Saint Orience
évêque d'Auch - France - Vème siècle
 

 

le bienheureux Orience, s'étant dégagé des tristes et glissantes routes de la vie mondaine, se voua et se livra tout entier, d'un chaste cœur, à la Majesté divine, puis, arrivant à d'insignes honneurs, fut élevé à la dignité pontificale, dans la ville d'Auch. Parfaitement instruit des dogmes ecclésiastiques, il forma par de saints discours le peuple qui lui était confié, réduisit à néant la perversité des païens, et, avec la profonde science qu'il avait, leur communiqua une si grande instruction que, méprisant de viles idoles, ils reconnurent leur Créateur et se rangèrent sous sa Loi, en recevant la grâce du baptême. Car, ce digne pasteur arracha tellement à la gueule du démon un peuple près de périr qu'il guérit ceux qu'il avait reçus tous blessés par le glaive de l'envieux ennemi avec les médicaments de la céleste doctrine, et les rendit à Dieu, pour qui déjà ils étaient perdus.

Or, une foi ardente bouillonnant ainsi dans son âme, et opérant des choses telles que sa puissante vertu éclatait au milieu de son peuple, il gagna le mont Narvéja, qui élève une cime d'une prodigieuse hauteur et qui avait reçu ce nom d'un temple que les païens y avaient jadis consacré au démons, qui, infestant même ce lieu, n'y laissaient aucun chemin abordable, si bien que les habitants d'Auch ne pouvaient labourer la terre au fertile pied de cette montagne. Le bienheureux Orience s'y rend précédé de l'étendard de la croix, entre dans le temple, en chasse par la force les démons qui y résident, les met en fuite complètement, de sorte que ce lieu, auparavant rempli d'esprits immondes, est sanctifié à Dieu par de saintes prières. Nul citoyen ne redoute maintenant les embûches ordinaires de ces infâmes esprits ; nul maintenant n'est souillé par eux d'aucun rite sacrilège. Enfin le bienheureux Orience purifia tout ce lieu avec ses prières, changea en sécurité toute appréhension, et par sa vertu puissante bannit de là ces criminels esprits, si bien qu'on les entendit pousser de nombreux hurlements, parce que le saint Orience les empêchait de résider en leur séjour accoutumé. Quand donc le peuple fut instruit de ce prodige, il rendit à Dieu d'unanimes d'actions de grâces de ce qu'Il avait daigné lui donner un tel pasteur, qui les délivrait des persécutions du démon. Alors, Orience faisait retentir les psaumes en ce lieu, y passant des nuits à veiller, et persévérant dans la prière, ajouta de larges aumônes au bienfait de la bonté céleste.

Comme le Seigneur lui accordait de vivre dans le siècle une longue vie, il advint que l'empereur envoya avec une armée le patrice Aétius et Littorius combattre le roi des Goths. Celui-ci, effrayé de leur arrivée, et ne pouvant résister avec ses forces, surtout parce que toute sa confiance en Dieu était vaine à cause de sa foi arienne, se vit forcé d'implorer le secours du pieux serviteur de Dieu, du saint Orience, et résolut de l'envoyer en ambassade, afin d'arrêter par son intermédiaire le terrible choc d'une si redoutable armée. Le bienheureux Orience acceptant volontiers une telle ambassade, ne méprisa point, malgré sa triste erreur, le prince hérétique, mais le serviteur de Dieu se mit aussitôt en route pour soulager les tribulations du roi, puis se présenta devant Aétius et Littorius. A son aspect, Aétius descendit de cheval, conseillé par la prudence, alla au-devant de lui avec le plus humble respect, le suppliant avec instance de bien vouloir intercéder pour lui, et ce qui arriva ensuite fait assez comprendre de quelle utilité sa foi lui devint. Quant à Littorius, il dédaigna de se présenter devant le pontife, et méprisant la légation de ce saint homme, ne répondit rien au sujet de la paix, mais déclara qu'il voulait entrer dans Toulouse, pour la ruiner. Alors, aux prières du saint évêque Orience, le ciel dissipe le fléau, et Littorius est enveloppé d'un nuage si épais que, s'abusant sur l'opportunité d'un utile conseil, il s'approcha des portes de la ville pour y périr déplorablement, et, venant à être pris par les Toulousains qui avaient réclamé le patronage du bienheureux Orience, il fut puni par la perte de la vie, tandis que le patrice Aétius, qui avait réclamé les supplications du saint évêque, se vit conservé et délivré avec toute son armée, puis rentra dans ses foyers, grâce à l'intercession d'un si grand pontife. Il arriva ainsi que la foule des Gètes hérétiques, qui avaient auparavant méprisé le bienheureux, accourut vers lui, rendant grâces à Dieu de ce que par l'entremise de son serviteur, ils étaient délivrés maintenant d'un extrême danger, du danger de perdre la vie.

Et non seulement le bienheureux Orience, ce pontife digne de Dieu, fut d'une grande utilité dans sa prédication et dans la délivrance de la patrie, mais encore il délivra beaucoup de personnes qui étaient possédées du démon ; il pourvut aux nécessités des pauvres et des pèlerins ; il rendit la sécurité à bien des âmes en peine ; il sauva de la mort des gens condamnés à périr ; il racheta des hommes enchaînés et incarcérés. De son temps, et grâce à ses efforts, on vit la paix et la tranquillité, pour lesquelles il travailla beaucoup, entrer dans le monde, la chrétienté grandir, l'orgueil des hérétiques s'abaisser. Quels pouvoirs il faut éluder, quels pouvoirs il faut reconnaître, c'est ce que sa voix apostolique ne manqua point de montrer par le témoignage de la sainte Écriture. Comme nous ne saurions raconter tant de choses, nous avons pris à tâche de relater quelque peu au moins de ce que nous connaissons.

Or, un certain personnage d'illustre naissance, qui était des Espagnes, et qui avait de grandes richesses, fut exposé à d'odieuses accusations qui le mirent si mal dans l'esprit du roi, que cela suffisait à le faire mettre à mort. On envoya donc vers le saint Orience des fidèles qui réclamèrent son patronage, le suppliant d'intercéder, afin que la vie de l'accusé fût épargnée. Le saint alla donc, avec des félicitations, trouver le roi, qui l'invita à sa table. Comme donc, suivant l'usage des Barbares, la table, au commencement du royal dîner, fut chargée de grands plats de viande, le roi demanda humblement au saint Orience de vouloir bien faire par charité ce que, par raison d'économie il ne faisait point, et de prendre une réfection de viande ; s'il agissait ainsi, il obtiendrait du roi tout ce qu'il voudrait. Orience, pour accéder aux désirs du prince, sanctifia et loua les mets en les touchant, et demanda ensuite au roi de s'engager à lui promettre tout ce qu'il voudrait avoir. Alors, à des viandes souillées, Orience mêla une céleste nourriture, ce que voyant, les personnes puissantes qui étaient là se mirent à le menacer, de crainte qu'il ne pût obtenir du roi ce qu'il demandait. Mais le bienheureux Orience demanda au roi la récompense promise, récompense qui ne consistait ni en talents d'or et d'argent, ni en superbes maisons de campagne, ni en terres d'une vaste étendue ; il lui demanda qu'on lui accordât la vie de cet Espagnol aux yeux duquel déjà le glaive tiré apportait la menace d'une terrible mort. Le roi, ne pouvant aller contre cette prière, accorda ce que le pontife demandait.

Comprenez quelles grandes choses il put obtenir par son abstinence, celui qui, dans ses repas, fut ainsi le salut de ses concitoyens et la vie des étrangers  ! En effet, les merveilles que, vivant, même après sa mort, il a opérées sous nos yeux, les habitants d'Auch ne peuvent les ignorer, et nous nous bornerons à en raconter maintenant une seule. Certain pèlerin, que ses nerfs desséchés laissaient sans nulle force, et que ses mains et ses genoux enraidis faisaient depuis longtemps souffrir la langueur, trouva dans une solennité du bienheureux évêque Orience la puissance du céleste Médecin qu'il cherchait, ne cessant de Le prier dans sa fidèle oraison. La vertu sort du tombeau, et les chairs desséchées reviennent à la santé, si bien que, récupérant un sang généreux, les membres sont remplis d'une chaleur vitale et salutaire. Alors donc, elles reprennent leurs fonctions, ces mains déjà mortes, et dont les doigts étaient auparavant si raides, que leurs derniers débris, attachés à des paumes languissantes, semblaient tout putrides.

Qu'il me pardonne, le saint Orience, qui, des demeures éthérées, manifeste aux hommes la puissance reçue de Dieu  ; qu'il me pardonne, car, si je n'ai pu raconter ce que je voulais dire, j'en ai du moins engagé d'autres à le faire et à glorifier de l'abondance du cœur un saint pontife dont j'ai su à peine, du bout des lèvres, effleurer la louange. Maintenant que la divine Majesté, qui a daigné accorder au saint Orience la grâce de sa piété , daigne aussi, par ses prières, ne pas nous refuser notre pardon, Elle à qui appartiennent la gloire et l'honneur dans les siècles des siècles. Amen.

source: http://perso.club-internet.fr/orthodoxie/ecrits/peres/florileg/textes/orence1.htm