les tentations insidieuses de l'ennemi
antique. Là que le nouvel Adam a repoussé celui qui avait
triomphé du premier Adam. Ô gloire magnifique du désert : le
démon, vainqueur au paradis, est vaincu au désert !
C'est
encore au désert que notre Sauveur, à l'aide de cinq pains et
de deux poissons seulement, nourrit, rassasia, assouvit cinq
mille hommes ! (cf. Mt 14).
C'est
toujours au désert que Jésus nourrit les siens. Jadis la manne
fut le signe de la Bonté divine. Mais cette fois, on remporte
des fragments. Ce fut un même miracle de faire tomber la
nourriture sur des affamés et de la multiplier pour des convives.
Grâce à ses Dons, les aliments l'emportèrent sur les besoins
du banquet. Au désert, dis-je, au désert il faut que nous
accordions le mérite de tant de miracles : la vertu aurait-elle
dévoilé sa puissance, si le lieu avait eu l'abondance ?
Et
voici que Jésus, notre Seigneur, monte jusqu'aux sommets les
plus reculés d'une montagne. Il n'emmène que trois témoins
choisis avec lui. Et son visage se met à briller d'un éclat
inaccoutumé ! Et c'est alors que le plus grand des apôtres,
contemplant son Humanité publiquement transfigurée, crut
pouvoir proclamer au désert sa Majesté, en s'écriant : "Il
nous est bon d'être ici !" (Mc 9) Voulant signifier qu'il
aimait la splendeur du prodige dans le mystère du désert !
Le
même Jésus, notre Seigneur, comme il est écrit (Lc 5,16), se
retirait en un lieu désert pour y prier.
On
doit donc désormais appeler le lieu de la prière celui qu'un
Dieu, en priant Dieu, a déclaré et proclame destiné à cela et
duquel, la prière se faisant humble pénètre mieux les cieux,
à l'aide du cadre local, parce qu'il avait les honneurs du
mystère. En y priant Lui-même, Jésus, en oraison, a montré
où Il voulait que nous priions quand nous nous adressons à Lui.
Exemples
tirés de l'histoire récente de l'Église
Que
dire maintenant de Jean et de Macaire et de beaucoup d'autres ,
dont la vie, écoulée dans les déserts, se déroulait dans les
cieux, ceux-là ont approché le Seigneur autant qu'il était
permis à l'homme. Ils ont été admis à l'accomplissement des
Œuvres divines autant qu'il était possible à des êtres de
chair ! Leur esprit fixé vers les sommets pénétra dans les
secrets célestes, et, avec l'aide de la grâce, ils furent
élevés soit par des révélations cachées, soit par d'éclatants
miracles, si haut qu'avec l'aide de la solitude ils parvinrent à
ne plus toucher la terre que par le corps, alors que par l'esprit,
ils possédaient déjà le ciel.
Concluons
donc que cette demeure du désert est, pour ainsi dire, le siège
de la foi, l'arche de la vertu, le sanctuaire de la charité, le
trésor de la piété, le tabernacle de la justice. Car de même
que dans une grande maison, tous les objets précieux sont
enfermés en des cachettes bien closes, ainsi cette richesse des
saints cachés au désert, bien enfermée derrière ses
barrières propres, est mise en dépôt, pour ainsi dire, dans l'arsenal
fermé de la solitude, de crainte que le contact des
fréquentations humaines ne la détériore. Et c'est bien à
propos que le Seigneur a non seulement caché tous ces trésors
en cette partie de la demeure humaine, mais sut également, quand
il le fallait, les retirer de cette cachette !
Jadis,
la divine Providence témoigna, à l'égard du désert, d'une
souveraine et supérieure sollicitude. Mais de nos jours encore,
elle n'est pas petite. Lorsqu'en effet les habitants de la
solitude reçoivent de Dieu, avec une abondance inespérée, leur
nourriture, n'est-ce pas comme si elle tombait du ciel ? A eux
aussi la Munificence divine accorde la manne et le Seigneur ne
déploie pas moins la force de son Bras pour leur fournir, par
des voies cachées, leurs aliments ! Et lorsque les rochers
transpercés, par la Grâce de Dieu, font couler les eaux du
milieu des pierres, n'est-ce pas exactement ce que Moïse avait
fait, en frappant le rocher pour en faire jaillir les eaux ? De
même, pour les vêtements, voici qu'ils ne connaissent pas l'usure,
chez les habitants du vaste désert, puisque la Providence divine
les remplace gratuitement, quand il le faut, en sorte qu'ils
demeurent intacts, en se succédant ! Le Seigneur a nourri les
siens, autrefois, au désert, et Il le fait encore maintenant ;
ceux-là, durant quarante ans, et ceux-ci, aussi longtemps qu'il
y aura des années !
C'est
donc avec raison que le saint, enflammé du Feu divin, quitte sa
demeure pour celle du désert; qu'il le préfère à ses enfants,
à ses proches, à ses parents, à la société de tous les siens.
C'est avec raison qu'il dit adieu à une patrie aimée, pour
donner le nom de patrie temporaire à celle-ci, d'où ne l'arracheront
ni la crainte, ni le regret, ni la joie, ni la peine. C'est avec
raison, pour tout dire, qu'elle remplace par lui toutes les
affections.
Qui
pourra dignement énumérer les bienfaits de la solitude et les
avantages de la vertu de ses habitants ? Placés dans le monde,
ils ne sont pour ainsi dire plus du monde ! Selon le mot de l'apôtre,
"errants dans les déserts, sur les montagnes, dans les
cavernes et les grottes de la terre", c'est bien justement
que le même apôtre déclare que le monde n'est pas digne d'eux
(cf. Heb 11,38).
Ils
sont, en effet, étrangers au tumulte de la république humaine,
séparés, tranquilles, silencieux, moins soustraits à la
volonté qu'à la faculté même de pécher !
Chez
les anciens, des hommes illustres de ce monde, fatigués du poids
des affaires, se sont parfois réfugiés dans la philosophie
comme dans leur demeure propre. Comme il est plus beau encore de
se tourner vers les études de cette sagesse éclatante et plus
magnifique de se plonger dans la liberté des solitudes et les
secrets du désert, pour ne plus s'adonner qu'à cette
philosophie, en s'y exerçant dans les déambulatoires du désert
comme dans leurs gymnases particuliers ! Où donc, je le demande,
la Pâque est-elle mieux observée que dans la demeure
érémitique ? Mais observée surtout par les vertus, et
spécialement par la continence - la continence, dis-je, qui est
comme un désert du cœur. C'est au désert que Moïse a
donné au jeûne quarante jours continus, et après lui, Élie,
reculant l'un et l'autre les limites des forces humaines. Puis,
le Seigneur voulut, à son tour, consacrer le même temps à l'abstinence,
mais au désert ! Et nous ne trouvons pas que l'on ait pu remplir
par le jeûne ces mêmes espaces de temps en d'autres lieux. On
en vient à croire que le Seigneur a conféré à ces lieux
mêmes une telle vigueur !
Où
donc, je vous prie, est-il possible d'avoir plus de loisir pour
goûter combien le Seigneur est suave ? Où donc une voie plus
commode est-elle ouverte à qui tend à la perfection ? Où
trouver un champ plus vaste pour les vertus ? Où le
recueillement de l'esprit est-il plus facile pour qu'il puisse
regarder autour de lui ? Où le cœur sera-t-il plus dégagé,
dans ses intentions, pour s'efforcer d'adhérer à Dieu, que dans
ces lieux écartés où non seulement il est aisé de trouver
Dieu, mais encore de Le garder.
Quoique,
souvent, au désert, on rencontre des étendues de sable fin,
nulle part cependant l'on ne saurait jeter plus solidement les
fondements de notre maison évangélique ! Si l'on y réside dans
le sable, ce n'est pas sur le sable qu'on y construit sa demeure.
Nulle part mieux que là, cet édifice n'est puissamment établi
sur le roc, pour durer, en sa masse indestructible, par une
stabilité immuable, en sorte que ni les vents des tempêtes, par
leurs assauts, ni les flots, par leurs attaques, ne puissent le
renverser ! C'est que les habitants du désert se bâtissent de
tels édifices, mais dans leurs cœurs ! Ils recherchent les
sommets par les bas-fonds, les hauteurs par l'humilité. Ils
dédaignent et oublient les choses terrestres pour l'espoir et le
désir des célestes ! Ils repoussent, préférant être pauvres,
les richesses, et veulent être pauvres, afin de devenir riches.
Jour et nuit, dans le travail et les veilles, ils luttent, afin d'embrasser
le principe de cette vie qui ne doit pas avoir de fin. Ainsi, le
désert, en son sein maternel, abrite ces véritables avares d'éternité,
très prodigues de ce qui passe, indifférents au présent, mais
assurés de l'avenir. Et grâce à eux, ceux en qui les siècles
passés trouvent leur fin, parviennent aux siècles sans fin. En
ce lieu, brûlent les saintes lois de l'homme intérieur et les
règles du siècle éternel, plus subtilement qu'ailleurs. Les
sentences qui frappent les crimes et les forfaits humains perdent
ici leur force. Il n'y est plus question de châtier les fautes
capitales. Si le cœur n'est très pur, les lois indignes le
rendent coupable. Le mouvement intérieur de l'âme met toute son
étude à s'enfermer dans les limites de la justice. Le cœur,
se jugeant lui-même, frappe jusqu'au principe des plus léger
les pensées. Que pour d'autres, il soit mal d'avoir fait le mal,
pour eux il est mal de n'avoir pas fait le bien ! Mais comment
pourrais-je vénérer, par un hommage juste, toutes les
institutions intimes du désert ? Il y a toutefois ceci que je ne
puis passer sous silence, que la force de vertu qui se trouve en
ses habitants est presque aussi connue qu'elle est cachée ! A
mesure qu'ils se retirent plus loin du monde et de la société
des humains, dans le désir d'être inconnus, il leur est
impossible de dérober leur mérite ! Plus leur vie se tourne
vers le dedans, plus leur gloire éclate au dehors, par une
disposition spéciale de Dieu, à mon sens, car Il veut que l'habitant
de sa solitude soit caché au siècle mais ne soit pas caché
comme exemple ! Telle est la lumière qui resplendit à travers l'univers
entier, placée sur le candélabre du désert, et répandant de
là sa clarté la plus éclatante sur les membres enténébrés
du monde ! Telle est la cité qui ne peut être cachée, parce qu'elle
est bâtie sur la montagne du désert et qu'elle est l'image sur
terre de la céleste Jérusalem ! Si donc on est dans les
ténèbres, on doit s'approcher de cette lumière, afin d'y voir
clair; si l'on est en péril, il faut se diriger vers cette cité,
pour être à l'abri !
Hautes
faveurs mystiques au désert
O
combien douces, pour ceux qui ont soif de Dieu, ces solitudes
écartées ! Qu'elles sont agréables à ceux qui cherchent le
Christ, ces vastes étendues, où tout se tait ! Alors l'âme
joyeuse est excitée par les stimulants du silence à monter vers
son Dieu; alors elle se nourrit d'ineffables extases . Nul bruit
n'intervient, nulle voix ne se fait entendre, si ce n'est celle
qui parle avec son Dieu ! Et lorsque le son exquis de cette voix
brise le silence de la solitude et tombe sur cette âme, un
frémissement plus doux que le repos même et le saint tumulte de
la plus délicate conversation vient rompre cet état de
quiétude paisible. Alors les chœurs fervents vont frapper
le ciel de leurs hymnes suaves et l'on parvient jusqu'aux cieux
à la fois par les voix et par les prières !
C'est
en vain que frémit, en tournant autour de ce bercail, l'adversaire,
comme un loup autour des brebis enfermées dans la bergerie ! Le
loup est arrêté par les murailles. De même les ennemis sont
repoussés par l'étendue du désert. "Ce n'est pas en vain
que veillent ceux qui gardent la cité !" (Ps 126,1).
On est
gardé là par le Christ combattant avec nous. Le peuple adoptif
de Dieu est tout ensemble exposé dans l'immensité des espaces
du désert et cependant clos à tous ses ennemis !
Les
beaux espaces du désert sont visités par les chœurs des
anges, dans la joie, et ils illuminent par de fréquentes visites
les habitants de la solitude, comme par l'échelle de Jacob !
C'est
là aussi que "l'Époux repose au milieu du jour." (Can
1,6). Les habitants du désert, blessés d'amour, Le contemplent
en s'écriant : "Nous avons trouvé celui que notre cœur
aime et nous ne le laisserons plus s'éloigner !" (Can 3,4)
Et il
ne faut pas croire, comme on le fait, qu'il est stérile et
infructueux, le sol du désert, et que les rochers de la solitude
brûlée soient privés de fécondité ! Là les germes se
multiplient, et produisent au laboureur cent pour un. Il n'y
arrive pas aisément que la semence tombe le long du chemin et
soit enlevée par les oiseaux, ni qu'elle s'égare parmi les
pierres, où ne trouvant pas de racines, elle sèche au lever du
soleil, ni qu'elle s'échappe au milieu des épines et soit
étouffée par les ronces quand elles poussent ! Le cultivateur
recueillera ici une moisson abondante. Ces pierres produiront une
récolte apte à engraisser les os eux-mêmes ! On y trouve le
pain vivant qui est descendu du ciel. De ces rochers jaillissent
des fontaines abondantes et des eaux vives qui suffisent non
seulement à rassasier, mais encore à sauver. C'est là que se
trouve le pré et le plaisir de l'homme intérieur. Ce désert
inculte offre des agréments merveilleux, il est à la fois
désert pour le corps et paradis pour l'âme !
En
résumé, nulle terre ne peut se glorifier de sa fertilité, en
comparaison du désert !
Est-il
une terre riche en fruits ? En celle-ci, croît le froment qui
"rassasie de sa graisse ceux qui en mangent" (Ps 148,14).
En est-il une autre qui se réjouit de vignes chargées de
raisins ? En celle-ci, se récolte surtout "le vin qui donne
la vraie joie au cœur de l'homme " (Ps 103,15). Cette
troisième l'emporte-t-elle par l'élevage des troupeaux ? C'est
en celle-ci que paissent les plus saintes des brebis, celles dont
il est dit : "Paix mes brebis !" (Jn 21,17). Cette
autre se décore-t-elle de fleurs au printemps ? C'est surtout en
celle-ci que brille "la fleur des champs et le lis des
vallées" (Can 2,1).
Enfin,
en est-il une dernière qui soit exaltée pour ses métaux
précieux et charmants, ou toute rutilante de son or ? En celle-ci,
les divers éclats des pierres précieuses font rayonner leurs
couleurs sous une vibrante lumière. Ainsi, sur tous les points,
cette terre est supérieure à toutes les autres et dans tous les
biens. C'est donc à juste titre, ô terre vénérable que tu as
été ou habitée ou désirée par les saints. Tu as été
fertile à leur profit, puisque tu remplaçais pour eux toutes
les richesses. Tu exiges un cultivateur qui cultive sa terre et
non la tienne. Tu es stérile pour les vices, à tes habitants,
et féconde en vertus. Quiconque a recherché tes demeures y a
trouvé Dieu. Quiconque t'a cultivée a rencontré le Christ.
Celui qui t'habite jouit de son Seigneur habitant en son cœur
! C'est la même chose de te posséder et d'être possédé par
Dieu. Celui qui ne se refuse pas à tes espaces devient le temple
de Dieu.
Je
dois, certes, mon respect à tous les lieux du désert que la
retraite des justes a illuminés, mais j'aime et honore entre
tous ma chère Lérins, qui reçoit dans son sein plein de
miséricorde ceux qui lui viennent, au sortir des naufrages de ce
monde orageux. Elle introduit affectueusement sous ses ombrages
tous ceux qu'a dévorés l'ardente chaleur du siècle, pour qu'ils
puissent reprendre haleine, en cet abri intime. Elle abonde en
eaux vives, en ombrages verdoyants, en fleurs parfumées.
Agréable aux yeux comme aux narines, elle s'offre à ceux qui l'habitent
comme un vrai paradis.
Elle
était digne d'être établie dans les célestes disciplines,
sous l'autorité d'Honorat. Elle méritait d'avoir un père si
grand, pour de si grandes institutions, tout rayonnant de la
vigueur et de l'aspect de l'esprit apostolique. Elle méritait,
en le recevant, de briller d'un tel éclat. Elle est digne de
nourrir les moines les plus éminents et de produire des prêtres
que l'on envie. Maintenant, elle possède son successeur, qui se
nomme Maxime, illustre par cela même qu'il a mérité d'être
mis à sa place. Elle a eu Loup, au nom révéré, qui nous a
rappelé ce loup de la tribu de Judas. Elle a possédé son
frère, Vincent, une pierre précieuse, éclatante par son éclat
intérieur. Elle possède encore le vénérable Caprais que sa
gravité égale aux saints d'autrefois. Elle possède enfin ces
pieux vieillards qui, en leurs cellules séparées, ont introduit
dans nos Gaules les pères d'Égypte.
Quels
groupes de saints, ô bon Jésus, quelles assemblées ai-je vues
en ces lieux ! Là, de précieux vases d'albâtre répandaient
les parfums les plus suaves. Partout, soufflait l'odeur de la
vraie vie ! Leur seul aspect extérieur révélait l'état
intérieur des âmes ! Ils étaient étroitement serrés dans la
charité, abaissés dans l'humilité, adoucis dans la piété,
affermis dans l'espérance, modestes dans leur démarche, prompts
à l'obéissance, silencieux en leur rencontre, sereins dans
leurs visages ! A les voir, on dirait, dès l'abord, une troupe d'anges
de la paix ! Ils ne désirent rien, ne regrettent rien, si ce n'est
Celui qu'ils désirent encore en Le regrettant. Au temps même
où ils recherchent la vie bienheureuse, ils en jouissent, et
pendant qu'ils Le poursuivent, ils L'obtiennent ! Ainsi, veulent-ils
être séparés des pécheurs ?
Ils le
sont. Mener une vie chaste ? Ils la mènent ! Consacrer toute
leur vie à louer Dieu ? Ils l'y consacrent ! Se réjouir dans
les assemblées des saints ? Ils s'y réjouissent ! Posséder le
Christ ? Ils le possèdent ! Vivre de la vie du désert ? Ils en
vivent manifestement ! De la sorte, par une Grâce très riche du
Christ, un grand nombre des biens qu'ils désirent pour l'avenir
leur sont accordés dans le présent. Ils ont déjà la réalité,
alors qu'ils poursuivent l'espérance. Ils trouvent dans le
travail même une magnifique récompense du travail parce qu'ils
découvrent, en s'y livrant, presque tout ce qui doit en être le
prix. Votre retour en leur société, très cher Hilaire, vous a
apporté à vous, mais à eux aussi, le plus grand profit, puisqu'ils
se réjouissent allégrement de ce retour même.
Je
vous supplie, avec eux, de ne pas oublier de prier pour mes
péchés; avec eux, dis-je, dont je ne sais si vous leur avez
apporté plus de joie qu'ils vous en donnent. Vous êtes
maintenant le véritable Israël, vous contemplez Dieu en votre cœur,
délivré que vous êtes de l'Égypte, c'est-à-dire des
ténèbres du siècle, ayant passé les eaux salutaires qui ont
englouti vos ennemis, suivi au désert la colonne de feu, et vous
expérimentez la douceur des breuvages amers d'autrefois
transformés par la croix du Christ, cette eau qui jaillit vers
la vie éternelle, vous la recevez du Christ.
Vous
nourrissez votre homme intérieur d'un pain venu d'en haut. Vous
entendez la Voix divine, qui vous annonce votre trône. Parce que
vous êtes enfermé au désert avec Israël, vous entrerez avec
Jésus dans la Terre promise ! Adieu, dans le Christ, Jésus,
notre Seigneur !