- Le sacrifice de la messe est le même que celui du Calvaire
– Le prêtre principal, à la sainte messe, est Jésus-Christ lui-même
– Dignité à laquelle est élevé le fidèle qui assiste à la messe
– Le plus grand miracle de la puissance divine
– Nécessité de la sainte messe pour apaiser la justice de Dieu
– Avantages de la sainte messe
– Elles nous permet de satisfaire à toutes nos obligations envers la justice divine
– Nos quatre obligations envers Dieu
– Demander les grâces dont nous avons besoin
– Autres bienfaits de la messe
– La messe et les âmes du purgatoire
– Nos devoirs envers les défunts
– Résolutions à prendre : faire dire beaucoup de messes pour les âmes du purgatoire et pour toutes nos intentions ; assister souvent à la messe, et si possible tous les jours. La messe et les honoraires. Si rare et si précieux qu’il soit en réalité, un trésor ne saurait être estimé qu’autant qu’il est connu. Voilà sans doute, cher lecteur, pourquoi le très saint sacrifice de la messe n’est point apprécié d’un grand nombre de chrétiens dans la mesure de sa réelle valeur : il est la plus belle richesse, la plus divine gloire de l’Église de Dieu ; mais c’est un trésor caché que trop peu connaissent. Ah! si tous savaient quelle est cette perle du paradis, il n’est pas sur la terre un homme qui ne donnât volontiers en échange tout ce qu’il possède ici-bas.
Savez-vous donc ce que c’est, en réalité, que la sainte messe ?
Elle n’est rien de moins que le soleil du christianisme, l’âme de la foi, le cœur de la religion de Jésus-Christ ; tous les rites, toutes les cérémonies, tous les sacrements s’y rapportent. Elle est, en un mot, l’abrégé de tout ce qu’il y a de beau et de bon dans l’Eglise de Dieu. Ce sacrifice est vraiment le plus vénérable et le plus parfait; et, afin qu’un pareil trésor obtienne de vous l’estime qu’il mérite, nous examinerons ici rapidement, en peu de mots, quelques-uns de ses titres. Je dis quelques-uns : les embrasser tous serait chose impossible à l’intelligence humaine.
l. Le sacrifice de la messe est le même que celui du Calvaire
Le premier et principal caractère d’excellence de la sainte messe, c’est que nous devons la considérer comme étant essentiellement et absolument le même sacrifice que celui qui fut offert au Calvaire. Une seule différence se présente : sur la croix, il fut sanglant et il n’eut lieu qu’une seule fois, et cette seule fois il eut assez de vertu pour expier pleinement tontes les iniquités de l’univers ; sur l’autel, il n’y a point de sang répandu ; de plus, le sacrifice se renouvelle à l’infini, et son objet direct est d’appliquer à chacun en particulier, la rédemption générale acquise par Jésus dans sa douloureuse immolation. Le sacrifice sanglant a été le principe de notre rançon, le sacrifice non sanglant nous met en possession de cette rançon ; le premier nous ouvre le trésor des mérites de Notre-Seigneur, l’autre nous en assure l’usage.
Remarquons-le attentivement, du reste : la sainte messe n’est point une simple représentation, un simple mémorial de la passion et de la mort du Sauveur : c’est une reproduction réelle et certaine de ce qui s’est accompli sur la croix : en sorte qu’on peut dire, en toute vérité, que dans chaque messe notre Rédempteur subit de nouveau pour nous la mort, d’une manière mystique, sans mourir en réalité. Il vit tout à la fois et il est immolé. "J’ai vu, dit saint Jean, l’Agneau qui était comme égorgé".
Le jour de Noël, par exemple, l’Église nous représente comme actuelle la naissance de Jésus ; à l’Ascension et à la Pentecôte, elle nous le montre triomphant, quittant la terre, ou bien envoyant aux Apôtres le Saint-Esprit, sans que pour cela il soit vrai qu’à pareil jour le Seigneur monte au ciel et que l’Esprit-Saint descende visiblement sur les fidèles. Or, il ne serait pas permis de raisonner ainsi quant au sacrifice de la messe : là ce n’est point une simple représentation, c’est exactement le même sacrifice que celui du Calvaire : seulement il n’est plus sanglant. Ce même corps, ce même sang, ce même Jésus qui s’offrit sur la croix, sont offerts sur l’autel. "C’est, dit l’Église, c’est l’œuvre même de notre rédemption qui s’accomplit de nouveau". Oui, elle s’accomplit très certainement ; oui, c’est le même sacrifice. Absolument le même que le sacrifice du Calvaire.
O merveille inexprimable! Avouez-le
sincèrement : si, lorsque vous allez à
l’église entendre la messe, vous
réfléchissiez que vous montez au Calvaire pour
assister à la mort de
Notre-Seigneur, vous verrait-on si peu
recueilli, si dissipé, si mondain ?
Qu’eût-on pensé de Marie-Magdeleine si on l’avait
rencontrée au pied de la croix couverte de ses plus
beaux vêtements, parfumée, parée comme au temps
où elle s’abandonnait à ses passions ? Que
faut-il dire de vous, quand
vous vous rendez au saint lieu comme
vous iriez à une réunion vulgaire ?
Et que serait-ce, grand Dieu ! si vous vous
oubliiez jusqu’à profaner cette
action, de toutes la plus sainte, par
des regards et des signes inconvenants, par des rires, des conversations, des
rencontres coupables, des sacrilèges ?
Le péché est chose horrible en tout
lieu et en tout temps ; mais celui qui se commet
pendant le temps de la messe, à
côté même des saints autels, attire
plus que tout autre la malédiction de
Dieu. "Maudit, s’écrie le prophète Jérémie, maudit l’homme qui fraude dans l’œuvre
divine." - Pensez-y sérieusement. -
Mais il est dans ce trésor admirable
d’autres merveilles encore et d’autres excellences.
2. Le prêtre principal, à la sainte messe, est Jésus-Christ lui-même
Dans le nombre des prérogatives sublimes
de cet adorable sacrifice, aucune,
semble-t-il, n’est plus admirable que
d’être non pas seulement la copie mais
l’original même du sacrifice de la croix : et
pourtant il en est une supérieure
encore à celle-là, qui est d’avoir
pour ministre et pour prêtre un Dieu-Homme.
Dans une action aussi sainte que celle du saint sacrifice, il y a trois choses à considérer spécialement : le prêtre qui offre, la victime qui est offerte, la majesté de celui à qui on l’offre. Eh bien! ici nous trouvons, à ce triple égard, l’Homme-Dieu, Jésus-Christ, pour prêtre ; la vie d’un Dieu pour victime ; Dieu lui-même pour fin. Excitez donc votre foi, et reconnaissez dans le prêtre qui est à l’autel la personne adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le prêtre principal, non seulement parce que c’est lui qui a institué cet auguste sacrifice, et lui a donné par ses mérites tonte son efficacité, mais encore parce qu’à chaque messe il daigne changer pour nous le pain et le vin en son corps adorable et son sang précieux. Voilà le plus grand privilège de la sainte messe : c’est d’avoir pour prêtre l’Homme-Dieu !
Sachez donc, quand vous voyez le célébrant à l’autel, que son principal mérite est d’être le ministre de ce Prêtre éternel et invisible Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est pour cela que le saint sacrifice de la messe ne cesse pas d’être agréable à Dieu, lors même que le prêtre qui l’offre est sacrilège ; parce que le prêtre principal est Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que celui que vous voyez n’est que son ministre. Si quelqu’un fait l’aumône par la main de son serviteur, c’est à lui qu’on l’attribue, et lors même que ce dernier serait un scélérat, si le maître est juste, son aumône est sainte et méritoire.
Béni donc soit le Seigneur de nous avoir
accordé ce Prêtre saint, la sainteté
même, chargé d’offrir au Père éternel
l’auguste sacrifice, non seulement en tous lieux puisque la foi est désormais répandue
dans l’univers entier, mais en tout
temps, chaque jour, à toute heure
même, car le soleil ne disparaît à notre horizon que pour se lever sur d’autres contrées.
C’est pourquoi, à chaque heure, sur
chaque point du globe, ce Prêtre très
saint présente à Dieu son sang, son âme, sa personne entière ; il les présente
pour nous, et cela autant de fois
qu’il se célèbre de messes dans le
monde. O trésor immense ! O source d’inappréciables richesses ! Ah ! que ne
pouvons-nous assister à toutes les
messes qui se disent ! quels mérites nous
gagnerions ! que de grâces en cette vie, et
quelle gloire dans l’autre nous
pourrions acquérir !
3. Dignité à laquelle est élevé le fidèle qui assiste à la Messe
Mais que parlé-je d’assister ? Entendre la sainte messe, ce n’est pas seulement cela, c’est l’offrir soi-même. Oui, le simple fidèle peut et doit être appelé sacrificateur, ainsi que nous le lisons au chapitre V de l’Apocalypse : "Vous avez fait de nous, Seigneur, votre royaume et vos prêtres".
Le célébrant à l’autel, c’est le ministre de l’Église agissant au nom de la communauté ; il est le médiateur tous les fidèles, spécialement de ceux qui sont présents, auprès de Jésus-Christ le prêtre invisible ; uni à lui, il offre à Dieu le Père, tant au nom de tous qu’en son nom particulier, le prix divin de la rédemption des hommes. Mais, comprenons-le bien, il n’agit pas seul dans une si auguste fonction : chacun de ceux qui assistent à son sacrifice concourt avec lui à l’accomplir et à l’offrir, et c’est pourquoi, lorsqu’après l’offertoire, il se tourne vers le peuple, il dit : "priez, mes frères, pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre, soit agréable au Dieu tout-puissant" ; afin que nous entendions par là que, bien qu’il fasse les fonctions de principal ministre, tous ceux qui sont présents offrent avec lui le saint sacrifice.
Ainsi toutes les fois que vous assistez à
la messe, vous faites en un certain
sens l’office de prêtre. Oserez-vous
maintenant entendre la messe en causant, en regardant de côté et d’autre,
peut-être même en dormant, vous
contentant de réciter tant bien que mal
quelques prières vocales, sans faire aucune
attention aux fonctions redoutables de
prêtre que vous exercez ?
Ah ! je ne puis m’empêcher de m’écrier ici :
Monde insensé, qui ne comprend rien à
ces sublimes mystères !
Comment est-il possible que l’on se tienne
auprès de l’autel, l’esprit distrait
et le cœur dissipé, pendant que les
anges contemplent dans une sainte frayeur l’accomplissement d’une œuvre
merveilleuse!
Le plus grand miracle de la puissance divine
Vous êtes peut-être étonné de m’entendre
dire que la messe est une œuvre pleine
de merveilles. N’est-ce pas, en effet,
une merveille digne de toutes nos
admirations, que le changement opéré par les paroles
d’un simple mortel ?
Qui, non seulement parmi les hommes, mais
encore parmi les anges, pourra
expliquer une telle puissance ?
Qui pourrait s’imaginer que la voix d’un
homme, lequel n’a pas même la force de
soulever de terre une paille sans y
mettre la main, ait reçu de Dieu le pouvoir merveilleux de faire descendre du ciel
sur la terre le Fils de Dieu lui-même
? C’est là un pouvoir plus grand que
celui de transporter les montagnes, de
dessécher la mer et de bouleverser les
cieux.
Les paroles que prononce le prêtre à la consécration sont aussi puissantes, en un certain sens, que ce premier fiat avec lequel Dieu tira du néant toutes choses ; il semble même qu’elles surpassent cet autre fiat, avec lequel la sainte Vierge conçut dans son sein le Verbe éternel. Car elle ne fit alors que fournir la matière du corps de Jésus-Christ, qui fut formé, il est vrai, de son sang, mais non par elle ; tandis que le prêtre, instrument, ministre du Seigneur dans l’acte de la consécration, produit lui-même Jésus-Christ d’une manière ineffable, sacramentellement, autant de fois qu’il offre le Saint Sacrifice.
Le bienheureux Jean de Mantoue, dit le Bon, avait pour compagnon un ermite, qui ne pouvait comprendre comment les paroles d’un simple prêtre avaient le pouvoir de changer la substance du pain et du vin, en celle du corps et du sang de Jésus-Christ ; il avait même prêté quelque consentement au doute que le démon lui avait suggéré sur ce point. Le bon serviteur de Dieu s’étant aperçu de son erreur, le conduisit à une fontaine, et y ayant puisé une coupe d’eau, il la lui donna à boire. L’autre l’ayant bue, confessa qu’il n’avait jamais goûté de vin aussi délicieux. "Eh bien ! mon frère, lui dit alors Jean, vois-tu le miracle ? Si Dieu a permis que l’eau ait été changée en vin par moi, homme misérable, pourquoi ne croirais-tu pas que, par le moyen des paroles du prêtre, qui sont après tout les paroles de Dieu, la substance du pain et du vin est changée en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ ? Qui oserait assigner des limites à la toute-puissance de Dieu ?" C’en fut assez pour éclairer l’ermite, qui, chassant de son esprit tous les doutes, fit une pénitence sévère de son péché.
Il ne faut qu’un peu de foi, pour
reconnaître que les prérogatives
contenues dans cet adorable sacrifice
sont innombrables. Et d’abord, c’est
déjà un grand prodige qu’à toute
heure, en mille lieux différents, l’humanité sainte de
Jésus se multiplie, jouissant pour ainsi dire
d’une sorte d’immensité, que ne
possède aucun autre corps, et qu’il a
méritée en s’immolant à son Père.
C’est ce que déclarait le démon, parlant par la bouche
d’une possédée, à un Juif incrédule. Celui-ci
se trouvait sur une place où
étaient en même temps beaucoup de
personnes, et entre autres une femme possédée.
Un prêtre passa en ce moment, portant le
saint viatique à un malade, au
milieu d’une grande foule de peuple.
Tous s’agenouillèrent pour adorer le
Saint-Sacrement à son passage : le Juif seul se tint
debout, sans donner aucun signe de respect.
La femme, à cette vue, se leva furieuse,
arracha le chapeau du Juif et lui
donna un grand soufflet, en disant :
"Malheureux, pourquoi n’honores-tu pas le
vrai Dieu, qui se trouve en ce divin
sacrement ?
– Le vrai Dieu ? répondit le Juif ; si cela
était vrai, il y aurait donc plusieurs
Dieux, puisqu’il y en a un sur chacun
de vos autels, lorsqu’on dit la messe ?"
A ce raisonnement, la possédée saisit un
tamis, et le plaçant devant le soleil,
elle dit au Juif de regarder les
rayons qui pénétraient par les ouvertures.
Puis elle ajouta : "Y a-t-il plusieurs
soleils qui passent par les trous de
ce crible, ou n’y en a-t-il qu’un seul ?
– Il n’y en a qu’un seul.
– Pourquoi t’étonnes-tu donc que Dieu,
quoiqu’il soit invisible et
inaltérable, soit par un excès d’amour,
réellement présent sur plusieurs autels à la
fois ?"
Il n’en fallut pas davantage pour confondre
le Juif, et le forcer à confesser la
vérité.
Oh ! si nous avions un peu de foi, nous nous écrierions aussi, dans la ferveur de notre âme : "Non, il n’est point de bornes à la divine puissance." Sainte Thérèse avait de cette puissance une si haute idée, que souvent elle répétait : "Plus les mystères de notre sainte religion sont élevés, profonds, inaccessibles à l’intelligence humaine, plus il convient de les admettre avec fermeté et amour : car nous savons que Dieu, dont le pouvoir est infini, pourrait réaliser des prodiges plus grands encore."
Ravivez donc votre croyance, je vous en
conjure, et confessez que cet auguste
sacrifice est le miracle des miracles,
la merveille des merveilles, et que la
prérogative la plus étonnante consiste
précisément à
dominer notre pauvre et court esprit.
Redites, dans votre admiration : "Oh ! le
rare, l’inappréciable trésor !" – Si
de telles considérations vous
laissaient indifférent, voyez encore à quel point la
sainte messe vous est nécessaire.
Nécessité de la sainte messe pour apaiser la justice de Dieu.
Si le soleil n’éclairait pas le monde,
qu’arriverait-il ? Il n’y aurait plus
que ténèbres, horreur, stérilité et
misère. Et, sans le saint sacrifice de
la messe, que serions-nous ? Nous
serions privés de tout bien, en butte à tous les
maux et à tous les traits de la colère de
Dieu. On s’étonne que Dieu ait en
quelque sorte changé sa manière de gouverner les hommes.
Autrefois, il prenait le titre de Dieu des armées, il
parlait aux peuples au milieu des nuages et
la foudre à la main, et il châtiait
avec une justice rigoureuse toutes les
fautes. Pour un seul adultère, il fit
passer au fil de l’épée vingt-cinq
mille personnes de la tribu de Benjamin ;
pour le péché d’orgueil que commit David en
faisant le dénombrement de son peuple,
il enleva en peu de temps par la peste
soixante mille personnes. Pour un
regard curieux et irrespectueux jeté sur l’arche
par les Bethsamites, il en fit massacrer plus
de cinquante mille.
Et maintenant, il supporte avec patience, non
seulement les vanités et les légèretés, mais
les adultères les plus criminels, les
plus grands scandales et les
blasphèmes les plus horribles que vomissent à
chaque instant tant de chrétiens contre son
saint Nom.
D’où vient cette différence dans la manière de gouverner les hommes ? Nos ingratitudes sont-elles plus excusables qu’autrefois ? Qui osera le dire ? Les bienfaits immenses que nous avons reçus nous rendent, au contraire, sans comparaison plus coupables… Le secret, la raison d’une si touchante clémence, c’est à l’autel qu’il réside ; c’est dans le sacrifice de Jésus immolé pour nous à la sainte messe, devenu notre victime d’expiation qu’il faut le chercher. Oui, voilà le soleil de l’Eglise catholique, qui dissipe les nuages et rend au ciel sa sérénité ; voilà l’arc-en-ciel qui apaise les tempêtes de l’éternelle justice.
Pour moi, je n’en doute guère, sans la sainte messe le monde serait à cette heure au fond de l’abîme, entraîné par le poids épouvantable de tant d’iniquités. La messe, voilà le victorieux levier qui le soutient. Voyez donc, après cela, à quel point le divin sacrifice nous est indispensable.
Ce serait peu de le comprendre si on ne savait pas, lorsqu’il en est besoin, chercher en lui ce qu’il nous offre. Lorsque nous assistons à la sainte messe, imitons ce que fit un jour le grand Alphonse d’Albuquerque, conquérant des Indes. L’historien Osorio raconte que cet illustre capitaine, se trouvant avec une partie de son armée sur un navire que les fureurs de la mer allaient faire sombrer, prit dans ses bras un petit enfant qui était là, et, l’élevant vers le ciel : "Si nous autres sommes des pécheurs, ô mon Dieu, s’écria-t-il, cette innocente créature ne vous a jamais offensé ; au nom de son innocence, épargnez les coupables !" Chose merveilleuse ! le regard du Seigneur s’arrête avec complaisance sur l’enfant, l’océan s’apaise, le danger disparaît et l’équipage change en cris de joie et d’action de grâces ses mortelles angoisses.
Que fera donc pour nous Dieu le Père,
alors que le prêtre, élevant vers lui
l’Hostie sacrée, lui présente avec
elle son Fils, la parfaite innocence ? Sa
miséricorde pourra-t-elle nous
refuser quelque chose ?
Pourra-t-elle résister à cette supplication,
ne point calmer les flots qui nous
assaillent, ne point subvenir à toutes
nos nécessités ?
Ah! Sans cette admirable et divine Victime,
sacrifiée pour nous sur la croix
d’abord, et ensuite journellement sur
nos autels, tout était fini, tout était perdu, et
chacun de nous pouvait dire à son frère
expirant : "Au revoir en enfer !
L’enfer nous réunira !" Mais
maintenant, enrichis de ce trésor protecteur, le fruit de la sainte messe entre les mains, nous
surabondons d’espérance ; le paradis
est à nous, et une seule chose nous
en écarterait, notre perversité calculée.
Baisons-les donc avec amour, ces saints
autels ; brûlons autour d’eux l’encens
et les parfums ; mais surtout
environnons-les de vénération et de respect,
puisqu’ils nous procurent tant et de
si précieux biens.
Elle nous permet de satisfaire à toutes nos obligations envers la justice divine.
L’honnête et le sublime sont deux motifs très puissants sur nos cœurs ; mais de tous les motifs qui peuvent agir sur nous, l’utile est le plus efficace, et il triomphe presque toujours de nos répugnances. Si vous appréciez peu l’excellence et la nécessité de la messe, comment ne seriez-vous pas frappé de la grande utilité qu’elle procure aux vivants et aux défunts, aux justes et aux pécheurs, pendant la vie et à l’heure de la mort, et même après celle-ci ?
Représentez-vous que vous êtes ce débiteur
de l’Evangile, lequel ayant à payer
dix mille talents, et étant appelé à
rendre compte de son administration,
s’humilie, implore son créancier, et lui demande du
temps pour remplir ses engagements :
"Ayez patience et je vous rendrai tout ce que
je vous dois."
Vous devez faire la même chose, vous
qui avez contracté tant de dettes
envers la justice divine ;
humiliez-vous, demandez seulement le temps d’entendre
une messe, et c’en est assez pour payer
toutes vos dettes.
NOS QUATRE OBLIGATIONS ENVERS DIEU
Saint Thomas nous dit que nous avons
quatre obligations principales envers
Dieu, dont chacune est infinie.
La première est de louer et d’honorer son
infinie majesté, infiniment digne
d’honneur et de louanges ;
La seconde est de satisfaire pour tant de
péchés que nous avons commis ;
La troisième, de le remercier pour tant de
bienfaits que nous avons reçus de lui
;
La quatrième enfin, de lui demander les
grâces qui nous sont nécessaires.
Or, comment nous, misérables créatures,
qui avons besoin qu’il nous donne
jusqu’au souffle que nous respirons,
pourrons-nous satisfaire à toutes ces
obligations ?
Voici un moyen très facile, qui doit nous
consoler tous : entendons souvent la
sainte messe, avec toute la dévotion
dont nous sommes capables, faisons dire
souvent des messes à notre intention, et
nos dettes fussent-elles sans nombre,
nous pourrons les payer toutes
parfaitement, avec le trésor que nous tirons du saint sacrifice.
Pour que vous compreniez mieux les
obligations que nous avons envers
Dieu, nous allons les expliquer l’une
après l’autre, et vous serez grandement consolés, en voyant l’immense profit et les trésors
innombrables que vous pouvez
recueillir de cette source infinie et
féconde.
1° Glorifier Dieu. Notre première obligation envers Dieu est de l’honorer.
La loi naturelle nous dit elle-même que
tout inférieur doit honorer son
supérieur, et que plus celui-ci est
grand, plus l’hommage qu’on lui rend doit être profond. Il résulte de là que, Dieu possédant
une grandeur infinie, nous lui devons
un honneur infini. Mais où trouver une
offrande digne de lui ? Jetez les yeux
sur toutes les créatures de l’univers, où
trouverez-vous quelque chose qui soit digne
de Dieu ?
Il n’y a qu’un Dieu qui puisse être une
offrande digne de Dieu. Il faut donc
qu’il descende de son trône comme
victime sur nos autels, pour que l’hommage corresponde parfaitement à sa
majesté infinie. Or, c’est là ce qui
se fait au saint sacrifice ; Dieu y est
honoré autant qu’il le mérite, parce qu’il
est honoré par un Dieu lui-même.
Notre-Seigneur se plaçant dans l’état de
victime sur l’autel, adore, par un
acte ineffable de soumission, la
Sainte Trinité, autant qu’elle mérite de l’être ; de sorte
que tous les autres hommages paraissent, en
présence de cette humiliation de Jésus, comme
les étoiles devant le soleil.
Le Père Saint-Jure parle d’une sainte âme,
qui, éprise d’amour pour Dieu,
soulageait son cœur par mille tendres
désirs. "Mon Dieu, lui disait-elle, je voudrais
avoir autant de cœurs et de langues qu’il y a
de feuilles dans les arbres, d’atomes
dans l’air et de gouttes d’eau dans
l’océan, pour vous aimer et vous honorer
autant que vous le méritez.
"Oh ! si j’avais toutes les créatures en mon
pouvoir, je voudrais les mettre à vos
pieds, afin qu’elles fondent d’amour
pour vous ; mais je voudrais vous aimer plus qu’elles toutes ensemble, plus que tous
les anges, plus que tous les saints,
plus que tout le ciel." Un jour
qu’elle formait ce désir avec plus de ferveur
que de coutume, Notre-Seigneur lui répondit :
Console-toi, ma fille, car avec une seule
messe que tu entendras dévotement, tu
me rendras toute la gloire que tu
désires et infiniment plus encore."
Cette proposition vous étonne ? Mais c’est à tort ; car
notre bon Jésus étant non seulement homme,
mais vraiment Dieu, et tout-puissant,
quand il s’humilie sur l’autel, il
rend à son Père, par cet acte d’humiliation, un
hommage et un honneur infinis ; et nous, en
offrant avec lui ce grand sacrifice,
nous rendons aussi par lui à Dieu un
hommage et un honneur infinis.
Oh ! le grand prodige ; répétons-le, parce qu’il est essentiel qu’on s’en pénètre. Oui, oui, chrétiens, par l’assistance à la sainte messe, le fidèle rend à Dieu une gloire infinie, un honneur sans bornes. Secouez votre torpeur, méditez tout émus cette vérité consolante et si douce : entendre avec dévotion la messe, c’est procurer à votre Dieu plus d’honneur que ne lui en peuvent apporter dans le ciel tous les anges, tous les saints, tous les bienheureux. Ils ne sont, eux aussi, que de simples créatures, et leurs hommages sont par conséquent finis et bornés ; tandis qu’au saint sacrifice de la messe, c’est Jésus-Christ qui s’humilie ; lui dont l’humiliation et le mérite ont une valeur infinie : c’est pour cela que l’hommage et l’honneur que nous rendons à Dieu par lui, à la messe, sont infinis. S’il en est ainsi, vous voyez combien nous payons largement à Dieu cette première dette, en assistant au saint sacrifice.
O monde aveugle, quand ouvriras-tu les
yeux pour comprendre des vérités si
importantes ? Et vous, pourrez-vous
dire encore : une messe de plus ou de
moins, qu’importe ?
2° Satisfaire pour nos péchés.
Notre seconde obligation envers Dieu est de satisfaire à sa justice pour tant de péchés que nous avons commis.
Dette effroyable ! Un seul péché mortel est d’un tel poids dans la balance de Dieu, que pour la mettre en équilibre ce ne serait pas assez des mérites de tous les martyrs et de tous les saints qui sont, qui ont été et qui seront. Mais nous possédons la sainte messe, dont le prix intrinsèque est assez grand pour compenser, et au-delà, tous les péchés du monde. Faites-y bien attention, afin de comprendre la reconnaissance extrême que vous devez à Notre-Seigneur.
C’est lui-même qui est l’offensé : et malgré cela, non content d’avoir payé pour vous dans les tortures du Calvaire, il vous a remis et il entretient parmi vous, à votre usage, cette autre source de satisfaction continuelle qui est : le saint sacrifice.
Là il renouvelle l’immolation que sur la croix il fit de sa divine personne, en rachat de nos fautes ; ce même sang adorable qu’il répandit alors en faveur du genre humain coupable, il veut bien l’offrir encore, l’appliquer spécialement, par la messe, aux péchés de celui qui la célèbre, de ceux qui la font célébrer et de quiconque y assiste. Ce n’est pas que le sacrifice de la messe efface immédiatement et par lui-même nos péchés comme fait le sacrement de pénitence ; mais il nous obtient de bonnes inspirations, de bons mouvements intérieurs et des grâces actuelles pour nous repentir, comme il faut, de nos péchés, soit pendant la messe, soit dans un autre temps opportun. Dieu seul sait combien d’âmes doivent leur conversion aux secours extraordinaires qui leur viennent de ce divin sacrifice. Il ne sert point, il est vrai, comme sacrifice de propitiation à ceux qui sont en état de péché mortel, mais il leur sert comme sacrifice d’impétration ; et tous les pécheurs devraient assister souvent à la messe, afin d’obtenir plus facilement la grâce de se convertir. Quant aux âmes qui sont en état de grâce, le saint sacrifice leur donne une force merveilleuse pour s’y maintenir ; et, selon l’opinion la plus commune, il efface immédiatement tous les péchés véniels, pourvu qu’on s’en repente au moins en général, comme le dit clairement saint Augustin : "Si quelqu’un, dit-il, entend dévotement la messe, il ne tombera point dans le péché mortel et les péchés véniels lui seront remis."
Et cela ne
doit pas vous étonner : saint Grégoire raconte au
livre IV de ses Dialogues, ch. 27, qu’une
pauvre femme
faisait dire tous les lundis une messe pour l’âme de
son mari, qui avait été fait esclave par
les barbares,
et qu’elle croyait mort. Or, chaque
messe lui faisait tomber les chaînes des
pieds et les
menottes des mains, de sorte que, pendant tout
le temps qu’elle durait, il restait libre
comme il
l’avoua à sa femme dès qu’il eut recouvré sa
liberté.
Combien plus
devons-nous croire que cet auguste sacrifice sera
très efficace, pour briser les liens spirituels des
péchés véniels, lesquels tiennent l’âme
captive, et ne
la laissent point agir avec cette liberté et
cette ferveur
qu’elle aurait sans eux !
Oh ! qu’il est précieux, cet adorable sacrifice, qui nous rend la liberté des enfants de Dieu, et satisfait pour toutes les peines que nous lui devons à cause de nos péchés !
Il suffira donc, me direz-vous, d’entendre ou de faire dire une seule messe, pour payer à Dieu toutes les dettes que nous avons contractées envers lui, à cause de nos péchés ; car la messe ayant une valeur infinie, elle donne à Dieu une satisfaction infinie. La messe a, en effet, une valeur infinie ; mais vous devez savoir que Dieu l’accepte d’une manière limitée et proportionnée aux dispositions de celui qui la dit ou la fait dire ou de ceux qui y assistent. "Leur foi, Seigneur, vous est connue, leur dévotion est devant vos yeux", dit l’Eglise dans les prières du Canon. Et, par là, elle fait entendre ce qu’enseignent expressément les maîtres de la théologie, à savoir que la satisfaction plus ou moins grande pour les peines dues à nos péchés est déterminée, dans l’application des mérites du sacrifice, par les dispositions et la ferveur du ministre et des assistants, ainsi que je viens de l’expliquer. Et, ici, considérez la folie de ceux qui courent après les messes les plus expéditives, les moins édifiantes, ou bien, ce qui est pis, qui s’y tiennent sans recueillement ou avec une dévotion presque nulle, ou bien encore qui s’inquiètent peu, lorsqu’ils les font célébrer pour eux, de s’adresser à un prêtre pieux et fervent. Sans doute, en tant que sacrement, toutes les messes ont la même valeur : cependant, observe saint Thomas, elles ne sont plus égales s’il s’agit des fruits qu’on en retire. Plus la piété actuelle ou habituelle du célébrant sera grande, plus le fruit de son application sera grand aussi.
Il faut
dire la même chose de ceux qui assistent à la
messe ; et
quoique je vous exhorte de tout mon pouvoir à y
assister souvent, je vous avertis néanmoins
d’avoir moins d’égard au nombre de messes
qu’à la
dévotion que vous y apporterez ; car si vous avez
plus de piété
dans une seule messe qu’un autre en cinquante,
cette seule messe donnera plus d’honneur
à Dieu et à
vous plus de profit, même de celui qu’elle
produit ex opere operato, que n’en retirera l’autre
avec ses
cinquante messes.
"Dans la
satisfaction, nous dit saint Thomas, on
considère
plutôt les dispositions de celui qui offre que la
quantité de
l’oblation."
Il est certain, comme l’affirme un grave auteur, qu’une seule messe entendue avec une dévotion singulière, suffit pour satisfaire à la justice divine pour tous les péchés que nous avons commis, quelque grands et nombreux qu’ils soient. Et cette vérité est exprimée en termes formels par le saint concile de Trente. "Le Seigneur, apaisé par cette oblation et accordant sa grâce avec le don de la pénitence, remet les péchés, les crimes les plus graves."
Cependant,
comme vous ne connaissez ni les dispositions
intérieures avec lesquelles vous assistez à
la messe, ni
le degré de satisfaction qui leur correspond,
vous devez prendre vos sûretés le plus que vous
pouvez, en y assistant souvent, avec toute la
dévotion
possible. Heureux, si
vous y apportez une grande confiance dans la
miséricorde de Dieu, qui opère des choses
merveilleuses
en ce divin sacrifice ; et si vous y assistez
souvent avec recueillement et dévotion, vous
pouvez alors
nourrir en votre cœur l’espoir d’aller au ciel
sans passer
par le purgatoire. Allez donc
souvent à la messe, et qu’on n’entende plus
sortir de
votre bouche cette proposition scandaleuse :
une messe de
plus ou de moins, qu’importe ?
Notre
troisième dette envers Dieu est celle de la
reconnaissance, pour les immenses bienfaits dont il
nous a
comblés. Réunissez toutes les faveurs, toutes
les
libéralités, toutes les grâces que vous avez reçues
de lui :
bienfaits selon la nature et selon la grâce,
bienfaits du
corps et bienfaits de l’âme, vos sens, vos
facultés,
votre santé, votre vie ; et puis la vie même de
Jésus son
divin Fils et la mort qu’il a souffert pour
nous : toutes
ces choses augmentent outre mesure notre dette
envers Dieu. Comment
pourrons-nous donc le remercier dignement ?
Nous voyons
que la loi de la reconnaissance est observée par
les bêtes féroces, qui deviennent quelquefois
dociles envers leurs bienfaiteurs. A combien plus
forte raison doit-elle être observée par
les hommes,
doués d’intelligence, et comblés de tant
de bienfaits
par la libéralité divine !
Mais d’un
autre côté notre pauvreté est si grande, que
nous ne
pouvons satisfaire pour le moindre des bienfaits
reçus de Dieu : parce que le moindre d’entre eux, nous
venant d’une majesté si grande, et étant
accompagné
d’une charité infinie, acquiert un prix infini,
et nous oblige
à une correspondance infinie.
Malheureux que
nous sommes ! Si nous ne pouvons soutenir le
poids d’un seul bienfait, comment pourrons-nous
jamais supporter la masse de ceux dont Dieu nous a
comblés ? Nous voilà
donc réduits à la dure nécessité de vivre et
de mourir
ingrats envers notre souverain Bienfaiteur.
Mais non :
rassurons-nous. Le moyen de satisfaire amplement,
parfaitement, à ce nouveau devoir nous
est indiqué
par le prophète David, qui avait vu en esprit le
divin sacrifice, et qui savait bien qu’avec lui
seul nous
serions au-dessus de la tâche. Que rendrai-je
au Seigneur, s’écrie-t-il, pour tous les
biens qu’il
m’a faits ? Je prendrai le calice du salut,
se répondit-il
à lui-même ; ou, d’après une autre version,
j’élèverai là-haut le calice du Seigneur,
c’est-à-dire
je lui offrirai un sacrifice très agréable, et je
paierai aussi
la dette que je lui dois pour tant de bienfaits
signalés.
Ajoutez à cela
que ce sacrifice a été principalement établi par
notre divin Sauveur pour reconnaître et
remercier la
munificence divine : c’est pour cela qu’il
s’appelle par
excellence l’Eucharistie, c’est-à-dire action
de grâces.
Au reste, il
nous en a donné lui-même l’exemple, lorsque à la
dernière cène, avant de consacrer le pain
et le vin dans
cette première messe, il leva les yeux au
ciel et
rendit grâce à son Père. O remerciement
divin, qui nous découvre la fin sublime
d’un si
redoutable mystère, et qui en même temps
nous invite à
nous conformer à notre Chef, afin que, à
chaque messe à
laquelle nous assisterons, nous sachions nous
prévaloir d’un si grand trésor et l’offrir à
notre éternel
bienfaiteur dans le sentiment d’une immense
gratitude ; d’autant que le ciel tout entier, la
sainte Vierge,
les anges et les saints nous voient avec
joie payer à
notre grand Roi ce tribut de reconnaissance.
La
vénérable sœur Françoise Farnèse, lisons-nos dans
sa vie, était
tourmentée du souci de tout ce qu’elle avait reçu de
Dieu et de l’impuissance où elle se trouvait
d’acquitter la dette de son cœur pénétré
d’amour.
Mais voici
qu’un beau jour lui apparaît la très sainte
Vierge : elle
dépose entre les bras de Françoise le divin
Enfant et dit
à sa servante : "Prenez-le, ma fille ; il est
à vous ;
sachez seulement vous en servir pour ce qui
fait le sujet
de vos inquiétudes : Jésus suffit à tout…"
Eh bien ! dans
la messe, nous recevons non seulement entre nos
bras, mais dans notre cœur, le Fils de Dieu :
un petit
enfant nous a été donné, dit Isaïe, et nous
pouvons avec
lui remplir entièrement la dette de reconnaissance
que nous avons contractée envers Dieu.
Et même, à
bien considérer les choses, nous donnons
en quelque
sorte à Dieu dans la messe plus qu’il ne
nous a donné,
sinon en réalité, du moins en apparence ;
car le Père éternel ne nous a donné qu’une fois
son divin Fils dans l’incarnation, et nous le
lui rendons un
nombre infini de fois dans cet auguste sacrifice.
Et ainsi
jusqu’à un certain point, Dieu serait en retour
avec nous,
sinon quant à la qualité de l’offrande, car il
ne se peut
rien de supérieur au Fils de Dieu, du moins
quant à la
multiplicité des actes qui la lui présentent en
satisfaction.
O Dieu grand
et miséricordieux ! Que n’avons-nous un
nombre infini
de langues afin de vous rendre des actions de
grâces infinies, pour le trésor précieux que
vous nous avez
donné dans la sainte messe !
Comprenez-vous maintenant combien ce trésor est précieux ? S’il a été caché pour vous jusqu’ici, maintenant que vous commencez à le connaître, comment ne vous écrieriez-vous pas dans un saint étonnement : Oh ! quel grand trésor ! quel grand trésor !
4° Demander les grâces dont nous avons besoin.
Mais ce
n’est pas tout ; nous pouvons encore dans le
saint
sacrifice de la messe nous acquitter de notre
dernière
obligation envers Dieu, c’est-à-dire lui
demander les
grâces dont nous avons besoin. Nous
connaissons, par une triste expérience, les
désolantes
misères auxquelles l’homme est soumis, dans le corps
aussi bien que dans l’âme, et par conséquent le
besoin que nous avons de l’appui et du paternel
secours de Dieu, à tout moment, en toute
circonstance.
Lui seul est l’auteur et le principe de tout
bien, temporel
ou spirituel. Mais, d’un
autre côté, au nom de quoi, avec quelle
espérance
solliciteriez-vous de sa miséricorde de nouveaux dons,
lorsque telle a été votre insensibilité,
votre
ingratitude pour des faveurs qu’il vous a déjà
prodiguées,
ingratitude qui est allée à cet excès de tourner le
bienfait même contre le bienfaiteur ?
Ici encore,
néanmoins, ne perdez pas confiance ; reprenez tout
espoir. Vous n’êtes pas digne de ces biens que vous
souhaitez et dont vous sentez la nécessité ;
mais le miséricordieux Sauveur accourt se
faire votre
intercesseur, se constituer votre caution.
Pour vous il a
acquis des mérites infinis, pour vous il
devient à la
messe l’hostie pacifique, c’est-à-dire la
victime
auguste à l’immolation de laquelle notre Père
des cieux ne
peut rien refuser. Oui, dans la
sainte messe, l’adorable, le bien-aimé Jésus, à titre
de principal et de souverain prêtre prend
en main notre
cause, intercède pour nous, se fait notre
puissant
avocat.
N’oublions
pas que Marie, elle aussi, joint ses supplications
aux nôtres pour tout ce que la foi nous
porte à
demander à Dieu. Que faut-il de
plus à qui veut être exaucé ? La confiance,
l’espoir ferme et assuré vous manqueront-ils
quand vous
songerez qu’à l’autel c’est Jésus-Christ qui
parle pour
vous, qui pour vous offre son sang très
précieux, qui
prend en un mot le rôle de divin intermédiaire
? – O messe bénie, source de tous les bienfaits et
de tous les dons !
Mais il faut
creuser bien avant cette mine afin de découvrir les
grands trésors qu’elle renferme. Oh ! que
de grâces, de
dons et de vertus nous obtient le saint
sacrifice !
Nous y obtenons d’abord toutes les grâces spirituelles, tous les biens de l’âme, le repentir de nos péchés, le triomphe des tentations qui nous viennent, soit du dehors, de la part des mauvaises compagnies et des démons de l’enfer, ou du dedans, de la part de notre chair rebelle. Nous y obtenons les grâces nécessaires pour nous convertir, ou pour nous maintenir dans la grâce et avancer dans les voies de Dieu : nous y obtenons de saintes inspirations et des mouvements intérieurs, qui nous disposent à secouer notre tiédeur, et nous portent à agir avec plus de ferveur, avec une volonté plus prompte, une intention plus droite et plus pure, et c’est là un trésor inestimable, ces moyens étant très efficaces pour obtenir de Dieu la persévérance finale, d’où dépend notre salut, et cette assurance morale que l’on peut avoir ici-bas de la béatitude éternelle. Nous y obtenons encore les biens temporels, autant qu’ils peuvent concourir à notre salut : la santé, l’abondance, la paix, avec l’exclusion de tous les maux qui s’opposent au bien de notre âme tels que la peste, les tremblements de terre, la guerre, le famine, les persécutions, les procès, les inimitiés, les calomnies, les injures : en un mot, le saint sacrifice de la messe est propre à nous délivrer de tous les fléaux, à nous enrichir de tous les biens. Il est la clé d’or du paradis ; quels biens pourrait nous refuser le Père éternel, après nous l’avoir donnée ? Celui qui n’a pas épargné son propre Fils, dit saint Paul aux Romains, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous aurait-il pas donné tout avec lui ?
Il avait
donc bien raison, ce saint prêtre dont un auteur
nous rapporte
qu’il disait souvent : "Lorsqu’au saint
autel je
demande à Dieu, pour moi ou d’autres, quelque faveur
insigne, la plus extraordinaire des grâces, il me
semble ne rien demander, en comparaison
de ce que
j’offre moi-même. " Et il
ajoutait, expliquant sa pensée : "Toutes les grâces
que je puis
solliciter à la sainte messe sont des biens
créés et
finis, pendant que mon offrande est sans
limite et
incréée. Ainsi, en faisant arithmétiquement nos
comptes, c’est
moi qui suis le créancier, Dieu reste mon
débiteur."
C’est pourquoi
il demandait de grandes grâces, et il obtenait
beaucoup de Dieu. Pourquoi n’en faites-vous
pas autant ?
Si vous suivez mon conseil, vous demanderez à
Dieu, toutes les fois que vous assisterez
à la messe,
qu’il fasse de vous un grand saint. Ne craignez pas
que ce soit trop demander.
Notre bon
Maître ne nous dit-il pas dans l’Evangile que,
pour un verre
d’eau donné en son nom, il nous donnera le
paradis ? Comment ne
nous donnerait-il pas cent fois davantage,
si c’était
possible, lorsque nous lui offrons tout le sang
de son Fils
bien-aimé ? Comment
pouvez-vous douter qu’il vous donne toutes
les vertus et
toutes les perfections nécessaires pour
faire de vous
un grand saint ? Dilatez donc
votre cœur, et demandez à Dieu de grandes choses
; car celui que vous invoquez ne s’appauvrit
point en donnant et plus vous demanderez,
plus vous
obtiendrez.
Mais ce
n’est pas tout encore : outre les biens que
nous demandons
à la messe, Dieu nous en accorde beaucoup
d’autres, sans que nous les lui demandions, pourvu que
nous n’y mettions point d’obstacle de notre
côté.
On peut donc
dire que la messe est pour le genre humain comme
un soleil qui répand ses splendeurs sur
les bons et
sur les méchants, et qu’il n’y a point d’âme,
si criminelle
qu’elle soit, qui n’en remporte quelque
grand bien,
souvent même sans le demander, et encore plus
sans y penser, comme il arriva dans le cas raconté par
saint Antonin.
Deux jeunes
libertins, dont l’un avait entendu la messe
le matin,
étant sortis un jour, pour aller se promener
dans un bois,
furent assaillis par une violente tempête.
Ils
entendirent au milieu du tonnerre et des éclairs une
voix qui
criait : tue, tue. Celui qui
n’avait point entendu la messe fut aussitôt
frappé par la
foudre et mourut ; l’autre, épouvanté, continua sa
course, cherchant un lieu de refuge, lorsqu’il
entendit de nouveau la même voix répéter ces
paroles : tue,
tue. Comme il
attendait la mort, il entendit une autre voix
crier : Je ne
puis, je ne puis, car il a entendu aujourd’hui
le Verbum caro
factum est ; la messe à laquelle il a assisté
m’empêche de le frapper. Combien de
fois, par la sainte messe, Dieu vous a-t-il
réservé de la
mort, ou du moins d’imminents périls !
C’est ce
que nous assure saint Grégoire, lorsqu’il nous
dit au livre
IV de ses Dialogues : "Celui qui entend la
sainte messe
est délivré de beaucoup de maux et de dangers."
Saint Augustin
va plus loin encore : "Celui qui entend
dévotement la
messe, nous dit-il, ne périra point de mort subite."
Voilà donc un
préservatif admirable pour nous préserver de
ce malheur : c’est d’assister tous les jours
à la messe
avec dévotion.
Au dire de
saint Grégoire, "le juste qui entend la messe
se maintient
dans la justice." Ce n’est pas
assez, il croît toujours davantage en mérites, en
grâces et en vertus, et plaît toujours davantage à
Dieu. Bien plus, reprend saint Bernard :
"Celui qui
entend ou célèbre dévotement la messe mérite
bien plus que
s’il donnait tous ses biens aux pauvres et
parcourait le
monde entier en pèlerinage."
Ces paroles
s’entendent de la valeur intrinsèque du
saint
sacrifice. Quels trésors immenses renferme-t-il
donc ?
Comprenez
bien cette vérité : en considérant le saint
sacrifice en
lui-même et selon sa valeur intrinsèque, on
peut dire que
l’on mérite plus, en entendant ou célébrant une
seule messe, que si l’on distribuait tous
ses biens aux
pauvres, et si l’on parcourait le monde
entier en
pèlerinage, visitant avec une grande dévotion les
sanctuaires de Jérusalem, de Rome, de Lorette, de
Compostelle,
etc.
Saint Thomas
nous en donne la raison : "C’est que,
dit-il, la
messe renferme tous les fruits, toutes les grâces
tous les
trésors que le Fils de Dieu a répandus si abondamment
sur son Eglise, dans le sacrifice sanglant
de la croix."
Arrêtez-vous
ici un instant, fermez le livre, et réunissez
par la pensée
tous les biens et tous les fruits que procure la
sainte messe : considérez-les en silence, et dites-moi
ensuite si vous hésitez à croire qu’une seule
messe, quant à
sa valeur intrinsèque, est tellement efficace,
qu’au dire de plusieurs docteurs, elle suffirait
pour obtenir
le salut de tout le genre humain.
Supposez
que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’ait point
souffert sur
le Calvaire, et qu’au lieu du sacrifice
sanglant de la
croix, il ait institué seulement celui de
l’autel, mais
avec l’ordre formel qu’il ne se célébrât
qu’une seule
messe dans le monde entier. Et bien !
cette supposition une fois admise, il est très
vrai que cette
seule messe célébrée par le dernier prêtre du
monde, aurait suffi, considérée en elle-même
et dans sa
valeur intrinsèque, pour obtenir de Dieu le
salut de tous
les hommes.
Oui, dans
cette hypothèse, une seule messe suffirait
pour obtenir
la conversion de tous les Turcs, de tous
les
hérétiques, de tous les schismatiques, en un mot,
de tous les
infidèles et de tous les mauvais chrétiens,
pour fermer
les portes de l’enfer à tous les pécheurs,
et ouvrir
celles du purgatoire à toutes les âmes qui souffrent.
Mais, hélas
! malheureux que nous sommes, nous bornons la
sphère immense de cet auguste sacrifice, et
le rendons
inefficace par notre tiédeur. Ah ! je
voudrais pouvoir me faire entendre de tous les
hommes, pour
leur dire : malheureux, que faites-vous ?
Que ne
courez-vous tous dans les églises, pour
entendre
dévotement autant de messes que vous pouvez ?
Pourquoi
n’imitez-vous pas les anges, qui, au dire de saint Jean
Chrysostome, descendent en foule du ciel
pendant qu’on
célèbre la sainte messe, et se tiennent
auprès de
l’autel dans un saint respect, attendant que la messe
commence, afin d’intercéder pour nous plus
efficacement :
car ils savent bien que c’est là le temps
le plus
opportun et le moment le plus propice pour obtenir les
grâces du ciel.
Confondez-vous donc, et rougissez d’avoir si peu
apprécié
jusqu’ici la sainte messe, d’avoir même
profané tant
de fois une action si sainte. Vous avez bien
plus sujet encore de rougir, si vous êtes du nombre
de ceux qui sont assez téméraires pour dire
qu’une messe de plus ou de moins, c’est peu
de chose.
La messe et les âmes du purgatoire
Je vous prie de remarque que ce n’est pas sans intention que j’ai dit plus haut qu’une seule messe, en ne considérant que sa valeur intrinsèque, suffit pour ouvrir les portes du purgatoire à toutes les âmes qui y souffrent et les faire entrer au ciel : car ce divin sacrifice sert aux défunts, non seulement comme propitiatoire, porr payer les peines qu’ils doivent à la justice de Dieu, mais encore comme impétratoire, pour en obtenir la rémission. Comme on le voit par la coutume de l’Eglise, laquelle non seulement offre la messe pour les âmes du purgatoire, mais y prie encore pour leur délivrance.
Afin d’exciter votre compassion en faveur de ces saintes âmes, considérez donc que le feu où elles souffrent égale, au dire de saint Grégoire, celui de l’enfer, et que, comme instrument de la justice divine, il agit avec une telle puissance, qu’il leur cause des peines insupportables, et supérieures à tous les tourments qui se peuvent imaginer dans ce monde. Elles souffrent bien plus encore de la privation de la vue de Dieu, comme le dit le docteur angélique ; l’impossibilité où elles sont de voir ce souverain Bien, vers lequel elles aspirent, les plonge en des angoisses intolérables.
Rentrez ici un peu en vous-mêmes. Si vous voyiez votre père ou votre mère près de se noyer dans un étang, et que pour les délivrer vous n’eussiez qu’à leur tendre la main, ne seriez-vous pas obligé par charité, et par justice en même temps, à le faire ? Or, vous voyez des yeux de la foi tant de pauvres âmes, parmi lesquelles se trouvent peut-être vos plus proches parents, brûler dans un étang de feu, et vous ne vous astreindriez pas à entendre dévotement pour elles une seule messe ? Où est donc votre cœur ? Qui peut douter que la messe procure un soulagement considérable à ces pauvres âmes ?
Ecoutez saint Jérôme, un des grands docteurs de l’Eglise, qui vous dit expressément que, lorsqu’on célèbre le très saint sacrifice pour une âme du purgatoire, ce feu dévorant suspend ses rigueurs, et que tout le temps que dure la messe le supplice s’arrête. Il affirme, en outre, qu’à chaque messe il en est beaucoup qui sortent du lieu d’expiation pour voler aux joies du paradis. Ajoutez à cela que votre charité envers les âmes du purgatoire tournera tout entière à votre profit.
Je pourrais
vous apporter en preuve une multitude d’exemples,
mais je me contenterai de vous raconter
un seul fait
arrivé à saint Pierre Damien.
Etant resté
orphelin, dans un âge encore tendre, il fut
recueilli par
un de ses frères, qui le maltraitait d’une
manière
incroyable, jusqu’à le faire marcher pieds nus, et le laisser
dans une extrême pénurie de toutes choses.
Il trouva un
jour en chemin je ne sais quelle monnaie ;
il croyait
avoir en main un trésor. Mais qu’en faire ?
La nécessité
où il était lui suggérait bien des moyens
de l’employer,
cependant, après y avoir bien pensé, il
résolut
d’aller porter cette monnaie chez un prêtre, et
de lui
demander une messe pour les âmes du purgatoire.
A partir de ce
moment, sa fortune changea ; il fut recueilli par
un autre frère, meilleur que le premier, qui
l’aima comme
son fils, le vêtit avec décence, l’envoya à
l’école, après
quoi il devint ce grand homme et ce gand saint,
qui orna la pourpre et soutint l’Eglise.
Voyez de quels
biens cette messe et la privation qu’il
s’imposa
furent pour lui la source.
Oh ! quel
précieux trésor, qui sert aux morts et aux
vivants, dans
le temps et dans l’éternité en même temps.
Ces saintes
âmes, en effet, sont si reconnaissantes
envers leurs
bienfaiteurs, qu’une fois arrivées au ciel,
elles se font
leurs avocates, et ne se donnent de repos qu’après les
avoir vus en possession de la gloire ; comme
l’éprouva ici même, à Rome, une femme qui,
oubliant son
salut éternel, et esclave de ses passions,
n’était
occupée qu’à faire tomber dans ses filets la
jeunesse
imprudente. La seule bonne
chose qu’elle fit, c’est qu’il ne se passât
pas de jours,
où elle fit célébrer quelques messes pour
les âmes du
purgatoire. Celles-ci
prièrent sans doute avec tant de zèle pour
leur
bienfaitrice, que, rougissant un jour de ses
péchés, elle
renonça à sa vie criminelle, alla trouver un
prêtre, lui
fit une confession générale, et mourut peu
de temps
après, bien disposée, laissant à tous les
signes
évidents de son salut éternel.
Cette grâce
extraordinaire, elle la dut aux messes qu’elle avait
fait célébrer pour les âmes du purgatoire.
Réveillons-nous donc, nous aussi, et ne nous laissons
pas précéder
dans le royaume de Dieu par les publicains et
les femmes perdues.
Nos devoirs envers les défunts
Si vous étiez du nombre de ces avares, lesquels non seulement manquent à la charité, en omettant de prier pour les défunts, et d’assister à la messe pour ces pauvres âmes affligées, mais qui de plus, foulant aux pieds les droits les plus sacrés, refusent de remplir les legs pieux que leur ont laissés leurs parents, et de faire dire les messes qu’ils ont mises à leur charge dans leur testament : Oh ! alors, je vous dirais, enflammé d’un saint zèle : allez, allez, vous êtes pires que les démons ; car ceux-ci ne tourmentent que les damnés ; mais vous, vous tourmentez les élus ; ils sont cruels à l’égard des réprouvés, mais vous l’êtes à l’égard des prédestinés. Non, il n’y a pour vous ni confession ni absolution, si vous ne faites pénitence d’un aussi grand péché, et si vous ne remplissez toutes vos obligations à l’égard des défunts.
Je ne le puis, me direz-vous, mes moyens ne le permettent pas.
– Vos moyens ne vous le permettent pas ? Vous savez bien trouver de l’argent pour paraître dans le monde, pour satisfaire votre luxe ; vous savez bien en trouver pour ces festins, pour ces dépenses folles et souvent criminelles ; et quand il s’agit d’acquitter vos dettes, non seulement avec les vivants, mais encore avec les pauvres défunts, vous n’avez plus rien.
Ah ! je vous comprends ; il n’y a personne pour vous demander compte de votre conduite, mais Dieu vous le demandera plus tard.
Employez à
d’autres usages l’argent que vous ont laissé les
défunts pour des œuvres pies, mais je vous
annonce de la
part du roi-prophète des disgrâces sans
nombre, des
maladies, des banqueroutes, des traverses, des
ruines irréparables dans votre fortune,
dans votre
honneur et dans votre vie.
C’est un oracle
divin, il ne peut manquer d’avoir son effet : Ils
ont dissipé les sacrifices des morts, et les
calamités se
sont multipliées. Oui, oui, des
malheurs, des ruines irréparables à ces
familles qui
ne remplissent point les obligations qu’elles
ont envers les
défunts. Parcourez
cette ville (la ville de Rome), et voyez combien de
familles dispersées, de maisons ruinées, de
boutiques
fermées, d’affaires interrompues, de faillites,
de disgrâces
et de malheurs de toute sorte. Quelle est la
cause de toutes ces calamités ? Une des
causes
principales, c’est la dureté envers les pauvres
défunts, la
négligence à remplir les legs pieux, la
cruauté avec
laquelle on refuse aux âmes du purgatoire le
soulagement qu’on leur doit. C’est pour
cela qu’il se commet tant de sacrilèges, et
que la maison
de Dieu est devenue, comme le dit Notre-Seigneur
Jésus-Christ, une caverne de voleurs. Ne vous
étonnez pas si Dieu fait pleuvoir ses foudres
sur la terre,
et nous menace de guerre, de tremblements
de terre, et de calamités de toute sorte.
La cause, la
voici : Ils ont dissipé les sacrifices des
morts, et les
calamités se sont multipliées sur leurs
têtes.
C’est donc
avec raison que le quatrième concile de
Carthage
excommunie ces ingrats comme de vrais homicides, et
que le concile de Valence ordonne de les chasser de
l’Eglise comme des infidèles. Encore
n’est-ce pas là le plus grand des châtiments
dont Dieu
punit ces âmes insensibles. C’est dans
l’autre vie qu’il réserve ses plus grands
supplices ;
car saint Jacques nous enseigne qu’un jugement sans
miséricorde est réservé à celui qui n’a point fait
miséricorde.
Dieu permettra
qu’ils soient traités de la même manière
qu’ils ont
employée envers les autres, c’est-à-dire que
leurs
dernières volontés seront violées aussi, qu’on ne
célèbrera
point les messes qu’ils auront ordonnées par
testament pour
assurer leur délivrance ; que si on les
célèbre, le
mérite en sera appliqué à d’autres qui pendant leur
vie auront été plus charitables et plus
justes envers
les défunts.
On lit dans
les Chroniques des Frères Mineurs, qu’un
frère apparut
après sa mort à un autre religieux, et lui
révéla les
supplices affreux qu’il endurait au purgatoire,
particulièrement pour avoir négligé de prier pour les
autres frères
défunts. Il lui dit que jusqu’ici le bien
qu’on avait
fait pour lui, les messes qu’on avait dites
ne lui avaient
servi de rien, parce que Dieu, pour punir
sa négligence,
les avait appliquées à d’autres qui avaient été
pendant leur vie charitables envers les âmes
du purgatoire,
et cela dit, il disparut.
1° Faire dire beaucoup de messes pour les âmes du purgatoire et pour toutes nos intentions. Je vous supplie donc, cher lecteur, à genoux et de toute mon âme, de ne pas fermer ce livre avant d’avoir pris la ferme résolution d’assister autant que vos occupations vous le permettent, au saint sacrifice de la messe, et de faire dire autant de messes que vous le pourrez, non seulement pour les âmes des défunts, maisis encore pour la vôtre. Et cela pour deux motifs :
1° Pour
obtenir une bonne et sainte mort ; car c’est
l’opinion de
tous les saints docteurs, qu’il n’y a point de
moyen plus
efficace pour cela que le saint sacrifice de la
messe.
Notre-Seigneur
Jésus-Christ a révélé à sainte Mechtilde, que
celui qui aura eu la pieuse coutume d’assister
dévotement à la messe pendant sa vie, sera
consolé à la
mort par la présence des anges et de ses
saints
patrons, qui le défendront contre toutes les
embûches des
démons. Oh ! quelle
belle mort couronnera votre vie, si pendant
celle-ci, vous
avez eu soin d’assister à la messe, toutes
les fois que
vous l’aurez pu !
2° L’autre motif, c’est que vous mériterez par là de sortir promptement du purgatoire, et de vous envoler au ciel ; car il n’y a point de moyen plus efficace pour obtenir de Dieu la grâce si précieuse d’aller droit au ciel sans passer par le purgatoire, ou du moins de rester peu de temps en ce lieu, que les indulgences et le saint sacrifice de la messe.
Quant aux indulgences, les souverains pontifes en ont été prodigues envers ceux qui entendent dévotement la sainte messe. Nous avons suffisamment démontré plus haut combien elle est efficace pour hâter la rémission des peines du purgatoire.
L’exemple et l’autorité de Jean d’Avila devraient nous suffire pour nous en persuader. Ce grand serviteur de Dieu, qui fut l’oracle de l’Espagne, étant sur le point de mourir, on lui demanda quelle sorte de secours il désirait qu’on ménageât à son âme lorsque le Seigneur l’aurait rappelée à lui : "Des messes, des messes, des messes."
Permettez-moi de vous donner à ce sujet un conseil d’un grand poids ; c’est de faire dire pendant votre vie toutes les messes que vous voulez que l’on dise pour vous après votre mort, et de ne point vous fier à ceux que vous laissez en ce monde après vous. D’autant plus que saint Anselme nous apprend qu’une seule messe que vous aurez entendue, ou fait dire pour vous, pendant que vous vivez, vous sera plus profitable que mille après votre mort.
Cette
vérité fut bien comprise d’un riche marchand de
la rivière de
Gênes, lequel étant sur le point de mourir,
ne laissa rien
pour le soulagement de son âme. Tout le monde
était étonné qu’un homme si riche, si pieux, si
généreux envers tous, se fût montré à sa
mort si cruel
envers lui-même. Mais lorsqu’il
fut enterré, on trouva dans son livre le
détail de tout
le bien qu’il avait fait pendant sa vie,
pour le
soulagement de son âme. Deux mille
francs pour deux mille messes ; dix mille
francs pour
doter de pauvres orphelines, deux cents
francs pour
tel lieu pieux, etc. Et à la fin du livre il avait
écrit : "Que
celui qui se veut du bien se le fasse pendant sa
vie, et ne se fie point à ceux qu’il laisse
après lui."
On connaît ce
proverbe : qu’une chandelle que l’on porte devant
nous éclaire plus qu’une torche derrière.
Tirez profit
de cette sentence, et considérant l’excellence
et l’utilité de la sainte messe, déplorez
l’aveuglement
où vous avez vécu jusqu’ici, en n’estimant
point assez ce trésor précieux, qui a été
pour vous,
hélas ! un trésor caché.
Maintenant que vous en connaissez la valeur, ne vous permettez plus de penser, et moins encore de dire, qu’une messe de plus ou de moins, c’est peu de chose. Renouvelez, au contraire votre sainte résolution d’entendre, à partir de ce jour, autant de messes que vous en pourrez trouver l’heureuse occasion, et de les entendre avec les sentiments d’une vraie piété.
Que la
bénédiction de Dieu descende aujourd’hui sur
vous. Ainsi
soit-il.
2° Assister
souvent à la messe, et si possible, tous
les jours.
Ceux qui font
des difficultés d’assister tous les jours à
la messe
trouvent bien des prétextes pour excuser leur
tiédeur.
Lorsqu’il
s’agit des misérables intérêts de cette terre,
vous les
trouvez pleins de zèle, d’ardeur et d’activité.
Toute fatigue
est légère alors ; aucune incommodité ne les retient.
Mais lorsqu’il
est question d’assister à la messe, quoiqu’il n’y
ait aucune affaire plus importante que celle-ci, ils
sont froids et sans volonté, ils savent trouver mille
prétextes frivoles pour s’en dispenser ; ils
mettent en
avant des occupations graves, leur peu de
santé, des
intérêts de famille, le manque de temps, la multitude de
leurs affaires, etc. En un mot, si
la sainte Eglise ne les obligeait sous peine de péché
mortel, à entendre la messe au moins les jours de
fêtes, Dieu sait s’ils visiteraient jamais une
église, s’ils
ploieraient jamais les genoux devant un
autel.
Quelle honte,
et quel malheur en même temps.
Ah !
combien nous sommes déchus de la ferveur de ces
premiers
fidèles lesquels, comme nous l’avons vu plus
haut,
assistaient chaque jour au saint sacrifice, et se
nourrissaient
du pain des anges dans la sainte communion.
Et cependant
ils avaient aussi leurs affaires ; mais c’est
précisément
par le moyen de cette pieuse pratique qu’ils
savaient si bien ménager leurs intérêts spirituels
et temporels.
Monde aveugle,
quand ouvriras-tu les yeux pour reconnaître
ton erreur ? Réveillons-nous tous de notre
torpeur, et
que notre dévotion la plus chère soit d’entendre
chaque jour la sainte messe, et d’y faire la
sainte
communion.
Pour obtenir un but aussi saint, je ne connais point de moyen plus efficace que l’exemple : car c’est une maxime irréfutable que nous vivons tous d’exemples, et trouvons facile ce que nous voyons faire à ceux qui sont comme nous. Saint Augustin lui-même s’encourageait en se disant : "Quoi, tu ne pourrais pas ce qu’ont pu ceux-ci ou ceux-là ?" Et après avoir pris modèle sur de plus pieux que nous, devenons nous-même des exemples ! Quels fruits ne recueillerons-nous pas du bien que nous aurons ainsi fait aux autres, même à notre insu !
La messe et les honoraires
Je voudrais conclure par deux remarques très opportunes.
La première, c’est l’ignorance profonde d’un grand nombre de chrétiens, lesquels n’appréciant point les richesses immenses que renferme le saint sacrifice, lui attribueraient volontiers une valeur purement matérielle. De là viennent ces manières de parler de certaines personnes, qui, voulant avoir une messe, ne craignent pas de dire au prêtre à qui elles la demandent : "Voulez-vous dire la messe pour moi, ce matin ? Je vais vous la payer." Comment, payer la messe ! Mais quelle somme pourrait égaler la valeur d’une messe, puisque celle-ci vaut plus que le ciel tout entier ? Quelle ignorance lamentable ! Cet argent que vous donnez au prêtre, vous le lui donnez pour le faire vivre, mais non comme paiement de la messe qu’il dit pour vous.
Je vous ai
engagé, dans cette brochure, il est vrai, à
assister tous
les jours au saint sacrifice, et à faire dire
autant de
messes que vous pouvez. Or, je
m’imagine que le démon peut très bien vous
suggérer des
réflexions comme celle-ci : "Les prêtres
nous exhortent
par de bonnes raisons à faire dire beaucoup de
messes. Mais sous l’apparence d’un beau
zèle, ils
cherchent leur intérêt, et tout se fait et tout se
dit pour de
l’argent." Quelle erreur
! Je remercie Dieu de m’avoir fait embrasser un
institut, où l’on professe la plus stricte
pauvreté, où
l’on ne reçoit aucune aumône pour les messes.
Nous offrît-on
cent écus pour en dire une, nous ne pourrions les
accepter. Je puis donc
vous parler hardiment sans craindre ni vos
soupçons, ni
vos accusations ; car étant désintéressé
dans cette
question, je ne puis avoir en vue que votre
bien.
Or, ce que je
vous ai dit, je vous le répète encore. Entendez
beaucoup de messes, je vous prie, et faites-en
dire le plus
que vous pourrez ; vous acquerrez ainsi un grand trésor
qui vous profitera en ce monde et dans l’autre.
La seconde vérité dont vous devez être bien pénétrés, c’est l’efficacité du saint sacrifice, pour nous obtenir tous les biens, et nous délivrer de tous les maux, mais particulièrement pour nous ranimer dans nos défaillances et nous fortifier contre les tentations. Laissez-moi donc vous répéter : allez à la messe, allez à la messe tous les jours, si cela vous est possible, et compatible avec les devoirs de votre état, mais assistez-y avec une grande dévotion. Vous éprouverez en peu de temps, je vous l’assure, un changement merveilleux en vous-mêmes, et toucherez de la main, pour ainsi dire, le bien qu’en retirera votre âme.
source: http://pages.infinit.net/jclem/MerveillesdelaMesse.html