Visites aux Saint Sacrement
De la communion spirituelle
A la fin de chaque visite au Saint Sacrement, la communion spirituelle vous sera recommandée.
La communion spirituelle, d’après Saint Thomas, consiste dans un ardent désir de recevoir Jésus-Hostie et dans un acte d’amour tel qu’on le ferait si on l’avait reçue sacramentellement.
Ces communions spirituelles sont très agréables à Dieu et procurent de grandes grâces : c’est ce que Notre Seigneur fit entendre à sa servante, la sœur Paola Maresca, fondatrice du monastère de sainte Catherine de Sienne, à Naples. Il lui montra deux vases précieux, l’un d’or et l’autre d’argent.
« Dans le premier, lui dit-il, je conserve tes communions sacramentelles, et, dans le second, tes communions spirituelles. » « A chacune de tes communions spirituelles, assura-t-il à la Bienheureuse Jeanne de la Croix, tu reçois une grâce analogue à celle que tu recevrais en communiant réellement. » Le Concile de Trente loue grandement la communion spirituelle, il engage les fidèles à la pratiquer : c’est la souveraine recommandation, qu’elle nous suffise.
Acte pour la Communion spirituelle
Mon Jésus, je crois à votre présence dans le très Saint Sacrement. Je vous aime plus que toute chose et je désire que vous veniez dans mon âme. Je ne puis maintenant vous recevoir sacramentellement dans mon cœur : venez-y au moins spirituellement. Je vous embrasse comme si vous étiez venu , et je m’unis à vous tout entier. Ne permettes pas que j’aie le malheur de me séparer de vous.
Actes à faire au commencement de chaque visite au très Saint Sacrement
O Jésus, mon souverain Maître, votre amour pour les hommes vous retient, nuit et jour, dans cette auguste Sacrement. Le Cœur débordant d’une miséricordieuse tendresse, vous nous attendez, vous nous appelez, vous accueillez tous ceux qui daignent vous visiter. Je crois à votre présence dans la sainte Hostie ; du fond de l’abîme de mon néant je vous adore ;je vous remercie de toutes les grâces dont vous m’avez comblé, surtout de m’avoir fait le don de vous-même dans l’Eucharistie, - de m’avoir octroyé pour avocate votre très sainte mère, Marie, et de m’avoir appelé auprès de vous dans cette église.
Je viens rendre hommage aujourd’hui à votre cœur tout aimant, dans une triple intention : d’abord, de vous remercier du don si grand du Saint Sacrement ; ensuite, de réparer tous les outrages que vous vous y avez reçus de tous vos ennemis ; enfin de vous adorer, par cette visite, dans tous les sanctuaires de la terre où vous êtes moins honoré et plus délaissé. Mon Jésus je vous aime de tout mon cœur. Je me repens d’avoir par le passé si souvent peiné votre infinie bonté. Je m’engage, avec l’aide de votre grâce, à ne plus vous offenser à l’avenir ; présentement, - tout misérable que je suis - , je me consacre à vous tout entier ; je vous livre et immole toute ma volonté, toutes mes affections, tous mes désirs ; en un mot, tout ce qui est à moi. Désormais disposez à votre gré de ma personne et de tout ce qui m’appartient.
Je sollicite de vous ce que je veux avant tout : votre saint amour, la persévérance finale, l’accomplissement parfait de votre volonté. Je vous recommande les âmes du purgatoire, celles surtout qui ont eu le plus de dévotion au très Saint Sacrement et à la très Sainte Vierge ; je vous supplie encore en faveur des pauvres pécheurs. J’unis enfin, - ô mon Sauveur bien-aimé - , tous les sentiments de mon cœur à ceux de votre cœur si embrasé d’amour ; ainsi unis, je les offre à votre Père éternel ; je le prie en votre nom de daigner, par amour pour vous, agréer mon offrande, exaucer mes désirs.
PREMIERE VISITE
O mon Jésus, très aimable et très aimé Jésus, ô joie et charme de ma vie, espérance, trésor, unique amour de mon âme, qu’elle vous a coûté cher votre présence sacramentelle au milieu de nous ! Pour pouvoir demeurer caché sous les saintes espèces, il vous a fallu d’abord mourir, puis vous condamner à subir dans ce Sacrement même outrage sur outrage. Tout a cédé à votre amour et à votre désir d’être aimé de nous.
Venez donc, Seigneur, venez et fixez en mon cœur votre séjour. Fermez-en la porte pour toujours : qu’aucune créature n’y pénètre désormais et ne vienne prendre la place que je dois et veux vous réserver. Vous seul, ô mon bien-aimé Rédempteur, soyez le roi de mon âme ; possédez-la toute entière, et, s’il lui arrivait de résister à vos appels, châtiez-la rigoureusement, afin qu’ainsi avertie elle s’efforce de vous donner pleine satisfaction. Faites que mon plaisir le plus ardemment désiré, recherché, soit de procurer le vôtre, de me tenir souvent au pied de vos autels, de converser avec vous, de vous recevoir dans la sainte communion. Cherche qui veut d’autres richesses ! Pour moi, le trésor que j’estime et que je poursuis, la grâce suprême que je veux solliciter auprès du tabernacle, c’est votre amour ! Accordez-moi de m’oublier moi-même pour ne plus me souvenir que de votre bonté. Heureux Séraphins, ce n’est pas votre gloire que j’envie, mais votre amour pour ce Dieu, le vôtre et le mien. Enseignez-moi l’art de l’aimer, l’art de lui plaire.
Oraison jaculatoire. O mon Jésus, je ne veux aimer que vous, je ne veux plaire qu’à vous .
Communion spirituelle.
A Marie, devant son image
Réjouissons-nous, nous pouvons puiser à une autre source les biens surnaturels : en Marie notre Mère. Source si féconde, affirme saint Bernard, qu’il « n’est âme ici-bas qui ne reçoive de sa surabondance ». Dieu remplit en effet de sa grâce la très sainte Vierge Marie, comme en fait la salutation de l’ange : « Je vous salue , ô pleine de grâce ! » Mais cette extrême abondance de biens célestes, elle ne l’a pas seulement reçue pour elle, mais pour nous, pour en faire part à tous ses dévots serviteurs. « La Vierge, dit saint Pierre Chrysologue, a reçu la grâce pour donner le salut à tous les siècles. »
Oraison jaculatoire. Cause de notre joie, priez pour nous.
Prière de saint Ephrem
O Vierge immaculée et toute pure, Marie, Mère de Dieu, vous êtes élevée au-dessus de tous les saints, vous êtes l’unique espérance des Patriarches, l’allégresse des justes. C’est par vous que nous avons été réconciliés avec Dieu. Auguste Princesse, Mère de Dieu, couvrez-nous des ailes de votre miséricorde, ayez pitié de nous. Nous nous sommes donnés à vous, consacrés à votre culte ; nous portons le titre de vos serviteurs : ne permettez pas que Lucifer nous entraîne dans l’abîme éternel. O Vierge immaculée, nous sommes sous votre protection : aussi recourons-nous uniquement à vous et vous supplions-nous d’empêcher votre Fils, irrité par nos crimes, de nous abandonner à l’empire du démon.
Prière à Marie
(à réciter chaque jour à la fin de la visite pour obtenir sa toute puissante protection)
Vierge très sainte, Vierge immaculée, ô ma Mère Marie, c’est à vous, Mère de mon Dieu et Reine du monde, avocate, espérance et refuge des pécheurs, que je recours aujourd’hui, moi le plus misérable des hommes. Je vous honore par-dessus toutes les créatures, ô grande Reine. Je vous remercie de m’avoir obtenu jusqu’aujourd’hui tant de grâces, mais surtout de m’avoir délivré de l’enger que j’ai tant mérité. Je vous aime, ô Souveraine tout aimable, et, parce que je vous aime, je vous promets de vous servir toujours avec fidélité et de faire tout mon possible pour porter mon prochain à vous aimer aussi. Je vous confie toutes mes espérances, toutes les affaires de mon salut. Daignez m’accepter pour votre serviteur et prenez-moi sous votre protection, ô Mère de miséricorde. Vous qui êtes si puissante auprès de Dieu, délivrez-moi de toutes les tentations, ou bien obtenez-moi la force de les vaincre jusqu’à la mort. De vous j’implore le véritable amour de Jésus Christ ; de vous j’implore la grâce de faire une bonne mort. O ma Mère, au nom de votre amour pour dieu, je vous en prie, secourez-moi toujours, mais surtout au dernier moment de ma vie. Ne m’abandonnez –as que vous ne me voyez enfin sauvé, vous bénissant dans le ciel et chantant vos miséricordes pour toute l’éternité. Qu’il en soit ainsi, telle est mon espérance. Amen.
DEUXIEME VISITE
Le pain est un aliment qui se consomme quand on le mange et se conserve quand on le regarde. C’est pour ce motif, remarque le pieux Père Nieremberg, que Jésus Christ voulut se laisser à nous sous les espèces du pain ; elles lui permettent, non seulement d’être consommée dans la communion, par les âmes aimantes auxquelles il s’unit, mais encore d’être conservé dans le tabernacle, de nous procurer la joie de sa présence et le perpétuel souvenir de son immense amour. Saint Paul écrivait : « Il s’est anéanti lui-même en prenant la condition de serviteur » ; mais que dirons-nous en le voyant prendre l’apparence du pain ?
« Il n’est pas de langue qui puisse exprimer la tendresse de Jésus pour toute âme en état de grâce ; aussi ce tendre Epoux des âmes, sur le point de quitter la terre, craignait que son absence ne fût pour elles une occasion de l’oublier. Alors que fit-il ? Il leur laissa pour mémorial ce très Saint Sacrement où il réside lui-même ; il ne put souffrir qu’entre lui et nous, pour raviver perpétuellement son souvenir, il y eût un autre gage que lui-même.
O Jésus, prisonnier volontaire du tabernacle, vous vous tenez là pour attendre les malheureux, recevoir leurs suppliques. Daignez donc accueillir celle que vous présente le plus ingrat de tous les pécheurs vivants.
Pénétré de repentir à la vue de mes péchés, me rendant compte enfin de leur malice, je viens me jeter à vos pieds. Je vous prie avant tout, ô mon Dieu, de me pardonner mes péchés. Ah ! que ne vous ai-je déplu ! Savez-vous quelle autre faveur je sollicite ? Vos amabilités infinies se sont enfin révélées à moi, elles ont captivé mon cœur, et j’éprouve un grand désir de vous aimer et de vous plaire ; mais que puis-je sans votre assistance ? O maître souverain, faites connaître à tout le paradis la grandeur de votre puissance, l’immensité de votre miséricorde, en transformant le grand rebelle que je fus en l’un de vos intimes. Vous le pouvez, vous le voulez aussi, n’est-ce pas ? Suppléez donc à mon impuissance, afin que je parvienne à vous aimer beaucoup, à vous aimer au moins autant que je vous ai offensé. Je vous aime, ô mon Jésus, plus que toute chose ; je vous aime plus que ma vie, ô mon Dieu, mon amour, mon tout !
Oraison jaculatoire. Mon Dieu et mon tout !
Communion spirituelle.
A Marie
« Approchons-nous avec assurance du trône de la grâce pour trouver la miséricorde et le secours opportun. »
Selon saint Antonin, ce trône de la grâce, c’est Marie, par les mains de laquelle Dieu nous distribue ses faveurs. O Reine tout aimable, puisque votre désir est si grand de venir en aide aux pécheurs, en voici un très misérable qui recourt à vous : secourez-moi puissamment, secourez-moi promptement.
Oraison jaculatoire Unique refuge des pécheurs, ayez pitié de moi. Saint Augustin.
Prière du même saint Ephrem
O Reine de l’univers, notre très miséricordieuse Souveraine, vous êtes l’unique Avocate des pécheurs, le port de sécurité de ceux qui ont fait naufrage ; vous êtes la consolation du monde, la rançon des captifs, l’allégresse des infirmes, le retour des affligés à la joie, le refuge et le salut de toute la terre.
O pleine de grâce, éclairez mon intelligence, déliez ma langue pour qu’elle chante vos louanges et surtout la salutation angélique si digne de vous. Je vous salue, ô paix, ô contentement, ô délivrance et consolation du monde entier. Je vous salue, ô le plus grand des miracles opérés sur la terre, jardin de délices, asile assuré pour quiconque est en péril, source de grâce, médiatrice entre Dieu et les hommes !
Oraison jaculatoire de saint Augustin. Unique refuge des pécheurs, ayez pitié de moi.
TROISIEME VISITE
« Mes délices sont d’être avec les enfants des hommes. »
Mourir sur la croix pour notre amour n’a pas suffi à notre Sauveur : il a voulu demeurer avec nous dans le Saint Sacrement, il proclame que son bonheur est de vivre au milieu de ses enfants de la terre. Cette pensée arrachait à sainte Thérèse cette exclamation : « O hommes, comment pouvez-vous offenser un Dieu qui déclare trouver en vous vos délices ? » Jésus met toute sa joie à nous tenir compagnie, et la notre ne serait pas de rester près de lui ? Nous surtout qui avons l’honneur d’habiter sa maison ? Comme ils s’estiment favorisés les sujets que le roi daigne loger dans son palais ! Voici le palais du Roi par excellence : c’est cette demeure où nous habitons avec Jésus Christ. Sachons le remercier et bénéficier des entretiens que si facilement nous pouvons avoir avec lui.
Me voici donc, ô mon souverain Maître et mon Dieu, me voici devant cet autel où, pour moi, vous demeurez nuit et jour. Vous êtes la source de tous les biens, le remède à tous les maux, le trésor où peuvent puiser tous les pauvres. Voyez aujourd’hui à vos pieds un pécheur, nécessiteux et malade entre tous ; il implore votre pitié : ayez compassion de lui. Je ne veux pas, non je ne veux pas que ma misère me décourage, alors que je vous vois, en ce Sacrement, descendu du ciel uniquement pour me faire du bien. Je vous loue, je vous remercie, je vous aime ; et si vous voulez que je vous demande une aumône, voici, écoutez-moi bien, l’unique que je sollicite : la volonté ferme de ne plus vous offenser, la lumière et la grâce de vous aimer de toutes mes forces.
Seigneur, je vous aime avec toute l’ardeur et toute la tendresse de mon âme. Faites que ce cri de mon cœur exprime un amour vrai, et que je le redise sans cesse pendant cette vie et durant toute l’éternité. Sainte Vierge Marie, mes saints patrons, anges du ciel, et vous tous, bienheureux du Paradis, aidez-moi à aimer mon tout aimable Seigneur.
Oraison jaculatoire.
Bon Pasteur, Pain véritable,
Jésus, aie pitié de nous.
Nourris-nous, protège-nous
Et toi-même conduis-nous
A la vision bienheureuse
Dans la terre des vivants.
Communion spirituelle.
A Marie
« Ses liens sont des liens de salut. » La dévotion à Marie dit le pieux Pelbart, est une chaîne de prédestination. Prions notre Souveraine de nous tenir toujours plus étroitement liés par des liens d’amour à la confiance en sa protection.
Oraison jaculatoire. O clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie !
Prière de saint Germain
O mon unique Souveraine, vous qui êtes la seule consolation que je reçoive de Dieu, la seule rosée céleste qui me rafraîchisse dans mes peines ; vous qui êtes la lumière de mon âme, alors qu’elle est environnée de ténèbres, vous qui êtes mon guide dans mes voyages, ma force dans mes faiblesses, mon trésor dans ma pauvreté, le remède qui cicatrise mes plaies et sèche mes larmes ; vous qui êtes mon refuge dans mes misères et l’espérance de mon salut ; exaucez mes prières, ayez pitié de moi, comme il convient à la Mère d’un Dieu passionné d’amour pour les hommes. Daignez m’accorder tout ce que je vous demande.
Oraison jaculatoire. O clemens, ô pia, ô dulcis Virgo Maria !
QUATRIEME VISITE
« Sa société ne cause aucune amertume, ni son commerce aucun ennui. »
Les amis du monde goûtent un vif plaisir à se trouver ensemble, qu’ils y perdent des journées entières. Pourquoi nous ennuyons-nous dans la compagnie de Jésus Christ ? C’est que nous ne l’aimons pas. Les saints trouvaient le paradis au pied des autels. Sainte Thérèse, apparaissant après sa mort à l’une de ses religieuses, lui dit : « Nous dans le ciel, et vous sur la terre, nous devons avoir la même pureté et le même amour, nous en jouissant, vous en souffrant ; et les entretiens que nous avons là-haut avec la divine Essence, vous devez les avoir ici-bas avec le Saint Sacrement. »
O Agneau sans tâche, immolé pour nous sur la croix, rappelez-vous que je suis l’une de ces âmes rachetées par vos extrêmes souffrances et votre mort même. Vous vous êtes donné à moi, et vous continuez de vous donner chaque jour, au divin sacrifice de l’autel : faites que je vous garde en mon souvenir et ne vous oublie jamais ; faites que je vous appartienne sans réserve. Je me remets tout entier entre vos mains, afin que vous disposiez de moi à votre gré. Je vous abandonne ma volonté : daignez l’enchaîner par les doux liens de votre amour, afin qu’elle soit éternellement l’esclave de la vôtres.
Je vous aime, ô mon très cher Sauveur, de tout mon cœur, je vous aime, parce que vous réclamez mon amour ; je vous aime, parce que vous en êtes souverainement digne. Je souffre de ne pas vous aimer autant que vous le méritez. Que ne puis-je mourir pour votre amour ? Seigneur, agréez cet élan de mon cœur, et donnez-moi encore plus d’amour ! Amen.
Oh ! qu’il en soit ainsi !
Oraison jaculatoire. O bon plaisir de mon Dieu, je m’immole à vous tout entier.
Communion spirituelle.
A Marie
« Je suis, dit Marie, la mère du bel amour », c’est-à-dire de cet amour qui fait la beauté des âmes. Sainte Marie Madeleine de Pazzi vit un jour la très sainte Vierge qui allait distribuer un nectar céleste : c’était le divin amour. Ce don précieux entre tous, Marie est seule à le dispenser : demandons le donc à Marie.
Oraison jaculatoire. O ma mère, mon espérance, faites que je sois tout à Jésus.
Prière du même saint Germain
O ma souveraine, vous qui êtes notre défense et notre joie, rendez-moi digne de partager avec vous l’extrême félicité dont vous jouissez dans le ciel. Oui, ma reine, mon refuge, ma vie, mon secours, ma protection, ma force, mon allégresse, mon espérance, faites que je sois admis avec vous en paradis. Vous êtes la Mère de Dieu : vous pouvez donc m’obtenir cette faveur, si vous le voulez. O Marie, vous êtes toute puissante pour sauver les pécheurs : votre recommandation suffit à elle seule, parce que vous êtes la Mère de Celui qui est la véritable Vie.
Oraison jaculatoire. O ma Mère, mon espérance, faites que je sois tout à Jésus.
CINQUIEME VISITE
« Le passereau se trouve une maison, et la tourterelle un nid, pour y placer ses petits : vos autels, ô Seigneur des armées, mon roi et mon Dieu ! »
Le passereau, dit David, trouve un abri dans les maisons, et la tourterelle se bâtit un nid ; mais vous, ô mon Roi et mon Dieu, c’est sur vos autels que vous avez choisi votre habitation ici-bas, que vous vous êtes fait comme un nid, pour rester toujours près de nous, à portée de tous. Nous sommes forcés, Seigneur de proclamer que votre amour se porte à des excès : vous ne savez plus qu’inventer pour gagner le cœur des hommes. Faites donc, ô tout aimable Jésus, qu’à notre tour nous vous aimions avec ardeur ! Serait-il juste d’aimer avec un cœur presque glacé un Dieu tout flamme pour nous ? Notre cœur, daignez le captiver par les doux attraits de votre amour, lui révéler les beaux titres que vous avez à toute son affection.
O Majesté infinie, ô bonté sans bornes, vous qui aimez tant les hommes, vous qui avez tout fait pour en être aimée, comment pouvez-vous compter si peu d’amis parmi eux ? Moi-même, j’ai été longtemps, hélas ! du nombre de ces ingrats. C’en est fait : je suis résolu de vous aimer de toutes mes forces et de n’aimer que vous. Vous le méritez, vous me le commandez avec insistance : vous serez satisfait, je l’ai décidé. Mais, ô Dieu de mon âme, cette pleine satisfaction que je veux vous procurer, opérez-la vous-même. Je vous en supplie par les mérites de votre Passion, et, j’en ai la confiance, vous m’exaucerez. Les biens de la terre, donnez-les à qui les désire : pour moi, je ne désire et ne cherche que le précieux trésor de votre amour. Je vous aime, ô mon Jésus, je vous aime, ô bonté divine ! Vous êtes toute ma richesse, toute ma joie, tout mon amour.
Oraison jaculatoire. O mon Jésus, vous vous êtes donné tout à moi, je me donne tout à vous.
Communion spirituelle.
A Marie
O ma Souveraine, saint Bernard vous appelle « Ravisseuse des cœurs », ravisseuse, dit-il par votre beauté et votre bonté ! Je vous en prie, ravisez aussi mon cœur, emparez-vous de ma volonté ! Je vous la donne toute entière. Offrez-la donc à Dieu en union avec la vôtre.
Oraison jaculatoire. Mater amabilis, ora pro me.
Prière de saint Bernard
Nous levons les yeux vers vous, ô Reine du monde. Après avoir commis tant de péchés, nous devons comparaître devant notre Juge : qui l’apaisera ? Nul ne peut le faire mieux que vous, ô sainte Souveraine, qui l’avez tant aimé et qu’il a si tendrement aimée. Ouvrez donc, ô Mère de miséricorde, ouvrez l’oreille de votre cœur à nos soupirs et à nos prières. Nous nous réfugions sous votre protection ; calmez l’indignation de votre divin Fils, rétablissez-nous dans sa faveur. Vous n’abhorrez pas le pécheur, si rebutant qu’il soit. Vous ne le méprisez pas, s’il soupire vers vous et que pénétré de repentir, il implore votre intercession ; votre main compatissante le préserve du désespoir ; vous le remplissez de confiance, vous le fortifiez, et vous ne le quittez point que vous ne l’ayez réconcilié avec son juge.
SIXIEME VISITE
« Où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. »
Parole de Jésus Christ : notre affection se fixe où nous croyons avoir notre trésor. Aussi le saints, qui n’estiment rien et n’aiment rien en dehors de Jésus Christ, placent-ils dans le Saint Sacrement tout leur cœur et tout leur amour.
O Jésus-Eucharistie, mon tout aimable Jésus, c’est votre tendresse pour moi qui vous retient, nuit et jour, enfermé dans ce ciboire. Daignez vous emparer de mon âme, au point d’absorber toutes mes pensées, d’être l’unique objet de mes affections, de mes aspirations et de mes espérances. Accordez-moi cette grâce : je vous la demande et ne l’attends qu’au nom des mérites de votre Passion.
O mon Sauveur caché dans l’hostie, ô Amant divin des âmes, qu’elles sont puissantes sur les cœurs les inventions de votre charité pour nous engager à vous aimer ! Pour vous, ô Verbe éternel, ce fut trop peu de mourir pour nous, après avoir revêtu notre humanité ; vous nous avez encore donné ce Sacrement, pour être en notre compagnie, notre aliment et le gage du paradis. Vous avez voulu paraître parmi nous, d’abord comme un enfant dans une étable puis comme pauvre dans un atelier, ensuite comme criminel sur un gibet, enfin comme pain sur un autel. Dites-le moi, reste-t-il autre chose à inventer pour vous faire aimer ? O amabilité infinie, quand commencerais-je à répondre en toute vérité à ces divines délicatesses ? vous aimer, Seigneur, vous aimer vous seul, avant tout, tel est le but que j’assigne à ma vie. Au fait, à quoi me servirait la vie, si je ne l’employais tout entière à vous aimer, à vous contenter, ô mon très cher Rédempteur, vous qui avez employé pour moi la vôtre tout entière ? Qu’aimerais-je si je ne vous aimais, vous qui n’êtes que beauté, grâce, bonté, amour, amabilité ? Ah ! que mon âme ne vive plus que pour vous aimer ! qu’au seul souvenir de votre amour mon cœur fonde dans ma poitrine ! qu’aux seuls noms de crèche, de croix, d’eucharistie, il s’embrasse du désir de faire pour vous de grandes choses ! N’avez-vous pas opéré pour moi de grandes merveilles, enduré d’extrêmes souffrances ?
Oraison jaculatoire. Faites, Seigneur, qu’avant ma mort je fasse quelque chose pour vous.
Communion spirituelle.
A Marie
« Je me suis élevée comme un bel olivier dans la campagne. » Je suis, dit Marie, le bel olivier qui donne sans cesse l’huile de la miséricorde. C’est pour que tous m’aperçoivent et recourent à moi, que je m’élève dans la campagne.
Disons donc à Marie avec saint Augustin, « Souvenez-vous, ô très compatissante Reine, que jamais on n’a entendu dire qu’aucun de ceux qui ont imploré votre secours, ait été abandonné. » Ah ! je ne veux pas être le premier infortuné délaissé par vous, après vous avoir invoqué !
Oraison jaculatoire. O Marie, donnez-moi la grâce du recours à vous perpétuel.
Prière de saint Bernard
Vous êtes, ô Marie, cette Femme unique dans laquelle le Sauveur a trouvé son repos et accumulé sans mesure tous ses trésors. Aussi, ô ma sainte Souveraine, le monde entier vénère-t-il votre chaste sein comme le temple de Dieu, où commença le salut du monde : c’est là que s’est faite la réconciliation de Dieu et de l’homme. Vous êtes, auguste Mère de Dieu, le jardin fermé où jamais main de pécheur n’est entré pour cueillir une fleur. Vous êtes le beau parterre où le Seigneur a planté toutes les fleurs qui sont l’ornement de l’Eglise ; parmi elles, brillent d’un éclat spécial la violette de votre humilité,, le lis de votre pureté, la rose de votre charité. A qui vous comparerons-nous, ô Mère de grâce et de beauté ? Vous êtes le paradis de Dieu. De vous a jailli la source d’eau vive qui arrose toute la terre. Oh de quels grands bienfaits vous avez comblé le monde en méritant de devenir un aqueduc si salutaire !
SEPTIEME VISITE
« Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Tel est le langage de notre tendre Pasteur : après avoir donné sa vie pour nous, il ne tolère pas que la mort elle-même le sépare de nous. « Brebis si chères, dit-il, me voici pour toujours avec vous. Pour vous, je demeure ici-bas dans ce Sacrement. Vous m’y trouverez à votre gré, toujours prêt à vous aider et à vous consoler par ma présence ; jusqu’à la fin des siècles, tant que vous serez sur la terre, je ne vous quitterez point. » « L’Epoux divin, dit saint Pierre d’Alcantara, voulut laisser à son épouse, durant sa longue absence, une compagnie qui la préservât d’être seule : il institua ce Sacrement dans lequel il réside lui-même. C’était bien la meilleure compagnie qu’il pût lui donner. »
Mon très gracieux Maître, mon tout aimable Sauveur, je vous visite aujourd’hui présent sur cet autel ; mais cette visite, vous me la rendez avec bien plus d’amour, lorsque vous venez dans mon âme par la sainte communion. Ce n’est pas alors votre seule présence que vous m’accordez : vous vous faites ma nourriture, vous vous unissez à moi par le don de tout vous-même. Dès lors, je puis dire en toute vérité : « Mon Jésus, vous êtes tout à moi. » Mais puisque vous vous donnez tout à moi, il est juste que je me donne tout à vous, mon Dieu, moi ver de terre. O Dieu d’amour, ô Amour de mon âme, quand donc me verrais-je tout à vous, en réalité, non pas seulement en paroles ? Cette œuvre, vous pouvez l’accomplir. Par les mérites de votre sang, augmentez ma confiance, et ma prière alors m’obtiendra la grâce de me voir, avant de mourir, entièrement à vous, nullement à moi-même.
Vous ne repoussez, Seigneur, aucune demande ; daignez donc agréer celle d’une âme qui veut vous aimer d’un amour vrai. Je veux vous aimer de toutes mes forces, je veux exécuter tous vos ordres, sans réclamer ici-bas ni intérêt, ni consolation, ni récompense. Mon intention est de vous servir par affection, en vue du plus grand et de l’unique contentement de votre cœur, si passionnément épris de moi. Ma récompense sera de vous aimer. O Fils chéri du Père Eternel, emparez-vous de ma libre volonté, de tout ce qui m’appartient, de tout moi-même, puis donnez-vous à moi. C’est vous que j’aime, vous que je cherche, vous après qui je soupire ; vous que je veux de toute mon énergie.
Oraison jaculatoire Mon Jésus, faites que je sois tout à vous.
Communion spirituelle.
A Marie
O notre très aimable Souveraine, toute l’Eglise, en vous saluant, vous proclame « notre Espérance ». Vous donc, Espérance de l’univers, soyez aussi la mienne. Saint Bernard vous appelait « tout le fondement de son espoir ». « Qu’il espère en vous, disait-il encore, celui qui désespère ! » Ainsi vous invoquerai-je à mon tour : O Marie, ma Mère, puisque vous sauvez jusqu‘aux désespérés, je mets en vous toute ma confiance.
Oraison jaculatoire. O Marie, Mère de Dieu, priez Jésus pour moi.
Prière de saint Bernard
O ma Reine, c’est vous qu’il avait en vue celui qui demandait : « Quelle est celle qui se lève comme l’aurore, belle comme la lune, brillante comme le soleil ? » Vous êtes donc venue au monde, ô Marie, comme une aurore resplendissante : l’éclat de votre sainteté fut le précurseur du Soleil de justice. Le jour de votre venue sur la terre mérite d’être appelé jour de salut, jour de grâce. Vous êtes belle comme la lune : de même qu’il n’y a point de planète plus semblable au soleil que la lune, ainsi n’y a-t-il point de créature plus semblable à Dieu que vous ; la lune éclaire nos ténèbres par la splendeur de vos vertus ; mais vous êtes plus belle que la lune, car il n’est en vous ni tache ni ombre. Vous êtes brillante comme le Soleil, le Soleil dis-je, créateur du soleil. Il brille, lui entre tous les hommes ; vous brillez, vous, entre toutes les femmes.
HUITIEME VISITE
A toute âme qui le visite dans le Saint Sacrement, Jésus redit les paroles qu’il adressait autrefois à l’Epouse sacrée : « Lève-toi, hâte-toi, ma belle et viens. » Ame qui me visites, « lève-toi », sors de ta misère, je suis ici pour t’enrichir de grâces. « Hâte-toi », approche-toi bien près de moi, ne redoute pas ma divine Majesté : elle est voilée, ici, pour dissiper la crainte et t’inspirer confiance. « Mon amie », tu es vraiment, - et non plus mon ennemie – puisque notre amour est réciproque. « Ma belle », car ma grâce t’a rendue belle à mes yeux. « Et viens », viens vite te jeter dans mes bras et m’exprimer tous tes désirs avec une pleine confiance.
Pourquoi ce Roi de gloire a-t-il caché sa Majesté sous le vêtement des espèces sacramentelles ? C’est, répond sainte Thérèse, pour nous encourager à nous approcher de son divin Cœur avec plus de confiance.
Allons donc à Jésus avec une confiance et un amour sans bornes : unissons notre cœur au sien et demandons-lui ses grâces.
O Verbe éternel, fait homme et sacrement pour moi, - quelle ne doit pas être ma joie à la pensée que je suis devant vous, mon Dieu, devant vous, la Majesté, la Bonté infinies devant vous qui avez une si vive affection pour mon âme ! O vous tous, amis de Dieu – que vous soyez au ciel ou sur la terre - aimez-le aussi pour moi. Marie, ma Mère, aidez-moi à l’aimer.
Et vous, Seigneur tout aimant, opérez la merveille de devenir l’objet de toutes mes affections. Emparez-vous de toute ma volonté : soyez vraiment mon maître. Mon intelligence, je vous la donne, afin qu’elle pense toujours à votre bonté. Mon corps, je vous le consacre, afin qu’il m’aide à vous plaire ; mon âme enfin, je vous la livre pour être votre propriété. Je voudrais, ô Dieu de mon cœur, que tous les hommes connussent la tendresse de votre amour pour eux et qu’ainsi leur vie n’eût qu’un but : vous honorer et vous faire plaisir, comme vous le désirez et le méritez. Que moi, du moins, je vive à jamais épris de votre infinie Beauté ! Désormais, pour vous êtes agréable, je veux faire tout ce que je pourrai ; ce que je sauri vous déplaire, je suis résolu d’y renoncer, quelque peine qu’il m’en coûte, fallût-il perdre tout, même la vie ! Trop heureux de tout perdre pour vous posséder, vous, mon Dieu, mon trésor, mon amour, mon tout !
Oraison jaculatoire. Jésus, mon amour, prenez-moi tout entier, possédez-moi tout entier.
Communion spirituelle.
A MARIE
« Que celui qui est petit, vienne à moi. » Marie invite tous les enfants qui ont besoin de mère à recourir à elle comme à la plus tendre des mères. « L’amour de toutes les mères, dit le pieux Nieremberg, n’est qu’une ombre auprès de celui que porte Marie à chacun de nous. » - O ma Mère de mon âme, vus qui m’aimez et désirez mon salut plus que nul autre après Dieu, - ô Mère, - « montrez que vous êtes ma Mère ».
Oraison jaculatoire. O ma Mère, faites que je garde toujours votre souvenir.
Prière de Saint Bernard
O douce, ô grande, ô toute aimable Marie, nul ne peut prononcer votre nom, qu’aussitôt vus n’embrasiez son cœur d’amour pour vous, ni vos amis penser à vous, qu’ils ne se sentent portés à vous aimer davantage. O sainte Souveraine, venez en aide à ma faiblesse. Qui, plus que vous, est qualifié pour parler à Notre Seigneur Jésus Christ ? N’êtes- vous pas edmise à partager très intimement les douceurs de sa conversation ? Parlez, parlez, auguste Reine ! Car il vous écoute, votre Fils, et vous obtiendrez toutes les faveurs sollicitées.
Oraison jaculatoire. O Marie, obtenez-moi la grâce de recourir toujours à vous.
NEUVIEME VISITE
« Je vis, dis Saint Jean, le Seigneur, la poitrine soutenue par une ceinture d’or. » C’est ainsi que se présente à nous Jésus dans la Sacrement de l’autel : comme le sein d’une mère est empli de lait, le cœur de Jésus déborde des grâces qu’il veut nous prodiguer dans sa miséricorde, et comme une mère va trouver ses enfants pour leur donner son lait et se décharger de son doux fardeau, ainsi Jésus christ nous dit par la bouche d’Isaïe : « vous serez comme des enfants portés à la mamelle. »
Le vénérable Père Alvarez vit Jésus dans le Saint Sacrement les mains pleines de grâces et cherchant à qui les distribuer. Sainte Catherine de Sienne s’approchait-elle du tabernacle ? Elle y apportait l’avidité d’un enfant qui se jette sur le sein maternel.
O Fils unique de Père éternel, infiniment aimé de lui, vous êtes l’objet le plus digne d’amour, je le sais. Je désire vous aimer autant que vous le méritez ; du moins, autant qu’une âme peut souhaiter de vous chérir. Sans doute, traître et rebelle à votre amour, je suis indigne de vous aimer, - je m’en rends compte, - indigne de rester près de vous comme je le suis en ce moment dans cette église ; toutefois, je vous entends réclamer mon amour en ces termes : « Mon fils, donne-moi ton cœur. » « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur. » Vous m’avez conservé la vie jusqu’ici, vous ne m’avez pas précipité en enfer, pourquoi ? Ah ! j’en suis convaincu, pour que je me convertisse et vous aime de toutes mes forces. Puis donc que vous daigner encore faire appel à mon amour, me voici, ô mon Dieu, je me rends, je me livre à vous. Je vous aime, ô Dieu, toute bonté, tout amour, je vous choisis pour l’unique roi et le seul maître de mon pauvre cœur. Ce cœur, vous le réclamez, je vous le donne. Il est froid, il est répugnant ; mais si vous l’acceptez, vous le changerez. Ah ! Seigneur, changez-le, changez-le ; je n’ai plus le courage de vivre, comme par le passé, dans l’ingratitude ou l’indifférence envers un Dieu infiniment bon qui m’aime tant et mérite un amour sans bornes. Faites que désormais mon amour ardent répare les défaillances coupables de mon amour dans le passé.
Oraison jaculatoire. Mon Dieu, mon Dieu, je veux vous aimer, je veux vous aimer.
Communion spirituelle.
A MARIE
Elle est toute semblable à son divin Fils, Marie, la Mère de Jésus, M ère de miséricorde, sa joie est de secourir et de consoler les malheureux. Son désir de nous communiquer ses faveurs est extrême : « Elle est plus empressée, affirme Bernardin de Bustis, à vous distribuer ses bienfaits et ses grâces que vous ne l’êtes à les recevoir. »
Oraison jaculatoire. O Marie, notre espérance, salut !
Prière de saint Jean Damascène
Je vous salue, ô Marie, vous êtres l’espérance des chrétiens : accueillez la supplique d’un pécheur qui vous aime tendrement, vous honore d’une façon spéciale et met en vous tout l’espoir de son salut ! C’est de vous que je tiens la vie : rétablissez-moi dans la grâce de votre Fils. Vous êtes le gage certain de mon salut ; je vous supplie donc de me décharger du fardeau de mes péchés. Dissipez les ténèbres de mon esprit, bannissez de mon cœur les affections déréglées, réprimez les tentatives de mes ennemis ; réglez si bien ma vie, que je puisse, avec votre secours et sous votre conduite, parvenir à l’éternelle félicité du paradis.
Oraison jaculatoire. Faites-moi souvenir toujours de vous.
DIXIEME VISITE
Insensés, infortunés partisans du monde, s’écrie saint Augustin, où allez-vous chercher le contentement de votre cœur ? Venez donc à Jésus ! « Lui seul est capable de vous procurer le bonheur après lequel vous soupirez. »
O mon âme, n’imite pas leur folie : cherche Dieu seul, « le Bien unique, qui renferme tous les biens. » Veux-tu le trouver promptement ? Le voici près de toi : expose-lui tes désires, car il ne demeure dans ce ciboire que pour te consoler et t’exaucer. « Il n’est pas loisible à chacun de parler au roi », dit sainte Thérèse, « tout au plus peut-on l’approcher par un intermédiaire ». Pour converser avec vous, ô Roi de gloire, nul besoin d’intermédiaire. Vous êtes toujours prêt à donner audience à chacun dans le Sacrement de l’autel ; quiconque vous désire, vous y trouve et s’entretient avec vous dans plus intime familiarité. Et puis, si quelqu’un réussit à obtenir une entrevue du roi, combien de démarches onéreuses ne lui a-t-elle pas coûtées ? Encore les rois reçoivent-ils rarement au cours de l’année. Vous, au contraire, vous nous accueillez tous, la nuit et le jour, à notre gré.
O Dieu d’amour caché sous les espèces sacramentelles, soit que vous vous donniez dans la communion, soit que vous demeuriez dans le tabernacle, vous savez, par les doux attraits de votre tendresse, captiver tant de cœurs ! Passionnément épris de vous, ravis de votre ineffable bonté, ils brûlent pour vous des plus heureuses flammes, sans jamais vous perdre de vue. Attirez donc mon pauvre cœur ; car lui aussi désire vous aimer et vivre esclave de votre amour. Dès ce jour et pour toujours, je vous confie mes intérêts, mes espérances, mes affections, mon âme et mon corps ; je remets tout entre les mains de votre bonté.
Daigner m’accepter, Seigneur, et disposez de moi selon votre bon plaisir. Je ne veux plus me plaindre, ô mon amour, des saintes dispositions de votre providence. Toutes, je le sais, viennent d’un cœur ami ; toutes n’ont qu’un but : mon plus grand bien. Elles sont votre volonté, cela suffit : je les accueille sans réserve pour le temps et pour l’éternité. Faites de moi et en moi tout ce qu’il vous plaît ; je m’unis entièrement à votre volonté : elle est toujours toute sainte, toute bonne, toute belle, toute parfaite, toute aimable ! O volonté de mon Dieu, que vous m’êtes chère ! Je veux vivre et mourir étroitement uni à vous. Votre plaisir sera mon plaisir ; vos désirs seront les miens. Mon dieu, mon Dieu, aidez-moi : faites que désormais je ne vive plus que pour vous, pour vouloir ce que vous voulez, pour chérir votre très aimable volonté ! Que je meure pour votre amour, puisque vous êtes mort pour moi et que pour moi vous vous êtes fait aliment ! Je maudis les jours où j’ai fait ma
volonté à votre grand déplaisir. Je vous aime, ô volonté de Dieu, autant que j’aime Dieu ; car vous êtres Dieu lui-même. E vous donc tout mon cœur, à vous tout ce que je suis !
Oraison jaculatoire. O volonté de dieu, vous être mon amour !
Communion spirituelle.
A MARIE
« Avec moi, nous dit cette auguste Reine, sont les richesses …pour enrichir ceux qui m’aiment. » Aimons Maire, si nous voulons les richesses de la grâce. L’Idiota l’appelle « la Trésorière des grâces ». Heureux donc qui, avec amour et confiance, recourt à Marie. O ma Mère, mon espérance, vous pouvez faire de moi un saint : j’attends de vous cette faveur.
Oraison jaculatoire. Mère aimable, priez pour moi, Mater amabilis, ora pro me.
Prière de saint André de Crète, ou de Jérusalem
Je vous salue, ô Pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Je vous salue, ô Cause de notre joie, par qui la sentence de notre condamnation fut révoquées et changée en un décret de bénédiction. Je vous salue, ô Temple de la gloire de Dieu, sainte Demeure du Roi des cieux. Vous êtes la Réconciliation de Dieu avec les hommes. Je vous salue, ô Mère de notre allégresse ; vous êtes vraiment et excellemment bénie, puisque, seule entre toutes les femmes, vous fûtes jugée digne de devenir la Mère de votre Créateur. Toutes les nations vous appellent bienheureuse. O Marie, si je mets ma confiance en vous, je serai sauvé ; si je suis sous votre protection, je n’ai rien à craindre ; car, être serviteur dévoué, c’est avoir des armes qui assurent la victoire, et dont Dieu munit ceux-là seulement qu’il veut sauver.
Oraison jaculatoire. Nous nous réfugions sous votre protection, ô sainte Mère de Dieu.
ONZIEME VISITE
« Soyons attentifs, dit Sainte –Thérèse, à ne pas nous éloigner de Jésus, notre cher Pasteur, à ne jamais le perdre de vue : les brebis les plus proches du berger sont toujours les plus caressées et les plus comblées ; il ne manque jamais de leur donner quelque morceau de choix de sa propre nourriture. Arrive-t-il au berger de s’endormir ? la brebis ne s’écarte pas ; s’éveille-t-il de lui-même, ou le presse-t-elle de se réveiller ? Ce sont nouvelles attentions et nouvelles caresses. » O mon Rédempteur caché dans l’hostie, me voici près de vous : je ne vous demande qu’un seul don, la ferveur persévérante dans votre amour.
O sainte foi, soyez bénie ! Vous m’apprenez et me donnez la certitude que, dans ce divin Sacrement, dans ce pain céleste, il n’y as plus de pain, mais que Jésus, mon souverain Seigneur y est tout entier, et par amour pour moi. Mon maître et mon Tout, je vous crois présent dans cet adorable Sacrement ; je ne vous y vois pas avec les yeux du corps, mais bien avec ceux de la foi : ils me font discerner dans l’Hostie consacrée le Roi du ciel et de la terre et le Sauveur du monde. Ah ! mon très doux Jésus, vous êtes mon espérance, mon salut, ma force, ma consolation ; soyez aussi, je le veux, tout mon amour, l’unique objet de toutes mes pensées, de tous mes désirs, de toutes mes affections. Mes délices, je les trouve plus dans la souveraine félicité dont vous jouissez pour l’éternité que dans tous les biens qui pourraient m’échoir dans le temps et dans l’éternité. Mon contentement suprême est de savoir qu’il ne manque rien à votre bonheur et que ce bonheur est infini.
Régnez, Seigneur, régnez en maître absolu sur mon âme ; je vous la donne toute entière : possédez-la à jamais. Ma volonté, mes sens, je les veux esclaves de votre amour, consacrés tout entiers au service de votre gloire et de votre satisfaction. Ce fut votre vie, ô Mère et première amie de Jésus, très sainte Vierge Marie. A vous de m’aider, à vous de m’obtenir de vivre, à votre exemple, dans le bonheur d’être tout à Dieu.
Oraison jaculatoire. Mon Jésus, que je sois tout vôtre ! et vous, daignez être tout mien !
Communion spirituelle.
A MARIE
« Heureux l’homme qui veille chaque jour à mes portes et qui en garde les montants. » Oui, heureux celui qui sait, comme le pauvre à l’entrée de la maison du riche se tenir à la porte de la miséricorde de Marie pour implorer l’aumône de ses faveurs. Plus heureux encore celui qui s’efforce d’imiter les vertus qu’il admire en Marie, surtout sa pureté et son humilité.
Oraison jaculatoire.
Prière de saint André de Crète
O Mère de miséricorde, apaisez votre Fils. Quand vous étiez sur la terre, vous n’en occupiez qu’une petite partie ; mais aujourd’hui que vous êtes élevée au plus haut des cieux, l’univers entier vous considère comme le Propritiatoire commun de toutes les nations. Accordez-nous donc – nous vous en supplions, ô Vierge Sainte, le secours de vos prières auprès de Dieu. Vos prières, nous les estimons incomparablement plus précieuses que tous les trésors d’ici-bas ; car elles nous obtiennent de Dieu le pardon de nos péchés, et des grâces très abondantes pour nous aider à pratiquer les vertus ; elles arrêtent nos ennemis, confondent leurs dessins et triomphent de leurs efforts.
Oraison jaculatoire. « Marie est toute ma confiance, tout le fondement de mon espérance. »
DOUZIEME VISITE
« Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui ! »L’ami de Jésus se tient avec Jésus, et Jésus se tient avec lui. « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » Saint Philippe Néri, sur le point de communier en viatique, s’écria, à la vue du Saint Sacrement : « Voici mon amour ! Voici mon amour ! » Ce doit être le cri de chacun de nous, ici, en présence de Jésus-Hostie : « Voici mon amour ! Voici l’objet de toutes mes affections pour la vie et pour l’éternité ! »
Mon Seigneur et mon Dieu, vous avez dit dans l’Evangile, que vous aimerez qui vous aime et qu’en lui vous viendriez fixer pour jamais votre séjour. Eh bien ! je vous aime plus que tout bien : daignez donc m’aimer, vous aussi. A tous les royaumes du monde je préfère votre amitié. Venez établir votre résidence dans l’humble maison de mon âme, si bien que vous n’en sortiez plus jamais, ou pour mieux dire, que jamais je n’aie plus le malheur de vous en chasser. Vous ne partez pas, vous, si vous n’êtes chassé ; mais hélas ! je puis encore vous expulser, comme je l’ai fait par le passé. De grâce, ne permettez pas que la terre soit témoin de cette nouvelle scélératesse, de cette révoltante ingratitude d’une âme – la mienne – vous mettant à la porte, après avoir été comblée de tant de grâces de choix !
Pourtant, cela est possible ! Aussi, Seigneur, je désire la mort, si tel est votre bon plaisir : ainsi je mourrai uni à vous, et mourir uni à vous, c’est vivre éternellement. Oui, mon Jésus, c’est mon espoir. Je vous embrasse, je vous serre contre mon cœur : faites que je vous aime toujours et que je sois toujours aimé de vous. Oui, ô mon tout aimable Rédempteur, toujours je vous aimerai, toujours aussi vous m’aimerez. Nous nous aimerons, - je l’espère, ô Dieu de mon âme, - durant toute l’éternité. Qu’il en soit ainsi ; oui, qu’il en soit ainsi !
Oraison jaculatoire. O Jésus, je veux vous aimer sans cesse, et sans cesse être aimé de vous.
Communion spirituelle.
A Marie
« Ceux qui agissent par moi, ne pècheront point. » Etre fidèle à me servir, dit Marie, c’est avoir la persévérance : « Ceux qui me mettent en lumière, auront la vie éternelle. »L’employer à me faire connaître et aimer, c’est être prédestiné au paradis. Promettons de saisir toute occasion de parler, en public, ou en particulier, des grandeurs de Marie, de la dévotion à Marie.
Oraison jaculatoire. Rendez-moi digne, ô Vierge sainte, de publier vos louanges.
Prière de saint Ildefonse
O ma Souveraine, ô Mère de mon Dieu, vous êtes bénie entre les femmes, pure parmi les vierges, maîtresse parmi les servantes, reine parmi vos compagnes. Toutes les nations vous proclament bienheureuse. Donnez-moi de prêcher vos grandeurs, aussi longtemps que je pourrai les prêcher ; de vous aimer, aussi longtemps que je pourrai vous aimer ; de vous louer, aussi longtemps que je pourrai vous louer ; de vous servir, aussi longtemps que je pourrai vous servir.
Oraison jaculatoire. Rendez-moi digne, ô Vierge sainte de publier vos louanges. Dignare me laudare te, Virgo sacrata.
TREIZIEME VISITE
« Mes yeux et mon cœur seront là tous les jours. » Cette belle promesse, Jésus la réalise au Sacrement de l’autel où il demeure avec nous, nuit et jour. Ne suffirait-il pas, Seigneur, de résider au tabernacle le jour seulement ? Le jour, en effet, vous pouvez avoir des adorateurs de votre présence pour vous tenir compagnie ; pourquoi rester ici la nuit encore ? La nuit les églises sont fermées, chacun se retire chez soi, c’est pour vous l’isolement. Ah ! je vous comprends : l’amour vous a rendu notre captif ; votre amour est une passion véhémente qui vous enchaîne ici-bas, au point qu’il ne vous permet plus de nous quitter ni le jour ni la nuit.
O Sauveur très aimable, cette seule délicatesse d’amour devrait réunir tous les hommes en adorateurs autour de vos autels, et la force seule devrait pouvoir les en arracher ; en s’éloignant, ils devraient laisser leurs cœurs débordant d’affection envers ce Dieu fait homme, prisonnier solitaire du tabernacle, tout yeux pour les suivre et veiller à leurs nécessité, tout cœur pour continuer dans l’Hostie à les aimer, dans l’attente de l’aube naissante qui ramènera près de vous ces âmes si chères.
Moi du moins, ô mon Jésus, je veux vous consoler de votre isolement ; je vous consacre toute ma volonté et toutes mes affections. Majesté infinie de mon Dieu, votre intention dans ce Sacrement n’est pas seulement de rester au milieu de rester au milieu de nous, mais de vous unir à nos âmes chéries par la communion. Toutefois, Seigneur, qui aura la hardiesse d’aller à la sainte table se nourrir de votre chair ? Par contre, qui pourrait vivre loin de vous ? N’est-ce pas en vue d’entrer en nous et de prendre possession de nos cœurs que vous vous cachez dans l’hostie consacrée ?est-ce que vous ne brûlez pas du désir d’être reçu par nous, et votre joie n’est-elle pas de vous unir à nous ? Venez donc, ô mon Jésus, venez : je désire ardemment vous recevoir pour vous soyez le Dieu de mon amour et de ma volonté. Que tout ce qui est moi, ô mon Rédempteur bien-aimé, soit vaincu par votre amour ! Satisfaction, plaisirs, volonté propre, triomphez de tout ! O Amour, ô dieu d’amour, régnez, remportée sur moi une victoire complète. Détruisez, immolez tout ce qui s’oppose à votre empire. O Amour, ne permettez pas que mon âme, pleine encore de la majesté d’un dieu reçu dans la sainte communion, retombe dans l’attachement à la créature ! Je vous aime, ô mon dieu, je vous aime ; je veux vous aimer vous seul et à jamais !
Oraison jaculatoire. O Jésus, entraînez-moi à votre suite par les liens de votre amour.
Communion spirituelle.
A MARIE
Saint Bernard nous adresse cette exhortation : « Cherchons la grâce, et cherchons-la par Marie. » Saint Pierre Damien appelle Marie : « la trésorière des grâces divines ». Elle a le pouvoir, elle a la volonté de nous enrichir. Aussi nous invite-t-elle à recourir à elle en ces termes pressants : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi. »
O très aimable, très haute, très gracieuse Souveraine, jetez les yeux sur un pauvre pécheur qui se recommande à vous et place en vous toute sa confiance.
Oraison jaculatoire. Nous nous réfugions sous votre protection, ô sainte Mère de Dieu.
Prière de saint Idelfonse
O ma souveraine maîtresse, ô très humble servante de votre Fils, ô Mère de mon Seigneur, je me prosterne humblement à vos pieds. Je vous supplie de m’obtenir le pardon de mes péchés, la purification de toutes les souillures de ma vie. Daignez m’accorder la grâce d’être uni de cœur à Dieu et à vous, et de servir fidèlement votre fils et vous ; votre Fils comme mon Dieu, vous comme Mère de mon Dieu ; votre Fils comme mon Rédempteur, vous comme la Cause de ma rédemption ; car c’est avec la chair reçue de vous que votre divin Fils a payé ma rançon.
QUATORZIEME VISITE
Très aimable Jésus, du ciboire où vous résidez, je vous entends dire : « Voici le lieu de mon repos pour toujours ; j’y habiterai, car je l’ai choisi. » C’est donc par choix que vous avez fixé votre demeure parmi nous dans ce Sacrement ; et c’est l’amour qui vous y fait trouver votre repos : dès lors, n’est-ce pas justice que, par l’affection de nos cœurs, nous habitions avec vous et qu’auprès de vous nous trouvions notre repos et toutes nos délices ? Heureuses êtes-vous, âmes aimantes, dont la plus douce satisfaction ici-bas est de vous tenir près de Jésus au Saint-Sacrement ! Heureux serais-je moi-même, si désormais le perpétuel souvenir de votre présence était ma grand joie comme le perpétuel souci de mon bien est votre occupation dans l’Hostie !
Seigneur, que d’années, hélas ! j’ai perdues sans vous aimer ! Années malheureuses, je vous maudis ; mas vous, ô patience infinie de mon Dieu, je vous bénis. Durant si longtemps vous avez supporté mon ingratitude ! Et vous continuez de m’attendre malgré mon ingratitude : pourquoi, mon Dieu, pourquoi ? Sans doute afin qu’un jour, vaincu par votre amour miséricordieux, je me livre à vous sans réserve. Eh bien ! oui, Seigneur, je me rends, je romps avec mon ingratitude. Le temps, bref ou long, qui me reste à vivre, je vous le consacre : c’est justice ; o mon Jésus. La grâce de vous appartenir tout entier je l’espère de vous. Quand le dédain de votre amour m’entraînait loin de vous, vous m’avez comblé de faveurs : combien plus m’en comblerez-vous, c’est mon espoir, - maintenant que je cours vers vous avec le désir ardent de vous aimer. Donnez-moi donc cette grâce d’amour, ô dieu digne d’un amour infini ! Je vous aime de tout mon cœur, je vous aime plus que toute chose, je vous aime plus que moi-même, plus que ma vie. Je regrette de vous avoir offensée, ô bonté infinie ; accordez-moi le pardon, et, avec le pardon, votre amour, un amour intense jusqu’à la mort, puis un amour éternel dans le paradis. O Dieu tout-puissant par votre toute puissance, rendez le monde témoin de ce prodige : une âme très ingrate, - la mienne-, devenue l’une des plus ardentes à vous aimer ! Opérez-le au nom de vos mérites, ô Jésus ! Tel est mon désir, telle est ma résolution irrévocable : vous qui me les inspirez, donnez-moi l’énergie d’y être fidèle.
Oraison jaculatoire. Merci, Jésus, de m’avoir attendu jusqu’aujourd’hui.
Communion spirituelle.
A MARIE
« Nul, ô Marie, ne se sauve que par vous ; nul n’est délivré du mal que par vous ; nul ne reçoit la grâce que par vous. » Ainsi parle saint Germain. Si donc, ô ma Reine et mon espérance, vous me refusez votre aide, je suis perdu et ne pourrai jamais vous bénir au ciel. Mais, ô ma Souveraine, j’entends les saints proclamer unanimement que vous n’abandonnez pas quiconque recourt à vous, - que celui-là seul se perd qui vous oublie. Moi, tout misérable que je suis, je vous invoque et mets en vous toutes mes espérances.
Oraison jaculatoire. « Marie est tout mon espoir : sur elle repose toute ma confiance. »
Prière de saint Anselme
O très sainte Souveraine, au nom de la faveur que Dieu vous a faite de vous élever si haut et de vous faire participer à sa toute-puissance, nous vous prions d’obtenir que la plénitude de grâce, par vous méritée, nous fasse partager votre gloire. Daignez, ô très miséricordieuse Reine, vous employer à nous procurer le bien pour lequel un Dieu voulut se faire homme dans vos chastes entrailles. Ne nous écoutez pas à contre-cœur. Dites un mot seulement à votre Fils, il vous exaucera à l’instant. Il suffit que vus vouliez notre salut ; dès lors, notre perte est impossible. Et qui peut diminuer l’immensité de votre tendresse miséricordieuse ? Si vous n’avez pas pitié de nous, Vous, la Mère de pitié, quel sera notre sort, le jour où votre Fils viendra nous juger ?
Oraison jaculatoire. L Marie, voyez le danger que nous courons : ayez compassion de nous.
QUINZIEME VISITE
« Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je sinon qu’il s’allume ? »
« Rien au monde, disait le vénérable Père François Olympio, théatin, n’avive dans le cœur autant que le Saint Sacrement, le feu de l’amour divin. » Aussi Notre Seigneur apparut-il un jour à sainte Catherine de Sienne pareil à une fournaise ardente d’où jaillissaient, par torrents, des flammes célestes qui se répandaient par toute la terre. Et la sainte s’étonnait qu’au milieu de cet incendie d’amour de Dieu pour les hommes, les hommes pussent vivre sans être embrasés à leur tout d’amour pour Dieu.
O mon Jésus, mettez dans mon cœur le feu de votre charité ; faites que je ne pense qu’à vous, que je ne soupire qu’après vous, que je ne désire et ne cherche que vous. Oh ! quel bonheur serait le mien si j’étais envahi tout entier par ce feu sacré, et si, à mesure que s’évanouissent mes années, il consumait toutes mes affections terrestres !
O Verbe divin, ô mon Jésus, je vous vois sur l’autel, totalement immolé, complètement anéanti, détruit par amour pour moi. Cette immolation totale réclame le don de tout moi-même. Eh bien ! oui, mon Dieu et mon souverain Maître, je vous offre aujourd’hui en holocauste mon âme, ma volonté, ma vie, tout moi-même. Ce pauvre sacrifice, je l’unis, ô Père éternel, à celui d’infinie valeur que Jésus, votre Fils et mon Sauveur, vous offrit une fois sur la croix, pour le renouveler ensuite perpétuellement sur d’innombrables autels. Agréez-le donc par les mérites de Jésus Christ ; donnez-moi la grâce de le réitérer chaque jour de ma vie et d’agréer la mort en vue de vous glorifier. Je désire la grâce accordée à tant de martyrs, de mourir pour votre amour ; mais si je suis trop indigne de cette faveur, du moins, mon Dieu, faites que je vous sacrifie ma vie dans l’acceptation parfaite de la mort que vous me destinez. Tel est, Seigneur, mon ardent désir : je veux mourir avec l’intention de vous honorer et de vous plaire. Dès maintenant, je vous offre ma vie et j’accepte la mort dans les circonstances et à l’heure fixées par votre Providence.
Oraison jaculatoire. Mon Jésus, je veux mourir pour faire votre volonté.
Communion spirituelle.
A Marie
O ma douce Souveraine, laissez-moi vous redire encore avec votre dévot serviteur saint Bernard : « Vous êtes toute ma raison d’espérer. » - avec saint Jean Damascène : « En vous j’ai placé tout mon espoir. » A vous donc de m’obtenir le pardon de mes péchés ; à vous de m’assurer la persévérance finale ; à vous de me délivrer du purgatoire. Quiconque se sauve, se sauve par vous : à vous donc de me sauver. « Il est sauvé, dit saint Bonaventure, celui que vous voulez sauver. » Ayez donc cette volonté pour moi, et je serai un élu. Or vous voulez sauver tous ceux qui vous prient : je vous invoque donc et vous dis avec saint Bonaventure :
Oraison jaculatoire. « O Salut de ceux qui vous invoquent, sauvez-moi. »
Prière de saint Anselme
Secourez-nous, ô Vierge très miséricordieuse, sans considérer la multitude de nos péchés. Rappelez-vous que notre Créateur s’est incarné en vous, non pas pour condamner les pécheurs, mais pour les sauver. Si votre avantage seul avait été le but de votre élévation à la dignité de Mère de
Dieu, on pourrait dire que notre salut ou notre damnation vous intéresse peu ; mais Dieu s’est revêtu de votre chair pour votre salut et celui de tous les hommes. Votre puissance, votre gloire, à quoi nous servirait-elles, si vous ne les employez à nous faire partager votre félicité ? Aidez-nous donc et protégez-nous : vous savez combien votre assistance nous est nécessaire. Nous nous recommandons à vous : daignez nous faire éviter l’enfer, servir et aimer éternellement votre divin Fils, Jésus.
Oraison jaculatoire. O Marie, c’est à vous de nous sauver.
SEIZIEME VISITE
Oh, si les hommes allaient toujours auprès de Jésus Christ chercher le remède à leurs maux, nul doute que leur misère ne fût allégée ! Isaïe s’écriait en gémissant : « N’y a-t-il plus de résine – ou comme traduit le chaldéen – n’y a-t-il pas de baume en Galaad ? Ne s’y trouve-t-il pas de médecin ? » Galaad, montagne de l’Arabie, riche en aromates, est, remarque saint Bède, une figue de Jésus dans l’Eucharistie : c’est là, en effet, qu’il tient à notre disposition des remèdes pour toutes nos infirmités. « Pourquoi donc, semble nous dire le Rédempteur, - pourquoi vous plaindre de vos maux, enfants d’Adam ? N’avez-vous pas dans ce Sacrement le médecin et tous les remèdes ? « Venez tous à moi, et je vous réconforterai. » Je me hâte donc, ô Jésus, de vous dire avec les sœurs de Lazare : « Celui que vous aimez est malade. » Seigneur, ce malheureux que vous aimez, c’est moi. Mes péchés ont couverts mon âme de plaies. Divin médecin, je viens à vous, afin que vous me guérissiez. Il vous suffit de le vouloir : « Guérissez mon âme, car j’ai péché contre vous. » attirez à vous, ô mon très cher Jésus, mon cœur tout entier par les charmes irrésistibles de votre amour. Je préfère l’union avec vous à l’empire du monde entier. Ma seule ambition ici-bas est de vous aimer. J’ai peu à vous donner ; mais si j’avais en ma possession tous les royaumes de la terre, je ne les voudrais que pour les immoler à mon amour pour vous. Je vous immole du moins tout ce que j’ai, toute attache déréglée aux parents, toutes mes aises, toutes mes satisfactions personnelles, même les consolations spirituelles ; je remets entre vos mains ma libre volonté ! A vous tout mon cœur : je le veux. Je vous aime, ô Bonté infinie, je vous aime plus que moi-même, et j’espère vous aimer éternellement.
Oraison jaculatoire. O Jésus, je me donne à vous : accueillez-moi par pure pitié.
Communion spirituelle.
A MARIE
O ma Souveraine, vous avez dit à sainte Brigitte : « Si coupable que soit un homme, dès lors qu’il se tourne vers moi avec le désir sincère de se corriger, je suis prête à l’accueillir. Je ne considère pas le nombre de ses péchés, mais sa bonne volonté présente. Je condescends volontiers à panser toutes ses plaies et à les guérir, car l’on m’appelle et je suis vraiment la >Mère de miséricorde. » Vous avez le pouvoir et la volonté de me guérir : je recours donc à vous comme à notre céleste médecin. Daignez fermer les plaies de mon âme si nombreuses et si profondes. Dites seulement une parole à votre Fils et je serai guéri.
Oraison jaculatoire. O Maire, ayez compassion de moi.
Prière de saint Pierre Damien
O Vierge sainte, secourez ceux qui implorent votre assistance. Quoi ! Est-ce que votre déification vous aurait fait oublier les hommes ? Non, certes. Les périls dans lesquels vous nous avez laissé, l’état misérable de vos serviteurs, vous les connaissez. Non, il ne convient pas à une miséricorde immense comme la vôtre d’oublier une misère immense comme la nôtre. Tournez-vous vers nous avec votre puissance puisque le seul Puissant vous a communiqué sa toute-puissance au ciel et sur la terre. Rien ne vous est impossible, puisque vous pouvez rendre aux désespérés eux-mêmes l’espoir du salut. Plus vous êtes puissante, plus vous devez être miséricordieuse.
Oraison jaculatoire. Vous pouvez me sanctifier ; j’attends de vous cette faveur.
DIX-SEPTIEME VISITE
Le plus grand plaisir des cœurs aimants, c’est de se trouver en présence des personnes aimées. Aimons-nous donc beaucoup Jésus ? Nous voici devant lui. Jésus eucharistie nous voit, nous entend : ne lui dirons-nous rien ? Que sa compagnie fasse notre consolation ; que sa gloire, que l’amour de tant d’âmes éprises de l’hostie fasse notre bonheur. Désirons ardemment que Jésus au Saint Sacrement soit aimé par tous les hommes et que tous les hommes lui consacrent leurs cœurs. Nous, du moins, consacrons-lui toutes nos affections : que Jésus soit tout notre amour, l’objet de tous nos désirs. Le Père Salès, de la Compagnie de Jésus, parlait-il de l’Eucharistie ? Il se sentait aussitôt rempli de joie ; il ne se rassasiait pas de le visiter. Etait-il appelé à la porte ? Regagnait-il sa chambre ? Circulait-il dans la maison ? Il profitait de toutes ces allées et venues pour multiplier ses visites à son bien-aimé Seigneur ; à peine laissait-il une heure s’écouler, - on l’a remarqué -, sans lui rendre cet hommage. C’est ainsi qu’il mérita de mourir de la main des hérétiques, en défendant la présence réelle. Oh ! Que n’ai-je, moi aussi, le boheur de mourir pour une si belle cause : la défense de ce divin mystère qui fait éclater, - ô tout aimable Jésus -, la tendresse de votre amour pour nous. Mais vous, Seigneur, vous l’Auteur de tant de miracles dans ce Sacrement, ajoutez-y cet autre miracle de me gagner tout à vous ! Faites-le puisque vous désirez me posséder tout entier. N’en êtes-vous pas infiniment digne ? Donnez-moi l’énergie de vous aimer de tout mon cœur. Les biens d’ici-bas, donnez-les à qui il vous plaît : j’y renonce totalement ! Votre amour, voilà l’objet de mes désirs ardents, l’unique objet de mes prières présentes et futures. Je vous aime, ô mon Jésus ; faites que je vous aime à jamais ; et vous seul.
Oraison jaculatoire. O mon Jésus, quand vous aimerai-je en vérité ?
A marie
O ma très douce Reine, qu’il résonne agréablement à mes oreilles le beau nom que vous donnent vos pieux serviteurs : « Mater amabilis ». En effet, ô ma Souveraine, vous êtes par trop aimable. Votre beauté a conquis le cœur de Dieu lui-même : « Le Roi s’est épris de votre beauté ! » « O douce, ô clémente, ô toute aimable Marie, s’écrie Bonaventure, on ne peut prononcer votre nom sans que le cœur s’enflamme, ni l’entendre prononcer sans que se ravive l’affection de ceux qui déjà vous aiment. » Il est donc juste, ô ma très suave Mère, que je vous aime ; mais je ne veux pas me contenter de vous aimer : mon ambition est d’être ici-bas, puis au ciel, le plus adent à vous chérir. Y a-t-il trop de hardiesse dans ce désir ? N’en accusez que votre amabilité et l’amour de prédilection dont vous m’avez donné tant de preuves. Si vous étiez moins aimable, j’éprouverais un moindre désir de vous aimer. Agréez donc mon désir, ma Souveraine ; et, comme signe d’acceptation, obtenez-moi vous-même de Dieu cette tendresse filiale envers vous qu’il lui plaît tant de voir régner en nos cœurs.
Oraison jaculatoire. O ma Mère toute aimable, je vous aime beaucoup.
Prière de saint Pierre Damien
O Mère de Dieu, que votre amour vous tourne vers nous. Je le sais, ô ma Souveraine, vous êtes toute bonne, vous nous aimez d’un amour qu’aucun autre ne peut surpasser. Combien de fois n’apaisez-vous pas la colère de notre juge, lorsqu’il est sur le point de nous châtier ! Tous les trésors des miséricordes de +Dieu sont entre vos mains. Loin de nous le malheur de voir s’arrêter le cours de vos bienfaits ! Car vous ne cherchez que l’occasion de sauver tous les misérables et de leur donner part à vos bontés. Votre gloire ne brille-t-elle pas d’un plus vif éclat, quand votre intercession obtient le pardon aux pécheurs repentants et les conduit ensuite jusqu’au paradis. Tournez-vous donc vers nous, afin que nous puissions aller vous voir là-haut. Après la gloire de voir Dieu, nous ne pouvons en avoir de plus grande que celle de vous voir, de vous aimer et d’être sous votre protection. De grâce, exaucez-nous, puisque votre divin Fils veut vous honorer en ne vous refusant aucune faveur sollicitée.
Oraison jaculatoire. Très aimable Marie, je vous aime beaucoup ; je me confie en vous.
DIX-HUITIEME VISITE
Un jour, dans la vallée de Josaphat, Jésus apparaîtra sur un trône de gloire ; maintenant, dans la sainte eucharistie, il se montre à nous sur un trône d’amour. Si un roi, désireux de donner à un berger un témoignage de particulière affection, venait habiter son hameau, qu’elle ne serait pas l’ingratitude de ce villageois s’il ne rendait à son roi de fréquentes visites, sachant d’ailleurs que le souverain souhaite ardemment de le voir et fut attiré en ces lieux par l’espoir de converser souvent avec lui !
O mon Jésus, c’est par amour pour moi, - je le sais -, que vous êtes venu fixer votre séjour dans le Sacrement de l’autel. Aussi voudrais-je passer la nuit et le jour en votre présence. Les anges entourent sans cesse votre tabernacle, étonnés de votre prodigieuse tendresse pour les hommes : n’est-il pas juste que moi, moi qui vous sais présent sur cet autel à cause de moi, je vous procure au moins le plaisir de me voir à vos pieds glorifier votre amour et votre ineffable condescendance ? « Je vous chanterai, Seigneur, des hymnes en présence des anges ; je vous adorerai dans votre saint temple, et je célébrerai votre nom, à cause de votre miséricorde et de votre fidélité à vos promesses. »
O Dieu voilé par les espèces, ô pain des anges, ô divin aliment des hommes, je vous aime ; mais mon amour ne contente pleinement ni vous ni moi : il est sincère, mais par trop suffisant. Vous-même, ô Jésus, faites-moi mieux connaître l’inexprimable Beauté, l’infinie Bonté que vous êtes et que j’aime déjà. Faites-moi bannir de mon cœur toute affection terrestre, pour le livrer tout entier à votre divin amour.
Vous, en vue de me gagner tout entier et de vous donner à moi tout entier, vous descendez chaque jour sur l’autel : n’est-il pas juste, dès lors, que mon unique souci soit de vous aimer, de vous adorer et de vous faire plaisir ? Je vous aime de toute mon âme ; à vous, toutes mes affections. Voulez-vous me récompenser de cet amour ? Donnez-m’en un plus grand, plus embrasé, qui ranime sans cesse en moi le désir de vous plaire.
Oraison jaculatoire. O Jésus, qui êtes l’Amour, donnez-moi l’amour.
A MARIE
Si extrême est la misère de certains malades, qu’elle excite l’universel dégoût et qu’ils ne trouvent asile que dans les hôpitaux publics. Ainsi en est-il des plus misérables parmi les pécheurs : rebutés de toutes parts, ils n’ont plus qu’une porte ouverte devant eux : la miséricorde de Marie. Pourquoi Marie fut-elle donnée au monde par Dieu ? Pour être le refuge, et, selon la touchante expression de saint Basile « l’hôpital ouvert aux pauvres pécheurs ». Saint Ephem l’appel « l’hôtellerie des pécheurs ». En conséquence, ô ma Reine, si je viens à vous, mes p&échés ne sont plus un motif de me repousser : loi de là ! Plus grande est ma misère, plus je suis fondé à compter sur votre bienveillant accueil, puisque Dieu vous a créée pour être le refuge des plus infortunés. Je recours donc à vous, ô Marie, je m’abrite sous le manteau de votre protection. Vous êtes le refuge des pécheurs : soyez le mien, et l’espoir de mon salut. Si vous me chassiez, à qui pourrais-je m’adresser ?
Oraison jaculatoire. O Marie, mon Refuge, sauvez-moi.
Prière de saint Athanase
O notre Souveraine, Dieu vous accorde toutes sortes de grâces. Vous êtes appelées pleine de grâces, parce qu’il vous en a comblée, l’Esprit Saint, qui est descendu sur vous. Aussi les riches du peuple, que vous avez enrichis de vos dons, vous prient-ils avec insistance. Prêtez l’oreille, ô Vierge très sainte, à nos prières et daignez vous souvenir de nous en répandant sur nous les trésors de vos richesses et l’abondance des grâces, dont vous avez la plénitude. L’Archange vous salue du titre de Pleine de grâce, toutes les nations vous proclament bienheureuse, toutes les hiérarchies célestes vous bénissent ; nous qui faisons partie de la hiérarchie terrestre, nous vous disons aussi : « Recevez nos hommages, ô Pleine de grâces, le Seigneur est avec vous » ; priez pour nous, ô Mère de Dieu, notre Dame et notre Reine !
Oraison jaculatoire. O Marie, par un seul regard jeté sur nous, attirez-nous tous à Dieu.
DIX-NEUVIEME VISITE
Quel plaisir n’éprouve-t-on pas à se trouver en la compagnie d’un ami bien cher ! Et nous, dans cette vallée de larmes, ne ressentirons-nous pas une joie profonde dans la société de l’ami le meilleur, le plus capable de nous procurer tous les biens, retenu constamment près de nous par la véhémence de son amour ? Avec Jésus voilé sous les espèces, nous pouvons converser à notre gré, lui ouvrir notre cœur, lui exposer nos besoins, solliciter ses faveurs ; en un mot, traiter avec le Roi du ciel en toute confiance et sans la moindre appréhension. Quelle ne fut pas la joie du patriarche Joseph, quand Dieu, au témoignage de la sainte Ecriture, descendit par la grâce pour le consoler dans sa prison ! « Le Seigneur descendit avec lui dans la fosse, il ne le quitta pas dans les chaînes. »
Mais combien plus incomparablement fortunés sommes-nous d’avoir toujours en notre compagnie, au milieu de toutes les, le Dieu fait homme tout amour et tout miséricorde pour nous !
Pour un pauvre prisonnier, quel réconfort d’avoir un ami dévoué qui vient l’entretenir, le consoler, ranimé son espoir, le secourir, avec la préoccupation d’améliorer son sort ! Eh bien ! notre ami par excellence, Jésus Eucharistie, relève notre courage par ces mots : « Je suis avec vous, tous les jours. » Je suis ici – en personne – pour vous, nous dit-il ; je suis descendu du ciel dans votre prison de la terre, tout exprès pour vous consoler, vous aider et vous délivrer. Faites-moi bon accueil ; donnez-moi votre confiance, attachez-vous étroitement à moi. Ainsi le poids de vos peines sera presque supprimé, jusqu’ai jour où vous viendrez dans mon royaume de la parfaite béatitude.
O dieu, amour incompréhensible, à la vue de votre condescendance poussée jusqu’à venir sur nos autels pour être notre voisin, je prends la résolution de vous visiter souvent. Au ciel, votre présence fait la félicité des élus : dès ici-bas, je veux jouir des délices qu’elle procure. Que ne puis-je ne pas vous quitter un instant, pour vous offrir sans cesse mes actes d’adoration et d’amour ! Daignez réveiller mon âme, je vous en conjure, lorsque la tiédeur ou les préoccupations de la terre la porteront à négliger de venir vous voir. Entretenez en moi l’incessant désir de visiter votre Sacrement. O mon Jésus, si passionné d’amour pour moi, que ne vous ai-je toujours aimé ! que n’ai-je eu toujours le souci de vous plaire ! Ma consolation, c’est de penser que j’ai encore le temps de le faire, non seulement en l’autre vie, mais en celle-ci. Oui, je veux vous aimer, vous aimer vraiment, mon bien suprême, mon amour, mon trésor, mon tout. Je veux vous aimer de toutes mes forces.
Oraison jaculatoire. Mon Dieu, donnez-moi la grâce de vous aimer.
Communion spirituelle.
A Marie
« O pécheur – s’écrie le pieux Bernardin de Bustis, - qui que tu sois, ne perds point courage, mais recours en toute confiance à notre auguste Souveraine : tu la trouveras les mains pleines de miséricordes et de grâces. » Il ajouta même : « La bonté désire plus te faire du bien, sois-en certain, que tu ne désires recevoir. » Grâces soient à jamais rendues à Dieu, ô notre Dame, qui m’a donné de vous connaître ! Quel ne serait pas mon malheur, si je vous ignorais ou venais à vous oublier ! Mon salut courrait le plus grand danger. Mais je vous bénis, ô ma Mère, et je vous aime ; telle est ma confiance en vous, que je remets entre vos mains tous les intérêts de mon âme.
Oraison jaculatoire. Heureux qui vous connaît, ô Marie ! Heureux qui se confie en vous !
Prière de l’Abbé de Celles
Entraînez-moi après vous, ô Vierge Marie, et faites-moi courir à l’odeur de vos parfums. Entraînez-moi, car le poids de mes péchés et la malice de mes ennemis m’immobilisent. Personne ne vient à votre Fils, si son Père ne l’attire ; en un sens aussi je puis dire avec une sainte hardiesse que personne ne vient à lui, si vous ne l’attirez par vos prières. C’est vous qui enseignez la véritable sagesse ; c’est vous qui obtenez la grâce aux pécheurs car vous êtes leur avocate ; c’est vous qui promettez la gloire à vos serviteurs, car vous êtes le trésor de Dieu et la trésorière des grâces.
Oraison jaculatoire. O salut de ceux qui vous invoquent, sauvez-moi : ô Salus invocantium, salva me (S. Bonaventure).
VINGTIEME VISITE
« En ce jour-là, - dit le prophète Zacharie, il y aura une source ouverte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem pour laver les souillures du péché. » Jésus, au tabernacle, est cette fontaine ouverte à tous dont parle le prophète ; aussi souvent qu’il nous plaira, nous pouvons y purifier nos âmes de toutes les tâches qu’elles contractent chaque jour. Avons-nous commis une faute ? Profitons du remède : il n’en est pas de meilleur que de nous jeter aussitôt au pied du Saint Sacrement.
Oui, mon Jésus, c’est ma résolution irrévocable. Je le sais, du reste, les eaux de cette source salutaire ne laveront pas seulement mon âme, mais elles la guériront encore de sa cécité, la prémuniront contre les rechutes, lui donneront l’énergie de supporter allègrement les peines de la vie ; que dis-je ? Elles m’embraseront encore de votre amour. Brûlant de me faire tout ce bien, vous attendez que je vienne à vous, car de quelles grâces ne récompensez-vous pas les visites de vos amis ! Purifiez-moi donc, ô Jésus, des fautes de ma journée ; je m’en repens, parce qu’elles vous ont contristé ; donnez moi la force de ne plus y retomber, en allumant en moi un ardent désir de vous aimer beaucoup. Oh ! quel bonheur goûterait celui qui pourrait demeurer auprès de vous ! Ce fut le partage de votre fidèle servante, Marie Diaz, contemporaine de sainte Thérèse : elle avait obtenu de l’évêque d’Avila la permission d’habiter la tribune d’une église ; elle s’y tenait presque continuellement en présence du Saint Sacrement, « mon voisin », disait-elle, et ne sortait que pour aller se confesser et communier. Le vénérable frère François de l’enfant Jésus rencontrait-il une église ? Il ne pouvait s’empêcher de faire visite à Jésus Hostie : « Il ne convient pas à un ami, disait-il, de passer devant la maison de son ami, sans entrer, ne fût-ce que pour le saluer et lui dire un mot. » Mais un mot ne lui suffisait pas : il conversait tout le temps possible avec son bien-aimé Seigneur.
O Mon Bien unique et infini, c’est pour gagner mon cœur, - je le vois, - que vous avez institué l’eucharistie et fixé votre séjour au tabernacle ; c’est encore en vue du même but que vous m’avez donné un cœur capable d’un grand amour pour vous. Pourquoi donc, ingrat que je suis, ne vous aimé-je point ? ou si peu ? N’est-il pas souverainement injuste de vous aimer faiblement,, ô Jésus, vous l’Amabilité même ? Ne devrais-je pas vous aimer d’un tout autre amour, ne fût-ce qu’en raison de la tendresse que vous me témoignez ? Vous êtes un Dieu infini ; moi, un ver de terre. Quand je mourrais pour vous, quand je vous immolerais tout mon être, je vous rendrais un faible hommage en retour de la mort que vous avez endurée pour moi, du séjour que vous faites dans l’Hostie pour moi, du sacrifice que vous renouvelez chaque jour pour moi. Vous méritez le plus ardent amour, cet amour ardent, je veux l’obtenir. Oh ! de grâce, ô mon Jésus, aidez - moi à vous aimer, à faire ce qui vous plaît le plus et que vous me réclamez avant tout.
Oraison jaculatoire « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui. »
Communion spirituelle.
A MARIE
O ma très douce, très miséricordieuse, très aimable Reine, combien saint Bernard ranime ma confiance, quand je recours à vous ! « Marie, me dit-il, ne s’arrête pas à considérer les mérites de celui qui l’implore : elle offre à tous sans distinction le secours de sa pitié. » Je n’ai donc qu’à prier, pour que votre bonté m’exauce. Eh bien ! voici ma prière : je suis un pauvre pécheur, digne de mille enfers, mais décidé à changer de conduite, profondément résolu d’aimer le Dieu qu’il a tant offensé. Je me consacre à votre service et, tout misérable que je suis, je me donne à vous en disant : « Sauvez celui qui n’est plus à soi, mais à vous. » O ma Souveraine, m’avez-vous entendu ? Oui, vous m’avez entendu, exaucé : c’est mon espoir.
Oraison jaculatoire. O Marie, « je vous appartiens : sauvez-moi ».
Prière de l’Abbé de Celles
O très douce Vierge Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu : vous avez été préservée de la tache originelle, remplie du Saint-Esprit ; vous avez conçu le Fils de Dieu. Toutes ces grâces, ô très humbler Marie, vous ne les avez pas reçues pour vous seule, mais aussi pour nous, en vue de nous secourir dans tous nos besoins. Ce rôle secourable, vous le remplissez : vous prêtez votre assistance aux bons en les conservant en état de grâce, aux pervers en les disposant à recevoir le pardon, aux moribonds en les protégeant contre les embûches du démon ; puis, l’âme séparée du corps, vous l’accueillez et la conduisez au séjour du bonheur.
Oraison jaculatoire. O Marie, heureux qui vous sert et met sa confiance en vous !
VINGT ET UNIEME VISITE
« Où sera le corps, là s’assembleront les aigles. » D’après l’interprétation commune des saints, ce corps est celui de Jésus Christ, et les aigles, ce sont les âmes détachées de la terre : pareilles à des aigles, en effet, elles s’élèvent au-dessus des choses d’ici-bas, s’envolent sur les ailes de la pensée et du désir jusqu’au ciel qui devient leur perpétuel séjour. Que dis-je ? leur paradis, elles le trouvent même sur la terre – en tout sanctuaire où réside Jésus eucharistie : au fait, elles ne peuvent se rassasier de lui tenir compagnie. « Les aigles se sont-ils rendu compte, à l’odeur, qu’il y a au loin une proie, aussitôt ils fondent sur elle pour s’en emparer : à combien plus forte raison, dit saint Jérôme, devons-nous courir, voler à l’Hôte du tabernacle, comme à la plus délicieuse proie que puissent trouver nos âmes. » Toujours, en cette vallée de larmes, les saints ont couru à cette source divine avec l’élan du cerf altéré. Quelle que fût son occupation, le Père Balthazar Alvarez, de la Compagnie de Jésus, dirigeait souvent son regard vers le sanctuaire où il savait que résidait Jésus dans l’Hostie ; il lui faisait de fréquentes visites et passait parfois des nuits entières au pied de l’autel. « Les palais des grands, disait-il, regorgent de gens qui viennent flatter un homme pour en obtenir quelque misérable faveur, alors que les églises habitées par le souverain Maître de l’univers sont délaissées ; il y demeure pourtant au tabernacle comme sur un trône d’amour, les mains pleines de richesses immenses et éternelles. » Cette vue lui arrachait des larmes. Par contre, assurait-il, « les religieux sont vraiment trop favorisés de pouvoir visiter à leur gré, et le jour et la nuit, leur auguste Seigneur dans le Saint Sacrement, - alors que les séculiers sont privés de ce bonheur ».
Ainsi donc, - ô tout aimant Seigneur, - le spectacle de ma laideur et de mon ingratitude après tant de bienfaits, ne vous empêche pas de m’inviter avec une extrême tendresse à m’approcher de vous ; je ne me laisserai point décourager par ma misère ; je viens, et ne crains pas de vous aborder. Mais opérez en moi un changement profond : bannissez de mon cœur toute affection incompatible avec votre amour, tout désir contraire à votre volonté, tout projet dont vous ne seriez pas le but. O Jésus, mon amour, mon trésor, mon tout, je ne veux contenter que vous, je ne veux plaire qu’à vous seul. Vous seul méritez tout mon amour : c’est vous seul que je veux aimer, et de tout mon cœur. Détachez-moi de tout, Seigneur ; enchaînez-moi à vous seul, et si fortement que je ne puisse plus me séparer de vous, ni en cette vie, ni dans l’éternité.
Oraison jaculatoire. O mon très doux Jésus, ne permettez pas que je sois jamais séparé de vous.
Communion spirituelle.
A MARIE
Au témoignage de Denys-le-Chartreux, la Sainte Vierge est « l’avocate de tous les pécheurs qui recourent à elle ».
O Marie, auguste Mère de Dieu, votre mission est de défendre la cause des plus grands criminels, à condition qu’ils vous invoquent. Me voici donc à vos pieds, implorant votre secours et faisant même la supplication de saint Thomas de Villeneuve : « De grâce, ô notre avocate, remplissez votre office. » Prenez ma cause en main. Sans doute, ma culpabilité est extrême envers mon Dieu, puisque, malgré ses bienfaits et ses grâces, je l’ai souvent offensé ; mais, hélas ! le mal est fait ! Vous pouvez me sauver : dites seulement à votre Fils que vous vous chargez de ma défense, cette parole suffira, Jésus me pardonnera, et je serai sauvé.
Oraison jaculatoire. O ma Mère chérie, à vous de me conduire au ciel !
Prière de Guillaume, évêque de Paris
Je recours à vous, ô Mère de Dieu, que toute l’Eglise appelle « Mère de miséricorde ». Pourriez-vous refuser aux pécheurs votre intercession, vous dont la prière, toujours agréable à Dieu, n’est jamais rejetée ? Qu’on ne parle plus de votre miséricorde, dit avec raison saint Bernard, s’il s’en trouve un seul qui vous ayant invoqué dans ses nécessités, n’a pas été exaucé. Vous ne me refuserez donc pas votre pitié. Vous prierez pour moi avec plus d’insistance que je ne le ferais moi-même, - j’en suis assuré, - et vous m’obtiendrais des biens supérieurs à ceux que j’oserais vous demander. O Mère de miséricorde, votre bonté, qui ne fit jamais défaut à personne, serait-elle capable de refuser de me secourir dans le danger où je me vois d’être damné ?
Oraison jaculatoire. Ö Marie, je vous appartiens, sauvez-moi.
VINGT-DEUXIEME VISITE
L’Epouse des Cantiques était à la recherche de son bien-aimé ; ne le rencontrant pas, elle allait redisant « Avez-vous vu celui que chérit mon cœur ? » Jésus n’était pas, alors sur la terre ; mais aujourd’hui, une âme fervente cherche-t-elle le Sauveur ? Elle le trouve aussitôt dans le Saint Sacrement. « De tous les sanctuaires du monde, disait le bienheureux Jean d’Avila, le plus beau, le plus attirant, c’est à mon avis, celui où réside la divine Eucharistie. »
O amour infini de mon Dieu, digne d’un amour infini ! O abaissement à jamais incompréhensible du Verbe incarné ! Pour demeurer avec nous et vous unir à nos cœurs, ô Jésus, vous en êtes venu à vous cacher sous les chétives apparences de pain ! Pourquoi cet abaissement extrême, ô Verbe incarné ? Parce que votre amour pour nous est extrême. A la vue des prodiges que vous avez accomplis pour m’enchaîner à vous, m’est-il possible de ne pas vous aimer de toutes mes forces ? Oui, mon amour pour vous est ardent ; aussi me fait-il placer votre bon plaisir au-dessus de tous mes intérêts personnels, de toutes mes satisfactions. Ma joie sera désormais de réjouir votre cœur, ô Jésus, mon Dieu, mon amour, mon tout. Allumez en moi un désir insatiable de vous visiter assidûment, de vous recevoir en nourriture et de m’entretenir avec vous. Quelle ingratitude serait la mienne, si je ne répondais pas à vos douces et prévenantes invitations ! Ah ! Seigneur, détruisez en moi toute affection aux choses crées. Vous voulez être, ô mon Créateur, le terme unique de toutes mes aspirations, de toute ma tendresse. Eh bien ! ô bonté infiniment aimable de mon Dieu, je vous aime, et ne vous demande pas d’autre faveur que vous-même. Je ne chercherai plus ma propre satisfaction, mais la vôtre seule ; elle me suffira. Daignez agréer, ô mon Jésus, cette protestation sincère d’un pécheur qui désire vous aimer. Mais que votre grâce me soutienne et qu’elle fasse d’un triste esclave de l’enfer un heureux esclave de votre amour !
Oraison jaculatoire. O Jésus, mon unique bien, je vous aime plus que tout.
Communion spirituelle.
A Marie
O ma très douce Reine, ô ma Mère, je ne suis qu’une vile créature révoltée contre votre divin Fils, mais le repentir me fait implorer votre pitié, afin que vous m’obteniez le pardon. Ne me dites pas que cette faveur dépasse votre pouvoir : car Dieu, au témoignage de saint Bernard, vous a confié « le ministère de pardon ». Votre rôle est de secourir ceux qui sont en danger ; car saint Ephrem vous appelle « notre refuge dans le péril ».
O ma souveraine, qui plus que moi est en danger ? J’ai perdu mon Dieu ; je suis certain d’avoir été condamné à l’enfer ; mais je ne le suis pas d’avoir recouvré la grâce. Et puis, qui me rassure contre les rechutes ? vous pouvez m’obtenir tous les biens ; le les attends tous de vous, le pardon, la persévérance, le paradis. Sauvé par votre intercession, je serai dans le royaume céleste l’un de ceux qui célèbreront le plus vos miséricordes. Tel est mon espoir.
Oraison jaculatoire. “Misericordias Mariae in aeternum cantabo, in aeternum cantabo. Amen. Amen”
Prière de Guillaume, évêque de Paris
O Mère de Dieu, un pécheur, même le plus chargé de crimes, s’est-il recommandé à vous ? Jamais votre bonté n’a dédaigné de le secourir. L’ Eglise vous proclame son Avocate, le Refuge des misérables : serait-ce à tort, ou en vain ? Non ! qu’il ne soit pas dit que mes fautes pourraient mettre obstacle au grand rôle miséricordieux qui vous a été départi et fait de vous la médiatrice de paix, l’unique espérance et l’asile assuré des plus infortunés ! Non ! qu’il ne soit pas dit que la Mère de Dieu, - celle qui donna au monde entier, pour son bonheur, la Source même de la miséricorde, - serait capable de refuser sa compassion à un seul malheureux qui recourt à Elle ! Réconcilier les pécheurs avec Dieu, c’est votre office. Que votre immense bonté, incomparablement supérieure à toutes nos iniquités, vous porte donc à me prêter votre assistance !
Oraison jaculatoire. Ô ma tendre Mère, à vous de me sauver.
VINGT-TROISIEME VISITE
Que de périls et de fatigues ont affronté beaucoup de chrétiens pour visiter les lieux bénis, qui virent naître, souffrir et mourir notre très aimant Sauveur ! Pas n’est besoin pour nous d’aller si loin ni de courir de grands danger ; tout près de chez nous, comme à notre porte, habite dans l’église Notre Seigneur lui-même. Les pèlerins de Terre Sainte, - remarque saint Paulin de Nole -, s’estiment heureux de pouvoir rapporter un peu de poussière de la Crèche ou du Saint Sépulcre : quel élan plus joyeux doit nous emporter vers le tabernacle dont l’accès nous est incomparablement plus facile et où nous trouvons Jésus en personne !
Une âme religieuse, que Dieu avait favorisée d’une ardente dévotion au Saint Sacrement, exprimait dans une lettre quelques-uns de ses sentiments : « J’ai vu que toute grâce m’est venue de lui. A lui je me suis donnée et consacrée tout entière. Je vois une multitude innombrable de faveurs qui ne sont pas distribuées, parce qu’on ne s’adresse pas à ce divin Sacrement. Notre Seigneur désire ardemment dépenser les trésors de son amour dans le Saint Sacrement : je m’en rends compte. Adorable mystère ! O saint hostie ! Où donc plus que dans l’hostie Dieu fait-il éclater sa puissance ? Car toutes les merveilles que Dieu jadis opéra pour nous, elle les renferme. N’envions point les bienheureux : ne possédons-nous pas ici-bas le même Seigneur avec des manifestations plus étonnantes encore de son amour ? Conversez-vous avec le prochain ? Engagez-le à se vouer au culte du Saint Sacrement. Je parle ainsi, parce que le Sacrement, si digne de notre amour, m’entraîne hors de moi et me contraint d’en parler toujours. Je ne sais plus que faire pour Jésus Eucharistie. » Ainsi se termine sa lettre.
O Séraphins, esprits tout embrasés de l’amour le plus doux, vous entourez constamment Celui qui est votre Seigneur et le mien ; ce n’est pas cependant pour vous, mais pour moi, que le Roi du ciel s’est enfermé dans ce tabernacle. Laissez-moi donc, ô vives flammes d’amour, me consumer à votre place devant lui, et faites-moi participer à vos ardeurs, afin que nous formions auprès de Jésus un seul brasier d’amour !
O mon Jésus, donnez-moi de connaître la grandeur de votre amour pour les hommes ; alors, la vue de vos excès de tendresse allumera en moi un désir toujours plus vif de vous aimer et de vous plaire. Je vous aime, ô très aimable Seigneur ; je veux vous aimer sans cesse, dans l’unique intention de vous contenter.
Oraison jaculatoire. Mon Jésus, en vous je crois, en vous j’espère, c’est vous que j’aime, c’est à vous que je me consacre.
Communion spirituelle.
A Marie
O vierge tout aimable, saint Bonaventure vous appelle « la Mère des orphelins » et saint Ephrem « l’Asile où ils trouvent bon accueil ». Ces orphelins abandonnés, qui sont-ils donc ? Ce sont les pauvres pécheurs qui, hélas ! ont perdu Dieu.
Je viens à vous, moi aussi, ô sainte Vierge Marie ; mon père perdu par ma faute, à vous, ma Mère, de me le rendre ! Dans mon extrême détresse, je vous appelle à mon aide, secourez-moi. Me laisserez-vous dans la désolation ? Non, - m’assure le Pape Innocent III -, car « jamais personne ne vous invoqua sans être exaucé ». Recourir à vous, c’est donc être certain de son paradis : celui-là seul se perdra, qui aura refusé de vous prier. Vous voulez mon salut, ô ma Reine : inspirez-moi de vous invoquer toujours et toujours avec confiance.
Oraison jaculatoire. O Marie, ma très sainte Mère, faites que j’aie confiance en vous.
Prière de saint Augustin
Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais entendu dire sur terre que vous avez abandonné un seul de ceux qui ont eu recours à votre protection. Aussi saint Bernard nous dit-il : « Cherchons la grâce, mais cherchons-la par Marie : car ce qu’elle cherche, elle le trouve, ses prières ne peuvent essuyer de refus. » O Mère de Dieu, vous priez pour tous les pécheurs, priez donc aussi pour moi : plus coupable que les autres, j’ai un besoin plus pressant de votre intercession.
Oraison jaculatoire. Sub tuum praesidium confugio, sancta Dei genitrix.
VINGT-QUATRIEME VISITE
« En vérité, vous êtes un Dieu caché. »
Nulle œuvre du divin amour ne réalise ces paroles aussi parfaitement que l’adorable mystère de l’Eucharistie : là, notre Dieu est entièrement caché. Dans l’Incarnation, le Verbe éternel voila sa divinité et manifesta son humanité ; au tabernacle « celle-ci même disparaît sous les apparences su pain, afin, dit saint Bernard, que resplendisse davantage la profonde tendresse de son cœur. »
La vue de cet excès d’amour, ô mon Maître, ô mon bien-aimé Rédempteur, me jette hors de moi et me rend muet d’admiration. L’effacement de vos gloires, l’humiliation de votre Majesté, voilà jusqu’où vous entraîne votre amour pour les hommes ! Vous anéantissez en quelque sorte votre vie divine. Dans l’Eucharistie, vous semblez n’avoir d’autre fonction que d’aimer les hommes et de leur prouver cet amour ; mais les hommes, quelle reconnaissance vous témoignent-ils, ô Fils adorable de Dieu ?
O Jésus, laissez-moi vous le dire : l’ardeur, la véhémence de votre tendresse vont vraiment trop loin, jusqu’à vous faire préférer notre bien à votre dignité ! Eh ! ne saviez-vous donc pas à quels sanglants mépris devait vous exposer cette invention de votre charité ? Je vois, - et ce spectacle fut le vôtre avant d’être le mien -, je vois, l’immense multitude vous refuser ses adorations, que dis-je ? refuser même la foi à votre présence réelle dans cet auguste Sacrement. Bien souvent, - je le sais -, des mécréants ont poussé la haine jusqu’à piétiner les hosties consacrées, les jeter dans la boue, dans l’eau, dans le feu. Ceux-là même qui croient en vous, je les vois, hélas ! – au lieu de réparer par leurs hommages ces horribles sacrilèges -, venir dans les églises augmenter votre peine par les irrévérences, ou bien vous laisser seul dans le tabernacle, seul sur des autels parfois dépourvus d’ornements convenables et de la lampe indispensable.
Que ne puis-je, ô mon doux Sauveur, laver de mes larmes et même de mon sang ces lieux infortunés où tant d’outrages abreuvèrent votre cœur passionné d’amour pour nous ! A défaut de cette consolation, je m’empresse du moins, Seigneur, de prendre la résolution de vous faire de fréquentes visites pour vous adorer et compenser par mes adorations les mépris dont vous êtes l’objet dans ce divin mystère. Daignez agréer, ô Père éternel, le faible hommage ; acceptez-le en réparation des injures faites à votre Fils dans son Sacrement ; acceptez-le en union avec l’honneur infini qu’il vous rendit sur la croix et qu’il vous rend chaque jour au tabernacle et sur l’autel. Que ne puis-je, ô mon Jésus voilé sous les espèces, embraser tous les cœurs d’amour pour votre Présence réelle.
Oraison jaculatoire. O Jésus tout aimable, faites-vous connaître, faites-vous aimer.
Communion spirituelle.
A Marie
O très puissante Reine, suis-je angoissé au sujet de mon salut éternel ? Je n’ai qu’à penser à vous, à recourir à vous, pour sentir aussitôt renaître en mon cœur la confiance. D’une part, en effet, ô ma Mère, vous êtes si puissante et si riche que saint Jean Damascène vous proclame « l’Océan des grâces », saint Bonaventure « l’immense réservoir où sont rassemblés toutes les faveurs du ciel », saint Ephrem « la source de toute grâce et de toute consolation », saint Bernard « la plénitude de tous les biens » ; d’autre part, si vif est votre désir d’accorder des faveurs qu’au dire de saint Bonaventure « vous vous estimez offensée par ceux qui ne vous demande rien ».
O très riche, très sage et très clémente Reine, vous connaissez mieux que moi, - j’en suis convaincu-, les besoins de mon âme, et l’amour que vous me portez surpasse celui que j’ai pour moi-même. Désirez-vous savoir quelle grâce je vous demande aujourd’hui ? Celle que vous jugerez plus avantageuse à mon âme ? Implorez-la de Dieu pour moi, et me voilà content.
Oraison jaculatoire. O mon Dieu, accordez-moi les grâces sollicitées par Marie pour moi.
« Approchons-nous avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde en temps opportun. » D’après saint Antonin, ce trône de la grâce, c’est Marie par les mains de qui Dieu nous distribue toutes les grâces. – O tout aimable Souveraine, puisque vous souhaitez tant de secourir les pécheurs, en voici un grand qui vient à vous : donnez-moi une aide prompte, une aide puissante. Je mérite mille enfers : que mon salut soit la glorification de votre miséricorde. Auprès de votre Fils, votre intercession peut tout, elle peut faire de moi un saint : accomplissez ce prodige au nom de votre amour pour Jésus. O Marie, - vous dirais-je avec saint Bernard, - « vous êtes ma plus grande assurance, tout le fondement de mon espoir. »
Oraison jaculatoire. O ma mère, jetez sur moi un regard de compassion.
VINGT-CINQUIEME VISITE
Pour louer l’obéissance de Jésus Christ, saint Paul nous fait remarquer qu’il « sait fait obéissant jusqu’à la mort ».
Dans l’Eucharistie, il pousse plus loin la soumission ; car il n’y obéit pas seulement à son Père, mais encore à l’homme, - non pas seulement jusqu’à la mort, mais tant que durera le monde, « jusqu’à la consommation des siècles ». Lui, le Roi du ciel, en descend sur l’ordre d’un homme ; une fois sur l’autel, il semble n’y demeurer que pour obéir aux hommes, « sans la moindre résistance ». Il y reste privé de tout mouvement spontané : il se laisse placer où l’on veut, exposer dans l’ostensoir, ou renfermer dans le ciboire ; il se laisse porter au gré du prêtre, dans les maisons, sur les routes, - donner à la sainte table aux pécheurs comme aux justes. Quand il vivait sur la terre, dit saint Luc, « il était soumis à Marie et à Joseph » ; dans l’Eucharistie, il se soumet à autant de créatures qu’il y a de prêtres dans l’univers : « Moi, dit Jésus, je ne contredis pas. »
Laissez-moi aujourd’hui, converser avec vous, ô Cœur tout aimant de mon Jésus, Cœur, d’où sortirent tous les sacrements, surtout ce Sacrement d’amour. Je voudrais vous rendre tout l’honneur et toute la gloire que vous procurez au Père Eternel dans votre vie sacramentelle. Sur cet autel, je le sais, - votre Cœur palpite pour moi du même amour que vous aviez sur la croix, alors que vous immoliez votre vie divine au milieu des plus cruelles douleurs. Eclairez, ô Cœur adorable, ceux qui vous ignorent pour qu’enfin ils sachent qui vous êtes. Par vos mérites, délivrez, ou du moins soulagez les âmes souffrantes du Purgatoire : ne sont-elles pas, dès maintenant, vos épouses éternelles ? Je vous adore, je vous remercie, je vous aime en union avec toutes les âmes qui, à cette même heure, vous aiment au ciel et sur la terre. O Cœur très pur de Jésus, purifiez mon cœur de toute attache déréglée aux créatures, et remplissez-le de votre saint amour. O Cœur très doux, prenez possession de mon cœur si profondément que désormais il soit tout vôtre et que je puisse redire toujours : « Qui me séparera…de l’amour de Dieu dans le Christ Jésus ? »
O Cœur très saint, gravez dans le mien le souvenir des amères souffrances que, durant tant d’années, vous avez si amoureusement supportées pour moi, afin que, dorénavant, par amour pour vous, j’accepte avec empressement, tout au moins avec résignation, les peines de la vie. O Cœur très humble, faites-moi part de votre humilité. O Cœur tout mansuétude, communiquez-moi votre douceur. Otez de mon cœur tout ce qui vous contriste : retournez-le complètement vers vous, au point qu’il ne désire et ne veuille que votre volonté. Faites, en un mot, que ma vie soit de vous obéir, de vous aimer, de vous plaire. Je sais que je vous suis redevable infiniment ; vous m’avez tant obligé ! Aussi est-ce bien peu qu’en retour j’use et consomme mes forces à votre service.
Oraison jaculatoire. O Cœur de Jésus, vous êtes l’unique maître de mon cœur.
Communion spirituelle.
A Marie
Marie, affirme saint Bernard, est l’Arche céleste qui nous fait échapper au naufrage de la damnation éternelle », si nous nous y réfugions à temps. Elle fut, en effet, une figure de Mare ? cette arche qui préserva Noé du déluge universel. Mais, observe Hésychius, « Marie est une nef de salut plus vaste, plus solide et plus accueillante ». Dans l’arche de Noé, seuls trouvèrent place et échappèrent à la mort quelques êtres humains et quelques animaux ; Marie, notre Libératrice, abrite sans exception tous ceux qui viennent se blottir sous le manteau de sa protection, et, tous, elle les sauve très certainement. Malheur à nous, si nous n’avions pas Marie ! Cependant, ô ma Reine, il en est tant qui se perdent… Pourquoi ? Faute de recourir à vous. Y aurait-il un seul damné, si nul n’omettait de vous prier ?
Oraison jaculatoire. Très Sainte Verge Marie, faites que tous nous recourions toujours à vous !
O ma Reine bien-aimée, vous êtes, au dire du pieux Ignorant, « le trésor de Dieu et la trésorière des grâces ». Et vous-même, ne me dites-vous pas : « Avec moi sont les richesses… pur en combler ceux qui m’aiment ? » Ma tendre Mère, je suis un pauvre pécheur, mais sachez que je vous aime beaucoup. Après Dieu, vous êtes le premier objet de mon amour, et vous êtes bien digne de cet amour privilégié. Ayez pitié de moi, ne m’abandonnez pas ; prêté-moi votre assistance pendant la vie et à la mort, afin qu’un jour je sois au pied de votre trône dans le paradis.
Oraison jaculatoire. O Marie, sur vous reposent toutes mes espérances.
VINGT-SIXIEME VISITE
« Tressaille d’allégresse et bénis Dieu, peuple de Sion ; car le Saint d’Israël est grand au milieu de toi. » De quelle joie, de quelles espérances, de quelles ardeurs devrait remplir nos cœurs la pensée que dans notre patrie, dans nos églises, tout près de chez nous, vit et demeure Jésus Eucharistie, le Saint des saints, le vrai Dieu ! Celui dont la présence fait la félicité des Elus ! Celui qui est l’Amour même ! Car selon l’expression de saint Bernard, « Dieu possède moins l’amour qu’il ne l’est essentiellement ». Aussi le Saint Sacrement n’est-il pas seulement le Sacrement d’amour, mais l’Amour même, Dieu même, ce Dieu que son infinie tendresse pour ses créatures a porté à se définir « la Charité subsistante ».
Mais, ô Jésus, je vous entends redire au tabernacle votre plainte d’autrefois : « j’étais votre hôte, et vous ne m’avez pas reçu. Vous êtes venu sur la terre dans ce Sacrement d’amour, pour demeurer avec nous et nous faire du bien, et nous ne vous avons pas fait bon accueil ! Plaignez-vous, Seigneur, vous n’en avez que trop de raisons. Ne suis-je pas, moi-même, l’un de ces ingrats qui vous laissent seul et n’ont pas le souci de vous faire une amicale visite ? Infligez-moi le châtiment qu’il vous plaira, mais pas celui-là, trop mérité, hélas ! d’être privé de votre présence ; non pas celui-là, car je veux abandonner l’indélicatesse de mes sentiments et de mes procédés envers vous. Ma résolution n’est pas seulement de venir vois voir souvent, mais de m’entretenir avec vous aussi longtemps que je pourrai. O mon très miséricordieux Sauveur, accordez-moi la fidélité à cette promesse avec la faveur d’entraîner par mon exemple d’autres âmes à chercher votre compagnie.
J’entends le Père Eternel nous dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances. » Eh quoi ! un Dieu trouve en vous ses délices, et moi, misérable ver de terre, je ne trouverai pas les miennes à demeurer avec vous en cette vallée de larmes ? O Feu consumant, détruisez en moi toute affection déréglée aux créatures ; seules, en effet, les créatures peuvent me rendre infidèle et m’éloigner de vous. « Vous le pouvez, si vous le voulez ». Vous m’avez comblé de grâces jusqu’ici ; ajoutez-y celle de bannir de mon cœur tout amour qui ne s’élance pas vers vous. Me voici, Seigneur, je me donne à vous sans réserve : les jours qui me restent à passer ici-bas, je les consacre tous, dès maintenant, à un amour toujours plus intense tu Très Saint Sacrement. Soyez donc, ô Jésus Eucharistie, ma consolation et mon unique amour pendant la vie et à la mort, à cette heure où vous viendrez à moi pour être mon viatique et mon introducteur dans les joies du royaume éternel. Amen, amen. Telle est mon espérance : daignez la réaliser.
Communion spirituelle. Quand donc, ô mon Jésus, verrai-je la splendeur de votre face ?
A Marie
En vous, ô très sainte Mère, nous trouvons le remède à tous nos maux ; en vous, nous puisons le réconfort de notre courage : est-ce que saint Germain ne vous appelle pas « la force de notre faiblesse » ? Vous êtes pour nous la porte qui nous permet de sortir de la prison du péché : saint Bonaventure ne vous proclame-t-il pas « la Porte de la liberté » ? Avec le même saint, nous pouvons vous nommer « le repos assuré des pauvres mortels » ; avec saint Laurent Justinien : « la consolation de notre pèlerinage terrestre ». D’un mot, par vous, nous trouvons la grâce et Dieu lui-même, puisque, au dire de saint Bonaventure, vous êtes « le Trône de la grâce divine », et au dire de saint Proclus : « le Pont par lequel Dieu descendit jusqu’à l’humanité ». Eloigné de Dieu par le péché, Dieu passe par ce céleste intermédiaire pour venir habiter dans nos âmes par sa grâce.
Oraison jaculatoire. O Marie, vous êtes ma force, ma délivrance, ma paix, mon salut.
O Marie, vous dirai-je avec saint Bernard : « Vous êtes Reine de miséricorde ; or, quels sont les sujets de la miséricorde sinon mes misérables ? Votre dignité de Reine de miséricorde et ma misère plus grande que celle de tous les autres pécheurs, font de moi le premier de vos sujets. Vous devez être plus compatissante pour moi que pour tout autre. » « Régissez-nous, ô Reine de miséricorde. » Oui, notre Avocate, daignez abaisser sur nous ces regards miséricordieux qui ne sont qu’à vous. Ayez pitié de nous !
Oraison jaculatoire. O Marie, mon refuge, priez Jésus pour moi.
VINGT-SEPTIEME VISITE
« Il n’est point de nation, si grande qu’elle soit, qui ait des dieux aussi proches d’elle que notre Dieu l’est de nous. » Ce sont les paroles du texte sacré que l’Eglise nous fait chanter dans l’office du très Saint Sacrement. Les païens entendaient-ils raconter les œuvres d’amour de notre Dieu ? Ils ne pouvaient s’empêcher de s’écrier : « Oh qu’il est bon, le Dieu des chrétiens ! » Les païens, en effet, se forgeait des dieux à leur fantaisie : cependant, lisez l’histoire, vous verrez que parmi tant de récits fabuleux et de capricieuses inventions, ils ne purent jamais imaginer un dieu épris d’amour pour eux comme Notre dieu, le vrai, lest pour nous, un Dieu qui, pour témoigner son amour à ses adorateurs et leur prodiguer les trésors de sa grâce, accomplit le prodige d’amour de se cacher dans une hostie et de rester ainsi, nuit et jour, sur l’autel, leur perpétuel compagnon, comme s’il ne pouvait, semble-t-il, se séparer d’eux, même un instant. « il a fait un mémorial de ses merveilles. »
C’est donc, ô mon très doux Jésus, votre irrésistible désir de vivre toujours près de nous et avec nous, qui vous a fait opérer le plus éclatant de vos miracles. Mais alors, pourquoi les hommes fuient-ils votre présence ? Comment sont-ils capables de se passer de vous si longtemps, ou de vous visiter si rarement ? Demeurent-ils auprès de vous un quart d’heure ? L’ennui qu’ils éprouvent lui donne la durée d’un siècle. O patience de mon Jésus, que vous êtes grande ! Oui, Seigneur Jésus, elle est grande, et je la comprends : elle est à la mesure de votre amour pour les hommes ; car c’est lui seul qui vous oblige à rester parmi eux, malgré leur ingratitude.
Infini dans toutes vos perfections, ô mon Dieu, vous aimez donc d’un amour infini : ne permettez pas que je sois à l’avenir du nombre des ingrats, comme par le passé. Daignez m’accorder un amour proportionné à votre mérite et à mon obligation de vous aimer. Il fut temps, hélas ! où je trouvais de l’ennui en votre présence : l’absence d’amour ou l’insuffisance de mon amour en étaient la cause>. Que votre grâce m’enflamme d’un grand amour ; alors, des jours et des nuits, passés devant votre tabernacle, loi de m’apporter l’ennui, me paraîtront trop courts. – O Père éternel, je vous offre votre divin Fils ; recevez-le en mon nom et par ses mérites, donnez-moi pour l’Eucharistie un amour si vif et si tendre que mon cœur, toujours orienté vers quelque église favorisée de la présence réelle, y vive par la pensée et soupire après l’heureux moment d’en visiter l’hôte divin.
Oraison jaculatoire. Mon Dieu, pour l’amour de Jésus, donnez-moi une ardente dévotion envers le très Saint Sacrement.
Communion spirituelle.
A MARIE
Marie est cette Tour de David dont le Saint-Esprit nous dit dans le Cantique des cantiques qu’elle « est bâtie avec des défenses : mille boucliers y sont suspendus, toute l’armure des braves ».Marie, en effet, est pourvue de défenses et de toutes sortes d’armes, pour protéger ceux qui s’y réfugient.
Vous êtes donc, ô très sainte Vierge, selon l’expression de saint Ignace martyr « une citadelle imprenable, ouverte à ceux qui soutiennent les combats de la vie ». Pour me ravir l’amitié de Dieu et m’arracher à votre protection, quels terribles et continuels assauts me livrent mes ennemis, ô ma très aimée Souveraine ! Mais vous êtes ma force ; vous daignez combattre vous-même pour ceux qui mettent en vous leur confiance : saint Ephrem m’en assure, quand il vous appelle « la défense de ceux qui espèrent en vous ». Tout mon espoir est en vous : daignez me défendre et combattre pour moi.
Oraison jaculatoire. Marie ! Marie ! Votre nom est mon bouclier.
O ma Souveraine, vous avez dit à sainte Brigitte : « Si énormes que soient les péchés d’un homme, s’il revient à moi avec la volonté sincère de se corriger, je suis prête à l’accueillir sans retard ; je ne considère pas la gravité de ses fautes, mais la qualité de son repentir. Je ne dédaigne de ses fautes, mais la qualité de son repentir. Je ne dédaigne pas de panser et de guérir ses palies, car l’on m’appelle et je suis vraiment la Mère de miséricorde. » Vous pouvez, ô Marie, et vous voulez me guérir : je recours donc à vous comme à mon céleste médecin : guérissez les nombreuses blessures de mon âme. Votre Fils ne vous refuse rien : suppliez-le de m’accorder le pardon et de saint amour.
Oraison jaculatoire. O Maire, mon espérance, j’attends de vous tous les biens.
VINGT-HUITIEME VISITE
Dieu nous a donné son propre Fils : quel bien, dès lors, pourrait-il nous refuser ? « Comment avec lui ne nous donnera-t-il pas toutes choses ? « , s’écrie saint Paul. M’apôtre saint Jean nous affirme aussi que « le Père éternel a remis entre les mains de Jésus tout ce qu’il possède ». Remercions donc sans cesse notre Dieu pour sa bonté, sa miséricorde, sa libéralité ; son amour extrême se révèle dans le don de l’Eucharistie où, par Jésus, « nous sommes comblés des richesses divines, au point qu’aucune sorte de grâce ne nous fait défaut ».
O Sauveur du monde, ô Verbe incarné, je puis dire que vous êtes à moi, et tout à moi, si je le veux ; mais puis-je dire aussi que je suis tout à vous, selon votre désir ? Je vous en supplie, ne me laissez pas donner au monde le spectacle de cet affreux désordre et de cette noir ingratitude : le refus d’être à vous, quand vous me réclamez !
Loin de moi, à jamais, ce malheur ! Si ce fut là mon passé, l’avenir sera tout autre ! Résolument, je me consacre à vous tout entier, et dès aujourd’hui : à vous, jusqu’à la mort et jusque dans l’éternité, ma vie, ma volonté, mes pensées, mes actions, mes souffrances ! Je vous appartiens totalement ; en qualité de victime vouée à votre amour, je dis adieu aux créatures et m’offre à vous sans réserve. Que les flammes de la divine charité consument en mon âme toute affection qui ne serait pas selon Dieu et pour Dieu ! Quand je ne vous aimais pas, vous m’avez donné des preuves multiples de votre tendresse : j’espère donc que vous ne me repousserez pas maintenant que je vous aime et que, par amour, je me donne à vous tout entier.
Père éternel, je vous offre aujourd’hui, toutes les vertus, tous les actes, tous les sentiments du cœur de Jésus, votre Fils bien-aimé, acceptez-les pour moi ; et, par ses mérites, qui m’appartiennent puisqu’il me les a donnés, octroyez-moi les grâces que Jésus implore en ma faveur. Ces mêmes mérites, je vous prie de les agréer en reconnaissance de vos bontés à mon égard et en réparation de mes péchés, comme aussi en vue d’obtenir de grandes grâces : le pardon, la persévérance, et, surtout, le don par excellence de votre pur amour. C’est moi, sans doutes, - je m’en rends compte, - qui mets obstacle à votre règne dans mon âme ; mais daignez encore porter remède à ce mal. Je vous en conjure, au nom de Jésus christ qui a dit : « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l’accordera. » Vous ne pouvez donc pas rejeter ma prière. Vous aimer, Seigneur, me livrer à vous toujours plus parfaitement ; mettre un terme à mon ingratitude, c’est ma ferme résolution. Que votre regard bienveillant m’aide à la tenir et fasse qu’aujourd’hui soit le point de départ de ma conversion profonde et définitive à un amour généreux. Je vous aime, ô mon Dieu ; je vous aime, ô Bonté infinie ; je vous aime, ô mon Amour, mon Paradis, mon unique bien, ma vie, mon tout !
Oraison jaculatoire. Mon Jésus, vous vous donnez à moi tout entier, vous me voulez tout entier : je ne désire que vous.
Communion spirituelle.
A Marie
Je le sais par expérience : quel soulagement dans mes maux , quelle consolation dans mes peines, quelle force dans les tentations m’apportent votre souvenir et le recours à votre aide, ô ma très douce et très sainte Mère Marie ! Oui, vous aviez bien raison, ô grands saints, de donner à ma Souveraine de si touchantes appellations ! « Marie, dit saint Ephrem, est le port des affligés. » Elle est, d’après saint Bonaventure, « le réconfort dans le malheur » et « la consolation dans la souffrance ». Saint Germain à son tour l’appelle « le repos dans les angoisses du cœur ». Soyez donc, ô Marie, ma consolation, car je me vois chargés de péchés, entouré d’ennemis, dépourvu de vertus et froid dans l’amour de Dieu. Hâtez-vous de me consoler, et que votre consolation consiste à me faire commencer une nouvelle vie, qui soit la joie de votre Fils et la vôtre, ô ma Mère.
Oraison jaculatoire. O Marie, changez-moi, opérez ce changement, puisqu’il est en votre pouvoir.
Qu’il me plaît, ^Marie, ce beau nom que vous donnent vos pieux serviteurs : « Mater amabilis ! » En vérité, auguste Reine, vous êtes aimable au-delà de toute mesure. Votre beauté et votre bonté « ont conquis le cœur de Dieu lui-même ». Lui-même s’écrie : « Que vous êtes belle, ô mon amie, que vous êtes belle ! » Et encore : « Vous êtes toute belle et il n’ y a pas de tache en vous. » Si Dieu vous aime tant, ne suis-je pas comme forcé de vous chérir, moi, misérable pécheur : comblé par vous, d’innombrables bienfaits ? Je vous aime donc, ô ma toute aimable Reine ; bien plus, je désire être l’un de vos fils les plus aimants. Daignez agréer ce désir, ô ma Souveraine et m’obtenir cet amour que je sollicite de vous, puisque notre amour pour vous plaît souverainement à Dieu.
Oraison jaculatoire. O ma mère toute aimable, faites que je vous aime ardemment.
VINGT-NEUVIEME VISITE
« Je me tiens à la porte et je frappe. »
O Jésus, divin Pasteur, que n’avez-vous pas fait pour l’amour de vos brebis ? Non content de vous immoler et de mourir pour elles sur l’autel de la croix, vous avez voulu, sous les voiles eucharistiques, habiter en nos églises, afin d’être toujours auprès de nous pour frapper à la porte de nos cœurs et vous en ouvrir l’entrée. Ah ! que se sais-je jouir de votre voisinage à l’exemple de l’Epouse sacrée qui dit dans le Cantique par excellence : « Je me suis assise à l’ombre de celui que j’avais désiré. » Si je vous aimais, mais d’un véritable amour, ô mon tout aimable Jésus Hostie, je voudrais nuit et jour me tenir, moi aussi à l’ombre de vos autels ; immobilisé tout près de votre Majesté cachée sous les saintes espèces, j’y goûterais ces délices divines et cette paix céleste qui sont le partage des âmes ferventes.
«Entraînez-moi après vous : nous courrons à l’odeur de vos parfums. » Oui, mon Dieu, attirez-moi par ces incomparables parfums que sont vos perfections et l’amour immense que vous nous témoignez dans l’Eucharistie. Dès lors, je délaisserai la terre et ses plaisirs pour courir au pied du tabernacle ! « Les enfants seront autour de votre table comme de jeunes plants d’oliviers. » Les âmes fortunées qui se rangent avec amour autour du Saint Sacrement, quels fruits abondants de sainteté ne rapportent-elles pas à Dieu, pareilles à des arbres jeunes et vigoureux ! Mais moi, Seigneur, j’ai honte de paraître devant vous sans mérites ni vertus. Car, dans votre ancienne loi, vous avez défendu de venir dans votre temple sans y apporter l’hommage d’une offrande : « Vous ne vous présenterez pas devant moi les mains vides. » Que dois-je donc faire ? Renoncer à vous rendre visite ? Oh ! non, tel n’est pas votre désir. Je viendrai donc avec ma pauvreté : vous m’octroierez les dons que vous souhaitez recevoir de moi. Car, - je le sais, - vous demeurez dans ce Sacrement, non seulement pour récompenser la ferveur, mais pour combler de vos bienfaits l’indigence même.
Pas de délai, Seigneur ! Commencez dès aujourd’hui. Je m’approche du trône de votre amour, ô roi de mon cœur, ô véritable ami des hommes, ô pasteur infiniment tendre, et je vous adore. N’ayant à vous offrir que mon pauvre cœur, je vous le donne, afin qu’il soit désormais voué tout entier à votre amour et au culte de votre bon plaisir. C’est par ce cœur que je puis vous aimer : je veux qu’il vous aime le plus possible. Prenez-le donc et enchaînez-le si fortement à votre volonté, que je puisse dire, moi aussi, dans l’allégresse de mon âme, avec le grand Apôtre : « Je suis le prisonnier de Jésus Christ » par les chaînes de votre amour. Daignez me transformer en vous, Seigneur, et me faire sortir de moi-même, afin qu’ayant le bonheur de renoncer aux bagatelles de ce monde et à mes satisfactions personnelles, je vous possède seul dans un amour éternel. Je vous aime, ô Dieu de l’hostie, mon cœur s’enchaîne à vous, s’unit étroitement à vous. Faites que je vous trouve, que je vous aime et ne me quittez plus jamais.
Oraison jaculatoire. Mon Jésus, vous seul, et c’est assez.
Communion spirituelle.
A Marie
Saint Bernard appelle Marie « la voie royale du Sauveur », c’est-à-dire le chemin qui mène sûrement au Sauveur et au salut. Le même saint la nomme encore « le char qui élève nos âmes jusqu’à Dieu ». S’il en est ainsi, ô ma Souveraine, ne comptez pas sur mon cheminement vers Dieu, si vous ne me portez dans vos bras. Oui, portez mon âme, et si je résiste, portez-la de force. De tout votre pouvoir, faites-lui une douce violence par les attraits de votre charité ; contraignez ma volonté rebelle à s’arracher aux créatures, pour ne chercher que Dieu et son adorable volonté. Faites éclater votre puissance aux yeux de ciel entier ; à tant d’autres prodiges, ajoutez ce nouveau miracle de votre miséricorde : l’union à Dieu de celui qui vivait si loin de Dieu.
Oraison jaculatoire. O Marie, vous pouvez sanctifier mon âme ; cette faveur, je l’attends de vous.
O ma Reine, Denys-le-Chartreux vous appelle « l’Avocate de tous les pécheurs qui recourent à vous ». Puisque tel est votre office, ô Marie, auguste Mère de Dieu, me voici prosterné à vos pieds, avec sur les lèvres, la supplication de saint Thomas de Villeneuve : « Remplissez donc, ô notre Avocate, remplissez votre office » ! Oui, défendez-moi. Sans doute ma culpabilité envers votre Fils est très grande ; mais le mal est fait. Vous pouvez me secourir ; dites seulement à Jésus, que vous prenez ma défense : il me pardonnera, et je serai sauvé.
Oraison jaculatoire. Ma Mère bien-aimée, sauvez-moi.
TRENTIEME VISITE
« Pourquoi cachez-vous votre visage ? » Le saint homme Job était saisi de crainte à la seule pensée que Dieu se dérobait à lui ; mais nous, à la pensée que Jésus, au Saint Sacrement, voile sa majesté, nous ne devons éprouver aucune appréhension, mais redoubler de confiance et d’amour ; car, au dire de Novarin, « si dans l’Eucharistie Dieu cache sa présence, c’est pour mieux découvrir son amour », et augmenter ainsi notre confiance. Au fait, qui oserait aller à lui avec abandon, lui exprimer ses désirs les plus intimes, si ce Roi du ciel faisait éclater sur nos autels les splendeurs de sa gloire ?
Ah ! Mon Jésus, quelle invention inspirée par l’amour que l’Eucharistie ! Pour gagner notre cœur et vous mettre à la portée de quiconque soupire après vous, vous vous cachez sous les chétives apparences d’un peu de pain. Il avait bien raison, le prophète Isaïen d’exhorter les hommes à publier, à chanter par tout l’univers « les merveilleuses inventions de leur Dieu tout bonté ! ».
Cœur très aimant de Jésus, digne de posséder les cœurs de toutes les créatures ; Cœur toujours débordant des flammes de la plus pure charité ; O Feu destructeur, consumez en moi toute affection déréglée et communiquez-moi une vie nouvelle de charité et de ferveur. Unissez-moi tellement à vous, que la séparation devienne à jamais impossible. O divin Cœur, ouvert pour donner asile aux âmes, soyez mon refuge ! Cœur si cruellement torturé sur la croix pour les péchés du monde, donnez-moi une vraie douleur de mes péchés. Dans ce divin Sacrement, - je le sais, - ce sont les mêmes sentiments d’amour que vous aviez lors de votre mort pour moi sur le Calvaire, qui vous font palpiter ; de là, votre désir intense de m’attirer tout à vous. Pourrai-je refuser plus longtemps de me livrer tout entier aux appels d’un amour si tendre ? Ah ! Mon bien-aimé Jésus, au nom de vos mérites, blessez mon cœur, pour qu’il ne soupire plus qu’après l’union la plus complète et la plus étroite avec vous. Je prends aujourd’hui la résolution, avec le secours de votre grâce, de donner toujours à votre Cœur la plus grande consolation possible, et, partant, de fouler aux pieds respect humain et amour-propre, inclinations et répugnances, goûts et commodités ; en un mot, tout ce qui pourrait m’empêcher de vous contenter pleinement. Et vous, Seigneur, faites que j’y sois fidèle et qu’à l’avenir toutes mes actions, toutes mes pensées et mes affections s’identifient avec votre bon plaisir. O amour divin, bannissez de mon cœur tout autre amour. Marie, mon espérance, vous êtes toute puissante auprès de Dieu, obtenez-moi ka grâce de pratiquer jusqu’à la mort le pur amour de Jésus. Amen, amen. Tel est mon espoir : qu’il se réalise dans le temps et dans l’éternité.
Oraison jaculatoire. « Qui me séparera de la charité du christ ? ».
Communion spirituelle.
A MARIE
« La charité de Marie pour nous, assure saint Bernard, ne peut être ni plus miséricordieuse ni plus efficace. La compassion surabonde en son cœur et la puissance est au service de la compassion. Oui, vraiment, elle est riche en puissance, riche en pitié. » Ainsi donc, ô très sainte Vierge, votre pouvoir égale votre bonté : vous pouvez et vous désirez sauver tous vos enfants. J’aurai donc sur les lèvres aujourd’hui et tous les jours de ma vie la prière de votre pieux serviteur Luis de Blois : « ô ma Souveraine, protégez-moi pendant la lutte ; si je faiblis, fortifiez-moi. » Car ils sont bien rudes les assauts que me livre l’enfer : soyez mon perpétuel secours ! S’il vous arrive de me voir chanceler et sur le point de tomber, étendez bien vite votre bras et soutenez-moi plus vigoureusement, ô ma Souveraine ! O ciel ! Jusqu’à la mort, de tentations il me reste à surmonter ! Mais, ô Marie, vous qui êtes mon espérance, mon refuge et ma défense, ne permettez pas que je perde de nouveau la grâce de Dieu : je suis résolu de recourir à vous, à l’heure du danger toujours et sans tarder, en vous disant :
Oraison jaculatoire. O Marie, venez à mon secours ; à mon secours, ô Marie !
O ma toute aimable Souveraine, vous êtes, au témoignage de saint Bonaventure, « la Mère des orphelins ». Les orphelins ce sont les pauvres pécheurs qui ont perdu Dieu, leur Père : j’ai donc recours à vous ô Mère de miséricorde ; j’ai perdu mon Père, quand le péché m’a fait perdre la grâce dans ce malheur extrême ; c’est à vous qui êtes ma Mère, de me prêter assistance. Le pape Innocent III ranime ma confiance en ces termes : « Qui, ayant invoqué Marie n’a pas été exaucé par Elle. » Qui s’est jamais perdu, après avoir eu recours à vous ? Celui-là se perd qui n’implore pas votre aide. Je l’implore donc, ô ma Mère ; ayez pitié de moi, secourez-moi et ne m’abandonnez jamais.
Oraison jaculatoire. Mère de dieu, donnez-moi parfaite confiance en vous.
TRENTE ET UNIEME VISITE
Oh ! qu’il devait être beau à voir, notre doux Rédempteur, le jour où, fatigué du voyage, il s’était assis au bord du puits de Jacob. L’aménité de son visage était un reflet de l’amour avec lequel il attendait la Samaritaine pour la convertir et la sauver. Ne semble-t-il pas que Jésus veuille maintenant, s’entretenir tous les jours avec nous comme avec la Samaritaine ? Il descend du ciel sur nos autels devenus autant de fontaines de grâces ; là, il nous attend, il nous invite à lui tenir compagnie, quelques instants du moins, dans l’espoir de nous attirer ainsi à son parfait amour. Du fond de chaque tabernacle une vois paraît sortir et nous dire : « Pauvres mortels, pourquoi fuyez-vous ma présence ? Pourquoi ne pas venir auprès de moi, auprès de votre ami passionné d’amour pour vous et qui, pour vous faire du bien, s’est réduit à un tel état d’anéantissement ? Que craignez-vous ? « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver ! » Je me suis caché sous les voiles de ce Sacrement de charité pour combler de biens quiconque recourt à moi.
Au ciel, Jésus christ est «toujours vivant pour intercéder en notre faveur ». De même au Saint Sacrement : remarquons-le bien : il y remplir, - sans relâche, - nuit et jour, - le miséricordieux office d’avocat. Pour nous obtenir de son divin Père faveurs et miséricordes sans nombre, il s’offre à lui comme victime. Aussi devons-nous, au jugement du pieux Thomas a Kempis, - « aller à Jésus-Eucharistie sans appréhension de châtiments ni contraintes », mais « comme un ami va voir son ami le plus intime et s’entretenir avec lui ». Fort donc de l’amicale liberté que vous permettez, je vais donc, ô mon Dieu et mon Roi, vous ouvrir mon cœur en toute confiance :
O mon Jésus, vous dirai-je, - vous qui êtes passionné d’amour pour les âmes, je comprends l’injustice des hommes à votre égard. Vous les aimez, et ils ne vous aiment pas ; le bien que vous leur faites, ils le paient pas des mépris ; vous désirez parler à leurs cœurs, et ils refusent de vous écouter ; vous leur offrez vos grâces, et ils les repoussent. Hélas ! ô mon Jésus, je me suis mis au nombre de ces ingrats pour blesser votre amour ; je le reconnais : c’est la triste vérité ! Mais je veux me corriger ; chacun des jours qui me restent à vivre, je veux, en réparation de la peine que je vous ai causée, le passer à vous plaire et à vous servir de toutes mes forces. Manifestez-moi votre volonté, Seigneur : ma résolution, c’est de l’accomplir sans réserve. Parlez-moi par la voix de l’obéissance : tout ce qu’elle dira, je l’exécuterai, je l’espère. Mon Dieu, de toute l’énergie de mon âme je vous promets de ne pas reculer devant les sacrifices exigés par ce que je saurai vous êtes le plus agréable, fallût-il tout perdre : parents, amis, honneurs, santé, la vie même ! Oui, tout perdre, pour vous contenter ! Heureuse la perte qui est compensée par la pleine satisfaction de votre cœur, ô mon Dieu !
Je vous aime, ô bien suprême, infiniment plus digne d’amour que tout autre bien ! Pour vous aimer, j’unis mon cœur si froid aux cœurs brulants des Séraphins, à celui de Marie, à celui de Jésus. Tout mon être vous crie : je vous aime, vous seul et à jamais ! Je le veux ! Je le veux !
Oraison jaculatoire. Mon Dieu, mon Dieu ! Je suis à vous, et vous êtes à moi !
Communion spirituelle.
A MARIE
Au témoignage du bienheureux Amédée, « la très Sainte Vierge Marie se tient toujours devant le Créateur, employant, à la défense de notre cause, la toute-puissance de sa prière ». Car elle voit, - ajout-t-il, - nos dangers, et, souveraine tendre et clémente, elle compatit à notre misère et notre détresse avec une affection maternelle.
Il est donc vrai, ô mon Avocate, ô ma Mère, qu’à cette heure vous voyez ma misère, mes dangers, et que vous intercédez pour moi. Priez, oh oui ! Priez, ne cessez pas de prier jusqu’à ce que vous me voyiez sauvé et tout occupé à vous dire ma reconnaissance pendant l’éternité. « Après votre divin Fils, me dit le pieux Louis de Blois, vous êtes le port assuré de vos fidèles serviteurs. » Voici donc la grâce que j’implore aujourd’hui : que jusqu’à la mort j’aie le bonheur de persévérer dans votre service. Ainsi, au sortir de ce monde, j’irai vous bénir dans le paradis, certain de ne plus jamais quitter vos pieds sacrés, tant que Dieu sera Dieu.
Oraison jaculatoire. O Marie, faites que je sois toujours votre enfant dévoué.
Mon Dieu, mon Bien
Déjà mien ;
A toi mon cœur,
Tout moi-même.
Et je ne veux en retour
Rien que toi.
« Quel autre que vous ai-je au ciel, et que désiré-je sur la terre, sinon vous ? … Vous êtes le rocher de mon cœur et mon partage à jamais, ô mon Dieu. »
O Marie, vous êtes la Tour de David, « bâtie avec des défenses : mille boucliers y sont suspendus, toute l’armure des braves). Vous êtes donc, ô ma Mère, la plus solide forteresse de ceux qui combattent sur la terre. Ah ! Quels violents assauts, ô ma Souveraine, me livrent sans relâche mes ennemis, pour me priver de la grâce de Dieu et de votre protection ! Mais vous êtes mon énergie et mon espérance. Vous ne dédaignez pas de combattre pour ceux qui se confient en vous : aussi saint Ephrem vous appelle-t-il « Protectrice de ceux qui espèrent en vous ». O Marie, ma confiance en vous est sans bornes : défendez-moi et combattez pour moi.