Saint Macaire le Grand
(latin : Macarius, grec :Makarios, en arabe : Abu Magar, Abu
Maqquar, Abu Ma'ar, ou Maqarah)
Fête le 19 janvier Naissance 300 , Basse-Egypte Mort 390 -
Idem
Sur la Prière
Citation des "Cent cinquante homélies spirituelles".
18. La persévérance dans la prière est le fondement de tout bon effort et la
cime où s'accomplissent les œuvres droites. C'est par elle, quand nous appelons
Dieu à tendre une main secourable, que nous acquérons les autres vertus. C'est
dans la prière en effet qu'est donné à ceux qui en sont jugés dignes de
communier à l'énergie mystique et de rencontrer l'état de sainteté qui, par
l'ineffable amour du Seigneur, tourne vers Dieu également l'intelligence
elle-même. Il est dit : "Tu as donné la joie à mon cœur". Et le Seigneur
lui-même : "Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous". Que le Royaume de Dieu
soit au dedans, qu'est-ce que cela peut signifier d'autre que ceci : la joie
céleste de l'Esprit marque clairement de son empreinte les âmes qui en sont
dignes ? Car les âmes qui, par la communion efficace de l'Esprit, sont dignes
d'une telle grâce reçoivent les arrhes et les prémices de la réjouissance, de la
joie, du bonheur que donne l'Esprit, et auquel ont part les saints dans la
lumière éternelle au cœur du Royaume du Christ. C'est là, nous le savons, ce
qu'a montré l'Apôtre divin. Il dit en effet : "Il nous console dans notre
affliction, afin que par la consolation que nous mêmes recevons de Dieu, nous
puissions consoler ceux qui sont dans la détresse". Mais également : "Mon cœur
et ma chair crient de joie vers le Dieu vivant", et : "Comme de graisse et de
moelle mon âme sera rassasiée". De même les versets qui s'accordent à ceux-ci
veulent dire la même chose, et font allusion à la joie et à la consolation
efficaces de l'Esprit.
19. De même que l'œuvre de la prière est plus grande que les autres, de même
celui qui est épris d'amour pour elle doit se donner plus de peine et de souci
afin de ne pas se faire voler à son insu par le vice. Car en ceux qui visent un
plus grand bien, le malin attaque avec de plus grands efforts. Un tel homme aura
ainsi besoin d'une grande vigilance et d'une grande sobriété pour porter
davantage encore les fruits de l'amour et de l'humilité, de la simplicité et de
la bonté, et enfin du discernement, en persévérant chaque jour dans la prière.
Ces fruits lui rendront manifestes son propre progrès et sa propre croissance
dans les choses de Dieu, et ils inviteront les autres à éprouver la même
ferveur.
20. L'Apôtre divin lui-même enseigne qu'il faut prier continuellement et
persévérer dans la prière. Et le Seigneur l'a dit : "Combien plus Dieu fera-t-il
justice à ceux qui l'appellent nuit et jour" et : "Veillez et priez". Il faut
donc "toujours prier et ne pas se lasser". De même que celui qui persévère dans
la prière a choisi une œuvre plus fondamentale, de même il lui faut mener un
grand combat et soutenir un effort continu, car à la persévérance dans la prière
s'opposent les nombreux obstacles du vice : le sommeil, l'acédie, la pesanteur
du corps, l'égarement des pensées, l'agitation de l'intelligence, le
relâchement, et les autres œuvres mauvaises. Puis viennent les afflictions, les
soulèvements des esprits du mal eux-mêmes, qui nous combattent et nous résistent
avec acharnement et empêchent d'approcher Dieu l'âme qui sans relâche le
recherche en vérité.
22. Si l'humilité et l'amour, la simplicité et la bonté, ne règlent pas le bon
ordre de notre prière, une telle prière, qui serait plutôt l'apparence de la
prière, ne peut guère nous aider. Et nous ne disons pas cela de la seule prière,
mais de tout effort et de toute peine, de la virginité, du jeûne, de la veille,
de la psalmodie, du service, de tout travail fait avec attention pour l'amour de
la vertu. Si nous ne nous attachons pas à voir en nous-mêmes les fruits de
l'amour, de la paix, de la joie, de la simplicité, de l'humilité, mais aussi de
la douceur, de la candeur, de la foi telle qu'elle doit être, de la patience et
de la bienveillance, les peines que nous nous donnons ne nous servent à rien.
Car nous acceptons de supporter les peines pour profiter des fruits. Mais si
l'on ne trouve pas en nous les fruits de l'amour, notre travail est tout à fait
vain. De tels hommes ne diffèrent en rien des cinq vierges folles. Celles-ci
n'avaient pas dès maintenant dans leur cœur l'huile spirituelle : l'énergie des
vertus dont nous avons parlé, cette énergie que donne l'Esprit. Aussi
furent-elles appelées folles et rejetées lamentablement hors du lieu des noces
royales, sans recevoir en partage le fruit des peines de la virginité. En effet,
quand on cultive la vigne, on prodigue à l'avance tous ses soins et toute sa
peine dans l'espoir d'obtenir des fruits, mais si l'on n'a pas récolté de
fruits, le travail s'avère aléatoire. De même si nous ne voyons pas en nous,
grâce à l'énergie de l'Esprit, les fruits de l'amour, de la paix, de la joie et
des autres vertus que l'Apôtre a énumérées, et si nous ne nous attachons pas à
reconnaître cette grâce en toute certitude et par la perception spirituelle,
l'effort de la virginité, de la prière, de la psalmodie, du jeûne et de la
veille est manifestement vain. Car ces peines et ces efforts de l'âme et du
corps doivent s'accomplir, nous l'avons dit, dans l'espérance des fruits
spirituels. Porter les fruits des vertus est une jouissance spirituelle,
accompagnée d'un plaisir incorruptible, que l'Esprit suscite secrètement dans
!es cœurs fidèles et humbles. Qu'ainsi les peines et les efforts soient
considérés pour ce qu'ils sont, comme des peines et des efforts, et que les
fruits soient considérés comme des fruits. Mais si quelqu'un, par manque de
connaissance, pense que son travail et son effort sont des fruits de l'Esprit,
qu'il n'ignore pas qu'il se console et se trompe lui-même, et que dans son état
il est privé des fruits réellement grands, les fruits de l'Esprit.
24. Ceux qui ne peuvent pas encore - parce qu'ils sont des enfants s'adonner
jusqu'au bout à l'œuvre de la prière, doivent accepter de servi leurs frères
avec piété, foi et crainte de Dieu. Car ils sont au service d'un commandement de
Dieu et d'une œuvre spirituelle. Mais qu'ils n'attende pas des hommes un
salaire, ou un honneur, et un remerciement. Qu'ils ne se permettent aucun
murmure, ni orgueil, ni négligence, ni relâchement, à de ne pas souiller et
corrompre une telle Couvre bonne, mais qu'ils s'efforcent cent bien plutôt de la
rendre agréable à Dieu par la piété, la crainte et la joie.
25. Le Seigneur est descendu parmi les hommes - ô la miséricorde divine à notre
égard ! - avec tant d'amour et de bonté, cherchant à ne pas laisser d'œuvre
bonne sans aucun salaire, mais à mener tous les êtres des plus petites aux plus
grandes vertus, pour ne priver personne de récompense, n'aurait-on donné qu'un
verre d'eau fraîche. Car il a dit: "Quiconque donnera à boire un seul verre
d'eau fraîche à l'un de ces petits, parce qu'il est Mon disciple, en vérité Je
vous le dis, il ne perdra pas sa récompense". Et encore : "Dans la mesure où
vous avez fait cela à l'un d'eux, c'est à Moi que vous l'avez fait". Seulement,
qu'on fasse un tel geste pour l'amour de Dieu, et non pour une gloire humaine.
Car il a ajouté : "parce qu'il est Mon disciple", c'est-à-dire : dans la crainte
et l'amour du Christ. Blâmant en effet ceux qui poursuivent le bien
ostensiblement, et donnant à sa parole la force d'une sentence ferme, le
Seigneur en vient à dire : "En vérité Je vous le dis, ils ont reçu leur
récompense".
Macaire le Grand.
La figure de Saint Macaire est très certainement composite. Son nom lui-même,
Makavrioõ - Makarios -, est en fait un adjectif qui signifie "bienheureux". Le
Macaire originel naquit en haute-Égypte, vers 300. Vers 330, il se fit moine,
c'est-à-dire qu'il se retira, le premier, dans le désert de Scétis, à l'endroit
appelé depuis Deir Abu Makar (34). Bientôt rejoint par d'autres hommes, il y
vécut en ermite, entouré par les retraites des autres solitaires. C'est alors
que, étonnés par sa sagesse et son intelligence, ses compagnons lui donnèrent le
surnom de toV nevoõ ghraioõ - to néos gêraios -, "le jeune âgé".
"Prophète et docteur", c'est-à-dire théologien et prêcheur, Macaire fut ordonné
prêtre vers 340. Les moines se réunissaient autour de lui pour les liturgies et
admiraient l'éloquence de ses homélies et de ses sermons. Fermement opposé à
l'hérésie arienne, il fut, vers 374, exilé dans une île du Nil par l'évêque
Lucius d'Alexandrie. Peu de temps après, il revint au désert pour y finir ses
jours. C'est pendant cette dernière période qu'Évagre le Pontique fut son
disciple. Il mourut vers 391.
La littérature macarienne comporte au moins trois sources :
- une lettre, "Aux amis de Dieu", sans doute authentiquement du premier Macaire;
- les "Cent Cinquante Homélies spirituelles", réunies par Syméon le Métaphraste
(35), que la critique moderne attribue souvent à un auteur de tendance
messalienne, Syméon de Mésopotamie et nous nous y référerons comme au
pseudo-Macaire;
- le cycle copte de Macaire, avec le recueil des "Vertus de saint Macaire",
appelé ici le Macaire copte.
On voit ici l'importance d'une tradition orale inspirée par la figure du
"Bienheureux".
Le texte ci-dessous rapporte très vraisemblablement la pensée de saint
Macaire :
"On demandait à l'abba (36) Macaire : Comment doit-on prier ? L'ancien répondit
: Point n'est besoin de se perdre en paroles; il suffit d'étendre les mains et
de dire « Seigneur, comme il Vous plaît et comme Vous savez, ayez pitié ». Si le
combat vous presse, dites : « Seigneur, au secours ! ». Il sait ce qui vous
convient et Il aura pitié de vous."
Citation des "Cent cinquante homélies spirituelles".
18. La persévérance dans la prière est le fondement de tout bon effort et la
cime où s'accomplissent les œuvres droites. C'est par elle, quand nous appelons
Dieu à tendre une main secourable, que nous acquérons les autres vertus. C'est
dans la prière en effet qu'est donné à ceux qui en sont jugés dignes de
communier à l'énergie mystique et de rencontrer l'état de sainteté qui, par
l'ineffable amour du Seigneur, tourne vers Dieu également l'intelligence
elle-même. Il est dit : "Tu as donné la joie à mon cœur". Et le Seigneur
lui-même : "Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous". Que le Royaume de Dieu
soit au dedans, qu'est-ce que cela peut signifier d'autre que ceci : la joie
céleste de l'Esprit marque clairement de son empreinte les âmes qui en sont
dignes ? Car les âmes qui, par la communion efficace de l'Esprit, sont dignes
d'une telle grâce reçoivent les arrhes et les prémices de la réjouissance, de la
joie, du bonheur que donne l'Esprit, et auquel ont part les saints dans la
lumière éternelle au cœur du Royaume du Christ. C'est là, nous le savons, ce
qu'a montré l'Apôtre divin. Il dit en effet : "Il nous console dans notre
affliction, afin que par la consolation que nous mêmes recevons de Dieu, nous
puissions consoler ceux qui sont dans la détresse". Mais également : "Mon cœur
et ma chair crient de joie vers le Dieu vivant", et : "Comme de graisse et de
moelle mon âme sera rassasiée". De même les versets qui s'accordent à ceux-ci
veulent dire la même chose, et font allusion à la joie et à la consolation
efficaces de l'Esprit.
19. De même que l'œuvre de la prière est plus grande que les autres, de même
celui qui est épris d'amour pour elle doit se donner plus de peine et de souci
afin de ne pas se faire voler à son insu par le vice. Car en ceux qui visent un
plus grand bien, le malin attaque avec de plus grands efforts. Un tel homme aura
ainsi besoin d'une grande vigilance et d'une grande sobriété pour porter
davantage encore les fruits de l'amour et de l'humilité, de la simplicité et de
la bonté, et enfin du discernement, en persévérant chaque jour dans la prière.
Ces fruits lui rendront manifestes son propre progrès et sa propre croissance
dans les choses de Dieu, et ils inviteront les autres à éprouver la même
ferveur.
20. L'Apôtre divin lui-même enseigne qu'il faut prier continuellement et
persévérer dans la prière. Et le Seigneur l'a dit : "Combien plus Dieu fera-t-il
justice à ceux qui l'appellent nuit et jour" et : "Veillez et priez". Il faut
donc "toujours prier et ne pas se lasser". De même que celui qui persévère dans
la prière a choisi une œuvre plus fondamentale, de même il lui faut mener un
grand combat et soutenir un effort continu, car à la persévérance dans la prière
s'opposent les nombreux obstacles du vice : le sommeil, l'acédie, la pesanteur
du corps, l'égarement des pensées, l'agitation de l'intelligence, le
relâchement, et les autres œuvres mauvaises. Puis viennent les afflictions, les
soulèvements des esprits du mal eux-mêmes, qui nous combattent et nous résistent
avec acharnement et empêchent d'approcher Dieu l'âme qui sans relâche le
recherche en vérité.
22. Si l'humilité et l'amour, la simplicité et la bonté, ne règlent pas le bon
ordre de notre prière, une telle prière, qui serait plutôt l'apparence de la
prière, ne peut guère nous aider. Et nous ne disons pas cela de la seule prière,
mais de tout effort et de toute peine, de la virginité, du jeûne, de la veille,
de la psalmodie, du service, de tout travail fait avec attention pour l'amour de
la vertu. Si nous ne nous attachons pas à voir en nous-mêmes les fruits de
l'amour, de la paix, de la joie, de la simplicité, de l'humilité, mais aussi de
la douceur, de la candeur, de la foi telle qu'elle doit être, de la patience et
de la bienveillance, les peines que nous nous donnons ne nous servent à rien.
Car nous acceptons de supporter les peines pour profiter des fruits. Mais si
l'on ne trouve pas en nous les fruits de l'amour, notre travail est tout à fait
vain. De tels hommes ne diffèrent en rien des cinq vierges folles. Celles-ci
n'avaient pas dès maintenant dans leur cœur l'huile spirituelle : l'énergie des
vertus dont nous avons parlé, cette énergie que donne l'Esprit. Aussi
furent-elles appelées folles et rejetées lamentablement hors du lieu des noces
royales, sans recevoir en partage le fruit des peines de la virginité. En effet,
quand on cultive la vigne, on prodigue à l'avance tous ses soins et toute sa
peine dans l'espoir d'obtenir des fruits, mais si l'on n'a pas récolté de
fruits, le travail s'avère aléatoire. De même si nous ne voyons pas en nous,
grâce à l'énergie de l'Esprit, les fruits de l'amour, de la paix, de la joie et
des autres vertus que l'Apôtre a énumérées, et si nous ne nous attachons pas à
reconnaître cette grâce en toute certitude et par la perception spirituelle,
l'effort de la virginité, de la prière, de la psalmodie, du jeûne et de la
veille est manifestement vain. Car ces peines et ces efforts de l'âme et du
corps doivent s'accomplir, nous l'avons dit, dans l'espérance des fruits
spirituels. Porter les fruits des vertus est une jouissance spirituelle,
accompagnée d'un plaisir incorruptible, que l'Esprit suscite secrètement dans
!es cœurs fidèles et humbles. Qu'ainsi les peines et les efforts soient
considérés pour ce qu'ils sont, comme des peines et des efforts, et que les
fruits soient considérés comme des fruits. Mais si quelqu'un, par manque de
connaissance, pense que son travail et son effort sont des fruits de l'Esprit,
qu'il n'ignore pas qu'il se console et se trompe lui-même, et que dans son état
il est privé des fruits réellement grands, les fruits de l'Esprit.
24. Ceux qui ne peuvent pas encore - parce qu'ils sont des enfants s'adonner
jusqu'au bout à l'œuvre de la prière, doivent accepter de servi leurs frères
avec piété, foi et crainte de Dieu. Car ils sont au service d'un commandement de
Dieu et d'une œuvre spirituelle. Mais qu'ils n'attende pas des hommes un
salaire, ou un honneur, et un remerciement. Qu'ils ne se permettent aucun
murmure, ni orgueil, ni négligence, ni relâchement, à de ne pas souiller et
corrompre une telle Couvre bonne, mais qu'ils s'efforcent cent bien plutôt de la
rendre agréable à Dieu par la piété, la crainte et la joie.
25. Le Seigneur est descendu parmi les hommes - ô la miséricorde divine à notre
égard ! - avec tant d'amour et de bonté, cherchant à ne pas laisser d'œuvre
bonne sans aucun salaire, mais à mener tous les êtres des plus petites aux plus
grandes vertus, pour ne priver personne de récompense, n'aurait-on donné qu'un
verre d'eau fraîche. Car il a dit: "Quiconque donnera à boire un seul verre
d'eau fraîche à l'un de ces petits, parce qu'il est Mon disciple, en vérité Je
vous le dis, il ne perdra pas sa récompense". Et encore : "Dans la mesure où
vous avez fait cela à l'un d'eux, c'est à Moi que vous l'avez fait". Seulement,
qu'on fasse un tel geste pour l'amour de Dieu, et non pour une gloire humaine.
Car il a ajouté : "parce qu'il est Mon disciple", c'est-à-dire : dans la crainte
et l'amour du Christ. Blâmant en effet ceux qui poursuivent le bien
ostensiblement, et donnant à sa parole la force d'une sentence ferme, le
Seigneur en vient à dire : "En vérité Je vous le dis, ils ont reçu leur
récompense".
(34) En arabe. Ce nom peut se traduire par "le lieu de Père Macaire".
(35) Syméon le Métaphraste, en grec Sumevon metavfrastiõ - Syméon métaphrastis
-, c'est-à-dire Syméon le traducteur, vécut à Constantinople, probablement entre
900 et 985. Lui-même hagiographe, son Mhvwlogion - Ménologion -- est une
collection de dix volumes relatant les vies des premiers saints orientaux,
arrangée dans l'ordre du jour de leur fêtes. Syméon n'était ni prêtre ni moine,
mais appartenait à l'administration byzantine.
(36) Le mot abba est la transcription du grec ecclésiastique - abbas -, lui-même
issu, via l'araméen, de l'hébreu ba - íav -. Il signifie "père", avec l'idée de
supérieur monastique.
source : http://livres-mystiques.com/partie TEXTES/Philocalie/macaire.html
Saint Macaire, l'un des fondateurs du monachisme, naquit en Haute Egypte vers l'an 300.
L'Egypte était alors déjà profondément influencée par l' œuvre de Saint Antoine le Grand. Dès son plus jeune âge, Saint Macaire fut attiré par la vie monastique qu'il finit par adopter.
De nombreux événements émaillent la vie solitaire de ce saint.
Alors qu'il était moine débutant, il fut sollicité pour recevoir l'ordre du sacerdoce, à l'exemple de Saint Antoine et Saint Pacôme, pour échapper à l'ordination, il s'enfuit dans un autre village. Là, il vécut une expérience qui allait complètement changer le cours de sa vie.
Une jeune fille célibataire enceinte accusa Saint Macaire d'être le père de l'enfant. Le saint ne protesta pas. Il endossa même la responsabilité dont la jeune fille le chargeait injustement. Pris à partie et battu par les villageois et la famille qui lui demandait de prendre leur fille en charge, il s'acquitta en lui versant le produit de la vente des paniers qu'il tressait.
Le temps de l'accouchement étant arrivé, la jeune fille avoua en pleurant que le père de l'enfant n'était pas Saint Macaire mais un autre homme. Les villageois, honteux et repentants d'avoir traité si malle saint, voulurent lui demander pardon.
Une fois arrivés dans sa hutte, ils la trouvèrent vide: le saint avait préféré fuir leur flatterie et leur louange.
Saint Macaire quitta le village pour le désert de Scété où il allait passer la plus grande partie des soixante dernières années de sa vie.
Saint Macaire était considéré par ses confrères comme " le jeune vieillard".
En effet, malgré son jeune âge (il avait une trentaine d'années en arrivant à
Scété en 330), il avait la profondeur, la sagesse et l'humilité d'un " Ancien ".
Il vous faut l'intelligence de la doctrine, le courage de la lutte, l'onction de
la grâce; vous trouverez tout cela après mon départ.
C'est donc par l'opération du Saint-Esprit que la foi revit, que les paroles de Jésus-Christ pénètrent jusqu'au fond du cœur, que ses promesses se réalisent, que ses plans de sanctification se consomment.
Ce que Jésus-Christ commence, le Saint-Esprit l'achève.
Le Saint-Esprit leur dira tout; il leur rappellera tout, leur mettra entre leurs mains tout ce qui leur est nécessaire pour devenir les vrais disciples de l'Evangile.
Appliquez-vous ces paroles; c'est aussi pour vous qu'elles sont dites.
S'il vous reste beaucoup à faire pour devenir un saint, Jésus pourvoira par le Saint-Esprit à ce qui vous manque. Comptez sur lui et prenez confiance.
Il les bénit une dernière fois et répand sur eux la paix du ciel :
" Que la paix soit avec vous ? Je vous la laisse; je vous donne ma paix; mais ce n'est pas comme le monde la donne, que je vous la donne moi-même. Rassurez-vous et que votre cœur ne se trouble pas ".
Ouvrez votre âme tout entière pour recevoir la paix que Jésus répand sur ceux qu'il aime. - Paix à cette maison! C'est ce que lui-même n'a cessé de dire et de faire au cours de son apostolat.
C'est ce qu'il répète en s'en allant.
Ô mon âme, que la paix de Jésus soit avec toi! Il est venu te l' apporter du ciel; il t'assure, en y retournant, qu'elle est conclue pour l' éternité.
Il va la signer de son sang. Auras-tu le triste courage de la troubler encore et de la rompre ?
Mais qu'est-ce que cette paix qu'il nous laisse et quels en sont les fruits ?
La paix de Jésus est un don surnaturel, effet de la parole toute-puissante, qui rassure et aguerrit. Elle agit directement sur le cœur du fidèle; elle le calme, elle le fortifie contre les appréhensions, elle apaise les sentiments et les troubles qui l'agitent, elle lui inspire la patience et le courage dans les plus grands dangers, elle lui garde la joie et la sérénité au sein des plus vives inquiétudes.
Voilà ce que le monde ne donne pas.
Le monde dit: " La paix ! La Paix ! Mais sa parole est sans effet; son souhait reste stérile.
Seul Jésus donne la paix, et en la donnant à ses apôtres, il vous l'offre à
vous-même.
Recevez-la comme eux.
Allez la répandre autour de vous.
Il les invite à se réjouir de le voir au terme de ses travaux :
" Je vous ai dit et vous l'avez entendu. Je m'en vais, et je vous reviendrai. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi ".
Ainsi parle votre Maître. Efforcez-vous de pénétrer sa pensée et d'entrer dans ses sentiments.
Vous devriez vous réjouir ! dit-il. Si vous comprenez ce dont il s'agit, au lieu de vous attrister, vous vous réjouirez.
Au lieu de larmes, ce sera des chants d'actions de grâces.
Le tout est donc de comprendre.
Notez soigneusement cette remarque si instructive.
De quoi s'agit-il ?
Il s'agit pour Jésus de retourner à son Père, c'est-à-dire d'entrer dans le sein de la gloire, dans le royaume de la vérité et de la paix.
Il s'agit d'aller moissonner dans la joie ce qu'il a semé dans les larmes.
Voilà ce qu'il discerne, et ce qu'il veut que nous discernions à travers les appréhensions du sacrifice, à travers l'amertume des humiliations, à travers les angoisses de l'agonie.
C'est la vue de l'éternité dans les fluctuations du temps.
La paix de l'âme est à ce prix.
Ces encouragements donnés, Jésus se lève; il s'apprête à sortir. Contemplez-le un instant au seuil du Cénacle.
Où va-t-il ? Que dit-il ? A qui s'adresse-t-il ? Que désire-t-il de ceux qu'il engage à sa suite ? -" Afin que le monde sache que j'aime mon Père et que j'exécute les ordres qu'il m'a donnés, levez-vous, sortons d'ici ! ". - Regardez; écoutez ; méditez; cherchez du fruit.
Puisqu'il va mourir pour vous, ne convient-il pas que vous alliez vivre pour lui ?
Prière du Soir de Saint Macaire le Grand - MACAIRE L'EGYPTIEN (+390)
Prière du soir
DIEU qui es venu à la fin des temps pour nous sauver, à la chute du jour, tu as chassé Adam du paradis et tu l'as rouvert pour lui.
Par ta mort sur la croix, aie pitié de moi, maintenant que la fin de ma vie approche, que le soir m'atteint.
Le temps est trop court pour laver toutes mes souillures.
Je ne puis demander une multitude d'années, pour expier la multitude de mes fautes.
Épargne-moi, Seigneur, devant ton redoutable tribunal, aie pitié de moi, ô Dieu, en ces jours où la miséricorde sera mesurée.
Jette sur moi un regard de paix et de douceur, à l'heure où tu jugeras avec
rigueur .
Guéris-moi dès cette terre et je serai en santé.
Relève-moi dans ta miséricorde et conduis-moi à la pénitence, afin que je puisse te rencontrer là-haut, à visage découvert.
Ne me laisse pas au pouvoir de mes ennemis, Seigneur, que je ne devienne pas la proie de ceux, qui tendent des embûches à mon âme; que je ne sois pas privé de ta grâce, ni dépouillé du don de l'Esprit.
Je laverai, Seigneur, la souillure de ma robe, pour n'être pas jeté aux ténèbres extérieures, avec celui qui n'a pas été jugé digne du festin. Conserve, dans ma lampe, l'huile des bons serviteurs, afin que je ne sois pas rejeté avec les vierges folles.
Épargne-moi, Seigneur, cette parole terrifiante adressée à ceux qui se tiennent à ta gauche: Je ne vous connais pas.
Par le sang de la Croix, que tu as répandu pour nous, délivre-moi, vivifie-moi, selon tes miséricordes, afin que je garde le témoignage de ta parole, que je vive pour ta gloire et que j'obtienne la joie de ton royaume durant les siècles des siècles.
Amen.
Prière à l' Ange Gardien de Saint Macaire le Grand - MACAIRE L'EGYPTIEN (+390)
Prière à l'ange gardien
ANGE saint, qui veilles sur ma pauvre âme et sur ma misérable vie, ne me quitte pas je suis pécheur, et ne m'abandonne pas à cause de mes souillures.
Ne laisse pas approcher les esprits mauvais, dirige-moi en exerçant ton
pouvoir sur mon corps périssable.
Prends ma main blessée et impuissante, conduis-moi sur le chemin du salut.
Oui, saint ange de Dieu, qui veilles sur mon âme et sur mon corps, pardonne-moi tout ce qui a pu t'offenser au cours de ma vie et toutes mes fautes d'aujourd'hui.
Protège-moi dans la nuit qui s'approche et garde-moi des embûches et des
attaques de l'Ennemi, pour que je n'offense point Dieu par un péché.
Intercède pour moi, auprès du Seigneur, afin qu'il m'affermisse dans sa crainte, et qu'il fasse de moi un serviteur digne de sa sainteté.
Amen.
source: http://eocf.free.fr/saint_macairel.htm
___
Macaire le Grand ou Macaire de Scété, moine égyptien du IVe siècle. Originaire
de la Haute-Égypte où il semble être né dans les toutes premières années du IVe
siècle, il devint vers l’âge de trente ans membre d’une colonie monastique qui
peuplait le désert des Scété à l’Ouest du Delta du Nil. Disciple de saint
Antoine, remarqué pour sa sainteté précoce, on lui avait attribué le surnom de «
jeune vieillard ». Prêtre à 40 ans, il possédait les charismes de guérison et de
prophétie. Victime des persécutions dirigées Lucius, l’évêque arien
d’Alexandrie, il mourut âgé de plus de quatre-vingt dix ans. On garde de lui une
cinquantaine d’homélies et une série d’opuscules ascétiques. Ces écrits
témoignent d’une règle monastique proposée à des moines de Nitrie, cénobites
vivant en des cellules éparpillées à de grandes distances qui ne se
rassemblaient que pour l’office du dimanche. Son influence fut grande sur la
formation de la mystique orientale. Jugeons-en par ce passage sur l’action de
l’Esprit en nous, intitulée « Les marches du jeune vieillard ».
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eux qui ont été dignes de devenir fils de Dieu et de renaître de l’Esprit Saint, qui ont eux-mêmes le Christ pour les éclairer et les réconforter, sont guidés par l’Esprit Saint selon des voies diverses et variées ; invisiblement dans leur cœur, ils sont animés par la grâce en demeurant dans le repos spirituel.
Parfois ils sont comme plongés dans le deuil et l’affliction pour le genre humain, ils répandent des prières pour toute l’humanité, ils sont livrés à la tristesse et aux larmes, parce que l’Esprit les embrase d’amour pour tous les hommes.
D’autres fois, l’Esprit fait brûler en eux tant d’exaltation et d’amour que, si c’était possible, ils enfermeraient dans leur cœur tous les hommes, sans distinction de bien ou de mal.
D’autres fois, ils s’abaissent plus bas que tous les autres dans l’humilité de l’Esprit, au point de s’estimer les derniers et les moindres de tous.
D’autres fois, ils demeurent dans une joie inexprimable sous l’action de l’Esprit.
D’autres fois, ils sont comme un vaillant héros qui revêt l’armure royale, se porte au combat, lutte courageusement contre les ennemis et remporte la victoire. C’est ainsi que l’homme spirituel prend les armes célestes de l’Esprit, assaille les ennemis, leur livre combat et les met sous ses pieds.
Parfois, l’âme se repose dans un profond silence, dans le calme et la paix, ne connaît que la jouissance spirituelle, un repos et une plénitude inexprimables.
Parfois, la grâce l’établit dans une compréhension et une sagesse sans pareille, dans une profonde connaissance, par l’Esprit, sur les mystères que ni la langue ni la bouche ne peuvent déclarer.
Parfois, il devient comme un homme quelconque.
C’est ainsi que, chez de tels hommes, la grâce produit des effets variés et conduit l’âme par des chemins divers, la réconforte selon la volonté de Dieu, l’exerce de toutes sortes de manières, pour la ramener parfaite, irréprochable et pure, devant le Père du ciel.
source: http://www.spiritualite2000.com/Archives/2003/patristique/mars03.htm.
__________
Pourquoi dit-on "Pseudo"-Macaire ? Qui était ce personnage ?
On parle de "Pseudo" (= faux) Macaire parce que le personnage qui se cache
sous ce titre n'est pas comme on le pensait anciennement Macaire le Grand,
fondateur de Scété.
C'était un auteur spirituel qui a vécu du côté de la Mésopotamie - en relation
avec le messalianisme.
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Saint Macaire l’Egyptien
4e siècle
Moine à Scété, disciple de St Antoine, maître d’Evagre le Pontique
Philocalie des pères Neptiques
J.C. Lattès
Vers l’homme qui s’efforce de garder sans tache le temple de Dieu, alors vient
Celui qui a promis de demeurer et de marcher en nous. Alors l’âme retrouve son
propre héritage et est jugée digne de devenir temple de Dieu. Car Lui-même,
après avoir chassé le malin à l’issue d’un tel combat, règnera désormais en
nous. (150 chapitres métaphasés. 51)
Quand on a été ainsi éprouvé par toute peine et toute fatigue, quand on a
supporté courageusement toutes les tentations que suscite le mal, alors on est
jugé digne aussi des grands honneurs, des grands charismes de l’Esprit et de la
richesse divine, puis on reçoit l’héritage du Royaume céleste.(150 chapitres
métaphrasés. 111)
Le divin apôtre Paul a montré avec beaucoup de précision et de clarté à toute
âme croyante que le mystère parfait du christianisme était de parvenir à
l’expérience de l’énergie divine, c’est à dire le flamboiement de la lumière
céleste dans la révélation et la puissance de l’Esprit……….(150 chapitres
métaphrasés. 137)
Un tel flamboiement de l’esprit n’est pas seulement une révélation des pensées
et une illumination de la grâce, comme on l’a dit, mais est un flamboiement
certain et continu de la lumière hypostatique dans les âmes….(150 chapitres
métaphrasés. 138)
Saint Macaire le Grand
L’expérience de Dieu dans la vie de prière
Père Matta El-Maskine
Spiritualité orientale N°71
Abbaye de Bellefontaine
Page 132
Quand l’âme est blessée de l’amour passionné de l’Esprit céleste, qui veille
continuellement en elle par la grâce, une brûlante aspiration envers l’époux
céleste, aspiration qui lui fait désirer d’être jugée digne d’obtenir en
plénitude la communion mystérieuse et ineffable avec lui, dans la sanctification
de l’esprit, alors le regard de l’âme est dévoilé, et elle fixe les yeux sur
l’époux céleste, face à face dans une lumière spirituelle inexprimable.
(Homélies Spirituelles, 15,2)
Page 346
L’Esprit Saint souffle et réconforte les âmes qui vivent dans le jour de la
lumière divine ; il imprègne toute la substance de l’âme et toutes les pensées ;
il réconforte tous les membres du corps et les emplit d’une paix divine et
inexprimable. (Homélies Spirituelles, 18,7)
Saint Cyrille d’Alexandrie
Mort en 444. Patriarche. Père grec.
L’expérience de Dieu dans la vie de prière
Père Matta El-Maskine
Spiritualité orientale N°71
Abbaye de Bellefontaine
Si par malheur nous avions été privés de la participation de l’Esprit saint,
nous n’aurions jamais appris que Dieu est en nous. (Commentaires sur St Jean
17,19)
http://membres.lycos.fr/rencontres
orthodoxes/archives/8%20nov%202002/annexe%208%20nov%202002.htm
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AUTEUR : Macaire le Grand
TITRE : Les homélies spirituelles de saint Macaire
TRADUCTION : P. Deseille
COLLECTION : Spiritualité orientale, n° 40
EDITIONS : Abbaye de Bellefontaine, 1984
La recension classique des homélies de saint Macaire le Grand (+ 390), l'un des
plus grands spirituels chrétiens, que l'Eglise arménienne fête le troisième
jeudi de l'Avant. Antoine Guillaumont a pu écrire des homélies de saint Macaire
: "[Dans cette œuvre] s'exprime la spiritualité la plus pure ; l'auteur des
homélies est un authentique ascète qui a gravi les plus hautes cimes de la
perfection ; on perçoit chez lui une expérience qui est bien loin d'être aussi
sensible dans les écrits du Pseudo-Denys, par exemple [...] On trouve chez lui
déjà, de façon plus directe encore que chez Grégoire de Nysse, les éléments
fondamentaux de la mystique orthodoxe, établis sur une expérience intense.".
L'importance de ces homélies tient autant à la qualité des enseignements
qu'elles transmettent qu'à l'influence qu'elles ont exercé dans les milieux
spirituels d'expression grecque et syriaque, notamment sur un auteur comme saint
Isaac le Syrien dont l'œuvre imprègne fortement la spiritualité arménienne.
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texte extrait de la page web :
http://monastere-orthodoxe.chez.tiscali.fr/sts/stsjanvier/janv19.html
"Saint Macaire le Grand naquit en l'an 300 dans un village du Delta
du Nil, Jijbêr, et exerça d'abord la profession de
chamelier. Obéissant à un appel de Dieu, il se retira
seul dans une cellule de son village pour y vaquer à la vie
ascétique et à la prière. Comme les habitants du
lieu voulaient le faire Prêtre, il s'enfuit dans un autre
village. Une jeune fille, qui s'était trouvée enceinte,
accusa, pour se justifier, l'anachorète de lui avoir fait
violence. On s'empara alors de lui et on le promena dans les rues, des
casseroles au cou, en l'accablant de coups et d'injures. Le Saint ne
dit rien pour se défendre et accepta même de travailler en
surcroît pour subvenir aux besoins de la femme et de l'enfant
envoyés par la Providence. Lorsque son innocence fut finalement
reconnue, tout le village, saisi d'admiration, voulut venir lui
demander pardon; mais il s'enfuit, pour échapper à la
vaine gloire, et se rendit au désert de Scété (ou
Skété, Scetis, Seetis, auj. Wadi Natrun, Waddi-Natrum),
région aride et inhospitalière qu'il connaissait pour y
avoir exploité le nitre. Il était alors âgé
de trente ans et s'adonna avec un zèle irrésistible
à tous les travaux de l'ascèse. Il ne se nourrissait
qu'une fois par semaine d'un peu de pain et d'eau, dormait assis contre
le mur de sa cellule quelques brefs instants et
persévérait constamment dans le silence, dans la garde de
l'esprit de toute pensée étrangère et dans la
prière du cœur. Qu'il mangeât ou qu'il
jeûnât son corps avait toujours un aspect
émacié, comme s'il échappait aux lois de la
matière, car disait-il: «le corps de celui qui est sans
cesse occupé à purifier son âme est consumé
par la crainte de Dieu comme le tison est brûlé par le feu
».
Il était si détaché des biens de ce monde que lorsqu'il surprit un jour, un
voleur en train de lui dérober le peu d'objets qu'il avait dans sa cellule, il
l'aida à les charger sur son chameau. Jour et nuit, il restait assis dans sa
cellule, les mains occupées à tresser des feuilles de palmier, l'âme contrite au
souvenir de ses péchés et l'esprit transporté au ciel. Il ne se répandait pas en
de longues prières, mais disait en tout temps: «Seigneur, comme Tu le veux et Tu
le sais, aie pitié!» Quelqu'un lui demanda un jour comment progresser dans la
voie du salut. Le Saint l'envoya au cimetière injurier les morts puis leur
adresser des louanges, et il lui dit à son retour: « Vois-tu, les cadavres ne
t'ont rien répondu. De même, toi aussi, si tu veux être sauvé deviens comme
mort, ne comptant pour rien le mépris des hommes ou leurs louanges».
Furieux de se voir ainsi attaqués de front dans leur séjour, les démons
l'assaillaient de toutes leurs forces, mais le Saint les repoussait avec mépris.
Un de ces esprits impurs lui confessa: « Tout ce que tu fais, je le fais aussi.
tu jeûnes, moi aussi, tu veilles, moi je ne dors pas du tout. Tu l'emportes
seulement sur un point, par ton humilité. A cause d'elle, je ne puis rien contre
toi». Par ces combats, il devint ainsi expert dans la connaissance des
différentes sortes de démons. Il disait qu'ils se divisent en deux catégories
principales: celle des esprits qui nous excitent aux passions comme la colère ou
la convoitise, et l'autre, plus redoutable, qui égare les hommes par l'illusion
spirituelle, le blasphème et les hérésies.
La renommée des vertus de Saint Macaire fut bientôt connue dans toute l'Egypte,
et de nombreux visiteurs commencèrent à affluer vers le désert de Scété. Le
Saint accueillait avec joie et simplicité tous ceux qui venaient à lui, sans
juger personne, et prodiguait à chacun ce qui lui convenait: parole
d'édification ou prière. Pour honorer ses hôtes, il leur offrait un peu de vin
et buvait avec eux; mais, une fois seul, il restait sans boire d'eau autant de
jours qu'il avait bu de coupes de vin. On disait de lui qu'il était comme un
«dieu terrestre»: car, de même que Dieu protège le monde par Sa providence, de
même Abba Macaire cachait les fautes qu'il voyait comme ne les voyant pas et
couvrait tous les hommes de son amour. Sa charité extrême le poussait à prier
avec larmes même pour les damnés. Un jour, comme il marchait dans le désert, il
trouva le crâne d'un prêtre des idoles, qui prenant la parole lui dit: «Chaque
fois que tu prends en pitié ceux qui sont dans les tourments, nous qui sommes
plongés dans le feu, la face de l'un collée au dos de l'autre, nous recevons
quelque soulagement en pouvant voir un peu la face de nos compagnons de
malheur».
Saint Macaire rendit visite à Saint Antoine le Grand qui apprécia fort ses
vertus et fit de lui un de ses disciples et héritiers spirituels1. De retour à
Scété, il commença alors à accepter des disciples en nombre croissant, c'est
pourquoi il est considéré à juste titre comme le fondateur de cet illustre
centre du monachisme orthodoxe. Parmi ses premiers disciples on compte des
astres brillants dans le firmament spirituel comme Abbas Moïse, Sisoès, Isaïe,
Aïus, Zacharie et d'autres grands lutteurs. Chacun vivait dans une cellule
séparée, occupé toute la semaine à un travail manuel suffisant pour lui assurer
de quoi vivre et, le cas échéant, de quoi faire l'aumône; mais surtout utile
pour lutter contre l'ennui et garder l'esprit vigilant. Les moines de Scété
s'adonnaient en effet à de grandes austérités dans le seul but de garder leur
intelligence constamment fixée en Dieu par la prière pure, et ils alimentaient
leur contemplation en récitant par cœur les Psaumes et de grands passages de
l'Ecriture sainte. Lorsqu'ils acquirent une église, ils se réunissaient tous, le
samedi soir, pour célébrer la Vigile nocturne et communier aux Saints Mystères.
Au matin, après la Liturgie, ils partageaient un repas fraternel, qui était pour
beaucoup d'entre eux le seul repas de la semaine, et conversaient librement, en
interrogeant les plus avisés pour l'édification de leur âme. Puis chacun
repartait vers sa cellule, en emportant les feuilles de palmier nécessaires au
travail de la semaine.
Comme le nombre des disciples et des visiteurs croissait sans cesse, Saint
Macaire changea à plusieurs reprises de résidence. Il vivait loin des autres
cellules, avec seulement deux compagnons à proximité, et avait aménagé une
galerie souterraine qui menait de sa cellule à une grotte éloignée, de sorte
qu'il pouvait s'isoler à l'insu de tous pour garder son esprit sans
distractions, lorsque les visites se faisaient trop fréquentes.
Au début, chaque fois qu'il désirait participer à
la Sainte Liturgie, le Saint devait se rendre à pied à
Nitrie, à plus de quarante milles de là, dans le
désert brûlant. L'effort était trop grand pour ses
disciples, aussi, sur les instances de Saint Antoine, accepta-t-il de
recevoir l'Ordination Sacerdotale, à l'âge de quarante
ans. Le Saint-Esprit lui accorda alors en abondance les charismes de
guérisons, de prophétie et de discernement des
pensées. A deux reprises il ressuscita un mort: la
première fois pour faire éclater l'innocence d'un
malheureux injustement accusé d'assassinat, et la seconde pour
démontrer à un hérétique la
vérité de la foi en la résurrection des corps.
Attirés par la réputation de Saint Macaire et de ses
disciples et par la prédication enthousiaste de Saint Athanase
en faveur du monachisme, des hommes venaient à
Scété de toutes les parties de l'Egypte et des
contrées éloignées de l'empire pour y embrasser la
vie angélique. Le désert devint une véritable
ville, si bien qu'à la fin du siècle on comptait à
Scété quatre églises, où les
ascètes. se réunissaient par centaines chaque dimanche.
En 374, l'arien Lucius s'empara du siège épiscopal d'Alexandrie et raviva la
persécution contre les Orthodoxes. Il s'attaqua en premier lieu aux moines les
plus influents et fit déporter dans une île du Delta du Nil les deux Macaire et
d'autres saints moines. L'exil tourna cependant à l'avantage de l'Eglise, car
les confesseurs convertirent les païens du lieu et, bientôt rappelés grâce aux
protestations indignées du peuple, ils rentrèrent dans leur désert avec une
gloire accrue. Saint Macaire sentant sa fin prochaine rendit une dernière fois
visite à ses disciples de Nitrie. En guise de testament spirituel, il leur
déclara, les larmes aux yeux: «Pleurons, frères, et que nos yeux répandent sans
cesse des larmes, avant que nous allions là où nos larmes brûleront nos corps».
Quelque temps plus tard, le «Père spirituel du désert» remit en paix son âme au
Seigneur, âgé de 90 ans. Après avoir subi diverses translations lors de la
conquête musulmane, ses précieuses Reliques reposent aujourd'hui dans le
monastère copte qui porte son nom, édifié sur les lieux que le Saint avait
sanctifiés par sa présence.
On attribue traditionnellement à Saint Macaire le Grand un ensemble d'admirables
homélies spirituelles, dans lesquelles le Saint évoque, à l'aide de splendides
images empruntées au monde naturel, les effets variés de la Grâce de Dieu en
nous. Après avoir adhéré au Seigneur par la foi et s'être consacré à Lui par le
renoncement, nous devons, dit-il, forcer notre nature rebelle dans la pratique
de toutes les saintes vertus évangéliques, et, principalement dans l'assiduité à
la prière. Voyant alors notre bonne volonté, le Christ nous donnera la force
d'accomplir tous ses commandements, ou plutôt Il les accomplira Lui-même en nous
par l'énergie du Saint-Esprit. Progressant ainsi de vertu en vertu et de gloire
en gloire vers la plénitude, notre esprit sera intimement mêlé au feu de
l'Esprit Saint, il deviendra «tout œil, toute lumière», et acquerra les
propriétés de Dieu. Lors de la Résurrection générale, le feu de l'Esprit Saint,
caché dans le cœur des Saints, débordera sur leur corps et les fera resplendir
pour l'éternité de la lumière de Dieu. Pour Saint Macaire, la vie chrétienne n'a
pour but que d'acquérir, dès ici-bas, l'expérience de l'Esprit Saint, de subir
cette «belle transformation» qui nous donnera une «sensibilité spirituelle», par
laquelle nous pourrons «goûter» la présence de Dieu à chaque instant de notre
vie.
1. Bien que Saint Macaire d'Egypte et Saint Macaire d'Alexandrie aient été
disciples de Saint Antoine, ils ne doivent pas être confondus avec Macaire de
Pispir qui assista le grand vieillard pendant ses dernières année et devint son
successeur à la tête des ermites groupés en grand nombre sur cette montagne.
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LA VIE A SCETE, CHEZ LES PARFAITS
LES ORIGINES DE SCETE
Encore plus enfoncé dans le désert que les Cellules, se trouve Scété, "le grand désert intérieur", à 70 km de Nitrie. Le fond de cette cuvette de 30 kilomètres de long sur 7 kilomètres de large se trouve plus bas que le niveau de la mer, et contient des lacs. Là vivent des anachorètes dont la vie semble vraiment être cachée en Dieu. Ce sont les "parfaits", les "solitaires". Le Ouadi Natroum - c'est la dépression couverte par le dépôt de Nitre de ce lieu géographique - fut habité dès 330 par Macaire l'Ancien qui en fut le premier solitaire. Commerçant en nitrate de potassium (produit chimique servant à la momification des cadavres), autrement dit PDG d'une entreprise de pompes funèbres, Macaire venait avec ses chameaux jusque dans cet endroit désertique et reculé. Devenu ascète et clerc à proximité de son village, il s'enfuit jusqu'à Scété pour échapper à la gloire humaine. Sa présence lui attire des disciples. Ainsi, ce lieu devint une colonie monastique.
La maxime fondamentale de ces solitaires va être "n'avoir rien en propre'. Avoir si peu que ce soit provoque un scandale. Cette maxime est accompagnée d'une autre : "Priez sans cesse'. Selon l'usage de la primitive Eglise, à heure fixe du jour et de la nuit, les solitaires récitent des hymnes, des psaumes et des passages de l'Ecriture. Chacun organise son horaire comme il l'entend, avec l'avis de son Ancien. Autrement dit tous les solitaires ne récitent pas des psaumes ou des hymnes à la même heure. Mais tous le font au long des jours et des nuits. Leur prière est enflammée du fond de leur cœur, sans voix, sans parole. Leur âme est transportée en Dieu. Cet acte de prière, solitaire, qui naît partout (et naîtra de même dans les monastères de type cénobitique) va peu à peu s'organiser et se structurer. Néanmoins, on n'est pas dans une 'évolution" de l'Office Divin; cet acte est un phénomène naturel en vie chrétienne.
Ils prient aussi en travaillant; c'est la ruminatio; ils récitent par cœur des versets de psaumes. Nous reviendrons dans un chapitre ultérieur sur cette forme de prière.
La lutte pour maîtriser totalement le corps occupe également une grande place dans le combat du moine. Le corps se venge par des tentations. A travers cette ascèse se creuse la pureté du cœur. Le moine se bat loyalement contre les démons en faisant le signe de la croix et en invoquant le Nom de jésus. Ses défenses favorites sont le jeûne et la prière. Il est vigilant mais sans crainte et désire atteindre la vie éternelle déjà sur la terre. Parmi les tentations qui guettent le moine, il est celle de l'acédie qui fait de celui-ci "un déserteur de l'armée du Christ". Le moine zélé, lui, est tenté par l'excès. Certains hommes, par leur héroïsme, sont des orgueilleux. Tous les grands maîtres du désert protestent avec énergie contre l'excès, aussi la spiritualité du désert va-t-elle s'orienter vers l'idéal de discrétion et d'équilibre qui s'épanouissent dans la Règle de saint Benoît.
Cette vie au désert est auréolée d'un immense prestige et attire de ce fait, pêle-mêle, un flot de vrais croyants mais aussi des aventuriers, et des asociaux de toute espèce, empressés de couvrir du beau nom d'ermite une vie de paresse, de mendicité ou d'extravagance. Mais évoquons plutôt quelques grandes figures de Scété.
QUELQUES GRANDES FIGURES DE SCETE
En tout premier, bien sûr, il convient de nommer Macaire d'Egypte dont je vous parlais brièvement précédemment. On l'appelle aussi Macaire l'Ancien ou encore Macaire le Grand.
Macaire d'Egypte est le grand héros spirituel de la colonie monastique du désert. Il a une grosse influence sur l'histoire du monachisme égyptien.
Né vers 300 en haute Egypte, il se retire vers l'âge de trente ans dans le désert de Scété où il mène une vie érémitique pendant soixante ans. Beaucoup de disciples se joignent très vite à lui. Il a un discernement extraordinaire si bien qu'on l'appelle "le jeune vieillard". A quarante ans, il reçoit le don de prévision de l'avenir et de guérison. Ordonné prêtre il est souvent invité à prêcher aux colonies de moines de Nitrie. Il rendra visite à saint Antoine plusieurs fois. Vers la fin de sa vie l'évêque arien d'Alexandrie l'envoie en exil sur une île du Nil. Macaire a alors un âge avancé. Il pourra revenir bientôt dans son désert de Scété et y mourra peu avant 390.
La Vie copte de saint Macaire (faussement attribuée à Sérapion de Tmuis) affirme que lorsque Macaire s'établit à Scété, il y creusa deux grottes dans le rocher. De l'une, celle qui était à l'est, il fit un sanctuaire dans lequel il célébrait l'eucharistie et vaquait à la prière; de l'autre il fît le lieu dans lequel il travaillait et se nourrissait.
Il nous reste un seul écrit de Macaire l'Ancien : une lettre authentique à ses disciples, dont je vais vous commenter quelques passages. Nous disposons aussi de quelques apophtegmes de Macaire ou sur Macaire, écrits et transmis par d'autres que lui. Macaire le Grand a eu une telle renommée que son nom fut emprunté pour faire passer des écrits d'autres auteurs. Ce sera le cas, très spécialement, du pseudo-Macaire, un messalien du Ve siècle en Asie mineure et dont les écrits spirituels sont tout à fait remarquables. Mais revenons à la Lettre de Macaire à ses fils.
LETTRE DE MACAIRE A SES FILS
Cette lettre est d'un intérêt exceptionnel non seulement à cause de son antiquité, mais aussi et surtout parce qu'elle traite, au moins implicitement, d'un problème crucial en spiritualité monastique : comment harmoniser les efforts de l'ascète et l'action de la grâce?
La structure de ce texte est la suivante : succession de petits discours bien ordonnés en un cheminement qui montre tout un progrès spirituel. Chaque discours est bâti autour du même schème, à savoir:
Tentation très forte (à la limite du supportable), suivie de l'intervention de la force divine.
Divers types de tentations sont abordés, mais la stratégie de défense reste la même: l'ouverture et l'abandon total au Seigneur. Une fois les épreuves traversées, cet itinéraire spirituel s'achève sur une prise en charge par le Saint-Esprit et une docilité nouvelle à sa direction.
Autrement dit, les étapes de ce chemin spirituel sont marquées d'un côté par une suite de tentations de plus en plus subtiles, infligées par "le diable" (par le truchement des 'désirs"); de l'autre côté, après des moments d'extrême détresse, par l'octroi de la part de Dieu, d'une force de plus en plus puissante pour vaincre l'ennemi.
Voici comment Isaac de Ninive (moine syrien du Vlle siècle) décrit cet itinéraire spirituel qu'il a admirablement perçu :
'(Dans sa lettre) Macaire parle de la façon dont Dieu distribue les luttes et les soutiens de la grâce, afin que par eux resplendisse (dans les ascètes) sa sagesse dans laquelle ils s'exercent'. La seule attitude valable des ascètes est décrite par Isaac en ces termes : 'Leur visage est sans cesse suspendu et tourné vers lui (le Seigneur), dans un regard qui lui reste fidèle, pour que croisse en eux son saint amour, et pendant qu'ils ne cessent de se précipiter en lui à cause de la violence des passions et de leur crainte de céder, ils sont affermis dans la foi, l'espérance et l'amour' (cf. Traité sur la Perfection religieuse).
Voici un passage de la lettre de Macaire, que nous allons ensuite commenter :
(9) Lorsque le cœur se sent faible en tout cela 1'jusqu'a s'épuiser dans le labeur de ces luttes, alors, Dieu, dans sa grande bonté et miséricorde, lui envoie une force sainte. Il affermit son cœur, lui donne le repentir, la j . joie et le soulagement du coeur, de sorte qu'il devient plus fort que ses ennemis qui même malgré eux, craignent la force qui l'habite. Cette force dont Paul a dit : 'Luttez et vous recevrez la forcer celle aussi à laquelle fait allusion Pierre lorsqu'il parle de l'héritage incorruptible et inflétrissable, préparé dans les cieux pour nous que la force de Dieu garde par la foi (IPI,4-5).
(10) Lorsque le Dieu très bon voit que le cœur s'est fortifié contre les ennemis, il lui soustrait la force peu à peu. Il laisse les ennemis l'attaquer au moyen de toutes formes d'impureté, par le plaisir des yeux, par celles de la vaine gloire et de l'orgueil, de sorte qu'il devient comme un navire sans
gouvernail, qui se heurte de toutes parts.
(11) Lorsque le cœur se sent faible en tout ce que les ennemis lui font,
alors le Dieu très bon, qui prend soin de sa créature, lui envoie de nouveau sa
sainte force. Il affermit son cœur, son corps et tous ses membres sous le joug
du Paraclet, car lui-même a dit : Prenez- sur vous mon joug et apprenez de moi
que je suis doux et humble de cœur (Mt 11,29).
(12) Alors le Dieu très bon commence à lui ouvrir les yeux du cœur afin que l'homme comprenne que c'est Lui qui le rend fort. Il sait maintenant vraiment comment rendre honneur à Dieu en toute humilité et brisement de cœur, comme le dit David : 'Le sacrifice pour Dieu est un esprit brisé' (i-,s. 5o). Car l'humilité et le brisement du cœur viennent de la dureté du combat,
Cette force, d'abord anonyme, est présentée comme affermissant le cœur du lutteur pour qui elle est source de joie et de douceur.
La seule arme, dans un tel combat, - vous voyez, ce n'est pas médiocre, ni étriqué - est la prière persévérante. Le texte de saint Paul auquel fait allusion Macaire n'est pas identifié, mais l'évocation de la lutte, dans ce texte comme souvent chez saint Paul, implique celle d'une prière incessante : "Luttez et vous recevrez la force". Quelle était cette prière incessante que faisait Macaire lui-même ? Quelques apophtegmes, par chance, nous le disent. Cette prière est à la fois intercession et combat :‘Il n'est pas nécessaire d'user de beaucoup de paroles, mais il suffit d'étendre les mains et de dire : Seigneur, comme tu le veux, comme tu le sais, aie pitié de moi'. Et, lorsque le combat devient plus insistant : Seigneur, au secours. Lui-même sait ce qui nous convient et nous fait miséricorde'.
Dans un autre apophtegme, nous lisons ceci : "Seigneur, si tes oreilles ne m'entendent pas crier vers toi, aie pitié de moi à cause de mes péchée,, car de mon côté, je ne me fatigue pas de t'appeler à mon secours'.
Les paragraphes Il et suivants nous apportent des précisions sur l'action personnelle du Saint Esprit qui prend possession de tout l'être de l'ascète, lui révèle progressivement les joies du ciel et le soumet à son influence directe à laquelle le moine devra adhérer de près.
A l'ascète passé ainsi par le creuset de la lutte jusqu'au bord du désespoir, avant que Dieu intervienne pour lui assurer une victoire qui n'était plus attendue, il est demandé un unique effort : celui de l'abandon, de l'abdication, toujours plus humble et plus confiant dans la force de Dieu qui est à l'œuvre en lui.
Au sortir d'un tel creuset, l'ascète sait par expérience que "c'est Dieu lui même qui le rend fort". Cette ascèse est ascèse d'abaissement, c'est-à-dire d'humilité, comme le rappelle Macaire en ce même paragraphe 12 que nous venons de lire. Vous le sentez, cette humilité est aux antipodes des prouesses d'athlétisme spirituel attribuées, parfois trop rapidement , à certains moines du désert. Cette ascèse respire le pur esprit de l'Evangile elle est une ascèse de pauvreté ontologique.
ARSENE
Arsène, haut dignitaire de la cour impériale, quitte Constantinople pour l'Egypte et devient moine à Scété auprès de Jean Kolobos. Bien que de constitution fragile, il vécut jusqu'à quatre-vingt quinze ans. Il fut malade bien des fois à Scété et y fut toujours très bien soigné.
A part ses maladies, on ne connaît pas grand chose de sa vie, sinon qu'il n'a pas toujours vécu auprès de ses disciples, il s'en éloigna parfois, notamment à la fin de sa vie, pendant un temps assez long. Il vivait alors avec deux disciples, près du Caire. Un jour il partit seul à Alexandrie où il tomba gravement malade. Guéri, il retourna à Toura, son ermitage près du caire. Arsène avait laissé des disciples à Scété et c'est probablement à eux qu'il écrivit. Il nous reste en effet une lettre à ses "frères bienheureux et très chers". A travers ce texte, je vous propose de découvrir l'enseignement d'Arsène.
L'enseignement d'Arsène
La vie du moine doit être une vie à l'image de celle des anges. Cette notion de "vie angélique" n'a rien à voir avec ce qu'en a fait une pseudo-spiritualité du siècle dernier. Elle touche au contraire des points fondamentaux, ontologiques, ce pour quoi Dieu nous a créés, en son amour, à savoir :
. Comme les anges, le moine se tient devant Dieu avec humilité et respect, oublieux du monde.
. Comme les anges, le moine bénit et chante son Seigneur.
. Le moine reçoit la même nourriture que celle des anges : "Il leur a donné le pain des anges" (Ps. 77).
Ce qui est dit du moine est également vrai de tout chrétien. La vie monastique n'est rien d'autre que la vie baptismale.
On West pas moine par sa propre force. On se prépare à recevoir la force de Dieu (27,31) et cette préparation s'opère en nous par l'éloignement des hommes et le jeûne (32, 58, 77).
. Le moine cherche l'hésychia; il désire plaire à Dieu plutôt qu'aux
hommes.
. Le moine aime le silence; il ne prend pas la parole sans avoir été interrogé.
. Le moine fuit toute dispute ou contestation.
La grandeur de la vie monastique incite le moine à l'humilité: il s'humilie devant Dieu mais aussi devant ce frère qui l'accuse mensongèrement.
Ainsi, le silence prôné par Arsène est tout autant une certaine manière de parier que de se taire.
La garde de la cellule est le moyen éminent de l'hésychia.
Le jeûne, avec discrétion : "Le J'jeûne laboure notre cœur afin que nous puissions en recevoir la force d'en-haut'.
'Ne sais-tu pas, bien-aimé, que personne ne sème de blé dans une terre non labourée? De même comme vous ne semez pas de grains dans une terre non labourée, Dieu non plus ne vous enverra pas son Esprit si' vous ne jeûnez pas, car il est Saint (... ). Veux-tu, bien-aimé, que l'Esprit de Dieu vienne sur toi? Crains le Seigneur et purifie ton cœur et n'aie pas pitié de ton corps pour un seul jour de Jeûne et quand Dieu verra la rectitude de ton coeur, il enverra son saint Esprit et il deviendra ton conseiller et ton Maître, et il t'enseignera tout ce qui lui' plaît' (6,016).
Le sommeil aussi doit être modéré.
. La prière a la première place. Prier sans cesse, prier de nuit, psalmodier le jour, sanctifier le dimanche, prier avant d'entreprendre quelque chose.
. La charité fraternelle, l'hospitalité et l'aumône sont pratiquées dès que l'occasion se présente. 'ISI tu te conduis avec générosité, bien-aimé, Dieu te donnera davantage. Si tu es pingre, le diable te dominera Que l'aumône soit pourtant donnée dans le secret et Dieu prendra soin du donateur' (24).
Cette authentique charité fraternelle implique de ne pas se mettre en colère 'car la colère est un péché comme l'homicide'. Autrement dit, la charité fraternelle implique le pardon en toutes circonstances.
. Et par-dessus tout : la douceur : "Soyez doux parce que les doux sont appelés justes" (Mt 5,4). Douceur qui garde le moine de la colère. Le moine, en effet, ne répond pas à l'opprobre ou à l'insulte (73) en souvenir du silence du Christ devant ses juges.
Et enfin, la joie.
Quelques paroles d'Arsène :
(23) S'il t'apparaît devant les yeux comme l'étoile du matin, sache que c'est le diable qui t'apparaît et non pas Dieu, afin de t'exalter l'esprit.
(71) N'as-tu pas vu un bateau en mer? Si on le charge
démesurément, il sombre; et si on met une charge trop légère, les vents s'en emparent. Si onmet une charge modérément, ni la mer ne l'engloutit, ni les vents ne s'en emparent.
MOISE L'ETHIOPIEN
Une grande figure de Scété, que ce Moïse, bandit de grands chemins, brigand et meurtrier, dont Pallade nous dit qu'il faut bien raconter tous les méfaits afin de montrer la grandeur de sa conversion qui survint, un soir brusquement. Il décida alors d'entrer sur-le-champ à Scété où il s'adonna à la pénitence et au combat spirituel. Par la lutte contre le démon, il parvint à la connaissance du Christ. Pour lutter contre ses passions qui continuaient de l'assaillir jour et nuit, il décida de se tenir debout dans sa cellule, toutes les nuits, sans fermer l'oeil pendant six ans. Même ainsi il ne put venir à bout de la tentation; il employa alors d'autres méthodes qui finirent par lasser le démon. Le grand Isidore lui imposa les mains : "A u nom de Jésus Christ tes rêves ont pris fin, tu peux communier dans la paix : c'est pour ton bien, pour que tu ne puisses pas te glorifier d'avoir surmonté une passion que tu as été tourmenté". Moïse, délivré de ses imaginations devint prêtre de Scété, père de nombreux disciples qui sont tous devenus saints et forts dans le service de Dieu. Il fut compté parmi les grands d'entre les Pères.
'Le chien d'une boucherie ne perdra pas l'habitude d'y venir, sauf si la
boucherie ferme et que personne ne lui donne plus rien : alors il ne s'en
approche plus. Pour toi, de même, si tu persévères dans le jeûne et la prière,
le démon découragé s'écartera de toi'. (Parole d'Isidore à Moïse).
http://www.scourmont.be/studium/dupont/vol1/chapv.html.
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St Macaire le Grand
St Macaire d'Alexandrie
St Macaire des Grottes de Kiev
St Macaire le Romain