J'estime n'avoir rien composé de plus
utile que ce petit livre où je parle de la prière, indispensable et sûr moyen
d'obtenir le salut éternel et toutes les grâces dont nous avons besoin.
Sans la prière, toutes nos méditations,
résolutions et promesses resteront inutiles.
Si nous ne prions pas, nous serons toujours
infidèles à toutes les lumières reçues de Dieu et à toutes les promesses que
nous aurons faites.
La raison en est que, pour faire à chaque
instant le bien, pour vaincre les tentations, pratiquer les vertus, bref pour
observer les commandements et conseils divins, il ne suffit pas des lumières
reçues, ni des réflexions faites et des résolutions prises, mais il y faut de
plus le secours actuel de Dieu. Or, Dieu ne l'accorde qu'à ceux qui prient et
qui prient avec persévérance.
L'Apôtre Paul écrivait à Timothée:
« Je recommande donc, avant tout, qu'on fasse
des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces... »1-Tm 2,1
Saint Thomas explique que la prière est
proprement l'élévation de l'âme vers Dieu.
Quand la prière demande des choses précises,
on l'appelle justement "demande".
Si elle vise des choses indéterminées (comme
par exemple lorsque nous disons: Seigneur, viens à mon aide), on l'appelle
supplication. Quant à l'obsécration, c'est une pieuse adjuration ou objurgation
pour obtenir la grâce, comme quand nous disons:
"Par ta Croix et ta Passion, délivre nous,
Seigneur!"
Enfin, l'Action de grâces est le remerciement
pour les bienfaits reçus.
Par quoi, dit saint Thomas, nous méritons
d'en recevoir de plus grands . Au sens restreint, dit-il, la prière est le
recours à Dieu, mais pris en général, elle inclut tous les autres aspects que
nous venons d'indiquer, et c'est ainsi que nous l'entendrons chaque fois que
nous emploierons par la suite ce mot de prière.
Les textes de la Sainte Ecriture, qui nous
montrent la nécessité où nous sommes de prier, si nous voulons assurer notre
salut sont trop clairs :
« Il leur fallait prier sans cesse, et ne pas
se décourager» (Lc 18,1). «Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation »
(Mt 26, 41).
« Demandez et l'on vous donnera » (Mt 7, 7).
La raison en est claire. Sans le secours de
la grâce nous ne pouvons faire aucun bien:
« Hors de moi vous ne pouvez rien faire »(Jn
15, 5).
Saint Augustin écrit: « L'homme ne fait aucun
bien sans que Dieu lui donne de le faire »
Nous ne faisons aucun bien en dehors de celui
que Dieu nous fait réaliser par sa grâce.
Mais, ce secours de la grâce, le Seigneur,
selon sa providence ordinaire, ne l'accorde qu'à ceux qui prient.
Si donc sans le secours de la grâce nous ne
pouvons rien et si, par ailleurs, Dieu ne donne ordinairement ce secours qu'à
ceux qui prient, n'est-il pas clair, en conséquence, que la prière nous est
absolument nécessaire pour le salut ?
Pour faire notre salut nous devons lutter
et vaincre:
« L'athlète ne reçoit la couronne que s'il a
lutté selon les règles » (2 Tm 2, 5).
Mais, sans le secours divin, nous sommes
incapables de résister aux attaques d'ennemis si nombreux et si puissants.
Or, ce secours divin ne s'obtient que par la
prière.
Donc, sans la prière pas de salut possible.
St Grégoire écrit de même:
« Par leurs demandes les hommes méritent de
recevoir ce que le Dieu Tout-puissant a dès toujours résolu de leur donner ».
Bref, nous ne sommes que de pauvres
mendiants, qui n'avons rien d'autre que ce que Dieu nous donne en aumône:
« Je ne suis qu'un pauvre et un mendiant »(Ps
40 (39) 18).
Le Seigneur, dit saint Augustin, désire et
veut nous dispenser ses grâces, mais il ne veut les donner qu'à ceux qui les lui
demandent: « Dieu veut donner, mais il ne donne qu'à celui qui demande »
N'a-t-il pas affirmé « Demandez et l'on vous
donnera ? »
Oui, cherchez et vous recevrez !
Donc, conclut sainte Thérèse, qui ne cherche
pas ne reçoit pas.
"Comme la sève est nécessaire pour que les
plantes vivent et ne se dessèchent pas, ainsi dit saint Jean Chrysostome, la
prière est nécessaire à notre salut".
Ce même saint dit ailleurs:
"Comme l'âme donne la vie au corps, ainsi la
prière maintient l'âme en vie. De même que le corps ne peut vivre sans l'âme,
ainsi sans la prière l'âme est morte et sent mauvais .Elle sent mauvais , parce
que celui qui néglige de se recommander à Dieu commence aussitôt à puer le
péché".
La prière est aussi appelée nourriture de
l'âme, parce que le corps ne peut se soutenir sans nourriture, et de même, dit
saint Augustin, l'âme ne peut se conserver en vie sans la prière:
« De même que le corps se nourrit d'aliments,
ainsi l'homme se nourrit de prières »
La prière est en outre l'arme la plus
nécessaire pour nous défendre contre nos ennemis; celui qui n'y recourt pas, dit
saint Thomas, est perdu.
Adam est tombé, assure-t-il parce qu'il ne
s'est pas recommandé à Dieu au moment de la tentation: « Il a péché parce qu'il
n'eut pas recours au secours divin ».
Saint Charles Borromée observe, dans une
de ses Lettres Pastorales, qu'entre tous les moyens que Jésus Christ nous a
recommandés dans l'Evangile, il a donné la première place à la prière;
En cela il a voulu que son Eglise et sa
Religion se distinguent des Sectes ; il a voulu qu'on l'appelle spécialement
«Maison de Prière » : « Ma maison sera appelée une maison de prière- (Mt 21,
13).
Il conclut dans sa Lettre :
« Toutes les vertus trouvent dans la prière
leur origine, leur croissance et leur couronnement »
Saint Bernard écrit de même:
« Mais qui sommes-nous et quelle est notre
vaillance, pour pouvoir résister à de si multiples tentations ? C'est
précisément à cette prise de conscience que Dieu cherchait à nous amener... pour
que, constatant notre déficience et sachant qu'il n'est pour nous point d'autre
secours, nous nous précipitions en toute humilité vers sa miséricorde » .
Le Seigneur sait combien la nécessité de la
prière nous est utile pour nous maintenir dans l'humilité et exercer notre
confiance ; c'est pourquoi il permet que nous assaillent des ennemis que nous ne
pouvons pas vaincre par nos propres forces, afin que, par la prière, nous
obtenions de sa miséricorde le secours pour résister.
Personne ne peut maîtriser les tentations
impures de la chair, s'il ne se recommande à Dieu, quand il est tenté.
Alors qui ne recourt pas à Dieu est perdu.
La seule défense contre cette tentation,
c'est la prière, dit saint Grégoire de Nysse:
« La prière est la sauvegarde de la pureté ».
La chasteté est une vertu que nous n'avons
pas la force de pratiquer, si Dieu ne nous l'accorde pas, et Dieu ne la donne
qu'à ceux qui la lui demandent.
Mais celui qui la demande l'obtiendra
certainement.
Bref, dit-il, il ne saura jamais bien vivre,
celui qui ne saura pas bien prier: Celui-là sait bien vivre, qui sait bien prier
»
Au contraire, saint François d'Assise disait
qu'on ne peut jamais espérer voir aucun bon fruit d'une âme sans la prière.
C'est donc à tort qu'ils cherchent des
excuses, ces pécheurs qui disent: Nous n'avons pas la force de résister aux
tentations.
Mais, réplique saint Jacques, si vous n'avez
pas cette force, pourquoi ne la demandez-vous pas ?
Vous ne l'avez pas parce que vous ne cherchez
pas à l'avoir: « Vous ne possédez Pas parce que vous ne demandez pas »
(Jc 4, 2).
Faut-il demander l'intercession de la Vierge Marie
« Nous sommes tenus par la loi naturelle
d'observer cet ordre que Dieu a établi; Dieu a fixé que les inférieurs
parviendraient au salut en implorant l'aide des supérieurs ».
Ce qui revient à dire: de même que nous
n'avons accès au Père que par le Fils, médiateur de justice, de même nous
n'avons accès au Fils que par sa Mère, Médiatrice de grâce, qui nous obtient par
son intercession les biens que Jésus Christ nous a mérités.
Saint Bernard conclut, dans un autre passage,
que Marie a reçu de Dieu deux plénitudes de grâce:
- la première, c’est l'Incarnation du Verbe
éternel fait homme dans son chaste sein.
- la seconde, la plénitude des grâces que
nous recevons de Dieu par l'intermédiaire de cette divine Mère.
Saint Bernard nous exhorte donc à recourir
sans cesse à cette divine Mère, parce que ses prières sont certainement exaucées
par son Fils:
« Recours à Marie... Je n'hésite pas à
l'affirmer: elle aussi sera exaucée en raison de son humble et libre soumission.
Oui, le Fils exaucera sa Mère...
Petits enfants, voilà l'échelle des pécheurs,
voilà ma plus grande assurance, voilà toute la raison de mon espérance ».
Le saint l'appelle Echelle, parce que, dans
une échelle, on n'arrive au troisième échelon qu'en mettant d'abord le pied sur
le second, et on n'arrive au second qu'en mettant le pied sur le premier; de
même, on n'arrive à Dieu que par Jésus Christ, et on n'arrive à Jésus Christ que
par Marie.
Il la nomme ensuite « toute mon assurance et
la raison de mon Espérance » parce que, affirme-t-il, Dieu veut que toutes ses
grâces passent par les mains de Marie.
Et de conclure: toutes les grâces que nous
désirons, nous devons les demander par Marie; elle nous obtient tout ce que nous
voulons et ses prières ne peuvent pas être repoussées:
« Recherchons la grâce et recherchons-la par
Marie, car ce qu'elle cherche, elle le trouve (Mt 7, 7) et ne saurait en être
privée ».
"Nos prières sont si chères à Dieu qu'il a
chargé les anges , dit Saint Hilaire, de les lui présenter dès que nous les Lui
adressons.
Les Anges président aux prières des fidèles
et ils les offrent chaque jour à Dieu ".
Mais, pour mieux comprendre l'efficacité des
prières près de Dieu, il suffit de lire dans les Saintes Ecritures, dans
l'Ancien et dans le Nouveau Testament, les innombrables promesses faites par
Dieu à ceux qui le prient:
" Invoque-moi et je te répondrai " (Jr 33,
3).
" Invoque-moi, je te délivrerai " (Ps50 (49),
15).
" Demandez et l'on vous donnera; cherchez et
vous trouverez; frappez et l'on vous ouvrira "
(Mt 7, 7).
" Combien plus votre Père qui est dans les
cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui l'en prient " (Mt 7, 11). "
" Car quiconque demande reçoit, qui cherche
trouve " (Lc 11,10).
" Si deux d'entre vous, sur terre, unissent
leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père "
(Mt 18, 19).
" Tout ce que vous demanderez en priant,
croyez que vous l'avez déjà reçu, et cela vous sera accordé " (Mc, 11, 24).
" Si vous me demandez quelque chose en mon
nom, je le ferai " (Jn 14, 14).
" Si vous demeurez en moi... demandez ce que
vous voudrez et vous l'aurez " (Jn 15, 7). "
En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que
vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom " (Jn 16, 23).
Efficacité de la Prière (11/26)
Dieu nous veut sauvés, mais il veut, pour
notre plus grand bien, que nous le soyons en vainqueurs.
Nous avons à mener ici-bas une guerre
continuelle, et pour faire notre salut nous devons lutter et vaincre:
" Personne ne pourra être couronné sans être
vainqueur " dit saint Jean Chrysostome.
Nous sommes très faibles, les ennemis sont
nombreux et puissants.
Comment pourrons-nous faire front et les
dominer ?
Prenons courage et que chacun dise comme
l'Apôtre Paul: " Je puis tout en Celui qui me rend fort " (Ph 4, 13).
Nous pourrons tout par la prière.
Le Seigneur nous donnera par elle cette force
que nous n'avons pas.
La prière est toute puissante : " Elle est
seule, mais elle peut tout "
Saint Bonaventure considère que la prière
nous permet d'acquérir tous les biens et d'échapper à tous les maux:
" Par elle on obtient tout bien, par elle on
est délivré de tout mal "
Efficacité de la Prière (12/26)
Saint Laurent Justinien estime que, par la
prière, nous nous bâtissons une tour solide où nous serons en sûreté, à l'abri
de tous les pièges et de toutes les violences des ennemis:
" Par l'exercice de la prière l'homme se
construit une forteresse "
Les puissances de l'Enfer sont fortes mais,
dit saint Bernard, la prière est plus forte que tous les démons: " La prière
l'emporte sur tous les démons "
En un mot, dit saint Jean Chrysostome: " La
prière est une armure, une protection, un port et un trésor ".
La prière est une armure capable de résister
à tous les assauts des démons ; elle est une protection qui nous met à l'abri de
tous les dangers; elle est un port où nous pouvons chercher refuge dans les
tempêtes; elle est en même temps un trésor qui nous comble de tous les biens.
" Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez
sous le fardeau, et moi je vous soulagerai "
(Mt 11, 28).
Mes pauvres enfants, dit le Sauveur, vous
êtes assaillis par les ennemis, vous êtes accablés sous le poids de vos péchés;
ne perdez pas courage, recourez à moi par la prière, et je vous donnerai la
force de résister, je porterai remède à tous vos maux..
Que fait la prière ?
Ecoutons saint Laurent Justinien:
" Elle apaise Dieu, exauce les souhaits,
triomphe des adversaires et change les humains ".
La prière apaise la colère de Dieu, il
pardonne à qui le prie avec humilité; elle obtient par grâce tout ce que l'on
demande; elle vient à bout de toutes les forces ennemies, et, en somme, change
les humains d'aveugles en clairvoyants, de faibles en forts,.de pécheurs en
saints.
N'entretenez aucun souci; mais en tout besoin
recourez à l'oraison et à la prière, pénétrées d'action de grâces, pour
présenter vos requêtes à Dieu " (Ph 4, 6).
Nous n'avons donc pas d'excuse si nous nous
faisons vaincre par la tentation.
Nous ne sommes vaincus que par notre faute:
c'est que nous n'avons pas assez prié !
Par la prière on triomphe fort bien de tous
les pièges et de toutes les attaques des ennemis :
" Par la prière, tout ce qui pourrait nous
nuire est mis en fuite " écrit saint Augustin.
" Tu n'auras plus à pleurer car il va te
faire grâce à cause du cri que tu pousses;
dès qu'il l'entendra, il te répondra " (Is
30, 19).
Saint Jean Chrysostome écrit que Dieu se
tient toujours prêt à écouter nos prières.
Il n'arrive jamais qu'il n'exauce pas ceux
qui le prient, quand ils le font comme il faut:
" Dieu est toujours prêt à écouter le voix de
ses serviteurs ; jamais il n'a fait la sourde oreille quand on l'a appelé comme
il faut ".
Il dit ailleurs:
"quand nous prions, avant même que nous ayons
fini de lui exposer nos demandes, déjà il nous ,exauce !"
" On obtient toujours, alors même que l'on
est encore en train de demander".
Nous en avons reçu la promesse de Dieu
lui-même:
" Ils parleront encore que j'aurai déjà
entendu " (Is 65, 24).
Saint Augustin nous exhorte ainsi:
"Puisque nous avons à faire à un Seigneur
d'une infinie puissance et richesse, ne lui demandons pas des choses
insignifiantes et sans valeur mais quelque chose de précieux: "
C'est le Tout-Puissant que vous sollicitez,
demandez-lui quelque chose de grand" ! ".
Aussi, fait remarquer saint Isidore, c'est
surtout lorsque nous sommes occupés à prier et à demander à Dieu ses grâces que
le démon se donne le plus de mal pour nous distraire par la pensée des affaires
temporelles:
" C'est surtout lorsque le diable voit
quelqu'un en train de prier qu'il lui met le plus des idées dans la tête "
Pourquoi cela ?
Parce que l'ennemi voit que nous ne gagnons
jamais davantage les trésors du ciel que lorsque nous prions. Le meilleur fruit
de l'oraison mentale, c'est qu'on y demande à Dieu les grâces nécessaires pour
la persévérance et le salut éternel.
C'est pour ce motif surtout que l'oraison
mentale est nécessaire à l'âme pour se maintenir dans la grâce de Dieu. "
On obtient quelquefois plus vite par une
courte prière ce que l'on n'obtiendrait que difficilement par de bonnes œuvres !
Saint Ambroise ajoute:
"Avant même d'avoir fini, celui qui prie est
déjà exaucé parce que prier et recevoir, c'est tout un. Celui qui demande à Dieu
reçoit au moment même de sa prière; car demander à Dieu est déjà recevoir "
Saint Jean Chrysostome a pu écrire: " Rien
n'est plus puissant qu'un homme qui prie parce qu'il participe à la puissance de
Dieu. "
Conditions de la Prière(15/26)
"En vérité, en vérité, je vous le dis, ce
que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom"(Jn 16, 23).
Jésus-Christ nous le promet: tout ce que nous
demanderons au Père en son nom, tout cela le Père nous l'accordera, mais cela
s'entend toujours d'une demande faite selon les conditions requises. Beaucoup,
dit Saint Jacques, cherchent et n'obtiennent pas parce qu'ils cherchent :
"Vous demandez et ne recevez pas, parce que
vous demandez mal "(Jc 4, 3).
Saint Basile commente ainsi les paroles de
l'Apôtre:
« Si quelquefois tu demandes et n'obtiens
pas, c'est que tu as mal demandé, en manquant de foi, ou avec légèreté, ou pour
ce qui ne te convenait pas ou alors parce que tu as abandonné la prière ».
« En manquant de foi > , c'est-à-dire avec
peu de foi ou peu de confiance. « Avec légèreté > c'est-à-dire avec peu de désir
d'obtenir la grâce.
Un auteur affirme :
«Celui qui prie pour les autres voit d'autant
plus vite exaucées les prières qu'il fait pour lui-même...
Quelquefois, nous demandons des faveurs
temporelles et Dieu ne nous exauce pas, pourquoi ? Parce qu'il nous aime et veut
nous traiter avec miséricorde :
« Si quelqu'un prie Dieu loyalement pour les
nécessités de cette vie, tantôt Dieu les accorde par miséricorde et tantôt les
refuse également par miséricorde.
En effet, ce qui est utile au patient, le
médecin le sait mieux que le malade ».
Souvent nous demandons à Dieu de nous
délivrer de quelque tentation dangereuse, et Dieu ne nous exauce pas non plus.
Il permet que la tentation continue de nous importuner. Sachons que Dieu agit
encore ainsi pour notre plus grand bien.
Ce ne sont pas les tentations ni les
mauvaises pensées qui nous éloignent de Dieu mais les consentements coupables.
Quand l'âme se recommande à Dieu au moment de la tentation et qu'avec sa grâce
elle y résiste, elle progresse alors en perfection et parvient à une plus grande
union avec Dieu !
Voilà pourquoi le Seigneur ne l'exauce pas.
Saint Paul priait avec instance pour être
délivré des tentations charnelles :
« Il m'a été mis une écharde en la chair, un
ange de Satan chargé de me souffleter..A ce sujet, par trois fois, j'ai prié le
Seigneur pour qu'il l'éloigne de moi » (2 Co 12, 7).
Mais le Seigneur lui répondit: « Ma grâce te
suffit ».
Dans les tentations nous devons donc prier
Dieu avec soumission : Seigneur, délivrez-moi de cet ennui si vous jugez utile
de m'en libérer; et sinon donnez-moi au moins le secours nécessaire pour y
résister.
Que fait alors le Seigneur ? Quand nous
demandons à Dieu quelque grâce, dit Saint Bernard, il nous l'accorde ou alors
quelque chose de plus utile. Souvent Dieu nous laisse souffrir dans la tempête
pour mettre à l'épreuve notre fidélité et pour notre plus grand profit.
Il semble être sourd à nos prières mais
soyons sûrs qu'il nous entend parfaitement et nous aide en secret ; il nous
fortifie par sa grâce pour que nous résistions à toutes les attaques des
ennemis.
Persuadons-nous bien que nous sommes comme
sur le sommet d'une montagne, suspendus au-dessus de l'abîme de tous les péchés
et soutenus par le seul fil de la grâce: si ce fil nous lâche, nous serons
certainement précipités dans ce gouffre et nous commettrons les crimes les plus
horribles:
« Si Yahvé ne me venait en aide, bientôt mon
âme habiterait le silence (l'Enfer) » (Ps 94 (93), 17).
Si Dieu ne m'avait pas secouru, je serais
tombé en mille péchés et serais maintenant en Enfer.
Ainsi s'exprimait le Psalmiste. Ainsi doit
parler chacun d'entre nous.
Pourquoi saint François d'Assise allait-il
jusqu'à se proclamer le plus grand pécheur du monde ?
Père, lui dit son compagnon, ce n'est pas
vrai. Beaucoup de personnes au monde sont pires que vous.
Hélas ! lui répliqua le saint, ce que je dis
n'est que trop vrai, car si Dieu ne tenait pas sa main au-dessus de moi pour me
protéger, je commettrais tous les péchés.
Sans la grâce, nous ne pouvons faire aucune
bonne œuvre, pas même avoir une bonne pensée:
3Sans la grâce, dit saint Augustin, ils (les
hommes) ne font rien de bon, soit par pensée..., soit par action ».
Que l'on dise avec saint Paul: < C'est par la
grâce de Dieu que je suis ce que je suis » (I Co 15, 10).
Conditions de la Prière(19/26)
Ne cessons pas de trembler; craignons à
chaque instant de tomber:
« Que celui qui se flatte d'être debout
prenne garde de tomber » (I Co 10, 12).
L'Apôtre entend ainsi nous prévenir: celui
qui se croit sûr de ne pas tomber est en grand danger de le faire.
Il en donne ailleurs la raison: "Si quelqu'un
estime être quelque chose, alors qu'il n'est rien, il se fait illusion "(Ga 6,
3).
Saint Augustin écrit : « La confiance
excessive en leurs forces en empêche beaucoup d'être forts, seuls sont solides
ceux qui ont conscience de leur faiblesse »
Si quelqu'un affirme qu'il n'a pas peur, cela
veut dire qu'il a confiance en lui-même et en ses résolutions. Mais cette
confiance pernicieuse l'égare.
Se fiant à ses propres forces, il cesse de
craindre et de se recommander à Dieu; il va donc certainement tomber. De même,
chacun doit se garder de s'admirer et de se vanter, en voyant les péchés des
autres. Il doit bien plutôt se considérer lui-même comme pire que les autres:
Seigneur, si vous ne m'aviez pas aidé, j'aurais fait pire.
Confiance avec laquelle nous devons prier:
L'Apôtre saint Jacques nous dit que si nous
voulons obtenir les grâces de Dieu par la prière, c'est que nous priions avec la
confiance assurée d'être exaucés si nous prions, comme il se doit, sans hésiter:
« Qu'il demande avec foi sans hésitation » (Jc 1, 6).
Saint Thomas nous enseigne que si la prière
doit à la charité le pouvoir de mériter, c'est de la foi et de la confiance
qu'elle tient son efficacité:
"La prière doit à la charité la vigueur de
son mérite, à la foi et la confiance l'efficacité de sa demande »
Le Prophète l'exprimait déjà « Sur nous soit
ton amour, Yahvé, comme notre espoir est en toi » (Ps 33(32), 22).
Le centurion en est témoin, lui dont le
Rédempteur a loué la confiance: « Va ! Qu'il t'advienne selon ta foi > (Mt 8,
13).
Et le Seigneur révéla à sainte Gertrude:
celui qui le prie avec confiance lui fait en quelque sorte tant de violence
qu'il ne peut pas ne pas l'exaucer en tout ce qu'il demande".
« La prière, dit saint Jean Climaque, fait
une pieuse violence à Dieu »
Oui, la prière fait violence à Dieu mais une
violence qui lui est chère et agréable.
« Avançons-nous donc avec assurance vers le
trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce pour une aide
opportune » (He 4, 16).
Mais, dira-t-on, je ne suis qu'un
misérable. Sur quoi vais-je donc fonder ma confiance d'être exaucé ? Sur la
promesse de Jésus Christ: " Demandez et vous recevrez "(Jn 16, 24). Demandez et
vous obtiendrez.
Qui voudrait être trompé, lorsque c'est la
vérité qui promet ? » dit saint Augustin.
Comment pouvons-nous douter d'être exaucés,
alors que c'est Dieu, la Vérité même, qui promet de nous écouter et de nous
exaucer ?
"Il ne nous pousserait pas à « Demandez ce
que vous voudrez et vous l'aurez "(Jn 15, 7).
Pour nous inculquer cette confiance, le
Seigneur nous a appris, dans le Pater Noster, à appeler Dieu, lorsque nous
recourons à lui pour lui demander ses grâces, et elles sont toutes contenues
déjà dans l'oraison dominicale, non pas Seigneur mais Père: Notre Père!
Il veut, en effet, que nous recourions à Dieu
avec la confiance même d'un enfant pauvre ou malade qui sollicite de son propre
père des moyens de subsistance ou quelque remède.
Si un enfant est sur le point de mourir de
faim, il suffit qu'il paraisse devant son père et celui-ci aussitôt lui fournira
de la nourriture.
Si l'enfant vient à être mordu par un serpent
venimeux, il suffira qu'il montre sa blessure à son père et celui-ci y
appliquera aussitôt le remède voulu.
La demande du pécheur naît du désir de
sortir de son péché et de retrouver la grâce de Dieu.
Or, ce désir est un don qui ne lui vient
certainement pas d'un autre que Dieu lui-même.
Pourquoi donc, Dieu inspirerait-il ce désir
au pécheur, s'il ne voulait pas le convertir ?
« Dans quel but donnerait-il ce désir, s'il
n'avait pas l'intention de l'exaucer ? »
Persévérance:
L'Apôtre Paul inculquait à ses disciples de
ne jamais cesser de prier:
« Priez sans cesse » (I Th 5, 17).
« Soyez assidus à la prière » (Col 4, 2).
« Ainsi je veux que les hommes prient en tout
lieu » (I Tm 2).
Le Seigneur veut bien nous accorder la
Persévérance et la vie éternelle, mais uniquement à ceux qui la demandent avec
persévérance .
Avec la grâce beaucoup de pécheurs arrivent à
se convertir à Dieu et à recevoir le pardon; mais s'ils cessent de demander la
persévérance, ils retournent au péché et perdent tout.
Il ne suffit pas, de demander la grâce de la
Persévérance une fois en passant ou rarement mais toujours, chaque jour, jusqu'à
la mort:
« La demander chaque jour pour l'obtenir
chaque jour » .
Qui la demande un jour l'aura pour ce
jour-là; s'il ne la demande pas demain, demain il tombera ! C'est ce que nous
enseigne la parabole de l'ami qui ne consentit à donner du pain à l'importun
qu'après une longue insistance: « Même s'il ne se lève pas pour les lui donner
en qualité d'ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera
tout ce dont il a besoin » (Lc 11, 8). Cet ami, dit saint Augustin, finit par
lui donner les pains qu'il demande, bien qu'à contrecœur et pour se débarrasser
de cet importun.
A combien plus forte raison, Dieu, la bonté
infinie, qui a un tel désir de nous communiquer ses biens, ne nous
accordera-t-il pas ses grâces ?
Selon saint Grégoire, Dieu veut qu'on lui
fasse violence par la prière.
Cette violence ne l'irrite pas mais elle
attire sa clémence: "
Dieu veut être appelé, il veut être forcé, il
veut être vaincu par une certaine importunité...
Dieu n'est pas offensé par la bonne violence
mais apaisé !
Pour obtenir la Persévérance, il faut donc
nous recommander sans cesse à Dieu, le matin, le soir,
à la méditation, à la messe, à la communion,
toujours et spécialement au moment des tentations.
II faut répéter alors: Seigneur, Seigneur,
assistez-moi, protégez-moi, ne m'abandonnez pas, ayez pitié de moi !
Qu'y a-t-il de plus facile que de lancer ces
appels vers le Seigneur ?
Mais jusqu'à quand doit-on prier?
Toujours, jusqu'à ce que nous recevions la
sentence favorable du salut éternel, c'est-à-dire jusqu'à la mort :
« Ne t'arrête pas, continue-t-il, tant que tu
n'as pas reçu ! ».
"Celui qui se dit: je ne cesserai pas de
prier, tant que je ne serai pas sauvé, celui-là est sûr de son salut: « Si tu
dis : je ne me retirerai pas avant d'avoir reçu, tu recevras certainement ».
L'Apôtre Paul écrit: Beaucoup courent après
la récompense mais un seul la reçoit, celui qui réussit à la saisir:
« Ne savez-vous pas que, dans les courses du
stade, tous courent mais un seul obtient le prix ? Courez donc de manière à le
remporter! »